Marillion – An Hour Before It’s Dark

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J’ai découvert Marillion à la sortie de Fugazi et ce fut un coup de foudre. Il faut dire qu’à l’époque mon univers musical se limitait à Genesis, Peter Gabriel, Steve Hackett, Harmonium et Kate Bush. 

Je devins un adulateur du grand Fish avec Misplaced Childhood et désespéré après son départ du groupe.  Le remplacement fut difficile à vivre jusqu’à un certain concept album intitulé Brave suivi de magnifiques disques comme Anoraknophobia ou Marbles.

Mais depuis ce dernier, je trouve que la bande à Hogarth tourne en rond. Si les textes ont gagné en puissance comme dans le magnifique ‘Gaza’, la musique, elle, s’est endormie sur ses lauriers, oubliant de nous surprendre.

Je n’attendais donc pas grand chose de An Hour Before It’s Dark. Du coup, je n’ai pas été trop déçu.

Le dernier Marillion s’écoute agréablement. Plusieurs titres fleuves, de beaux textes, quelques trouvailles qu’ils auraient pu développer et ses tonalités confortables que l’on retrouve sur tous leurs albums depuis quelques années.

Du rock progressif pantouflard, plaisant à entendre, sans risque de déplaire, mais qui n’en fera certainement pas l’album de l’année et encore moins le sommet de leur carrière. Bref un truc pour les vieux fans qui ne veulent pas être dérangés dans leurs habitudes.

Sauf que moi, je veux être bousculé par la musique, je veux qu’on me surprenne, que l’on m’émeuve, je veux découvrir de nouveaux horizons, je veux de l’inconfort, je veux des sensations fortes. Et An Hour Before It’s Dark n’y arrive pas vraiment.

Les chœurs new age de ‘Be Hard On Yourself’ m’ont fait rêver quelques secondes comme la première partie de ‘Care’, qui est au passage le quart d’heure le plus original de l’album. Il y a bien un instrumental, un exercice trop rare chez Marillion, mais bon, ce ne sont que quelques petites secondes d’entropie dans le disque.

‘Be Hard On Yourself’ commence donc plutôt bien avec son joli refrain mais s’égare en chemin. ‘Reprogram The Gene’ n’a franchement pas grand intérêt musicalement parlant avec une première moitié très compacte et une seconde sans grand contenu.

Le trop court instrumental ‘Only A Kiss’ me laisse sur ma faim, laissant place au single ‘Murder Machines’ d’un classicisme marillionesque exemplaire.

Par chance, ‘Crow Nightingale’, sans être révolutionnaire, propose enfin quelque chose d’un peu plus plus aéré et différent. Mais c’est avec ‘Sierra Leone’ que je commence enfin à me faire plaisir, dix minutes de Marillion tout en subtilité, émotions et revirements savamment dosés. 

‘Care’ conclue l’album de belle manière, tout particulièrement avec sa première partie qui sort clairement du lot. Il s’agit de mon titre préféré avec le précédent.

Marillion n’aurait pas écrit FEAR, Sounds That Can’t Be Made, Happiness is the Road et Marbles avant An Hour Before It’s Dark, j’aurai certainement crié au génie.

Teeshirt : Marillion

Giant Sky – Giant Sky

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C’est en écoutant Visions de Soup sur Bandcamp que j’ai découvert Giant Sky

En bas de la page de cette plateforme de streaming, sous les tags, vous pouvez trouver des albums recommandés par le groupe que vous écoutez ainsi que des artistes similaires. Une belle manière d’élargir ses horizons musicaux.

Giant Sky est le nouveau projet du frontman de Soup, Erlen Aastad Vigen, un projet dans lequel on retrouve également Espen Berge, de quoi avoir quelques craintes pour l’avenir de Soup.

Pour cette découverte, j’ai opté pour la version dématérialisée, ne sachant pas vraiment où je mettais mes pieds. Car Giant Sky est plus shoegaze, folk, cinématique et expérimental que progressif pour tout vous dire. Il y a des passages carrément fumés comme dans la septième partie de ‘The Further We Go The Deeper It Gets’.

L’album éponyme dure quarante neuf minutes pour sept morceaux allant de une à douze minutes sur lesquels se croisent les voix de quatre femmes, d’un homme, du violon, de la flûte, de l’orgue d’église et plein d’autres instruments joués par Erlen.

Le résultat peut sembler déroutant au début avec ce mélange d’électro dans ‘Broken Stone’, de musique de chambre dans ‘Interlude’, d’expérimental, de shoegaze ou de rock alternatif acoustique dans ‘Out Of Swords’. 

Les six premières parties en douze minutes de ‘The Further We Go The Deeper It Gets’ ressemblent à du Vangelis où Danny Cavanagh jouerait des guitares sur des inspirations folk façon Mike Oldfield.

Dans ‘Broken Stone’, vous retrouverez cette guitare assez fabuleuse qui résonne dans Soup. Un titre de plus de neuf minutes à la seconde partie très synthwave qui laisse place à un interlude flûte et piano qui me fait songer à Harmonium.

‘No Cancelling This’ pourrait vous rappeler des derniers albums d’Archive, tout particulièrement le magnifique Axiom, alors que le mélancolique ‘Out Of Swords’ ressemble à un single de Petter Carlsen. 

L’instrumental cinématique expérimental ‘The Further We Go The Deeper It Gets Pt. 7’ est assez raccord avec la fin du titre précédent et sert de pont d’envol pour propulser ‘Breathing Patterns’ aux belles envolées de flûtes.

J’ai acheté Giant Sky par curiosité et j’avoue avoir eu du mal à rentrer dedans au début. Mais leur univers musical s’est peu à peu imposé à moi et quelques morceaux comme ‘The Further We Go The Deeper It Gets’, ‘Interlude’ et ‘Out Swords’ m’ont réellement séduits.

Giant Sky est un groupe à placer en surveillance rapprochée.

Teeshirt : IQ

Big Big Train – Welcome To The Planet

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Vous l’avez certainement appris, le frontman de Big Big Train, David Longdon nous a quitté le 20 novembre 2021, laissant le groupe orphelin. Il nous lègue en héritage, leur dernier album Welcome To The Planet, un concept en deux parties qui renoue avec le meilleur de leurs compositions.

Je ne dis pas ça pour saluer la mémoire d’un défunt, ce n’est pas mon genre, la preuve, leur précédent disque Common Ground est déjà oublié. 

Je dis ça parce que Welcome To The Planet, c’est plus de trois quart d’heure en deux parties et neuf morceaux du meilleur de Big Big Train dont le délicieux ‘Propper Jack Froster’ sorti en clip animé quelques jours avant l’album.

Pour mémoire, la formation a su s’entourer au fil des années d’artistes d’exception comme Nick D’Virgilio anciennement batteur puis chanteur de Spock’s Beard, de Rikard Sjöblom, le frontman Beardfish, ou encore de Carly Bryant arrivée récemment. 

Ils signent avec Dave Foster, David Longdon et Gregory Spawton les titres de ce magnifique album qui renoue avec la fraîcheur toute britannique de Grimspound.

Sorti du second instrumental ‘Bats In The Belfry’, qui avec ses sons huit bits accompagnant la batterie, ne m’ont pas franchement convaincus, j’ai trouvé cet album quasi parfait.

L’association des voix de David et de Carly sur ‘Proper Jack Froster’ et ‘Welcome To The Planet’ est un pur régal. J’ai également apprécié l’entrée en matière de ‘Made From Sunshine’, serait-ce un clin d’œil à Get Back ? 

Et puis il y a cette profusion d’instruments les cuivres, la flûte, le violon, l’accordéon, l’orgue, les claviers vintages qui offrent une riche palette sonore au rock progressif aux accents parfois canterbury de Big Big Train.

Parmi mes titres préférés du moment vous entendrez ‘The Connection Plan’ au violon endiablé, le mélancolique ‘Capitoline Venus’ acoustique, ‘Proper Jack Froster’ délicieusement nostalgique et bien entendu ‘Welcome To The Planet’ qui s’achève quasi gospel.

Rest in peace David. Tu t’en vas en nous laissant un chef d’œuvre inachevé puisque tu ne le joueras pas en live avec tes amis.

Je suis certain que tous les amateurs de Big Big Train connaissent déjà l’album par cœur. Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore ce groupe et qui aiment le canterbury et le rétro progressif, je ne peux que vous recommander chaudement Welcome To The Planet. Vous pouvez le découvrir dans son intégralité sur Bandcamp avant de vous décider, alors allez-y.

Teeshirt : Cris Luna

Soup – Visions

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Vous savez, c’est compliqué les goûts et les couleurs. Allez comprendre par exemple pourquoi Visions m’a tapé dans l’œil alors que les précédents albums de Soup m’avaient barbés. 

C’est Alias qui m’a donné envie d’y jeter une oreille, il venait de l’acheter sur Bandcamp. J’ai commandé le vinyle après avoir écouté seulement un titre. Bon ok, un titre d’un quart d’heure tout de même.

Fin 2018, j’avais eu l’occasion de boire le potage chez Paulette avec The Watch et je n’avais pas été emballé, pas plus que par leurs albums Remedies et The Beauty Of Our Youth. Mais c’était aussi à l’époque où j’écoutais de la musique au kilomètre et qu’il me fallait des doses de plus en plus concentrées pour prendre mon pied.

Visions, dans son édition normale, propose cinq titres dont le long ‘Burning Bridges’ et le, à peine plus court, ‘Kingdom Of Color’. En fait, sorti de l’instrumental ‘Skins Pt. 1’, tous les morceaux dépassent les sept minutes. Un vinyle rouge marbré dans une double pochette 3D avec un livret photo, un CD et des paroles sur une feuille volante. Un magnifique packaging qui ne pêche que par la qualité du pressage du disque, dommage, car c’est l’essentiel. 

L’album met en place un monde sonore éthéré post-rock, progressif, cinématique planant et majestueux. Visions possède un parfum de nostalgie progressive, des couleurs pastel seventies, un je ne sais quoi de In The Court Of The Crimson King. Des guitares à la Steve Rothery, Steven Wilson et David Gilmour habitent ces morceaux riches en claviers et sections instrumentales.

‘Burning Bridges’, qui ouvre ces visions, se compose de cinq mouvements : 

une ouverture cinématique stellaire à la guitare et claviers, une balade wilsonienne au piano, basse ronde et flûte traversière qui vire au post-rock, un chant vocodé sur des claviers SF grandioses peuplé de bruitages, une guitare marillionesque suivi de claviers et voix désincarnées et un final en apothéose instrumentale.

Rien que pour ces quinze premières minutes, le disque mérite le voyage.

‘Crystalline’ qui suit avec sa guitare acoustique et le violon, diffuse un doux parfum progressif mélancolique avant qu’une trompette ne s’invite dans la partition et que l’enregistrement ne se fasse de plus en plus parasité.

‘Skins Pt. 1’ propose alors un bref interlude instrumental au piano avant d’attaquer la seconde plus longue pièce de l’album, le magnifique ‘Kingdom Of Color’. Le titre, façon vieille Angleterre, s’offre un premier et délicieux solo de guitare à la manière de Rothery puis un second, acoustique, dans l’esprit de Steve Hackett.

Les seconde et troisième parties de ‘Skins’ terminent Visions, une chantée acoustique et la dernière instrumentale avec une sublime guitare sur des claviers vintages.

Depuis quelques jours, l’album passe sans relâche dans la maison

J’ai toutefois quelques regrets avec Visions. Celui de n’avoir pas commandé la version longue. Celui de ne pas l’avoir écouté en temps et en heure car il aurait été élu album de l’année 2021 et enfin, mon plus grand regret, c’est qu’il s’agit peut-être du dernier album de Soup, leur chant du cygne avec la naissance de Giant Sky dont je vous parlerai très bientôt.

Teeshirt : Star One

Compressé n°2

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Le grand méchant JC est de retour avec un second numéro de compressé, des albums qui n’ont pas trouvé grâce à mes oreilles même si je me suis efforcé de les écouter plusieurs fois.

Commençons en France avec MDS.

Je suis le groupe Monnaie de Singe depuis leur album Error 404. Tout d’abord dans la mouvance trip-hop, la formation a viré au rock progressif, perdant au passage leur chanteur.

Après Error 404, un disque qui figure dans ma discographie idéale, ils sont sorti un concept album de fin du monde intitulé The Last Chance. Et cette année, après une longue attente, leur crowdfunding a donné naissance à un récit nordique, The Story Of Rose Ola Seks.

Si The Last Chance ne m’avait pas complètement convaincu, The Story Of Rose Ola Seks m’a tout simplement déçu. 

L’histoire de cette folle prend trop le pas sur la musique et étant donné que Anne-Gaelle n’est pas franchement une cantatrice, dès le second titre, je me retrouve noyé dans une couche de poudreuse maculée de sang dans laquelle il est difficile de progresser.

J’aurai bien aimé vous dire que cet album m’a plu, d’autant que j’ai contribué à son financement, mais sincèrement non, il va être très vite oublié.

Passons à une autre déception, et de taille celle-là. C’est le dernier Glasshammer, Skallagrim.

Encore un concept album, encore un groupe pas très connu.

Je me souvenais de Glasshammer comme du digne successeur de Yes avec son rock progressif symphonique et ses harmonies vocales délicieuses. 

Cette époque semble révolue. Seuls Fred et Steve ont survécu à cette époque bénie. Le son de Glasshammer s’est fait plus épais avec une chanteuse à coffre à la place du génial Jon Davison.

Dommage, car l’artwork de ce dernier opus est réussi et que sur les treize morceaux, on compte trois pièces de plus de sept minutes. 

Mais voilà, la dentelle des compos a fait place à une basse lourde, une rythmique quasi metal sans parler d’un chant tout sauf délicat. Encore un CD qui va rejoindre le cimetière. Par contre le teeshirt, lui, je le garde, il est magnifique.

La troisième erreur de casting a pour nom Chain Reaktor.

Je ne sais même plus pourquoi je l’ai commandée, surtout en vinyle. Peut-être pour la pochette…

Si j’avais été plus attentif, j’aurais remarqué que les deux fils de Erik Laan de Silhouette, étaient à l’origine de la chose avec leur papa. Leur précédente expérimentation, le groupe Skylake, avait été pourtant très décevante. 

J’ai l’impression que les frangins ont les yeux plus gros que le ventre. Ils devraient s’essayer à des projets moins ambitieux.

La prod du vinyle est assez désastreuse (par chance j’ai aussi le CD). La musique aurait été sympa avec un bon mix, mais la tessiture à quatre notes de Bart et son timbre passe partout achève l’album. 

La quatrième victime de cette hécatombe s’appelle The Mandoki Soulmates.

Utopia for Realists est un album que j’ai acheté après l’écoute du très beau titre ‘The Torch’. Pour ma défense, je ne connais pas Leslie Mandoki et très peu les musiciens figurants sur cet album.

L’idée était de composer autour de la musique de Béla Bartok et si je retrouve bien l’esprit du maître hongrois par moment, je ne suis pas certain que le mélange prog, classique, folk et jazz fasse bon ménage ici.

Les dix-neuf artistes présents sur cet album sont d’excellents musiciens, certaines sections sont éblouissantes, mais l’ensemble est relativement déconcertant. 

C’est un peu du Unitopia en très pointu. Je ne dis pas que l’album ne soit pas bon, loin de moi l’idée, c’est juste que je n’accroche pas.

Teeshirt : Glasshammer

Alex Henry Foster – windows in the sky

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Le 28 octobre j’étais à La Laiterie à Strasbourg pour écouter The Pineapple Thief. Et en première partie, se produisait le québécois Alex Henry Foster, l’ex leader du groupe Your Favorite Enemies.

Je m’attendais à un gars seul devant un micro avec sa guitare électro acoustique. A la place, ce furent deux batteries, trois guitares électriques, des claviers, une saxophoniste choriste et un frontman fou à lunettes embuées qui envahirent la scène.

Après une longue ouverture post-rock cinématique, une bombe explosa le dôme de silence, une tempête de colère froide, d’infra basses, de guitares jouées à l’archet et une voix mi slam mi chantée désespérée. Un tsunami émotionnel et sonore de plus de quinze minutes intitulé ‘The Hunter’. J’étais à terre, conquis.

Ce n’est pas tous les jours qu’une première partie me fait cet effet là. Surtout lorsque je ne connais pas l’artiste. Alors, évidemment, je suis reparti avec le vinyle dédicacé par Alex et le teeshirt pour faire bonne mesure. 

La pochette où figure un portrait de l’artiste flouté, cache deux étuis blancs qui ensemble reconstituent la photographie en noir et blanc d’un colibri, oiseau symbole de guérison de l’âme. 

Et il devra œuvrer cet oiseau-mouche pour soulager l’infinie douleur qui règne sur cet album.

windows in the sky est un premier album d’une heure et huit morceaux qui n’aurait jamais dû exister. Un voyage thérapie à Tanger aux confins du chagrin où Alex parle du deuil, celui de son père décédé en 2016.

Post-rock, cinématique, trip-hop, parlé, chanté, l’album ne possède pas la violence de leur prestation live. Il est nettement plus en retenue et moins contrasté. 

Cela n’enlève rien à sa beauté torturée, devenue juste plus intérieure. Le voyage se fait également avec les mots traduits en français que vous pourrez découvrir sur son site. Une manière de mieux comprendre l’univers désespéré de windows in the sky.

Alex m’a expliqué à la fin du concert, que chacune de ses prestations live était différente avec toujours une grande part d’improvisation. 

Si vous écoutez Standing Under Bright Lights, son live à Montréal sur Bandcamp, vous pourrez apprécier la différence avec l’album studio.

Fort, torturé, désespéré sont des adjectifs qui collent à la peau de cet album atypique. Attention cependant, si vous êtes dépressif chronique, évitez son écoute à haute dose, ça ne va sans doute pas vous aider beaucoup.

Une voix désespérée déclame des “The Beginning Is The End” sur des cordes torturées, des battements de coeur, des basses et des claviers cinématiques hallucinogènes. 

La musique se cherche, se répète, annonçant la tempête qui n’explose jamais vraiment. Des constructions sonores planantes et tendues rythmées par les mots de Alex Henry.

L’album, en plus d’être sublime, remue beaucoup d’émotions enfouies en nous. Mais peut-être faut-il être un rescapé de l’existence pour appréhender pleinement la beauté de windows in the sky. 

Teeshirt : Alex Henry Foster

Trifecta – Fragments

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Je ne vais pas vous parler de la carrière solo du leader de Porcupine Tree mais de trois des musiciens qui ont joué avec lui : Craig, Adam et Nick.

Au début Trifecta n’aurait pas dû faire l’objet d’une chronique. Je l’avais écouté d’une oreille distraite sur Bandcamp sans y trouver d’intérêt. Mais en passant chez mon disquaire, je suis tombé sur cette affreuse pochette rouge et me suis dit, allez, pourquoi pas ? Faut dire, je venais d’acheter Operation Mindcrime et le dernier Coldplay, je n’étais plus à ça près.

Trifecta c’est le meilleur de Wilson sans Steven Wilson, à savoir Craig Blundell, Adam Holzman et Nick Beggs, de fabuleux techniciens du prog qui se louent très cher pour une tournée.

Fragments est principalement un album de prog fusion instrumental de haut vol relativement accessible, même par son prix. 

Quand j’ai posé la galette sur la platine, j’ai été immédiatement scotché par le superbe mix d’Adam doublé d’un master aux petits oignons signé Andy VanDette. Un travail auquel le streaming de Bandcamp ne rend franchement pas honneur.

L’album se compose de quinze fragments aux noms improbables, entre prog, jazz, gospel et expérimental, où les trois magiciens se répondent sans tirer la couverture à eux. 

Trifecta c’est un peu le Liquid Tension Experiment du prog fusion avec l’inspiration en plus. On y retrouve d’ailleurs les couleurs de Steven Wilson avant qu’il ne sombre dans sa bouillasse électro commerciale.

Ici le son est d’une rare précision, magnifiant la finesse du jeu de nos trois compères, les basses, le stick Chapman, le Minimoog, les Korg, l’orgue Hammond et la batterie. Un pur régal audiophile.

Ces fragments se révèlent plus rythmiques que mélodiques, parfois enjoués (‘Proto Molecule’), parfois angoissants (‘Have You Seen What The Neighbours Are Doing ?’.

Sur le galopant ‘Clean Up On Aisle Five’, Adam impose avec force de claviers un style progressif, peut-être pour séduire les fidèles, mais dès ‘Check Engine Light’, l’album change de tonalités. 

La proto molécule du troisième fragment est clairement jazzy comme ‘Sally Doo Dally’ alors que ‘The Enigma of Mr. Fripp’ est à l’image du jeu du guitariste de King Crimson, un peu hermétique il faut l’avouer comme le titre ‘Lie 2 Me And Take My Money’.

Le dixième fragment est chanté par Nick, le chien de Pavlov qui tue le chat de Schrodinger. Il fallait quand même l’inventer.

J’aime également beaucoup l’atmosphère cinématique de ‘Dry Martini’ dans laquelle le trio mélange les genres.

Ces fragments sont variés, intelligents, tout en subtilité, techniques mais pas du tout prise de tête. De la musique très complexe facile à écouter.

L’album de l’année devait être Aphelion ou One To Zero que je n’arrivais pas à départager. Fragments est arrivé à point pour trancher le débat.

Teeshirt : Steven Wilson

Fleesh – Eclipsed

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Le duo Fleesh s’est fait connaître par ses reprises de Rush, Marillion, Renaissance ou encore Genesis, mais Gabby et Celo ont également composé trois albums, What I Found en 2017, Across The Sea en 2019 et Eclipsed cette année.

Il est certainement plus facile d’écouler des compilations de reprises de groupes connus que de percer avec ses propres compos de rock progressif. Surtout lorsque l’on est pas franchement connu. Alors Fleesh joue sur les deux tableaux, un peu comme The Watch.

J’ai presque tous leurs disques excepté leur tribute à Renaissance, sans doute parce que je n’aime pas trop Renaissance. Alors lorsqu’ils ont annoncé la sortie de leur nouvel album Eclipsed, j’ai passé commande du CD malgré des frais de port plus que dissuasifs.

Gabby chante et Celo est l’homme orchestre. Comme sur leur clips, le barbu rondouillard joue des guitares, claviers et basse quand la blonde au piercing chante, parfois accompagnée d’une guitare acoustique.

La voix de Gabby, un peu monotone au début, a gagné en personnalité sur cet album et si la musique s’inspire de Marillion comme dans ‘One By One’ et de Pink Floyd sur ‘Till The Morning Comes’, elle se forge peu à peu sa personnalité.

Après le concept album Across The Sea très prometteur, Eclipsed confirme les espoirs que j’avais placé dans ce jeune duo brésilien.

Eclipsed raconte une histoire en une heure et onze morceaux. Comme sa pochette le suggère, une éclipse solaire qui éclaire une montagne de crânes survolée d’oiseaux charognards, Eclipsed ne vibre pas d’ondes positives bien au contraire et la plongée dans le livret aggrave cette sensation. 

Voici les premières paroles de ‘Stuck’  : “Quelque part à l’intérieur de ce chaos, je suis toujours en vie. Je suis juste allée trop loin pour en comprendre tous les signes.”. 

On dirait que Fleesh poursuit son récit sur la dépression entamé dans Across The Sea, les textes elliptiques livrent des états d’ames plus qu’une histoire à moins que je n’ai rien compris encore une fois.

‘All My Sins’, riche d’éléments symphoniques, est une des pièces les plus puissantes de l’album et une belle réussite vocale. J’ai également adoré les claviers très néo prog qui ouvrent l’album avec ‘Stuck’ et j’ai aimé le solo guilmourish de ‘Till The Morning Comes’ qui commence pourtant comme un blues.

Eclipsed n’est pas parfait. Il est très dense avec beaucoup de chant et une production perfectible.

N’empêche, je l’aime beaucoup et je vous recommande sa découverte, peut-être en numérique étant donné les frais de port exorbitants. 

N’hésitez pas à découvrir également leurs albums cover. Mon préféré est celui de Genesis sorti tout récemment.

Teeshirt : Marillion

Genesis – The Last Domino ?

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Teeshirt : Porcupine Tree – Deadwing 2005

Vous connaissez la différence entre Isaac Asimov, Mike Rutherford, Phil Collins et Tony Banks ? Allez je vous donne deux indices, lisez bien : livre et disque. Alors vous avez trouvé ? Ben y en a pas. On les trouve tous les quatre dans le même magasin.

Des fois, je rentre dans une boutique pour m’offrir un truc, n’importe quoi, mais un truc. C’est ce qui m’est arrivé il y a peu, je suis rentré à Cultura et suis sorti avec Foundation, le bouquin d’Asimov et le coffret The Last Domino ? de Genesis.

Foundation, je n’avais jamais réussi à le lire mais la série Apple à relancé mon enthousiasme. Pour ce qui est de Genesis, j’ai déjà tous leurs albums et plus encore. 

C’est mon troisième amour musical après Johnny Hallyday et AC/DC. Preuve que l’on peut toujours s’améliorer avec l’âge.

Je n’écoute que rarement mes disques de Genesis aujourd’hui. Il faut dire que je les connais par cœur en fait. Alors pourquoi ce coffret ? Parce que je ne les verrai pas en live ? Même pas. S’ils étaient passés à Strasbourg, je ne serais pas allé les écouter. Pour la collection alors ? Sans doute un peu. Mais c’est surtout parce j’aime les vinyles, alors un coffret de quatre galettes 180 grammes, sorte de best of de la période Collins, comment résister ?

Je possède également Kdrive, la compile de 2014 qui ne sort jamais de son étagère. Mais The Last Domino n’est pas du même tonneau. C’est une compilation moderne du trio infernal, bourrée de tubes, un magnifique objet au son fabuleux. Depuis que je l’ai, j’écoute au moins un des vinyles chaque soir pour le plaisir.

Quatre pochettes reliées dans une couverture rigide protègent les vinyles glissés dans des étuis à l’effigie de chacun des musiciens et du trio, chaque fois avec une petite citation. Sans surprise, celle de Phil est la seule qui soit drôle : “It’s a democracy as long as we agree with Tony”.

De nombreuses photographies agrémentent cette compile, les trois vieux mais aussi leurs compagnons de tournées. En cherchant bien (il est caché au fond d’une pochette), vous trouverez un code de téléchargement  pour ces titres que vous avez déjà à la maison. Car n’espérez aucun inédit ou version déviante, ici, c’est de l’archi connu.

Vingt sept tubes remplissent le coffret : ‘Home By The Sea’, ‘No Son Of Mine’, ‘Abacab’ et quelques reliques du prog pour ne pas fâcher les vieux comme moi ‘Dancing With The Moonlit Knight’ ou encore ‘Firth Of Fifth’. La cohabitation de ces deux mondes peut perturber comme passer de ‘Carpet Crawlers’ à ‘Abacab’ sur la face B de la dernière galette mais ils ont évité de coller ‘The Knife’ avant ‘Congo’, c’est déjà ça.

The Last Domino ? est un super cadeau de Noël pour votre grand-père audiophile atteint de collectionnite aiguë et pour lutter contre son alzheimer inéluctable. 

Bref un truc pour les vieux riches qui ne savent pas quoi faire de leur fric.

EPs n°1

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Le crowdfunding est ici : Glagla

J’adore la routine, surtout pour la mettre à mal. Alors après vous avoir livré des brèves peu enthousiasmantes, je voudrais me racheter avec une nouvelle chronique de quelques EPs qui ne tiendraient pas le temps d’une vidéo.

Mais au fait, c’est quoi un EP ? 

EP, s’opposant à LP ou long play (un format musical de 45 minutes à une heure), signifie extented play, en gros plusieurs titres accompagnant un single, sorte de super 45 tours de ma jeunesse avec des faces A, B, C et D. Il s’agit souvent d’un disque intermédiaire entre deux albums ou bien un moyen de lancer un groupe sans pour autant prendre de gros risques financiers. Il s’agit aussi parfois pour le groupe de fourguer des morceaux sympas qui ne trouvaient pas leur place sur la précédente galette. 

Voilà pour la culture. Vous voyez, vous mourrez moins bête grâce à ces vidéos…

Commençons par les dames si vous le voulez bien avec Marjanna Semkina du groupe Iamthemorning.

Comme pour son projet avec Gleb, notre chanteuse russe vient de sortir un EP cinq titres que je me suis empressé d’acheter. J’avais été quelque peu déçu par le premier album solo de la petite rouquine. J’avais certainement trop d’attentes à son sujet car sa voix est à tomber par terre et ses compositions fort sympathiques. Peut-être y avait-il trop de folie dans les textes, je ne sais pas. Disillusioned ressemble pas mal au Counting The Ghosts de iamthemorning avec deux titres qui semblent tirés du répertoire traditionnel, les courts ‘Ne Hagyt Itt’ et ‘Land Mins Foour’. Du coup, sorti du l’absence du subtile doigté de Gleb Kolyadin au piano, on pourrait presque confondre les deux projets. Ici c’est un quatuor à cordes qui domine la partition avec la voix de Marjanna et Bela Bartok est à l’honneur sur la seconde pièce.L’EP, s’il est sans surprise, n’en reste pas moins délicieux à écouter, alors pourquoi se priver ?

Pour continuer, parlons de métal extrême si vous le voulez bien. Maladie est un groupe de black métal extrême allemand à la frontière de mon univers inaudible qui sortait le troisième volume de Symptoms cette année. Et Symptoms III n’a justement rien de metal en fait. C’est même plutôt cool à écouter, limite post floyd western écorché. L’EP est le plus souvent mélancolique et devient totalement torturé sur le second titre ‘Tenebrae – second pain’. Un morceau joué au saxo, piano et guitare, qui me secoue les tripes à chaque écoute.Chanté, parlé mais aussi instrumental, Symptoms III est varié, beau et sans être révolutionnaire. Il donne envie d’écouter les deux premiers opus, ce que je n’ai pas encore eu le temps de faire pour tout vous dire. Pour leurs LPs, à vous de voir, mais c’est du lourd, alors faites gaffe.

J’ai déjà dit pas mal de mal de John Mitchell ici mais au fond je l’aime beaucoup. La preuve j’ai le premier EP de son nouveau projet The Kite Experiments.

Aux côtés de John on retrouve Craig à la batterie et Chris Hargrave aux guitares. Comment ça John ne gratte pas les cordes ? Ben non, il semblerait qu’il ne fasse que chanter et jouer du piano, un rôle à contre emploi.Le premier titre ‘Temple Road’ n’apporte rien de neuf à la carrière de Mitchell et j’ai failli regretter ma dépense. Les bonnes surprises arrivent alors avec un ‘The Bridge’ tout en attente en mineur et le dernier morceau délicieusement folk irlandais ‘Long Roads’. ‘Alpha Omega’ rappellera à certains The Urbane et ‘Domus’ Lonely Robot. Atmospherics est un EP sympa qui ravira les fans de John.

Si vous ne deviez choisir qu’un des trois EPs présenté ici, je vous recommanderai Symptoms III, après, vous écoutez ce que vous voulez bien sûr.