L’Inclinaison

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L’Inclinaison raconte l’histoire d’un jeune compositeur de musique contemporaine vivant dans un pays totalitaire. Un compositeur, qui va s’embarquer pour une tournée de huit semaines avec un orchestre dans un archipel possédant un parfum de rêve.

L’Inclinaison parle de musique, des îles, de la mer, la vie, du temps qui passe, de l’inspiration, des voyages, de la liberté. Un roman hors du commun, un livre qui prend le temps de raconter.

Né dans un pays en guerre, froid, industriel et pollué où une dictatrice règne sans partage d’une poigne de fer, le compositeur Alessandro Sussken embarque pour les îles paradisiaques qu’il a toujours rêvé de visiter. Pendant huit semaines, il voyage insouciant, d’îles en îles, donnant quelques récitals, dormant dans les bateaux, se livrant à l’étrange rituel des formalités administratives à chaque débarquement, découvrant l’apparente insouciance des insulaires, le plaisir de la vie au soleil. Mais après huit semaines au paradis, il revient sur le continent et une surprise de taille l’y attend.

Si L’Inclinaison parle beaucoup de musique, du processus de composition, des artistes, il s’agit également d’un récit fantastique, abordant de manière très orignale, un thème pourtant maintes fois exploité par les écrivains, celui du voyage dans le temps. Le roman est tout sauf dans l’action, certains chapitres semblent même un copier coller du précédent, à se demander si Christopher Priest ne cherche pas à faire du remplissage, jusqu’à ce que le lecteur comprenne la démarche de l’auteur. Ce qui semblait répétitif devient alors indispensable au récit.

Le roman est beau, bien écrit, différent. Les mélomanes aimeront son approche de la musique, les voyageurs voudront repartir en mer, les passionnés de paradoxes temporels pourront se creuser les méninges et les lecteurs de Priest adoreront son nouveau roman.

Coup de foudre

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Le chroniqueur de rock est un gars blasé qui a tout écouté, tout éprouvé, tout rencontré. Il ingurgite des tonnes d’albums par semaine, lit des dictionnaires entiers de paroles, trie des centaines de pochettes. Il connaît toutes les arpèges, tous les accords, tous les ponts, touts les refrains, tous les tempos.

Il lui arrive cependant, de temps en temps, dès la première écoute, d’avoir le coup de foudre, de tomber amoureux et d’écrire la critique dithyrambique de l’année, le cinq étoiles, la copie au 20/20, la merveille du siècle.

Mais passé la première année de vie commune, ce mariage peut devenir routine voire désastre. Je vais vous parler de ces coups de cœur qui au fil des mois ont perdu de leurs charmes.

Commençons par le dernier Leprous, Malina. Il a été, comme bien souvent, chroniqué avec une promotion en mp3 et adulé dès la première écoute. Comme je fais souvent dans ce genre de cas, je l’ai immédiatement commandé en édition vinyle et lorsqu’il est arrivé, je n’ai pas retrouvé l’enthousiasme initial. Le master vinyle me semble plat, fade et même le CD manquait de dynamique. Je le reconnais volontiers, il s’agit de des considérations audiophiles, mais il y a certainement également un effet post coup de foudre qui est intervenu dans ce dés amour. Je suis toujours content de découvrir certains groupes avant tout le monde, bondissant comme un cabri, impatient d’en découdre, puis la fête passée l’enthousiasme retombe. Malina reste un très bon album, mais je l’ai sans doute sur-noté à sa sortie.

Je ne suis pas un fan de post-rock, pas plus que de flamenco, pourtant lorsque de Toundra et le chanteur Francisco Contreras ont écrit Para Quienes Aun Viven j’ai grimpé au rideau. J’ai d’ailleurs également le vinyle à la maison. Mais ici, la galette anthracite est à la hauteur de la promotion que nous avions reçue, même mieux en fait, pour le son, un peu comme tous les albums de Toundra qui acquièrent un “grain” en analogique. Même si je trouve l’album toujours très fort, je sais pourquoi je remets peu souvent le vinyle sur la platine. Ce qui m’avait principalement séduit à l’époque, c’était la surprise provoquée par la rencontre de ces deux univers musicaux presque antagonistes. Et bien entendu, à force d’écoutes, la surprise s’est émoussée, donc une partie du plaisir.

J’ai été longtemps un inconditionnel de Neal Morse et de The Neal Morse Band. Aujourd’hui un peu moins. Lorsqu’il a sorti le pavé The Similitude Of A Dream, je me suis beaucoup investi sur cet album, creusant le sujet du livre The Pilgrim’s Progress, me plongeant dans le livret, m’embarquant dans notre première interview téléphonique avec ce monstre sacré du prog. J’ai l’impression que tout cet investissement méritait inconsciemment une chronique cinq étoile. Aujourd’hui, pour ne pas vous mentir, je n’arrive plus à écouter cet album de bout en bout d’une traite.

Il y en a d’autres bien-sûr, mais pas tant que ça heureusement. Plein d’autres restent des pures merveilles, des albums que j’écoute toujours avec autant de bonheur. Je n’en citerai que trois, les moins connus du grand public comme le dernier Karmamoi The Day Is Done, The Franck Carducci Band Torn Appart et l’EP de Wolve Lazare.

Faut-il que je change la note de tous les albums qui après coup me semblent moins bons ou meilleurs ? La question mérite d’être posée. Idéalement, il faudrait plus de recul avant de publier une chronique, donc prendre plus de temps pour écouter, chroniquer moins fréquemment, alterner la chronique avec d’autres albums. Mais voila, la gourmandise est un vilain défaut et nous ne sommes pas très nombreux dans l’équipe alors nous continuerons probablement comme ça. Et puis, seul un imbécile ne change pas d’avis non ?

Addiction

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Un incroyant, par jeu, avait déposé un matin sur mon bureau, cinq cent grammes de ces boules roses recouvertes de sucre rouge aussi appelée tsointsoin, où quelque chose d’approchant. Il n’aurait pas du douter, homme de peu de foie. Quand il est repassé deux heures plus tard, ne restaient qu’un emballage plastique vide et quelques grains de sucre rouges éparpillés devant mon écran d’ordinateur. J’avais tout avalé. Beurp ! Même pas malade. 

L’incroyant incrédule a recommencé une nouvelle fois l’expérience, cette fois façon guimauve rose version XXL. Il a perdu. Après, je n’ai plus jamais trouvé de paquet sur mon bureau, même pas joueur le gamin. Pffff.

Le mix mondial est mon pire péché mon père, je le confesse. Des années durant, je gardais précieusement une boite dans la cuisine, une par semaine, pas plus, dosant le plaisir, le partageant avec mes enfants, histoire de les initier aux plaisirs interdits. 

Colorants, acide citrique, conservateurs, sucre, gélatine, sirop de glucose, acide malique, gomme, arômes artificiels, que du bon, des mois de travail assurés pour ma dentiste et mon nutritionniste.

Puis mon grand est parti pour Marseille. Déprime ou résolution ? J’ai vidé la dernière boite et n’en ai plus acheté. Septembre, octobre, novembre, décembre, janvier, février, mars, avril. Du jamais vu !

Les dents n’allant pas mieux pour autant, pas plus que les migraines, en passant au rayon douceurs pour prendre du chocolat à mes drogués, j’ai contemplé cette Happy’Box qui me tendait les bras et j’ai replongé. 

La boite est dans la cuisine mais je suis seul à en manger. Pas des World Mix, ils ont du arrêter leur production en septembre dernier j’imagine, une autre boite, plus grosse, 600 g de bonheur. Une seule boite par semaine bien entendu. Mais je suis seul à en gober maintenant, donc il faut que j’en avale trois fois plus pour tenir le rythme hebdomadaire. Pas de problème, j’assure ! Un vrai athlète. Rien ne m’arrête malgré le manque d’entraînement. Tétine, alligator, nounours, bouboule, étoile, cœur, je mange tout.

Pourquoi je vous raconte tout ça me demanderez-vous ? Parce que la boite est vide, et que les magasins sont fermés. Si par mégarde, un de ces plantigrade en gélatine jaune traîne par terre, dans la rue, je devrais me faire violence pour ne pas le ramasser et le mettre à la bouche. 

Car oui, je l’avoue, j’en suis là.

Le retour des morts vivants

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Ils marchent dans le rue, fredonnant, parlant tous seuls, le regard perdu dans le vide. Ils roulent à tombeau ouvert sans regarder la route, concentrés sur leurs doigts qui s’agitent frénétiquement. Ils contemplent les paysages au travers d’un trou de serrure, immortalisent des panoramas qu’ils ne regarderont plus jamais.

Ils inondent les éthers de messages inutiles et mangent seuls à table entourés de leurs meilleurs amis. Ils patientent dans les transports, aux caisses, la main sur leur sextoy doudou.

L’objet est sacré, privé, interdit, remplit de secrets inavouables, d’appels cachés, d’amis inconnus, de relations inconvenantes. La chose choyée connait tout d’eux, achats, amis, déplacements, conversations, envies, vices. Leur vie se cache dans cinq pouces.

Dangers public sur routes, pistes cyclables, trottoirs, les humains trois point zéro, connectés en permanence à l’infosphère vivent-ils encore dans notre dimension ? Les seuls stimuli qu’ils connaissent encore sont des vibrations dans leur poche ou une sonnerie pour chaque type de sollicitation numérique.

Rien ne peut attendre, il faut dégainer et réagir, quitte à manquer le virage, percuter un cycliste, se faire faucher dans la rue, mettre un terme à une passionnante rencontre pour un message inutile.

La seule peur panique qu’ils connaissent encore est de ne plus retrouver leur précieux égaré dans une poche, un sac ou une voiture. Soudain ils sont seuls au monde, effrayés, perdus au milieu de sept milliards d’être humains connectés, esclaves de quelques grammes de silicone.

Vous qui me lisez, posez-vous la question, seriez-vous capable de ne pas allumer votre smartphone pendant une semaine ?

De bonnes raisons de mourir

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Le même jour, je me rendais chez mon libraire, L’Ill aux Trésor, pour commander deux livres aux titres évocateurs : “Derniers mètres jusqu’au cimetière” et “De bonnes raisons de mourir”, tout un programme. Le premier était pour mon épouse, le second pour moi. Mais rassurez-vous, nous allons bien.

C’est en lisant le blog de Gruznamur que j’ai eu envie de me plonger dans le livre de Morgan Audic. Un polar se passant dans les environs de la centrale de Tchernobyl avait tout pour me séduire. Car oui, je l’avoue, l’accident nucléaire de 1986 m’a toujours fasciné. Tchernobyl et Pripyat ont inspiré bien des artistes, Steve Rothery avec l’album The Ghosts Of Pripyat, Philippe Luttun et son The Taste Of Wormwood ou la bande dessinée de Emmanuel Lepage, Un Printemps A Tchernobyl.

Un meurtre sordide se produit dans la ville fantôme de Pripyat. Deux enquêteurs sont sur l’affaire, un privé à qui son médecin lui laisse peu de temps à vivre, un milicien en poste à Tchernobyl qui espère retrouver un poste à Kiev, loin des radiations.

Norgan Audic nous livre un polar écologique haletant sur fond de guerre du Donbass dans les paysages irradiés de Tchernobyl. Nous rentrons dans la zone d’exclusion de la centrale nucléaire, ses villages en ruine, ses dangers, ses mystères, nous découvrons l’Ukraine de l’après chute du mur de Berlin et un tueur assouvissant une terrible vengeance.

Pour tout vous avouer, plus que l’intrigue, ce sont les décors qui m’ont passionné dans ce livre, cette description de l’Ukraine contemporaine, cette guerre du Donbass dont les médias parlent assez peu et cette catastrophe nucléaire qui aura tué directement et indirectement des milliers de personnes et qui continue aujourd’hui de décimer la population. Visiter les ruines de Pripyat en compagnie des enquêteurs, rentrer dans des immeubles évacués en urgence par la population, découvrir le récit, même imaginaire, de ceux qui ont survécu, rencontrer des personnes revenues vivre dans la région irradiée, découvrir toute l’horreur de ce drame, voila la force de ce roman.

Mais n’oublions pas l’intrigue, car elle est consistante. Des meurtres se produisent à Pripyat, des corps mis en scène avec minutie, des victimes toutes reliées entre elles par cette nuit du 26 avril 1986 où le coeur du réacteur n°4 à fusionné. Les personnages de Morgan possèdent beaucoup de force, Melnyk, l’ancien milicien travaillant dans la zone, Rybalko l’enquêteur, né à Pripyat, à qui il ne reste que quelques mois à vivre, Ninel, l’ornithologue écologiste, Sokolov, l’ancien ministre corrompu, prêt à tout mettre en oeuvre pour éliminer le tueur.

Ne manquez pas ce livre, il est passionnant et palpitant.

La téléportation existe

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La téléportation existe, je l’ai expérimentée.

Une belle journée commençait, la pluie avait laissé la place aux éclaircies, un temps idéal pour une promenade dominicale. Je venais de sortir de la maison, en bordure de la grande tranchée de terre, celle qu’il ne faut jamais traverser. L’herbe humide me chatouillait délicieusement, l’air embaumait, la rivière coulait rapidement, charriant les eaux diluvienne de la veille.

Mon estomac criait famine mais le repas pouvait encore attendre, je voulais profiter de l’instant, de l’air, des odeurs, du soleil, du calme, de la beauté, de la vie, de cette journée qui s’offrait à moi.

Soudain, de pesantes vibrations ébranlèrent le sol, une, deux, trois quatre, une, deux, trois, quatre, une, deux, trois quatre, de plus en plus fort. Le danger approchait le long de la grande tranchée de la désolation, là où bien des nôtres avaient perdu la vie. Le bonheur de l’instant laissait place à l’urgence de survivre, de m’éloigner de la menace aussi rapidement que possible.

Aussi brutalement qu’elles avaient commencé, les secousses cessèrent, remplacées presque aussitôt par de longues modulations sonores insoutenables. Une gigantesque ombre recouvrit alors la nature, un froid glacial m’enveloppa. Que m’arrivait-il ? Au secours !

J’étais pourtant resté prudemment bien en retrait du désert ocre qui tentait les plus aventureux d’entre nous. Rien n’aurait dû m’arriver.

C’est alors que je sentis une violente pression sur mon corps. D’un coup je fus très haut dans le ciel, à cent lieues de l’herbe accueillante et humide, au dessus de l’immense tranchée aride que personne n’avait jamais traversé. Mon estomac se retourna, mon oreille interne s’affola, mes yeux perdirent tout repère et moins d’une seconde plus tard, je me retrouvais de l’autre côté de la frontière infranchissable, à des heures de ma maison, de ma famille, séparé d’eux à jamais.

Je venais d’être téléporté de l’autre côté du monde.

La pression se relâcha sur mon corps, de nouvelles secousses ébranlèrent la croute terrestre : une, deux, trois, quatre, une, deux , trois, quatre, une deux, trois quatre, de moins en moins fort.

Je suis assis dans l’herbe humide, seul, de l’autre côté de l’univers connu. La journée est belle, le calme est revenu et mon estomac crie famine. Je glisse entre deux brins d’herbe, rampant vers ce trèfle délicieusement odorant. De l’autre côté du monde, la nourriture possède d’étonnantes saveurs, la terre n’a pas la même couleur, la même odeur et de nombreux gastéropodes gambadent joyeusement. Peut-être pourrais-je fonder une famille de ce nouveau monde ?

Si des tremblements similaires se produisent, cette fois, je me glisserai dans la maison, bien à l’abri, rien ne pourra plus m’arriver.

“Sortez de vos coquilles, mes frères et mes sœurs. Ouvrez les yeux. Le monde est bien plus grand que vous ne le pensiez, car je viens de l’autre côté de la terre, près de l’immense eau qui gronde. Non je n’ai pas traversé le grand désert aride, personne n’y survivrait. J’ai été téléporté par une force inconnue, et me voila parmi vous, tel un messie.”

“Je vous le dis, lorsque que le sol tremblera quatre fois, que l’ombre s’abattra sur le sol, soyez prêt pour le voyage, vous ne reverrez plus jamais les vôtres. La téléportation existe, je l’ai expérimentée.”

En nous promenant au bord du Rhin, ma douce et tendre à trouvé un gros escargot au bord du chemin qui risquait de se faire écraser par les marcheurs. Elle s’est penchée vers lui, l’a pris délicatement dans ses mains et l’a déposé de l’autre côté du chemin, pensant le sauver. Mais avait-elle conscience que cet acte généreux allait changer à jamais la vision qu’ont les gastéropodes de l’univers et de la science ?

Le malabar

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Dans ma famille nous n’avons jamais été franchement des athlètes, en partie à cause d’une mauvaise image véhiculée par mes parents concernant le sport, “les footeux sont des abrutis”. Ceci dit, ils n’avaient pas totalement tord à ce sujet. Les chewing-gums possédaient à peu de chose près la même aura, ceux qui mâchent ressemblent à de grosses vaches.

Du coup je ne suis jamais devenu un malabar pas plus que je n’en ai mâché. J’ai tout de même fini par nager, courir, jouer au tennis de table avant que le corps me supplie d’arrêter.

Pour les chewing-gums, je viens à peine de commencer, ruminant toute la journée comme une vache. Pour être honnête, je ne trouve pas cela très bon, ni même agréable, cela engourdit ma mâchoire en peu de temps. Pourtant je mâche, consciencieusement, faisant attention cependant à ne pas avaler la petite boule collante lorsque je bois mes trois litres d’eau quotidiens pour aider mon rein à fonctionner.

Pourquoi mâchouiller ainsi du matin jusqu’au soir ? D’abord, rassurez-vous, ce n’est pas tous les jours, mais environ une vingtaine d’heure par semaine, ce qui est déjà pas si mal. Pourquoi, alors que j’ai des chicots en mauvais état, je m’oblige à torturer mes plombages et m’infliger ce goût atroce de menthe synthétique ? Pour ne pas puer de la gueule ? Non, figurez-vous que je me brosse les dents trois fois par jour et ce consciencieusement. En réalité, ceci est une nouvelle expérience thérapeutique.

Si si, très sérieusement je vous l’assure. Lorsque des médecins vous prescrivent de la morphine, vous suggère l’usage du cannabis et vous envoie en consultation dans un centre antidouleurs, vous êtes mûr pour expérimenter à peu près tout. Même les boules de gum. Me voici donc en pleine thérapie masticatoire et cela semble fonctionner, aussi improbable qu’il puisse paraître.

Ma chérie à vu ça à la télévision, une femme qui, souffrant comme moi, avec les mêmes symptômes, mâchait du chewing-gum pour se soulager. Dingue ! Mais soulager de quoi au juste ? De mon arthrose, de mon hernie discale, de ma bosse sur le gros orteil, de ma connerie, de mon sale caractère ?

Non, juste de mes migraines, ces crises qui me clouent au lit, dans le noir, vomissant mes tripes un à deux jours par semaine si je ne prends pas un triptan qui m’enlève un jour d’espérance de vie à chaque fois. Lorsque la crise arrive, je mets dans la bouche le chewing-gum à la menthe et je mâche, mâche, mâche, comme une vache. Je bois aussi des litres pour bien hydrater la bête et j’essaye autant que faire ce peut de me reposer.

Ne rêvons pas, je ne suis pas au top de ma forme, un peu légume, barbouillé, avec des vertiges, la tête qui cogne, mais pas franchement plus qu’après un triptan qui me transforme en zombie bancal pour vingt-quatre heures. Qui aurait cru que ce machin collant qui pollue les trottoirs, les semelles de chaussures et les dessous de table, pourrait se révéler un puissant anti-douleur ?

L’iMac n’a qu’un fil

Les gens de chez Apple sont très forts tout de même. L’iMac est comme un portable pas du tout transportable. Un écran, une U.C., un clavier, une souris et un seul câble pour relier tout ça, la magie du Bluetooth. S’ils s’étaient débrouillés pour que le courant arrive sans fil ça aurait été top. Notez bien que je ne déplace pas souvent un écran 27 pouces.

Mais le tableau que viens de dresser est utopique. Personne n’utilise un iMac de cette manière. 

Tout d’abord, la machine me sert à écouter de la musique, beaucoup de musique, et pour un audiophile comme moi, cela passe forcément par un DAC, donc un câble USB entre l’iMac et la chaîne. Et de deux.

Ensuite, toujours pour la même raison, j’ai de nombreux CDs que j’encode en ALAC (un format de son compressé sans perte, mieux que le mp3) afin d’intégrer les albums à ma bibliothèque iTunes pour ensuite les écouter sur un iPhone. L’iMac ne possède pas de lecteur CD, grave handicap croyez-moi, le 100% dématérialisé ce n’est pas encore pour demain. Il me faut donc brancher un lecteur CD USB à la machine. Et de trois.

L’écran et l’U.C. Ne font qu’un, c’est très fort mais le clavier et la souris alors ? Ces deux accessoires indispensables fonctionnent en Bluetooth, magique, sauf, sauf, que Bluetooth dit alimentation électrique et que de temps en temps, il faut recharger ces charmants périphériques à l’aide de câbles spécifiques. Et de cinq.

Un ordinateur ne serait rien sans un système de sauvegarde digne de ce nom. Même si le cloud a fait ses preuves, je ne suis pas prêt à sacrifier ma bande passante et à livrer à un serveur distant le contenu de ma machine, même si je n’ai rien à cacher. Je branche donc un disque dur externe, en USB, à la machine à remonter le temps, lui confiant le soin de copier régulièrement le contenu de l’iMac. Et de six.

Vous croyez que c’est fini, eh bien non. Je vous ai dit que ma musique était sur iTune et que je l’écoutais sur iPhone également non ? Je branche donc mon iPhone sur l’iMac pour de synchroniser à iTune via un câble USB. Et de sept.

Finalement, la machine livrée sans fil se retrouve ressembler à une tarentule velue et mon bureau à un chaos recouvert de câbles et d’accessoires divers. Il va falloir que j’écrive à Apple pour me plaindre, peut-être à l’aide d’un tablette graphique et d’un stylo spécifique ? Sauf que je n’ai plus de port USB de libre à l’arrière de l’ordinateur.

Eco nar

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Je vais vous parler d’un nouveau concept tirant parti de l’écologie et de la connerie. 

Les municipalités incitent de plus en plus les citadins à utiliser des bicyclettes pour se rendre au travail. Certaines proposent même à leurs employés une prime vélo afin de les motiver un peu plus. 

Jusque là tout va bien. Elles organisent également des manifestations pour sensibiliser les gens à la pollution, à la circulation écologique, à la sécurité à vélo, allant jusqu’à réviser les deux roues des administrés gratuitement.

Franchement c’est beau. Les bobos sont à la fête, et la course à l’entreprise qui fera le plus de kilomètres à vélo en un mois est lancée. Youpi ! Pour fêter l’événement, on affiche, on placarde, on mail, on plastronne « Venez à vélo ». 

C’est là, que tout doucement ils commencent à me gonfler. « Inscris-toi, c’est important, faut venir à vélo au travail. ». Je viens au travail tous les jours à vélo, je me déplace à vélo le plus souvent possible, sinon je marche ou j’emprunte les transports en communs ok ? Je n’ai pas eu besoin d’une grande messe pour développer ma conscience écologique. 

Mon refus de participer au grand concours agace. Mais passons, je ne suis pas un bobo communautaire, c’est ainsi. 

Pour promouvoir le vélo, le transport écolo, quoi de mieux, outre une communication agressive, que des petits gadgets à ramener chez soi : une mini plaque minéralogique, une pince à vélo brassard jaune auto enroulante, des petites lumières rouge et blanches clignotantes. 

Une plaque en aluminium chromée (le top de la consommation électrique), un machin en matériaux divers non recyclables (formidable pour le tri sélectif), des trucs électroniques avec des piles bouton au mercure, des LED et un petit circuit RLC (inutile, moche, polluant)… Les gadgets c’est sympas, mais question écologie ils ont totalement loupé leur communication les bobos. Car ils en ont donné des tonnes de ces conneries inutiles qui finiront à la poubelle ou dans la chambre du gamin, même moi j’en ai trouvé sur mon bureau au travail sans avoir participé à leur farce écologique.

Oui c’est bien de se déplacer à vélo, d’avoir une bicyclette en bon état pour rouler, d’être équipé d’un casque, d’un gilet et de lumières pour augmenter sa survie en milieu hostile. Mais ce n’est pas en distribuant des gadgets non recyclables que l’on incitera les gros cons roulant en SUV à se mettre à la petite reine. Cet l’argent gâché en com aurait pu être investi dans une étude raisonnée des pistes cyclables. Car c’est bien de promouvoir, encore faut-il pouvoir circuler en toute sécurité.

Chocolat, vin et fromage

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Si je ne suis pas un amateur de chocolat, j’aime le formage et le vin. Personne ne comprend vraiment mon aversion pour le chocolat, il semblerait que je sois un extraterrestre. Mais après de nombreuses crises de foie dans mon enfance puis la découverte que la fève de cacao était un déclencheur de migraines, j’ai décidé de ne plus en manger, ou presque plus, et tout dessert contenant du chocolat est devenu source de dégoût au fil du temps.

J’aime les vins, mais comme pour le chocolat, l’abus d’alcool ne m’est plus franchement recommandé. Ce n’est pas faute d’avoir eu de l’entraînement pendant mes années étudiantes. J’ai même, plus jeune constitué au sous-sol de la maison une cave à vin bien garnie pendant quelques années. Il n’en reste hélas plus grand chose, quelques bouteilles rares tout au plus. Tout comme le cacao, je ne supporte plus vraiment le vin, un verre de temps en temps. Je bois donc très peu, mais du bon, tant qu’à se faire du mal, autant le faire bien.

J’adore le fromage, les fromages, tous les fromages, et la France est le royaume des fromages. Le fromage appelle le vin et le vin appelle le fromage. Un piège mortel. Hélas je digère très mal le fromage, je suis tout de suite ballonné, alors j’en mange peu, un petit bout par-ci par-là, de préférence du fromage frais, plus digeste et je fais en sorte de ne pas avoir de Comté, Parmesan, Roquefort, Pélardon et autre pâtes de perdition à la maison pour échapper à la tentation.

Mais voila, entre ce que notre sagesse nous dicte et ce que décide le corps, il y a toujours un léger biais. Nous fêtions il y a quelques jours un événement familial important : le cinquantenaire de ma jeune et douce épouse. Il fallait marquer le demi siècle dignement. Mon épouse avait repéré une charlotte vanille chocolat chez un pâtissier, j’avais sorti de la cave un gewurztraminer grand cru vendanges tardives de 2001 et il restait un magnifique morceau de Parmesan. La charlotte bof, beurp même, elle contenait trop de chocolat alors je me suis vengé sur le vin et le fromage, et puis sur le fromage et vin. Après tout, c’était la fête et les deux saveurs se combinaient agréablement bien.

Le soir la punition n’a pas tardé : une migraine carabinée.

Le lendemain, comme il restait du gewurztraminer et du parmesan, en attendant l’heure du repas, j’ai grignoté un peu.

Le soir même, nouvelle punition : migraine.

Le surlendemain il restait du gewurztraminer mais plus de parmesan, alors en attendant l’heure du repas, je me suis rincé le gosier.

Et évidemment, qui qui a frappé à la tête, la migraine… mais pas question cette fois de prendre de médicament pour évider une overdose mortelle, donc l’enfer avec par bonheur une journée de travail devant moi !

Il me reste un petit fond de gewurztraminer dans la bouteille. A votre avis, y a-t-il une petite chance que cela m’aide à passer mon envie de vomir et le mal de tête qui pulse depuis huit heures dans ma tempe gauche ? Faudrait que j’essaye, au cas où… Allez j’essaye ?

Ce soir ce sera laitue et clémentines avec plusieurs verres d’eau, à condition que ça passe, je vais encore perdre un ou deux kilos.