L’influenceur

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Je possède un avis sur tout, film, bande dessinée, livre, jeu vidéo, album, exposition, concert, politique, matériel photo, matériel audio, technologie, science. Donnez-moi un mixeur, je vous le chroniqurai. J’ai interviewé les plus grands, j’ai tutoyé les plus célèbres, je suis prêt pour une heure de tête à tête avec Trump. Sur YouTube, Facebook, Twitter, dans mon blog, mon webzine, sur Flickr, je partage mes gribouillages, communique ma passion, donne mon avis, critique, raconte…

Je suis un influenceur, c’est ainsi que l’on nous appelle. Mes écrits, mes vidéos modifient le comportement d’achat de mes followers. Ils veulent être moi, s’habiller comme moi, boire la même boisson que moi, conduire la même voiture que moi.

Un photographe m’immortalise dégustant une bière tout en écoutant le dernier vinyle de pop. Gros plan sur la cannette mousseuse et sur le nom du groupe, mon visage en second plan, celui que tout le monde le connaît, avec ce sourire béat. Shooting dans un jacuzzi remplit de champagne et de jeunes filles dénudées, sur le pont d’une croisière musicale, interviewant la rock star du moment.

Les marques s’arrachent mes espaces publicitaires. Les grands fabricants audio se battent pour que j’écoute la musique sur leur matériel hifi. Je suis le VIP des soirées de rock, les tourneurs déroulent le tapis rouge, me couvrent de cadeaux. Les plus belles chanteuses rêvent de partager, ne serait-ce qu’une nuit, mon lit à baldaquin. JC, mon JC, Oui , Oui, Ouiiiiiiii !

Nut ! Nut ! Nut ! Le réveil sonne, il est six heures, je dois me lever pour aller bosser. Aujourd’hui il faut changer les pneus de la flotte de Clio, commander du PQ, préparer la grande salle pour une réunion et briefer la femme de ménage sur l’utilisation de la serpillière. A 17h, s’il me reste un peu d’énergie, j’écouterai les fichiers mp3 reçus et transcrirai l’interview téléphonique d’un obscur groupe de prog en buvant un verre d’eau du robinet. Je regarderai une vielle série télé puis me battrait pour un peu de couette avec ma femme dans ma vieille maison qui tremble au passage des bus.

Je suis un influenceur, j’ai une chaîne YouTube que personne ne consulte, une page Facebook désertée, un blog confidentiel, un webzine avec moins de cinq cent pages vues par jour et un Flickr rempli de photos moches. Je suis un influenceur qui n’influence personne, n’intéresse aucun annonceur, ne vend aucun alcool, vêtement et cela me va très bien. Pour le jacuzzi, j’ai une baignoire. Et pour les bulles, devinez…

Le monde à l’envers

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La planète ne tourne définitivement pas très rond. Aujourd’hui ce sont les musiciens qui interviewent les critiques. Mais où va-t-on ?

Guillaume, l’artiste qui se cache derrière The Odd Gallant, m’a contacté pour réaliser une interview du webzine Neoprog alors que j’aurai du, si j’en avais eu le temps, en réaliser une de lui, pour parler de son dernier et génial album Official One.

Ou comment flatter l’ego d’un chroniqueur prétentieux en le caressant dans le sens du poil pour s’assurer une prochaine bonne critique. Malin le Guillaume.

Lorsque les questions sont arrivées, j’ai eu immédiatement envie d’y répondre, mais ma chérie voulait se promener en forêt. Cruelle épouse. Elle sait bien pourtant que lorsque je reçois un paquet, il faut que je le déballe tout de suite. Une heure de supplice, à préparer des réponses dans ma caboche en marchant sous la frondaison avant de pouvoir coucher mes pensées sur le papier. Oui, je l’avoue, j’adore me raconter.

J’avais prévenu Guillaume, mes réponses ne seraient pas forcément consensuelles ni politiquement correctes. Cela n’a pas semblé le déranger un seul instant, alors je me suis lâché, vraiment, un pur bonheur, encore mieux que dans le blog. Le rock progressif français a sans doute été quelque peu égratigné au passage comme certains tourneurs, mais bon, peut-être est-ce mérité.

Ce n’était pas la première fois qu’un artiste me posait des questions sur le webzine, curieux de connaître son fonctionnement, ce qui m’a amené à cela, comment nous fonctionnons etc. Je n’imaginais même pas que cela puisse intéresser quelqu’un d’ailleurs. Mais c’est la première fois, hormis dans mes notes de blog, que cela est publié.

Les questions portaient sur le webzine, la musique, moi, le blog, vous pouvez, non vous devez aller les lire ici. C’est un peu comme un billet de blog au final, en plus dense, avec un parcours imposé par Guillaume au départ (ce que l’on appelle des questions). Ce fut une expérience très intéressante, jubilatoire même. J’ai répondu sans me poser de question, elles étaient déjà toutes rédigées, sans me censurer, je sais que tout n’est pas bon à dire, mais c’est si bon de le dire.

Pour les prochaines interviews voici les créneaux pour les phoners et Skype : 1er avril 2020 : 17h30, 18h00, 18h30, 19h30, 20h00.

Bonne lecture et merci à Guillaume !
http://theoddgallant.com/interview-de-jean-christophe-le-brun-neoprog/

La tagada tactique du gendarme

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Quand je ne fais pas de photo galactique, argentique, antique, pathétique, aquatique ou acrobatique, je m’occupe des oiseaux.

À arpenter les bords du Rhin pour capturer des clichés de volatiles, le promeneur doit
inévitablement s’attendre à quelques bricoles. Marcher dans la boue, se frotter aux branches basses, s’accroupir dans les herbes hautes, c’est jouer avec le feu. Car chez nous, un délicieux parasite hante nos forêts giboyeuses : la tique.

Toc toc toc ! je suis je nouveau chez le médecin, un gros truc rouge dans le dos. Tic Tac Toc ? Allez savoir. Il y a deux jours, dans la douche, je gratte un truc, une tique ? Aucune idée, mais l’auréole rouge est suffisamment large pour que je m’inquiète. Ma femme me rassure le soir en disant cette douce phrase avant de m’endormir : “tant que tu n’as pas de fièvre, pas souci, mais si ta température grimpe alors il faudra vraiment s’inquiéter”. Comment voulez-vous dormir après ça ? Le lendemain matin j’étais chez le médecin, oui encore… Tic, tac, tic tac, les minutes passent, patientant dans la salle d’attente alors que je devrais être au travail. Vient mon tour, et comme chaque heure depuis Noël, une quinte de toux sèche me prend. Le médecin, s’en inquiète et je lui explique, que je ne viens pas pour ça et je lui montre la pustule rouge.

La montre égrène les secondes, le verdict peine à venir, tic, tic, tic ? Dans le doute on charge la bête pour quinze jours avec de l’Amoximachin, ce n’est pas comme je n’avais pas déjà eu ma dose en janvier.

Sans doute le prix à payer pour une photographie vue par 36000 personnes. Tic tac Kodak. Saloperie de cormorans, vous vouliez ma peau hein ? Ben pas cette fois encore.

Vous avez l’impression d’avoir perdu votre temps en lisant ceci, c’est normal. L’objectif de ce post était de faire passer le nombre de vues de cette photo, au delà des 40000 vues, de à me plaindre un peu, et à produire un nouveau billet avant de trouver quelque chose à raconter.

Le menu est en haut

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Ocultée par l’écran noir de mes pensées, la lumière ne pénètre plus dans le salon. De doux ronronnements brisent le silence, le chat n’est pourtant pas là.

La fenêtre n’occupe plus tout l’immense mur et pourtant je ne trouve pas le menu.

Des pommes ? Pourquoi pas, mais à cette saison, elle sont hors de prix.

La lumière dans la pièce ne brille pas, je ne connais pas mon répertoire classique, vas-y qu’ils disent, encore faudrait-il savoir où aller.

Vingt-sept pouces ça en fait du monde sur le bord de la route à essayer de monter dans une voiture. Migrer d’un pays vers un autre est bien plus compliqué qu’il n’y paraît et cela prend des heures lorsque vous avez beaucoup de bagages, à condition encore de pouvoir emporter les dits bagages.

Un apprentissage douloureux devant un monstre pour retrouver des automatismes, le menu est en haut, encore faut-il lever le nez.

Plein de tunes à transporter dans une petite valise, des heures de remplissage à pleine vitesse, des heures de transbordage avec l’espoir que les billets ont cours ici. 

Arrivé samedi midi, le monstre ne m’a laissé aucun répit depuis, recherches, essais, échecs, nouvelles tentatives, installations, incompréhension, et si j’avais fait le mauvais choix ?

La bête ronronne doucement alors que sa copine asthmatique peine à suivre le rythme infernal. L’une se dépouille, l’autre se gave, mélodies, paysages, concerts, portraits, messages… La grande migration a commencé, méga après méga, la chenille devient papillon mais j’aimerais bien aller dormir quelques heures, on vient de basculer à l’heure d’été, tout ça pour 0.07% d’économie d’énergie.

Dimanche matin, j’ai récupéré mes tunes, une sacrée aventure croyez-moi, restait encore la chambre noire, indispensable même à l’heure du numérique. Par chance Linux Torvals est une vieille connaissance sinon j’aurai eu quelques craintes avant le lancer le Script For a Jester’s Tear.

Larry Page aime bien les safaris, un problème de moins dans ma liste toute douce. Le soleil brille, encore une demie heure de transvasement si tout va bien.

Vous voyagez côté Pomme ou Fenêtre ? Gare à vous, si vous changez de fauteuil, cela pourrait être inconfortable plusieurs heures.

Si vous n’avez rien compris à ce post hallucinatoire, référez-vous à l’image. Je viens de divorcer de Microsoft pour épouser Apple, et croyez-moi, le passage de l’un à l’autre, ne se fait pas sans souffrance, même lorsque vous êtes un ancien informaticien.

Ma chérie a dit oui

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Après plus de vingt quatre années de vie commune, ma chérie a dit oui. Oui mais à une condition, que je finisse d’abord les travaux de la salle de bain.

Vous ne trouvez pas qu’elle abuse un peu ? C’est une forme de chantage tout de même ? Mettre dans la balance une demande aussi importante pour notre vie et du vulgaire bricolage, certes qui a un peu en retard, mais du bricolage, c’est presque honteux.

Par chance la salle de bain est presque terminée, une petite fuite de rien du tout à colmater, une double porte à poser qui devrait bientôt être livrée, un peu de silicone et deux plinthes à coller et ce sera terminé. L’affaire d’un ou deux ans de travail si tout va bien, si je ne tombe pas à nouveau de vélo entre temps.

Mais maintenant qu’elle s’est enfin décidée, j’hésite. C’est vrai, il s’agit d’un engagement à long terme et ce n’est pas une mince affaire tout de même. Et si nous faisions le mauvais choix ? Des années durant j’ai tergiversé, est-ce vraiment utile, à qui cela fait donc plaisir, que vont en penser les autres, y aura-t-il un juste retour sur investissement ?

Mon précédent mariage, a connu des hauts et des bas, sans doute comme tous les mariages, mais cette fois je voudrais que tout soit parfait, l’entente totale, la fusion des âmes. Si je dis oui, je signe au moins pour six ans, sinon ce serait franchement du gâchis. Mais qu’est-ce que mes enfants vont penser ? Que je fais ma crise de la cinquantaine ? Que je ne sais pas quoi faire de mon argent ?

Tout aurait été plus simple si elle avait dit non. D’abord je n’aurai pas la pression pour finir cette fichue salle de bain, ensuite je ne serai pas en train de me torturer le neurones pour rechercher la meilleure configuration pour cette union, enfin je ferai de substantielles économies.

J’hésite encore, mais comme je l’aime beaucoup alors bon… Je pense que je vais me jeter à l’eau, je vais acheter un iMac et laisser tomber Windows.

Carnaval

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Que représente Carnaval pour vous ?

Pour moi ce sont les bugnes, les beignets et les déguisements bien entendu. Je n’ai jamais particulièrement goûté ces fêtes populaires je l’avoue, par contre le gras sucré oui. Pour les déguisements, je n’ai jamais été adepte non plus, même pas dans l’intimité avec ma femme, c’est dire. Par contre, lorsque mes enfants étaient petits, il fallait se soumettre à la corvée, les bambins devaient venir déguisés à l’école. A l’époque, nous ne roulions par sur l’or, un salaire, deux enfants et un appartement à rembourser. Alors les déguisements c’était la débrouille. Un déguisement de robot ? Un carton percé, du papier aluminium, des bouchons plastiques collés sur le devant, ridicule ? Oui mais pas cher. Bien entendu les autres pétasses de mamans se défonçaient comme des folles pour avoir le plus beau costume de l’école, histoire de se la péter au thé devant leurs copines. Alors, notre petit robot, il faisait vraiment minable au milieu des chefs d’œuvres de ces couturières, les salopes… et qu’elle honte pour le petit bonhomme. L’année suivante nous lui avons acheté un costume d’indien hors de prix rien que pour faire chier ces connes…

Donc les déguisements ce n’est pas mon truc, mais quand un ami m’a parlé du carnaval de Rosheim, un carnaval vénitien, je n’ai pas résisté à l’appel. Ni une ni deux, avec ma chérie et mon appareil photo, je me suis rendu dans la petite ville médiévale alsacienne pour découvrir l’attraction.

Entre les deux portes de la cité, sur le pavé, déambulaient des couples somptueusement costumés, paradant, se prêtant volontiers aux poses pour les nombreux photographes présents. Il y avaient plusieurs spots de prédilection, l’église romane, un jardinet, une porte en haut de quelques marches et un puit. Des lieux où les voleurs d’images s’agglutinaient, souvent débordés par les amateurs en smartphone, qui, ne possédant pas la même focale, se calaient devant les gros objectifs.

De magnifiques costumes, des couleurs chatoyantes, des sujets posant pour les objectifs, un public pas trop nombreux, ce carnaval vénitien fut une jolie expérience visuelle et photographique, une belle promenade non loin de la maison et des retrouvailles avec d’autres photographes amateurs. 

Me voilà réconcilié avec le carnaval et les déguisements, il faut dire que ce n’étaient pas des cartons percés avec des bouchons en plastique collés dessus, c’était de la grande couture réalisée avec passion.

Le Carnaval de Rosheim
si vous voulez en voir plus

Le like addict

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Je suis un like addict. Un gros bébé avide d’amour et de reconnaissance. 

Je pense que de tout temps cette maladie m’a dévoré. Je programmais pour que les autres utilisent mes logiciels, j’ai mené des parties de jeu de rôle pour avoir un public attentif à mes histoires, j’ai fait de la radio pour avoir un auditoire, j’ai fait des exposés pour épater la galerie avec mes misérables connaissances.

Et puis Internet est arrivé. Naturellement j’ai créé un site web avec un compteur de visites, j’ai écumé les forums donnant mon avis sur tout et sur rien, juste pour être lu, j’ai donné des cours d’informatique pour avoir des élèves, j’ai chroniqué de la musique pour donner mon avis et être approuvé, j’ai programmé un webzine pour augmenter le nombre de mes lecteurs. 

Et puis le 2.0 est arrivé avec ses médias sociaux et ce fut la plongée en enfer. Le like, le favori, le j’aime, le retweet, notifications, le partager, les followers, les visites. Combien de like aujourd’hui ? Combien de partages ? Combien de pages vues ?

Je croyais en être sorti de cette addiction, avoir abandonné mon iPhone, cessant de scruter les compteurs, ne cherchant plus à exploser le best score de la veille.

Mais non, j’ai replongé. La faute à qui, à Flickr.

Car si j’ai pris beaucoup de recul avec Facebook, Twitter, Google ces dernières années, j’ai également publié de plus en plus de photographies sur la toile et chaque fois qu’une image est en ligne, j’en scrute le nombre de vues, de favoris. Pas tout le temps d’accord, mais au moins une fois par jour. 

Et puis j’ai posté cette photo, somme toute assez banale même si elle est jolie. Ma femme lui a trouvé un titre, “Postures”, et la photographie prise lors d’une ballade est devenue virale. Elle m’a très vite échappé. plus de 35000 vues, plus de 150 favoris, plein de commentaires élogieux, je suis perdu, un peu comme avec cette éclipse pourtant banale. Du coup, toute la journée, je suis resté scotché aux compteurs, assistant impuissant au buzz numérique de mes pixels, partagés, commentés, regardés, me demandant jusqu’où cela irait. Car cette photo, j’ai failli la jeter, lui préférant une autre qui n’a aucun succès. 

Je suis un like addict qui souffre d’incompréhension. J’aimerais tant que le travail que je juge digne soit salué à sa juste valeur. Mais non, ce buzz n’est qu’un effet de masse, un pur hasard, un truc machin papillon. Ce matin j’ai posté une autre image que je trouve sublime. Elle sera likée par trois personnes et vues par une centaine. Combien de temps faudra-t-il attendre encore avant une nouvelle orgie d’amour et de reconnaissance ? Je sens que je vais déprimer…

Heureusement il y a le blog, le blog qui va relancer le buzz sur cette photo dont voici le lien, le lien pour que vous alliez la voir, pour que les compteurs s’affolent, pour que reviennent l’adrénaline, la reconnaissance, l’amour, la gloire. Oui, je suis un gros malade.

Groupies

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Avez-vous remarqué l’attrait qu’un jeune homme exerce sur les filles lorsqu’il chante avec une guitare acoustique ? Qu’il soit moche, qu’il chante faux, qu’il joue avec des moufles, elles se collent à lui comme des mouches.

Un vieux con avec du matos photos, qui soit fripé, mauvais ou très grognon, fait un peu le même effet, mais sur une tout autre population de personnes. Ces groupies, apprentis en photographie (ils on eu un boitier pour Noël), veulent absolument partager avec vous cette passion naissante (ils viennent de découvrir qu’il y a un flash sur leur reflex), comparer leur engin avec le votre (la longueur, ça compte énormément) et échanger sur les techniques de la photographie.

Honnêtement, je préférerai que ce soit de jolies filles voulant poser pour moi, mais bon.

J’ai certainement été comme eux, il n’y a pas si longtemps que ça, mais aujourd’hui, je dois avouer qu’ils me fatiguent un peu.

Lorsque j’arrive à un concert et que je déballe le matériel pour effectuer les premiers réglages, j’échappe rarement à la conversation stérile suivante :

Le groupie – ça doit faire de meilleur images qu’un iPhone votre appareil

“Rho putain c’est parti !”

Moi – oui et non, en fait ça n’a pas grand chose à voir, il est possible de faire de très bonnes photos avec un iPhone.

Le groupie – le problème c’est la lumière, c’est ça ?

“Ben oui, avec ton objectif ouvert à f 5.6 et ta vitesse à 1/800, ça doit être sombre mon gars, c’est clair”

Moi – l’ouverture fait beaucoup pour la lumière en effet.

Le groupie – oui, oui, la focale, et ta focale à toi c’est 800 ZO ?

“Je vais te la foutre dans la gueule ta focale moi.”

Moi – heu oui, c’est ça, 800 ISO.

Le groupie – et les réglages, c’est quoi, parce que le mode auto…

“Vroum vroum !”

Moi – manuel.

Le groupie – tout manuel ?

“Devine.”

Moi – ben oui.

Généralement la conversation s’épuise alors, mais il y a les coriaces. Ceux qui se lancent dans un débat sur les boîtiers argentiques alors qu’ils photographient en mode Auto sans même passer par un format RAW.

L’argentique c’est un peu de vinyle de la photographie, un sujet sans fond où chacun y va de ses arguments subjectifs. Sauf que je suis assez vieux pour avoir connu, photographié et développé en argentique. L’idéalisation de la pellicule Kodak T-MAX et des bains pour développer qui encombrement les toilettes, c’est bon, j’ai donné. Je suis très loin de maîtriser suffisamment les techniques de laboratoire pour approcher le travail que j’effectue sur du RAW avec Lightroom, alors passons.

Revenons aux casses-bonbons. Le plus souvent, ces gens lancent le sujet de la photographie pour dériver ensuite sur le réchauffement climatique (à croire que j’ai une tête de climatologue), le complot contre l’humanité, ces ondes qui nous contrôlent (faut croire que j’attire les cinglés) et j’en passe.

Cependant, quelques fois, je tombe sur un vrai photographe, un mec vraiment doué, qui avec un petit hybride et une optique passe partout va faire cent fois mieux que moi avec mes six kilos de d’équipement. Des personnes qui, patiemment, m’écoutent pérorer sur la photo alors qu’ils en savent bien plus que moi et possèdent un vrai talent.

Dans ces cas là, devinez qui est le casse-burnes ?

Va falloir que je me montre plus conciliant la prochaine fois avec l’emmerdeur de service qui m’abordera… Nous sommes tous l’emmerdeur de quelqu’un finalement.

La nouveauté

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J’aime la nouveauté.

J’adore découvrir une série télé, la première saison. Dès la seconde, il arrive fréquemment que je m’ennuie. Dans un Marvel, ce qui m’intéresse, c’est le moment où l’homme se transforme en super héro, après, je m’en tape un peu. La découverte d’un groupe de rock est toujours un bonheur, une surprise, je m’enthousiasme pour l’album que j’écoute, mais lorsque j’explore ensuite le reste de leur discographie, mon engouement premier retombe parfois. Pour les jeux vidéos, c’est la même chose, je m’amuse les premières heures mais il est rare que j’aille jusqu’à la fin, préférant explorer un nouveau game play, un nouvel univers.

L’ennui me gagne rapidement.

Paradoxalement je suis un affreux pantouflard, qui aime rester chez lui, faire les mêmes promenades encore et encore, revoir des films vus des dizaines de fois et qui partage sa vie avec la même personne depuis maintenant près de trente années. Je suis également fidèle en musique (40 années de rock progressif), en lecture avec les auteurs dont je lis tout, vraiment tout.

Je me passionne soudain pour un sujet, le jeu de rôle, le celtisme, la musique, l’astronomie, la littérature médiévale, le mégalithisme, l’informatique, la photographie et j’y consacre tout mon temps, mon énergie et mes économies avant de passer à autre chose. Je ne vais jamais franchement jusqu’au fond du sujet, effleurant la question jusqu’aux premières vraies difficultés qui me rebutent.

Je suis surtout un flemmard.

Au travail je m’ennuie vite également. Combien de postes ai-je occupé depuis mon entrée dans l’administration ? Observateur, prévisionniste, informaticien, climatologue, programmeur, chargé d’études, responsable réseau, chargé de support… Presque à chaque fois, je suis content de changer de travail, de bureau, de collègues et au bout de quelques mois, l’ennui me gagne à nouveau.

J’ai la chance de vivre l’AP 2022, programme, qui depuis un an et demi, nous donne une visibilité de quelques trimestres sur le poste que nous occupons et sur l’organisation géographique de nos activités.

Finalement c’est cool de changer tout le temps.

Après avoir programmé sur des technologies de pointe, je sale les accès des bâtiments lorsqu’il neige, je déplace des armoires, j’immobilise des achats, je réceptionne les colis et j’ouvre la porte au facteur à 15h45. J’ai un nouveau bureau tout neuf qui vient hélas d’être inondé.

Je ne sais vraiment pas pourquoi notre navire (le bâtiment ressemble vaguement à un bateau vu de haut) prend l’eau, au sens littéral comme figuré, mais, si nous faisons rien nous allons sombrer. Les fenêtres, récemment remplacées, laissent passer la pluie, comme cela vient de se produire dans mon bureau. L’étanchéité du toit, refaite plusieurs fois en peu de temps, ne semble guère efficace et à chaque orage, plusieurs bureaux sont noyés sous les eaux diluviennes. Ridicule pour un service météorologique. Les agents, plus liquides encore que l’eau, fuitent vers d’autres services, s’enfuient face au raz de marée de la réorganisation. Les anciens partent à la retraite. C’est la débandade et rien ne vient remplir les locaux à part de l’eau qui s’insinue dans les bureaux déserts les jours d’averses.

Hier trois occupants pour 10m², les uns sur les autres, aujourd’hui une seule personne devant trois ordinateurs éteints. Une pièce sur trois est vide, nous souffrons de trop d’espace et de trop de silence. Nous revendons les meubles devenus inutiles, achetés à prix d’or sur des marchés nationaux. Nous démontons les bureaux, nous déplaçons les armoires, nous vidons le France pour le vendre à la ferraille.

Tout bien considéré, même la nouveauté je me lasse.

Photo Mattons – Art – 9

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Qu’est-ce qu’une belle photo ?

J’entends souvent dire que la photographie n’est pas de l’art, qu’il s’agit juste d’une technique. J’aurai du mal à trancher la question sachant que certaines installations composées de fil de fer et de WC brisés sont classées dans l’art contemporain.

Mais au-delà de ce débat, qu’est-ce qui fait un beau cliché ? Je suis toujours curieux de voir l’accueil que reçoit une photo que je publie. Celles que je trouve réussies éveillent souvent peu d’intérêt alors que d’autres, pour moi plus banales, déclenchent parfois des passions (enfin, disons qu’elles dont sont plus appréciées que mes favorites).

Certains puristes estiment qu’une image retouchée n’est plus une photographie et livrent des clichés argentiques dépourvus de tout artifice. D’autres louent des images retravaillées pendant des heures qui finissent par ressembler plus à de pures créations de synthèse qu’à des clichés. Pour ma part, étant incapable d’une belle image sans quelques ajustements, je me range entre ces deux extrêmes.

Faut-il qu’une image porte en elle un message pour qu’elle soit intéressante ? Ici encore je ferai une réponse de normand. Je fais des photos autant pour l’esthétique que pour parler de quelque chose. Celles qui ont un message sont plus fortes, les autres sont souvent plus belles.

Quand une photo forte est belle, elle remporte toujours un franc succès.

J’ai élu tout seul cette image “ma meilleure photo 2018”. Elle n’a pas forcément déchaîné l’enthousiasme populaire, cependant, elle me plaît, ce qui est rare. C’est l’essentiel non ? La perspective me semblait intéressante traitée en noir et blanc, et ce lieu fréquenté de Strasbourg s’est retrouvé soudain déserté ou presque, avec cette unique silhouette venant vers moi, presque idéalement positionnée, qui ajoute un élément humain au décor.

Étrangement, celle qui a remporté le plus franc succès, c’est cette éclipse de lune, prise à l’arrache une nuit d’insomnie. Elle porte en elle l’aura d’une éclipse et l’esthétisme d’une photo astro réussie. C’est pourtant un cliché très moyen de ma collection lunaire. Cependant, c’est la photographie qui a été la plus saluée dans mon exposition, sans doute parce qu’elle reflète un moment astronomique singulier.

Je suis en train de finaliser mon album 2018, difficile choix des clichés que je ferai imprimer en livre A4 pour garder quelques souvenirs. Des portraits, des photos de quelques concerts, de la street photo et quelques paysages. Cela me permet, depuis 2015, de constater l’évolution de ma technique, de mes choix esthétiques, des sujets et de contempler narcissiquement, les jours de pluie, mon nombril.

Et vous, quel est votre plus belle photo de l’année passée ?