Mes bonnes résolutions

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Le début de l’année est un bon moment pour décider de la conduite à tenir pour les 365 jours qui viennent. Après un bilan consternant, voici mes bonnes résolutions 2019 :

Boire plus, car une dizaine de bières et trois verre de vin par an, ce n’est pas assez.

Grossir. Avec mes 60 kilos tout habillé, lorsque le vent souffle en rafale, je m’envole.

Dire du mal des autres, car on ne le fait jamais assez. Et quand je pense à toutes les crasses qu’ils doivent balancer dans mon dos, j’ai de la marge.

Finir les travaux de cette fichue salle de bain avant la retraite, je n’ai pas envie d’être emmerdé par ce genres de choses à 70 ans.

Ne pas faire de sport, ça fait vraiment mal.

Ajouter « is tique » à l’extension de tous les fichiers log de mon serveur, histoire de me souvenir que je ne suis plus informaticien mais magasinier.

Débrancher internet et aller voir mes amis, encore faut-il que je souvienne qui sont mes amis.

Changer de médecin généraliste car à ce train là, c’est à l’autopsie que l’on découvrira de quoi je souffrais.

Arrêter de me plaindre constamment, oui mais bon, si je ne le fais pas, qui s’en chargera ? Bon, je vais me plaindre de manière plus convaincante alors.

Positiver. Cesser d’être l’oiseau de mauvaises augures. Il est possible que mes idées noires influent sur le destin de la planète.

Ne plus mettre de gilet jaune pour aller travailler à vélo. Mare de recevoir le soutient des brûleurs de CO², c’est pas le but, c’est pour éviter qu’ils m’écrasent. En plus, un jour, je risque de me faire arrêter pour activisme passif.

Ne pas prendre de bonnes résolutions pour l’année à venir, je ne les tiens jamais.

Un bilan ?

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Début 2018, j’ai commencé a être opérationnel dans mon nouveau job commencé trois mois plus tôt et qui s’achèvera au tout début 2019.

A l’automne, j’ai failli fermer un webzine qui tournait depuis vingt ans avant de me décider à recruter de nouveaux talents et relancer la machine.

Je me suis débarrassé d’un ado et me fait remettre en place quotidiennement par le second.

J’ai péniblement avancé dans les travaux de réfection d’une salle de bain,
pardon, de l’unique salle de bain de la maison, en chantier depuis 2016.

J’ai décidé de calmer les dépenses du foyer et me suis offert un 70-200 à 2.8 et un plein format.

J’ai limité mes acquisitions de CDs qui prenaient vraiment trop de place et me suis découvert une passion pour les vinyles.

J’ai diminué ma consommation d’expressos, passant de deux mugs et une tasse à une tasse et deux mugs.

J’ai réduit ma présence sur Internet, ne publiant plus que 150 chroniques, 700 actualités, 100 billets d’humeur ainsi que quelques photographies tous les an.

J’ai pris la grande résolution de limiter mon empreinte énergétique avant de m’envoler pour des vacances en Sardaigne.

J’ai acheté un nouveau jean pour remplacer mon pantalon usé puis j’ai repeint la salle de bain avec.

J’ai renoncé aux navets du potager, que personne n’aime dans cette maison, pour semer des rangées de betteraves rouges et jaunes que personne n’a mangé.

J’ai arrêté la morphine, je suis clean maintenant avec des trypans et le Lyrica.

J’ai repris le sport : je me suis réinscrit au club de tennis de table, 30 minutes de marche allez retour.

Et surtout, j’ai enfin ouvert une boutique en ligne, dépensé 150 € en produits divers et récolté 0 €.

Et surtout, j’ai arrêté de poster des billets débiles.

Cadeaux de Noël

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Peut-on définir une personne avec les cadeaux que sa famille lui offre ? Je pense que oui, du moins dans mon cas, mes enfants et ma femme me connaissent bien…

Je suis caféinomane et pendant les vacances en Italie je me régale d’expressos fabriqué avec ces petites cafetières que l’on pose sur la gazinière. Et si, je lui préfère une Senseo au quotidien, c’est pour éviter d’aggraver mon addiction. Mais voilà, ma chérie, voulant nous rappeler nos vacances en amoureux en Sardaigne, m’a offert cet engin du diable, une Rossetto, mama mia, mais sans le paquet Lavazza et les petits biscuits Mulino Bianco qui vont bien, pour que l’instant café devienne une religion, vous ne trouvez pas ça cruel ?

Je lis beaucoup de bds et j’ai hérité, il y a de ça quelques années, de la collection familiale des Astérix, série culte dans notre famille depuis Astérix le Gaulois. Chaque année, mes enfants complètent la collection de raretés, tomes perdus ou définitivement devenus illisibles. Je me souviens avec tendresse, alors qu’ils étaient encore tout petits, ils avaient cassé leur tirelire pour m’offrir un calendrier perpétuel Astérix, calendrier qui trône toujours sur mon bureau au travail. Cette année n’échappant pas à la règle, j’ai eu un Astérix (Le Secret de la Potion Magique, surtout ne l’achetez pas, même pour la collection) mais aussi un calendrier perpétuel de remplacement, celui de Star Wars, car je suis un geek fan de la saga. Star Wars va cette année remplacer Idéfix sur mon bureau au grand dam de mes collègues qui adoraient regarder une case chaque jour. Ceci dit, en 2019, je n’aurai plus de collègues alors bon.

Je suis également un lecteur, lisant tout et n’importe quoi, piquant les bouquins de mon épouse comme ses Pierre Lemaitre dont je suis fan. Ma chérie a eu la bonne idée de m’en offrir un nouveau, Couleurs de l’Incendie, histoire d’inverser les rôles, et pour une fois, de me le piquer, mais attention, pas avant que je ne l’ai lu, soyons clair.

Éternel geek, j’adore les films de science-fiction, bien qu’avec l’âge, cette soif diminue pour de nouveaux centres d’interêt. Mon film culte ? Blade Runner bien sûr ! Et sa continuation Blade Runner 2049, vue au cinéma, revue en DVD emprunté à la médiathèque. Il vient d’arriver en Blu Ray sous le sapin en plastique couvert de guirlandes et de boules multicolores. Pour une fois qu’une suite est à la hauteur de l’original.

Et pour finir cette orgie, une BD, une autre, car personne n’a songé au fait que je suis amateur de photographie. Snif, un Nikon D5 aurait fait joli entre mes mains boudinées de bébé gâté, vous ne croyez pas ? Bon, oui, c’est un peu cher et j’ai presque tout ce qu’il me faut à bien y réfléchir. Donc une BD, le tome 5 du Chat du Rabin, que je n’ai pas encore lu, car oui je sais, j’ai beaucoup de retard de lecture dans mes séries de BDs. Il faut dire que je bois trop de café, regarde trop de films de SF, lis trop de livres, voue un culte à de vielles BDs de l’enfance. Bizarrement, personne n’a songé à m’offrir de CD cette année, il est vrai que je les reçois bien souvent deux mois avant leur sortie alors bon…

Voilà c’était Noël, mon anniversaire arrivant à grand pas, je vais commencer un lobbying intense relatif à un boitier photo plein format hors de prix, mais j’ai peu d’espoir nous avons des frais maintenant. Et à priori, la fausse augmentation du SIMC de cent euros n’est pas pour nous.

Et tonton Macron, qu’a-t-il glissé sous le sapin ? Beaucoup, beaucoup plus de place dans les bureaux et un nouveau travail au 1er janvier, chouette ! Merci tonton !

96 heures chrono

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La vie d’un chroniqueur de rock progressif ressemble souvent à celle de Jack Bauer. Neal Morse parlait de son agenda surchargé, moi c’est presque la même chose, si on oublie le fait que je ne vis pas de cette activité, bien au contraire.

Ordinairement, je consacre une vingtaine d’heures par semaine au magazine. Vingt heures devant l’ordinateur sans parler du temps d’écoute de la musique. 

Mais le weekend dernier était particulier. Même en posant deux journées de congés, je me suis retrouvé totalement débordé.

Vendredi matin, 7h00, me voilà devant le PC à publier chronique et actualité sur le site puis Facebook, Twitter et Google+. Après ces activités récréatives, je prépare les publications pour la semaine suivante, afin que tout soit prêt pour lundi. Vers 13h00, je prends la route pour me rendre au Studio Wan, écouter Out5ide enregistrer son nouvel album. De retour à la maison vers 20h00, je jette une oreille sur les dernières promotions avant de me coucher.

Samedi, aux aurores, je développe les photographies prises la veille et prépare mon texte pour l’article à publier mardi. Après une courte promenade, je me lance dans une nouvelle écoute du dernier Esben and the Witch pour le chroniquer, je me couche pour lire quelques pages de La Longue Route avant de sombrer dans les bras de ma femme.

Dimanche, à 04h00 du mat, une violente migraine me rappelle que je ne suis pas un surhomme et que mon métabolisme ne tient pas la route. En parlant de route, ce soir, je dois faire 400 km pour aller écouter un concert. Concert dit révisions. Je réécoute le dernier album de Soup, Seven de The Watch, je mets un point final au brouillon de la chronique de Nowhere, fait quelques pas au soleil avec mon épouse et part pour la Lorraine avec, par chance un chauffeur, même s’il peste contre les gilets jaunes.

Nous revenons vers 01h00 le lundi, fourbus et pas forcément emballés. A peine cinq heures plus tard réveil, café, publication de la chronique et des news du jour, recherche d’un bug dans la newsletter (non résolu à ce jour), puis commence le tri des cent quarante photographies de la soirée chez Paulette. Développement de Soup, repas sur le pouce, développement de The Watch, écriture du live report et là soudain, horreur, je me rends compte que la nuit est déjà tombée. Il me reste juste assez de temps pour mettre au propre la chronique d’Esben and the Witch pour relecture dans le cloud et il est temps pour moi de me coucher. Demain commence l’activité rémunératrice qui me permettra, le weekend prochain, de continuer à gérer le webzine et à nourrir la famille.

C’est ça “la chance d’être un chroniqueur”.

Allez comprendre

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Je suis rentré dans le saint des saints pour concevoir des outils pensants. Je pensais avoir les compétences requises. Pendant trois ans j’ai codé sous le manteau sur un aéroport puis je suis parti installer des serveurs dans les pays de l’est. Lors d’une soirée arrosée à la vodka, j’ai troqué mes routeurs contre des mathématiques. Très vite, les statistiques se sont transformées en lignes de programme et un jour j’ai enfin mis un pied dans le Paradis des concepteurs de logiciels. Dix ans d’extase, d’orgie numérique, d’expérimentations binaires, avant que les grilles ne se referment derrière moi et que je retourne, chassé du Paradis, aux nombres abstraits et aux mesures. Après sept ans de purgatoire, de renoncement, je trouvais un nouvel Eden exempt de langage machine et de pseudo code. L’extase sans compilation. Mais une fois encore, un coup de pied du destin, me propulse loin du Nirvana, de mes paysages perdus dans les montagnes, de mes machines à surveiller, des gens à qui parler. Alors je suis parti en quête d’un nouveau paradis. Les scripts, les machines virtuelles, les compilateurs ne possèdent plus aujourd’hui la magie d’autrefois, la machine de Von Neumann est rouillée et celle de Pascal totalement grippée. Mais le destin est joueur, et il ne me reste guère de choix. J’étais peut-être destiné rejoindre, une fois encore, les pisseurs de code, les esclaves de l’éditeur, les bouffeurs de logs, même si l’envie n’y est plus. Il y a huit ans j’aurai sauté de joie, aujourd’hui je traîne des pieds. Allez comprendre… Il faut dire qu’à force de se faire éjecter de l’Olympe et de le réintégrer plus tard par la petite porte, le Paradis finit par ressembler aux limbes. Alors plutôt que m’exiler dans l’infosphère, devenue à mes yeux, une vieille prostituée qui pue de la gueule, je lègue me cerveau au bocal de formol. Pour ne pas déménager, je vais, comme la grenouille, par temps de sécheresse, descendre les échelons du savoir au plus bas du bocal, relégué volontairement aux tâches subalternes de réceptionniste de paquets, ouvreur de portes, changeur d’ampoules, gonfleur de pneus et décideur de la couleur des murs. Un court répit, peut être deux, trois ans, avant de remettre mon titre  de fonctionnaire en jeu sur le ring de l’AP 2022.

48 €

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Vous avez déjà essayé de trouver une chambre d’hôtel avec petit déjeuner pour 48 € ? Je ne parle pas d’une chambre dans un hôtel de passe, louée pour une heure. Je parle d’une chambre pour dormir 7 heures après 5 heures de route et 5 heures de travail sur le terrain.

Que trouvons-nous à ce prix là ? Des hôtels F1 ou de catégorie équivalente avec douches et toilettes sur le palier, matelas défoncés et odeur de clope imprégnant la moquette, implantés en bordure d’autoroute ou de centre commercial.

C’est pourtant le budget généreusement alloué à un fonctionnaire en déplacement pour dormir. Il peut également passer par la plateforme de réservation en ligne Havas pour choisir son établissement pour ne pas avancer les frais. Dans ce cas, l’administration lui accorde royalement la somme de 59 €, mais comprenez bien que Havas prend sa petite commission au passage.

J’ai comparé les prix sur Booking et via le portail de Havas, notre marché magnifiquement négocié. La même chambre sur Booking est toujours moins cher.

Lorsque je pars en déplacement dans le Jura, la Meuse, les Vosges, il me faut le faire sur deux jours à cause du temps de route.

Ce genre d’expédition se prépare longtemps à l’avance, le temps de rentrer en contact avec nos interlocuteurs, de se donner rendez-vous, de préparer l’ordre de déplacement, de le faire signer par le chef et le directeur et de trouver l’hôtel le moins sordide possible dans un rayon de 50 km autour de notre lieu de travail.

5 heures de route, autant de travail, une brève nuit de sommeil à écouter l’autoroute, les chasses d’eau et les conversations téléphoniques de la chambre voisine. Un croissant mou, un café délayé et il faut repartir pour dix nouvelles heures d’aventures, le dos broyé par le siège de la Clio et le matelas moisi de l’hôtel.

Il arrive que j’ai de la chance, une super promotion dans un hôtel deux étoiles, au centre d’une jolie ville avec un vrai café le matin. En fait, ça n’est arrivé qu’une fois.

Les fonctionnaires coûtent cher à l’état semble-t-il, mais pas en frais de mission manifestement, peut-être en congés maladie après de longues nuits sans sommeil et des champignons attrapés dans des chambres insalubres.

Toilette mortuaire

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Nous avons travaillé des années durant dans des locaux surpeuplés et en piteux état. Faux plafonds troués laissant apparaître câblage, laine de verre et tuyauterie, poignées de portes cassées, linoléum vert déchiré, papier peint recouverts d’une horrible peinture jaune pipi, portes et fenêtres laissant s’infiltrer le vent glacial du nord-est, chaudière poussive peinant à chauffer les grandes salles, toit mal calfeutré laissant fuiter les averses, circuit électrique défaillant sautant à la mise en marche d’une cafetière et j’en passe.

Aujourd’hui, il y a plus de bureaux que d’agents sur le site. La maison se vide. Tout le câblage a été refait à neuf. Cet été le toit fut étanchéifié. Les vieilles lampes jaunâtres remplacées par des LEDs brillantes. Le monte charge asthmatique est devenu un ascenseur rutilant. Aujourd’hui ils changent les fenêtres, refont les sols, remplacent les portes, refont les tapisseries. Le bâtiment rugit du bruit des perceuses, des marteaux, grouille d’ouvriers, plus nombreux que les employés, une vraie fourmilière.

Pendant ce temps, des groupes de travail préparent l’exode, la relocalisation des activités et du personnel. Les retraités vidaient les bureaux il y a encore quelques mois, aujourd’hui ce sont les agents qui se cherchent un nouveau travail sur un nouveau site.

Nous étions une centaine, nous sommes plus que soixante, et il ne devrait en rester que trente dans quatre ans. Que vont-ils faire de ces vastes et beaux locaux déserts ? Certains parlent de rassembler plusieurs sociétés au sein du même bâtiment, d’autres chuchotent le mot “déménagement”.

Toute cette activité fébrile ressemble à une toilette mortuaire.

Tant de travail et si peu de temps.

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En France, le temps de travail hebdomadaire légal est encore de 35 heures par semaine. Cela donne 7h24 par jour de présence au bureau en travaillant 5 jours par semaine.

Lorsque vous arrivez au travail, vous buvez le café avec vos collègues, vous prenez de leurs nouvelles. Et comme tout le monde n’arrive pas au même moment, cette pause indispensable pour bien démarrer une journée, peut durer une trentaine de minutes.

Plus que 6h54

Le café appelle souvent la cigarette, mais comme il est interdit de fumer dans les locaux, vous sortez dehors en griller une: 10 minutes.

Plus que 6h44

Le café stimule la vessie, surtout chez les personnes d’un certain âge, il vous faut donc vous rendre aux toilettes rapidement.

Plus que 6h34

Quand le chef vous tombe dessus avec son stress matinal et l’énervement du aux embouteillage, une seconde cigarette s’avère très vite nécessaire pour décompresser.

Plus que 6h24

Un second café est souvent nécessaire pour tenir les yeux ouverts toute la matinée, cette fois tout le monde est là et travaille un peu, la pause sera un peu plus brève.

Plus que 6h00

Le café appelle, une fois encore, la cigarette et comme il est interdit de fumer dans les locaux, vous sortez dehors en griller une: 10 minutes.

Plus que 5h50

Vous l’avez compris,  la prostate est un problème: un passage aux WC s’impose.

Plus que 5h40

Après le repas, non décompté, ce qui est mesquin en soit, vient un café expresso qui va de paire avec une cigarette fumée dehors, un passage aux toilettes et une sieste réparatrice avant que le chef ne revienne.

Plus que 5h00

Le quart d’heure médisance est obligatoire, et sous prétexte d’aller en griller une, vous cassez du sucre sur le dos des collègues, à côté des poubelles.

Plus que 4h40

L’inévitable discussion avec le chef arrive, “le travail n’avance pas”, “les pauses café sont trop longues”, “nous n’atteindrons pas nos résultats cette année”, “blabala blabla blabla”. Une bonne demie sacrifiée en parlote inutile alors que le travail s’accumule.

Plus que 4h10

Une petite clope pour évacuer tout ce stress et vous vous metrez au travail.

Plus que 4h00

Comme d’habitude, il y a le coup de barre de l’après-midi. Tout le monde travaille et impossible de se concentrer sur quoique ce soit. Un petit tour au toilettes, on s’assoit, on éteint la lumière et hop, un petit dodo.

Plus que 3h00

Bon c’est pas le tout mais faudrait s’y mettre. Lecture de la boite mail perso, un petit tour sur Facebook, un achat en ligne, un oeil sur le mail professionnel quand même et deux heures passent très vite.

Plus que 1h00

Sérieusement, vous croyez qu’il est possible d’entreprendre quelque chose en une heure vous ? Non évidemment. Alors vous jetez un coup d’œil à l’heure, les minutes qui s’écoulent lentement, vous rangez votre bureau, fermez la fenêtre, en grillez une pour patienter, un petit tour aux toilettes pour ne pas vous retrouver incontinent dans les embouteillages et il est temps de partir. Pire même, l’heure est passée, vous avez travaillé 15 minutes de trop !

Il faudra penser à arriver plus tard demain matin…

AP 2022

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AP 2022 est un roman décrivant notre monde dans un futur proche, dans quatre années exactement. Il a été co écrit par de nombreux auteurs que vous ne connaissez pas forcément, un roman sous forme de plusieurs nouvelles traitant d’un seul et même sujet, l’extermination programmée d’une catégorie sociale.

Si l’ouvrage ne brille pas forcément pas son style, son sujet lui est brûlant et cruellement d’actualité. Ecrit comme une étude de la dernière extinction de masse ou de l’holocauste, avec un regard très détaché du sujet, le livre raconte comment une société se réorganise en reléguant sur le banc de touche la moité des joueurs. Ceux qui restent sur le terrain doivent s’adapter, les autres, sont contraints de se débrouiller pour trouver une nouvelle équipe qui veuille bien d’eux.

AP 2022 pourrait être considéré comme une continuation du génial film de Terry Gilliam, Brazil. Après la toute puissance de la bureaucratie, avec son lot d’employés inutiles, de dépenses ridicules, de complexités administratives sans fin, viendrait l’ère de l’épuration ethnique, de la simplification à la dynamite, de l’effondrement des ronds de cuirs.

La population stigmatisée dans ce roman s’appelle les fonctionnaires, ces agents de l’état et des collectivités locales, ces feignants surpayés qui ne font rien de leurs journées et qui augmentent nos impôts prélevés à la source.

AP 2022 raconte comment la fonction publique va être réorganisée dans un futur très proche, détaillant chaque métier avec son effectif cible, sa hiérarchie, sa géolocalisation, son catalogue de postes, de métiers et de déménagements, un pavé très détaillé qui oublie un seul sujet, pourtant crucial : que deviennent ceux qui n’ont plus de poste ?

Pour les vieux, la solution Soleil Vert semble acceptable, tant qu’à se faire dévorer, autant que ce soit par les collègues, on reste en famille. Pour ceux à qui il reste encore quelques années avant une hypothétique retraite, la situation est délicate, d’autant que le dossier des retraites sera sur la table l’an prochain. Localement les postes ferment. Il faut donc chercher ailleurs, mais ailleurs, clairement, personne ne veut de vous. Un fonctionnaire peine à se vendre dans le privé, et dans les autres administrations, étant donné qu’elles ont le même problème de récession, il n’y a guère de place, et s’il y en a, encore faut-il avoir le profil pour postuler.

En feuilletant les pages du roman AP 2022, j’ai appris que je n’avais plus de travail dans un avenir proche. Et cette histoire ne parle pas de reclassement, d’indemnité de licenciement, d’assurance chômage. Il y a bien un chapitre accompagnement mais si j’ai bien compris, il se limite à me conduire jusque la porte du bureau.

Une mouche a du se coincer dans l’imprimante.

Hérésie cathare

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En septembre dernier, je changeais de fonction dans mon administration. Nouvelles compétences, formations, mise en pratique, je suis depuis quelques mois opérationnel et autonome.

Mais voila, c’était sans compter sur la réforme de notre organisation.

Je vais disparaître.

Bien entendu je ne suis pas le seul, en fait presque tout le monde va disparaître chez nous, services, agents, mais pas les métiers. Alors qui va faire le travail soit disant indispensable et très chronophage ?

Ma hiérarchie me demande de transférer mes compétences à des collègues qui travaillent dans toute autre activité. Voila neuf mois que je suis arrivé, tout juste formé et opérationnel et ma direction me demande de transmettre des connaissances fraîchement acquises à d’autres agents. Pas un seul instant il n’a été question de ce que j’allais devenir. Si je ne fais plus le travail pour lequel je viens d’être formé, que vais-je faire à la place, où vais-je travailler, que vais-je devenir ?

Notre DRH nous envoie des liens de sites de recrutement de la fonction publique et territoriale, des annonces de concours, des postes soit disant éligibles au travail à distance mais qui ne le sont pas en réalité.

C’est bête, mais j’aime mon nouveau métier. Cela faisait huit ans que j’espérais ce poste, que j’attendais qu’une place se libère.

Les services se défont, sont centralisés, les agents travailleront bientôt presque tous à distance avant qu’on ne les force à migrer vers le sud pour écraser l’hérésie cathare. Le ministre est pressé, il faut que cette réorganisation aille vite, d’ailleurs il a débloqué près de trois millions d’euros pour accélérer l’opération.

Initialement implantés dans chaque département dans les années quatre-vingt-dix, nous nous sommes réfugiés dans les bastions régionaux, abandonnant les terrains de la proximité pour toujours. Puis nous avons renoncé à ces fortifications avancées où ne veillent plus que de vieux croisés fatigués. De plus de cent-vingt places fortes, nous sommes passés à neuf, bientôt il n’en restera qu’une, au bord de la Garonne. Pour combien de temps encore ?

Vous me direz, ça pourrait être bien pire, notre belle assemblée pourrait mettre un terme au statut autrefois si convoité de fonctionnaire…