La porte

Comme dans les romans de Pennac, je suis le Monsieur Malaussène du travail.

Mon bureau est le cabinet des pleurs et réclamations en tout genre, mais je suis surtout le bouc émissaire pour tout ce qui ne plait pas.

Je suis l’homme à tout faire de la maison, celui qui exécute les ordres et qui n’a pas son mot à dire. Donc je fais ce que l’on me demande de faire sans état d’âme. Et en ces temps de crise sanitaire, je suis devenu clairement impopulaire.

J’ai eu droit à des blagues du genre « Tu ne manges pas avec ton masque ? » depuis que le port du bout de tissu est devenu obligatoire.

Lorsque je croise un collègue non masqué dans un couloir à sens unique, il me regarde fautif et dit « oui c’est vrai j’ai oublié mon masque et c’est vraiment chiant ces sens de circulation. ».

Qu’est-ce que j’en ai à faire qu’il ne porte pas son masque et utilise un couloir à contresens ? Je ne suis pas la police…

Mais quand il n’a plus de gel hydro alcoolique, de masque, de désinfectant, soudain il panique et vient me voir en pleurant, pestant contre le manque de précautions prises par l’établissement et les risques qu’il prend en venant travailler un jour par semaine. Moi je prends ces risques là cinq jours par semaine.

Et en ce moment tout peu virer au drame. Il suffit d’une poignée de porte un peu dure et c’est un signalement dans le cahier hygiène et sécurité, comme quoi l’agent pourrait se blesser en ouvrant la porte.

D’ailleurs parlons-en de cette porte. Une belle porte neuve, un peu lourde semble-t-il pour nos agents vieillissants, une porte à code, code qu’il faut taper puis patienter jusqu’au déclic de la clenche avant d’actionner la poignée vers le bas puis de la tirer lourdement vers soi.

« Tire la chevillette, la bobinette cherra. Le loup tira la chevillette et la porte s’ouvrit. ».

Compliqué ? Certainement puisque j’ai reçu de nombreuses plaintes à son sujet. Trop lourde, trop dure, ne s’ouvre pas, ne se ferme pas, ne fonctionne pas, n’est pas pratique. Je me suis donc fendu d’une leçon sur « comment ouvrir une porte » et en réponse j’ai reçu une longue liste de handicaps physiques et mentaux empêchant l’usage de la porte en question.

Comment font-ils chez eux avec leurs portes blindées avec serrures à cinq points ?

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