Le saigneur des poireaux

C’était un petit jardin
Qui sentait bon le Métropolitain
Qui sentait bon le bassin parisien
C’était un petit jardin
Avec une table et une chaise de jardin
Avec deux arbres, un pommier et un sapin
Au fond d’une cour à la Chaussée-d’Antin

Je vais vous raconter l’histoire d’un petit jardin caché entre des maisons, dans une petite ville alsacienne. Un petit jardin avec au bout une maison à colombages où il faisait bon vivre. Au fond du petit jardin, poussait un modeste potager avec ses tomates, courgettes, potimarrons. Un petit coin de paradis réservé à la sieste et à la croissance des légumes. Le petit jardin, chauffait au soleil printanier, abrité du vent par les murs bienveillants d’une ferme centenaire où vivait un paisible retraité. La campagne au milieu de la ville.

“Le mois de juin s’annonçait agréable et paisible lorsque des nazgûls survolèrent ma comté miniature. Appâtés par cette abondance de quiétude ils harcelèrent le vieil homme à barbe blanche afin qu’il abandonne son paisible abri. Des orcs gueules béantes, crachant le la fumée noire, défoncèrent la barrière d’entrée et piétinèrent les fleurs, abatirent les arbres et arrachèrent la clôture en bois.

Une armé des gobelins escalada les murs de briques de la grange et commença à piller tuiles et bois pour leur maître. Mais la ferme avait connu bien des tempêtes. Les crocs et les griffes des monstres n’eurent pas raison des murs et des vénérables poutres. Le nécromant  furieux appela à lui un troll hideux. Crachant, hurlant, la créature de pierre fonça dans les murs tête baissée, encore et encore, jusqu’à ce que les poutres cèdent sous les coups de boutoir et que les murs tombent dans un gigantesque amas de poussière.

C’était un petit jardin avec au bout une maison à colombages où il faisait bon vivre… Des tonnes de gravats, de la poussière, du verre, du bois, des clous, des vis s’abattirent sur le potager pendant que le troll et les gobelins dansaient la gigue sur les ruines de la ferme.

Tout l’été durant, les créatures festoyèrent, éructèrent, urinèrent, déféquèrent, creusant des galeries, charriant de la roche, de la terre, obscurcissant le ciel avec la fumée de leurs feux de camp.

Sous la poussière, les rares plantes survivantes étouffèrent, pendant que trolls et gobelins riaient. La terre autrefois grasse n’était plus que cendre grise. Les arbres étaient morts et plus aucun gentil hobbit ne se rendait dans le petit jardin.

Les hommes, les elfes et les nains rassemblèrent une immense armée et marchèrent vers le petit jardin. Une année durant, de terribles combats se déroulèrent sur ces terres désolées. Le sol trembla des jours entiers, des machines de guerre infernales déversèrent des coulées grises dans les tranchées et des fortifications s’érigèrent tout autour du petit jardin. La guerre prit fin un matin, dans une odeur de goudron. Le gobelins repartirent dans leurs tunnels, les trolls sous la terre. La grande armée des hommes, des elfes et des nains rendit un terre dévastée aux petits hobbits éplorés.

Aujourd’hui, le petit jardin, protégé par un haut mur, survit à côté des cavernes des suderons. Chaque soir rôtissent des imprudents qui se sont aventurés trop près de leur terres. Les hommes du Gondor surveillent la frontière et les rares tentatives d’invasion sont fermement repoussées. La comté a retrouvé sa vitalité d’antan mais le petit jardin ne sera plus jamais le même…”.

Les démolisseurs arrivèrent en juin 2014. Pendant près de trois mois, ils firent tomber des murs dans notre jardin, menaçant même l’intégrité de nos dépendances mitoyennes au chantier. Pendant plus d’une année, nous n’eûmes plus de jardin, à la place un vaste chantier avec des machines et des ouvriers sauf le week-end. En juin 2015, nous pouvions enfin nettoyer notre parcelle, replanter quelques arbres, semer de la pelouse et commencer un nouveau potager. Nous serons obligés d’attaquer la société Stradim, responsable du projet, pour être indemnisé – à peine de quoi payer les dégâts occasionnés – puis les harceler pour qu’il finissent par crépir le mur mitoyen resté brut de parpaings.

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