Les fossoyeurs

Jusqu’au 31 décembre 2022, l’état propose l’Indemnité de départ volontaire aux fonctionnaires. Une démission assortie de deux ans de salaire et le droit au chômage.

La mesure était là pour inciter quelques fonctionnaires proches de la retraite à partir plus tôt. Quelques fonctionnaires… Sauf que de nombreux collègues signent pour cet IDV providentiel et que les centres se vident à toute vitesse. La mesure est victime de son succès.

Les services et les centres se vident. Là où vingt-cinq personnes travaillaient encore dans les années quatre-vingt, il n’en reste aujourd’hui que quatre, et encore pas tous les jours. Régulièrement nos sites sont déserts pendant plusieurs journées consécutives et les taches des services sont redéployés en central.

Nous, nous vidons les bureaux, trions les documents, broyons, jetons, classons, réformons le matériel et nous-nous déplaçons de plus en plus souvent pour palier à l’absence du personnel sur place. De toute manière, les rares rescapés ne veulent plus rien faire.

Nous retrouvons dans les bureaux déserts des trombones tordus, du blanco sec, des taille crayons, des rouleaux de scotch vides, des agrafeuses sans agrafes, des gommes en miettes, de vieux téléphones analogiques, des appareils photos argentiques, des rétroprojecteurs, des antiquités de GPS énormes, des archives administratives poussiéreuses non classées, des cartes routières, des cartes postales, des cartes de visites, des fiches de paye, des biscuits moisis, des cadavres d’insectes, des imprimantes à marguerite. L’archéologie de la fonction publique dans toute sa splendeur.

Quelque part, nous sommes les fossoyeurs de ces centres moribonds, ceux qui dispensons la dernière toilette au cadavre avant de l’enfermer dans sa boite. 

J’avoue que c’est assez déprimant. Autour de moi il y a quatre bureaux. Deux seulement sont occupés. Les autres ont été vidés de leurs affaires, nettoyés pour d’éventuels visiteurs qui ne viendront jamais puis fermés à clé. 

Nous serons probablement les derniers dans ces locaux déserts, ceux qui fermeront la porte derrière eux,  définitivement avant de partir. Des vestiges de la grande folie du président François Mitterrand lorsque l’on démoralisait et que l’on recrutait des fonctionnaires à la pelle.

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