Ted

Soyons clairs. Je ne porte pas particulièrement les américains dans mon cœur, je déteste le football et encore plus les sitcoms. Pourtant je regarde Ted.

Non, non, pas ce Ted là, obsédé, alcoolique, grossier et en peluche ! Celui-là je l’adule. 

Je regarde le Ted toujours de bonne humeur, amécain, insupportablement gentil et positif qui entraîne une équipe de football anglaise au bord du gouffre. 

Oui ce Ted là, le Ted Lasso.

Cette série met en scène une propriétaire de club autrefois bombasse, larguée pour une plus jeune, par son mari passionné de foot. 

Alors pour se venger, la dame va tout essayer pour plomber son propre club.

Et quoi de mieux pour arriver à ses fins, que d’engager un pseudo entraîneur ricain qui ne connaît rien au soccer. C’est là qu’intervient notre gentil ourson Ted. Plus grand, moins pelucheux, ce Ted ne rote pas à table, ne matte pas les nichons des filles, ne fume pas, ne dit jamais rien de trop vulgaire et comprend l’âme humaine, enfin sait voir en chacun de nous le meilleur.

Les épisodes d’une trentaine de minutes sont hilarants et ne parlent pas vraiment du football mais plus des gens. Et il y en a des personnages à caricaturer, la patronne, le joueur vedette du club, le gars qui gère l’équipement, le journaliste intello fan de l’équipe, le capitaine près de la retraite, la copine de la vedette, l’ombre du coach, l’ombre de la patronne.

Tout ce petit monde vit pour le club et le foot, chacun à sa manière et Ted, comme un chien dans un jeu de quille, tente tant bien que mal que cela fonctionne pendant que sa patronne fait tout l’inverse.

Les dix épisodes de la saison une n’auront tenu que quatre jours. Nous ne tarderons pas à avoir consommé toutes les séries de Apple TV+ à ce rythme là. Mais par chance la saison deux est annoncée pour cette année.

Virtualisé

Avec l’épidémie de COVID-19, l’être humain, d’ordinaire créature hautement sociale, a du se réinventer très rapidement. 

Les réunions et les cours se déroulent via écrans interposés, les médecins consultent à distance, les apéritifs entre amis deviennent virtuels, les concerts sont diffusés en streaming, les achats comme les courses se commandent via internet, le sport se fait dans le salon.

Nous sommes rentrés dans une ère numérique quasi absolue. Les rares contacts humains qu’il nous reste sont avec nos proches, les livreurs et la boulangère, tous masqués. Nous parlons à nos amis, nos collègues, notre famille via SMS, conversations téléphoniques, messageries vidéo et même plus par courrier postal. Nous assistons à des spectacles « vivants » en robe de chambre devant notre téléphone ou ordinateur, en direct ou en différé, mettant en pause le temps d’aller boire un verre ou de vider sa vessie.

Le monde est devenu fou mais avions-nous d’autres choix sinon mourir en masse ? 

Et si un jour l’épidémie cesse enfin, et que nous soyons tous immunisés, que va devenir cette génération sacrifiée ? Saura-t-elle revenir à la vie d’avant ? Retrouver les amis, voyager, se déplacer pour aller au théâtre, au cinéma, aux concerts ? Supportera-t-elle encore les contraintes des horaires des spectacles, les désagréments des salles bondées, la promiscuité avec les autres ?

Je me suis aperçu que le confinement ne m’affectait pas tant que ça. Certes mes rares amis me manquent mais je ne les voyais pas si souvent que cela auparavant. Je n’allais jamais au cinéma, ne sortait pas du restaurant ou dans les bars, commandais déjà beaucoup sur Internet. 

Les concerts que j’aime tant sont hélas à chaque fois une telle épreuve pour mon organisme que je me satisfais assez bien de les regarder à l’heure que je veux, confortablement installé dans un fauteuil, sans la route et la fatigue. J’aime bien travailler avec peu de monde dans les bureaux et les poignées de mains hypocrites comme les embrassades enrhumées ne me manquent pas. Et le couvre-feu n’impacte pas la vie déjà très virtualisée. Passé 18h je sors rarement.

Ce qui me manque le plus aujourd’hui c’est de me promener à la campagne sans masque, devoir choisir entre voir et être embué ou vivre dans le flou. Ce qui me gêne ce sont les regards des autres promeneurs que je croise, ce regard inquiet que nous avons tous face à un inconnu. Ce que je déteste c’est l’odeur du gel hydro-alcoolique poisseux sur mes mains les rares fois où je fais du shopping en ville et l’état de ma peau après trois boutiques.

La bonne nouvelle, c’est qu’au rythme actuel de cinquante vaccinations par jour, nous resterons dans la même situation jusqu’en l’an 5300, du coup nous avons tout le temps nécessaire pour nous préparer à un retour à la normalité.

A quoi ressemblera le jour d’après ? Je n’en sais rien. D’autres générations ont connu la famine, la peste, la guerre, une période glaciaire et se sont relevées alors gardons espoir.

N’empêche, j’aimerais bien boire une bière avec Domi ou Franck au comptoir de chez Paulette entre le soundcheck et les premières photos de la soirée, même si le lendemain je dois saturer mon cerveau de triptans pour ne pas souffrir me martyr et vomir mes tripes.

Truth to Be Told

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Poppy, une journaliste noire américaine diffuse sur le net des podcasts traitant de divers sujets comme sa série sur les femmes de pouvoir.

Vingt ans auparavant, elle avait contribué à l’incarcération d’un adolescent de 17 ans pour le meurtre d’un célèbre écrivain vivant près de chez lui.

Mais vingt ans après, alors que l’adolescent devenu homme croupit en prison, et qu’une demande de révision de procès vient d’être rejetée, Poppy a soudain des doutes sur la culpabilité du tueur.

Elle se lance alors dans une enquête pour comprendre ce qui s’est vraiment passé au cours de cette nuit de Halloween, débutant en parallèle un nouveau podcast sur son enquête.

Les huit enregistrements du podcast donnent naissance aux huit épisodes de la série Truth to be told, une immersion dans une famille noire borderline, une famille blanche ravagée, les couloirs d’une prison où un groupuscule nazi règne en maître et une enquête haletante.

Poppy jouée par Octavia Spencer est fabuleuse, un personnage complexe, torturé par son enfance, une femme ronde, au visage lunaIre, souriante et terriblement déterminée qui va réveiller avec ses podcasts bien des souffrances enfouies. Warren Cave, le prisonnier, est joué avec talent par Aaron Paul, dévoilant peu à peu l’adolescent détruit sous son costume de prisonnier. Les soeurs jumelles Burhman sont interprétées par Lizzy Caplan, et jusqu’au bout de l’enquête, on se demandera laquelle des deux est la plus folle.

Une nouvelle série Apple TV qui propose une réflexion sur la justice, le pouvoir des médias et raconte un drame familial, un fait divers bouleversant. Une série qui devrait connaître une saison 2 avec Kate Hudson.

Césarienne

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Notre chat est malade, il a le chorizo.

Comment ça le chorizo n’est pas une maladie de chat ? Moi j’en suis certain, c’est notre fils vétérinaire qui nous l’a dit. Le chorizo est une maladie bénigne ayant les symptômes suivants : le chat tousse, renifle, éternue partout, bref un rhume bien dégueulasse. Un chorizo quoi !

Bon d’accord notre fils n’a peut-être pas dit “chorizo”. Mais notre chat est une femelle. Et je n’écris pas chat.. parce que vous connaissant, vous allez mal l’interpréter. Et pour les femelles on dit coryza donc logiquement pour les males ça doit être chorizo non ? Non ?

Bon passons. Nous sommes donc allés chez le véto parce notre fils est juste en première année d’école vétérinaire, alors déjà qu’il orthographie mal la maladie de notre femelle chat, alors de là à le laisser prescrire des médicaments au félin, il y a une sacrée marge de manœuvre quand même.

Donc nous avons amené notre animal de compagnie chez un vrai vétérinaire diplomé à l’autre bout de la ville. Il y en a un à cent mètres de chez nous mais comme j’ai décidé d’arrêter de vacciner notre petit chaton contre le sida des matous, la lèpre des félins, la peste bubonique des minous et la COVID-21 du raton-laveur, ma femme a honte de retourner chez ce praticien. Oui car “nous” c’est ma femme. Quand je vais chez le vétérinaire, ça finit toujours par une euthanasie. Alors sans façon.

Notre chat avait son truc bizarre depuis février et on a laissé trainer pour cause d’une autre urgence sanitaire. D’ailleurs… Et si notre chat avait le COVID-19 hein ? Figurez-vous que j’y ai pensé. Mais qui n’a pas cru avoir attrapé ce satané virus en mars/avril, hein ? Bon.

Le vétérinaire lui a prescrit des antibiotiques, des anti-inflammatoires et des inhalations… Vous avez déjà essayé de faire avaler un médicament à un chat naturellement méfiant et pas gourmand de surcroit vous ? L’enfer ! Je vous conseille de réduire en poudre les pilules et de les diluer dans une soupe pour chat. Avec la nôtre, ça marche. Mais pour les inhalations sérieusement. Je me vois bien assoir le chat sur une chaise, lui dire de ne pas bouger, faire bouillir de l’eau, la mélanger avec les huiles essentielles dans l’inhalateur de grand-mère en plastique vert et demander au chat de fourrer sa truffe dedans pendant que je pose une serviette sur sa petite tête…

Non, pour un chat, il faut procéder ainsi : le mettre dans sa cage de transport, poser un bol d’eau bouillante contenant les huiles essentielles près de la cage et poser une serviette sur l’ensemble.

Ben même ainsi cela se révèle très compliqué. Le chat se débat dans sa cage, attrape la serviette avec ses griffes et la plonge dans le bol.

Mais le pire croyez-moi reste de réussir à mettre le chat dans la cage. Le chat associe forcément cet emprisonnement à de futurs désagréments, changements de périmètre géographique, piqûre douloureuse et depuis peu, lente asphyxie aux huiles essentielles.

La technique consiste à placer la cage verticale, à choper le chat qui se planque sous le canapé, à le placer au-dessus de la cage, le descendre prestement et à refermer vivement la porte avant que la bestiole ne ressorte.

Oui enfin ça c’est la théorie. En pratique je mets des gants épais pour sauver mes mains, le chat avec ses pattes postérieures tente le grand écart pour ne pas tomber dans le piège tendu et avec sa gueule et ses deux pattes avant essaye toutes les attaques et combos à sa disposition. Pour survivre, il faut tenir l’animal furieux par la peau du coup, comme sa maman le ferait et glisser les papattes en douceur dans la boite.

En théorie c’est jouable, en pratique les pattes postérieures ruent dans les brancards et c’est ainsi que j’ai subit ma première césarienne. Les griffes de la bestiole ont généreusement labouré mon ventre sous le nombril, deux magnifiques estafilades rouges et profondes comme une double césarienne réalisée par Jack l’éventreur. Un peu plus bas et je pouvais chanter dans le film Farinelli.

Après deux séances d’inhalations et quelques jours de poudre de perlimpinpin cachée dans la nourriture, le chat va nettement mieux. Et moi j’ai le bide qui pique comme du chorizo.

Une colonie

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Les romans de Hugh Howey débutent souvent par une idée absolument géniale comme dans son premier livre Silo. Une idée qui pourrait constituer une nouvelle époustouflante mais que l’auteur essaye de transformer en roman.

Une Colonie n’échappe pas à cette règle et le premier chapitre se révèle un tour de maître. C’est le moment critique où Howey peine parfois à transformer l’essai comme dans Outresable. Mais cette fois avec Une Colonie, ce sont plusieurs idées que l’auteur développe dans son roman. 

Il y a tout d’abord ce concept de colonisation pour le moins original qui soutiendra tout le récit, une idée que je n’ai jamais trouvé ailleurs à ce jour malgré toute la science-fiction que j’ai pu lire et regarder. Ensuite il y a cette planète et son écosystème étonnant que l’auteur nous dévoile dans le seconde partie du livre. Il y a également ces liens forts qui se tissent entre les quelques jeunes colons rescapés, ces liens d’amour, de haine, ces jeux de pouvoir dans une population initialement sélectionnée pour bâtir une colonie. Il y a enfin cette intelligence artificielle machiavélique, censée gérer la colonie pour assurer la sécurité et le bien être des colons.

Des colons adolescents s’éveillent à la vie en catastrophe sur un monde totalement inconnu. Les quelques rescapés vont devoir apprendre à survivre dans cet écosystème étranger et lutter contre des dessins obscurs d’une IA qui n’oeuvre pas forcément pour leur bien.

Le roman possède juste le bon nombre de pages pour raconter l’essentiel et ne pas s’égarer en chemin. Il se dévore en quelques heures. 

Le réveillon

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Contrairement à l’an passé, nous avons passé un réveillon de Noël serein en famille, c’est à dire à cinq, le chat compris. Apéritif au champagne, cadeaux, repas, Mario Party, bûche et dodo, la routine.

Pour le réveillon du nouvel an ce fut plus compliqué. Le petit dernier était déjà reparti à Lyon poursuivre ses études et le grand nous abandonnait pour fêter la fin de 2020 avec ses potes. Nous restions seuls avec le chat.

Mon épouse a eu alors la délicieuse idée de commander notre repas chez un restaurateur au lieu de cuisiner Picard. Oui, clairement nous ne sommes pas des escalopes (cordons bleus).

Nous cochons les plats du menu de nos rêves sur le flyer, huitres, carpaccio de Saint-Jacques, médaillons le lottes, boeuf en croute, mousse de chocolat blanc et fruits exotiques, ajoutons un chèque comprenant la livraison pour 17h et glissons le tout dans la boîte aux lettres du restaurant.

L’esprit tranquille, nous sommes parti fouler la neige dans les Vosges et sommes revenus juste avant l’heure de la livraison.

Ce que vous ignorez sans doute, c’est que notre couple émet des ondes négatives dans les restaurants. Régulièrement le serveur nous oublie au moment de la commande, du dessert ou de l’addition. D’ailleurs le matin au réveillon, dans un moment de désespoir, ma chérie m’a dit sur l’oreiller, « Je suis certaine qu’ils vont nous oublier ».

La livraison prévue pour 17h s’est en effet fait attendre, et moi coincé depuis une heure devant la fenêtre côté rue (notre sonnette possède un fonctionnement relativement erratique), je ne voulais pas croire à la malédiction culinaire, et pourtant.

A 18h30, très inquiet, j’essaye de joindre le restaurant mais c’est un répondeur qui m’annonce qu’ils sont fermés. Stress !

Dans le réfrigérateur nous avons de quoi réaliser deux oeufs au plat avec un peu de soupe et des yaourts natures. Le repas du réveillon risque de ressembler à toute cette année si nous ne réagissons pas très vite.

Ni une ni deux, je prends la voiture, fonce au restaurant, me gare comme un salopard sur le trottoir et coure jusqu’à l’entrée du restaurant, la peur (et la faim) au ventre. 

La porte est ouverte, un rayon de lumière passe entre les rideaux. J’ose un pas masqué à l’intérieur et si la rue est déserte, dans le restaurant l’agitation est digne d’une fourmilière. La femme est au téléphone, son mari aux fourneaux, le père revient d’une livraison, les enfants s’agitent dans les escaliers, des clients attendent leur commande, bref, c’est le coup de feu.

Entre deux intenses pics d’activité, j’arrive à donner mon nom pour m’enquérir de notre commande. La femme cherche, me redemande mon nom, cherche encore mais nous ne sommes pas sur sa liste !

Je pense à la poêle Tefal avec ses deux oeufs au plat qui vont constituer notre repas de fin d’année alors qu’autour de moi l’agitation culmine. Après deux clients, une recherche de la commande, du chèque, après avoir questionné le papi improvisé livreur, il faut se rendre à l’évidence, personne n’a vu notre commande.

Un autre couple semble dans le même cas, sauf que eux ont commandé via Internet le menu proposé dans un restaurant parisien et non en Alsace. La misère. Je leur proposerai bien de venir manger un œuf au plat, mais je ne suis même pas certain que le coquetier en contienne quatre.

La patronne, entre deux nouveaux clients, deux enfants agités, un mari débordé, revient vers moi et me demande qu’elle était ma commande. J’essaye de me souvenir des détails, elle acquiesce, parle au cuisinier et quelques minutes après remplit deux sacs de carpaccio de Saint-Jacques, de médaillons de lotte, de boeuf en croute et de mousse au chocolat blanc. Elle pose également un plateau de saumon gravelax en cadeau pour se faire pardonner (mais pardonner de quoi ?) et son mari arrive désolé en m’annonçant qu’en ouvrant les huîtres sa main a malencontreusement dérapé et qu’il en a ouvert trop.

Je suis confus et très heureux d’avoir récupéré le repas. Et lorsque que je propose de régler la commande, la dame me dit qu’elle verra si elle retrouve le chèque et dans le cas contraire je n’aurais qu’à passer régler plus tard. Elle ne me connaît pourtant ni d’Eve ni d’Adam. Je suis encore plus confus.

Après les avoir remercié, leur avoir souhaité un bon réveillon (les enfants étaient au taquet), je rentre avec deux gros sacs papier garnis de victuailles juste avant le couvre-feu et lorsque j’arrive à la maison avec mes trésors, tout déconfit (de canard), brandissant les sacs papier, j’annonce à ma chérie que je suis passé chez Mc Do.

Le cheese burger frites coca fut délicieux. Entre chaque plats, gravelax, huîtres, lotte, boeuf en croute et mousse au chocolat, nous avons regardé les derniers épisodes de la troisième saison de Versailles, puis après les quelques rares pétards de notre abruti voisin tirés depuis son balcon, nous sommes allés nous coucher, la panse remplie.

Au fait, bonne année à tous et à toutes ! Burp !

Le canapé

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Il ne se passe pas une journée sans que l’on me propose de réaliser une interview. Le groupe sort un album, change de chanteur, vient de publier un clip, prépare une tournée, vous ne voulez pas les interviewer ? 

Le problème c’est qu’une interview demande du temps. Il faut la préparer, convenir d’une date, d’un média si elle ne se réalise pas en direct, passer une heure à poser des questions et écouter les réponses puis quatre à cinq heures pour les retranscrire et les traduire pour nos lecteurs anglophobes.

Et le pire dans tout cela c’est que les interviews ne sont pas beaucoup lues, notre public préfère les chroniques. Mais alors pourquoi les artistes aiment tant les interviews ?

Il m’a fallu du temps pour comprendre mais maintenant je sais. Je l’ai enfin compris après toutes ses années de dur labeur non récompensé par l’audimat. 

L’artiste est narcissique et a besoin d’être aimé mais par-dessus tout, l’artiste est ce qu’il est car il souffre. L’artiste est forcément névrosé sinon il ne serait pas artiste. Et chaque interview est pour lui, lorsqu’elle est bien menée, une demi-heure de thérapie gratuite. 

L’artiste vous parle de ses problèmes, des expériences qu’il a voulu raconter dans sa musique et que personne n’a compris. Il vous raconte ses galères, ses peurs et vous l’écoutez en prenant des notes et en émettant des “hon hon”, des “oui”, des “je vois”. 

Bien entendu vous posez des questions, mais lui n’y répond presque jamais ou bien à côté, il poursuit son interminable monologue et c’est tout juste s’il ne s’effondre pas en larmes sur son canapé. Ayez toujours un mouchoir propre à tendre pendant une interview. 

Mais ne perdrez pas de vue que le musicien a besoin de rire pour oublier sa peine, alors faites le rire, ça l’aide à vider son sac. Une interview sans (rires) est une interview ratée. Mais faites en sorte qu’il ne rie pas trop de vous quand même, vous pourriez mal le prendre et lui casser la figure. Des fois l’artiste rit et vous ne comprenez pas pourquoi, alors vous riez aussi afin de ne pas paraître stupide et lors de la transcription, une fois que vous avez compris ce qu’il disait, là vous vous sentez vraiment stupide.

Il peut arriver également que vous agaciez l’artiste avec La Question qu’il ne fallait pas poser. Des fois même on vous prévient à l’avance de ne pas aborder tel ou tel sujet avant l’interview, si si. Pour éviter de vous enfoncer, mieux vaut avoir la personne en visuel, le visage et la gestuelle vous alertent assez vite si vous avez commis un impair. Parce que si vous commettez cette gaffe, pensez au pauvre journaliste qui passera après vous. Pensez à ce que dira l’artiste au sujet des apprentis scribouillards. Il lui faudra au moins cinq ou six séances de thérapie pour passer à autre chose et parler de ses autres traumatismes. Car c’est dur d’être un artiste. Vous ne voudriez pas l’interviewer, il vient justement de répondre à une interview ?

Tupinilandia

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Si vous aimez Gabriel Garcia Marquez, George Orwell, Michael Crichton, Disney Land et l’Amérique du Sud, Tupinilandia est peut-être pour vous. Cependant une solide connaissance de l’histoire politique brésilienne est vivement recommandée comme un appétit immodéré pour les scènes d’action. 

Le roman pourrait se décomposer en trois livres inégaux : l’Automne du Patriache, Jurassic Parc et 1984.

Pour le premier vous découvrez un Brésil du passé avec son histoire et un entrepreneur rêvant de Walt Disney. Dans le second vous visitez un parc d’attraction à la pointe de la technologie du début de l’aire du silicium. Dans le dernier, de nos jours, c’est une micro société fasciste qui s’offre à votre regard. Et dans ces trois parties, vous assistez à chaque fois à l’effondrement d’un monde. Un roman sur la fin d’une époque et la nostalgie qui en résulte.

Le roman mal équilibré passe de la réflexion sur la politique et l’homme à l’abus d’action digne d’un blockbuster américain sans vraiment prévenir. Si l’idée que propose Tupinilandia est séduisante, son auteur n’a pas réussi à mon convaincre, j’ai à plusieurs reprises failli abandonner et sur les dernières pages j’ai sauté bien des lignes. Est-ce que je vous le conseille ? Non.

Téhéran

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Une espionne israélienne se rend en mission à Téhéran pour pirater une des centrales électrique de la ville. Ainsi pourrait se résumer le scénario de cette série Apple TV. 

L’Iran n’a pas bonne presse chez les américains et Israël est le petit protégé de la bannière étoilée. Les iraniens comptent parmi les pires ennemis des sionistes et pourtant de nombreux juifs venus de l’empire perse ont émigré en terre promise pour échapper aux ayatollahs lors de la chute du Shah d’Iran.

Notre agent du Mossad est bien entendu une immigrée iranienne et son opération, préparée de longue date, échoue lamentablement. La voila donc piégée dans Téhéran, sans papier, recherchée par la police et les services secrets, livrée à elle même.

Au début de Téhéran on croirait presque regarder un documentaire de propagande anti-iranien tant les clichés sont forts : misère, corruption, répression, propagande. Malgré ce début manichéen, la tension des premiers épisodes catastrophes nous maintient en haleine. Petit à petit les trais au marqueur noir s’estompent pour des couleurs plus nuancées grace notamment à deux personnages iraniens, un hacker contestataire et un chef des services de renseignements joué par l’excellent Shaun Toub (Iron Man). C’est ce dernier qui crève l’écran, tout l’opposé de l’espionne qui peine à rendre son personnage crédible au fil des épisodes et qui a la fin de la série agace carrément.

La série, un peu manichéenne certes, mais qui se laisse regarder même si elle n’a rien d’extraordinaire.

https://youtu.be/FBKbfCGg5aA

Robots

Le thème des robots parle à tous les geeks. Et je suis encore un geek malgré ma cinquantaine bien sonnée. Quand une série télé parle de Linux, de piratage, de solitude, de dark web et s’intitule Mr. Robot, elle est forcément pour moi.

J’ai commencé Mr. Robot, l’histoire de ce génie du piratage schizophrène qui bosse pour une boite de sécurité informatique et se fait débaucher par un groupuscule pour sauver le monde, à moins que ce ne soit pour y semer le chaos. Il vit seul avec son poisson rouge (qui est noir en réalité), n’a qu’une amie, qui comme lui, a perdu son père dans les même circonstances.

L’histoire se déroule dans un futur alternatif où E Corp, un gros consortium domine toute l’économie. Et ce consortium est responsable du décès de son père. Vous imaginez vite la suite, le hacker va essayer de faire tomber la multi nationale. Logique.

La série va bien au delà de l’exploit de hacker, elle parle de l’homme, de la solitude, de la folie, de l’amitié, de l’ambition, de l’amour et ce avec une grande justesse. Le personnage Helliot, le geek hacker est interprété par Rami Malek qui a brillé dans le film dans Bohemian Rhapsody et son père, Christian Slater alias Mr Robot crèvent l’écran et font la série.

Notre Helliot étant un peu cinglé quand même, la série connait quelques rebondissements improbables comme l’épisode de la deuxième saison où brutalement Helliot se retrouve acteur d’un sitcom avec des rires enregistrés qui s’invitent à chaque réplique, en voyage avec ses parents et sa sœur dans un cabriolet.

Mr Robot plonge celui qui regarde la série, dans l’univers du hack, de l’Internet, de la sécurité informatique, des multinationales, de la solitude, de l’addiction, de la folie. Une excellente série pour geeks d’autant que l’on y trouve un Commodore 64 avec son lecteur de disquettes cinq pouces et quart.