L’Audi mate

Je l’avoue, j’ai longtemps couru après l’audimat, croyant qu’il en ressortirait quelque chose un jour. Pour améliorer le nombre de visites sur un site il existe de nombreuses techniques qui vont de la programmation pure, au référencement, jusqu’à la publication effrénée.

Je suis parti, il y a quelques années, d’un blog touchant une dizaine de personnes par jour pour arriver l’an passé à un webzine visité par plus de deux cent cinquante internautes quotidiennement.

La première étape fut d’augmenter le nombre de publications. D’une tous les mois, la fréquence est passée à une par semaine. Effet immédiat. Plus de public, plus de propositions de chroniques. La machine se mettait en marche, s’auto-alimentant.

Seconde étape, le référencement. Une technique connue des programmeurs internet pour faire connaître son site aux moteurs de recherche et le remonter le plus haut possible dans les classements. Cela passe par un code HTML, CSS, JS irréprochable, par l’utilisation de balises particulières, de fichiers sitemap.xml, une meilleure ergonomie, un site adapté aux solutions mobiles (css responsive) et du HTTPS.

Troisième étape, améliorer sa notoriété internet. Il est utile de se faire connaître des autres sites parlant de musique, avoir un lien chez eux conduisant chez vous, être cité par des artistes, des labels, bref des sites référents.

Quatrième étape, être présent sur le web. Avec l’avènement des médias sociaux, Facebook, Twitter, Google+, YouTube et j’en passe, être présent sur le web est devenu un jeu d’enfant à condition de ne pas s’y prendre avec les pieds. Un compte Facebook, une page, un groupe, un compte twitter, un profil et une communauté Google, une chaîne YouTube et vous êtes armé. Reste à alimenter la machine, partager vos publications dans l’info-sphère et les regarder se propager à toute vitesse dans les forums. C’est magique. Votre notoriété grimpe en flèche et au lieu de mendier des albums à droite et à gauche, vous croulez bientôt sous plus de musique que vous ne pouvez en écouter.

Cinquième étape, grandir. Plus de promotions nécessitent bien évidement plus de personnes pour les écouter et en parler. Alors on recrute. L’équipe s’agrandit. D’une personne, elle passe à deux, trois, quatre, cinq, six… Chaque jour une chronique, chaque jour une dizaine d’actualités. Une à deux heures quotidiennes de travail pour mettre en ligne, partager, répondre aux sollicitations diverses : interviews, contacts, chroniques, live reports, demande de management, conseils, envoi de maquettes, artistes qui discutent en tchat avec vous, une pure folie. Les groupes nous contactent pour tourner en France, pour leur trouver un manager, une salle, nous envoie même des maquette pour avis, nous sortons peu à peu de notre rôle initial.

Sixième étape, la diversification. L’équipe est nombreuse, réactive et l’éventails des goûts musicaux s’élargit. Nous commençons à parler alternatif, métal, hard-rock, pop et certains nous reprochent cette ouverture à la musique sous prétexte que le webzine se nomme Neoprog.

L’audimat explose, les chroniques sont lues des milliers de fois, on touche des lecteurs au Québec, en Suisse, en Italie, en Espagne, en Russie… Les tensions montent également dans l’équipe, trop de chroniques, des désaccords sur la musique, des anciens s’en vont, des nouveaux arrivent, il faut gérer la ‘formation’, les relectures, les publications, les rappels à l’ordre.

Septième étape, la rentabilité. Pourquoi ne pas la rechercher quand le nombre de visiteurs explose ? La tentation est grande, d’autant que le webzine coûte cher. Mise en place de publicité, recherche de partenaires, étude d’une boutique, sponsors, tout y passe et seule la publicité restera la solution retenue quelques temps.

Et puis arrive le clash. La notoriété internet est salie par une maladresse qui aurait pu être fatale. Les jalousies se cristallisent dessus, diffamation, attaques ridicules, stupidité. Facebook devient un temps, le lieu de règlements de comptes insupportables et le webzine a bien failli ne pas y résister. Nous étions sans doute à l’apogée de notre célébrité toute relative.

La publicité qui enlaidit le site ne rapporte pas assez et salit l’image des albums avec du Viagra, des call girls et autre stupidités. Après six mois, elle est retirée, elle n’aura même pas payé l’hébergement d’une année.

Huitième étape, lever le pied. La cadence infernale d’une chronique par jour devient un poids pour tout le monde et la qualité des chroniques s’en ressent. Nous ralentissons, trois par semaine, ce sera bien assez, nous respirons un peu plus. Après un petit sondage sur ce qui est vraiment lu et une étude poussée des scores d’audimat, il ressort que seules les chroniques sont réellement lues, les interviews sont boudées, les live reports également, sans parler des actualités qui sont survolées. Les interviews chronophages passent en priorité minimale, sauf pour se faire plaisir. Les actualités se concentrent sur l’essentiel, sorties d’albums, concerts, festivals.

Neuvième étape, se désengager des médias sociaux. Ceux qui nous avaient propulsés au sommet de notre gloire sont devenus des esclavagistes impitoyables. Chaque jour il faut partager dans les groupes et récolter en retour des commentaires parfois désagréables auquel il faut se retenir de répondre. Ce n’est le fait que de quelques pénibles, mais qu’est-ce qu’ils sont pénibles ! Alors progressivement, le groupe devient une page et nous ne partageons plus nos articles dans les diverses communautés progressives. Ceux qui nous aiment sauront où nous trouver.

Durant huit mois, l’audimat baisse régulièrement, passant de deux cent cinquante visiteurs en moyenne à cent cinquante les bons jours. Plus de tweet, de post, de publication, l’e réputation de Neoprog se fait plus discrète dans l’info-sphère. Messenger n’est plus saturé, la boite mail se remplit moins qu’avant et les commentaires désobligeants ont disparu de la toile.

A quoi servait cet audimat ? Il ne rapportait pas d’argent, donnait trop de travail à l’équipe, dégradait la qualité des chroniques, attirait les détracteurs, nuisait à nos relations avec d’autres webzines.

Depuis quelques temps, nous travaillons plus sereinement. Nos partenaires ne nous ont pas abandonnés pour autant et nous avons toujours un public fidèle mais moins nombreux. Force est de constater que ce public régulier, lit vraiment nos articles et ne fait pas que passer. Moins de personnes touchées et une meilleure consultation de notre contenu. Nous recevons toujours plus de musique, nous continuons à nous diversifier selon nos humeurs, n’en déplaise aux grincheux, et nous passons moins de temps sur Internet. Nous avons incontestablement gagné en qualité de vie.

Étrangement, nous recevons depuis, et régulièrement, des candidatures spontanées pour devenir rédacteur à Neoprog alors qu’à une époque nous tentions vainement de recruter sur Internet. Aujourd’hui je ne sais que répondre à ces demandes, si nous recrutons, nous n’augmenterons pas pour autant le nombre de publications, à moins de réorganiser tout le fonctionnement du webzine, et ça je n’y suis pas vraiment prêt. Chacun s’acquitte en moyenne d’une chronique par mois si l’on passe sous silence mon cas désespéré. Cela suffit pour assurer les trois chroniques par semaine et c’est bien assez ainsi. Alors pour l’instant, je suis bien embêté quand il faut répondre à ces demandes : “L’équipe est au complet, nous te recontacterons plus tard si nous recrutons à nouveau”, bof.

Si la fréquentation du site me donnait des poussées d’adrénaline quelques fois, la sérénité actuelle me convient bien mieux aujourd’hui. Tant que nous aurons ces fidèles lecteurs, l’aventure vaudra la peine d’être poursuivie. Merci à vous.

J’ai replongé

Image

Il fallait s’y attendre, je suis retombé dedans. Un soir, après avoir terminé The Leftovers saison 2, je tournais en rond devant le vidéo projecteur, me demandant ce que j’allais bien pouvoir regarder ce soir là. Quelque chose de court, car je me lève aux aurores, un petit épisode de 45 minutes par exemple. Le problème, c’est que je n’avais plus rien sous le coude. Le petit écran, ne proposant, comme à son habitude, rien de bien palpitant, mon regard se posa sur les coffrets de séries déjà visionnées. Je m’étais revu la saison une Kaboul Kitchen (la meilleure) avec mes enfants et les géniaux épisodes de Scherlock Holmes sont un peu trop long pour un soir de grosse fatigue. Firefly me tentait bien mais mon cerveau n’était pas disposé à jouer l’interprète et De La Terre A La Lune c’est le genre de série qu’il faut reprendre depuis le début. Instant de faiblesse fatal, le boitier de l’intégrale de Stargate Atlantis me fit un clin d’œil complice. L’intégrale des cinq saisons (2004-2009) en DVD, trouvé d’occasion il y a quelques années après avoir acheté, regardé en revendu les saisons, les unes après les autres pour gagner de la place. Un boitier régulièrement ouvert, pour se refaire l’intégrale ou un épisode, comme ce soir de blues, ou je tirais au hasard, une des innombrables galettes argentée de son logement et la plaçais dans le lecteur. Juste un petit épisode histoire de. Oui mais voila, Stargate Atlantis, c’est trop bon, trop drôle. Les dialogues croustillants entre McKay et Sheppard me font toujours rire même si je connais les épisodes par cœur. Alors j’ai replongé. Après la découverte du vaisseau des anciens avec tout un équipage en stase manipulé par un wraith, me voila reparti dans les aventures loufoques des squatteurs de la cité d’Atlantis. Je dois avouer que je zappe tous les épisodes où il est question de geniis, et me concentre sur ceux où McKay a faim, a peur, se fait mal, pleurniche et ceux où Sheppard drague ou se fait draguer par des bombasses. Je suis conscient que c’est une approche peu académique de la série, mais l’ayant vu cinq fois dans son intégralité, je peux aujourd’hui me permettre ces petites infidélités à la continuité de la narration.

Est-ce que je lis des chroniques ?

Chroniqueur et rédacteur, est-ce que je m’intéresse à ce qu’écrivent mes collègues ? Je vais vous faire une réponse de normand, oui mais non. Je ne lis pas systématiquement la presse qui parle de musiques progressives.

Tout d’abord, parce que je ne dispose pas d’assez de temps. En effet le nombre de webzines francophones, parlant de rock progressif, est très important.  Et ces magazines publient, à un rythme soutenu, plusieurs critiques par semaine.

Ensuite, parce que, pour garder l’esprit ouvert, je ne dois pas et ne veux pas lire la chronique d’un album, tant que je n’ai pas rédigé et publié la mienne.

Quand la chronique est publiée ou que le groupe m’est inconnu, il m’arrive de lire la prose de mes voisins, par curiosité. Et quand un chroniqueur, ayant mes affinités musicales, s’emballe pour un album que je ne connais pas, cela me titille inévitablement, alors je lis son avis et écoute un extrait pour me faire une première opinion, lecture qui s’achève souvent par un achat.

Je lis également la concurrence pour suivre l’évolution de la presse musicale, le format des chroniques, les tendances, ce que l’on peut améliorer chez nous. Car il faut savoir faire son autocritique de temps en temps.

Mes affinités avec les webzines évoluent avec le temps, en fonction des chroniqueurs, de la politique de l’équipe, de leur ‘objectivité’ et bien entendu en fonction des genres musicaux présentés. Il y en a que je ne lis jamais, d’autre que j’ai cessé de parcourir, et des nouveaux qui me donnent envie de bosser pour eux.

Ce que je recherche chez eux, c’est de l’intégrité, de la lucidité, de l’honnêteté, de l’indépendance et du non fanatisme. Il arrive que les meilleurs groupes produisent des étrons, que les figures emblématiques des seventies vieillissent mal, que de jeunes pousses n’aient aucun talent. Trop rares sont ceux qui l’écrivent hélas.

Le plus souvent, ce sont les autres chroniqueurs du webzine qui me parlent de telle ou telle chronique parue chez Bidule.com, généralement pas du trop en phase avec la notre. Selon le webzine, j’y jette un oeil ou non, histoire de comprendre pourquoi nous n’avons pas la même vision de l’album. Souvent, le nom du webzine suffit à comprendre notre désaccord.

Dans les chroniqueurs il existe de nombreuses catégories : les encyclopédies vivantes, qui connaissent tout des groupes, des musiciens, des carrières, des techniques; les fans inconditionnels qui vouent un culte sans partage à leurs idoles; les demolition men qui ne doivent pas aimer la musique; les curieux prêts à écouter les albums les plus improbables; les blasés recherchant de nouvelles sensations fortes; les pigistes qui sont rétribués au mot; les photocopieurs de fiches promotionnelles qui ne semblent pas avoir écouté la musique; les aspirateurs de sites qui piochent à droite à gauche; les nostalgiques; les avant-gardistes; les passionnés; les découvreurs de talents… Il y a également ceux qui sont un peu tout ça à la fois, comme moi.

Mes préférés sont les fondus du caissons, les passionnés qui s’enflamment pour un truc improbable et qui donnent envie d’écouter la musique. C’est eux que j’ai envie de lire, même si je ne suis pas toujours d’accord avec leurs coups de cœur.

Je ne lis pas toutes les chroniques, loin s’en faut, mais j’en lis quelques unes quand même.

Home Sweet Home

It was Home Sweet Home, Home Sweet Home.
Just a place to lay our head, think of all the things we said
About in our Home Sweet Home.

Samedi dernier, j’étais au festival Rock au Château à Villersexel, à environ 200 km de mon nid douillet. J’avais pris mon billet pour les deux soirées. Restait à trouver un hébergement pour la nuit de samedi à dimanche.

Quand on s’y prend tardivement pour trouver un logement dans un département aussi désert que la Haute-Saône, il faut s’attendre à quelques déconvenues. Il y a deux ans, j’avais opté pour le camping de Villersexel. Outre une odeur persistante d’urine de chat dans ma tente, la pluie, un couché très tardif, j’avais été réveillé trois heures plus tard par des enfants jouant aux cowboys et aux indiens devant mon emplacement. Ouille ! ça pique. Donc plus question de camper. Cette fois, vive le confort ! Je recherchais donc des chambres à proximité du château, Booking.com, Gîtes de France et  cie. Mais comme j’ai des oursins dans les poches et que je m’y prenais vraiment tardivement, je ne trouvais que des chambres à Belfort (à quarante minutes de route du festival par temps clair). Dans les offres attrayantes, le Brit Hôtel, dans un bled paumé près de Belfort, proposait une chambre en promotion à 44€. Que demande le peuple, une chambre à Villersexel…

Samedi 15h30, j’arrive, non sans mal, devant la glorieuse façade du Brit Hôtel, un truc genre F1 à peine moins sordide. A l’accueil personne, porte fermée, automate de réservation en rade. Par chance, un numéro de téléphone d’urgence trône sur une affiche. J’appelle donc, expliquant mon problème et un gars relativement désagréable m’informe qu’il arrivera dans cinq minutes. Deux minutes plus tard, l’homme à la mine patibulaire, sort d’une des chambres de l’hôtel. Ni merde ni bonjour, il regarde ma réservation, ne trouve pas les clefs de la chambre – la chambre n’a pas du être encore préparée – fouille dans un coin et me donne la clef numéro 8, pas 13, la 8.

Nothing really worked out right; things got broke, they stayed that way.

Je me rends donc à mon paradis du WE, un grand lit pour moi tout seul, une grasse mat en perspective demain, quand je butte devant la porte à moitié défoncée de la chambre 8, ma chambre. Ça commence fort ! J’ouvre le nid douillet et sens une vague odeur de peinture. Du scotch de protection (le truc qui sert à ne pas peindre partout) recouvre la poignée de la porte. Je pose ma valise, prépare le matos photo et reprend la route de Villersexel, quarante minutes plus loin, dans la campagne perdue pour rejoindre Children In Paradise, Light Damage et Lazuli.

Called it Home Sweet Home, Home Sweet Home,
Eleven floors up in a tower block, happy just to have a home.
I’ve gone and changed the lock on our home.

Vers minuit, fatigué et heureux – oui j’ai zappé Magma, j’ai le droit de ne pas aimer Magma – je retrouve mon palace trois étoiles (si si). La porte est toujours dans un état pitoyable, difficile à ouvrir, encore plus à fermer. M’en fou, je suis crevé, je veux fermer mes petits yeux et dormir. Mais il y a comme une odeur de peinture dans cette chambre. Il semblerait bien, au vu des tâches au sol, du scotch de protection et de l’odeur résiduelle, que le rafraîchissement de la pièce soit très récent, voir même en cours. Je ferai avec, même si je suis un peu très allergique aux produits volatils. Je vais vers la fenêtre et ferme les volets afin d’être dans le noir – je ne dors pas s’il persiste la moindre lueur – oui je suis comme ça, même épuisé. Evidement, les volets ne descendent qu’à mi hauteur, ce serait pas amusant sinon. J’ai beau tirer dessus, sortir, les pousser, rien à faire, ils ne vont pas plus bas. Je rage ! Je tire les rideaux trop petits pour masquer les puissants éclairages du centre commercial qui me fait face, il fait jour dans la chambre, toute lumière éteinte. Tant pis pour la lumière et l’odeur, j’ai sommeil. Dans la salle de bain, je fais la rencontre d’une magnifique araignée encore vivante malgré les vapeurs de peinture, quelle résistance ! C’est beau l’évolution. Impossible d’ouvrir la fenêtre pour respirer un peu, la circulation extérieure est trop bruyante et les battants datent d’avant guerre, c’est tout ouvert ou tout fermé.

Suffocant dans les émanations toxiques, un oreillé sur la tête pour cacher la lumière, des bouchons de concert pour m’isoler des voisins, j’essaye de trouver le sommeil. J’émerge plusieurs fois au cours de la trop courte nuit dans un coma hallucinogène, fait d’éclairages urbains, de bruit d’autoroute et de vapeurs d’essence. 2h, 4h, 6h fin de la nuit, je n’en peux plus.

When I came home from work that night,
She’d jumped out the window with our child.

Si j’assiste à la deuxième soirée du festival, il va falloir que je traîne jusque 17h sans avoir vraiment dormi, que je reste debout pendant six heures et que je conduise encore deux heures pour rentrer. La messe est dite, je rentre à Strasbourg. A 7h30 je prends un déjeuné digne d’un cinq étoiles – jus de fruit concentré, café ignoble, croissant plastique – et je libère la chambre en promotion à 44€ et dont le prix normal est de 44€ toute l’année. A ce prix là j’avais une chambre d’hôte à vingt minutes du château. J’ai clairement choisi un bon hôtel… C’est d’ailleurs la première fois que je ne trouve pas dans une chambre les consignes d’évacuation et la plaquette des tarifs, peut-être sous une couche de peinture blanche fraîche ?

J’ai emprunté quelques paroles de Peter Gabriel tirés de sa magnifique chanson ‘Home Sweet Home’, Scratch (1978), j’espère qu’il ne m’en voudra pas.

La saison des ex

Image

Un ex flic, son ex fumeuse, une ex du bureau des disparus, une ex Patti, un ex parc national, voici la saison 2 de The Left Overs.

Les Garvey recomposés s’installent à Jarden, la citée miracle, épargnée par les disparitions, pour commencer une nouvelle vie. Mais il ne suffit pas de traverser les Etats-Unis pour échapper à ses chimères.

La terre tremble. Kevin, qui a déposé son étoile, cherche à échapper à Patti qui le hante. Matt, le pasteur est persuadé que son épouse s’est réveillée une nuit à leur arrivée. Trois adolescentes disparaissent une nuit dans le parc et les oiseaux revivent dans des boites à chaussures enterrées dans le sanctuaire. Y a t’il des miracles à Jarden ? Kevin est-il fou comme son père ? La famille Garvey réussira-t-elle à se reconstruire dans leur nouvelle maison ?

La saison 2 de The Leftovers, quittant Mapleton nous fait visiter la bourgade de Jarden et ses habitants miraculés. Entre magie, voodoo et violence, chaque épisode nous tient une nouvelle fois en haleine avec d’incroyables rebondissements où Kevin passe de l’autre côté du Styx.

Erreur d’aiguillage ?

Image

La boite aux lettres est une pochette surprise et une boite de pandore. Ce matin, une enveloppe brune trônait dans le cube de tôle vert devant mon portillon. Origine, la Grèce. Je me creuse le ciboulot pour me souvenir quel album j’ai pu commander là bas, mais je ne vois rien. J’ouvre donc la pochette et tombe sur non pas un CD mais trois. Deux EPs et un LP de groupes grecs qui me sont totalement inconnus : Warship, Terra Incognita et Project Renegate.

D’où viennent ces disques ? Sans doute d’un promoteur grec avec lequel j’ai du être contact il y a quelques temps (pardon si j’ai oublié, je n’ai pas la mémoire des noms). Je vous rassure, ce genre d’arrivage surprise est assez exceptionnel, surtout en format physique, car en mp3, nous recevons tout et n’importe quoi.

Maintenant, reste à savoir ce que nous allons faire avec tout cela. Warship, son destin est déjà scellé, il n’ira même pas jusque l’écoute complète j’en ai bien peur. On dirait du punk façon heavy métal. Ouille ça pique ! Pour Terra Incognita, même si on parle de heavy metal, une écoute s’impose je pense, on verra cela à la maison ce soir. Enfin, pour le petit dernier [pr:oj.ect] Renegate, il est évident que l’on va en faire quelque chose car ce metal alternatif à chanteuse sonne vraiment bien, je vous invite à y jeter une oreille attentive, d’autant que c’est un EP trois titres téléchargeable librement sur Bandcamp.

Vous pourriez vous demander pourquoi les promoteurs envoient du heavy metal à des webzines de rock progressif. Deux raisons à cela :

  1. De temps en temps, il nous arrive de déraper fortement de la ligne éditoriale, quand un album nous tape dans l’oeil. Cela fait du bien de changer d’horizon de parfois.
  2. Seconde raison, la principale, les promoteurs sont rétribués pour expédier aux médias un certain nombre d’exemplaires d’albums, on ne leur demande pas forcément de cibler finement l’objectif. Alors si vous chroniquez une fois du métal, vous risquez de recevoir quelques wagons de death, heavy, trash, sluge, doom, stoner, drone, symphonique, pagan, math, mélodique… metal.

Mauvais aiguillage ou pas, distribution large bande, promotion de la scène grecque, toujours est-il que le promoteur a réussi son opération séduction avec au moins un album sur les trois, c’est déjà un bon score lorsque l’on sait que plus d’un album sur dix ne passe même pas l’étape de l’écoute complète chez nous.

Ecoutez nos défaites

Image

Je vous ai déjà parlé de Laurent Gaudé, un écrivain français que j’apprécie beaucoup. Après avoir dévoré Eldorado, je passais chez mon libraire et tombais sur son dernier roman, Ecoutez nos défaites. Après quelques pages fébriles, je me rends compte que ce livre ne sera pas aussi aisé à lire que les autres.

Cinq récits allant de l’époque romaine à aujourd’hui, de Carthage aux Amériques, se mêlent dans ce roman où la guerre est l’épine dorsale. Hannibal, Négus, Grant, une archéologue et un soldat français des opérations spéciales se racontent dans les pages de Laurent Gaudé.

Daesh, Kadafi, Scipion, Oussama Ben Laden, le général Lee, Mussolini, la guerre est partout, de toutes les époques, monstrueuse, sanguinaire.

Une figurine volée de dieu égyptien, passe de main en main, un agent américain décide de jeter son tablier ensanglanté, Hannibal franchit les Alpes avec ses éléphants, Négus fuit son royaume et se réfugie en Grande Bretagne.

Le propos du livre est lourd, violent, décrivant la guerre sans concession. L’auteur parle au nom des vainqueurs, bouchers, vaincus, victimes, soldat, rois, lieutenants. La guerre est partout mais l’humanité résiste quelque part dans le récit, sous la forme d’une histoire d’amour à rebours, entre une archéologue et un soldat français, la rencontre d’une nuit.

Ecoutez nos défaites n’est pas une lecture de tout repos, le roman vous met mal à l’aise malgré sa narration morcelée, ou peut-être à cause de cela justement. L’écriture de Laurent Gaudé ne souffre d’aucun reproche et sa perception des guerres qu’il décrit fascine. Un roman difficile, passionnant et bouleversant.