La météorite de Noël

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La presse annonçait la catastrophe dès début octobre. Mais bien entendu personne n’y croyait. Pensez donc, une météorite d’un kilomètre de diamètre qui choisirait justement Noël pour nous percuter, quelle bonne blague. Et puis des bolides frôlant la Terre, la NASA en détecte tellement souvent que le sujet intéresse encore moins que des migrants retrouvés noyés sur nos côtes.

Pourtant le vingt-cinq décembre, à trois heures U.T.C., l’immense caillou en forme de vaisseau spatial pénétra notre atmosphère, se brisant en cinq blocs gigantesques que les frottements ne parvinrent pas à désintégrer totalement.

A trois heures quinze, les météorites percutèrent la croûte terrestre en plusieurs points du globe. Mais contrairement aux scénarios des blockbusters américains, seule l’Europe fut touchée, d’abord la Suisse, puis le Luxembourg, Andorre, la principauté de Monaco puis le Liechtentheim. 

Des explosions comme plusieurs bombes thermonucléaires ébranlèrent la surface, soulevant des tonnes de poussière dans l’atmosphère, rasant tout sur des kilomètres et creusant des cratères plus profonds que celui de l’Arizona.

Miraculeusement, les ondes de chocs ne franchirent pas la frontière française, c’est du moins ce qu’affirma un journaliste enfermé dans bunker à Mururoa.

Honnêtement, vu par le cadre de la fenêtre brisée, seul vestige de ma maison alsacienne soufflée par les explosions conjointes du sud-est et du nord, mon jardin potager faisait grise mine, un peu comme le jour où une société de démolition a malencontreusement effondré le mur de la grange voisine dans notre propriété.

Les immeubles les plus résistants s’étaient écroulés sur leurs habitants, seul le putain de clébard des voisins semblait avoir survécu vu qu’il gueulait comme un damné sous les gravas. Qu’il crève, de tout façon nous allons tous crever me suis-dit alors.

D’ailleurs, comment se faisait-il que je sois encore vivant ? Un coup de chance du destin farceur sans doute. Peu avant trois heures, ma vessie pressée par ma monstrueuse prostate me donnait pour conseil de courir vite aux toilettes du bas, celles du haut étant bouchées suite à une utilisation abusive. Vous savez cette salle de bain qui me demanda tant de mois de labeur. Un abri anti atomique en plaquo-plâtre suspendu conçu par mon génie prévoyant. A la première explosion helvétique, les plaques se détachèrent et le sol se déroba sous mes pieds, me téléportant miraculeusement dans la cave, un étage plus bas. Une cave bâtie avec des poutres millénaires qui en avaient vu d’autres.

Lorsque je repris mes esprits, la poussière grise masquait le soleil et l’horizon étrangement plat. Il faisait nuit en plein jour. L’air irrespirable transportant des odeurs innommables provoquait des quintes de toux.

J’étais seul avec le chien, à crier en toussant au milieu des décombres. Partout un sol gris, un ciel noir, de la poussière et de la fumée pour toute atmosphère.

Mes plus proches voisins avaient dû mourrir rapidement, la construction artisanale de leur bâtisse ne leur laissait guère de chance de survie. Et dire qu’ils m’avaient emmerdé un an durant avec leur chantier barbecue. Les voitures ne stationnaient plus sur le trottoir et les bus ne klaxonnaient plus dans la rue. Tout était calme à part ce putain de roquet infatigable.

Le jour avait dû de lever quelque part derrière ce linceul gris. Malgré le silence – le chien venait de se taire – le jour débutait sous d’étranges auspices. Pas de café, pas de douche, impossible de retourner me coucher sous la couette et plus de médicaments en cas de crise de migraine foudroyante. Pas de céréales, de pain, de beurre demi sel, de jus de fruit. Malgré la désolation autour de moi, je pensais plus à mon petit déjeuner, mon confort, mon café. Des millions de personnes étaient sans doute mortes, peut-être étais-je le seul survivant d’une France épargnée par les explosions et je ne pensais qu’à mon confort, mon estomac.

Et là horreur ! Au milieu des poutres, des briques, des cables, du plâtre, je trouvais l’écran de mon Mac brisé. Plus de Mac ? Comment allais-je poster les dernières actualités du webzine ? Mon iPhone était introuvable mais je tombais sur celui de ma défunte épouse, encore branché à son chargeur. Joie ! je connaissais son code. Pas de réseau ? Pas de wifi ?

Plus de 4G, plus de fibre, plus de téléphone, tout ce que je trouvais fut une vielle radio qui m’appris qu’au moins un fonctionnaire français à Mururoa avait survécu au cataclysme avant que les piles ne rendent l’âme à jamais. Quelle poisse !

Le chien se remit à gueuler dans le silence cotonneux. Finalement, cela faisait du bien d’entendre quelque chose. Je l’appellais de son nom débile. La bête se mit à couiner et le tas de gravas non loin de moi à bouger. Je dégageais des planches et quelques morceaux de placo jusqu’à que le chien émerge des décombres en jappant. J’avais toujours faim mais pas encore assez pour le considérer comme mon prochain repas. J’espère qu’il faisait lui-même le même calcul. On allait être bons copains jusqu’à que le premier d’entre nous craque. Brave toutou, il léchait mes mains couvertes de poussière.

En parlant de main, je crois que c’est justement ça qui dépassait d’un petit amas de tuiles brisées, une main tenant quelque chose de sombre et rectangulaire. A manger ? Tout comme moi, le chien vit la chose et trottina jusque l’intrigant objet. Il le renifla, jappa, couina puis s’en éloigna déçu. Ce n’était que ce qui restait de ma voisine, la partie de son anatomie la plus vive, équipée de son accessoire le plus vital, celui qui lui servait à passer des coups de téléphone dans son jardin. Encore une qui ne ferait plus chier. Mais pas de chance, le smartphone était hors service.

Inspectant les ruines avec le chien, en quête de nourriture et d’eau, je trouvais d’autres morceaux de viande froide appartenant à mes voisins et mes proches éparpillés un peu partout. Mais point de conserve de fruits aux sirops, de bouteille d’eau, ni même de pâté pour chat. Le chien déterra bien un bidon, mais il s’agissait de mon désherbant Monsanto.

J’avais soif, faim, j’étais déjà en manque de caféine et la migraine n’allait pas tarder à exploser. Mais le pire dans tout ça était de ne pas pouvoir publier les articles du jour. D’ailleurs, quel jour étions-nous ? Hier c’était mardi, donc mercredi, ouf pas de chronique à mettre en ligne, par contre j’avais rendez-vous avec une société d’alarmes au travail. Je risquais d’être en retard si je ne me dépêchais pas, sans vélo, il me falait bien une demi-heure en temps normal pour y aller à pied, et vu l’état du quartier…

Au travail il y avait plein de cafetières, trois frigos, la fibre très haut débit, une antenne satellite et même des liaisons spécialisées sécurisés et un groupe électrogène. Si le bâtiment avait tenu, je pourrais boire un café et publier les actualités du webzine.

Difficile de s’orienter dans les ruines de ma ville de poussière. Les rues se confondaient avec les jardins, les carcasses de voitures avec les maisons et les panneaux indicateurs couchés avec les cadavres. Il me fallu une heure, suivi du chien pour atteindre mon but. Le pont enjambant le canal du Rhone au Rhin était encore debout, le Mc Donald plus que ruine et la piste cyclable où j’étais mort plusieurs fois effacée. Plus de jeunes cons adolescents à éviter, plus de voitures à me couper la route mais partout des décombres, des carcasses, des gravats, des cadavres.

Il semblait que ma belle administration soit le dernier bastion debout dans la région, entouré de son exosquelette d’échafaudage. J’allais peut-être pouvoir boire un café, même froid. Mais arrivé au pied de la vénérable bâtisse, je découvris avec horreur que seul l’échafaudage avait résisté à l’onde de choc. Derrière les tubes d’aciers, il ne restait plus qu’un amas de béton, de verre et de métal, pas même un thermos cabossé contenant encore un peu de breuvage noir.

De rage je balançais un coup de pied au chien qui me suivait fidèlement depuis une heure en couinant. La pauvre bestiole décolla et s’empala sur une tige de fer rouillée. Merde ! Maintenant j’étais vraiment tout seul.

C’est alors que j’entendis la voix de Mariuzs dans le silence angoissant. Il chantait un titre de Wasteland. J’étais allongé dans mon canapé vert, un bouquin de Cormac McCarthy posé près de moi. La chaîne jouait du Riverside, j’avais renversé mon café sur le parquet et mon iPhone affichait une actualité sur la Météorite de Noël.

Un bus passa dans la rue en faisant trembler la maison, le chien des voisins se mit à hurler et j’avais un bon mal de crâne comme souvent malgré les triptans. 

Tout était nominal.

Argent trop cher, la vie n’a pas de prix

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Que pensez-vous de la gratuité de net ? Tout sur la toile devrait-il être gratuit ? Les créateurs de contenus méritent-ils d’être rétribués ? 

Tout dépend dudit contenu me direz-vous. Bien entendu. Et c’est là que je me dis, que mes collègues et moi-même devons produire de la merde, de la merde lue tout de même par un millier de personnes chaque semaine. 

Quinze heures de travail hebdomadaires se négocient plus de cinq cents euros par mois au Tarif syndical. Pas de quoi payer le loyer ni remplir les assiettes mais ce serait toujours mieux que rien après tout. 

Mais soyons honnêtes, si nous dégagions ne serait-ce même que cent euros de revenus par mois ce serait un miracle. Car s’il y a bien un bouton donation depuis un an sur le site, celui-ci n’a jamais été utilisé par qui que ce soit à part moi-même pour le tester. J’ai remis la publicité mi mai, et cette magnifique manne nous a rapporté vingt euros jusqu’à présent, juste de quoi payer le nom de domaine pendant une année, mais pas l’hébergement du site. Ceci dit, je ne m’attendais pas à plus.

Alors comment faire pour monétiser le magazine ?

Et si nous rendions accessibles certaines chroniques qu’aux donateurs ? Un petit texte alléchant pour donner envie et pour lire la suite, obliger à passer au tiroir caisse ? 
Elle est pas bonne l’idée ? Je pense que nous n’aurions plus aucun lecteur. Il existe plusieurs autres webzines de qualité qui proposent leur contenu gratuitement, donc naturellement les habitués changeraient de crèmerie non ? Enfin moi, c’est ce que je ferais.

Mais pour quelle raison mendier après tout ? Je n’ai pas encore été viré par mon employeur, je gagne correctement ma vie, alors ? Tout travail mérite salaire dit-on, c’est ça l’idée ? Non pas vraiment. 

Si le webzine dégageait quelques bénéfices il serait possible de financer certaines opérations, hébergement, web design plus sexy par un pro, défraiement pour couvrir certains festivals éloignés, participation à des campagnes de financement au nom du webzine, encouragement de l’équipe de rédaction. Car les gars qui bossent à Neoprog le font pour des prunes, même pas pour un CD, juste du mp3 watermarké, autant dire rien.

Un bouffon m’écrivait un jour que « vous les chroniqueurs, vous recevez pleins de CDs, vous êtes invités à tous les concerts, bla bla bla, bla bla bla ». Ben non, peut-être dix CDs promo par an sur mille en mp3, et disons cinq invitations à des concerts où nous pouvons nous rendre sans traverser l’Europe en voiture. Je l’ai déjà écrit, le webzine me coûte plus de trois-milles euros par an. « Ok man, mais c’est ta passion. », certes, mais ce n’est pas la seule man, loin de là, je ne suis pas mono maniaque… encore que, bon passons.

Mais voila, je me plains je me plains, mais il suffit que j’écrive un brouillon de billet et que je parte en vacances une semaine pour que Neoprog reçoive ses deux premières donations, vingt euros au total, de quoi participer au financement de notre hébergement internet. Alors merci infiniment à Eric et Stéphane pour leurs dons.

Et vous ?

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C’est amusant, j’ai comme l’impression que les médias se répètent sans cesse : “Le mois de juillet le plus chaud”, “Une année record”, “Deux canicules en un mois”, “La planète se réchauffe”, “Les glaciers reculent”, “La banquise a déjà fondu”, “Djakarta sous les eaux”, “Record de pollution”, “Tornade sur le Luxembourg”…

Pendant ce temps Donald veut racheter le Groenland, Michel se moque de Greta et Emmanuel part en vacances.

Soudain certains s’inquiètent de l’empreinte énergétique d’Internet, se lamentent sur les incendies de forêt et s’étonnent de tous ces phénomènes météorologiques violents.

Oui la planète se réchauffe, ce n’est pas faute de l’avoir dit et écrit, et oui c’est de notre faute. Oui les phénomènes extrêmes sont en augmentation et oui nous allons régulièrement battre de nouveaux records de température et manquer d’eau.

Alors dépêchons-nous de visiter le Pole Nord avant qu’il ne fonde, d’installer la climatisation dans nos maisons, de creuser une piscine dans le jardin et de rouler en voiture électrique.

Nous avons encore une chance de calmer l’embolie climatique, mais nous devons nous dépêcher. Si nous ratons le coche, ce ne sera pas un degré de plus, mais deux, trois, quatre peut-être que notre atmosphère gagnera en moyenne d’ici la fin du siècle.

Vous avez une idée des dégâts que cela occasionnera ? Regardez déjà ce qui se passe avec un degré de plus actuellement. Ce sera bien pire.

En attendant que nos hommes politiques cessent de penser à leur réélection, au PIB, aux entreprises du CAC 40 et qu’ils prennent enfin de réelles mesures contre le réchauffement climatique, moi que puis-je faire ?

Même si c’est une goutte dans l’eau, je vais : ne pas installer de climatisation dans la maison, ne pas changer de voiture tant qu’elle roule, ne pas prendre l’avion, baisser le thermostat du chauffage à 17 C, prendre moins de douches quitte à ne pas sentir la rose, acheter local et bio tant qu’à faire, me déplacer le plus souvent possible à vélo, sinon en transports en commun ou à pied, cesser de perdre du temps sur Internet à regarder des vidéos de chatons, ne pas remplacer mon smartphone tant qu’il fonctionne, manger moins de viande, acheter moins d’objets non indispensables, voter écologiste à chaque élection et continuer de poster ce genre de billets pour vous demander : Et vous ? Qu’allez-vous faire ?

La coupure

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J’espère que je vous ai manqué. Et vous, m’avez-vous manqué ? Mais oui vous m’avez manqué.

Quinze jours sans Internet, est-ce possible ? Je vais être honnête, je n’ai pas totalement déconnecté. Une fois par jour je relevais mes deux boites aux lettres et allait sur les réseaux sociaux, j’ai même surfé un peu, mais par nécessité. 

Lorsque vous attendez une commande, un message perso de Kate Bush, que vous voulez connaître les horaires d’ouverture d’un parc, regarder la météo, mettre à jour le code de votre webzine ou consulter une recette de cuisine, comment faire aujourd’hui sans Internet ? 

Oui, je l’avoue j’ai triché.

Le mail c’était pour gérer les urgences et vider peu à peu les sollicitations inutiles. Les réseaux sociaux pour surveiller d’éventuels dérapages et bannir toutes les publicités. Je n’ai pas liké, pas commenté, pas répondu aux messages, pas envoyé de mail, si un seul en fait, pour répondre à Kate, à part ça j’ai communiqué uniquement avec des êtres humains. 

La tentation était pourtant bien là, mais de moins en moins forte au fil des jours. J’ai même arrêté mon rituel trois expressos quotidiens le remplaçant par un thé vert matinal et un expresso digestif. Par contre j’ai continué d’écrire off line sur mon smartphone sans réseau, car je ne peux m’empêcher d’écrire, un roman est en route. J’ai chroniqué également, mais à vitesse réduite. 

Zénitude. N’allez pas croire que ma tête n’a pas explosé pour autant, ça aurait été trop beau, j’ai eu droit à un magnifique feu d’artifice le quatorze juillet, mémorable. A la rentrée rendez-vous au service anti-douleurs pour essayer de trouver un nouveau protocole de survie. 

J’ai écouté du prog mais aussi le dernier Bruce Springsteen, au passage un peu décevant à cause des arrangements, et quelques vieilles galettes en mode nostalgique. Presque que des vinyles car j’avais le temps de me poser dans le salon et déguster. 

J’ai fait quelques photos, animaux, tourisme, astronomie, filles nues, que pour le plaisir. J’ai bricolé, soigné mon potager, construit une maison, lu beaucoup, regardé quelques films, visité ma belle région car même chez sois il est possible de voyager.

Le sevrage internet a eu cependant des conséquences sur mon mental déjà très fragilisé et il se peut que quelques exagérations se soient glissées dans mon propos, sauras-tu les trouver ?

Le programme des vacances

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Pendant quinze jours, je vais couper le cordon ombilical qui me nourrit. Je vais fermer le webzine, fermer le blog, essayer ne de plus aller sur Facebook ni Twitter et ne lire qu’occasionnellement ma boite mail perso. J’appelle cela des vacances, même si quelque part cela ressemble plus à une torture ou bien à un programme de sevrage.

Le problème qui va se poser consistera à occuper tout le temps libre dégagé. Je n’irai plus au travail chaque matin, je ne passerai plus mes soirées et weekend à gérer le magazine, en d’autres mots je vais libérer une centaine d’heures dans mon emploi du temps. Effrayant !

Je vais continuer d’écouter de la musique, sans doute plus pour le plaisir que pour le travail, je vais lire quelques bouquins dont je vous parlerai après, regarder une série TV ou deux, peut-être même retourner au cinéma (il y a un film sur Tolkien), faire quelques photographies, me promener s’il ne fait pas trop chaud (comprenez par chaud plus de 25°C), nettoyer mon jardinet qui ressemble déjà à la savane, jouer sur la Switch à quelques jeux débiles, mais est-ce que cela suffira à combler toutes ses heures libres ?

Je pourrai partir en vacances, visiter une belle région, goûter aux spécialités locales, plonger dans l’océan ou escalader l’Everest mais ce n’est pas au programme cette année. On verra plus tard, cette année, c’est compliqué. Alors je vais peut-être faire des sauts de puces, aller voir mes amis, visiter quelques belles villes proches de chez nous, faire enfin un peu d’astrophotographie en altitude.

Il faudra que je sois fort, que je résiste à la tentation de trier la boite mail de Neoprog, que je ne réponde pas aux messages sur Messenger, que je poste rien sur Twitter, Facebook, Flickr. Le retour sur terre risque d’être effrayant, je n’ai jamais coupé les ponts avec Internet aussi longtemps. En suis-je capable ? Je ne le sais pas encore. La quantité des mails et de messages accumulés en quinze jours, même en plein été, risque d’être effrayante. A mon retour dans l’infosphère, il me faudra lire et traiter au moins deux cent mail, si ce n’est plus.

Pour tout vous avouer, j’ai un peu peur. Mais pourquoi m’infliger une telle souffrance me direz-vous ? Parce que je passe trop de temps sur Internet à mon goût, que la vie est ailleurs et que j’ai tendance à l’oublier.

Et vous, vous faites quoi pendant ces vacances ?

à ma zone

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Mon libraire craint de mettre la clef sous la porte, les disquaires ont presque tous disparus des grandes villes et certaines boutiques de jeux vidéos sont en passe de fermer. A la place poussent des enseignes de vapotage et des opticiens.

Avant le règne de Virgin, La Fnac, Cultura, Amazon, Ali Express fleurissaient des magasins spécialisées tenus par des passionnés. Aujourd’hui, dans ces supermarchés physiques ou virtuels de la culture, on trouve de tout ou presque, jeux, BDs, livres, CDs, vinyles, mini chaînes, téléphones, appareils photos, mixeurs, vibromasseurs. Les vendeurs, dans les rayons, même avec la meilleure volonté du monde, sont incapables de vous conseiller utilement, passant d’une grand-mère cherchant un grille pain à un métalleux en quête d’un obscur groupe de doom écossais.

J’ai encore la chance aujourd’hui d’avoir un libraire qui connaît mes goûts et me conseille, me faisant découvrir des merveilles, ma boutique de disques d’occasion avec son vendeur fan de groupes de métal atmosphérique à chanteuses et un magasin qui ne vend que des vinyles juste à côté et qui soutient la scène locale.

Je commande les livres chez mon libraire, après tout, un livre peu bien attendre une semaine. Pour la musique j’essaye d’abord chez mes disquaires mais il faut avouer que souvent je commande directement aux groupes; ce que j’écoute n’est pas franchement mainstream. J’ai aussi mon photographe, mon magasin audio et de bandes dessinées. Ils sont un peu plus chers parfois, mais de bon conseil, alors je ne fais pas comme beaucoup, posant mes questions dans la boutique et achetant ensuite en ligne. Un jour sinon le conseil fermera ses portes faute de clients.

Je n’achète pas sur Amazon, je fais mes courses au petit supermarché du coin, j‘achète mon pain chez le boulanger, je vais à la boucherie, au marché. J’essaye de faire travailler les magasins de proximité, pas les grands groupes esclavagistes. Attitude de riche ? Pas vraiment. L’achat en ligne coûte cher, rien qu’en considérant les frais de ports. Et si de grandes enseignes cassent les prix à la sortie d’un disque, elles se rattrapent largement quelques mois plus tard, car le stock c’est la mort de leur business.

Se balader dans les rues, faire du lèche vitrine, entrer dans une boutique attiré par un nouveau livre et ressortir avec trois autres, après avoir discuté avec un libraire passionné, c’est autrement plus plaisant que d’attendre que le facteur passe devant sa boite aux lettres vous ne trouvez-pas ?

Le retour des morts vivants

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Ils marchent dans le rue, fredonnant, parlant tous seuls, le regard perdu dans le vide. Ils roulent à tombeau ouvert sans regarder la route, concentrés sur leurs doigts qui s’agitent frénétiquement. Ils contemplent les paysages au travers d’un trou de serrure, immortalisent des panoramas qu’ils ne regarderont plus jamais.

Ils inondent les éthers de messages inutiles et mangent seuls à table entourés de leurs meilleurs amis. Ils patientent dans les transports, aux caisses, la main sur leur sextoy doudou.

L’objet est sacré, privé, interdit, remplit de secrets inavouables, d’appels cachés, d’amis inconnus, de relations inconvenantes. La chose choyée connait tout d’eux, achats, amis, déplacements, conversations, envies, vices. Leur vie se cache dans cinq pouces.

Dangers public sur routes, pistes cyclables, trottoirs, les humains trois point zéro, connectés en permanence à l’infosphère vivent-ils encore dans notre dimension ? Les seuls stimuli qu’ils connaissent encore sont des vibrations dans leur poche ou une sonnerie pour chaque type de sollicitation numérique.

Rien ne peut attendre, il faut dégainer et réagir, quitte à manquer le virage, percuter un cycliste, se faire faucher dans la rue, mettre un terme à une passionnante rencontre pour un message inutile.

La seule peur panique qu’ils connaissent encore est de ne plus retrouver leur précieux égaré dans une poche, un sac ou une voiture. Soudain ils sont seuls au monde, effrayés, perdus au milieu de sept milliards d’être humains connectés, esclaves de quelques grammes de silicone.

Vous qui me lisez, posez-vous la question, seriez-vous capable de ne pas allumer votre smartphone pendant une semaine ?

Le violon d’Ingres

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Mon épouse joue du piano depuis de longues années. Elle en joue d’ailleurs plutôt bien vu ses petits doigts boudinés. Méprisant Mozart, Beethoven, elle leur préfère des compositeurs plus audacieux comme Liszt, Scriabin ou Debussy d’où ma passion pour ce répertoire peu classique. 

Non contente de jouer plus d’une heure par jour sur son quart de queue et piano électrique, elle s’est essayée également à l’alto puis dernièrement au violoncelle. L’alto fut un fiasco et les notes du violoncelle providentielles. 

Encore fallait-il trouver violoncelle à son pied et l’affaire ne fut pas simple : trop grand, trop large, trop court, trop épais, trop moche, trop cher. 

Pour faire ses gammes, ma chérie en a acheté un premier, bas de gamme, puis un second en Angleterre (à peine mieux), a emprunté celui d’un prof haut de gamme, puis s’est décidé à en faire fabriquer un chez un artisan chinois. L’investissement semblait hasardeux (il est toujours compliqué de traiter avec la Chine, demandez à Trump vous verrez) mais le violoncelle était fait main. Un montagnana, gravé au dos. Après quelques hésitations (un risque à trois zéro tout de même), des tribulations douanières épiques, l’instrument arriva à la maison, en parfait état, mais démonté. Un bien bel objet en vérité mais totalement inutile en l’état.

Ma femme candide, alla chez un luthier pour finaliser l’assemblage. Ce qu’elle ignorait, c’est que certains luthiers font comme elle, commandant en Chine des violoncelles qu’ils améliorent un peu chez eux et revendent trois fois plus cher ensuite. Grace à son charme fabuleux, l’artisan de mauvaise grâce, monta les cordes, le cordier et le chevalet, reconnaissant au passage que l’instrument était de belle facture.

Un violoncelle est un instrument très encombrant et fragile. Pour le transporter, il faut absolument une boite, une boite à la bonne dimension, solide pour résister aux chocs, pas une housse souple. La quête de la bonne boite fut longue, très longue, fastidieuse. Choix du matériau, taille, poids, prix, couleur, plusieurs essais furent nécessaires à madame et son chinois. DHL, connu bien vite notre adresse, livrant ou emportant de gros cartons semblables à des cercueils, contenant d’abord des violoncelles puis des boites, de grosses boites, boites qui rentrent non sans mal dans la voiture.

Commença ensuite la course à l’optimisation. Optimisation vous avez dit ? Oui, car comme une voiture de course, il est conseillé de modifier les équipements de l’instrument pour obtenir un meilleur son. Tout commença par les cordes, des fils à linge hors de prix, de qualité certes mais au rendu sonore très différent selon les marques : Larsen, Spiricore, Pirastro, Kaplan et j’en passe. Mon épouse passa des heures sur le net, quand elle ne jouait pas, à trouver la bonne affaire : déstokage, fin de série, soldes, emballage abîmé. Elle a ainsi, petit à petit, commandé, parfois à l’unité, des cordes pour son nouvel instrument. 

Débuta alors le montage des cordes et la phase de test. Trop terne, trop métallique, trop cher, la configuration idéale fut l’objet de nombreux débats et écoutes, mon épouse se reposant sur mes seules oreilles pour procéder à ses choix (si elle savait la pauvre, qu’à force de trop de metal je suis devenu sourd comme un pot, enfin bon…). 

Elle fit remplacer le chevalet d’origine chez le luthier, les cordes étaient trop éloignées de la touche (oui les petits doigts boudinés). Vint ensuite le complexe débat sur la pique, laiton, fibre de carbone ou titane ? Elle a tout essayé pour finir avec une pique en titane recouverte de laiton, un objet pour le moins coûteux pour un bout de ferraille mais qui a renforcé la profondeur sonore du violoncelle, même moi, je m’en suis rendu compte, un vrai violoncelle pour jouer ‘Shadowmaker’ de Apocalyptica.

Le débat suivant tourna autour du cordier, des tendeurs, des vis, et après bien des tâtonnements elle s’en fit fabriquer un sur mesure avec des vis également en titane.
Tout était fin prêt, un violoncelle au top.

Oui mais non. Connaissiez-vous l’importance de l’archet pour le violoncelle, son poids, la position de son centre de gravité, son bois, son crin (pas celui d’une jument, elle pisse dessus) ? Toujours grace à la littérature internet, ma chérie s’est passionnée pour les archets. Aujourd’hui, après moulte expérimentations, ma femme possède de nombreux archets même si elle en a revendu plusieurs,  ils sont rangés dans un tiroir, derrière mes caleçons et mes chaussettes. Nacré, en permambouc, variant de quelques grammes seulement, ils ont en effet une grande influence sur le son restitué par l’instrument.

Après des mois de recherche, des commandes, des renvois, des enchères, des ventes, son violoncelle chinois est devenu une bête de course et le luthier un bon copain, qui lui trouve toujours de nouveaux accessoires hors de prix à vendre (des archets à quatre mille euros par exemple). Pour elle, il est disponible à toute heure. 

La prof de violoncelle de mon épouse lui envie son bel instrument qui sonne merveilleusement bien (normal, vous avez vu comme je suis bâti). Ma femme n’a plus qu’un sujet de conversation, son violoncelle. L’instrument d’abord timide, résonne aujourd’hui dans toute la maison, amplifiant les fausses notes de ma chérie, faisant fuir le chat terrifié par ses cris d’agonie.

Car voilà, si ma femme est musicienne, que son violoncelle sonne comme un moteur huit cylindres, elle n’en reste pas moins une débutante qui essaye pour l’instant de tenir la note juste.

Pas chroniqué ?

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Pour quelle raison ces enfoirés du webzine Neoprog n’ont-ils pas chroniqué votre dernier album ?

Vous avez contacté le boss, vous lui avez envoyé du matériel audio, une bio, une vidéo, glissé un billet un 500 € dans l’enveloppe et rien. Pas une ligne dans les colonnes du plus célèbre magazine de rock progressif de la planète. Pourquoi tant de haine ?

Il n’ y a pas de haine, il n’y a que des choix. Première question à se poser, êtes-vous bien dans l’esprit du webzine, car comprenez bien que pop, punk, jazz, trash, chansonnette, hip-hop, dub-step, opéra, grunge, ska ne trouvent pas leur place dans nos chroniques, où alors accidentellement. Ensuite nous recevons beaucoup plus de musique que nous ne pouvons écouter, même d’une oreille distraite, et pourtant nous en écoutons beaucoup. Et quand je dis beaucoup, c’est vraiment beaucoup.

Le choix de l’album à chroniquer appartient au critique, il n’y a pas de chronique imposée à Neoprog, du coup tout dépend de l’humeur de chacun.

Au cours de l’année, il y a plusieurs temps forts, la rentée musicale de septembre, le début de l’année civile et la fin du printemps. Ce sont des périodes pendant lesquelles les promoteurs et labels nous inondent d’albums, le plus souvent des groupes poids-lourds qu’il est impossible de passer sous silence si nous voulons garder encore quelques lecteurs. Du coup, les artistes moins connus perdent en visibilité pendant ces périodes intenses et il nous arrive de parfois les oublier.

La lassitude est également une raison de non chronique. Etant donné que nous écoutons beaucoup de musique, nous sommes fatalement blasés à force d’écouter des albums qui se ressemblent tous un peu à la fin. Il nous faut donc des sensations fortes pour stimuler nos envies, il nous faut de la variété, d’où des périodes pour certains d’entre nous passant du néo-progressif au metal puis au canterbury pour ne pas tourner en rond. Si par malheur vous arrivez avec du prog symphonique alors que je suis dans ma période doom expérimental, vous n’avez aucune chance d’être sélectionné, c’est injuste mais c’est ainsi.

Un autre facteur rentre en jeu : lorsque notre appréciation de l’album n’est pas des meilleures, nous préférons le plus souvent passer sous silence notre opinion. Le but n’est pas de démolir un artiste ou un album, mais plutôt de donner envie au gens d’écouter de la musique.

Comment mettre toutes les chances de votre côté ? D’abord contactez-nous si vous jouez du rock progressif. Ne nous demandez pas de chroniquer de la musique en streaming, nous ne le ferons pas. Ne nous envoyez pas du mp3 v0, faites au moins l’effort de nous envoyer du 320. Soyez un minimum visibles sur la toile, fournissez nous quelques informations sur qui vous êtes, un dossier de presse est toujours le bienvenu (cela nous évite d’écrire des âneries). N’hésitez pas à nous envoyer un titre sur Youtube, Bandcamp, Soundcloud afin que l’on se fasse une petite idée. Et donnez-nous tous les détails, date de sortie, line up, pochette, label, histoire que l’on puisse déjà vous référencer chez nous. Enfin inutile de nous dire que vous adorez notre webzine et que vous le consultez régulièrement et que nous faisons un super boulot, c’est gentil, mais j’imagine que vous ne lisez pas tous les webzines de rock progressif à qui vous soumettez votre musique…

Nous faisons notre maximum pour donner de la visibilité aux groupes émergents qui, selon nos critères, le méritent. Référencement, annonce de concerts, chroniques, actualités, interviews, livereports… Mais il faut également que nous parlions des formations mainstream pour que le webzine soit lu. L’équilibre est difficile à trouver.

Contrairement à certaines idées reçues ou pratiques d’autre magazines, nous ne faisons pas payer nos publications, nos chroniques, nos interviews. Si nous le faisons, c’est par passion, par envie.

Si la chanteuse du groupe est vraiment mignonne, même si c’est du R&B, on devrait pouvoir s’arranger pour une petite interview chez moi quand ma femme est au travail, mais chut !

PUB le retour

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J’avais juré craché que l’on ne me reprendrait plus, mais l’appât du gain est plus fort. J’ai remis des publicités sur le webzine. Je pourrais vous faire un bilan des dons reçus depuis l’ouverture du webzine, il y a de cela plus de dix ans. Le bilan est vite vu : zéro euros. La pub elle, avait rapporté en six mois, soixante-quatre euros à l’époque, de quoi payer l’hébergement du site chez OVH et deux trois broutilles. Si la pub revient, c’est que la boutique n’a pas marché, que les dons non plus et que, si Neoprog n’est pas une aventure commerciale mais musicale, j’aimerai bien ne pas passer un salaire entier dans ma passion tous les ans.

J’ai un peu honte de le faire mais quand je vois que mon employeur n’hésite pas une seule seconde a barbouiller un site payé par les contribuables avec des publicités invasives, je me dis que finalement, ce n’est pas si grave. Je vais bien entendu perdre tout crédit auprès des personnes qui ont lu mes précédents articles sur la publicité mais je ne suis plus à ça près.

A quoi servira la publicité ? Tout d’abord à payer l’hébergement, peut-être à lancer une campagne de publicité pour mieux nous faire connaître et également à financer, au nom du webzine, des projets et encourager la création artistique. A titre personnel, je le fais déjà, en participant à plusieurs crowdfundings, mais si le webzine dégage un peu d’argent avec la publicité, ce sera l’occasion d’aller plus loin dans cette démarche.

Il est possible que la pub m’énerve très vite et que j’enlève tout ce bazar rapidement, il m’arrive d’être d’humeur changeante et un peu girouette. C’est donc pour l’instant une nouvelle expérimentation, qui au moment à j’écris l’article nous a enrichit de deux éros (merci les québécois). Pas de quoi payer un hébergement, encore moins financer un nouvel album mais c’est un début.