Journal d’un confinement

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Le 16 mars 2020, la France se décidait enfin, après plus de quinze jours d’épidémie, à confiner sa population.

J + 19 : Samedi 4 avril 2020 – j’aime / je déteste

J’aime le confinement, le calme qui règne dans la ville et l’air pur.

Je déteste le confinement et son attestation dérogatoire à remplir plusieurs fois par jour.

J’aime rouler en ville avec la route pour moi tout seul.

Je déteste ne plus pouvoir écouter du metal à fond dans le salon.

J’aime arpenter les couloirs déserts au travail avec les téléphones qui sonnent dans le vide derrière les portes closes.

Je déteste faire la queue à la boulangerie ainsi qu’au supermarché.

J’aime ces musiciens qui, enfermés chez eux, prennent leur guitare et nous chantent un morceau pour passer le temps.

Je déteste être malade et ne pas pouvoir me soigner à cause d’un risque de COVID-19.

J’aime aller bosser pour profiter de la bande passante quasi infinie du travail.

Je déteste contempler les Vosges depuis ma fenêtre.

J’aime revoir des séries TV que je connais peur coeur.

Je déteste songer à mon père enfermé dans son EHPAD à mille kilomètres de là.

J’aime savoir que mes amis se portent mieux.

Je déteste cette contrainte que je me suis imposée d’un billet par jour depuis le début confinement.

J’aime écrire.

Je déteste mes voisins (mais le confinement n’y est pour rien).

En vérité, j’aime bien détester.

J + 18 : Vendredi 3 avril 2020 – ennui

Avec tout le temps dont je dispose enfin, que fais-je donc de mes journées ? La réponse est, pas grand chose. Je désherbe le jardin et l’île virtuelle. Je lis un peu, j’écoute un peu de musique, je range quelques bricoles, je perds mon temps sur Internet et passe quelques coups de fil. Rien de très constructif.

Il faudrait pourtant que je tapisse la cuisine, que je range le grenier, que je traite des poutres, que je passe le karcher sur la terrasse, que je prépare mes semis, mais non, je glandouille. Hier au lieu de bosser sur ma critique, j’ai écouté quatre fois le nouvel album d’Airbag, tout le contraire de ce que je devrais faire. 

Je procrastine, je bulle, je m’ennuie, je zone, je farniente, j’attends, je repousse, je perds mon temps, je désoptimise, je déprime ?

Pour tuer la monotonie et alimenter ma banque d’images, je suis parti au fond du jardin, cinquante mètres plus à l’est- mon dieu quelle expédition ! -, équipé d’un 24-85 macro, afin de capturer la lumière des petites bêtes. La macro photographie n’est pas une passion, d’ailleurs je n’ai pas acheté l’objectif pour ça mais pour son poids plume, pas plus que les petites bêtes ne m’intéressent vraiment, mais si je veux rester un tant soit peu actif, il faut que je fasse quelque chose de mon temps. Alors je règle la vitesse au millième, ouvre au maximum mon iris, approche la lentille à deux centimètres de l’insecte bourdonnant et tente d’obtenir un cliché potable. Une heure de gagnée dans la longue journée…

J + 17 : Jeudi 2 avril 2020 – Mon frère 

Mon frère se trouvait à Venise au juste au début de l’épidémie italienne. Il a vu un signe, un ange de la mort lui a parlé, alors il a pris le premier avion en partance pour l’hexagone. Il a atterri à Bordeaux et a rejoint Paris en train.

Vingt-quatre heures avant l’annonce du confinement, une voix l’a mis en garde. Alors il a fait des provisions pour dix jours et comme un million de parisiens, est parti se mettre au vert pendant douze jours. Pourquoi douze jours me direz-vous ? Parce que au bout de douze jours, la copine qui l’hébergeait, l’a foutu dehors, sans doute gênée la nuit par toutes ses voix qui lui parle.

Mon frère pense avoir contracté le COVID-19 et est persuadé d’être immunisé maintenant. A Venise, il a souffert de sensations d’étouffement, sans doute la peur panique me direz-vous, mais ça ce sont les mauvaises langues qui le disent. Il pense être immunisé mais craint cependant une rechute. Une rechute immunitaire en fait. 

Mon frère possède un thermomètre classe XXL, d’une précision inégalée, hier il avait 37,16°C de température (la rechute). Je lui ai dit que par chance il n’avait pas 37,17°C. Il n’a pas compris.

Mais rassurez-vous, mon frère va bien, mieux qu’à l’époque où il ne me mangeait plus rien venant de chez lui, persuadé que les services secrets tentaient de l’empoisonner en badigeonnant les aliments de son frigo avec des produits mortels.

Mon frère est taxi parisien, et peut se balader dans la capitale déserte. Ne montez pas dans son taco, il est forcément contagieux, et de toute manière, qui monterait dans le véhicule d’un sikh maboule en pleine pandémie ? Il m’a dit qu’il allait faire des photographies de la ville.

Même si mon frère est totalement cinglé, j’avoue que je l’envie un peu. Il a l’occasion unique de réaliser des clichés incroyables de Paris désertée alors que moi, coincé dans ma maison, je n’ai plus qu’une dizaine de négatifs à développer, et pas les meilleurs.

Je le déteste !

J + 16 : Mercredi 1er Avril 2020 – poisson d’avril ?

Et si le confinement n’était qu’une vaste blague destinée à s’achever aujourd’hui en magnifique queue de poisson ? Ok, ok, ce n’est pas drôle… 

Mais bon, voilà quoi, je suis énervé. Avec quoi vais-je mélanger mon muesli matinal s’il n’y a plus de yaourt demain ? Sérieusement.

Je suis passé au centre de tri postal ce matin, un masque sur le visage et plein de buée sur les lunettes. Les mecs qui conçoivent les masques ne pouvaient pas penser aux bigleux comme moi ? Au centre de tri, dans un vaste hangar, les agents de la Poste circulent sans masque ni gant, manipulant le courrier des autres, se bousculant dans les allées. Ils sont immunisés les gars ? Pas étonnant que la distribution du courrier soit perturbée.

En parlant de masques, vous savez quoi, ceux que l’on a reçu et qui ne servaient à rien sont brutalement devenus indispensables. « Vous pourriez en envoyer dans les centres ? » … « Vous voulez parler de ceux que l’on a distribué aux hôpitaux ? » … « Ils nous en reste beaucoup ? » … « Ben non, une centaine. » … « C’est embêtant. Vous pourriez en redemander ? » … « A qui ? » … « Oui à qui… essayez quand-même… ». Ma mission, même si je ne l’accepte pas, consiste à trouver des masques sans expliquer pourquoi nous n’en avons plus, pensez-donc, 900 masques évaporés dans la nature…

Vous saviez que nos voisin étaient des abrutis fini. Je pensais que même les abrutis allaient prendre peur. Ben non, même pas peur les gars, ils invitent leurs potes à boire le café à la maison. Confinement vous avez dit ?

Mais tout n’est pas si sombre. Hier j’ai assisté à mon second concert en streaming depuis le début du confinement avec une centaine d’autres personnes. C’était magique. Pendant deux heures j’ai cru être dans un pub en compagnie d’amis à écouter Marc Atkinson chanter. Merci Marc, à mardi prochain, j’apporte les chocolats.

J + 15 : Mardi 31 mars 2020 – des décisions s’imposent 

La situation ne pouvait plus durer. 

Hier j’ai pris la tondeuse pour alléger ma perruque. Le résultat est hasardeux.

Toutes mes analyses sont négatives, je n’ai ni la chaude pisse, ni une infection généralisée, bref je vais bien, sauf que je tousse, que j’ai la zigounette en feu et les yeux qui piquent. Il y a bien des médicaments qui pourraient me soulager mais ils sont prohibés en ces temps de COVID-19. Encore une chance que je puisse prendre mes petites pilules de Zomig car une nouvelle crise sonnait à la porte ce matin. Le médecin m’a proposé de m’arrêter quinze jours ou d’aller bosser, au choix. Vous auriez fait quoi à ma place ? J’ai choisi d’aller bosser. C’est le monde à l’envers. 

Nous n’avions plus de lait dans le frigo, plus de fromage, plus d’oeufs, plus de ketchup, plus de beurre, plus miel, plus de rien en fait. Une expédition punitive en combinaison NBC s’imposait au supermarché. Après deux heures de queue, ma femme revient avec deux litres de lait frais pour quatre et une semaine, douze mini portions de beurre doux et pas d’emmental. Elle a pris les derniers oeufs qui n’étaient pas cassés et dû faire l’impasse sur de nombreux produits que nous consommons habituellement. Il devient urgent de préparer des semis pour le potager. Nous allons également voler une vache dans un prés, des lapins dans un élevage, quelques poules à la ferme voisine, planter des pommes de terres, semer du blé et du maïs. A la guerre comme à la guerre.

Ce soir, j’assisterai au second concert streaming du confinement avec Marc Atkinson à la guitare et chant et sa compagne Tammi derrière la caméra. Comme quoi cette crise a du bon: je n’ai jamais eu l’occasion de voir Marc chanter en live.

J + 14 : Lundi 30 mars 2020 – seul sur Mars

Nous venons de passer deux semaines confinés et nous signons pour deux nouvelles semaines au minimum. Pour aller sur Mars comptez plusieurs mois enfermés dans une boite de conserve avec des parois épaisses comme du papier aluminium. Tout compte fait nous sommes bien au chaud à la maison.

S’il a neigé cette nuit, c’était de la neige carbonique au sommet d’Olympus Moons. Car il n’en reste aucune trace au sol ce matin. Par contre la tempête de sable bat son plein.

Pour la première fois, je renonce à me déplacer jusqu’au travail. Je tousse beaucoup et ma femme a un rhume, ça sent le sapin. Vous imaginez la catastrophe si une épidémie de ce genre se produisait en milieu confiné, genre dans une base martienne ?

Mon flux d’actualité ne parle plus que du COVID-19, d’appareils photos et de comparatifs d’équipements audio. Cela fait un petit moment que je n’ai pas lu d’article sur l’exploration de la planète rouge, et ça me manque. J’ai toujours été un martien de coeur. Je vais aller faire un tour sur Futura-Science pour voyager un peu.

J’ai une furieuse envie de barre chocolatée au caramel, mais sur l’attestation de déplacement dérogatoire il n’y a pas de case pour « aller acheter un mars », alors je me fais violence.

Dans Animal Crossing, les deux ratons laveurs vendent un télescope cinq-milles clochettes. Hors de prix ! Mais si ça se trouve, avec, je pourrais observer la planète Mars.

Finalement nous n’avons pas regardé Stargate Antlantis hier soir, nous ne nous sommes pas tapé dessus ni n’avons mis en route un troisième enfant. Nous avons jeté notre dévolu sur la série Live On Mars, la version U.S.. Ce n’est pas la meilleure des deux mais les filles sont plus jolies et je peux écouter du Bowie et du Simon & Garfunkel.

Le mois de mars s’achève demain.

J + 13 : Dimanche 29 mars 2020 – la loi des séries

Treize journées de confinement et ça y est, nous n’avons plus de série à regarder. Après Trapped saison une et The Missing saison deux, nous voici à sec. A quoi allons-nous occuper nos soirées ?

Pendant cette période étrange, les couples pris au piège dans quelques mètres carrés se déchirent ou découvrent le Kamasutra. A l’issue de cette crise il y aura beaucoup de divorces et de bébés c’est certain. 

Nous, nous nous supportons bien, forts de trente années de vie commune mais nous ne sommes plus assez souples pour le grand livre du couple épanoui. D’ailleurs il est très surfait entre nous. Que nous reste-il donc ? Le Scrabble ? Sans façon. Vous me lisez assez pour savoir que mon orthographe est catastrophique. Et j’ai toujours, toujours détesté ce jeu. Les livres, oui, mais ma chérie s’endort le soir en cinq minutes avec un livre, donc mauvais plan. Netflix ? Ça ne marche pas sur notre box et regarder une série sur un écran de Mac, bof quoi, nous on a un vidéo projecteur. 

Il nous reste bien quelques séries à la maison, mais ce sont celles que nous avons vu de nombreuses fois. Allons-nous replonger dans l’intégrale de Stargate Atlantis ? Ce n’est pas impossible…

Sinon il pleut et demain matin il devrait même neiger. Alors adieu le jardin et vive le monde virtuel. Tom Nook m’a demandé de meubler trois maisons, de bâtir un pont, de lui construire une boutique et d’installer une clôture autour de mon cottage. Je n’ai jamais autant bricolé de ma vie ! Pour ce faire je coupe du bois, je secoue les troncs d’arbres, je tape sur les rochers et je creuse la terre sans cesse. Trois piqûres d’abeilles, deux syncopes et le soir, en me promenant enfin, une morsure d’araignée. C’est la loi des séries…

J + 12 : Samedi 28 mars 2020 – en analyse

Vautré sur le canapé je parle à mon chat : « to be or not to be, this is the question », « Miaou ! », « c’est bien ce que je pensais… ».

En douze jours de confinement je n’avais jamais roulé autant: quatre-vingt kilomètres en une matinée, deux aller-retour au laboratoire d’analyses. Prise de sang, analyse d’urine, cotons tiges dans la zigounette, je saurai peut-être bientôt ce qui ne va pas chez moi et là je ne parle pas de ma tête.

Vous avez déjà essayé de vous enfoncer un coton tige dans la zigounette ? Les filles, ne répondez pas, ce n’est pas du jeu ! Ben finalement c’est moins terrible que ça n’en a l’air lorsque l’on a connu une semaine de sonde urinaire… De là à le réaliser pour le plaisir, il y a un monde.

Le temps est magnifique alors je jardine un peu. Au programme désherbage. Ça passe les nerfs. Ça m’a permis de discuter avec ma délicieuse voisine célibataire qui prend le soleil sur un relax. Elle vient de perdre l’odorat et le goût après trois jours de fièvre modérée. COVID-19 vous croyez ? Ça calme.

Et oui, je tousse, moins qu’hier cependant, j’ai les yeux qui piquent et je ne vous raconte même pas dans quel état est la zigounette. Et vous ça va ?

J + 11 : Vendredi 27 mars 2020 – la vague arrive

Debout sur le ponton à l’ouest de l’île, je contemple l’océan. Les vagues s’écrasent sur les rochers en écume blanche. 

Mais de quelle vague parle notre premier ministre ? Du tsunami de connerie qui déferle sur la toile ou de l’épidémie de COVID-19 ? 

Le soleil brille généreusement et le vent est tombé, ce serait une après-midi idéale pour aller au jardin histoire de changer d’air. Mais non, je tousse encore.

Les gens s’appellent, tchattent, des barbes naissantes, des personnes sans maquillage, seules chez elles apparaissent sur les écrans de smartphones. Combien d’heures passons-nous devant nos écrans pour travailler, discuter, s’informer, se distraire ? Bien plus qu’auparavant c’est certain. Si l’Internet saute, ce sera l’émeute ! Moi je m’abstiens de cette orgie de contacts digitaux car parler me fait tousser.

Des concerts en streaming s’organisent pour mon plus grand bonheur, un écran, un casque, une bière et je suis paré pour un live report. La majorité sont en acoustique et c’est tant mieux, quand je m’agite, je tousse.

Je tousse de plus en plus en fait, mes yeux grattouillent et ça picouille à un endroit que je garde secret. Je suis bon pour aller au laboratoire faire des analyses parce que le médecin se pose quelques questions : «Vous ne seriez pas susceptible d’avoir attrapé une MST ?». Bheuuu ? Je me disais bien qu’à force d’écouter n’importe quoi j’allais finir par chopper quelque chose, une AOR, une ACDC, une RPWL, mais une MST, sérieusement…

Mais essayez d’obtenir un rendez-vous pour des analyses lorsque vous êtes en pleine épidémie et que vous toussez. Je vais devoir rouler plus de vingt kilomètres afin d’effectuer trois analyses dans un laboratoire équipé pour éviter toute contamination. Dépistage vous avez dit ?

Bon pas de panique, à priori je vais bien à part une potentielle MST et cette saloperie de toux. Allez bisous ! Heu non, oubliez… On ne sait jamais.

J + 10 : Jeudi 26 mars 2020 – plan de bataille 

L’hôpital de campagne vient d’être installé près de Mulhouse. Mes boulangères portent des masques et des gants. Nos centres régionaux sont fermés et notre immeuble de Strasbourg ne renfermera plus qu’un seul agent à partir de lundi. Les croquettes du chat sont perdues entre Paris et la maison. Mes sourcils deviennent trop longs et me gênent pour lire, il y a un un bug dans le jeu Animal Crossing et je n’ai presque plus de photos à publier. L’heure est grave. Un plan de bataille s’impose : télécharger la mise à jour d’Animal Crossing et me couper les cheveux.

Mais tout d’abord mission masques : nous avions mille masques inutiles au travail vu que plus personne n’y travaille plus et l’idée d’en faire quelque chose me turlupinait. Un ami m’a donné un contact, une personne centralisant les dons, j’ai demandé le feu vert de ma direction et les masques sont partis vers les services médicaux de la région Grand-Est cette après-midi. Pour une fois, j’ai eu l’impression faire quelque chose d’utile et surtout, ça m’a donné l’occasion d’une ballade dans ma nouvelle voiture avec la bénédiction de la police.

J + 9 : Mercredi 25 mars 2020 – c’est vraiment la guerre

Hier soir j’ai assisté à un embouteillage devant le Drive d’Auchan, je comprends mieux mes problèmes de validation de commande maintenant. Nous allons devoir faire à l’ancienne, gel pour le caddie, masque, quarantaine des produits, cela devient compliqué de se nourrir.

Mon créneau pour gérer le webzine ne dure plus qu’une heure le matin, de sept à huit, avant que le petit mec en prépa bouffe toute la bande passante. Reste le soir, après dix-huit heures, pour récupérer les promos nombreuses et les partager avec l’équipe et poster ce billet. N’attendez donc pas de miracle jusque début mai. 

Car ça y est, nous sommes enfermés à quatre pour plus d’un mois avec, par chance, un peu d’espace pour ne pas se marcher sur les pieds et un jardin lorsque l’on étouffe dedans. N’empêche, que même ainsi, ça ne va pas être évident, alors pour ceux qui vivent en appartement, je n’ose imaginer. Ma femme se planque dans la buanderie pour jouer du piano numérique, bat des records de sommeil, mon aîné attend le soir pour faire du gaming, j’écoute la musique au casque ou sur mon iPhone, nous nous partageons les créneaux horaires de la salle de bain, nous grattons le chat chacun notre tour, toute une organisation de temps de guerre.

J’ai créé un groupe Facebook pour partager de la musique en ces temps de crise. Devin Townsend, Ray Wilson, Steve Hackett et d’autres nous offrent leur musique chaque jour via YouTube. Vous en connaissez d’autres ? Je trouve leur démarche admirable, il faut soutenir nos artistes pendant cette période, ils nous réchauffent le coeur et sont privés de travail et de revenu avec le confinement.

Il faut s’occuper pendant ces longues journées. Aujourd’hui j’ai commencé et terminé la chronique d’un album de metal, joué à Animal Crossing, trié des promotions, préparé des actualités, classé des clichés, courru chercher du pain, lancé une lessive, rangés les courses, fait un peu de ménage et là soudain, je me suis demandé comment photographier le confinement ? Par la fenêtre ? J’ai déjà essayé, mais mes voisins n’aiment pas trop. Alors je me suis souvenu que j’habitais dans une très vieille demeure. Je suis monté au grenier et j’ai tenté de jouer avec les lumières, les poutres et les perspectives. Le résultat se révèle très salissant.

J + 8 : Mardi 24 mars 2020 – pénurie

La tempête d’hier a épuisé mes dernières forces, je n’ai même pas le courage de jardiner. Je n’arrive pas me concentrer sur le tome trois de The Expanse, ce sera pour ce soir, afin d’aider mes paupières à se fermer. Je vais terminer ma chronique en route depuis trop longtemps. Ce sera la chronique de la pandémie. 

Au travail nous venons de recevoir mille masques mais interdiction de les distribuer… alors à quoi servent-ils ? Peut-être les gardons-nous pour la prochaine épidémie ? Nous ferions mieux de les donner aux hôpitaux qui en ont urgemment besoin. 
Le facteur ne passe plus au travail depuis lundi, le centre de tri n’a plus un seul agent de valide, l’épidémie fait rage à la Poste, alors je fais le facteur à leur place. 
Le formulaire employeur pour aller bosser a encore changé, comme si notre direction n’avait d’autre chat à fouetter que de remplir, imprimer et signer cinquante documents pour ses employés. 

Il faut que je trouve le moyen de valider ma commande sur le Drive Auchan, sinon nous serons obligés de faire les courses à l’ancienne avec la file d’attente à l’entrée, les rayons vides et les caissières derrière des bâches plastique. J’ai préparé ma commande mais lorsque je la valide, aucune date n’est disponible, gênant, mais le pire, c’est que lorsque je reviens une heure après, plusieurs articles ne sont plus disponibles dans ma liste et que je me retrouve une fois encore, sans date possible pour faire mes achats. La galère…

Pendant ce temps, des personnes meurent autour de nous et nos petits soucis semblent alors terriblement dérisoires.

Animal Crossing va sauver cette journée déprime, j’ai une perche pour sauter par-dessus les rivières, mon terrain de jeu s’en retrouve magiquement agrandi. Je dispose d’une petite maison au toit rouge, de plein de clochettes à la banque et d’un bien joli chapeau. Je pêche, coupe du bois, cherche des fossiles, ramasse des pommes, arrache les mauvaises herbes, m’installe sur la plage et contemple les vagues qui se brisent sur les rochers. Et là j’oublie quelques minutes la misère ambiante.

J + 7 : Lundi 23 mars – migraine explosive

Des fois les triptans n’agissent pas, ne me demandez pas pourquoi. A huit heures la crise à pris forme. A dix heures du matin je me traînais du lit jusqu’aux toilettes vomir mes tripes. A trois heures du matin, la douleur devenait supportable. A sept heures j’étais au travail et pesais deux kilos de moins. Le stress y est sans doute pour quelque chose.

J + 6 : Dimanche 22 mars – c’est la guerre, des étoiles…

Le soleil est de retour mais ça caille. Paradoxalement nous entrons dans la période la plus froide de l’année alors que l’hiver est terminé. “Y a plus de saison mon bon monsieur”. La faute à cette brutale décroissance, nous consommons moins d’énergie, nous relâchons moins de CO2. Encore un mois de confinement et nous vivrons une petite ère glaciaire. A part le temps capricieux, la vie ressemble à Un jour sans fin et je me demande que faire pour briser ce cercle infernal. Sauf que si tout se répète, le nombre de malades augmente comme le nombre de victimes. J’ai lu quelque part que l’on dénombrait 12 000 morts de part le monde. Combien seront-ils demain ?
Hier soir Manuel Schmid et Marek Arnold (Seven Steps) donnaient un concert sur YouTube, rien d’extraordinaire, mais je salue l’initiative. Un moyen pour les artistes de récolter un peu d’argent avec les dons, de se faire connaître et d’offrir de la musique aux personnes bloquées chez elles. Ray Wilson continue également ses enregistrements quotidiens, ils sont mon rayon de soleil de la soirée.
Alors que faire aujourd’hui ? Courir tout nu dans la rue ? Tapisser la cuisine ? Cuisiner un plat exotique ? Nettoyer les vitres du premier étage ? Jouer à Animal Crossing ? Emmerder le chat jusqu’à qu’il me griffe ? Faire pareil avec ma femme ? Jouer au ping pong dans la cuisine ? Courir comme un fou jusqu’au fond du jardin pour battre un record du 50 m potager ? Prendre des nouvelles de mes proches ? Vous vous faites quoi ?
Je pensais pour ma part lire et regarder des tutos sur Internet : comment soulager une douleur dentaire, comment programmer avec Foundation, comment couper ses cheveux, comment soigner une balanite mais finalement j’ai joué à X-Wing avec mon grand, cela faisait des mois que nous n’avions pas sorti les figurines de la vitrine.

Je me suis fait explosé à deux reprises. Demain La Revanche des Siths.

J + 5 : Samedi 21 mars – petite forme

Le printemps c’était hier. Aujourd’hui il pleut. Pour les promenades, il faut maintenant rester dans un rayon de deux kilomètres du domicile, ça va limiter les choix d’autant que les parcs, les gravières, le canal, la forêt sont interdits d’accès. Il reste encore les trottoirs me direz-vous mais ils sont couverts de merdes de chiens. Je vais faire comme lors de mes cinq mois d’arrêt maladie en 2016, j’effectuerai des aller retour au fond du jardin, cent mètres en légère pente ! A l’époque cela le semblait le bout du monde mais aujourd’hui, à ce rythme là, je risque de prendre un kilo ou deux si le confinement dure jusque fin mai. Mince ! Vous pensiez vraiment que le premier avril ce serait fini ? Mais non enfin, c’était ça le poisson…

Nous en avons profité pour laver les vitres du rez-de-chaussée, c’est fou toute la lumière qui rentre maintenant dans la maison mais il faut vraiment s’emmerder pour se lancer dans une telle activité.

Pour me promener j’ai mon île. Je dors sous la tente au bord de l’eau, cueille des pommes, pêche des poissons, collectionne les papillons et bricole avec Tom. J’ai deux voisins sympas et qui n’ont pas de chien ni de sono dans leur voiture. La vie serait parfaite s’il ne fallait recharger les accus de la console toutes les deux heures…

COVID-19 ou pas, je n’échappe pas à l’épidémie hebdomadaire migraineuse. Pour me consoler j’écoute My Arrival et Arrival en boucle, oui je fais dans les noms de groupes super originaux ce week-end désolé.

Vu que le temps ne manque pas, je me plonge dans la documentation de la version 6.6.x de la librairie CSS Foundation, du HTML responsive, histoire d’étudier une éventuelle modernisation du look du webzine. Bref rien d’autre à faire et je ne travaille pas avant mardi…

J + 4 : Vendredi 20 mars 2020 – sauvés

Nous sommes sauvés, c’est le printemps. Enfin c’est qu’avait dit Trump non ? Printemps ou pas, hier ma femme a réussi à se procurer du PQ, du sucre et du savon. Nous sommes sauvés ! En plus aujourd’hui Animal Crossing sort sur la Switch alors tout va bien. On raconte même que le Plaquenil, un antipaludique, pourrait nous guérir du virus, que demande le peuple ? Il fait beau, même très beau, le réchauffement climatique est là et si nous ne mourrons pas du COVID-19, le dérèglement planétaire aura notre peau. Ne nous mentons pas, je tousse de plus en plus, alors j’ai décidé de sauver mon âme… Oui bon, pas trop tôt me direz-vous. Sauf que je cherche une bonne boutique pour ça. Il y a beaucoup d’officines et autant de charlatans. Alors que choisir ? La revue aurait du écrire un comparatif des religions pour que l’on s’y retrouve. Je suis de culture catho, mais ma mère a viré bouddhiste avant de rejoindre une église évangélique et mon frère est Sikh. Pas facile de se décider du coup. Il y a bien le satanisme, une valeur sure quelque soit le dieu, des filles nues, du chauffage central gratuit, quelques châtiments corporels pour faire du sport sans promener son chien et pas de bonne conduite à avoir Allez, je prends le satanisme. 

J + 3 : Jeudi 19 mars 2020 – décision (in)

Retour au travail à sept heures du matin. Les rues sont désertes et le bâtiment ne contient que deux personnes. Internet est très lent, même au travail. Dommage car PornHub serait gratuit aux dernières nouvelles. J’attends assis dans le bureau depuis mon arrivée ce matin de savoir si je reste en poste ou pas, en attendant, et bien j’attends. J’avais bien fait de laisser à manger dans le frigo du travail mardi, dommage que je n’ai pas songé au dessert. Un collègue consigné chez lui, passe dans les couloirs, à croire qu’il n’a rien compris au concept de confinement… Un autre, arrêté depuis vendredi, repasse chez le médecin aujourd’hui, ça n’annonce rien de bon. Mon épouse télé-travaille de la maison sans téléphone ni ordinateur, autant vous dire qu’elle joue beaucoup du piano et du violoncelle. Pour qu’elle puisse utiliser le Mac ou la station Linux il faudrait installer un antivirus dessus. Sérieusement, un antivirus sur Mac ou Linux ? Pour que faire ? Que je sache le COVID-19 ne touche pas encore les intelligences artificielles, si ? Et puis vu que notre petit dernier occupe toute la bande passante pour suivre ses cours de huit à dix-huit heures, comment dire… Ça laisse peu de place pour le télé-travail. Les artistes sur la toile, proposent en streaming des concerts improvisés avec une guitare et un micro. Eux aussi sont confinés et ils nous offrent du réconfort à leur manière. Les tourneurs devraient essayer les concerts en streaming avec quelques groupes, je suis certain que ça aurait du succès. En attendant il me reste quelques DVDs des précédentes conventions de Marillion à visionner. Sinon il va falloir se procurer du PQ, des yaourts, des pâtes, de l’emmental et du savon d’urgence pour survivre à la maison faute de quoi ce sera vite le drame, surtout pour le PQ. Peut-être en trouve-ton au marché noir ? Mon voisin, à découvert depuis deux jours le plaisir du Karcher, il nettoie tout, autant dire que si la rue est calme, le jardin devient un enfer. Il faut vraiment que je commande un fusil de chasse chez Manufrance.

J + 2 : Mercredi 18 mars 2020 – premières privations

Un soleil radieux inonde le jardin, la rue est déserte et la bande passante aux abonnés absents. Mon petit dernier suit ses cours en streaming, je télécharge des promotions, ma femme regarde Youtube, l’aîné joue en ligne. Priorité à la prépa véto, tout le monde sauf le petit dernier se déconnecte, il va falloir lire, jardiner, roupiller, s’occuper. Par chance j’ai terminé à temps les publications du webzine et mes courses en ligne. Je n’ai pas envie de faire la queue au rayon PQ et pâtes. Bon ok, il n’y a plus de PQ ni de pates sur le site, on fera sans, par chance il restait des bonbons Haribos. Mon rendez-vous au centre anti douleur, programmé depuis cinq mois, est reporté aux calendes grecques, mais ça je peux le comprendre et puis au point où j’en suis. Je vais également être privé de travail comme beaucoup, juste placé en astreinte au cas où. Dommage, au boulot il y a une bonne bande passante… Par contre nous ne sommes pas privés de voisins, damned, ils sont tous dans leur jardin et n’ont rien de mieux à faire que discuter. J’ai peur d’avoir chopé une insolation en parlant au soleil avec eux. Si je vais chez le médecin pour ça, clairement je vais me faire allumer. Alors je suis rentré me mettre à l’ombre, pour écouter l’album de ma prochaine chronique, un groupe marseillais pour changer, Tense Of Fools. Et pour finir avec les privations, l’état d’urgence sanitaire devrait nous priver de bien des libertés. On n’en saura bientôt plus. Chic !

J + 1 : Mardi 17 mars 2020 – des gants médicaux sur les mains

Retour au travail. Nous sommes cinq dans un bâtiment prévu pour recevoir une centaine de personnes. Plusieurs agents sont consignés chez eux sous Doliprane. Grippe, gros rhume, COVID-19, allez savoir… Il faut assurer la permanence au cas où. Muni de désinfectant, je parcoure les bureaux pour nettoyer les poignées de portes, les robinets, avant de retourner dans mon bureau et attendre la fin de la journée. J’ai bien fait d’emmener mon bouquin… Demain, si je bosse, je prendrai aussi ma Switch. Je rencontre la première survivante au COVID-19. Bien envie d’échanger un peu de salive avec elle juste au cas où cela renforcerait mes défenses immunitaires, mais bon, elle n’est pas vraiment appétissante, alors je m’abstiens. Il n’y a personne à la direction pour me dire si je peux ou dois travailler demain et surtout, vu que passé midi, je n’ai plus de droit de circuler sans un papier de mon employeur, j’ai un problème… “Allo Houston ?”. Encore plus gênant, les restaurants sont tous fermés, je vais manger quoi ce midi moi ? J’ai bien ma carte Up Déjeuner fraîchement rechargée mais bon, j’aime pas trop croquer du plastique à midi. Ce seront donc des pâtes réchauffée au micro-ondes. J’ai imprimé des attestations de déplacement dérogatoire pour aller chercher du pain, des yaourts, des fruits et me rendre au travail sauf que pour le travail, mon employeur a zappé le fait qu’il devait fournir un papier lui aussi, le justificatif permanent. On verra tout ça jeudi, demain c’est confinement dans le jardin et dans le salon, car je viens de recevoir, sans doute mes derniers arrivages de CDs pour quelque temps, Cosmograf et Arrival.

J : Lundi 16 mars 2020 – dubitatif

Youpi ! Le weekend est terminé et j’ai le droit à un jour bonus à la maison. Il fait beau, j’en profite pour tondre la pelouse, semer quelques graines, jouer à Luigi’s Mansion 3, développer quelques photographie, avancer dans le tome 3 de The Expanse et regarder une nouvelle série TV, la dernière qui nous reste car les médiathèques ont fermé leurs portes samedi. Le papa toulousain récupère son petit et malgré une nuit de travail et dix heures de route, repart illico presto dans l’autre sens avec son italien, craignant que le confinement ne soit confirmé le soir. L’actualité lui donnera raison. Mes voisins font des provisions en vue de la fin du monde, pâtes, PQ, sucre en quantité invraisemblable. L’hystérie gagne du terrain. A vingt heures, notre président nous annonce la nouvelle : “C’est la Guerre !”. Comme je m’y attendais, après la fermeture des frontières allemandes, la France se met enfin au confinement. Je tousse, en réalité cela fait presque trois semaines que je tousse, un peu, quand je bouge, mais je n’ai pas de fièvre, même si j’ai la sensation d’avoir chaud à la tête. Bronchite psychosomatique ? COVID-19 peu actif ? Serais-je le patient zéro du travail ?

J-1 : Dimanche 15 mars 2020 – excellent moral

Le printemps est magnifique même si nous sommes toujours en hiver. Avec mon épouse, nous profitons du soleil dans les Vosges comme toute la population de l’Alsace encore en état de rouler. Les parkings du mon Saint-Odile sont bondés. Tout le monde descend chercher l’eau de la fontaine magique pour se purifier, nous on va juste se promener et par hasard nous découvrons, dans un vallon, une magnifique chapelle. De retour à la maison, j’apprends d’un ami toulousain, que les frontières germaniques ferment demain à huit heures. Son fils étudie le commerce à Karlsruhe, de l’autre côté du Rhin. Le temps qu’il arrive, on ne pourra plus passer. Alors je prends ma nouvelle voiture toute belle, passe la frontière, les contrôles sanitaires et fonce chercher le petit Alessandro dans son appartement d’étudiant. Faut dire, avec un prénom pareil, il joue avec le feu le garçon.

Ys

Connaissez-vous la légende de la cité d’Ys, cette ville qui aurait été engloutie à l’époque où la Bretagne fut christianisée ? Certains rapprochent cette légende d’un autre mythe, celui de l’Atlantide. 

Mais mon propos n’est pas là. Il y a peu je suis tombé sur cette bande dessinée de Annaïg et Loïc Sécheresse, bretons de leur état, qui revisitaient un conte dont j’ai lu moultes versions. Le roi Gradlon converti au christianisme après la perte de sa femme, bâtit pour sa fille payenne une cité au bord de l’océan, protégée des assauts de la mer par d’immenses digues. Une ville dans laquelle sa fille rebelle pourrait être libre, s’exprimer, vivre, sans scandaliser le clergé de plus en plus puissant dans le royaume. Mais un homme (un prêtre, le diable selon les versions du conte) séduisit la jeune femme et une nuit lui déroba la clef des portes qui s’ouvrent sur l’océan, noyant la cité sous l’eau, un soir de tempête. 

Dans le récit se mêlent les légendes des villes englouties et le passage de la religion celtique au christianisme vers le cinquième siècle après notre ère. La BD, avec son graphisme presque enfantin raconte cette ancienne légende, sans coller à la tradition, modernisant le propos. Il est question de fanatisme religieux, de liberté de la femme, de démocratie participative ainsi que d’amour libre et de pouvoir.

Les dessins et couleurs esquissent à peine les personnages, traits noirs et couleurs délavées qui donnent un style très particulier à la BD. On aime ou pas, mais au moins, c’est original.

Une des choses qui m’a fait plaisir dans cette BD, outre ce mythe revisité, c’est d’y découvrir la préface signée Gilles Servat, un chanteur écrivain breton que j’apprécie tout particulièrement.

Si vous ne connaissez pas la légende de la ville d’Ys essayez cette BD ou sinon vous pouvez revisiter ce récit fantastique avec le regard plus moderne des deux artistes.

La Citée Saturne

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“Eh ! Qu’est-ce que vous fai….”

“Tchic, vlam, sfhuu, tchac, zuiin, ftssh, fzzzuiiii, fssh, bam, boum, paom, pam pampam, glang, pschiiii, paom, braom,kshhh, clic, tchac, tzzzzz, zip, tzzz, tzzt,tzut, papapam, pampampam, papapam, paom, clong, fsshhhuuuu, paom, bom, brrrrrr, brrm, tsham, bloaam, bam bam bam, pan, braom, boum, fschu, bzuuu, slash, fshh, haaaaaaaaaa, fush, skriish, pampampam paom, tshrac, iiicrr, critch critch, bram, fshhhhhhhhhhhhhh, bam tcrich, bam, fush, criiicriiicriii pam, grrr, pwouf fssh fssh, grrrr, han, bom, clang, pschii, fshh, zioum, cling clang, gmii, …, clac clac, badam”.

“J’ai réceptionné la livraison de Killy, je rentre.”

Je viens de vous résumer quarante-deux pages du tome 1 du manga BLAME! que mon fils m’a offert pour Noël.

A la base je suis plutôt littéraire, préférant les livres aux bandes dessinées, alors les mangas… j’en ai lu très peu. Mais mon aîné voulait faire l’éducation de son vieux père, alors sous le sapin, il a glissé trois mangas parlant de science-fiction. Les cases en noir et blanc, le format de poche, la lecture à l’envers et un dessin, le plus souvent peu travaillé, font que je me suis peu intéressé à cette forme de bande dessinée venue du Japon, d’autant que je ne suis pas un fétichiste de petites culottes d’écolières.

Excepté Planètes que je possède en édition grand format ainsi qu’en DVD, je n’avais donc pas de mangas à la maison et me voila maintenant avec trois séries à découvrir : La Citée Saturne, Blame! et Gunnm.

J’ai commencé par Gunnm, l’histoire d’un justicier qui bricole une androïde qui devient à son tour une justicière : baston, baston, baston, bof… J’ai poursuivi avec Blame! et si les graphismes sont assez travaillés, les dialogues eux sont, comment dire, pauvres comme en témoigne le début de cet article. Puis j’ai ouvert La Citée Saturne, le récit d’un enfant qui devient laveur de carreaux sur une citée anneau autour de la Terre. Et là, malgré ou grâce un graphisme on ne peu plus simple, j’ai adoré, allez comprendre.

Le premier tome, le seul que j’ai lu pour l’instant, se découpe en petits récits qui font la grande histoire. L’enfant reprend le métier de son père, laver les parois extérieures de la station annulaire pour que la lumière naturelle inonde les lieux de vie. Chacun de ces récits, pleins de poésie, dépeint des aspects de la vie quotidienne dans la Cité Saturne, des personnages, des sentiments et progresse dans l’histoire de ce père disparu alors qu’il travaillait en scaphandre à nettoyer la paroi donnant vers la planète bleue.

Ce manga rejoint ce qui m’avait séduit dans Planètes, un réalisme science-fictionnesque, l’évocation d’un sous métier pourtant indispensable (éboueur de l’espace, laveur de vites), l’humanité des personnages et la poésie de la narration. A découvrir, même si vous n’aimez pas les mangas.

L’Escadre Frêle

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C’est avec le premier tome de la bande dessinée La Horde du Contrevent que je suis rentré dans l’univers de Alain Damasio. Une magnifique BD qui m’a donné envie de lire le pavé de l’auteur corse. 

Une lecture assurément difficile mais envoûtante. Alors quand le tome deux de Eric Henninot est paru, j’ai voulu vérifier si les bulles et les images auraient toujours le même pouvoir évocateur que les mots.

L’Escadre Frêle débute après la mort de Pietro et peu avant la rencontre avec les Fréoles. Un récit qui nous conduit jusque la Flaque de Lapsane, cette une immense étendue d’eau et marais, que la horde s’apprête à traverser malgré l’échec des toutes les précédentes.

L’heure est aux doutes pour la horde : trahison, épuisement, choix de route, ce tome est moins dans l’action et le vent que le premier ce qui nous laisse le temps pour apprendre à mieux connaître le monde, le passé trouble de Golgoth et des membres de la horde.

Si le récit en cases prend quelques raccourcis avec les phrases d’Alain Damasio, c’est pour mieux mettre en images ce chapitre plus lent du roman. Je n’aurais pas mieux imaginé le vaisseau fréole, à la fois fleur et machine et la double page représentant le centre de la Flaque Lapsane est tout simplement sublime. Parfois cependant, certains visages trop vites esquissés auraient pu être plus soignés, comme dans le premier tome.

Ce tome est riche en dialogues et voyage peu, l’opposé du premier et j’avoue avoir hâte de retrouver Golgoth, Erg et les autres pataugeant dans l’eau face au vent en train d’affronter les chrones. Une très belle bande dessinée qui rend accessible un roman qui pourrait rebuter les personnes qui lisent peu.

Bon à rien

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Dilettante, je m’intéresse à tout et je ne vais au bout de rien. Chroniqueur de rock progressif, je suis un non spécialiste du genre faisant l’impasse sur les discographies de nombreux groupes phares du genre. Photographe amateur, je possède un très bon matériel et pourtant mes clichés restent passe-partout dans le meilleur des cas. Blogueur, j’inonde la toile de ma prose auto-satisfaite remplie de fautes d’orthographe et lue par dix personnes au monde. 

Je suis un touriste, un rigolo même pas drôle qui survole sans jamais approfondir. Astronomie, informatique, musique, photographie, bricolage, littérature, jardinage, science-fiction, je dilapide mon temps et mon argent sans jamais aller au bout du sujet. Lorsque les difficultés surviennent, je passe à autre chose ou je trouve un raccourci pour ne pas m’infliger la honte d’un échec.

Ne serait-il pas plus intelligent de consacrer toute cette énergie débordante à une seule passion, d’aller au fond du sujet, de tenter d’être vraiment pointu dans un domaine ? 

Le problème c’est que des tas de domaines attirent mon attention, j’aimerais tout faire, tout essayer, tout connaître, enfin, presque tout. Au lieu de cela je possède un vernis Reader Digest, des résumés sur tout et surtout sur rien, un vernis facile à gratter sous lequel il n’y à rien. 

Vous me direz, de nombreuses personnes ne s’intéressent à rien, une vie sans passion, juste le foot, les gosses et le boulot. Mais sont-ils moins heureux pour autant ? Recherchent-ils cette reconnaissance futile de ceux qui en savent encore moins et qui sont éblouis par pas grand chose ?

Des fois je me demande à quoi peut bien servir cette fuite en avant dénuée de sens. Échapper au monde réel, au sordide quotidien ? 

Je pense qu’il est temps que je me remette sérieusement en question, que je laisse tomber la photo, le rock, le bricolage, les livres, les séries TV, le jardin, les jeux vidéos, le travail, la musique, les filles et que je me concentre sur une seule activité, l’unique l’ultime, la psychologie, pour aller au fond du sujet une fois pour toute, c’est à dire au fond de moi.

à ma zone

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Mon libraire craint de mettre la clef sous la porte, les disquaires ont presque tous disparus des grandes villes et certaines boutiques de jeux vidéos sont en passe de fermer. A la place poussent des enseignes de vapotage et des opticiens.

Avant le règne de Virgin, La Fnac, Cultura, Amazon, Ali Express fleurissaient des magasins spécialisées tenus par des passionnés. Aujourd’hui, dans ces supermarchés physiques ou virtuels de la culture, on trouve de tout ou presque, jeux, BDs, livres, CDs, vinyles, mini chaînes, téléphones, appareils photos, mixeurs, vibromasseurs. Les vendeurs, dans les rayons, même avec la meilleure volonté du monde, sont incapables de vous conseiller utilement, passant d’une grand-mère cherchant un grille pain à un métalleux en quête d’un obscur groupe de doom écossais.

J’ai encore la chance aujourd’hui d’avoir un libraire qui connaît mes goûts et me conseille, me faisant découvrir des merveilles, ma boutique de disques d’occasion avec son vendeur fan de groupes de métal atmosphérique à chanteuses et un magasin qui ne vend que des vinyles juste à côté et qui soutient la scène locale.

Je commande les livres chez mon libraire, après tout, un livre peu bien attendre une semaine. Pour la musique j’essaye d’abord chez mes disquaires mais il faut avouer que souvent je commande directement aux groupes; ce que j’écoute n’est pas franchement mainstream. J’ai aussi mon photographe, mon magasin audio et de bandes dessinées. Ils sont un peu plus chers parfois, mais de bon conseil, alors je ne fais pas comme beaucoup, posant mes questions dans la boutique et achetant ensuite en ligne. Un jour sinon le conseil fermera ses portes faute de clients.

Je n’achète pas sur Amazon, je fais mes courses au petit supermarché du coin, j‘achète mon pain chez le boulanger, je vais à la boucherie, au marché. J’essaye de faire travailler les magasins de proximité, pas les grands groupes esclavagistes. Attitude de riche ? Pas vraiment. L’achat en ligne coûte cher, rien qu’en considérant les frais de ports. Et si de grandes enseignes cassent les prix à la sortie d’un disque, elles se rattrapent largement quelques mois plus tard, car le stock c’est la mort de leur business.

Se balader dans les rues, faire du lèche vitrine, entrer dans une boutique attiré par un nouveau livre et ressortir avec trois autres, après avoir discuté avec un libraire passionné, c’est autrement plus plaisant que d’attendre que le facteur passe devant sa boite aux lettres vous ne trouvez-pas ?

L’influenceur

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Je possède un avis sur tout, film, bande dessinée, livre, jeu vidéo, album, exposition, concert, politique, matériel photo, matériel audio, technologie, science. Donnez-moi un mixeur, je vous le chroniqurai. J’ai interviewé les plus grands, j’ai tutoyé les plus célèbres, je suis prêt pour une heure de tête à tête avec Trump. Sur YouTube, Facebook, Twitter, dans mon blog, mon webzine, sur Flickr, je partage mes gribouillages, communique ma passion, donne mon avis, critique, raconte…

Je suis un influenceur, c’est ainsi que l’on nous appelle. Mes écrits, mes vidéos modifient le comportement d’achat de mes followers. Ils veulent être moi, s’habiller comme moi, boire la même boisson que moi, conduire la même voiture que moi.

Un photographe m’immortalise dégustant une bière tout en écoutant le dernier vinyle de pop. Gros plan sur la cannette mousseuse et sur le nom du groupe, mon visage en second plan, celui que tout le monde le connaît, avec ce sourire béat. Shooting dans un jacuzzi remplit de champagne et de jeunes filles dénudées, sur le pont d’une croisière musicale, interviewant la rock star du moment.

Les marques s’arrachent mes espaces publicitaires. Les grands fabricants audio se battent pour que j’écoute la musique sur leur matériel hifi. Je suis le VIP des soirées de rock, les tourneurs déroulent le tapis rouge, me couvrent de cadeaux. Les plus belles chanteuses rêvent de partager, ne serait-ce qu’une nuit, mon lit à baldaquin. JC, mon JC, Oui , Oui, Ouiiiiiiii !

Nut ! Nut ! Nut ! Le réveil sonne, il est six heures, je dois me lever pour aller bosser. Aujourd’hui il faut changer les pneus de la flotte de Clio, commander du PQ, préparer la grande salle pour une réunion et briefer la femme de ménage sur l’utilisation de la serpillière. A 17h, s’il me reste un peu d’énergie, j’écouterai les fichiers mp3 reçus et transcrirai l’interview téléphonique d’un obscur groupe de prog en buvant un verre d’eau du robinet. Je regarderai une vielle série télé puis me battrait pour un peu de couette avec ma femme dans ma vieille maison qui tremble au passage des bus.

Je suis un influenceur, j’ai une chaîne YouTube que personne ne consulte, une page Facebook désertée, un blog confidentiel, un webzine avec moins de cinq cent pages vues par jour et un Flickr rempli de photos moches. Je suis un influenceur qui n’influence personne, n’intéresse aucun annonceur, ne vend aucun alcool, vêtement et cela me va très bien. Pour le jacuzzi, j’ai une baignoire. Et pour les bulles, devinez…

La panne

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Depuis quelque temps c’est la panne.

Mon épouse me dit que ce n’est pas grave, que c’est du au stress de mon nouveau travail, que ça va passer, à croire qu’elle s’en réjouit, car la lumière s’éteint plus tôt le soir, oui c’est une marmotte.

J’ai essayé Cinquante nuances de gray, mais hélas, c’est un navet qui ne me fait aucun effet. Druna peut-être ?

Pourtant je devrais être émoustillé, j’ai tout ce dont j’ai besoin : une bonne histoire, du dépaysement, un style irréprochable et de la matière à réflexion. Cependant, après une ou deux pages du Géant Enfoui, je somnole et ferme le livre.

Alors en désespoir de cause, après les tribulations de Lanfeust, je me suis lancé dans la relecture d’Orbital, cette fabuleuse série, qui raconte les aventures de deux diplomates intergalactiques à la Valerian. Un scénario fouillé, un très beau graphisme, des personnages attachants, la série est vraiment excellente. 

Mais, j’aimerais bien revenir vers un livre. J’en ai assez de cette panne de lecture. Le problème c’est que les auteurs de SF ne me font plus rêver comme avant, je n’ai pas retrouvé de Franck Herbert, Dan Simons ou Iain Banks depuis bien longtemps, Eschbach n’a pas écrit de merveille depuis des mois. Je n’ai plus la force de lire des trucs intelligents le soir et je n’ai pas découvert de nouveau Lackberg ou Larsen.

Il faut que je pose, loin d’internet, à la montagne, avec rien d’autre à faire que me promener, lire, m’ennuyer. C’est si bon de s’ennuyer. Là je retrouverai le plaisir de la lecture, au calme, loin des chroniques, des news, des interviews, des concerts, des sorties.

Non à la dématérialisation

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L’heure est à la dématérialisation. Même dans la fonction publique. Mais là, ce sont les agents que l’on passe au broyeur. Le papier lui, il reste, conservé précieusement dans dans des cartons dans des sous-sol humides et poussiéreux pour qu’il pourrisse lentement. Mais auparavant, nous les numérisons, car allez retrouver la note 35B de la DSO dans les lugubres rayonnages de nos archives secrètes, éclairées par des néons qui clignotent de manière sporadique.

La musique a été dématérialisée à perte, copiée, dénaturée mais la tendance aujourd’hui est de revenir à la gravure. Le livre perd ses feuilles à l’automne du patriarche, se télécharge et tue à petit feu les librairies de quartier. Les bandes dessinées suivent elles aussi cette impitoyable éradication pixélisée. A quand la famille 32 bits ?

Mais la plus grande perte, lors de cette déferlante digitale, ce fut celle des billets de concerts. Aujourd’hui un QR code vous ouvre les portes des salles, à moins que ce ne soit un petit canard tamponné sur le poignet. Les billets de concert, je les conservais comme un fétichiste collectionne les petites culottes, soigneusement rangés dans un tiroir, souvenir de grands moments passés avec Peter Gabriel, Pink Floyd, Sting ou Fish (je parle bien des billets, pas des petites culottes). Des bouts de carton colorés, où figuraient la date, le lieu, l’artiste, l’artwork de la tournée, des objets de collection, aujourd’hui quasis introuvables.

Numérisez les décisions administratives si vous le voulez (je travaillerai d’autant plus vite), compressez la musique à souhait (je ne l’écouterai pas), transformez les livres en octets si cela vous chante (je ne les lirai pas), mais rendez-nous nos billets de concerts par pitié !

Vous verrez, un jour, ils finiront même par digitaliser les sous-vêtements féminins si on les laisse faire…

Lanfeust de Troy

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Les jours de fatigue, au lieu de me plonger dans un livre difficile, je parcours la BDthèque familiale à la recherche d’une lecture facile. Mon choix s’arrête souvent sur un Gaston ou sur un Astérix, mais parfois, je reprends une série oubliée. Ce week-end, j’ai jeté mon dévolu sur les huit tomes de Lanfeust de Troy.

Pour la petite histoire, c’est un couple d’amis montpelliérain qui nous fit découvrir le premier livre. Nous étions jeunes et beaux et mon adorable épouse portait souvent une robe rouge moulante qui me mettait en joie, si je puis dire. Ayant adoré la BD, nos amis nous en firent cadeau en ajoutant un petit dialogue au dessin de garde du premier tome.

Me voici donc à nouveau plongé dans les aventures de Lanfeust, cet apprenti forgeron qu’un bout d’ivoire va rendre célèbre.

A ses côtés, deux soeurs, la blonde pimbêche et la brune délurée, un troll enchanté et un sage d’Echmull. Comme il se doit, ils vont vivre tous les cinq des aventures rocambolesques dans un monde médiéval fantastique nommé Troy. Une lutte pour le pouvoir magique total contre le méchant Tanos. Rien de très original, encore que, à l’époque, ce genre de BD ne courrait pas les rues.

Mais la caractéristique principale de cette histoire, est l’humour potache, les clins d’œil aux publicités de l’époque, le sexy pas trop sexe, la violence gratuite et une belle dose de dépaysement. C’était l’époque bénie des séries qui se terminaient (je vous l’accorde, il y a eu ensuite Lanfeust Des Etoiles, Lanfeust Odyssey, Trolls de Troy, Gnomes de Troy, mais bon ça ne compte pas on va dire). Et même si, passé le troisième volume, Lanfeust de Troy, commençait déjà à s’essouffler, je suis arrivé finalement à la fin de la saga, après avoir failli renoncer au sixième tome.

Une BD détente, dans laquelle je me suis replongé, je l’avoue, avec un peu de nostalgie. “nous étions jeunes et larges d’épaules” chantait Bernard Lavillier, moi je dirai, “juste jeunes”, un voyage près d’un quart de siècle dans le passé, une robe rouge qui n’est plus qu’un souvenir et de très bons amis perdus de vue.

Si vous ne l’avez jamais lue, vous êtes impardonnables…

Mais la vraie question est la suivante, qui de C’ian ou de Cixi, préférez-vous, la blonde bêcheuse, ou la brune volcanique, la robe bleue ou la robe rouge ? De nos jours, il est plus prudent d’élargir le débat, alors je vous propose le rouquin, la brune ou la blonde ? J’attends vos réponses, pour moi c’est tout vu, j’aime les brunes et les robes rouges, alors je prendrai le forgeron rouquin musclé…