55 Ko pour rien

Lundi matin je me rendais sur un aéroport pour le travail. Rendez-vous avait été pris le vendredi précédent avec le chef du centre pour le conduire également là bas. Mais il fallait partir tôt, car d’après ses dires, sa journée s’annonçait chargée.

Lundi, 7h00, dans les starting blocks, je charge la voiture et attend mon passager et guide, car pour se rendre sur cette plateforme, il faut être accrédité et accompagné, comme pour un concert, sauf que là c’est vraiment compliqué. (Je me demande au passage comment la première personne a pu rentrer dans ce lieu, si elle n’était pas accompagnée par quelqu’un déjà sur place, c’est un peu comme le problème de le poule et de l’œuf, mais bon passons).

7h45, ne voyant pas le bonhomme arriver, et ayant tenté à plusieurs reprises de le contacter sur son portable, sur son fixe, je décide à partir sans lui. Car bon voila, moi aussi j’ai du travail et la route est longue. Par précaution, je me muni des numéros de téléphones des services de l’aérodrome, afin que quelqu’un puisse me faire passer les différents contrôles de sécurité, une fois arrivé sur place.

Vers 9h15, me voici près de l’aérogare, ne sachant où me rendre pour arriver aux services techniques. Je me gare, prend mon téléphone et appelle le centre. Un répondeur, en allemand, boucle sur le même message vocal incompréhensible. J’essaye un autre numéro, même baragouinage. Après plusieurs tentatives infructueuses, j’appelle au secours la maison mère située à cent cinquante kilomètres de là, et je tombe sur un bon samaritain qui me fournit alors des numéros de téléphone complètement différents de ceux notés sur notre site web professionnel… étrange, notre annuaire ne serait-il pas à jour ? C’est la seconde fois en une semaine que je tombe sur ce problème… La prochaine fois il faudra penser à être plus prudent avant de partir.

Je tente donc le nouveau numéro du chef de centre. Occupé… C’est déjà mieux que des mots prononcés dans une langue que je ne comprends pas. Mais je suis toujours dehors. Son portable ? Sur répondeur… Seule solution, tester tous les numéros du centre, avec un peu de chance… après le 01, je fais le 02, et je tombe sur un collègue à qui j’explique ma galère et qui m’indique où me rendre et qui vient me faire passer les trois barrages de sécurité. Ce sera mon ange gardien pour le reste de la journée.

Autant, lorsque vous prenez l’avion, vous acceptez d’enlever votre manteau, votre ceinture, vos chaussures, vos clefs, votre téléphone portable, vos pièces de monnaies dans une boite avant de passer à poil sous le portique, autant lorsque vous venez travailler, chargé de matériel, un peu pressé par le temps, la procédure devient quelque peu irritante, surtout répétée à plusieurs reprises. Un premier contrôle d’identité, remplissage de formulaires et fourniture d’un badge inopérant, fouille de la voiture, inspection des bagages, puis c’est le premier portique, puis la double barrière, puis la barrière et enfin la barrière.

10h00 je suis enfin sur place. Le chef de centre, en conférence téléphonique, daigne à peine me saluer, me laissant me débrouiller avec le travail qu’il était censé initialement réaliser (“oui mais tu comprends, c’est mieux que tu viennes le faire”). Un café peut-être ? Dans tes rêves. Deux heures de manip plus tard, pour lui, quelques cigarettes grillées sur la terrasse, j’ai terminé. Mais voila, impossible de sortir du bunker maintenant, la sécurité n’ouvre ses bureaux qu’à 14h00. Je prends mon repas sur place, gagnant au passage le droit à un nouveau contrôle de portique pour évaluer ce que j’ai pu manger de dangereux (un pistolet, voire une grenade) et puis je patiente jusque l’heure libératoire, sans que personne ne daigne me proposer un café, je n’ai pas eu ma dose depuis 7h00.

15h45, après près de deux heures de route, d’embouteillages, et quelques fous furieux sur la route, j’arrive enfin au travail, énervé, fatigué et surtout en manque de caféine.

L’heure est alors au bilan de la journée. Levé à 6h00, parti un peu avant 8h00, j’arrive une heure trente plus tard, je poirote une demie heure sur place, je travaille deux heures, je patiente deux autres heures, je roule deux heures, tout ça pour, à peine cent-vingt minutes de travail effectif… Mais la journée n’est pas finie, car on m’informe que la moitié du bâtiment n’a plus de courant, la faute à un disjoncteur capricieux. Il est 16h00, j’appelle un électricien qui arrive à 16h30 et qui constate la panne avant de m’annoncer qu’il ne pourra rien faire.

Il est 17h00, je suis debout depuis onze heures avec un seul café dans les veines, j’ai travaillé à peine deux heures, pourtant je suis épuisé. J’aurai pu m’épargner plus de trois heures de route, éviter de relâcher plus 55 Kg de CO² dans l’atmosphère, tout cela si une personne avait fait son travail Suis-je en colère ? Devinez…

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