Irrésistible

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J’ai posté cette image un soir où je jouais encore une fois à Animal Crossing. 

Zeb était dans son quatre pièces cossu, en train de réaménager la salle de répétions quand je l’ai vu : un gars ébouriffé en combinaison spatiale entouré d’instruments de musique dont il ne sait pas jouer. 

Alors j’ai immortalisé cet instant dont la légende devrait être plus exactement irrécupérable…

Cinquante-quatre ans passés, zéro ambition, je joue encore à ce jeu débile pour gamins et rêve toujours des mêmes sujets : l’espace et la musique.

Et vous n’avez pas tout vu chez Zeb : une chambre remplie de meubles en bois, un salon cosy avec une Hifi vintage et machine à expresso ainsi qu’une salle de bain à la marocaine. Il lui manque encore une bibliothèque et une guitare électrique et sa vie sera parfaite.

Sur la petite île de Bréhat, Zeb collectionne les poissons, les insectes, les fossiles et les oeuvres d’art. Il parle peu à ses voisins, surtout les sportifs qui jouent des altères et aime bien les grognons et les louves. Il s’est battu pour faire venir Kéké et ne va même pas à ses concerts du samedi soir. Lorsqu’il croise les autres insulaires, il les bouscule pour aller plus vite. Il courre toujours, incapable de se poser une seconde. Un hyperactif ! Lorsque quelqu’un désire quitter l’île, il l’encourage. Je l’ai même vu dénoncer un voisin innocent juste pour le plaisir. Un asocial !

Le matin il fait le tour de l’île, ramassant des coquillages, cueillant des fruits, cherchant des fossiles et son arbre à clochettes. Il court ensuite au musée faire expertiser ses trouvailles, les donner au conservateur puis il file au magasin vendre ses trésors. L’argent gagné, il l’enterre pour faire pousser un nouvel arbre à clochettes et avec ce qu’il reste, il se fait plaisir et rembourse un peu ses dettes. Ensuite il décore sa maison, joue de la batterie, pêche pour trouver des pneus de voiture et quand vient la nuit il sort regarder les étoiles. Car il rêve de se construire un rover lunaire et pour cela il lui faut quatre pneus, des étoiles filantes et un peu de ferraille. C’est son unique ambition, avoir un rover lunaire.

Les jours où Zeb est énervé, il prend l’avion pour une île lointaine et détruit tout sur place. Il abat les arbres, arrache les fleurs, attrape les insectes et les poissons, casse les rochers et creuse des trous partout. L’île paradisiaque devient un champ de bataille. Un fou ce Zeb. 

Les jours où Zeb est très énervé, il rêve de faire pareil avec Bréhat, juste pour le plaisir de tout foutre en l’air, mais Heureusement je veille au grain et coupe la console avant qu’il ne fasse rien d’irrévocable avant de prendre moi-même mes médicaments.

L’expérience interdite

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Il existe, caché dans un coin perdu de province, un laboratoire secret de recherche consacré à l’étude de créatures mystérieuses.

L’expérience a été financée par une généreuse mécène le jour où celle-ci fut dans l’incapacité de poursuivre elle-même ses travaux. Elle fournit les équipements et spécimens ainsi que ses diverses observations consignées au fil des ans à une nouvelle équipe européenne de pointe avant de passer la main.

Un caisson gris supporté par un châssis métallique abrite l’audacieuse expérience. Le caisson est lui-même enfermé dans un laboratoire dernière génération sous haute protection. Car ici, la Science cherche à repousser les limites de la mort.

Dans le caisson grouille une vie chthonienne méconnue étudiée avec toute la rigueur qui s’impose. Les créatures sont soumises à différents stress afin d’enregistrer leurs réactions. Punitions et récompenses alternent sans suite logique pour qu’aucune adaptation de l’espèce ne soit envisageable. Des prélèvements liquides, à la base du caisson permettent de mesurer l’activité et l’étonnante résistance des êtres invisibles.

Une pomme dans le caisson et les mesures commencent. D’étranges tentacules se tortillent, entourent le fruit avarié et quelques heures plus tard il ne reste plus rien. Dix jours sous un projecteur UV et les tubes annelés disparaissent complètement, un mois plongé dans l’azote liquide et l’on imagine que toute vie s’est éteinte du caisson. Mais il n’en est rien, dans le substrat se cache la vie, ralentie mais présente. Déposez des épluchures de carottes et les lumbricina refont surface.

Pendant ces années d’observation, tout a été tenté, surabondance, privation, canicule, grandes gelées. Il y a eu surpopulation, fuite du caisson, extinction de masse, mais la vie reprend toujours ses droits dans le composteur d’appartement de mon épouse. Ils dont increvables ces vers de terre, même si ma femme oublie souvent de les nourrir pendant des semaines.

Midas

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Je ne vais pas vous parler de mythologie grecque ou de pot d’échappement mais du score Midas qui permet d’évaluer le handicap lié aux céphalées.

Il y a quelques mois, j’ai installé l’application MigraineBuddy sur mon téléphone pour suivre de manière plus rigoureuse mes crises de migraines. En effet, dans un mois, j’ai rendez-vous au centre anti-douleur pour ma première consultation. Cinq mois d’attente…

L’outil permet de noter les crises, les symptômes, leur durée, les médicaments pris, le type de douleur, les produits qui soulagent etc, etc… 

Il synthétise ensuite les résultats et vous donne un bon aperçu de votre souffrance au quotidien. C’est également un lieu d’échange avec d’autres malades qui partagent leurs expériences.

Dans l’application vous trouvez des informations sur les dernières avancées de la recherche, un message « bravo vous n’avez pas eu de migraine depuis trois jours… », et des statistiques dont le fameux score Midas.

Je n’y avais jamais prêté attention jusqu’à il y a quelques jours et une fois que j’ai vu le mien, j’ai voulu savoir ce qu’il signifiait et s’il avait une quelconque valeur. Car voyez-vous, mon score Midas est « handicap sévère », la valeur la plus élevée. Chic !

Le score se base sur le nombre de jours pendant lesquels vous avez manqué le travail, vous avez eu une activité réduite, vous avez renoncé aux relations sociales, sorties etc.

Sur 175 jours de mesurés, j’ai été en incapacité totale 5 jours (dans le lit dans le noir à vomir mes tripes en me tapant la tête contre le mur) et 22 jours en incapacité partielle (zombie le temps que les médocs agissent et comateux le reste de la journée, avec les effets secondaires des médicaments le lendemain). Bref un jour sur sept la tête dans le sac.

Handicap sévère ça fait lourd à assumer surtout quand sortis de vos proches, peu de gens en ont conscience.

J’ai de la « chance », le plus souvent les crises se produisent le week-end. Quand elles arrivent au travail, je ferme mon bureau, clos les stores et pose la tête sur le clavier en priant pour qu’une collègue trop parfumée ou un fumeur n’entrent pas dans bureau pour me demander quelque chose. Sinon pizza garantie. Je n’ai eu des crises que deux ou trois fois lors de déplacements en voiture, inutile de vous expliquer que le retour fut compliqué à chaque fois, très compliqué. 

Mes collègues m’ont dit plus d’une fois d’aller chez le médecin. Ben déjà il faut réussir à y aller, et rester dans une salle d’attente bondée pendant deux heures avec la nausée, la tête prête à exploser, la lumière qui vous transperce les yeux, les odeurs des autres malades qui vous soulèvent l’estomac et l’envie irrépressible de frapper le bonhomme qui discute sur son portable tant le bruit vous insupporte, tout cela pour mendier un jour d’arrêt maladie non remboursé (le fameux jour de carence vous savez). Les jours catastrophes, je rentre à la maison, raccompagné par un collègue un peu effrayé.

Handicap sévère ? Il n’exagèrent pas un peu là ? Hormis une crise par semaine, une pré-crise et une post-crise, il me reste quatre jours pour profiter de la vie lorsque je n’en fais pas deux attaques par semaine. Ils dramatisent un peu quand même…

MigraineBuddy est une application quasi indispensable pour les migraineux comme moi. Elle permet de tenir un journal de ses crises qui sera utile aux médecins lors des consultations. Avant je tenais un journal imprécis de mes migraines, avec uniquement le suivi des dates et les degrés de douleurs.

L’application nourrit évidemment les laboratoires pharmaceutiques en informations sur les malades atteints de cette pathologie et j’ai sans doute accepté de livrer mon cerveau à des chercheurs lorsque j’ai coché les conditions générales d’utilisation. Mais au point où j’en suis, comme dans Le Sens de la Vie, ils peuvent venir le chercher de mon vivant ce cerveau. J’en fais don.

Il lui manque cependant une fonction essentielle à MigraineBuddy : celle de comptabiliser le nombre de billets de blog rédigés en phases pré et post migraineuses. Là, en deux jours de crises, j’ai pondu quatre billets. Y aurait-il un lien de cause à effet ? 

Je vais arrêter le blog pour voir si il y a un rapport comme j’ai arrêté le gluten, le sucre, la caféine, le sexe, l’alcool, le chocolat, les bombons, les triptans, la drogue, le lait, les matières grasses, le sport sur des conseils avisés de personnes voulant trouver une cause à mon handicap sévère.

C’est grave docteur ?

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De quoi souffrez-vous donc ? D’une dépression, d’un cancer, d’épilepsie, de migraines, de névrose, d’ulcère, de bipolarité ? Vous souffrez forcément de quelque chose, un mal incurable, sinon ça n’est pas possible.

Pour ma part ce sont des migraines, une certaine bipolarité également doublée d’une hyper activité et donc des phases dépressives sans parler d’une hernie discale et d’une bosse au gros orteil. Vous voyez, je n’ai pas honte, je l’assume, mais vous ?

Pourquoi seriez-vous malade vous aussi, me direz-vous ? Bonne question. Ce sont les statistiques qui parlent d’elles-même, des mathématiques donc, et les nombres ne mentent jamais. Vous êtes forcément malade. C’est obligé.

Car voyez-vous, ils faut être malade pour aimer le rock progressif, soyons honnêtes pour une fois. Les amateurs de prog écoutent des albums interminables, des morceaux de plus de quinze minutes joués par souvent cinq ou six musiciens, des instruments improbables, des histoires épouvantables alors que le reste de la planète se trémousse sur des chansons d’amour aux rythmiques tribales en se dandinant le popotin.

Donc vous êtes malade, ou un malade, choisissez.

Mais la vrai question est celle-ci : qui du rock progressif ou de la maladie est arrivé le premier ? Est-ce les souffrances liées à la maladie qui poussent à écouter du rock progressif ou bien est-ce cette musique épouvantable qui crée des tumeurs au cerveau ?

Je penche pour la seconde hypothèse.

Pourquoi ? Tout simplement parce que lorsque j’écoutais AC/DC, je n’avais pas de migraines. Elles sont arrivées quand j’ai découvert Genesis. Et lorsque qu’une crise survient, un bon album de metal passé à fond au casque me soulage quelque peu.

CQFD. Le prog provoque des maladies terribles, d’ailleurs je suis entouré de cancéreux, dépressifs, migraineux, épileptiques, incontinents, diabétiques… Et d’ailleurs, si vous aviez besoin d’une preuve supplémentaire, tous les musiciens de rock progressif meurent les uns après les autres, une véritable hécatombe.

Le pire ce ne sont pas les fans mais les artistes. Pourquoi jouer du rock progressif lorsque l’on sait que la musique ne passera jamais à la radio et que si une émission en parle ce sera à une heure impossible sur une chaîne pour intellos comme Arte. Pourquoi composer un album pendant deux ans, se prendre la tête sur des rythmes syncopés, des textes incompréhensibles bourrés de références philosophiques (je ne parle pas de Dream Theater là), tout ça pour au final (dans le meilleur des cas) graver un millier de CDs que le groupe n’arrivera même pas à écouler ? Pourquoi tenter une tournée dans l’hexagone, dans des salles de deux-cent personnes remplies au quart et perdre de l’argent ?

Cela n’a pas de sens !

J’ai une hypothèse là dessus, tirée par les cheveux et conspirationiste bien entendu, mais une hypothèse quand même. Les musiciens de rock progressif sont payés par de grands laboratoires pour composer des albums qui provoqueront, en les écoutant, des maladies incurables à leur public.

C’est gagnant gagnant. Les musiciens sans talent peuvent composer n’importe quoi, même le pire, les grands laboratoires les payeront d’autant plus car la musique fera des ravages. Plus c’est compliqué, plus le cerveau réagira vivement, se révoltant contre cette agression sonore en développant des pathologies qui très rapidement (enfin des fois), mettrons un terme à cette torture musicale.

C’est pour cela que les gens sains d’esprit n’écoutent pas de rock progressif. Ils le savent. Et puis sincèrement, la guitare douze cordes, le thérémine, l’orgue Hammon, le mini Moog, le stick Chapman, la flûte traversière sont des instruments qui produisent des bruits épouvantables !

Reste une question et non des moindres. Pourquoi les gens écoutent-ils du rock progressif dans ce cas ?

Et là j’ai encore une hypothèse.

Les fans de prog sont des personnes lassées de la vie. Elles n’en peuvent plus du rap, du punk, de la disco, de la dance, du hip hop, de la variétoche aux autres immondices qui passent sur nos ondes. Ils savent sans doute que le rock progressif est dangereux, qu’il provoque de vives émotions, que le risque d’y succomber est immense et que l’addiction vient très vite. Mais voila, plutôt que de subir le triste bruit formaté sur les ondes, ils préfèrent se suicider aux harmonies magiques et aux textes mélancoliques.

Virtualisation

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Réseau sociaux, email, webzine, promotions numériques, streaming, smartphone, ordinateur, tablette, combien d’heures nous passons devant les écrans, enfermés entre quatre murs. La révolution numérique ressemble beaucoup à une geôle électronique dont la porte est grande ouverte sur l’extérieur.

Aujourd’hui passons plus de temps à échanger des messages avec des avatars qu’à discuter en tête à tête ? Les acteurs du net, après une journée bien remplie devant des ordinateurs, rentrent à la maison et se détendent devant un jeu vidéo, sur un réseau social, en regardant des vidéos ou en écoutant de la musique en streaming. Au restaurant, à la maison, le smartphone est sur la table, dans la rue, il est devant les yeux, dans la chambre, à côté de l’oreiller.

Les bienfaits du NET sont indéniables et multiples, révolution culturelle, puits sans fond de connaissance, source d’information parallèle non contrôlée, moyen de communication instantané et sans frontière. Mais ne sommes-nous pas devenus les esclaves de cette technologie qui devait briser nos chaînes ?

Je me virtualise.

En écrivant pour ce blog, en publiant des articles pour le webzine, en écoutant de la musique sur la toile, en lisant et en répondant aux sollicitations des artistes, en mettant en page, en partageant, en relisant notre travail, je reste bloqué devant ma dalle OLED qui me cache la fenêtre, qui éclipse le soleil couchant et j’en oublierais presque qu’il fait beau dehors, que j’ai des amis avec qui je dois parler.

Comment ne pas se faire aspirer par les pixels, ne pas disparaître dans la fibre optique et se diluer dans les serveurs planétaires. Parfois je me demande si mon avatar n’est pas plus vivant que moi-même.

Avez-vous déjà mesuré votre temps passé chaque jour sur Internet ?

Les problèmes de santé accentuent forcément cette dématérialisation. Au lieu de sortir écouter un groupe jouer en live, j’écoute leur musique sur l’ordinateur pour m’épargner la route, la fatigue et la migraine du lendemain. Au lieu d’aller boire une bière avec un ami, je commence une conversation SMS avec lui. Au lieu d’aller me promener, je retravaille des photos prises des mois plus tôt. Le temps compressé passé connecté est volé au monde réel. Les heures virtuelles se substituent aux secondes analogiques et la journée s’envole, sans que l’on aie réellement parlé avec un être humain où respiré l’air d’une forêt.

Pour reprendre forme humaine, sortir de notre avatar, nous devons nous déconnecter, nous obliger à couper de Wifi, la 4G, poser le smartphone, éteindre les écrans, mettre des chaussures, ouvrir la porte de la maison et sortir. Sortir dans la rue, renter dans les boutiques, marcher le long d’un canal, entrer dans une salle de concert, poser un vinyle sur la platine, soigner son potager, discuter avec ses voisins, parler avec ses proches à table, réserver un espace temps au monde réel.

Vivre.

Bon à rien

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Dilettante, je m’intéresse à tout et je ne vais au bout de rien. Chroniqueur de rock progressif, je suis un non spécialiste du genre faisant l’impasse sur les discographies de nombreux groupes phares du genre. Photographe amateur, je possède un très bon matériel et pourtant mes clichés restent passe-partout dans le meilleur des cas. Blogueur, j’inonde la toile de ma prose auto-satisfaite remplie de fautes d’orthographe et lue par dix personnes au monde. 

Je suis un touriste, un rigolo même pas drôle qui survole sans jamais approfondir. Astronomie, informatique, musique, photographie, bricolage, littérature, jardinage, science-fiction, je dilapide mon temps et mon argent sans jamais aller au bout du sujet. Lorsque les difficultés surviennent, je passe à autre chose ou je trouve un raccourci pour ne pas m’infliger la honte d’un échec.

Ne serait-il pas plus intelligent de consacrer toute cette énergie débordante à une seule passion, d’aller au fond du sujet, de tenter d’être vraiment pointu dans un domaine ? 

Le problème c’est que des tas de domaines attirent mon attention, j’aimerais tout faire, tout essayer, tout connaître, enfin, presque tout. Au lieu de cela je possède un vernis Reader Digest, des résumés sur tout et surtout sur rien, un vernis facile à gratter sous lequel il n’y à rien. 

Vous me direz, de nombreuses personnes ne s’intéressent à rien, une vie sans passion, juste le foot, les gosses et le boulot. Mais sont-ils moins heureux pour autant ? Recherchent-ils cette reconnaissance futile de ceux qui en savent encore moins et qui sont éblouis par pas grand chose ?

Des fois je me demande à quoi peut bien servir cette fuite en avant dénuée de sens. Échapper au monde réel, au sordide quotidien ? 

Je pense qu’il est temps que je me remette sérieusement en question, que je laisse tomber la photo, le rock, le bricolage, les livres, les séries TV, le jardin, les jeux vidéos, le travail, la musique, les filles et que je me concentre sur une seule activité, l’unique l’ultime, la psychologie, pour aller au fond du sujet une fois pour toute, c’est à dire au fond de moi.

L’expérience Malabar

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Je vous déjà ai parlé de cette intéressante thérapie par la mastication.

Après deux mois de tests (en Afrique, sur des enfants gravement atteints), les résultats des laboratoires Hollywood vont être enfin publiés, en interne seulement, et surtout pas aux actionnaires.

Non le chewing-gum ne soigne pas les céphalées migraineuses, c’est une fake news. Sur un échantillon de quinze crises, une seule n’a pas dégénéré en prise catastrophique de triptan. Effet placebo ? Non. Certaines crises, moins violentes que d’autres passent avec de la caféine à haute dose et du repos. Comment ? Oui c’est possible de se reposer et même de dormir avec trois expressos tassés dans les veines. C’est comme ça une migraine.

Le fait est, que lorsque vous ruminez comme un bovin, vous pensez moins au mal de tête qui tabasse. Les mouvements de mastication de la mâchoire cachent les pulsations de la tempe. Mais un temps seulement.

J’en ai fait l’amère expérience il y a quelques temps. Un lundi matin barbouillé, annonceur d’une crise matinale, alors que je devais traverser l’Alsace en voiture pour le travail, activé hautement incompatible avec la prise de médicaments, j’optais pour l’option caféine et mastication mentholée.

Jusque midi, dans la canicule naissante, la douleur resta tapie, sournoise, mais bien là. La tentative de repas salade en boite, confirma bien vite que l’organisme ne fonctionnait pas au mieux de sa forme, d’autant que l’estomac, gonflé d’air à force de mastication, lançait des signaux alarmants. Qu’importe, Hollywood et What Else allaient me sauver la mise. Encore une dernière visite et je rentrerai au bercail. La visite fut brève, le soleil cognait, les yeux ne supportaient plus la lumière et toute odeur me donnait la nausée alors que les battements de la tempe gauche commençaient à rivaliser avec ma mâchoire douloureuse. Surtout ne rien manger sinon drame. Plus que cent cinquante kilomètres de route pour rentrer, une paille, en plein cagnard, les yeux plissés, la tête prête à exploser et l’estomac sur le point de se vider. J’avais deux options : m’arrêter, prendre ma dose, et appeler au secours pour que l’on vienne me chercher, ou continuer à conduire, coûte que coûte, pour me rapprocher au plus près de la destination finale, la crise explosive. J’ai tenu bon, un vrai miracle, j’ai garé la voiture sur le parking, suis monté jusque mon bureau et là, là, mes collègues mon vu, livide cadavérique, ne tenant plus sur mes jambes, pour aller rendre les clefs et les papiers du véhicule de service. Jamais ils n’avaient assisté à une crise au stade final, c’est vrai que ça peu sembler inquiétant lorsque l’on a pas l’habitude. Je leur ai dit que je ne me sentais pas bien et que j’allais rentrer chez moi à vélo. Un collègue m’a regardé d’un drôle d’air, il était soudain plus pâle que moi; il a pris mon vélo, l’a mis dans la fourgonnette, m’a fait asseoir à l’avant et m’a ramené chez moi où j’ai pu enfin prendre ma came. Six heures plus tard, la crise se calmait.

Le lendemain mes collègues me regardaient avec d’un nouvel oeil, réalisant sans doute pour la première fois depuis douze mois que je travaille avec eux, que lorsque que je dis que je ne vais pas bien, je ne vais vraiment pas bien et que ça risque d’empirer au fil des heures.

Tout ça pour dire que, même si l’échantillon statistique est faible, manifestement l’effet bubble gum n’est pas avéré sur les migraines. N’empêche que depuis le début de l’expérience, j’ai pris l’habitude de mâcher cette saloperie collante et que si je ne meurs pas d’en d’atroces souffrances avec des crises de plus en plus fréquentes, peut-être que l’aspartame contenu dans mes max frost menthe verte finira par avoir ma peau.

Addiction

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Un incroyant, par jeu, avait déposé un matin sur mon bureau, cinq cent grammes de ces boules roses recouvertes de sucre rouge aussi appelée tsointsoin, où quelque chose d’approchant. Il n’aurait pas du douter, homme de peu de foie. Quand il est repassé deux heures plus tard, ne restaient qu’un emballage plastique vide et quelques grains de sucre rouges éparpillés devant mon écran d’ordinateur. J’avais tout avalé. Beurp ! Même pas malade. 

L’incroyant incrédule a recommencé une nouvelle fois l’expérience, cette fois façon guimauve rose version XXL. Il a perdu. Après, je n’ai plus jamais trouvé de paquet sur mon bureau, même pas joueur le gamin. Pffff.

Le mix mondial est mon pire péché mon père, je le confesse. Des années durant, je gardais précieusement une boite dans la cuisine, une par semaine, pas plus, dosant le plaisir, le partageant avec mes enfants, histoire de les initier aux plaisirs interdits. 

Colorants, acide citrique, conservateurs, sucre, gélatine, sirop de glucose, acide malique, gomme, arômes artificiels, que du bon, des mois de travail assurés pour ma dentiste et mon nutritionniste.

Puis mon grand est parti pour Marseille. Déprime ou résolution ? J’ai vidé la dernière boite et n’en ai plus acheté. Septembre, octobre, novembre, décembre, janvier, février, mars, avril. Du jamais vu !

Les dents n’allant pas mieux pour autant, pas plus que les migraines, en passant au rayon douceurs pour prendre du chocolat à mes drogués, j’ai contemplé cette Happy’Box qui me tendait les bras et j’ai replongé. 

La boite est dans la cuisine mais je suis seul à en manger. Pas des World Mix, ils ont du arrêter leur production en septembre dernier j’imagine, une autre boite, plus grosse, 600 g de bonheur. Une seule boite par semaine bien entendu. Mais je suis seul à en gober maintenant, donc il faut que j’en avale trois fois plus pour tenir le rythme hebdomadaire. Pas de problème, j’assure ! Un vrai athlète. Rien ne m’arrête malgré le manque d’entraînement. Tétine, alligator, nounours, bouboule, étoile, cœur, je mange tout.

Pourquoi je vous raconte tout ça me demanderez-vous ? Parce que la boite est vide, et que les magasins sont fermés. Si par mégarde, un de ces plantigrade en gélatine jaune traîne par terre, dans la rue, je devrais me faire violence pour ne pas le ramasser et le mettre à la bouche. 

Car oui, je l’avoue, j’en suis là.

Le malabar

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Dans ma famille nous n’avons jamais été franchement des athlètes, en partie à cause d’une mauvaise image véhiculée par mes parents concernant le sport, « les footeux sont des abrutis ». Ceci dit, ils n’avaient pas totalement tord à ce sujet. Les chewing-gums possédaient à peu de chose près la même aura, ceux qui mâchent ressemblent à de grosses vaches.

Du coup je ne suis jamais devenu un malabar pas plus que je n’en ai mâché. J’ai tout de même fini par nager, courir, jouer au tennis de table avant que le corps me supplie d’arrêter.

Pour les chewing-gums, je viens à peine de commencer, ruminant toute la journée comme une vache. Pour être honnête, je ne trouve pas cela très bon, ni même agréable, cela engourdit ma mâchoire en peu de temps. Pourtant je mâche, consciencieusement, faisant attention cependant à ne pas avaler la petite boule collante lorsque je bois mes trois litres d’eau quotidiens pour aider mon rein à fonctionner.

Pourquoi mâchouiller ainsi du matin jusqu’au soir ? D’abord, rassurez-vous, ce n’est pas tous les jours, mais environ une vingtaine d’heure par semaine, ce qui est déjà pas si mal. Pourquoi, alors que j’ai des chicots en mauvais état, je m’oblige à torturer mes plombages et m’infliger ce goût atroce de menthe synthétique ? Pour ne pas puer de la gueule ? Non, figurez-vous que je me brosse les dents trois fois par jour et ce consciencieusement. En réalité, ceci est une nouvelle expérience thérapeutique.

Si si, très sérieusement je vous l’assure. Lorsque des médecins vous prescrivent de la morphine, vous suggère l’usage du cannabis et vous envoie en consultation dans un centre antidouleurs, vous êtes mûr pour expérimenter à peu près tout. Même les boules de gum. Me voici donc en pleine thérapie masticatoire et cela semble fonctionner, aussi improbable qu’il puisse paraître.

Ma chérie à vu ça à la télévision, une femme qui, souffrant comme moi, avec les mêmes symptômes, mâchait du chewing-gum pour se soulager. Dingue ! Mais soulager de quoi au juste ? De mon arthrose, de mon hernie discale, de ma bosse sur le gros orteil, de ma connerie, de mon sale caractère ?

Non, juste de mes migraines, ces crises qui me clouent au lit, dans le noir, vomissant mes tripes un à deux jours par semaine si je ne prends pas un triptan qui m’enlève un jour d’espérance de vie à chaque fois. Lorsque la crise arrive, je mets dans la bouche le chewing-gum à la menthe et je mâche, mâche, mâche, comme une vache. Je bois aussi des litres pour bien hydrater la bête et j’essaye autant que faire ce peut de me reposer.

Ne rêvons pas, je ne suis pas au top de ma forme, un peu légume, barbouillé, avec des vertiges, la tête qui cogne, mais pas franchement plus qu’après un triptan qui me transforme en zombie bancal pour vingt-quatre heures. Qui aurait cru que ce machin collant qui pollue les trottoirs, les semelles de chaussures et les dessous de table, pourrait se révéler un puissant anti-douleur ?

Chocolat, vin et fromage

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Si je ne suis pas un amateur de chocolat, j’aime le formage et le vin. Personne ne comprend vraiment mon aversion pour le chocolat, il semblerait que je sois un extraterrestre. Mais après de nombreuses crises de foie dans mon enfance puis la découverte que la fève de cacao était un déclencheur de migraines, j’ai décidé de ne plus en manger, ou presque plus, et tout dessert contenant du chocolat est devenu source de dégoût au fil du temps.

J’aime les vins, mais comme pour le chocolat, l’abus d’alcool ne m’est plus franchement recommandé. Ce n’est pas faute d’avoir eu de l’entraînement pendant mes années étudiantes. J’ai même, plus jeune constitué au sous-sol de la maison une cave à vin bien garnie pendant quelques années. Il n’en reste hélas plus grand chose, quelques bouteilles rares tout au plus. Tout comme le cacao, je ne supporte plus vraiment le vin, un verre de temps en temps. Je bois donc très peu, mais du bon, tant qu’à se faire du mal, autant le faire bien.

J’adore le fromage, les fromages, tous les fromages, et la France est le royaume des fromages. Le fromage appelle le vin et le vin appelle le fromage. Un piège mortel. Hélas je digère très mal le fromage, je suis tout de suite ballonné, alors j’en mange peu, un petit bout par-ci par-là, de préférence du fromage frais, plus digeste et je fais en sorte de ne pas avoir de Comté, Parmesan, Roquefort, Pélardon et autre pâtes de perdition à la maison pour échapper à la tentation.

Mais voila, entre ce que notre sagesse nous dicte et ce que décide le corps, il y a toujours un léger biais. Nous fêtions il y a quelques jours un événement familial important : le cinquantenaire de ma jeune et douce épouse. Il fallait marquer le demi siècle dignement. Mon épouse avait repéré une charlotte vanille chocolat chez un pâtissier, j’avais sorti de la cave un gewurztraminer grand cru vendanges tardives de 2001 et il restait un magnifique morceau de Parmesan. La charlotte bof, beurp même, elle contenait trop de chocolat alors je me suis vengé sur le vin et le fromage, et puis sur le fromage et vin. Après tout, c’était la fête et les deux saveurs se combinaient agréablement bien.

Le soir la punition n’a pas tardé : une migraine carabinée.

Le lendemain, comme il restait du gewurztraminer et du parmesan, en attendant l’heure du repas, j’ai grignoté un peu.

Le soir même, nouvelle punition : migraine.

Le surlendemain il restait du gewurztraminer mais plus de parmesan, alors en attendant l’heure du repas, je me suis rincé le gosier.

Et évidemment, qui qui a frappé à la tête, la migraine… mais pas question cette fois de prendre de médicament pour évider une overdose mortelle, donc l’enfer avec par bonheur une journée de travail devant moi !

Il me reste un petit fond de gewurztraminer dans la bouteille. A votre avis, y a-t-il une petite chance que cela m’aide à passer mon envie de vomir et le mal de tête qui pulse depuis huit heures dans ma tempe gauche ? Faudrait que j’essaye, au cas où… Allez j’essaye ?

Ce soir ce sera laitue et clémentines avec plusieurs verres d’eau, à condition que ça passe, je vais encore perdre un ou deux kilos.