La peste et le choléra

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Pourquoi ne pas emprunter à JPL le titre de ce billet ? Il convient parfaitement à la situation.

Les écoles ferment, les tournées de concerts s’annulent les unes après les autres, les restaurants baissent leur rideau de fer, les services publiques fonctionnent au ralenti, les frontières hermétiques sont rétablies, l’épidémie est bien là.

Ai-je peur ? Non. Je ne me suis pas rué dans les supermarchés pour remplir les placards et le congélateur, au pire je mangerais d’abord le chien des voisins, ensuite mon chat puis les enfants. Suis-je parti loin de la civilisation pour échapper au virus et à l’angoisse générale ? Non plus. J’aime bien ma maison, elle contient plein de livres, de BDs, de CDs et de DVDs pour passer le temps. Et puis il faut que j’aille quand même travailler.

Chez nous les agents sont invités à rester à la maison en télétravail, autant dire que le bâtiment est désert. Pour ma part, je fais une rotation avec un collègue pour assurer le fonctionnement du centre, un jour sur deux à arpenter les couloirs déserts et à vérifier que tout fonctionne correctement.

Hier soir, je suis allé à Karlsruhe en catastrophe récupérer le fils d’un ami qui fait ses études là bas. Les frontières fermaient à 8h00 se matin, pour combien de temps, quinze jours, un mois, deux mois, trois mois ? Sa famille habite Toulouse. Le temps de faire la route pour venir le chercher, le filtrage au poste frontière aurait déjà été mis en place. La folie !

Toutes ces mesures, je les comprends et je les approuve. Il faut endiguer l’épidémie, faire en sorte que les hôpitaux puissent accueillir les patients les plus atteints sans avoir à choisir entre deux malades, faute de place.

Ce qui me turlupine par contre, c’est pourquoi si tard ? Pourquoi ne pas avoir réagi tout de suite, lorsque l’épidémie était à notre porte ? Peut-être que si des mesures radicales avaient été prises tout de suite, nous n’en serions pas là aujourd’hui. Car en Espagne et en Italie, les autorités vont plus loin encore, imposant une quarantaine quasi totale à la population. A quand notre tour ?

La peste et le choléra. La santé et l’économie. Car l’économie s’effondre, inévitablement. Ce stupide système boursier qui vacille au moindre mouvement de panique de la populace est en pleine déroute. Entre le cours du baril qui plonge et les actions des entreprises qui s’effondrent, nous nous approchons à grand pas de la crise de 29. Le chômage va exploser, les PME mettront la clef sous la porte, les fonctionnaires ne seront plus payés, l’état sera en faillite ?

Nous sommes en plein scénario post-apocalyptique. Les rues se vident, les gens se battent pour un paquet de pâtes, les médiathèques sont fermées nous laissant à court de séries TV et de livres. Des personnes louches rôdent sur les trottoirs, toussant dans leur manche, le facteur ne passe plus garnir la boîte aux lettres de disques, les chanteurs éternuent pendant leurs interviews, les promeneurs s’observent à distance et le soleil brille sur la campagne. 

On dirait que la nature se fait une joie de cette épidémie, le taux de CO2 baisse dans l’atmosphère, le prédateur bipède se fait très rare, le chant des oiseaux n’est plus couvert par le bruit des automobiles, les boeufs ne finissent plus entre deux tranches de pain de mie et de ketchup, le printemps arrive, Gaia est en fête.

Bon, puisque je ne peux pas bosser, que le soleil brille, je vais aller m’occuper du jardin, au calme, tondre la pelouse, semer des graines, nettoyer les allées et jouer avec le chat. Portez vous bien, sortez couverts.

J’aurais dû m’en douter

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Mais quelle idée ai-je eu de poster la vidéo de Steven Wilson sur un groupe Facebook parlant de Prog ? Un mec s’est aussitôt énervé, avant même d’avoir eu le temps d’écouter les neuf minutes jusqu’au bout.

Pour tout vous dire, je ne grimpe pas au rideau moi non plus en écoutant le morceau ‘Personal Shopper’, d’ailleurs je suis loin de vouer un culte à cet artiste. Mais il lui faut reconnaître tout de même un certain génie tout de même, déjà, il vend des disques, lui.

Alors j’ai répondu au gars qu’il fallait cesser d’être prog intégriste, que pour moi Wilson était un génie. Et là c’est parti en coquille comme d’habitude.

Pourquoi les artistes qui réussissent, surtout dans le microcosme qu’est le rock progressif, seraient-ils forcément des escrocs, des plagieurs, des profiteurs, des vendus, des mecs sans inspiration, juste capable de faire du business.

Je suis content lorsque à un concert, la salle est pleine, les musiciens sont bons, les éclairages spectaculaires, le son de qualité et l’âge moyen du public inférieur à cinquante ans.

J’en ai un peu mare des sous-sols crasseux où traînent une cinquantaine d’incontinents septuagénaires nostalgiques qui espèrent entendre à nouveau du Magma, du Yes ou du Genesis des années soixante-dix. Ces vieux grincheux ont été jeunes, s’en souviennent-ils ? La musque est vivante, elle évolue, même dans le rock progressif trop longtemps sclérosé.

Si vous voulez jouer du canterbury écouté par deux-cent personnes, grand bien vous fasse, faites vous plaisir et laissez ceux qui désirent vivre de leur musique essayer de toucher un plus large auditoire. On dirait que dans le rock progressif, gagner sa vie en jouant de la musique, est presque devenu quelque chose de vulgaire.

Dans le monde du rock progressif, existe ce pseudo élitisme musical épouvantable qui bannit le 4/4 de la partition, exige des pistes de plus de dix minutes, des changements de tempo toutes les quatre secondes et des musiciens sortis du conservatoire. Mais qui écoute ça aujourd’hui ?

Le plus drôle dans l’histoire, c’est que en postant cette vidéo sur Facebook, mon post a fait un buzz, plein de personnes l’ont regardée, ont posté leurs états d’âme en commentaires, et par conséquent fait un grosse pub au prochain album de Steven Wilson. Alors merci à eux de soutenir, à leur manière, la création musicale.

Vert

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Si j’étais cohérent avec moi-même je voterais Vert aux municipales.

C’est vrai quoi, notre commune est de plus en plus bétonnée, les pistes cyclables sont des suicides avenues, la géothermie non contrôlée risque de provoquer des minis tremblements de terre et l’équipe en place fait élever des tours là où poussait il y a peu du maïs.

Sauf que, sauf que… Le numéro deux sur la liste électorale verte, je le connais bien. Il habite à deux kilomètres du travail et s’y rend dans sa voiture à essence, repart le midi pour manger et revient l’après-midi pour la sieste. Il se gare au plus près pour ne pas avoir à marcher. Il laisse les fenêtres de son bureau ouvertes toute la nuit lorsqu’il fait zéro dehors, il n’éteint pas les lumières, vapote dans les bureaux en dépit de l’interdiction, n’en branle pas une de la journée et figure dans le top ten des pires encadrants de l’histoire de notre maison. D’ailleurs il fait aujourd’hui partie des cas sociaux, des incasables, des placardisés, des « tiens je te le file, démerde toi avec ».

Ecolo lui ? Mon cul…
Vert ? Plus tellement non plus…

Chez lui c’est juste une posture, une manière d’affirmer son mépris de l’ordre établi, son anarchisme militant individualiste.

Il est bien regrettable que de nobles causes soient défendues par des fumistes.

Il vous dira, en “fin” politique qu’il est, que son bilan carbone est excellent car il ne prend pas l’avion, ou le moins souvent possible.

Oui c’est vrai, il ne part pas aux Maldives se bronzer les fesses et évite habilement les réunions à notre maison mère pour cause de grammes de CO². Malin l’animal.

Mais moi non plus, je ne prends pas l’avion, je ne roule pas en voiture pour deux kilomètres, je chauffe le moins possible fenêtres fermées, je mange bio local, je cultive bio, je réfléchis à mes emballages, je composte, je trie, j’utilise des produits ménagers rustiques et je n’ai pourtant pas ma carte des Verts.

Alors pour ces élections je ne voterai pas vert, à cause d’une personne. Les autres sont peut-être de bonnes personnes qui sait, mais si sa liste lui ressemble, ces Verts là ne feront assurément rien de bien à notre ville.

Du coup j’ai le choix entre l’ancien bétonneur endetté et un écolo/sécuritaire avec des projets à la noix. Ça ne va pas être simple de choisir.

Je suis vert…

Le chant des sirènes

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Avez-vous remarqué que les métalleux graisseux dégarnis qui ne se voient plus pisser, boudinés dans leurs blousons noirs, recouverts de tatouages antéchrists, bardés de têtes de morts, de crucifix inversés et de trucs dans les narines, fondent à chaque fois pour la même chose ? les chanteuses de metal…

Marjana, Marcela, Anneke, Tarja, Kate, Annette, Sharon et toutes les autres peuvent chanter deux notes et les gros sont au bord des larmes. Je vous l’accorde, certaines de ces filles possèdent une jolie voix, et il arrive même qu’elles soient en plus plaisantes à regarder, mais quand même !

Les métalleux sont des durs ou des tafioles ? Faudrait savoir ! Mireille Mathieu pousserait la même chansonnette, je suis certain qu’ils lui balanceraient un pack de cro sur sa coupe au bol.

Les minettes elles s’exitent plutôt pour un Bruel ou un Georges Michael, allant jusqu’à jeter leur culotte sur la scène. Si Carlos avait repris ‘Faith’, je pense qu’il aurait reçu des gaines XXL pendant sa tournée. Enfin bon.

Et si en réalité nos hormones commandaient nos affinités musicales ? Qu’en pensez-vous ? Imaginez le drame, la musique ne serait que question de libido. Genres, styles, époques, technicité, harmonies, tout ça ne serait qu’un enfumage pour cacher l’affreuse vérité. Nous ne serions que des organes reproducteurs et nos sens seraient gouvernés non pas pas le cerveau mais notre cortex reptilien. Il suffirait d’une voix aiguë et de quelques rondeurs pour que nous tombions sous le charme d’une chanson.

Moi je suis chroniqueur, je suis donc plus fort que tout cela évidement, je ne me ferai jamais piéger par le chant des sirènes. Mon analyse est toujours lucide, objective, faites-moi confiance. Si tous les albums de Stream of Passion, de The Gathering, de Within Tempation sont fabuleux, cela n’a aucun lien avec le charme fou de leurs chanteuses, ce n’est que du talent.

Parce si je poussais le raisonnement développé plus haut jusqu’au bout, je fantasmerais sur Damian Wilson et Marc Atkinson, et sans être homophobe, cela me mettrait mal à l’aise quand même.

Burn-out

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L’expression est à la mode et la maladie réelle. Elle touche de plus en plus les fonctionnaires qui subissent des restructurations, des changements de poste, d’organisation, de lieu de travail. 

Chaque jour je le constate un peu plus, untel autrefois dynamique devient ronchon, ne croit plus en rien, un autre se plaint en permanence du manque de moyens, de l’état de son bureau, une autre pleure en cachette, une autre râle en permanence contre notre direction et le nombre d’arrêts maladie explosent.

Réduction d’effectifs, coupure drastique dans les budgets, révision des missions, incertitudes quant à l’avenir, angoisse au sujet des retraites, poste placard, la fonction publique souffre et elle n’est pas la seule.

Un de mes collègues vient de faire un burn-out, plus d’un mois d’arrêt et il revient tel un zombie, trainant son mal de vivre de bureaux en bureaux. 

Je l’ai connu, jeune et intelligent faute d’être beau et dynamique. Il écoutait du rock progressif comme moi, bidouillait sous Linux comme moi, programmait comme moi (mais lui en C++, moi c’était le Java, le Php, le Phyton, le Ruby, le C#, Delphi…). Il était plutôt sympa. Il fumait et buvait beaucoup de café, pas moi, mais personne n’est parfait, d’ailleurs on le retrouvait souvent près d’une cafetière ou d’un cendrier, rarement devant son ordinateur, en fait tout le contraire de moi. 

Dès que je l’ai croisé la première fois, j’ai compris qu’il n’était pas un bourreau de travail et que la remise en question n’était pas son fort (il programme toujours en C++, c’est dire).

Un jour sa femme la quitté, sans doute parce qu’à la maison il se reposait trop de ses journées laborieuses, et cela lui a brisé le coeur au sens figuré comme au sens propre. Il a ralenti le tabac un temps, pas vraiment le café mais les bêta bloquants ont plombé son dynamisme déjà au point mort. On le retrouvait assis près de la perfusion de caféine ou allongé dans ses mégots. A cette époque, il se plaignait beaucoup d’un grand manque de reconnaissance dans son absence de travail. C’est terrible ce besoin de reconnaissance chez nous, surtout chez ceux qui ne font rien.

Alors il a passé un concours, une fois, deux fois, et à la troisième il obtint le droit de devenir chef, chef de centre, enfin la reconnaissance de ses qualités ! Comme quoi n’importe quel bon feignant peut devenir chef. Il obtint le grade, le salaire, les primes, une grande terrasse pour fumer et une machine à café près de son fauteuil. Le luxe !

Mais le titre de chef va avec les responsabilités, passer le concours ne suffit pas. Hélas quand un dossier atterrissait sur son bureau, il allait à la rencontre de ses collègues pour se plaindre, « tu sais, ce n’est pas à moi de traiter ça », « ce serait bien plus simple que tu t’en occupe, tu connais le dossier, moi je ne suis qu’un intermédiaire », « c’est vraiment débile ce qu’ils demandent là, on perd notre temps avec ces trucs », « je n’ai pas le temps, je suis débordé »…

Certains agacés, le mirent face à ses responsabilités, « c’est ton centre, c’est à toi de gérer le problème », « on peut te donner un coup de main, mais on ne peut pas tout faire à ta place », « tu fais vraiment chier là, bosses un peu ». Petit à petit de bureaux en cafés et poses cigarettes, d’erreurs en retards, de manque de caféine en manque de nicotine, il fit ce fameux burn-out, non pas parce qu’il était submergé de travail, mais simplement parce qu’il n’avait jamais réellement travaillé depuis le début de sa carrière et que chaque nouvelle tâche devenait insurmontable. D’ailleurs, lorsque mes collègues apprirent la nouvelle, ils en rirent beaucoup ce qui est très mal avouons-le.

Étrangement, je ne partage pas ce mal être. J’ai beau avoir été dégradé de développeur courtisé à concierge d’immeuble, je me sens bien dans mes baskets et fais mon travail avec enthousiasme faute de passion. Mais je l’avoue, je suis un hyperactif et tout travail me semble infiniment mieux que buller pendant la journée. Je suis sans doute un grand malade.

Par contre j’ai vécu un véritable bore-out lorsque j’ai du quitter mon poste d’informaticien et devenir climatologue. Alors que pendant des années je carburais à la caféine en patchs sans quitter mon fauteuil pour livrer en temps et en heure des kilomètres de code dans des technologies amusantes, je me suis brutalement retrouvé devant une boite mail vide, à regarder par la fenêtre, à espérer que le téléphone sonne, que le travail arrive enfin, à prolonger les pauses avec les collègues pour tuer le temps, à noyer mon ennui sur Facebook et Twitter, à écouter du rock progressif sur mon téléphone.

La moralité de tout ça, c’est que nous ne sommes clairement pas égaux face à la souffrance, certains s’effondrent lorsqu’on leur demande le minimum syndical, d’autres s’effondrent lorsqu’ils ne sont plus occupé à deux-cent pour-cent. Allez trouver une logique à tout cela. Je crois qu’il n’y en a pas.

Le chien

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Nous vivons dans une maison de fou.

Au rez-de-chaussée, lorsque le piano ne résonne pas, la Hi-Fi prend la relève et si ce n’est pas la Hi-Fi, c’est le home cinéma. La machine à laver le linge, même en plein essorage, peine à couvrir le vacarme.

A l’étage la mini chaîne rivalise de puissance avec le piano numérique et le violoncelle.

Pour contrer ces nuisances sonores, notre fils aîné met un casque sur ses oreilles pour discuter avec ses amis. Ses éclats de rires et hurlements lorsqu’il joue en ligne couvrent parfois les notes du violoncelle.

Le petit dernier, qui n’aime pas la musique, son frère et ses parents, lorsqu’il n’en peut plus de cet enfer sonore, se défoule sur son sac de frappe, faisant vibrer les poutres de la vénérable habitation.

A droite vous entendez le zonzon des cordes frottées, à gauche la rythmique de la boxe et au milieu des hurlements de ténor.

Pour répondre à cela, le chat miaule d’une pièce à l’autre, grattant les portes si besoin est, afin de trouver un peu de réconfort dans une chambre calme et chaude.

Car en bas la chaîne passe du death metal au psychédélique en quelques secondes, se stabilisant une minute sur du krautrock et repartant de plus belle sur du punk.

La machine essore à mille-deux-cent tours minutes et se déplace en vibrant dans l’entrée. La cocotte minute siffle toute sa vapeur accumulée dans la cuisine, le bus de 19h fait trembler les poutres de la maison avant que les cloches du temple ne se mettent à carillonner et que le chien des voisins ne se lance soudain dans une série de hurlements démoniaques.

Alors furieux du dérangement, j’ouvre la fenêtre, le heavy rock jaillit hors de la maison comme une explosion de haine et je hurle au roquet de la fermer.

C’est vrai quoi, j’ai besoin de calme pour chroniquer.

Midas

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Je ne vais pas vous parler de mythologie grecque ou de pot d’échappement mais du score Midas qui permet d’évaluer le handicap lié aux céphalées.

Il y a quelques mois, j’ai installé l’application MigraineBuddy sur mon téléphone pour suivre de manière plus rigoureuse mes crises de migraines. En effet, dans un mois, j’ai rendez-vous au centre anti-douleur pour ma première consultation. Cinq mois d’attente…

L’outil permet de noter les crises, les symptômes, leur durée, les médicaments pris, le type de douleur, les produits qui soulagent etc, etc… 

Il synthétise ensuite les résultats et vous donne un bon aperçu de votre souffrance au quotidien. C’est également un lieu d’échange avec d’autres malades qui partagent leurs expériences.

Dans l’application vous trouvez des informations sur les dernières avancées de la recherche, un message « bravo vous n’avez pas eu de migraine depuis trois jours… », et des statistiques dont le fameux score Midas.

Je n’y avais jamais prêté attention jusqu’à il y a quelques jours et une fois que j’ai vu le mien, j’ai voulu savoir ce qu’il signifiait et s’il avait une quelconque valeur. Car voyez-vous, mon score Midas est « handicap sévère », la valeur la plus élevée. Chic !

Le score se base sur le nombre de jours pendant lesquels vous avez manqué le travail, vous avez eu une activité réduite, vous avez renoncé aux relations sociales, sorties etc.

Sur 175 jours de mesurés, j’ai été en incapacité totale 5 jours (dans le lit dans le noir à vomir mes tripes en me tapant la tête contre le mur) et 22 jours en incapacité partielle (zombie le temps que les médocs agissent et comateux le reste de la journée, avec les effets secondaires des médicaments le lendemain). Bref un jour sur sept la tête dans le sac.

Handicap sévère ça fait lourd à assumer surtout quand sortis de vos proches, peu de gens en ont conscience.

J’ai de la “chance”, le plus souvent les crises se produisent le week-end. Quand elles arrivent au travail, je ferme mon bureau, clos les stores et pose la tête sur le clavier en priant pour qu’une collègue trop parfumée ou un fumeur n’entrent pas dans bureau pour me demander quelque chose. Sinon pizza garantie. Je n’ai eu des crises que deux ou trois fois lors de déplacements en voiture, inutile de vous expliquer que le retour fut compliqué à chaque fois, très compliqué. 

Mes collègues m’ont dit plus d’une fois d’aller chez le médecin. Ben déjà il faut réussir à y aller, et rester dans une salle d’attente bondée pendant deux heures avec la nausée, la tête prête à exploser, la lumière qui vous transperce les yeux, les odeurs des autres malades qui vous soulèvent l’estomac et l’envie irrépressible de frapper le bonhomme qui discute sur son portable tant le bruit vous insupporte, tout cela pour mendier un jour d’arrêt maladie non remboursé (le fameux jour de carence vous savez). Les jours catastrophes, je rentre à la maison, raccompagné par un collègue un peu effrayé.

Handicap sévère ? Il n’exagèrent pas un peu là ? Hormis une crise par semaine, une pré-crise et une post-crise, il me reste quatre jours pour profiter de la vie lorsque je n’en fais pas deux attaques par semaine. Ils dramatisent un peu quand même…

MigraineBuddy est une application quasi indispensable pour les migraineux comme moi. Elle permet de tenir un journal de ses crises qui sera utile aux médecins lors des consultations. Avant je tenais un journal imprécis de mes migraines, avec uniquement le suivi des dates et les degrés de douleurs.

L’application nourrit évidemment les laboratoires pharmaceutiques en informations sur les malades atteints de cette pathologie et j’ai sans doute accepté de livrer mon cerveau à des chercheurs lorsque j’ai coché les conditions générales d’utilisation. Mais au point où j’en suis, comme dans Le Sens de la Vie, ils peuvent venir le chercher de mon vivant ce cerveau. J’en fais don.

Il lui manque cependant une fonction essentielle à MigraineBuddy : celle de comptabiliser le nombre de billets de blog rédigés en phases pré et post migraineuses. Là, en deux jours de crises, j’ai pondu quatre billets. Y aurait-il un lien de cause à effet ? 

Je vais arrêter le blog pour voir si il y a un rapport comme j’ai arrêté le gluten, le sucre, la caféine, le sexe, l’alcool, le chocolat, les bombons, les triptans, la drogue, le lait, les matières grasses, le sport sur des conseils avisés de personnes voulant trouver une cause à mon handicap sévère.

La poussette électrique

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Au commencement Dieu créa le rasoir électrique Philips car l’homme devait chaque jour couper sa barbe avec une lame et de la mousse alors qu’il aurait pu la sectionner avec une machine vibrante. Dieu vit que l’homme était rasé de près et s’en réjouit. 

Dieu récompensa la femme le deuxième jour avec un couteau électrique Moulinex pour la fête des mères. EDF se réjouit du pic de consommation d’énergie pour découper la brioche et le gigot du dimanche midi. 

Le troisième jour, Dieu créa le vélo électrique car il avait fait croitre des montagnes sur la Terre et que Poulidor finissait toujours deuxième.

Le quatrième jour, pour ne léser personne, Dieu offrit aux enfants les trottinettes électriques et remplit enfin les belles salles d’attente des urgences. 

Le cinquième jour, Dieu creusa la Terre pour y puiser les dernières gouttes de pétrole afin que les voitures puissent encore rouler. Dieu offrit également le vibromasseur électrique à l’épouse délaissée par son époux qui roulait dans son bolide. 

Le sixième jour, en panne sèche, Dieu convertit tous les constructeurs automobiles au moteur électrique et le monde fut beau et propre. 

Le septième jour, assis près de Fukushima, les pied dans l’eau radioactive, Dieu s’ennuyait. Il vit passer une petite fille malade traînant une poussette cassée dans laquelle dormait une jolie poupée calcinée. Dieu réalisa alors que le monde était imparfait. Alors pour parachever son oeuvre, Dieu conçu la poussette électrique pour que les mamans ne peinent plus en promenant leurs enfants leucémiques dans les forêts de Tchernobyl. 

Et le monde fut enfin parfait.

Court circuit

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Les hypermarchés seraient en plein déclin nous dit-on. Face à la nouvelle concurrence des enseignes bio et des supérettes de proximité, les grandes enseignes ne résisteraient pas.

Il faut avouer que prendre sa voiture pour quelques kilomètres le samedi, la garer sur un parking bondé, chercher un caddie qui roule droit et parcourir d’énormes rayonnages pour trouver du beurre demi-sel, cela peut gâcher un week-end ensoleillé. D’autant que dans ces temples de la consommation, les clients se comportent comme des abrutis, bloquant les allées, fonçant dans les autres personnes, tournant en rond, le téléphone à l’oreille et tentant de vous gratter pour passer plus vite à la caisse.

La scannette permet d’échapper aux caisses, supprimant au passage des emplois mais honnêtement, la méthode me gave car il faut penser à effectuer le travail de l’employé chômeur à chaque article. Ma femme adore.

Existe-t-il des solutions alternatives aux temples de la consommation ?

Oui bien entendu. Les drives par exemple, vous êtes toujours obligé de prendre la voiture mais la commande se fait sur Internet au préalable. Moins de bousculade mais au final pas de vrai gain de temps. Il faut patienter dans le froid que l’employé esclave livre les sacs et souvent, même si votre liste de course standard a été enregistrée sur le portail, les produits n’étant pas toujours disponibles, vous perdez pas mal de temps à trouver un de substitution. La méthode manque de diversité et vous finissez par manger toujours la même chose. De plus, les grandes enseignes ne proposent qu’une petite sélection de produits dans leur catalogue. J’ai testé plusieurs drives, je ne suis pas convaincu même si parfois cela dépanne.

ll y a également la livraison à domicile, basée sur le même principe, des courses commandées sur Internet et une livraison à la porte. C’est généralement un peu plus cher, pas vraiment plus écolo et cela possède les mêmes inconvénients que le drive en terme de choix de produits.

Sinon, vous pouvez faire vos courses près de chez vous : le pain chez le boulanger, la viande chez le boucher, les fruits et légumes au marché et le reste dans les supérettes de proximité.

J’ai de la chance, dans ma rue, nous trouvons aujourd’hui trois de ces épiceries ‘fines’ qui servent également de point relais coli et dealer local. Elles sont ouvertes tôt le matin jusque tard le soir et même les week-ends ainsi que jours fériés. Je peux, panier à la main, aller faire mes courses à pied tous les jours. Que demande le peuple ?

Des courses de vin, bières, sodas, chips, biscuits et herbe afghane. Nous avons des épiceries mais nous ne trouvons rien à manger dedans et pour aggraver leur cas, elles se fournissent dans les hypers où je peux aller moi aussi faire mes courses pour moins cher évidemment.

En Italie, au Portugal, en Espagne et dans les grandes villes françaises, ces petites boutiques exiguës proposent de tout, viande, fromage, conserves, pain, fruits et légumes à deux pas de chez vous à des prix raisonnables, mais chez moi, on ne trouve que des chips et de la bière venues d’un supermarché voisin.

Alors où faire mes courses ? Je me rends dans un petit supermarché, pas trop loin de chez moi mais pas assez près pour me passer de la voiture, un magasin où le choix est très limité, où les dates de péremption sont à surveiller de très près mais où je boucle mes achats hebdomadaires en moins de trois quarts d’heure chrono. La quête des produits locaux et bio relève de l’aventure niveau dix pour un paladin, un magicien et deux guerriers, mais dans l’ensemble l’impact carbone n’est pas si important que ça. Il y a les quasi inévitables emballages bien entendu, le transport, mais ça pourrait être pire. Je pourrais prendre mon vélo avec un remorque accrochée à l’arrière pour faire ces courses, mais je ne vois pas où je garerais mon attelage et étant donné la configuration des pistes cyclables pour y aller, je préfère la voiture.


Gamin j’allais chercher le lait et les œufs à la ferme. Au marché le samedi, nous achetions les légumes, le pain au village et pour le reste, c’était l’épicier qui nous livrait. Nous consommions très peu de produits préparés mais ma mère était femme au foyer. Aujourd’hui nous n’avons (prenons) plus le temps de cuisiner. Nous sommes trop pris par les vidéos de chatons sur Youtube, explosant doublement notre bilan carbone.

Les Parasites

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Je vais aujourd’hui vous parler d’un parasite assez commun sur les réseaux sociaux et qui a tendance à me taper sur les nerfs.

Lorsque vous tenez un blog, un magazine, une page Facebook, un compte Twitter, vous postez du contenu et attendez des réactions de vos lecteurs. Tout cela est dans l’ordre naturel des choses. Des commentaires du genre “moi j’ai adoré”, “merci pour la découverte”, “ce groupe est génial”, “Pas du tout d’accord, vous n’avez rien compris à cette musique”… C’est ça le web 2.0, cette interactivité avec le lecteur qui permet des échanges parfois passionnants.

Mais il existe un autre type de commentaire que je ne supporte pas : les commentaires parasites. Leurs auteurs sont le plus souvent des confrères qui écrivent pour d’autres médias et qui envahissent l’espace de discussion avec des commentaires du genre : “nous allons bientôt en parler sur ziczic.com”, “ziczic.com sera à leur concert”, “voici notre chronique sur ziczic”.

Que cherchent ces aliens à peine sortis de l’œuf ?

  1. Veulent-ils partager leur enthousiasme avec vous ?
  2. Cherchent-ils à apporter leur pierre à l’édifice ?
  3. Ne peuvent-ils s’empêcher de la ramener à chaque fois ?
  4. Veulent-il s’offrir un peu de publicité gratuite ?

Comprenons-nous bien, il m’arrive souvent de commenter les chroniques de confrères, mais en mon nom, sans coller le lien de ma chronique si elle existe, car je fais clairement partie de la troisième catégorie… et j’en suis navré.

Par contre, je n’utilise pas la page de quelqu’un d’autre comme panneau publicitaire et ce pour de nombreuses raisons :

  • Je trouve cela très impoli
  • Je ne fais pas (plus) la course à l’audimat
  • Parce que je suis assez prétentieux pour imaginer que les gens iront chez nous s’ils veulent savoir ce que nous pensons de tel ou tel album (je sais c’est très prétentieux)

Systématiquement, lorsqu’un de ces parasites tente de noyauter nos publications, je supprime son commentaire. J’ai bien essayé d’éduquer ces personnes en leur envoyant un message “pas subliminal du tout”, mais à chaque fois, c’est comme si l’information se perdait dans les méandres d’Internet. Je ne reçois pas de réponse. Plutôt que de me lancer dans la rédaction d’un commentaire désagréable probablement suivi d’une série d’échanges pénibles, je choisis la lâcheté, à savoir la censure.

Ceci dit, je pourrais peut-être vendre un espace publicitaire dans les commentaires Facebook de notre page, cela gonflerait nos revenus.

Par chance, à côté des parasites, il existe une autre catégorie de personnes, des gens de bien, qui au lieu de noyauter les publications des autres, citent leur confrères à chaque fois qu’ils le peuvent, donnant leurs sources, ne pratiquant pas de plagiat et ne cherchant pas à ramener la couverture sur eux en permanence.

Ceux-là je les saluent, mais ils sont trop rares hélas.