Peau d’Homme

Image

Le vendredi 30 octobre 2020 nous allions repartir pour quatre semaines de confinement. Le président l’avait annoncé la veille au soir. Nous nous y attendions un peu mais quand même, alors le jeudi ce fut la panique. A petit jour, je partis dare dare sur mon vélo pour faire des courses de premières nécessité, car comme l’avait annoncé Emmanuel Macron, seuls les magasins de première nécessité resteraient ouverts. Mais lui et moi n’avons pas les mêmes besoins manifestement. Je pourrais me passer de papier toilette mais pas de livres. Et les librairies, médiathèques et bibliothèques allaient fermer. Je suis donc allé, avec un sac à dos, chez mon libraire préféré, faire le plein de livres. Non pas que je n’ai plus rien à lire, mais que j’ai besoin d’être entouré de perspectives de lectures pour dormir correctement. Il m’avaient tellement manqué durant le premier confinement.

Dans mon sac à dos, sur le chemin du retour, se trouvaient trois romans et une bande dessinée : Une Colonie, le dernier Hugh Howey que j’attendais avec impatience, Le Cinquième Coeur un Dan Simmons, auteur culte que je boude depuis Flashback, Tupinilândia de Samir Machado De Machado qui m’a attiré avec sa jaquette “Entre Orwell et Jurassic Park” et Peau d’Homme, une BD de Hubert et Zanzim.

Pour tout vous dire je n’achète pas souvent de bandes dessinées, il y a en a trop à a maison et je ne les achète presque jamais chez mon libraire mais dans une boutique spécialisée à Strasbourg. Je suis comme ça. Mais là, pour le coup, je n’ai pas su résister à l’appel de Peau d’Homme. Il faut dire que la couverture, une femme nue dans un décors médiéval revêtant la peau d’un homme m’a tout de suite émoustillée. J’ai donc ouvert la bande dessinée, un acte qui ressemble à s’y m’éprendre à ouvrir la boite de Pandore. Une fois fait, impossible de la refermer. Les graphismes simples et beaux m’ont immédiatement happé comme les touches l’érotisme naïf de l’histoire. Une fois la bande dessinée ouverte, il était trop tard, j’étais obligé de l’emporter à la maison.

Peau d’Homme raconte l’histoire de jeune file rebelle que l’on va bientôt marier. Sa marraine, comme dans les contes de fées, l’entraîne chez elle et l’invite à se vêtir d’une peau d’homme, qui transforme la belle rousse en un jeune homme à la peau halée. Avec sa nouvelle peau, la jeune femme va pouvoir découvrir le monde des hommes, apprendre à connaître celui à qui elle est destinée et dont elle ignore tout.

Peau d’Homme parle des hommes, des femmes, de l’homosexualité, de la religion, de l’intégrisme, du quand dira-t-on, des faux semblants, de l’hypocrisie de la société, des fous de dieu et bien entendu de l’amour avec une grande justesse.

Graphiquement la bande dessinée propose de grandes pages où des scènes monochromes sont habités de personnages en couleur, où sur un décors unique se déplace des personnages, des grandes planches colorées, en d’autres mots une narration graphique qui sort de l’ordinaire. L’histoire est simple, intelligente, pleine d’humanité et invite à la tolérance.

Lorsque nous déconfinerons, n’hésitez pas à aller feuilleter cette bande dessinée chez votre libraire, elle est magnifique.

Journal d’un confinement

Image

Le 16 mars 2020, la France se décidait enfin, après plus de quinze jours d’épidémie, à confiner sa population.

J – 1 : Dimanche 10 mai 2020 – Cinquante-quatre

J’ai regardé des bêtisiers à la télévision. J’ai relu les livres de la bibliothèque. J’ai fait la connaissance de nouveaux voisins. J’ai arraché toutes les mauvaises herbes du jardin. J’ai joué des heures à la console. J’ai passé des journées en visioconférences. J’ai usé le matelas du transat. J’ai fait cinquante-quatre fois le tour du pâté de maison.

Cinquante-quatre jours de confinement et la cuisine n’est toujours pas tapissée. Un septième d’une année vient de s’écouler, et je n’ai rien fait de tout ce temps.

Cinquante-quatre jours et tout s’achève, jusqu’à la prochaine fois.

Cinquante-quatre ? Ca tombe bien, c’est justement mon age.

J – 2 : Samedi 9 mai 2020 – vinyl day

Lundi les disquaires rouvrent leurs portes, mais lundi je travaille. Il me faudra patienter jusqu’au week-end pour aller faire quelques emplettes et ce à condition que j’ai le courage de prendre les transports en commun. C’est mal parti tout ça. 

Mais comme vous le savez, je tiens à soutenir les artistes en ces temps de crise, enfin je tiens surtout à me faire plaisir en réalité. Alors je commande des albums. 

Je vous ai parlé des CDs mais quid des vinyles ? 

Le dernier en date est un disque de Peter Gabriel édité l’an passé et immédiatement dévalisé par les fans, Rated PG. Bon rien de vraiment neuf mais tout collectionneur qui se respecte, enfin bon vous voyez…

Le second, je ne pensais même pas l’écouter, mais je suis un gars curieux de nature. Il s’agit du dernier Pendragon, un album que l’on ne chroniquera pas faute de promotion mais que j’ai écouté sur Bandcamp après avoir lu tout et n’importe quoi à son sujet. Une écoute, deux écoutes et j’ai commandé le vinyle hors de prix. Parce que voilà, il me fait encore plus d’effet que Pure, c’est dire.

Le troisième et dernier, c’est le nouvel album de Airbag. J’aime beaucoup le groupe de Bjorn Riis, je ne m’en cache pas et bientôt vous pourrez lire sa chronique dans le webzine. Celui-ci me semble encore meilleur que les autres, alors voilà, je me suis offert la totale CD, vinyle, teeshirt.

Malgré toutes ces dépenses, j’ai hâte de retourner fouiner chez mes deux disquaires préférés, regarder les occasions et les derniers vinyles arrivés. Deux mois sans faire de shopping dans les boutiques, c’est dur, très dur.

J – 3 : Vendredi 8 mai 2020 – Armistice 

Aujourd’hui, trois jours avant le déconfinement promis, nous pourrions pardonner à tous ceux qui nous cassé les couilles pendant deux mois. 

Parce que, moi le premier, j’ai pété plusieurs durites pendant cette période angoissante, j’ai envoyé paître plus d’une personne qui avait besoin de soutien à un moment donné, pris au piège de mes propres problèmes.

Aujourd’hui c’est l’anniversaire de mon frangin qui a été particulièrement pénible pendant cette période, mais c’est une constante chez lui. Ben je lui pardonne, à condition qu’il me foute une paix royale pendant quelques mois.

Ce qui m’inquiète c’est que nous ne sommes pas vraiment tirés d’affaire en réalité et que tout pourrait bien recommencer en pire si les gens ne font pas très attention. 

Mais j’ai bien peur que les gens confondent déconfinement et fin de la pandémie. Il n’y a qu’à voir mes voisins qui reçoivent leurs copains tous les jours depuis une semaine.

Moi aussi j’aimerais bien faire une bonne bouffe avec quelques amis, rire, et pas qu’au téléphone, mais non, j’attendrai.

Alors armistice oui, mais certainement pas pour les imbéciles qui ne respectent aucune consigne sanitaire de base. Pas plus que pour Trump, Boris et autres fous qui assassinent par procuration les populations qui ont voté pour les élire.

J – 4 : Jeudi 7 mai 2020 – épidémie 

Le webzine n’échappe pas à l’épidémie. 

Rassurez-vous personne n’est mort, enfin pas que je sache. Vous allez bien les gars ?

Après un baby boum au début 2020, avec une équipe forte de huit personnes, j’ai à déplorer deux départs coup sur coup. 

Il est temps pour l’autocritique. 

Un chroniqueur ne gagne rien à parler d’un album à part le plaisir d’écrire et d’écouter avant les autres les albums. Il travaille pour un tiran qui lui impose des contraintes rédactionnelles et qui se permet de critiquer sa prose. Le tiran en l’occurrence, c’est moi. Si le dialogue reste ouvert, la décision finale est mienne, dictatoriale, c’est marche ou crève. 

Le webzine n’est ni associatif ni entreprise mais propriété privée. Au fil des années il a gagné en qualité et renommée (toute relative certes) et l’exigence a augmenté inévitablement en conséquence.

Il est difficile de rejoindre une équipe, de s’astreindre à des règles, d’être corrigé. L’égo doit être mis de côté pour le bien général et chroniquer ne se résume pas à écouter de la musique et jeter ses impressions en vrac sur le papier. 

Pour couronner le tout, je ne suis pas forcément un gars sympathique au fond. Un mauvais chef assurément. 

Donc des départs peuvent se comprendre, il faut l’accepter.

Alors pourquoi continuer le webzine sous sa forme actuelle ?

Je me suis déjà posé la question il y a un peu moins de deux ans. J’ai songé à continuer en solo, sans toutes les contraintes que je m’impose, sans toutes les heures de travail passées à manager l’équipe, les relations publiques et le webzine. Je pourrai revenir à un blog où je ne parlerais que de la musique que j’aime, en laissant tomber toutes les promotions et en écrivant simplement sur mes coups de coeurs.

Lorsque j’ai voulu tout plaquer, ce sont les membres de l’équipe qui m’ont dissuadés d’arrêter, eux voulaient continuer l’aventure. Alors j’ai continué avec eux.

La crise sanitaire que nous traversons exacerbe toutes les humeurs et le moindre obstacle devient montagne. 

Je vais donc laisser un peu de temps pour murir tout cela et réfléchir à la suite. Nous pouvons très bien continuer comme maintenant en réduisant la voilure. 

Je n’ai pas la force de recruter de nouvelles plumes. Il faut plusieurs mois souvent pour qu’un chroniqueur devienne autonome, période pendant laquelle je dépense beaucoup d’énergie à les former. Si c’est pour les voir partir alors qu’ils sont presque opérationnels, c’est un coup d’épée dans l’eau.

Après la crise COVID-19 nous ferons le point avec l’équipe. 

J – 5 : Mercredi 6 mai 2020 – fraises et radis

Les mobylettes de Domino’s Pizza passent de nouveau sur le trottoir en pétaradant devant nos fenêtres. Pas de chance, eux n’ont semble-t-il pas fait faillite. Il n’y a décidément aucune justice en ce bas monde, la mal-bouffe gagne presque toujours. 

Mais pas chez nous. Après la rhubarbe, le jardin livre de nouveaux trésors. Nous avons mangé nos premières fraises et radis, des produits biologiques, éco-responsables en circuit très très court. Et c’est savoureux.

Au moins, si le monde s’effondre demain, nous mourrons peut-être du COVID-19 mais pas de faim.

Pourquoi n’avons-nous pas appris pendant ces deux mois de confinement le goût des bonnes choses. Mc Donald, Pizza Hutt, Season Sushi, Burger King, Domino’s Pizza et autres fabricants d’excréments emballés étaient fermés, l’occasion d’ouvrir nos papilles aux saveurs de la cuisine. 

Mais non, dès que Mc Do a ouvert ses portes, des centaines d’addicts au ketchup se sont précipités, faisant la queue pour des frites grasses et salées, au lieu de mitonner de bons petits plats à la maison. 

Mais que vois-je ? Le restaurant turc d’en face vient de rouvrir, je me ferais bien un kebab moi…

J – 6 : Mardi 6 mai 2020 – Le jeu de piste

Des flèches, des sens interdits, des priorités, des marquages au sol, des consignes devant les portes, je prépare un vaste jeu de piste. 

Objectif : garder ses distances et ne jamais se croiser dans un couloir. 

Lundi nous serons neuf dans nos locaux, soit plus du double du nombre d’agents présents depuis un mois et un quart de l’effectif nominal. Je suis sur les rotules, textuellement, collant des gommettes rouges au sol tous les deux mètres dans les couloirs et bureau d’un vaste bâtiment.

Je prépare également des colis alimentaires à destination de nos centres éloignés, thermomètres, lingettes, masques, le kit de survie du parfait fonctionnaire en milieu hostile.

La rentrée des classes approche et les élèves sont très indisciplinés. Je sens que l’on va s’amuser. Heureusement que ce sont pour l’instant de petites classes.

J – 7 : Lundi 4 mai 2020 – Relâchement 

Vous le sentez le relâchement ? Hier il faisait beau après des jours de pluie, tout le monde se promenait dehors, cela faisait tout drôle de croiser des passants. Beaucoup portaient des masques, peu sur le visage cependant, c’est vrai que pour respirer le parfum des fleurs, ça n’est pas terrible le masque. La distanciation déjà délicate devient un sport exigeant une grande anticipation pour ne pas se retrouver dans un face à face mortel ou d’être contraint à un tête à queue diabolique. Promenade à bicyclette en tenue de sport avec la bouteille d’eau d’un litre sur le porte bagages ? Ceux là doivent être loin de leur disque kilométrique.

C’est bête quelque part ce déconfinement. Je venais à peine de prendre mes marques: j’ai trouvé le bon créneau horaire pour le Drive, ma femme et moi avons réussi à nous partager le logement sans nous marcher dessus, les rituels quotidiens sont en place, les outils pour télé travailler fonctionnent maintenant sur le Mac, mon sommeil s’est calé sur un nouveau rythme, je sais presque tondre seul mes cheveux, j’ai bien dit presque, l’air est pur et limpide comme jamais depuis que je vis en Alsace, pourquoi changer tout ça dites ? Je n’ai pas envie de reprendre les trente-sept heures hebdomadaires.

J – 8 : Dimanche 3 mai 2020 – Bas les masques

Dans huit jours les portes de la cage s’ouvrent. Vous avez un masque ?

Dans une semaine nous nous bousculerons dans les transports en communs. Vous avez un masque ? 

Le 11 mai, le COVID-19 sera toujours parmi nous. Vous avez un masque ? 

Chirurgical, en tissu, home made, FFP2, vous avez un masque ? 

Sur tous les visages, se lit le masque de la peur.

Nous n’avons qu’un masque pour quatre, et encore, il est au travail, un masque fabriqué par une collègue qui voulait me remercier de faire de sale boulot à sa place. Notre employeur nous en a promis, mais la reprise est dans une semaine et rien n’est encore arrivé. Il va sans doute falloir passer à la pharmacie pour essayer de s’en procurer quelques uns. 

La Guerre des Masques, épisode II va débuter. Vous avez un masque ? 

J – 9 : Samedi 2 mai 2020 – terraforming 

J+47 ou J-9, à vous de choisir. Pour ma part j’ai lancé le compte à rebours. 

C’est décidé, le 11 mai, je roule jusqu’à atteindre la frontière circulaire des 100 km du confinement, dans n’importe quelle direction, quel que soit le temps, juste pour voir ce que ça fait de sortir de prison, même avec un bracelet électronique à la cheville. 

Neuf jours et je reprends le travail à plein temps avec mon épouse. Il faut que je me dépêche de faire toutes les choses que j’ai repoussées pendant quarante-six jours, ça ca être chaud… Bon on fera une liste demain, enfin peut-être.

Neuf jours et j’arrête ce post pour passer à autre chose.

Dans Animal Crossing, Kéké a donné son premier concert sur l’île et j’ai enfin les outils de terrassement. J’ai tracé des chemins partout, c’est très moche. Un des habitants de l’île – un mec qui ne me parlait que d’exercices physiques – a annoncé son départ et je ne l’ai pas retenu, un peu comme ce qui s’est passé avec un des chroniqueurs de l’équipe de Neoprog. Ça arrive de temps en temps.

Pour ce soir, si vous n’avez pus de série télé, si vous en avez assez des galipettes, si votre bouquin vous ennuie, si vous tournez en rond avec vos disques, si vous vous ennuyez tout simplement, je vous propose quatre concerts :

Bruce Soord, Ray Wilson, Melanie & Martin et Devin Townsend.

Si je m’organise bien, je peux regarder celui de Ray à 20h00, puis trente minutes de celui de Melanie et Martin à 21h00 avant d’enchaîner à 21h30 sur celui de Bruce. 

Comment ça je suis un gros malade ? Même pas vrai, j’ai perdu deux kilos depuis le début du confinement.

J + 46 : Vendredi 1er mai 2020 – La fête de quoi ?

Youpi… un jour férié, encore…
Dis dis, quand est-ce que l’on va retourner bosser, hein ?

Parce que deux mois de congés c’est sympa mais entassés dans quelques mètres carrés, à se partager la connexion Internet, à regarder les programmes du câble faute de séries TV et à relire les bouquins de la bibliothèque, on finit par tourner en rond comme un 33 tours. 

J’écoute de la musique, de nombreux albums, achetés avant et durant le confinement, avec des bonheurs différents. Ils tournent sur ma platine en fonction de mes humeurs du jour. Certains auront une critique car la promotion est parvenue jusqu’à nous, d’autres resteront de simples découvertes ou coups de coeurs que je partagerai ici avec vous :

Katatonia – City Burials
Un album à la fois confortable et déroutant. Confortable par la voix mélancolique de Jonas, déroutant par une musique très différente de tout ce qu’il a pu écrire à ce jour.

Zio – Flower Torania
Voici un album qui a titillé ma curiosité, un nouveau projet avec de nombreux artistes que je connais bien. La première écoute m’a laissé dubitatif. Il faudra que j’y retourne quand je serai d’humeur.

Nightwish – Human. :II: Nature.
Je n’aime pas vraiment Nightwish et pourtant j’ai acheté l’album. Sans doute parce que nous l’avons reçu en promotion (oui nous recevons enfin le catalogue de Nuclear Blast) et que je l’ai beaucoup aimé l’album. La chronique sera publiée prochainement.

Kiama – Sign Of IV
L’album ne date pas d’hier mais je ne l’avais jamais écouté. Une vidéo m’a convaincu que c’était une grave erreur et je ne regrette pas mon achat.

Cosmograf – Mind Over Depth
J’ai acheté celui-ci en même temps que Arrival qui ne faisait de l’œil. En plus il s’agissait d’un des Cosmograf manquant à ma collection. Bon. Bof en fait, je n’ai pas vraiment accroché.

Arrival – Light From A Dying Star
Celui-là est synonyme de crise de la cinquantaine je pense. Du bon gros AOR qui m’a scotché à la première écoute. Rien d’original en soit mais qu’est-ce c’est bon !

My Arrival – Satur9 & Indigo
Oui pour les noms de groupes, n’hésitez pas à faire un effort les mecs… Mon poteau Laurent l’a chroniqué pour le webzine. Il a bien aimé et j’ai sans doute été plus emballé que lui. Je le réécoute très très souvent.

Flying Circus – 1968
J’avais bien aimé ce concept album de nos voisins frontaliers, d’ailleurs il figure en bonne place dans les colonnes du webzine. Le label m’en a envoyé un exemplaire physique en cadeau après, du coup j’y reviens régulièrement.

Anubis – Homeless
Chroniqué chez nous par François, il n’a pas su me convaincre complètement pour l’instant. Il faudra que je lui consacre le temps d’une soirée pour me décider complètement.

Francis Décamps – De Retour Au Cimetière Des Arlequins
J’avais bien aimé sa reprise de Caricatures, mais passé la première découverte je suis resté sur ma faim. ‘Ces Gens Là’ est fabuleux mais la magie tient surtout au texte de Brel. Pour le reste, la version originale est quand même plus à mon goût.

JPL – Sapiens
Je m’enthousiasme souvent à la sortie d’un JPL et pourtant je reviens rarement sur ses albums plus tard. Il faudra que j’analyse ça une autre fois. Pour celui-ci, Il y avait des détails qui m’agaçaient lors de l’écriture de la chronique, en ce moment je n’entends que ces détails.

Brieg Guerveno – ‘vel ma vin
Vous êtes né en terre de Bretagne ? Non ? Alors vous ne pouvez pas comprendre. Je l’écoute peu ces dernières semaines car sa mélancolie pourrait avoir raison de ma folie. Mais il reste dans la pile des disques pas encore classés car j’aime y revenir.

Et vous, qu’est-ce que vous écoutez pendant le confinement ?

J + 45 – Jeudi 30 avril 2020 – Le Liseur

Il suffit parfois de longues journées à la maison et d’un petit livre de poche égaré dans la bibliothèque pour tomber amoureux d’un auteur.

Le Liseur, le roman de Bernhard Schlink raconte trois histoires ou plus exactement trois épisodes d’une même et longue histoire, une terrible histoire, l’histoire d’une vie. 

Un adolescent, peu après la seconde guerre mondiale, tombe amoureux d’une femme de vingt ans son aînée. Une histoire d’amour secrète dont la première saison s’écrit à l’adolescence, un printemps radieux et touchant, sensuel et innocent. La seconde saison, est l’été orageux des non retrouvailles, lors d’un procès où le jeune homme revoit l’amour de jeunesse assise au banc des accusés pour crimes contre l’humanité. L’automne de la pénitence arrive alors brutalement remplacé par l’hiver des tristes retrouvailles.

Le roman parle d’amour, de culpabilité, de responsabilité, de honte, d’une obsession qui n’abandonnera jamais l’adolescent devenu homme. Un roman sur l’amour d’une vie, l’holocauste et l’Allemagne d’après-guerre avec deux générations qui se regardent d’une étrange manière.

Benhard Schlink décrit sa région, la plaine du Rhin ou je vis moi même, presqu’en face, de l’autre côté du fleuve. Son héros passe à Strasbourg et voyage jusqu’au camp de concentration du Struthof, une proximité qui a ajouté autant au plaisir de la lecture, à la beauté de l’histoire.

J’ai beaucoup aimé la rencontre des amants, la discussion entre le fils étudiant en droit et le père philosophe, les réflexions sur la crise générationnelle allemande et bien entendu cet amour d’une le vie, le seul finalement qu’aura vécu le personnage de Benhard. Un livre comme rarement j’en ai dévoré.

J + 44 : Mercredi 29 avril 2020 – Conf

On se fait une conférence à quatre demain ? Un café virtuel après le repas ? Une interview sur Skype ? On se cause via Messenger ? Tu as déjà essayé Blue-Jeans ? Et le truc de gamer là, Discord, tu connais ? Sinon y a Zoom mais bon… Pour les concerts en streaming, tu préfères quoi ? Youtube, Facebook ou Stageit ? Ah.. Vimeo… ok. 

Marre du virtuel, marre marre et re marre !

Marre des écrans, des cheveux qui poussent, des formations à distance, des visio-conférences. 

C’est sympa lorsque l’on est pas obligé d’en faire, mais quand votre univers se réduit soudain à un écran, après quarante-quatre jours angoissants, vous en avez marre !

Ce matin je signais pour trois heures de formation administrative sur les finances publiques. Autant dire que j’ai tout de suite coupé la caméra pour baisser les paupières. 

L’après-midi c’était théoriquement une réunion de chantier très loin du chantier où je devais expliquer pourquoi il faudrait installer un WC sur le parking. Vous ne croyez pas quand même que j’allais laisser une ribambelle d’ouvriers se balader dans nos locaux pour aller pisser alors que l’on va devoir limiter drastiquement le nombre d’agents dans les couloirs. La réunion a été finalement reportée. A la place, j’ai été convié à un café virtuel avec trente-cinq collègues confinés. Quelle barbe !

Et une fois la réunion terminée, pourquoi pas une petite conf avec un ami pour savoir comment il se porte…

Les visio-conférences dévoilent votre intérieur, le papier peint moche du salon, le canapé pourrit, les albums de metal que vous écoutez, votre tee-shirt de fan, votre barbe de dix jours et surtout, surtout, votre première coupe de cheveux home made à la tondeuse, et ça c’est terrible !

Chérie ? On se fait une visio conf ce soir, tu me montrera les nouveaux sous-vêtements que tu as acheté ?

J + 43 : Mardi 28 avril 2020 – le temps de lire

Le confinement laisse beaucoup de temps libre à certains d’entre nous pour lire. Étrangement j’ai rarement aussi peu lu de ma vie. 

Après le tome 3 de The Expanse qui m’a demandé quelques efforts, j’ai pris un peu au hasard un livre dans la bibliothèque, faute de pouvoir aller chez mon libraire. 

Pourquoi Né d’aucune femme ? Pour le titre qui donne envie d’en savoir plus, pour la couverture et parce ma femme m’en avait parlé. 

Disons le tout de suite, je n’ai pas été au-delà de la moitié du roman. Après une introduction au style ampoulé écrite par un curé de campagne servant de prétexte à l’histoire, nous plongeons dans les deux carnets écrits par Rose, carnets aux styles très bancals.

Ecrits par Rose ai-je dit ? Mais que viennent faire alors ici le récit de son père coupable, et celui du demi frère lâche ? Bon je pinaille. 

Sorti du personnage de Edmond (le demi frère du forgeron à sui Rose a été vendue), aucun ne m’a paru crédible. Je n’ai eu aucune empathie pour Rose, son père m’ennuie, le méchant pervert forgeron me laisse de glace et pire que tout, je ne m’intéresse pas à ce qui va advenir à la pauvre fille.

Le livre raconte l’histoire d’une fille vendue par son père à un homme violent pour devenir une mère de substitution. Le récit se veut violent, choquant, terrible, pervert, mais voilà, sur moi, la mayonnaise n’a pas pris. Deux jours de lecture perdus, ça n’est pas si grave en plein confinement.

Mon épouse m’a raconté la fin, elle a beaucoup insisté car elle l’avait trouvée convenue et je suis du coup très heureux de m’être arrêté à la page 194 pour passer à un autre livre, lui magnifiquement écrit et à l’histoire prenante, Le Liseur de Bernhard Schlink que j’ai dévoré en quelques heures.

J + 42 : Lundi 27 avril 2020 – Trois jours sans fin

06:15 Réveil, encore comateux je descends les escaliers, la vessie prête à exploser. Bonne nouvelle, pas de migraine matinale. Le chat m’accueille en miaulant et grimpe le long de ma jambe pour se caler sur mon épaule gauche, jamais la droite. Elle ronronne de toutes ses forces. Quelques pas vers sa gamelle vide, elle saute sur le buffet et rejoint sa pitance lorsque celle-ci tombe du ciel. Je coure aux toilettes vider le trop plein de la nuit puis prépare un déjeuner frugal. 

06:25 Le chat veut sortir. J’ouvre la fenêtre, il se faufile dehors sans demander son reste. J’allume l’iPhone et les notifications emplissent les 4,7 pouces de pixels. Mail, Flickr, Babelio, Facebook, Twitter, Youtube, pas le temps de tout regarder maintenant, je traite juste les urgences. 

06h40 Le chat veut rentrer. J’ouvre la fenêtre, elle fonce vers ses croquettes. Aujourd’hui pas de travail, je peux rester en robe de chambre. Une toilette de chat et j’allume la cafetière pour le premier expresso de la journée.

07:00 Le chat veut sortir, je laisse la fenêtre ouverte. J’allume le Mac en savourant mon café. Je poste les actualités et la chronique du jour sur les réseaux sociaux, vérifie que le webzine fonctionne nominalement et remonte poursuivre ma nuit, au chaud sous la couette.

08:30 Je ne tarde pas à redescendre, une envie pressante. Le chat est devant la fenêtre ouverte, hésitant entre les oiseaux et les croquettes. Je lance un nouvel expresso, le second et dernier du matin. Le Mac m’attend. Je lis mes mails personnels, regarde quelques vidéos Youtube puis consulte la boite mail du webzine, triant les promotions du jour après quelques brèves écoutes.

Déjà 10:00 Je m’habille, ma chérie émerge, toute froissée. Le chat en profite pour monter à l’étage s’installer sur la couette encore tiède. Je marche cinquante mètres jusqu’au fond du jardin dire bonjour semis et chasser les mauvaises herbes.

10:30 De retour sur la Mac pour corriger une chronique, en écrire une autre, casque sur les oreilles, pour répondre à un message, partager les promotions, préparer de nouvelles actualités, mettre à jour la base de données.

11:00 J’allume la Switch et part sur mon île enchantée à la recherche de fossiles et d’insectes. Je rencontre Tom et les autres, achète des produits, en revend d’autres.

11:30 Le chat descend, passe à sa gamelle et demande à sortir. Les oiseaux s’envolent. La délicate question du repas de midi se pose alors, « On fait quoi ? Du riz ou des pâtes ? Du riz, hier on a mangé des pâtes. Tu es sûre, ce n’était pas plutôt du riz ? Des pâtes j’ai dit! Ok des pâtes alors…». 

12:00 On mange un risotto improvisé au poulet.

12:30 Troisième et dernier expresso de la journée, le meilleur, dégusté au soleil sur la terrasse avant de faire la vaisselle.

13:00 Equipé d’un casque, d’un iPhone, d’un livre, d’un chapeau, d’un bloc notes et d’un crayon, je marche cinquante mètres vers le fond du jardin, salue les semis, ouvre la serre et m’installe sur le transat. Si le livre est bon, je ne sombre pas tout de suite. Le chat arrive alors et s’installe à mes pieds. J’écoute un peu l’album à chroniquer, rédige quelques idées pour le blog et somnole à l’ombre.

16:00 Le ventre réclame un goûter, la vessie une purge. Je chasse le chat qui crache et rentre à la maison mécontent. Un tour aux toilettes, un lait d’épeautre poulain, une crêpe et le chat gratte à la fenêtre pour rentrer. C’est l’heure où elle espère un second repas, elle va espérer encore deux heures avec des tentatives d’intimidation, de mobilisation de l’intérêt, des crises de désespoir, de folie et quelques siestes.

16:30 Promenade en amoureux, une heure maxi, dans un rayon d’un kilomètre, loin des parcs, de l’eau, des sentiers. Bref nous faisons le trottoir.

17:30 Retour sur le Mac et le tyrannique webzine. Je m’offre un disque sur la chaîne, sans casque, Kiama, My Arrival, Arrival, Cosmograf ou un caprice du jour.

18:30 Retour à Animal Crossing pour vérifier le prix du navet, ramasser des coquillages, pêcher, cueillir des fruits et régler des dettes.

18:45 Le chat fou s’est vengé dans sa caisse, une infection. Je lui donne vite à manger et elle repart aussitôt dehors chasser. « Chérie ? On mange quoi ? On a fait des pâtes ce midi ? Non du riz ! On fait pizza alors ? On a pas mangé la pizza hier soir ? Mince oui.. ». Oeufs au plats épinards. Morne plaine…

19:30 Arrosage des semis avant de leur souhaiter une bonne nuit. Le chat me suit. Je ferme la serre en prenant soin de de pas emprisonner le chat dedans pour la nuit et j’arrache quelques mauvaises herbes pour la forme.

20:00 Promenade romantique au bord de l’eau sous les étoiles. La soirée est douce et je trouve un nouveau fossile. Il faudra que je passe au musée demain.

21:00 « On regarde quoi ce soir, Sherlock ? Non ! On l’a vu hier ! On se fait un film ? Pfff, y a rien à la TV. ». Bon… Je vais prendre une douche.

21:15 En robe de chambre, les cheveux encore mouillés, j’hésite entre chasser les étoiles filantes, regarder le bêtisier à la TV et mon lit. Le lit gagne presque toujours. Le chat est déçue, pas de gratouilles ce soir… Ce sera pour demain.

21:45 Les pages tournent, mes paupières se ferment lentement. Demain il fera jour.

00:00 La vessie m’appelle mais je rejoins Morphée en quelques secondes. 

04:00 La vessie m’appelle encore et cette fois, au retour, je dois combattre pour un peu de couette. Les nuits sont fraîches.

06:15 Réveil, encore comateux je descends les escaliers, la vessie prête à exploser. Mauvaise nouvelle, aujourd’hui la migraine s’annonce. Le chat m’accueille en miaulant et grimpe le long de ma jambe pour se caler sur mon épaule gauche, jamais la droite. Elle ronronne de toutes ses forces. Quelques pas vers sa gamelle vide, elle saute sur le buffet et rejoint sa pitance lorsque celle-ci tombe du ciel. Je coure aux toilettes vider le trop plein de nuit et bous juste un verre d’eau.

06:25 Le chat veut sortir. Je mets un triptan sous la langue et j’ouvre la fenêtre, elle se faufile dehors sans demander son reste. J’allume l’iPhone et les notifications emplissent les 4,7 pouces de pixels. Mail, Flickr, Babelio, Facebook, Twitter, Youtube, pas le temps de tout regarder maintenant, je traite que les urgences absolues.

06h40 Le chat veut rentrer. Elle me gonfle aujourd’hui. J’ouvre la fenêtre, elle fonce vers ses croquettes. Aujourd’hui pas de travail, je peux rester en robe de chambre. Une toilette de chat et j’allume la cafetière pour le premier expresso de la journée.

07:00 Le chat veut sortir, je laisse la fenêtre ouverte. J’allume le Mac en avalant mon café sans vomir. Je poste les actualités et la chronique du jour sur les réseaux sociaux, vérifie que le webzine fonctionne nominalement et remonte comater en attendant que la migraine passe. « Non chérie pas ce matin, j’ai la migraine. »

08:30 Je ne tarde pas à redescendre, contraint par une envie pressante. Le chat est devant la fenêtre ouverte, hésitant entre les oiseaux et les croquettes. Je lance un nouvel expresso, le second et dernier du matin. Le Mac attendra, j’ai encore mal à la caboche. Je remonte comater un peu dans le noir.

Déjà 10:00 Je m’habille, ma chérie émerge, toute froissée. Le chat en profite pour monter à l’étage s’installer sur la couette encore tiède. Je marche cinquante mètres jusqu’au fond du jardin dire bonjour semis et chasser les mauvaises herbes.

10:30 Je remonte un peu la pente. Je lis quelques mails, retourne au jardin arracher de nouvelles mauvaises herbes. Ça m’aide à oublier ma tempe battante.

11:00 J’allume la Switch et part sur mon île enchantée à la recherche de fossiles et d’insectes. Je rencontre Tom et les autres, achète des produits, en revend d’autres.

11:30 Le chat descend, passe à sa gamelle et demande à sortir. Les oiseaux s’envolent. La délicate question du repas de midi se pose alors, « On fait quoi ? Du riz ou des pâtes ? Des pâtes, hier on a mangé du riz.». Mais en fait je m’en fou, je suis barbouillé, ce sera diète pour moi.

12:00 Je regarde la famille manger.

12:30 Troisième et dernier expresso de la journée, le meilleur, dégusté à l’ombre dans la cuisine avant de faire la vaisselle. Le soleil pique les yeux.

13:00 Armé d’un livre, d’un chapeau, je marche cinquante mètres vers le fond du jardin, salue les semis, ouvre la serre et m’installe sur le transat. Je sombre tout de suite. Le chat arrive alors et s’installe à mes pieds.

16:00 Ayant soif et la vessie pleine, je chasse le chat dépité qui crache et je rentre à la maison. Un tour aux toilettes, un lait d’épeautre poulain et le chat gratte à la fenêtre pour rentrer. C’est l’heure ou elle espère un second repas, elle va espérer encore deux heures avec des tentatives d’intimidation, de mobilisation de l’intérêt, des crises de désespoir, de folie et quelques siestes.

16:30 Promenade en amoureux, une heure maxi, dans un rayon d’un kilomètre, loin des parcs, de l’eau, des sentiers. Bref nous faisons le trottoir.

17:30 Reprise du travail sur le Mac pour le tyrannique webzine. Je m’offre un disque sur la chaîne, sans casque cette fois mais pas trop fort, JPL, Nightwish, Francis Decamps, ou un caprice du jour.

18:30 Retour à Animal Crossing pour vérifier le prix du navet, ramasser des coquillages, pêcher, cueillir des fruits et régler des dettes.

18:45 Le chat fou s’est vengé dans sa caisse, une infection, j’ai envie de vomir. Je lui donne vite à manger et elle repart aussitôt dehors chasser. « Chérie ? On mange quoi ? Vous avez fait du riz ce midi ? Non des pâtes ! On fait pizza alors ? On a pas mangé la pizza hier soir ? Nan c’était des oeufs… ». Compote de pomme pour moi, mon estomac est encore chatouilleux.

19:30 Arrosage des semis avant de leur souhaiter une bonne nuit. Le chat me suit. Je ferme la serre en prenant soin de de pas emprisonner le chat pour la nuit, encore sue ça me démange, et j’arrache quelques mauvaises herbes pour la forme.

20:00 Dodo.

21:00 Pipi.

22:00 Pipi.

00:00 Vomi.

04:00 Je me réveille déshydraté. La bonne nouvelle c’est que je ne suis plus barbouillé et je n’ai plus mal à la tête. Mais j’ai faim.

06:15 Réveil, encore comateux je descends les escaliers, la vessie prête à exploser. Bonne nouvelle, pas de migraine matinale. Le chat m’accueille en miaulant et grimpe le long de ma jambe pour se caler sur mon épaule gauche, jamais la droite. Elle ronronne de toutes ses forces. Quelques pas vers sa gamelle vide, elle saute sur le buffet et rejoint sa pitance lorsque celle-ci tombe du ciel. Je coure aux toilettes vider le trop plein de la nuit puis prépare un déjeuner gargantuesque.

06:25 Le chat veut sortir. J’ouvre la fenêtre, il se faufile dehors sans demander son reste. J’allume l’iPhone et les notifications emplissent plus que d’habitude les 4,7 pouces de pixels. Mail, Flickr, Babelio, Facebook, Twitter, Youtube, pas le temps de tout regarder maintenant, je traite juste les urgences. 

06h40 Le chat veut rentrer. J’ouvre la fenêtre, elle fonce vers ses croquettes. Aujourd’hui travail. Après une toilette de chat je pars un boulot.

07:00 J’allume le PC en buvant le premier café. Je poste les actualités et la chronique du jour sur les réseaux sociaux, vérifie que le webzine fonctionne nominalement et consulte mes mails professionnels.

08:30 J’ouvre les bureaux, salue à distance les deux collègues présents et commence à traiter les urgences.

09:00 Second café avant le passage du facteur. D’ordinaire on se retrouve dans un bureau autour de viennoiseries pour dire du mal des absents, là je suis tout seul, ça va plus vite. Le directeur arrive, s’informe de ma santé et des différents problèmes urgents à traiter puis s’enferme dans son bureau pour une matinée de vidéos conférences.

09:30 Le chat me manque, la couette aussi. Je traite les urgences.

11:30 Je quitte le travail après avoir salué mes collègues. Encore une dure journée de labeur terminée.
Arrivé à la maison, le chat me fait un câlin, passe à sa gamelle et demande à sortir. Les oiseaux s’envolent. La délicate question du repas de midi se pose alors, « On fait quoi ? Du riz ou des pâtes ? Du riz, hier on a mangé des pâtes. Tu es sûre, ce n’était pas plutôt du riz ? Des pâtes j’ai dit! Ok des pâtes alors…». 

12:00 On mange un curry de poulet improvisé.

12:30 Troisième et dernier expresso de la journée, le meilleur, dégusté au soleil sur la terrasse avant de faire la vaisselle.

13:00 Equipé d’un casque, d’un iPhone, d’un livre, d’un chapeau, d’un bloc notes et d’un crayon, je marche cinquante mètres vers le fond du jardin, salue les semis, ouvre la serre et m’installe sur le transat. Si le livre est bon, je ne sombre pas tout de suite. Le chat arrive alors et s’installe à mes pieds. J’écoute un peu l’album à chroniquer, rédige quelques idées pour le blog et somnole à l’ombre.

16:00 Le ventre réclame un goûter, la vessie une purge. Je chasse le chat énervé qui crache et je rentre à la maison. Un tour aux toilettes, un lait d’épeautre poulain, et cinq crêpes tartinées car je suis affamé. Le chat gratte à la fenêtre pour rentrer. C’est l’heure ou elle espère un second repas, elle va espérer encore deux heures avec des tentatives d’intimidation, de mobilisation de l’intérêt, des crises de désespoir, de folie et quelques siestes.

16:30 Promenade en amoureux, une heure maxi, dans un rayon d’un kilomètre, loin des parcs, de l’eau, des sentiers. Bref nous faisons le trottoir.

17:30 J’allume le Mac pour travailler au tyrannique webzine. Je m’offre un disque sur la chaîne, sans casque, Leprous, Lifesigns, Kate Bush, Muse, ou un caprice du jour.

18:30 Un petit tour sur Animal Crossing pour vérifier le prix du navet, ramasser des coquillages, pêcher, cueillir des fruits et régler des dettes.

18:45 Le chat fou s’est vengé dans sa caisse, une infection. Je lui donne vite à manger et elle repart aussitôt dehors chasser. « Chérie ? On mange quoi ? On a fait des pâtes ce midi ? Non du riz ! On fait pizza alors ? On a pas mangé la pizza hier soir ? Mince oui.. ». Kinoa aux légumes… Morne plaine…

19:30 Arrosage des semis avant de leur souhaiter une bonne nuit. Le chat me suit. Je ferme la serre en prenant soin de de pas emprisonner le chat pour la nuit et j’arrache quelques mauvaises herbes pour la forme.

20:00 Promenade romantique au bord de l’eau sous les étoiles. La soirée est douce et je trouve un nouveau fossile. Il faudra que je passe au musée demain.

21:00 « On regarde quoi ce soir, Sherlock ? Non ! On l’a vu y a pas longtemps ! On se fait un film ? Pfff, y a rien à la TV. ». Bon… Je vais prendre une douche.

21:15 En robe de chambre, les cheveux encore mouillés, j’hésite entre chasser les étoiles filantes, le bêtisier à la TV et mon lit. Le lit gagne presque toujours. Le chat est déçue, pas de gratouilles ce soir… Ce sera pour demain.

21:45 Les pages tournent, mes paupières se ferment lentement. Demain il fera jour.

00:00 La vessie m’appelle mais je rejoins Morphée en quelques secondes. 

04:00 La vessie m’appelle encore et cette fois, au retour, je dois combattre pour un peu de couette. Les nuits sont fraîches.

06:15 Réveil, encore comateux je descends les escaliers, la vessie prête à exploser. Mauvaise nouvelle, aujourd’hui la migraine s’annonce. Le chat m’accueille en miaulant et grimpe le long de ma jambe pour se caler sur mon épaule gauche, jamais la droite. Elle ronronne de toutes ses forces. Quelques pas vers sa gamelle vide, elle saute sur le buffet et rejoint sa pitance lorsque celle-ci tombe du ciel. Je coure aux toilettes vider le trop plein de nuit et bois un verre d’eau. 

06:25 Le chat veut sortir. J’ouvre la fenêtre, mais elle reste dedans. Il pleut !

J + 41 – Dimanche 26 avril 2020 – das kapital 

Oui, depuis le début du confinement, je joue à Animal Crossing. Et ce plusieurs heures par jour. 

Au début, je me suis installé sur une île déserte pour faire du camping et vivre en harmonie avec la nature. Vivre d’amour et d’eau fraîche au milieu des pommiers, entouré par la mer, pêchant et ramassant des coquillages pour me nourrir. 

Puis j’ai découvert qu’en vendant des pommes, des poissons, je pouvais offrir à ma vie spartiate un peu plus de confort. Alors j’ai cueilli plus de pommes, ramassés plus de mauvaises herbes, pêché plus de poissons et j’ai échangé le fruit de mon labeur contre des clochettes sonnantes et trébuchantes.

Avec les clochettes, j’ai pu m’offrir ma première maison en dur. Avec des outils, j’ai coupé des arbres et je me suis fabriqué un lit en bois, une table, une chaise. Et puis j’ai craqué pour une Hifi et les disques de Kéké, les tapis persans, le papier peint, des éclairages, une piscine.

Tom Nook m’a alors offert un billet d’avion pour visiter une autre île voisine. Mon bilan carbone a brutalement explosé et arrivé sur le petit paradis, j’ai pu me livrer aux pires exactions : pêcher tous les poissons, ramasser tous les fruits, abattre les arbres, arracher les fleurs, creuser des trous partout, casser les rochers et transformer l’ilot paradisiaque en paysage cataclysmique.

De retour sur mon île, mon pillage fut vite converti en clochettes qui servirent à rembourser mes dettes à agrandir ma maison et contracter de nouvelles dettes encore plus importantes. 

J’ai bien lancé des financements participatifs pour bâtir des ponts, des rampes afin d’améliorer la circulation sur l’île, hélas le seul qui mis la main au porte monnaie ce fut moi, moi toujours moi. J’avais besoin d’encore plus de clochettes.

Je découvris alors comment faire fructifier mon argent avec les arbres à clochettes puis à spéculer avec les navets. J’optimisais mes ventes en fonction de l’article du jour, des passionnés d’insectes ou de poissons, mais plus j’avançais, plus je contractais de plus lourdes créances.

Alors j’ai décidé d’arrêter de payer et d’acheter. Après tout j’avais une maison confortable, de la musique, des cocotiers, des orangers, des pommiers, du poisson, des fruits de mer, je pouvais très bien continuer de vivre et ne rien faire.

C’est là, quand je me suis enfin posé, que j’ai réalisé quel épouvantable modèle Animals Crossing proposait à nos enfants. Un modèle capitaliste où le travail est récompensé, où la spéculation est naturelle, où l’endettement est obligatoire et où on vous pousse sans cesse à la consommation.

Certes ma manière de jouer a accéléré le phénomène mais je ne suis pas certain que l’on puisse profiter pleinement de ce monde sans rentrer dans le système. J’ai bien envie de chasser mes voisins, snober tous les marchants, et juste continuer à chercher des insectes, des fossiles et des poissons pour enrichir le musée, l’un des rares lieu où la philanthropie est encouragée.

Aux dernières nouvelles, j’ai appris que des cerisiers poussaient sur des îles lointaines. Je vous laisse, je pars explorer tout l’archipel pour trouver une cerise, ça doit se vendre à prix d’or ces fruits là…

J + 40 : Samedi 25 avril 2020 – quarantaine 

Voici quarante jours que nous sommes confinés, quarante jours comme pour une quarantaine.

Si nous avons été isolés des autres le temps d’une quarantaine et que nous ne sommes pas malades, c’est que n’avons pas été touchés par le virus non ?

La quarantaine est finie mes amis ! 

Nous sommes enfin libres ! Les bars et restaurants vont rouvrir, les concerts vont reprendre, nous allons pouvoir retrouver nos maîtresses, partir en vacances en Grèce et profiter du printemps !

Youpi !

Ben non.

Comment ça non ? Nous n’étions pas en quarantaine comme les astronautes ? Sûr ? Nous sommes quoi ? Confinés ? Ça veut dire quoi confiné ? Qu’on peut pas sortir, pas encore. Pas avant le 11 mai ? Et encore sous conditions ? Mais, mais enfin ? Je veux sortir moi, je veux aller écouter du rock !!! Je veux faire des photos autres que les fleurs du jardin ! J’en peux plus ! 

Ah bon, je ne suis pas le seul. Et il y a des gens dans de pires situations que moi. Bon. Mais vous êtes certain pour la quarantaine, vraiment ? On pourrait pas avoir un mini déconfinement avant qu’il ne pleuve pour aller se promener à la montagne ? 

J’ai lu sur internet une diatribe critiquant vertement le confinement à la française et saluant les pays libres. J’avoue avoir été déçu voire même choqué par cette prise de position publique. J’ignore si le gouvernement a fait le bon choix. Chaque pays, région, département connaît actuellement des situations sanitaires très différentes. Tout ce que je sais, c’est que malgré un confinement « dur », il y a eu plus de vingt-deux-milles morts sur le territoire. Que serait-il arrivé si les règles avaient été plus souples ? Moins de morts, plus de morts ? On parle de vies humaines, pas de son petit confort là. De loin, j’ai assisté à des barbecues entre voisins, des joggings en groupe, des cafés entres amis, des promenades dans les parcs… Qui sommes-nous pour juger sans savoir, pour critiquer alors que des milliers de personnes meurent tous les jours ?

C’est dur, dur pour tout le monde, et ça va l’être encore sans doute pendant quelques mois. Mais est-ce trop payer pour sauver des vies ?

Restez chez vous !

J + 39 : Vendredi 24 avril 2030 – Metal 

Saviez-vous que le confinement pouvait être l’occasion de belles rencontres. 

Quoi ? J’ai dit une connerie là ? 

Nan je vous assure, j’ai fait la connaissance de nombreuses personnes depuis trente-neuf jours. 

Ok d’accord, je n’ai pas pris l’apéro avec elles, mais cela aurait été techniquement réalisable sans passer par Internet et sans violer les règles du confinement. 

Fou non ? 

En fait, comme beaucoup d’entre vous, j’ai appris à apprécier et à détester un peu plus mes voisins. 

Ceux qui me tapaient déjà sur le système auparavant sont désormais sur ma liste noire et ceux avec qui j’échangeais occasionnellement sont devenus des potes. 

Des potes à deux mètres de l’autre côté du grillage.

Par exemple il y a ce jeune papa affublé de dreadlocks, qui garde ses deux bambins à la maison pendant que sa chérie fait la classe. 

Et bien, ce gars très sympa est un fan de metal et nous partageons les mêmes goûts pour pleins de groupes. Alors quand il fait jouer ses deux garçons sur le parking d’à côté, nous parlons metal par-dessus le grillage, au grand dam de tout le voisinage, car le metal c’est mal. 

Même si ça n’est pas intentionnel, je me réjouis de faire du bruit dehors, de rire fort et de faire gueuler le chien des abrutis d’à côté qui ne s’entendent plus téléphoner sur leur portable. 

D’ailleurs c’est ce jeune métalleux qui m’a demandé un jour si nos voisins étaient des manouches. J’ai adoré ! 

Je devrais organiser des sessions d’écoute, fenêtres ouvertes, avec ce gars dont je ne connais toujours pas le prénom, histoire de partager un moment musical ensemble et couvrir les hurlements de ce sale clebs. 

Ce serait cool.

J + 38 : Jeudi 23 avril 2020 – MAJ

Mise à jour du blog, du webzine, de ma fiche de poste, de mon épouse 1.481 ? 

Non bien mieux, mise à jour majeure de Animal Crossing. Après quelques corrections de bugs, Nintendo m’offre de nouveaux horizons sur l’île. Enfin à ce qu’il paraît parce que pour l’instant rien n’a changé et le prix du navet est au plus bas. Mais si j’en crois mon fil d’actualité Google ne parlant plus que de ce jeu, de Hifi et de COVID-19, il va se passer plein de choses. 

Mais à quand la mise à jour COVID-20, ça pourrait être fun de découvrir de nouvelles fonctionnalités après la toux, la fièvre, le rhume, la perte de goût, le confinement, la mort et les applaudissements de 20h.

Bon la journée a été vraiment rude et pourtant je n’ai travaillé que ce matin. Ceci explique sans doute cela. Pardon…

En rentrant j’ai quand même tondu la pelouse et lavé ma voiture couverte de pollens qui ne roule plus histoire d’essayer d’oublier ce mal de tête qui ne me lâche pas depuis dix jours. Je poursuis également la lecture de ce bouquin décidément très décevant, Né d’aucune femme, vivement que je passe à autre chose.

Aujourd’hui un technicien intervenant dans notre entreprise a eu pitié de moi. Si si, c’est possible. Pas à cause de ma coupe de cheveux improbable ni de ma maigreur extrême ou de ma mine patibulaire. Il s’est pointé avec un masque sur le visage et des gants bleus aux mains pour intervenir sur notre climatisation défaillante. Et me découvrant tout nu et sans protection (ni voyez aucune malice, c’est sorti tout seul), il m’a tendu un masque et des gants. C’était charitable de sa part, mais j’ai décliné l’offre. Au travail je fais attention à garder mes distances, laver mes mains jusqu’à les rendre calleuses et à ne pas postillonner sur mes trois collègues de service (sauf quand je ne les aime pas du tout). Il est possible que bientôt ce déguisement devienne obligatoire dans nos locaux et dans les transports en commun. Les autorités sanitaires devraient étendre l’idée aux concerts. J’aimerai bien écouter James Labrie chanter avec un masque, ça devrait être plus supportable.  

Les oignons, radis, potimarrons, courgettes, petits poids sortent de terre, les épinards ont disparu, les haricots font les timides et les graines inconnues venues de Bretagne que j’ai semé n’ont toujours rien donné. Et la salade ? Quelle salade… J’ai l’impression que des pifs effrontés confondent mon potager avec leur assiette. La constance du jardiner se cultive. J’ai semé une nouvelle rangée de petits poids et d’oignons et j’envisage d’aller chercher de nouvelles graines d’épinards même si c’est un peu tard en saison. Maintenant reste à effrayer les oiseaux et la recette, c’est l’épouvantail. J’avais le choix, demander à mon ainé qui n’en branle pas une de la journée de s’installer à côté des semis ou à fabriquer moi même un épouvantail. J’ai opté pour la seconde solution, non pas par crainte d’un quelconque conflit, mais parce que je pense que mon épouvantail bougera plus que mon grand.

J + 37 – Mercredi 22 avril 2020 – Le salaire de la peur

Je fais partie de ceux qui montent au front, plusieurs fois par semaine, au risque d’être contaminé ou de contaminer faute de certitude. La société ne peut fonctionner, même en plein confinement, sans quelques personnes qui assurent les basses besognes, celles qui mettent de l’huile dans les rouages pour que la machine continue de tourner.

Je ne vais pas au travail la peur au ventre, j’ai finalement plus de contacts à risque en allant au supermarché qu’en me rendant au bureau. Ma femme m’envie cette liberté, c’est vrai, j’ai quelque chose à faire et que je vois trois personnes de plus qu’elle au cours de la journée, le double en fait. En bonus, j’ai le droit de rouler quelques kilomètres en voiture, pour amener du matériel chez des collègues en télétravail, pour déposer du courrier au centre de tri, pour récupérer des fournitures dans des magasins.

Hormis les soignants, ceux qui sont au front, sont majoritairement tout en bas de l’échelle. Techniciens de surface, aides de vie, facteurs, agents de maintenance, caissiers, manutentionnaires, agriculteurs, chauffeurs et depuis peu ouvriers du bâtiment. Les cadres travaillent avec un écran, pas des écrans de protection, ces personnes n’en ont pas besoin. Elles sont chez elles. Vous avez déjà bossé pour un salaire minimum et un travail pas terrible avec en bonus un masque sur le visage, des gants aux mains et le risque d’être contaminé ? Dans ces conditions il faut avoir faim pour se lever le matin et aller travailler. 

Et que va-t-on leur promettre pour qu’ils poursuivent leur effort de guerre ? Des remerciements et une prime ?

Ce n’est même pas le salaire de la peur.

J + 36 : Mardi 21 avril 2020 – action, réaction !

L’épidémie de COVID-19 éprouve la société, l’économie mais aussi les femmes et les hommes. Il est étonnant d’assister impuissant aux réactions de tout un chacun, confiné depuis plus d’un mois. 

Certains dépriment, d’autres somatisent, d’autres encore angoissent ou pètent un durite. Il en est qui pensent que la fin du monde est proche, que des émeutes vont exploser, que le peuple va se soulever, que la guerre va éclater, que nous allons mourir de faim, nous entre-dévorer, crever de pneumonie, d’insuffisance cardiaque, de manque de soin, de solitude.

Certains disent s’en foutre, que ça ne change pas grand chose à leur quotidien mais ils se mentent à eux même en réalité. Les rues désertes, les personnes masquées, la queue dans les boutiques, les commerces fermés, l’actualité anxiogène qui innonde les médias, tout cela possède un fort impact sur notre mental, qu’on le veuille ou non.

Ceux qui sont au front sont épuisés et voient leurs semblables mourir. Ils luttent avec des moyens dérisoires et peu de protection contre un ennemi invisible qui peut les tuer à tout moment. Ils méritent tout notre respect.

Quel traumatisme restera dans l’inconscient collectif une fois cette crise passée ? Nos parents furent marqués par la grande guerre, les privations, la peur des bombardements, la peur des représailles. Et nous ? Serons-nous capables de serrer à nouveau la main sereinement, de faire la bise le matin au travail, de cesser de se laver les mains compulsivement tous les quarts d’heure, de ne pas faire des réserves au cas où ?

Nous préparons le déconfinement au travail : des thermomètres médicaux, du gel hydro alcoolique, des masques, des gants, un plan de circulation dans les locaux pour que personne ne croise personne, la liste de ceux qui devront obligatoirement rester confinés encore des mois, la liste de ceux que l’on incitera à rester chez eux en télétravail, le nombre de jours de vacances supprimés pour ceux qui sont chez eux. Un vrai plan de bataille.

J + 35 – Lundi 20 avril 2020 – off

Le cours du navet est au plus bas. J’ai une migraine pour la troisième fois en six jours. Le soleil brille mais un vent glacial souffle en rafales sur le jardin. Je n’ai plus de cliché à publier et il n’y a pas de concert ce soir.

Il y a des jours comme ça où l’on resterait bien au lit à ne rien faire, juste attendre que la nuit arrive pour qu’une nouvelle journée moins morne ne recommence.

Mais non. Je vais me secouer. Ça passe ou ça casse. Ces journées là, repoussant le moment de prendre de la drogue, j’alterne poses et activités. Car je suis un hyperactif, j’ai un mal de chien à ne rien faire, la preuve même au repos il faut que j’écrive dans ce foutu blog.

J’ai commencé un bouquin bien parti pour être glauque : Né d’aucune Femme de Franck Bouysse. Pourquoi celui là et pas un autre ? Je ne sais pas, l’inspiration du moment. Je poursuis ma culture de clochettes et la spéculation sur les navets tout en parsemant l’île de lampadaires. Et lorsque je ne suis pas sur l’île je vais dans le potager repiquer les semis sous serre ou je branche un casque Sennheiser pour continuer ma chronique rétro progressive.

Boire beaucoup, manger peu, prendre un shoot de caféine et faire des poses dans le noir, à attendre que la vague passe et repartir pour quelques minutes d’activité en espérant sue ça tienne.

C’est l’anniversaire de mon épouse aujourd’hui. Elle a eu un gros cadeau de notre entreprise: après un mois bloquée à la maison à ne rien faire, mon épouse va pouvoir faire du télétravail. Youpi ! Pour ce faire, j’ai dû me prostituer, je veux dire par là installer un antivirus sur le Mac pour le service informatique donne son feu vert (preuve à l’appui) puis un VPN pour se connecter à nos systèmes informatiques et pourquoi pas Firefox et Libre Office tant que nous y sommes ? Tout ça pour quoi au final ? Juste pour qu’elle puisse lire son mail professionnel, la seule ressource informatique à laquelle on lui donne accès pour l’instant. Clairement elle va pouvoir bosser beaucoup plus maintenant. Enfin bon… Ce qui m’a fait rire lors de l’installation, c’est que sur Mac, le VPN et l’antivirus installés ne cohabitent pas bien ensemble, bref… Nous sommes au top. 

Allez, joyeux anniversaire ma chérie. Plus qu’un mois de confinement et quelques autres de “télétravail”.

J + 34 : Dimanche 19 avril 2020 – Music !

‘Music’: ainsi commence le dernier album de Nightwish que j’écoute en boucle entre des titres de rétro progressifs. Car ce week-end se déroule au son de la musique avec deux concerts en streaming, de nouveaux dons aux musiciens et la commande d’un nouvel album.

Vendredi Melanie et Martin jouaient depuis leur salon en Allemagne et samedi Ray Wilson le faisait depuis son studio en Pologne. Des concerts en streaming via YouTube pendant que Devin Townsend jouait depuis une autre plateforme et que Franck Carducci passait sur une émission Youtube. Impossible de tout regarder en même temps, heureusement certaines captations pourront être vues plus tard. Même Genesis et Pink Floyd s’y sont mis en diffusant d’anciens concerts sur leurs chaînes YouTube.

Je l’ai déjà écrit, les artistes se démènent pour exister malgré le confinement et pour survivre également, car la musique est leur gagne pain, alors ne les oubliez surtout pas.

C’est aussi la première récolte de l’année, celle de la rhubarbe, deux kilos qui vont nous permettre peut-être de manger une tarte ce soir et faire des confitures. Les radis suivront puis les fraises et les petits poids, les tomates, courgettes, haricots et salades attendront un peu encore. 

Nous allons enfin recommencer à manger bio local en circuit court à la maison. Marre des surgelés, du riz et des pâtes. Et puis là, au fond du jardin, nous ne risquons pas de choper le COVID-19 en poussant un caddie.

J + 33 : Samedi 18 avril 2020 – The Expanse

Lire The Expanse en plein confinement ne manque pas d’ironie. Nous sommes enfermés dans nos maisons, appartements, alors que dans le troisième tome de la saga, La Porte d’Abaddon, les humains découvrent, aux confins du système solaire, des portails conduisant aux quatre coins de l’univers.

Pas besoin de formulaire en ligne, il vous suffit d’un vaisseau, de quelques semaines de voyage et vous êtes aux portes de la galaxie.

Dans le monde réel, c’est une toute autre affaire. Nous discutons avec nos proches par écrans interposés, comme Anna et son épouse retournée sur Terre, mais la gravité qui nous colle au sol n’est pas celle des propulseurs d’un vaisseau générationnel, car nous ne bougeons pas. Ou si peu.

Nous retrouvons l’équipage du Rossinante et bien d’autres protagonistes et vaisseaux dans un space opéra de près de sept cent pages, un long voyage vers Uranus où un mystérieux anneau créé par la protomolécule suscite toutes les convoitises.

Un roman en deux parties, le voyage lui-même et la vie dans des espaces confinés, puis l’arrivée autour de l’anneau et le long combat à bord d’un des vaisseaux. N’étant pas vraiment un fan d’action, la première partie du roman m’a beaucoup plus et la seconde, nettement moins, disons que j’ai mis beaucoup de temps à finir le roman, survolant les derniers paragraphes.

La force de The Expanse, outre d’être une saga space opéra d’envergure, ce sont ses personnages à la psychologie complexe et ce récit ou les frontières entre le bien et le mal restent toujours floues. 

Ne pouvant allez chez mon libraire préféré, j’attendrai un peu avant d’attaquer le quatrième tome, et ça tombe bien, j’ai besoin d’un break.

J + 32 : Vendredi 17 avril 2020 – chère loque

Oui je suis une loque. Je ne tapisse pas la cuisine, je laisse ma femme faire les courses, je ne prépare pas de petits plats, je lis à peine, j’attends l’heure du repas, je jardine sur le transat et le soir, je regarde la série Sherlock Holmes.

Je n’ai pas grand chose à raconter aujourd’hui, le court du navet est au plus bas, je n’ai plus beaucoup de photos en stock excepté des zooms de fleurs de pissenlit et je sors comateux d’une nouvelle migraine.

Un jour off, passé pour la moitié au travail à régler des problèmes divers et avariés, en web conférence avec des collègues confinés et à faire semblant de lire The Expanse sur le transat. Certains prennent du poids pendant le confinement, moi j’en perds. Je ne serai pas, comme les trois quart de la population terrestre, en train de développer une petit dépression moi ?

La seule bonne nouvelle, c’est que ce week-end, il y aura deux concerts au programme : mes deux amis allemands Melanie et Martin ce soir sur Youtube et demain soir Ray Wilson.

Et vous ça va ?

J + 31 : Jeudi 16 avril 2020 – je dis tapisserie  

Voyons voir.

Les travaux de la cuisine ont commencé mi décembre avec la réfection du plafond. Et où en sommes-nous mi avril ? A la réfection du plafond… J’ai la toile de verre et la colle depuis des mois. Il suffisait de se lancer. 

Je n’ai pas démarré lorsque le froid sévissait encore, prétextant que je devais démonter un radiateur et que la cuisine deviendrait une véritable glacière. 

Maintenant il fait suffisamment chaud pour renoncer au chauffage, je suis donc prêt pour la seconde phase du chantier.

Au lieu de quoi, je me tiens sur un transat, au fond du jardin, un livre à la main, écoutant le nouvel album de Arabs In Aspic. 

Le pire c’est que je ne culpabilise même pas. Après tout j’ai encore un mois de confinement pour tapisser la cuisine.

J + 30 – Mercredi 15 avril 2020 – les leçons du passé 

Avant l’épidémie, le temps était aux économies. La santé coûtait trop cher, les enseignants ne travaillaient jamais assez et la fonction publique était un gouffre. 

La mondialisation, les accords internationaux, la bourse, le travail étaient notre salut. Produire moins cher quitte à le faire au bout de la planète en brûlant des tonnes de CO2 et en exploitant des populations pauvres tout en payant le chômage à nos concitoyens.

Et puis brutalement, le monde s’est effondré. Les frontières se sont fermées, les avions sont restés cloués au sol, la population est restée confinée, les hôpitaux ont explosé, les bons usages commerciaux ont été oubliés et c’est devenu le chacun pour soi. Les gens se sont rués dans les supermarchés pour entasser des réserves de fin du monde dans leurs congélateurs et placards, ils ont volé des masques, des gants, du gel aux soignants, se sont repliés sur eux-même, laissant les femmes de ménages, les éboueurs, les infirmières, les caissières, les magasiniers, les routiers, la police, les sans domiciles fixe affronter le virus dans les rues et lieux publics et faire le sale travail.

La folle circulation des biens et des personnes aux quatre coins du monde a essaimé la maladie dans presque tous les pays, tuant des dizaines de milliers de personnes. La mondialisation fragilisée brutalement a provoqué des pénuries de médicaments, d’équipements sanitaires, de denrées alimentaires de base. L’économie à tué.

Aujourd’hui l’argent qui manquait tant semble soudain couler à flot, aides, primes, équipements, tout semble possible. L’économie est au plus mal et l’état est devenu Providence. Ont-ils découvert la caisse noire de l’Élysée ? J’ai comme un doute. L’état déjà très endetté, renonce aux créances étrangères, signe des chèques en blanc et promet encore plus. Des primes aux fonctionnaires qui travaillent, des aides aux plus démunis, des des des… Souvenez-vous d’octobre 2028. 

Lorsque tout sera fini, si nous nous relevons, saurons-nous nous souvenir de ce qui nous est arrivé ? Saurons-nous tirer les leçons de l’histoire, réviser nos priorités, notre modèle économique et social ?

L’homme oublie très vite. Toutes les guerres sont là pour le prouver. Quelle est la probabilité que demain nous recentrions notre économie sur le territoire, que nous dimensionnons notre système de santé comme il faut, quel qu’en soit le prix, que nous reconnaissons à sa juste valeur le travail des petites gens, ceux que l’on paye un SMIC parce qu’ils n’ont pas fait d’études et sans lesquels pourtant, plus rien ne fonctionne.

Allons-nous renoncer au capitalisme, allons-nous faire tomber ces quelques magnats qui possèdent les richesses de la planète pour enfin les partager ? Allons-nous cesser de consommer plus que ce que la terre peu offrir, voyager moins, prendre le temps, se retrouver avec les autres plutôt que de se perdre dans l’inutile ?

Je ne crois pas.

J + 29 : Mardi 14 avril 2020 – J – 29

Je vais pouvoir continuer à jouer à Animal Crossing et même à Luigi’s Mansion III pendant quatre semaines.

Reprise éventuelle le 11 mai. 

Nous avons fait la moitié du chemin, enfin, espérons le. Il va falloir que je me procure des plants de tomates car début mai je m’occupe toujours des tomates. Ce qui me préoccupe beaucoup plus, ce sont les déchets verts qui s’accumulent dans mon jardin; branches et cie que je n’ai pas le droit de bruler, même si mes voisins font plus de fumée avec leurs barbecues que moi avec mes branches. Je n’ai également pas le droit d’aller déposer à la déchèterie, à cause du confinement. C’est un peu comme une mission spatiale avec les toilettes bouchées si vous voyez l’analogie… c’est la merde. Car plus je reste à la maison, plus je m’occupe de mon jardin, plus j’accumule des déchets verts. J’ai bien un composteur mais il me faudrait également un broyeur de végétaux pour me débarrasser des branches et fabriquer du paillage. Je vais lancer un crowdfunding pour financer l’appareil, qu’en pensez-vous ?

De toute façon aujourd’hui il fait trop froid pour rester dans le jardin. Je commence à regretter mes propos d’hier. Pas facile de rester enfermés à quatre dans la maison, alors dans un appartement, je n’ose imaginer. Du coup, coincé pour coincé, entre deux sessions d’Animal Crossing, j’écoute les dernières promotions reçues pour décider laquelle je chroniquerai sous peu. Et je crois avoir trouvé, pour changer du metal sympho à chanteuse, je vais donner dans le rétro progressif. J’aime les contrastes.

J + 28 : Lundi 13 avril 2020 – lundi de Mac

En attendant l’allocution de notre président, j’ai passé mon temps devant vingt-sept pouces en cinq K. 

Un casque sur les oreilles, un clavier sous les doigts, j’ai travaillé de longues heures laborieuses à la retranscription de l’interview de Nord en oubliant quelques S. J’ai bossé sur les promotions, regardé l’épisode de Radio Erdorin, écouté un groupe réunionnais, bossé sur mon album de metal symphonique à chanteuse et oublié que le président devait nous parler de confinement. 

Parce qu’en réalité le confinement je m’en moque un peu. Le confinement c’est un peu toute l’histoire de ma vie. Je passe mon temps sur un ordinateur, devant la chaîne, le vidéo projecteur, un livre ou dans le jardin. 

Je n’aime pas voyager, j’aime jardiner. Je n’aime pas travailler, j’aime chroniquer. Je n’aime pas discuter, j’aime interviewer.

Alors un mois de plus ? Banco !

J + 27 : Dimanche 12 avril 2020 – déconfiture 

Non ? Cela fait vingt-sept jours ? Dingue ! Les banlieues n’ont pas encore implosé, des zombies ne marchent pas dans les rues, les rayons des supermarchés sont toujours plus fournis qu’en Russie mais nous n’avons plus de série TV à regarder. Et ça c’est une vraie pénurie croyez-moi car lorsque l’on arrive à regarder des bêtisiers à la télévision, c’est un peu la fin du monde.

J’essaye de faire durer les dernières pages de The Expanse et je tourne en rond sur ma petite île verdoyante qui commence à être surpeuplée. La bonne nouvelle c’est que Kéké, le célèbrissime chanteur, pourrait prochainement passer chez nous, et pas de concert en streaming cette fois. Rock & Roll !

Le déconfinement ce n’est pas pour demain croyez-moi. Le président parlera lundi soir mais les médias annoncent déjà la couleur : oubliez vos vacances à Saint-Troppez cette année, les gendarmes seront sur la plage. On dit que les jeunes pourraient sortir en premier, après le 1à mai, c’est bien, ils vont bosser à notre place ces feignants ! Alors les vieux, venez sur mon île, nous ferons la chasse aux oeufs, des concours de pêche, nous chercherons des fossiles, des insectes, nous planterons des arbres à clochettes, des cocotiers sur la plage, nous regarderons le coucher de soleil et les étoiles scintiller.

Comme si le COVID-19 ne suffisait pas à notre misère, la forêt de Tchernobyl crame. Preuve que la bêtise humaine nous rattrape toujours. Qu’est-ce qui peut nous tomber dessus en plus, une nouvelle révolte des gilets jaunes, des émeutes dans les EHPADs, un conflit nucléaire, une panne globale d’Internet ?

J + 26 – Samedi 11 avril 2020 – Silence, ça pousse

« The streets were deserted though the police were alerted. ». 

Les VMC des immeubles voisins font un bruit insupportable dans le jardin, couvrant le bourdonnement des abeilles. Un bus passe au loin, presque surréaliste dans ce silence. De mon transat je regarde les petits pois grandir. Le soleil brule, les enfants courent pieds nus sur l’herbe, l’air transporte de délicats parfums de fleurs. La vie est insurportablement délicieuse. 

Lâchement je laisse mon épouse arpenter les rayons vides des magasins d’alimentation pendant que je tonds la pelouse, taille une haie, sème des fleurs, prépare des semis. Alors qu’en temps ordinaire elle oublie la moitié des produits essentiels à notre subsistance, en ces temps de crise, elle brille d’ingéniosité pour remplir le réfrigérateur. Sa seule angoisse est de pouvoir garer la nouvelle voiture dont elle ne maîtrise pas encore les volumes. J’ai une épouse formidable.

C’est le Week-End de Pâques, vous le saviez ? Personnellement, n’étant pas très religieux, n’adorant pas les repas de famille et étant allergique au cacao, je m’en moque un peu je l’avoue, mais Marillion, pour l’occasion nous a offert une version de ‘Easter’ confinée, alors Joyeuses Pâques et restez confinés.

J + 25 – Vendredi 10 avril 2020 – soutien 

En ce vendredi saint, j’ai décidé d’apporter mon soutien aux musiciens. J’ai acheté trois albums… Tout d’abord Zio que j’ai envie de découvrir, ensuite Kiama qui n’est pas tout jeune mais vraiment très bon et enfin Katatonia parce que Katatonia quoi. Et puis j’ai fait des dons à des artistes qui se produisent en live streaming pour agrémenter nos longues soirées. Après tout ils le méritent amplement non ? Bon ok, peut-être pas tous.

Ce matin, moi et mon épouse, nous avons divorcé, enfin presque. Car depuis ce matin, nous n’avons plus le droit de nous promener ensemble à moins d’un kilomètre de la maison et ce pendant moins d’une heure en évitant les berges, les parcs et la forêt. Cela devient extrêmement restrictif tout ça. Ce sera donc chacun son tour, on multiplie par deux le risque de contaminer ou d’être contaminé. Mais bon, s’il faut ça. Dommage, cette demie heure de marche quotidienne était un peu notre exutoire. En plus à chaque fois que l’on sortait, les gens aux balcons nous encourageaient en faisant du bruit. Comment ça ce n’était pas pour nous ?

J’ai enfin réalisé mon interview de Nord, passant d’un grenier normand à une chambre réunionnaise. C’est fou ce que l’on peut voyager en plein confinement ! C’est parti pour trente minutes à retranscrire, ça occupera une partie de ce très très long week-end. Je ne travaille que mercredi prochain. Après ça j’attaquerai la liste de questions pour le groupe Airbag.

Et puis j’ai un concours de pêche à préparer. Nous organisons ça entre voisins pour passer le temps. On se rend avec notre canne à pêche au bord l’eau, on pêche à en vider les rivières puis on se retrouve pour savoir qui a la plus longue… prise. Comment ça c’est défendu ? Si je ne peux plus le promener avec ma femme, je peux au moins aller pêcher dans Animal Crossing avec mes potes non ?

J + 24 : Jeudi 9 avril 2020 – la reprise ?

Lorsque tout repartira, lorsque les clapiers seront ouverts, car cela arrivera bien un jour, dans un mois ou deux peut-être, que se passera-t-il ? Saurons-nous nous réadapter ? 

Sur la route il n’y a plus personne, les feux sont devenus inutiles, les limitations ridicules. 

Nous sommes collés à nos écrans seize heures par jour à regarder des chatons s’ébattre (des fois ce ne sont pas que des chatons). 

Nous dormons au calme, juste dérangés par quelques ronflements. Nous procrastinons, siestons, bullons. 

Comment allons-nous pouvoir reprendre le rythme infernal de la vie, le métro-boulot-dodo, les embouteillages, la pollution, les transports bondés, les cons de chefs, le stress, le sandwich du midi sur le pouce, le coït bâclé du dimanche matin ? 

Nous découvrons, enfermés chez nous, le silence, l’ennui, nous ré apprenons même patois à vivre ensemble, à cuisiner, à respirer. 

Nous avons même cessé notre course aveugle à la consommation faute de magasins. 

Allons-nous, dès que nous le pourrons, acheter n’importe quoi, le nouvel iPhone, la dernière trottinette électrique, le nouveau Mariah Carey ? 

Saurons-nous tirer les leçon de notre confinement ? De notre dépendance à la mondialisation ? Allons-nous nous remettre à produire tricolore ? Allons-nous renforcer les services hospitaliers ? Allons-nous accepter de payer la facture de cette catastrophe sanitaire sans précédent depuis des décénies ?

Pour ma part, je sais ce que ferai : j’irai manger dans un bon restaurant japonais puis je foncerai chez les disquaires pour compléter ma collection , je renterai dans une boutique acheter un boitier réflex hors de prix, je prendrai deux billets d’avions pour le bout du monde et je partirai avant que le fisc me rattrape ou que mon employeur exige que je me remette à travailler trente-neuf heures par semaine payées trente heures. 

Après tout, nous n’avons qu’une vie, alors, restons confinés.

J + 23 : Mercredi 8 avril 2020 – j’ai perdu le Nord

Vous êtes-vous déjà couché par erreur dans le lit de quelqu’un d’autre un jour ? Parce que moi, c’est ce qui m’est arrivé hier soir. Enfin presque.

J’étais assis devant mon Mac, un casque sur les oreilles, mes notes à côté du clavier et l’album posé près de l’écran. La session Skype était lancée et l’interview allait démarrer. Une fois l’adresse du chanteur du groupe saisie et je lançais l’appel. Devant moi trois gars confinés dans un grenier, quelque part à la campagne. Trois ? Bon je croyais qu’ils seraient quatre. Ça arrive parfois. J’adapterai les questions, je suis souple. Les gars se présentent, et là j’ai comme un doute. Eux pas. Alors avant de rentrer dans le vif du sujet, j’agite devant la caméra la pochette de l’album dont on va parler. Et là, il y a comme un blanc. « Heu ce n’est pas le bon album… », « Ben si », « Ben non ! ». « Vous êtes qui ? ». « Ben Machin. ». Oups, le groupe que je m’apprête à interviewer n’est pas le bon, pire j’ai à peine écouté leur album et je serais bien en peine de leur poser une seule question. Je ne m’étais jamais retrouvé dans une telle galère, pourtant j’en ai connu pas mal depuis le temps. Alors je leur explique qu’il y a erreur sur la personne, m’excuse platement, leur souhaite de bien se porter et termine l’interview la plus courte de ma vie.

Après ces émotions j’ai écouté une petite heure de Marc Atkinson en live streaming avant d’aller faire dodo, la migraine ayant eu raison de ma passion pour sa musique. Jeudi ce sera Franck Carducci, vendredi Mark Kelly. Les artistes se donnent à fond pour nous, merci les amis !

Aujourd’hui il fait un temps magnifique. Dans jardin c’est transat, Caligula’s Horse et The Expanse. Ça pourrait être pire. Je sème à tout vent des navets. Des vrais, pas ceux de Animal Crossing, il n’y a pas de spéculation dans mon potager. Par contre dans ma petite île, la chasse aux oeufs bat son plein, j’en ai ramassé douze ce matin.

Vous savez que vendredi est jour chômé en Alsace ? Youpi ! Vendredi Saint. Heu… Pour ce que cela va changer à notre quotidien… En fait le confinement ressemble à de longues vacances d’été avec pas un sou en poche pour aller bronzer ses fesses sur les plages et la voiture en panne garée sur le parking.

Aujourd’hui nous avons dépassé le seuil symbolique des dix-milles morts. Tout est sous contrôle, les gens partent en vacances, l’air de rien, se promènent au soleil, discutent dans la rue comme si de rien n’était. Hé les gars ! C’est pas fini ! Le pic n’est pas encore atteint, restez chez vous !

J + 22 – Mardi 7 avril 2020 – je suis maladeee

Hello le soleil brille brille brille ! Mais, je suis maladeee, j’ai la rate qui s’dilate, j’ai le foie qu’est pas droit, c’est la maladie d’amour. Bref. Je suis hypocondriaque.

COVID or not COVID, this is the… Mais ta gueule ! Quoi ma gueule, qu’est-ce quelle a ma gueule ? Ben t’a les cheveux longs et idées courtes. 

Quoi de neuf docteur ? C’est la fièvre du samedi soir ? 37.2 le matin ? 

Hier nous avons terminé Life on Mars. Il ne nous reste plus que Stargate Atlantis ou le Trône de Fer. Vous choisiriez quoi vous ? Bon pour ce soir j’ai une interview, une migraine, deux concerts en streaming et une envie de vomir. J’ai l’embarras du choix. 

Comme le confinement nous pèse un peu, j’ai agrandi ma maison, elle possède maintenant deux pièces et je suis très endetté mais je cultive les clochettes et spécule sur les navets, donc tout va pour le mieux.

Côté jardin j’ai installé ma pompe pour arroser le potager. Chaque année à cause du gel, il faut démonter l’installation et dès sur les beaux jours reviennent tout réinstaller. Et ce n’est pas une mince affaire : étanchéité et amorçage me prennent plusieurs heures à chaque fois mais après j’ai de l’eau, à plus de cinquante mètres du premier robinet, là où poussent épinards, navets, radis, frisées et bientôt tomates, courgettes, potimarrons et cie. Un potager quoi.

Suis-je malade ? Oui assurément, mais pas du COVID-19…

J + 21 – Lundi 6 avril 2020 – nous y sommes 

Il aura fallu attendre trois semaines de confinement pour que le virus frappe à notre porte. Trois semaines pendant lesquelles nos contacts avec le monde se sont pourtant réduits au supermarché, à la boulangerie et à trois collègues de travail. Ma femme a perdu le goût et est fébrile. Je suis courbaturé, ai le nez sec et bouché et la gorge qui grattouille. Nous y sommes. Enfin peut-être. Comment savoir ? Oui je sais, en faisant le test, mais il faut être mort pour en bénéficier en France. Il n’y a plus qu’à espérer que cela n’aille pas beaucoup plus loin. Il fait si beau dehors. Ce serait moche de rester cloué au lit.

J’ai trouvé des occupations, outre Animal Crossing, The Expanse, Live on Mars et Maya l’abeille, je me lance dans des interviews Skype et des clichés de la lune. Le ciel est clair, les musiciens coincés chez eux et la lune presque pleine. Les conditions sont idéales. Et puis j’ai retenté le Drive, c’est presque un sport à plein temps de nos jours mais j’ai gagné après une heure de persévérance et obtenu un créneau ce soir à 19h ! Fou non ? Bon ok y a pas grand chose dans le panier, mais rien que pour le principe c’est cool. Je me prépare à faire la queue vers 18h45 en remplir le coffre avant 20h00 si j’ai de la chance.

Toutes ces journées me laissent beaucoup de temps pour la musique, rien qu’hier j’ai écouté cinq vinyles: Lunatic Soul, Harmonium, Frequency Drift, Apocalyptica et Evi Vine. Car le jour du seigneur j’écoute en 33 tours. 

Je recommence également à travailler sur des promotions, car la saison bat son plein. J’alterne instrumental, planant, vocal, bourrin, expérimental pour ne pas me lasser car la musique à haute dose ça peut user. J’alterne également artistes confirmés et bricoleurs de garage, car le formatage studio quasi parfait peut lui aussi devenir soporifique. Bref le plaisir est dans la diversité, au moins en musique.

J + 20 : Dimanche 5 avril 2020 – bas les masques !

Vingtième jour de confinement. 

Demain il faudra porter un masque pour aller travailler. Un masque ? Vous êtes gentils mais quel masque ? Un de ceux que j’ai envoyé aux hôpitaux ? Un des masques volés aux Suédois ? Un des masques rachetés par les américains ? 

Je n’ai pas de masque moi. Enfin si, des masques périmés datant de l’épidémie de grippe aviaire, une dizaine stockés dans mon atelier poussiéreux depuis la précédente épidémie. 

Ils puent. Et puis quand j’en mets un, la buée recouvre aussitôt mes lunettes et après quelques minutes, un des élastiques casse… 

Je ne devais pas aller travailler lundi, mais je sens que ça va être l’hystérie chez nous. Tout le monde va réclamer des masques sous peine d’exercer son droit de retrait. 

Nous avons déjà eu une crise majeure à cause d’un fond de gel hydro alcoolique présent dans un des centres et pas dans les autres. 

Là aussi, un reste de la grippe aviaire. Car pour cette crise l’état avait très bien anticipé, même sur anticipé puisque masques et gel n’avaient pas servi à l’époque. 

Il va falloir expédier à nos centres lingettes et masques en espérant qu’un service de livraison sera disponible. Mais combien de masques ? Un par agent par jour et par centre en comptant encore un mois de confinement et deux semaines de port de masque ensuite ? Cinq semaines fois sept jours fois cinq centres fois trois agents cela donne un demi millier de masque, c’est jouable. Restent ensuite deux semaines de post confinement avec quatre-mille agents. Là nous serons en rupture de stock soyons clairs.

Au fait, au début ne disait-on pas qu’il ne fallait pas porter de masque ? Qu’est-ce qui changé, le nombre de victimes, le stock de masques, la prise de conscience ?

Et Zorro est arrivé !

J + 19 : Samedi 4 avril 2020 – j’aime / je déteste

J’aime le confinement, le calme qui règne dans la ville et l’air pur.

Je déteste le confinement et son attestation dérogatoire à remplir plusieurs fois par jour.

J’aime rouler en ville avec la route pour moi tout seul.

Je déteste ne plus pouvoir écouter du metal à fond dans le salon.

J’aime arpenter les couloirs déserts au travail avec les téléphones qui sonnent dans le vide derrière les portes closes.

Je déteste faire la queue à la boulangerie ainsi qu’au supermarché.

J’aime ces musiciens qui, enfermés chez eux, prennent leur guitare et nous chantent un morceau pour passer le temps.

Je déteste être malade et ne pas pouvoir me soigner à cause d’un risque de COVID-19.

J’aime aller bosser pour profiter de la bande passante quasi infinie du travail.

Je déteste contempler les Vosges depuis ma fenêtre.

J’aime revoir des séries TV que je connais peur coeur.

Je déteste songer à mon père enfermé dans son EHPAD à mille kilomètres de là.

J’aime savoir que mes amis se portent mieux.

Je déteste cette contrainte que je me suis imposée d’un billet par jour depuis le début confinement.

J’aime écrire.

Je déteste mes voisins (mais le confinement n’y est pour rien).

En vérité, j’aime bien détester.

J + 18 : Vendredi 3 avril 2020 – ennui

Avec tout le temps dont je dispose enfin, que fais-je donc de mes journées ? La réponse est, pas grand chose. Je désherbe le jardin et l’île virtuelle. Je lis un peu, j’écoute un peu de musique, je range quelques bricoles, je perds mon temps sur Internet et passe quelques coups de fil. Rien de très constructif.

Il faudrait pourtant que je tapisse la cuisine, que je range le grenier, que je traite des poutres, que je passe le karcher sur la terrasse, que je prépare mes semis, mais non, je glandouille. Hier au lieu de bosser sur ma critique, j’ai écouté quatre fois le nouvel album d’Airbag, tout le contraire de ce que je devrais faire. 

Je procrastine, je bulle, je m’ennuie, je zone, je farniente, j’attends, je repousse, je perds mon temps, je désoptimise, je déprime ?

Pour tuer la monotonie et alimenter ma banque d’images, je suis parti au fond du jardin, cinquante mètres plus à l’est- mon dieu quelle expédition ! -, équipé d’un 24-85 macro, afin de capturer la lumière des petites bêtes. La macro photographie n’est pas une passion, d’ailleurs je n’ai pas acheté l’objectif pour ça mais pour son poids plume, pas plus que les petites bêtes ne m’intéressent vraiment, mais si je veux rester un tant soit peu actif, il faut que je fasse quelque chose de mon temps. Alors je règle la vitesse au millième, ouvre au maximum mon iris, approche la lentille à deux centimètres de l’insecte bourdonnant et tente d’obtenir un cliché potable. Une heure de gagnée dans la longue journée…

J + 17 : Jeudi 2 avril 2020 – Mon frère 

Mon frère se trouvait à Venise au juste au début de l’épidémie italienne. Il a vu un signe, un ange de la mort lui a parlé, alors il a pris le premier avion en partance pour l’hexagone. Il a atterri à Bordeaux et a rejoint Paris en train.

Vingt-quatre heures avant l’annonce du confinement, une voix l’a mis en garde. Alors il a fait des provisions pour dix jours et comme un million de parisiens, est parti se mettre au vert pendant douze jours. Pourquoi douze jours me direz-vous ? Parce que au bout de douze jours, la copine qui l’hébergeait, l’a foutu dehors, sans doute gênée la nuit par toutes ses voix qui lui parle.

Mon frère pense avoir contracté le COVID-19 et est persuadé d’être immunisé maintenant. A Venise, il a souffert de sensations d’étouffement, sans doute la peur panique me direz-vous, mais ça ce sont les mauvaises langues qui le disent. Il pense être immunisé mais craint cependant une rechute. Une rechute immunitaire en fait. 

Mon frère possède un thermomètre classe XXL, d’une précision inégalée, hier il avait 37,16°C de température (la rechute). Je lui ai dit que par chance il n’avait pas 37,17°C. Il n’a pas compris.

Mais rassurez-vous, mon frère va bien, mieux qu’à l’époque où il ne me mangeait plus rien venant de chez lui, persuadé que les services secrets tentaient de l’empoisonner en badigeonnant les aliments de son frigo avec des produits mortels.

Mon frère est taxi parisien, et peut se balader dans la capitale déserte. Ne montez pas dans son taco, il est forcément contagieux, et de toute manière, qui monterait dans le véhicule d’un sikh maboule en pleine pandémie ? Il m’a dit qu’il allait faire des photographies de la ville.

Même si mon frère est totalement cinglé, j’avoue que je l’envie un peu. Il a l’occasion unique de réaliser des clichés incroyables de Paris désertée alors que moi, coincé dans ma maison, je n’ai plus qu’une dizaine de négatifs à développer, et pas les meilleurs.

Je le déteste !

J + 16 : Mercredi 1er Avril 2020 – poisson d’avril ?

Et si le confinement n’était qu’une vaste blague destinée à s’achever aujourd’hui en magnifique queue de poisson ? Ok, ok, ce n’est pas drôle… 

Mais bon, voilà quoi, je suis énervé. Avec quoi vais-je mélanger mon muesli matinal s’il n’y a plus de yaourt demain ? Sérieusement.

Je suis passé au centre de tri postal ce matin, un masque sur le visage et plein de buée sur les lunettes. Les mecs qui conçoivent les masques ne pouvaient pas penser aux bigleux comme moi ? Au centre de tri, dans un vaste hangar, les agents de la Poste circulent sans masque ni gant, manipulant le courrier des autres, se bousculant dans les allées. Ils sont immunisés les gars ? Pas étonnant que la distribution du courrier soit perturbée.

En parlant de masques, vous savez quoi, ceux que l’on a reçu et qui ne servaient à rien sont brutalement devenus indispensables. « Vous pourriez en envoyer dans les centres ? » … « Vous voulez parler de ceux que l’on a distribué aux hôpitaux ? » … « Ils nous en reste beaucoup ? » … « Ben non, une centaine. » … « C’est embêtant. Vous pourriez en redemander ? » … « A qui ? » … « Oui à qui… essayez quand-même… ». Ma mission, même si je ne l’accepte pas, consiste à trouver des masques sans expliquer pourquoi nous n’en avons plus, pensez-donc, 900 masques évaporés dans la nature…

Vous saviez que nos voisin étaient des abrutis fini. Je pensais que même les abrutis allaient prendre peur. Ben non, même pas peur les gars, ils invitent leurs potes à boire le café à la maison. Confinement vous avez dit ?

Mais tout n’est pas si sombre. Hier j’ai assisté à mon second concert en streaming depuis le début du confinement avec une centaine d’autres personnes. C’était magique. Pendant deux heures j’ai cru être dans un pub en compagnie d’amis à écouter Marc Atkinson chanter. Merci Marc, à mardi prochain, j’apporte les chocolats.

J + 15 : Mardi 31 mars 2020 – des décisions s’imposent 

La situation ne pouvait plus durer. 

Hier j’ai pris la tondeuse pour alléger ma perruque. Le résultat est hasardeux.

Toutes mes analyses sont négatives, je n’ai ni la chaude pisse, ni une infection généralisée, bref je vais bien, sauf que je tousse, que j’ai la zigounette en feu et les yeux qui piquent. Il y a bien des médicaments qui pourraient me soulager mais ils sont prohibés en ces temps de COVID-19. Encore une chance que je puisse prendre mes petites pilules de Zomig car une nouvelle crise sonnait à la porte ce matin. Le médecin m’a proposé de m’arrêter quinze jours ou d’aller bosser, au choix. Vous auriez fait quoi à ma place ? J’ai choisi d’aller bosser. C’est le monde à l’envers. 

Nous n’avions plus de lait dans le frigo, plus de fromage, plus d’oeufs, plus de ketchup, plus de beurre, plus miel, plus de rien en fait. Une expédition punitive en combinaison NBC s’imposait au supermarché. Après deux heures de queue, ma femme revient avec deux litres de lait frais pour quatre et une semaine, douze mini portions de beurre doux et pas d’emmental. Elle a pris les derniers oeufs qui n’étaient pas cassés et dû faire l’impasse sur de nombreux produits que nous consommons habituellement. Il devient urgent de préparer des semis pour le potager. Nous allons également voler une vache dans un prés, des lapins dans un élevage, quelques poules à la ferme voisine, planter des pommes de terres, semer du blé et du maïs. A la guerre comme à la guerre.

Ce soir, j’assisterai au second concert streaming du confinement avec Marc Atkinson à la guitare et chant et sa compagne Tammi derrière la caméra. Comme quoi cette crise a du bon: je n’ai jamais eu l’occasion de voir Marc chanter en live.

J + 14 : Lundi 30 mars 2020 – seul sur Mars

Nous venons de passer deux semaines confinés et nous signons pour deux nouvelles semaines au minimum. Pour aller sur Mars comptez plusieurs mois enfermés dans une boite de conserve avec des parois épaisses comme du papier aluminium. Tout compte fait nous sommes bien au chaud à la maison.

S’il a neigé cette nuit, c’était de la neige carbonique au sommet d’Olympus Moons. Car il n’en reste aucune trace au sol ce matin. Par contre la tempête de sable bat son plein.

Pour la première fois, je renonce à me déplacer jusqu’au travail. Je tousse beaucoup et ma femme a un rhume, ça sent le sapin. Vous imaginez la catastrophe si une épidémie de ce genre se produisait en milieu confiné, genre dans une base martienne ?

Mon flux d’actualité ne parle plus que du COVID-19, d’appareils photos et de comparatifs d’équipements audio. Cela fait un petit moment que je n’ai pas lu d’article sur l’exploration de la planète rouge, et ça me manque. J’ai toujours été un martien de coeur. Je vais aller faire un tour sur Futura-Science pour voyager un peu.

J’ai une furieuse envie de barre chocolatée au caramel, mais sur l’attestation de déplacement dérogatoire il n’y a pas de case pour « aller acheter un mars », alors je me fais violence.

Dans Animal Crossing, les deux ratons laveurs vendent un télescope cinq-milles clochettes. Hors de prix ! Mais si ça se trouve, avec, je pourrais observer la planète Mars.

Finalement nous n’avons pas regardé Stargate Antlantis hier soir, nous ne nous sommes pas tapé dessus ni n’avons mis en route un troisième enfant. Nous avons jeté notre dévolu sur la série Live On Mars, la version U.S.. Ce n’est pas la meilleure des deux mais les filles sont plus jolies et je peux écouter du Bowie et du Simon & Garfunkel.

Le mois de mars s’achève demain.

J + 13 : Dimanche 29 mars 2020 – la loi des séries

Treize journées de confinement et ça y est, nous n’avons plus de série à regarder. Après Trapped saison une et The Missing saison deux, nous voici à sec. A quoi allons-nous occuper nos soirées ?

Pendant cette période étrange, les couples pris au piège dans quelques mètres carrés se déchirent ou découvrent le Kamasutra. A l’issue de cette crise il y aura beaucoup de divorces et de bébés c’est certain. 

Nous, nous nous supportons bien, forts de trente années de vie commune mais nous ne sommes plus assez souples pour le grand livre du couple épanoui. D’ailleurs il est très surfait entre nous. Que nous reste-il donc ? Le Scrabble ? Sans façon. Vous me lisez assez pour savoir que mon orthographe est catastrophique. Et j’ai toujours, toujours détesté ce jeu. Les livres, oui, mais ma chérie s’endort le soir en cinq minutes avec un livre, donc mauvais plan. Netflix ? Ça ne marche pas sur notre box et regarder une série sur un écran de Mac, bof quoi, nous on a un vidéo projecteur. 

Il nous reste bien quelques séries à la maison, mais ce sont celles que nous avons vu de nombreuses fois. Allons-nous replonger dans l’intégrale de Stargate Atlantis ? Ce n’est pas impossible…

Sinon il pleut et demain matin il devrait même neiger. Alors adieu le jardin et vive le monde virtuel. Tom Nook m’a demandé de meubler trois maisons, de bâtir un pont, de lui construire une boutique et d’installer une clôture autour de mon cottage. Je n’ai jamais autant bricolé de ma vie ! Pour ce faire je coupe du bois, je secoue les troncs d’arbres, je tape sur les rochers et je creuse la terre sans cesse. Trois piqûres d’abeilles, deux syncopes et le soir, en me promenant enfin, une morsure d’araignée. C’est la loi des séries…

J + 12 : Samedi 28 mars 2020 – en analyse

Vautré sur le canapé je parle à mon chat : « to be or not to be, this is the question », « Miaou ! », « c’est bien ce que je pensais… ».

En douze jours de confinement je n’avais jamais roulé autant: quatre-vingt kilomètres en une matinée, deux aller-retour au laboratoire d’analyses. Prise de sang, analyse d’urine, cotons tiges dans la zigounette, je saurai peut-être bientôt ce qui ne va pas chez moi et là je ne parle pas de ma tête.

Vous avez déjà essayé de vous enfoncer un coton tige dans la zigounette ? Les filles, ne répondez pas, ce n’est pas du jeu ! Ben finalement c’est moins terrible que ça n’en a l’air lorsque l’on a connu une semaine de sonde urinaire… De là à le réaliser pour le plaisir, il y a un monde.

Le temps est magnifique alors je jardine un peu. Au programme désherbage. Ça passe les nerfs. Ça m’a permis de discuter avec ma délicieuse voisine célibataire qui prend le soleil sur un relax. Elle vient de perdre l’odorat et le goût après trois jours de fièvre modérée. COVID-19 vous croyez ? Ça calme.

Et oui, je tousse, moins qu’hier cependant, j’ai les yeux qui piquent et je ne vous raconte même pas dans quel état est la zigounette. Et vous ça va ?

J + 11 : Vendredi 27 mars 2020 – la vague arrive

Debout sur le ponton à l’ouest de l’île, je contemple l’océan. Les vagues s’écrasent sur les rochers en écume blanche. 

Mais de quelle vague parle notre premier ministre ? Du tsunami de connerie qui déferle sur la toile ou de l’épidémie de COVID-19 ? 

Le soleil brille généreusement et le vent est tombé, ce serait une après-midi idéale pour aller au jardin histoire de changer d’air. Mais non, je tousse encore.

Les gens s’appellent, tchattent, des barbes naissantes, des personnes sans maquillage, seules chez elles apparaissent sur les écrans de smartphones. Combien d’heures passons-nous devant nos écrans pour travailler, discuter, s’informer, se distraire ? Bien plus qu’auparavant c’est certain. Si l’Internet saute, ce sera l’émeute ! Moi je m’abstiens de cette orgie de contacts digitaux car parler me fait tousser.

Des concerts en streaming s’organisent pour mon plus grand bonheur, un écran, un casque, une bière et je suis paré pour un live report. La majorité sont en acoustique et c’est tant mieux, quand je m’agite, je tousse.

Je tousse de plus en plus en fait, mes yeux grattouillent et ça picouille à un endroit que je garde secret. Je suis bon pour aller au laboratoire faire des analyses parce que le médecin se pose quelques questions : «Vous ne seriez pas susceptible d’avoir attrapé une MST ?». Bheuuu ? Je me disais bien qu’à force d’écouter n’importe quoi j’allais finir par chopper quelque chose, une AOR, une ACDC, une RPWL, mais une MST, sérieusement…

Mais essayez d’obtenir un rendez-vous pour des analyses lorsque vous êtes en pleine épidémie et que vous toussez. Je vais devoir rouler plus de vingt kilomètres afin d’effectuer trois analyses dans un laboratoire équipé pour éviter toute contamination. Dépistage vous avez dit ?

Bon pas de panique, à priori je vais bien à part une potentielle MST et cette saloperie de toux. Allez bisous ! Heu non, oubliez… On ne sait jamais.

J + 10 : Jeudi 26 mars 2020 – plan de bataille 

L’hôpital de campagne vient d’être installé près de Mulhouse. Mes boulangères portent des masques et des gants. Nos centres régionaux sont fermés et notre immeuble de Strasbourg ne renfermera plus qu’un seul agent à partir de lundi. Les croquettes du chat sont perdues entre Paris et la maison. Mes sourcils deviennent trop longs et me gênent pour lire, il y a un un bug dans le jeu Animal Crossing et je n’ai presque plus de photos à publier. L’heure est grave. Un plan de bataille s’impose : télécharger la mise à jour d’Animal Crossing et me couper les cheveux.

Mais tout d’abord mission masques : nous avions mille masques inutiles au travail vu que plus personne n’y travaille plus et l’idée d’en faire quelque chose me turlupinait. Un ami m’a donné un contact, une personne centralisant les dons, j’ai demandé le feu vert de ma direction et les masques sont partis vers les services médicaux de la région Grand-Est cette après-midi. Pour une fois, j’ai eu l’impression faire quelque chose d’utile et surtout, ça m’a donné l’occasion d’une ballade dans ma nouvelle voiture avec la bénédiction de la police.

J + 9 : Mercredi 25 mars 2020 – c’est vraiment la guerre

Hier soir j’ai assisté à un embouteillage devant le Drive d’Auchan, je comprends mieux mes problèmes de validation de commande maintenant. Nous allons devoir faire à l’ancienne, gel pour le caddie, masque, quarantaine des produits, cela devient compliqué de se nourrir.

Mon créneau pour gérer le webzine ne dure plus qu’une heure le matin, de sept à huit, avant que le petit mec en prépa bouffe toute la bande passante. Reste le soir, après dix-huit heures, pour récupérer les promos nombreuses et les partager avec l’équipe et poster ce billet. N’attendez donc pas de miracle jusque début mai. 

Car ça y est, nous sommes enfermés à quatre pour plus d’un mois avec, par chance, un peu d’espace pour ne pas se marcher sur les pieds et un jardin lorsque l’on étouffe dedans. N’empêche, que même ainsi, ça ne va pas être évident, alors pour ceux qui vivent en appartement, je n’ose imaginer. Ma femme se planque dans la buanderie pour jouer du piano numérique, bat des records de sommeil, mon aîné attend le soir pour faire du gaming, j’écoute la musique au casque ou sur mon iPhone, nous nous partageons les créneaux horaires de la salle de bain, nous grattons le chat chacun notre tour, toute une organisation de temps de guerre.

J’ai créé un groupe Facebook pour partager de la musique en ces temps de crise. Devin Townsend, Ray Wilson, Steve Hackett et d’autres nous offrent leur musique chaque jour via YouTube. Vous en connaissez d’autres ? Je trouve leur démarche admirable, il faut soutenir nos artistes pendant cette période, ils nous réchauffent le coeur et sont privés de travail et de revenu avec le confinement.

Il faut s’occuper pendant ces longues journées. Aujourd’hui j’ai commencé et terminé la chronique d’un album de metal, joué à Animal Crossing, trié des promotions, préparé des actualités, classé des clichés, courru chercher du pain, lancé une lessive, rangés les courses, fait un peu de ménage et là soudain, je me suis demandé comment photographier le confinement ? Par la fenêtre ? J’ai déjà essayé, mais mes voisins n’aiment pas trop. Alors je me suis souvenu que j’habitais dans une très vieille demeure. Je suis monté au grenier et j’ai tenté de jouer avec les lumières, les poutres et les perspectives. Le résultat se révèle très salissant.

J + 8 : Mardi 24 mars 2020 – pénurie

La tempête d’hier a épuisé mes dernières forces, je n’ai même pas le courage de jardiner. Je n’arrive pas me concentrer sur le tome trois de The Expanse, ce sera pour ce soir, afin d’aider mes paupières à se fermer. Je vais terminer ma chronique en route depuis trop longtemps. Ce sera la chronique de la pandémie. 

Au travail nous venons de recevoir mille masques mais interdiction de les distribuer… alors à quoi servent-ils ? Peut-être les gardons-nous pour la prochaine épidémie ? Nous ferions mieux de les donner aux hôpitaux qui en ont urgemment besoin. 
Le facteur ne passe plus au travail depuis lundi, le centre de tri n’a plus un seul agent de valide, l’épidémie fait rage à la Poste, alors je fais le facteur à leur place. 
Le formulaire employeur pour aller bosser a encore changé, comme si notre direction n’avait d’autre chat à fouetter que de remplir, imprimer et signer cinquante documents pour ses employés. 

Il faut que je trouve le moyen de valider ma commande sur le Drive Auchan, sinon nous serons obligés de faire les courses à l’ancienne avec la file d’attente à l’entrée, les rayons vides et les caissières derrière des bâches plastique. J’ai préparé ma commande mais lorsque je la valide, aucune date n’est disponible, gênant, mais le pire, c’est que lorsque je reviens une heure après, plusieurs articles ne sont plus disponibles dans ma liste et que je me retrouve une fois encore, sans date possible pour faire mes achats. La galère…

Pendant ce temps, des personnes meurent autour de nous et nos petits soucis semblent alors terriblement dérisoires.

Animal Crossing va sauver cette journée déprime, j’ai une perche pour sauter par-dessus les rivières, mon terrain de jeu s’en retrouve magiquement agrandi. Je dispose d’une petite maison au toit rouge, de plein de clochettes à la banque et d’un bien joli chapeau. Je pêche, coupe du bois, cherche des fossiles, ramasse des pommes, arrache les mauvaises herbes, m’installe sur la plage et contemple les vagues qui se brisent sur les rochers. Et là j’oublie quelques minutes la misère ambiante.

J + 7 : Lundi 23 mars – migraine explosive

Des fois les triptans n’agissent pas, ne me demandez pas pourquoi. A huit heures la crise à pris forme. A dix heures du matin je me traînais du lit jusqu’aux toilettes vomir mes tripes. A trois heures du matin, la douleur devenait supportable. A sept heures j’étais au travail et pesais deux kilos de moins. Le stress y est sans doute pour quelque chose.

J + 6 : Dimanche 22 mars – c’est la guerre, des étoiles…

Le soleil est de retour mais ça caille. Paradoxalement nous entrons dans la période la plus froide de l’année alors que l’hiver est terminé. “Y a plus de saison mon bon monsieur”. La faute à cette brutale décroissance, nous consommons moins d’énergie, nous relâchons moins de CO2. Encore un mois de confinement et nous vivrons une petite ère glaciaire. A part le temps capricieux, la vie ressemble à Un jour sans fin et je me demande que faire pour briser ce cercle infernal. Sauf que si tout se répète, le nombre de malades augmente comme le nombre de victimes. J’ai lu quelque part que l’on dénombrait 12 000 morts de part le monde. Combien seront-ils demain ?
Hier soir Manuel Schmid et Marek Arnold (Seven Steps) donnaient un concert sur YouTube, rien d’extraordinaire, mais je salue l’initiative. Un moyen pour les artistes de récolter un peu d’argent avec les dons, de se faire connaître et d’offrir de la musique aux personnes bloquées chez elles. Ray Wilson continue également ses enregistrements quotidiens, ils sont mon rayon de soleil de la soirée.
Alors que faire aujourd’hui ? Courir tout nu dans la rue ? Tapisser la cuisine ? Cuisiner un plat exotique ? Nettoyer les vitres du premier étage ? Jouer à Animal Crossing ? Emmerder le chat jusqu’à qu’il me griffe ? Faire pareil avec ma femme ? Jouer au ping pong dans la cuisine ? Courir comme un fou jusqu’au fond du jardin pour battre un record du 50 m potager ? Prendre des nouvelles de mes proches ? Vous vous faites quoi ?
Je pensais pour ma part lire et regarder des tutos sur Internet : comment soulager une douleur dentaire, comment programmer avec Foundation, comment couper ses cheveux, comment soigner une balanite mais finalement j’ai joué à X-Wing avec mon grand, cela faisait des mois que nous n’avions pas sorti les figurines de la vitrine.

Je me suis fait explosé à deux reprises. Demain La Revanche des Siths.

J + 5 : Samedi 21 mars – petite forme

Le printemps c’était hier. Aujourd’hui il pleut. Pour les promenades, il faut maintenant rester dans un rayon de deux kilomètres du domicile, ça va limiter les choix d’autant que les parcs, les gravières, le canal, la forêt sont interdits d’accès. Il reste encore les trottoirs me direz-vous mais ils sont couverts de merdes de chiens. Je vais faire comme lors de mes cinq mois d’arrêt maladie en 2016, j’effectuerai des aller retour au fond du jardin, cent mètres en légère pente ! A l’époque cela le semblait le bout du monde mais aujourd’hui, à ce rythme là, je risque de prendre un kilo ou deux si le confinement dure jusque fin mai. Mince ! Vous pensiez vraiment que le premier avril ce serait fini ? Mais non enfin, c’était ça le poisson…

Nous en avons profité pour laver les vitres du rez-de-chaussée, c’est fou toute la lumière qui rentre maintenant dans la maison mais il faut vraiment s’emmerder pour se lancer dans une telle activité.

Pour me promener j’ai mon île. Je dors sous la tente au bord de l’eau, cueille des pommes, pêche des poissons, collectionne les papillons et bricole avec Tom. J’ai deux voisins sympas et qui n’ont pas de chien ni de sono dans leur voiture. La vie serait parfaite s’il ne fallait recharger les accus de la console toutes les deux heures…

COVID-19 ou pas, je n’échappe pas à l’épidémie hebdomadaire migraineuse. Pour me consoler j’écoute My Arrival et Arrival en boucle, oui je fais dans les noms de groupes super originaux ce week-end désolé.

Vu que le temps ne manque pas, je me plonge dans la documentation de la version 6.6.x de la librairie CSS Foundation, du HTML responsive, histoire d’étudier une éventuelle modernisation du look du webzine. Bref rien d’autre à faire et je ne travaille pas avant mardi…

J + 4 : Vendredi 20 mars 2020 – sauvés

Nous sommes sauvés, c’est le printemps. Enfin c’est qu’avait dit Trump non ? Printemps ou pas, hier ma femme a réussi à se procurer du PQ, du sucre et du savon. Nous sommes sauvés ! En plus aujourd’hui Animal Crossing sort sur la Switch alors tout va bien. On raconte même que le Plaquenil, un antipaludique, pourrait nous guérir du virus, que demande le peuple ? Il fait beau, même très beau, le réchauffement climatique est là et si nous ne mourrons pas du COVID-19, le dérèglement planétaire aura notre peau. Ne nous mentons pas, je tousse de plus en plus, alors j’ai décidé de sauver mon âme… Oui bon, pas trop tôt me direz-vous. Sauf que je cherche une bonne boutique pour ça. Il y a beaucoup d’officines et autant de charlatans. Alors que choisir ? La revue aurait du écrire un comparatif des religions pour que l’on s’y retrouve. Je suis de culture catho, mais ma mère a viré bouddhiste avant de rejoindre une église évangélique et mon frère est Sikh. Pas facile de se décider du coup. Il y a bien le satanisme, une valeur sure quelque soit le dieu, des filles nues, du chauffage central gratuit, quelques châtiments corporels pour faire du sport sans promener son chien et pas de bonne conduite à avoir Allez, je prends le satanisme. 

J + 3 : Jeudi 19 mars 2020 – décision (in)

Retour au travail à sept heures du matin. Les rues sont désertes et le bâtiment ne contient que deux personnes. Internet est très lent, même au travail. Dommage car PornHub serait gratuit aux dernières nouvelles. J’attends assis dans le bureau depuis mon arrivée ce matin de savoir si je reste en poste ou pas, en attendant, et bien j’attends. J’avais bien fait de laisser à manger dans le frigo du travail mardi, dommage que je n’ai pas songé au dessert. Un collègue consigné chez lui, passe dans les couloirs, à croire qu’il n’a rien compris au concept de confinement… Un autre, arrêté depuis vendredi, repasse chez le médecin aujourd’hui, ça n’annonce rien de bon. Mon épouse télé-travaille de la maison sans téléphone ni ordinateur, autant vous dire qu’elle joue beaucoup du piano et du violoncelle. Pour qu’elle puisse utiliser le Mac ou la station Linux il faudrait installer un antivirus dessus. Sérieusement, un antivirus sur Mac ou Linux ? Pour que faire ? Que je sache le COVID-19 ne touche pas encore les intelligences artificielles, si ? Et puis vu que notre petit dernier occupe toute la bande passante pour suivre ses cours de huit à dix-huit heures, comment dire… Ça laisse peu de place pour le télé-travail. Les artistes sur la toile, proposent en streaming des concerts improvisés avec une guitare et un micro. Eux aussi sont confinés et ils nous offrent du réconfort à leur manière. Les tourneurs devraient essayer les concerts en streaming avec quelques groupes, je suis certain que ça aurait du succès. En attendant il me reste quelques DVDs des précédentes conventions de Marillion à visionner. Sinon il va falloir se procurer du PQ, des yaourts, des pâtes, de l’emmental et du savon d’urgence pour survivre à la maison faute de quoi ce sera vite le drame, surtout pour le PQ. Peut-être en trouve-ton au marché noir ? Mon voisin, à découvert depuis deux jours le plaisir du Karcher, il nettoie tout, autant dire que si la rue est calme, le jardin devient un enfer. Il faut vraiment que je commande un fusil de chasse chez Manufrance.

https://youtu.be/HX6K2G6A9vM

J + 2 : Mercredi 18 mars 2020 – premières privations

Un soleil radieux inonde le jardin, la rue est déserte et la bande passante aux abonnés absents. Mon petit dernier suit ses cours en streaming, je télécharge des promotions, ma femme regarde Youtube, l’aîné joue en ligne. Priorité à la prépa véto, tout le monde sauf le petit dernier se déconnecte, il va falloir lire, jardiner, roupiller, s’occuper. Par chance j’ai terminé à temps les publications du webzine et mes courses en ligne. Je n’ai pas envie de faire la queue au rayon PQ et pâtes. Bon ok, il n’y a plus de PQ ni de pates sur le site, on fera sans, par chance il restait des bonbons Haribos. Mon rendez-vous au centre anti douleur, programmé depuis cinq mois, est reporté aux calendes grecques, mais ça je peux le comprendre et puis au point où j’en suis. Je vais également être privé de travail comme beaucoup, juste placé en astreinte au cas où. Dommage, au boulot il y a une bonne bande passante… Par contre nous ne sommes pas privés de voisins, damned, ils sont tous dans leur jardin et n’ont rien de mieux à faire que discuter. J’ai peur d’avoir chopé une insolation en parlant au soleil avec eux. Si je vais chez le médecin pour ça, clairement je vais me faire allumer. Alors je suis rentré me mettre à l’ombre, pour écouter l’album de ma prochaine chronique, un groupe marseillais pour changer, Tense Of Fools. Et pour finir avec les privations, l’état d’urgence sanitaire devrait nous priver de bien des libertés. On n’en saura bientôt plus. Chic !

J + 1 : Mardi 17 mars 2020 – des gants médicaux sur les mains

Retour au travail. Nous sommes cinq dans un bâtiment prévu pour recevoir une centaine de personnes. Plusieurs agents sont consignés chez eux sous Doliprane. Grippe, gros rhume, COVID-19, allez savoir… Il faut assurer la permanence au cas où. Muni de désinfectant, je parcoure les bureaux pour nettoyer les poignées de portes, les robinets, avant de retourner dans mon bureau et attendre la fin de la journée. J’ai bien fait d’emmener mon bouquin… Demain, si je bosse, je prendrai aussi ma Switch. Je rencontre la première survivante au COVID-19. Bien envie d’échanger un peu de salive avec elle juste au cas où cela renforcerait mes défenses immunitaires, mais bon, elle n’est pas vraiment appétissante, alors je m’abstiens. Il n’y a personne à la direction pour me dire si je peux ou dois travailler demain et surtout, vu que passé midi, je n’ai plus de droit de circuler sans un papier de mon employeur, j’ai un problème… “Allo Houston ?”. Encore plus gênant, les restaurants sont tous fermés, je vais manger quoi ce midi moi ? J’ai bien ma carte Up Déjeuner fraîchement rechargée mais bon, j’aime pas trop croquer du plastique à midi. Ce seront donc des pâtes réchauffée au micro-ondes. J’ai imprimé des attestations de déplacement dérogatoire pour aller chercher du pain, des yaourts, des fruits et me rendre au travail sauf que pour le travail, mon employeur a zappé le fait qu’il devait fournir un papier lui aussi, le justificatif permanent. On verra tout ça jeudi, demain c’est confinement dans le jardin et dans le salon, car je viens de recevoir, sans doute mes derniers arrivages de CDs pour quelque temps, Cosmograf et Arrival.

J : Lundi 16 mars 2020 – dubitatif

Youpi ! Le weekend est terminé et j’ai le droit à un jour bonus à la maison. Il fait beau, j’en profite pour tondre la pelouse, semer quelques graines, jouer à Luigi’s Mansion 3, développer quelques photographie, avancer dans le tome 3 de The Expanse et regarder une nouvelle série TV, la dernière qui nous reste car les médiathèques ont fermé leurs portes samedi. Le papa toulousain récupère son petit et malgré une nuit de travail et dix heures de route, repart illico presto dans l’autre sens avec son italien, craignant que le confinement ne soit confirmé le soir. L’actualité lui donnera raison. Mes voisins font des provisions en vue de la fin du monde, pâtes, PQ, sucre en quantité invraisemblable. L’hystérie gagne du terrain. A vingt heures, notre président nous annonce la nouvelle : “C’est la Guerre !”. Comme je m’y attendais, après la fermeture des frontières allemandes, la France se met enfin au confinement. Je tousse, en réalité cela fait presque trois semaines que je tousse, un peu, quand je bouge, mais je n’ai pas de fièvre, même si j’ai la sensation d’avoir chaud à la tête. Bronchite psychosomatique ? COVID-19 peu actif ? Serais-je le patient zéro du travail ?

J-1 : Dimanche 15 mars 2020 – excellent moral

Le printemps est magnifique même si nous sommes toujours en hiver. Avec mon épouse, nous profitons du soleil dans les Vosges comme toute la population de l’Alsace encore en état de rouler. Les parkings du mon Saint-Odile sont bondés. Tout le monde descend chercher l’eau de la fontaine magique pour se purifier, nous on va juste se promener et par hasard nous découvrons, dans un vallon, une magnifique chapelle. De retour à la maison, j’apprends d’un ami toulousain, que les frontières germaniques ferment demain à huit heures. Son fils étudie le commerce à Karlsruhe, de l’autre côté du Rhin. Le temps qu’il arrive, on ne pourra plus passer. Alors je prends ma nouvelle voiture toute belle, passe la frontière, les contrôles sanitaires et fonce chercher le petit Alessandro dans son appartement d’étudiant. Faut dire, avec un prénom pareil, il joue avec le feu le garçon.

Ys

Connaissez-vous la légende de la cité d’Ys, cette ville qui aurait été engloutie à l’époque où la Bretagne fut christianisée ? Certains rapprochent cette légende d’un autre mythe, celui de l’Atlantide. 

Mais mon propos n’est pas là. Il y a peu je suis tombé sur cette bande dessinée de Annaïg et Loïc Sécheresse, bretons de leur état, qui revisitaient un conte dont j’ai lu moultes versions. Le roi Gradlon converti au christianisme après la perte de sa femme, bâtit pour sa fille payenne une cité au bord de l’océan, protégée des assauts de la mer par d’immenses digues. Une ville dans laquelle sa fille rebelle pourrait être libre, s’exprimer, vivre, sans scandaliser le clergé de plus en plus puissant dans le royaume. Mais un homme (un prêtre, le diable selon les versions du conte) séduisit la jeune femme et une nuit lui déroba la clef des portes qui s’ouvrent sur l’océan, noyant la cité sous l’eau, un soir de tempête. 

Dans le récit se mêlent les légendes des villes englouties et le passage de la religion celtique au christianisme vers le cinquième siècle après notre ère. La BD, avec son graphisme presque enfantin raconte cette ancienne légende, sans coller à la tradition, modernisant le propos. Il est question de fanatisme religieux, de liberté de la femme, de démocratie participative ainsi que d’amour libre et de pouvoir.

Les dessins et couleurs esquissent à peine les personnages, traits noirs et couleurs délavées qui donnent un style très particulier à la BD. On aime ou pas, mais au moins, c’est original.

Une des choses qui m’a fait plaisir dans cette BD, outre ce mythe revisité, c’est d’y découvrir la préface signée Gilles Servat, un chanteur écrivain breton que j’apprécie tout particulièrement.

Si vous ne connaissez pas la légende de la ville d’Ys essayez cette BD ou sinon vous pouvez revisiter ce récit fantastique avec le regard plus moderne des deux artistes.

La Citée Saturne

Image

“Eh ! Qu’est-ce que vous fai….”

“Tchic, vlam, sfhuu, tchac, zuiin, ftssh, fzzzuiiii, fssh, bam, boum, paom, pam pampam, glang, pschiiii, paom, braom,kshhh, clic, tchac, tzzzzz, zip, tzzz, tzzt,tzut, papapam, pampampam, papapam, paom, clong, fsshhhuuuu, paom, bom, brrrrrr, brrm, tsham, bloaam, bam bam bam, pan, braom, boum, fschu, bzuuu, slash, fshh, haaaaaaaaaa, fush, skriish, pampampam paom, tshrac, iiicrr, critch critch, bram, fshhhhhhhhhhhhhh, bam tcrich, bam, fush, criiicriiicriii pam, grrr, pwouf fssh fssh, grrrr, han, bom, clang, pschii, fshh, zioum, cling clang, gmii, …, clac clac, badam”.

“J’ai réceptionné la livraison de Killy, je rentre.”

Je viens de vous résumer quarante-deux pages du tome 1 du manga BLAME! que mon fils m’a offert pour Noël.

A la base je suis plutôt littéraire, préférant les livres aux bandes dessinées, alors les mangas… j’en ai lu très peu. Mais mon aîné voulait faire l’éducation de son vieux père, alors sous le sapin, il a glissé trois mangas parlant de science-fiction. Les cases en noir et blanc, le format de poche, la lecture à l’envers et un dessin, le plus souvent peu travaillé, font que je me suis peu intéressé à cette forme de bande dessinée venue du Japon, d’autant que je ne suis pas un fétichiste de petites culottes d’écolières.

Excepté Planètes que je possède en édition grand format ainsi qu’en DVD, je n’avais donc pas de mangas à la maison et me voila maintenant avec trois séries à découvrir : La Citée Saturne, Blame! et Gunnm.

J’ai commencé par Gunnm, l’histoire d’un justicier qui bricole une androïde qui devient à son tour une justicière : baston, baston, baston, bof… J’ai poursuivi avec Blame! et si les graphismes sont assez travaillés, les dialogues eux sont, comment dire, pauvres comme en témoigne le début de cet article. Puis j’ai ouvert La Citée Saturne, le récit d’un enfant qui devient laveur de carreaux sur une citée anneau autour de la Terre. Et là, malgré ou grâce un graphisme on ne peu plus simple, j’ai adoré, allez comprendre.

Le premier tome, le seul que j’ai lu pour l’instant, se découpe en petits récits qui font la grande histoire. L’enfant reprend le métier de son père, laver les parois extérieures de la station annulaire pour que la lumière naturelle inonde les lieux de vie. Chacun de ces récits, pleins de poésie, dépeint des aspects de la vie quotidienne dans la Cité Saturne, des personnages, des sentiments et progresse dans l’histoire de ce père disparu alors qu’il travaillait en scaphandre à nettoyer la paroi donnant vers la planète bleue.

Ce manga rejoint ce qui m’avait séduit dans Planètes, un réalisme science-fictionnesque, l’évocation d’un sous métier pourtant indispensable (éboueur de l’espace, laveur de vites), l’humanité des personnages et la poésie de la narration. A découvrir, même si vous n’aimez pas les mangas.

L’Escadre Frêle

Image

C’est avec le premier tome de la bande dessinée La Horde du Contrevent que je suis rentré dans l’univers de Alain Damasio. Une magnifique BD qui m’a donné envie de lire le pavé de l’auteur corse. 

Une lecture assurément difficile mais envoûtante. Alors quand le tome deux de Eric Henninot est paru, j’ai voulu vérifier si les bulles et les images auraient toujours le même pouvoir évocateur que les mots.

L’Escadre Frêle débute après la mort de Pietro et peu avant la rencontre avec les Fréoles. Un récit qui nous conduit jusque la Flaque de Lapsane, cette une immense étendue d’eau et marais, que la horde s’apprête à traverser malgré l’échec des toutes les précédentes.

L’heure est aux doutes pour la horde : trahison, épuisement, choix de route, ce tome est moins dans l’action et le vent que le premier ce qui nous laisse le temps pour apprendre à mieux connaître le monde, le passé trouble de Golgoth et des membres de la horde.

Si le récit en cases prend quelques raccourcis avec les phrases d’Alain Damasio, c’est pour mieux mettre en images ce chapitre plus lent du roman. Je n’aurais pas mieux imaginé le vaisseau fréole, à la fois fleur et machine et la double page représentant le centre de la Flaque Lapsane est tout simplement sublime. Parfois cependant, certains visages trop vites esquissés auraient pu être plus soignés, comme dans le premier tome.

Ce tome est riche en dialogues et voyage peu, l’opposé du premier et j’avoue avoir hâte de retrouver Golgoth, Erg et les autres pataugeant dans l’eau face au vent en train d’affronter les chrones. Une très belle bande dessinée qui rend accessible un roman qui pourrait rebuter les personnes qui lisent peu.

Bon à rien

Image

Dilettante, je m’intéresse à tout et je ne vais au bout de rien. Chroniqueur de rock progressif, je suis un non spécialiste du genre faisant l’impasse sur les discographies de nombreux groupes phares du genre. Photographe amateur, je possède un très bon matériel et pourtant mes clichés restent passe-partout dans le meilleur des cas. Blogueur, j’inonde la toile de ma prose auto-satisfaite remplie de fautes d’orthographe et lue par dix personnes au monde. 

Je suis un touriste, un rigolo même pas drôle qui survole sans jamais approfondir. Astronomie, informatique, musique, photographie, bricolage, littérature, jardinage, science-fiction, je dilapide mon temps et mon argent sans jamais aller au bout du sujet. Lorsque les difficultés surviennent, je passe à autre chose ou je trouve un raccourci pour ne pas m’infliger la honte d’un échec.

Ne serait-il pas plus intelligent de consacrer toute cette énergie débordante à une seule passion, d’aller au fond du sujet, de tenter d’être vraiment pointu dans un domaine ? 

Le problème c’est que des tas de domaines attirent mon attention, j’aimerais tout faire, tout essayer, tout connaître, enfin, presque tout. Au lieu de cela je possède un vernis Reader Digest, des résumés sur tout et surtout sur rien, un vernis facile à gratter sous lequel il n’y à rien. 

Vous me direz, de nombreuses personnes ne s’intéressent à rien, une vie sans passion, juste le foot, les gosses et le boulot. Mais sont-ils moins heureux pour autant ? Recherchent-ils cette reconnaissance futile de ceux qui en savent encore moins et qui sont éblouis par pas grand chose ?

Des fois je me demande à quoi peut bien servir cette fuite en avant dénuée de sens. Échapper au monde réel, au sordide quotidien ? 

Je pense qu’il est temps que je me remette sérieusement en question, que je laisse tomber la photo, le rock, le bricolage, les livres, les séries TV, le jardin, les jeux vidéos, le travail, la musique, les filles et que je me concentre sur une seule activité, l’unique l’ultime, la psychologie, pour aller au fond du sujet une fois pour toute, c’est à dire au fond de moi.

à ma zone

Image

Mon libraire craint de mettre la clef sous la porte, les disquaires ont presque tous disparus des grandes villes et certaines boutiques de jeux vidéos sont en passe de fermer. A la place poussent des enseignes de vapotage et des opticiens.

Avant le règne de Virgin, La Fnac, Cultura, Amazon, Ali Express fleurissaient des magasins spécialisées tenus par des passionnés. Aujourd’hui, dans ces supermarchés physiques ou virtuels de la culture, on trouve de tout ou presque, jeux, BDs, livres, CDs, vinyles, mini chaînes, téléphones, appareils photos, mixeurs, vibromasseurs. Les vendeurs, dans les rayons, même avec la meilleure volonté du monde, sont incapables de vous conseiller utilement, passant d’une grand-mère cherchant un grille pain à un métalleux en quête d’un obscur groupe de doom écossais.

J’ai encore la chance aujourd’hui d’avoir un libraire qui connaît mes goûts et me conseille, me faisant découvrir des merveilles, ma boutique de disques d’occasion avec son vendeur fan de groupes de métal atmosphérique à chanteuses et un magasin qui ne vend que des vinyles juste à côté et qui soutient la scène locale.

Je commande les livres chez mon libraire, après tout, un livre peu bien attendre une semaine. Pour la musique j’essaye d’abord chez mes disquaires mais il faut avouer que souvent je commande directement aux groupes; ce que j’écoute n’est pas franchement mainstream. J’ai aussi mon photographe, mon magasin audio et de bandes dessinées. Ils sont un peu plus chers parfois, mais de bon conseil, alors je ne fais pas comme beaucoup, posant mes questions dans la boutique et achetant ensuite en ligne. Un jour sinon le conseil fermera ses portes faute de clients.

Je n’achète pas sur Amazon, je fais mes courses au petit supermarché du coin, j‘achète mon pain chez le boulanger, je vais à la boucherie, au marché. J’essaye de faire travailler les magasins de proximité, pas les grands groupes esclavagistes. Attitude de riche ? Pas vraiment. L’achat en ligne coûte cher, rien qu’en considérant les frais de ports. Et si de grandes enseignes cassent les prix à la sortie d’un disque, elles se rattrapent largement quelques mois plus tard, car le stock c’est la mort de leur business.

Se balader dans les rues, faire du lèche vitrine, entrer dans une boutique attiré par un nouveau livre et ressortir avec trois autres, après avoir discuté avec un libraire passionné, c’est autrement plus plaisant que d’attendre que le facteur passe devant sa boite aux lettres vous ne trouvez-pas ?

L’influenceur

Image

Je possède un avis sur tout, film, bande dessinée, livre, jeu vidéo, album, exposition, concert, politique, matériel photo, matériel audio, technologie, science. Donnez-moi un mixeur, je vous le chroniqurai. J’ai interviewé les plus grands, j’ai tutoyé les plus célèbres, je suis prêt pour une heure de tête à tête avec Trump. Sur YouTube, Facebook, Twitter, dans mon blog, mon webzine, sur Flickr, je partage mes gribouillages, communique ma passion, donne mon avis, critique, raconte…

Je suis un influenceur, c’est ainsi que l’on nous appelle. Mes écrits, mes vidéos modifient le comportement d’achat de mes followers. Ils veulent être moi, s’habiller comme moi, boire la même boisson que moi, conduire la même voiture que moi.

Un photographe m’immortalise dégustant une bière tout en écoutant le dernier vinyle de pop. Gros plan sur la cannette mousseuse et sur le nom du groupe, mon visage en second plan, celui que tout le monde le connaît, avec ce sourire béat. Shooting dans un jacuzzi remplit de champagne et de jeunes filles dénudées, sur le pont d’une croisière musicale, interviewant la rock star du moment.

Les marques s’arrachent mes espaces publicitaires. Les grands fabricants audio se battent pour que j’écoute la musique sur leur matériel hifi. Je suis le VIP des soirées de rock, les tourneurs déroulent le tapis rouge, me couvrent de cadeaux. Les plus belles chanteuses rêvent de partager, ne serait-ce qu’une nuit, mon lit à baldaquin. JC, mon JC, Oui , Oui, Ouiiiiiiii !

Nut ! Nut ! Nut ! Le réveil sonne, il est six heures, je dois me lever pour aller bosser. Aujourd’hui il faut changer les pneus de la flotte de Clio, commander du PQ, préparer la grande salle pour une réunion et briefer la femme de ménage sur l’utilisation de la serpillière. A 17h, s’il me reste un peu d’énergie, j’écouterai les fichiers mp3 reçus et transcrirai l’interview téléphonique d’un obscur groupe de prog en buvant un verre d’eau du robinet. Je regarderai une vielle série télé puis me battrait pour un peu de couette avec ma femme dans ma vieille maison qui tremble au passage des bus.

Je suis un influenceur, j’ai une chaîne YouTube que personne ne consulte, une page Facebook désertée, un blog confidentiel, un webzine avec moins de cinq cent pages vues par jour et un Flickr rempli de photos moches. Je suis un influenceur qui n’influence personne, n’intéresse aucun annonceur, ne vend aucun alcool, vêtement et cela me va très bien. Pour le jacuzzi, j’ai une baignoire. Et pour les bulles, devinez…

La panne

Image

Depuis quelque temps c’est la panne.

Mon épouse me dit que ce n’est pas grave, que c’est du au stress de mon nouveau travail, que ça va passer, à croire qu’elle s’en réjouit, car la lumière s’éteint plus tôt le soir, oui c’est une marmotte.

J’ai essayé Cinquante nuances de gray, mais hélas, c’est un navet qui ne me fait aucun effet. Druna peut-être ?

Pourtant je devrais être émoustillé, j’ai tout ce dont j’ai besoin : une bonne histoire, du dépaysement, un style irréprochable et de la matière à réflexion. Cependant, après une ou deux pages du Géant Enfoui, je somnole et ferme le livre.

Alors en désespoir de cause, après les tribulations de Lanfeust, je me suis lancé dans la relecture d’Orbital, cette fabuleuse série, qui raconte les aventures de deux diplomates intergalactiques à la Valerian. Un scénario fouillé, un très beau graphisme, des personnages attachants, la série est vraiment excellente. 

Mais, j’aimerais bien revenir vers un livre. J’en ai assez de cette panne de lecture. Le problème c’est que les auteurs de SF ne me font plus rêver comme avant, je n’ai pas retrouvé de Franck Herbert, Dan Simons ou Iain Banks depuis bien longtemps, Eschbach n’a pas écrit de merveille depuis des mois. Je n’ai plus la force de lire des trucs intelligents le soir et je n’ai pas découvert de nouveau Lackberg ou Larsen.

Il faut que je pose, loin d’internet, à la montagne, avec rien d’autre à faire que me promener, lire, m’ennuyer. C’est si bon de s’ennuyer. Là je retrouverai le plaisir de la lecture, au calme, loin des chroniques, des news, des interviews, des concerts, des sorties.

Non à la dématérialisation

Image

L’heure est à la dématérialisation. Même dans la fonction publique. Mais là, ce sont les agents que l’on passe au broyeur. Le papier lui, il reste, conservé précieusement dans dans des cartons dans des sous-sol humides et poussiéreux pour qu’il pourrisse lentement. Mais auparavant, nous les numérisons, car allez retrouver la note 35B de la DSO dans les lugubres rayonnages de nos archives secrètes, éclairées par des néons qui clignotent de manière sporadique.

La musique a été dématérialisée à perte, copiée, dénaturée mais la tendance aujourd’hui est de revenir à la gravure. Le livre perd ses feuilles à l’automne du patriarche, se télécharge et tue à petit feu les librairies de quartier. Les bandes dessinées suivent elles aussi cette impitoyable éradication pixélisée. A quand la famille 32 bits ?

Mais la plus grande perte, lors de cette déferlante digitale, ce fut celle des billets de concerts. Aujourd’hui un QR code vous ouvre les portes des salles, à moins que ce ne soit un petit canard tamponné sur le poignet. Les billets de concert, je les conservais comme un fétichiste collectionne les petites culottes, soigneusement rangés dans un tiroir, souvenir de grands moments passés avec Peter Gabriel, Pink Floyd, Sting ou Fish (je parle bien des billets, pas des petites culottes). Des bouts de carton colorés, où figuraient la date, le lieu, l’artiste, l’artwork de la tournée, des objets de collection, aujourd’hui quasis introuvables.

Numérisez les décisions administratives si vous le voulez (je travaillerai d’autant plus vite), compressez la musique à souhait (je ne l’écouterai pas), transformez les livres en octets si cela vous chante (je ne les lirai pas), mais rendez-nous nos billets de concerts par pitié !

Vous verrez, un jour, ils finiront même par digitaliser les sous-vêtements féminins si on les laisse faire…