L’Escadre Frêle

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C’est avec le premier tome de la bande dessinée La Horde du Contrevent que je suis rentré dans l’univers de Alain Damasio. Une magnifique BD qui m’a donné envie de lire le pavé de l’auteur corse. 

Une lecture assurément difficile mais envoûtante. Alors quand le tome deux de Eric Henninot est paru, j’ai voulu vérifier si les bulles et les images auraient toujours le même pouvoir évocateur que les mots.

L’Escadre Frêle débute après la mort de Pietro et peu avant la rencontre avec les Fréoles. Un récit qui nous conduit jusque la Flaque de Lapsane, cette une immense étendue d’eau et marais, que la horde s’apprête à traverser malgré l’échec des toutes les précédentes.

L’heure est aux doutes pour la horde : trahison, épuisement, choix de route, ce tome est moins dans l’action et le vent que le premier ce qui nous laisse le temps pour apprendre à mieux connaître le monde, le passé trouble de Golgoth et des membres de la horde.

Si le récit en cases prend quelques raccourcis avec les phrases d’Alain Damasio, c’est pour mieux mettre en images ce chapitre plus lent du roman. Je n’aurais pas mieux imaginé le vaisseau fréole, à la fois fleur et machine et la double page représentant le centre de la Flaque Lapsane est tout simplement sublime. Parfois cependant, certains visages trop vites esquissés auraient pu être plus soignés, comme dans le premier tome.

Ce tome est riche en dialogues et voyage peu, l’opposé du premier et j’avoue avoir hâte de retrouver Golgoth, Erg et les autres pataugeant dans l’eau face au vent en train d’affronter les chrones. Une très belle bande dessinée qui rend accessible un roman qui pourrait rebuter les personnes qui lisent peu.

La horde

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Combien de lecteurs ont quitté la trace, abandonné la horde, sont morts de désespoir ou d’épuisement en tournant les pages ?

La Horde du Contrevent, même si ce n’est pas un pavé, ne se lit pas en quelques heures. Sept cent pages à rebours, qu’il faut affronter vent de face, avec ses accalmies parfois longues et ses furvents palpitants. La force de Alain Damasio tient au récit morcelé conté par les vingt-un membres de l’expédition. Chacun s’exprimant avec un style et un vocabulaire propre, tout particulièrement Caracole, Golgoth et Erg. Le récit commençant par un furvent, démarre le vent en poupe et le lecteur se dit qu’il aura bientôt avalé le roman, peut-être même avant la fin de la nuit. Puis la tempête se calme, l’histoire s’enlise, l’envie s’essouffle jusqu’a une rencontre avec des Fréoles.

Au fil des chapitres, le lecteur découvre les protagonistes, Steppe, Oroshi et les autres, leurs rêves, leurs souffrances, leurs faiblesses, il découvre également un univers fantastique, un monde où le vent souffle tout le temps, un monde avec ses chrones étranges, magiques, un monde fait de vif. Au bout du voyage, la horde espère trouver l’Extrême-Amont, la source du vent, le Valhalla des hordeurs, mais aucune horde avant celle-ci, la trente quatrième, ne l’aurait jamais atteint. Des décennies de marche contre le vent, des morts, sur les pas des autres voyageurs jusqu’au jour où ils foulent une terre inexplorée.

Faut-il lire la Horde du Contrevent malgré ses longueurs ? Oui, pas de doute, il s’agit d’une oeuvre majeure du fantastique. Soyez tout de même équipé pour ce long voyage, prévoyez d’autres romans pour la marche, j’ai pris près d’une demie année pour le terminer.