La mort vous va si bien

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Parfois je me moque, je suis cynique, parfois je m’énerve, aujourd’hui je suis grave et sombre, pas d’humour, juste du vague à l’âme, si vous n’êtes pas d’humeur, ne lisez pas.

J’ai toujours eu un rapport compliqué à la mort et la souffrance qui l’accompagne.

Ma première rencontre avec elle, quoique théorique, fut effrayante. Ce fut le jour où je découvris, qu’un homme peut en tuer des millions en quelques secondes. J’étais tout petit. De mon lit, j’avais entendu un reportage sur Hiroshima et Nagasaki. J’ai beaucoup pleuré cette nuit là et cauchemardé ensuite. Cela me paraît toujours aussi monstrueux.

La seconde occasion fut concrète et douloureuse. Une petite fille de dix ans se faisait faucher par une voiture. Elle était mon amie, elle revenait de la danse, un jeudi après-midi. J’ai refusé d’aller à ses obsèques, j’étais trop choqué. De ce jour, jusque il y a peu, j’ai refusé la mort, fuyant les cérémonies religieuses.

Mais la faucheuse oeuvre quand même, qu’il y ait des spectateurs ou non, cela n’y change rien. Ma grand mère mourut folle, sans que cela m’émeuve vraiment, ma tata adorée succomba à un cancer, puis mon grand père admiré. A chaque fois je vécu ces disparitions dans le déni.

Puis mon grand frère, mon poteau, celui qui m’invitait à d’épiques fiestas, tomba gravement malade, encore un cancer. Sa vie fragile devint l’affaire de quelques mois, jusqu’au coup de téléphone, celui que vous redoutez tant et qui vous fait détester à jamais les sonneries stridentes. Ce fut ma première cérémonie funéraire, civile, mais belle, entouré de ses amis. J’étais préparé à cette disparition, enfin je le croyais, mais il me manque toujours terriblement.

Lorsque la mort s’invite chez vous par surprise, sans frapper à la porte, sans faire de bruit, le choc n’en est que plus brutal. Un dimanche matin, après une nuit joyeuse chez des amis, ce maudit téléphone sonna une nouvelle fois. Un autre grand frère venait de partir, lassé de la vie. Le corps ne contient pas assez de larmes pour noyer le chagrin qui vous submerge alors brutalement. Un second frère s’en était allé, sans prévenir. Un nouveau voyage au pays de mes ancêtres, un train que je vais apprendre à détester comme la sonnerie du téléphone, une nouvelle cérémonie civile, une famille qui se réduit comme peau de chagrin.

Peu après, tout aussi brutalement, son fils mit fin à ces jours. Une malédiction, un roman d’horreur, une famille ravagée part la douleur Le téléphone puis le train et une nouvelle cérémonie civile.

Puis ce fut ma mère, et sa douloureuse fin de vie, des jours et des nuits à l’hôpital puis le coup de fil de l’interne au petit matin. Son heure était arrivée depuis longtemps, ce fut presque un soulagement pour elle. Mais cette fois la cérémonie fut sordide.

Ma rencontre avec la mort fut brève et intense. Nous nous sommes croisés sur une piste cyclable. Elle avait un skateboard, moi un vélo. J’ai survécu de justesse à la première nuit grâce à un médecin avisé et ensuite j’ai regardé le monde d’un tout autre oeil.

Mais si cette fois elle m’avait épargné, elle n’en a pas moins continué son oeuvre.
La même année mon oncle partit des suites d’un cancer et au premier de l’an de l’année suivante une amie disparut, me laissant bouleversé après ces jours de festivités. Je pense souvent à elle.

Puis la mort signa une trêve, enfin une courte trêve avant décès d’une nouvelle amie. Un SMS foudroyant, porteur de la sinistre nouvelle. Ce fut la première fois que je me rendais à une cérémonie religieuse, pour soutenir son frère, ami de très longue date. Je déteste les cérémonies religieuses avec tout leurs rituels ésotériques, un peu ridicules, mais c’était une façon de pleurer la disparue en compagnie d’amis. Ce jour là, dans l’église froide, j’ai pensé à tous ces proches que j’ai perdu, mes frères, mon neveu, ma mère, ma tante, mon grand père, mes amis.

La semaine suivante, un ami et collègue partait lui aussi. Je l’ai appris par une actualité anonyme sur le site internet de notre entreprise. Sordide.

Il ne reste plus grand monde à tuer dans ma famille, un vieux père fatigué, un frère avec qui j’ai peu de contact et moi même.

Je ne songe pas à mon épouse, encore moins à mes enfants, attendez donc que je sois froid avant des faire les cons, j’y perdrai sinon la raison.

Cependant j’avoue être curieux. Curieux de la mort, de préférence sans souffrance, juste pour savoir. Je ne suis pas pressé notez le, sauf parfois lorsque les crises de migraines deviennent trop violentes et rapprochées. Je n’ai pas peur, pas encore, sauf la crainte de traîner trop longtemps. Je ne suis pas mystique, ni religieux, juste curieux de savoir qui avait raison.

Rencontres

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Mon interface neurale d’association visage/prénom est défectueuse et croyez-moi, c’est un sérieux handicap dans la vie.

Même des personnes que je croise régulièrement peuvent perdre leur identité en peu de temps. 

Imaginez moi criant “oh Joséphine” dans un moment d’intimité avec mon épouse Isabelle. Oui ce serait embarrassant, mais là, il se peut que le problème soit ailleurs.

Dans la vraie vie, j’ai du mal a mettre un prénom sur un visage et inversement. Alors quand il s’agit de rencontres IRL, tout devient plus compliqué. Tant que l’on en reste à des échanges sans importance, tant que le pseudo ne change pas ou que l’image de profil reste constante, je m’en sors honorablement. Mais dès qu’un changement survient, c’est la panique. Qui est-ce, un lecteur, un musicien, un promoteur, un contact, un ami ? Les malentendus sont légion et parfois embarrassants.

Le cauchemar absolu c’est lorsque l’échange virtuel se concrétise dans le monde réel, vous savez, les sites de plan c…, je veux dire de rencontre. Enfin bref, lorsqu’une personne avec qui j’ai échangé des mois durant sur Facebook se retrouve face à moi, c’est le drame. Si le visage me dit quelque chose, je ne situe plus la personne, son occupation, le lien qui nous uni, et bien entendu son prénom.

Donc je fais le mort. Je ne vais pas vers les gens. J’attends qu’ils fassent le premier pas. C’est d’ailleurs ce que j’ai toujours fait avec les filles, mais ça c’était pour éviter les râteaux.

Quand j’arrive à un concert, c’est souvent le drame. Dans la queue y a des personnes qui me disent bonjour. Alors je dis “salut”. Mais bien souvent je ne sais absolument pas de qui il s’agit. Je vous assure je ne fais pas le fier, je ne suis pas une star non plus avec 10000 fans, j’ai juste un problème d’interface neurale. Il y a bien des bouilles que je remets à force, mais les prénoms, quelle chianlie !

Bref je ne fais le mort. Si la personne me reconnait, et qu’elle désire me parler, commence alors un étrange manège :

Monsieur X – ‘Salut JC’.

Oups, c’est qui là ? Il a une gratte en main, ça doit être un zicos.

Moi – ‘Heu salut’

Monsieur X – ‘C’était cool ton article là sur nous’

Merde, c’est qui nous ?

Moi – ‘Ben c’est sympa ce que vous faites aussi’.

Monsieur X – ‘J’espère que tu vas aimer ce soir’

Bon y a deux groupes ce soir, trois guitaristes, c’est bien une guitare ? Te mouille pas trop.

Moi – ‘Je suis certain que ça va être super, vous jouez en premier ?’

Monsieur X – ‘Oui, comme ça on sera moins crevé ‘

Ha j’approche. Ils ont deux guitaristes les toulousains.

Moi – ‘Ben oui avec la route c’est fatiguant’

Monsieur X – ‘Oui enfin on a 30 km à faire, c’est pas la mort’

Putain, c’est le groupe local, ils ont inversé la programmation les cons !

Moi – ‘Oui bon mais quand même’

ça y est je vois le groupe, maintenant c’est quoi son prénom, David, Donald, Darwin, ça doit être David, on a jamais vu un alsacien s’appeler Donal ou Darwin sérieusement. Reste prudent quand même...

Monsieur X – ‘Au fait, tu n’as pas vu David ?’

Rhooo putain !

Moi – ‘Heu non, pas encore…’

Monsieur X – ‘Faut que je lui file sa guitare’

Putain c’est qui lui ?

Monsieur X – ‘Bon je te laisse JC, faut que je trouve à tout de suite’

‘Oui à toutes’

Putain putain putain, mais quelle buse !

Voila, vous savez tout maintenant. Mais pas la peine de me faire le coup du “coucou chéri” en me sautant dans les bras, car je reconnais les hommes des femmes, enfin le plus souvent, et mon épouse, après 26 ans de mariage, je sais à quoi elle ressemble.

Lanfeust de Troy

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Les jours de fatigue, au lieu de me plonger dans un livre difficile, je parcours la BDthèque familiale à la recherche d’une lecture facile. Mon choix s’arrête souvent sur un Gaston ou sur un Astérix, mais parfois, je reprends une série oubliée. Ce week-end, j’ai jeté mon dévolu sur les huit tomes de Lanfeust de Troy.

Pour la petite histoire, c’est un couple d’amis montpelliérain qui nous fit découvrir le premier livre. Nous étions jeunes et beaux et mon adorable épouse portait souvent une robe rouge moulante qui me mettait en joie, si je puis dire. Ayant adoré la BD, nos amis nous en firent cadeau en ajoutant un petit dialogue au dessin de garde du premier tome.

Me voici donc à nouveau plongé dans les aventures de Lanfeust, cet apprenti forgeron qu’un bout d’ivoire va rendre célèbre.

A ses côtés, deux soeurs, la blonde pimbêche et la brune délurée, un troll enchanté et un sage d’Echmull. Comme il se doit, ils vont vivre tous les cinq des aventures rocambolesques dans un monde médiéval fantastique nommé Troy. Une lutte pour le pouvoir magique total contre le méchant Tanos. Rien de très original, encore que, à l’époque, ce genre de BD ne courrait pas les rues.

Mais la caractéristique principale de cette histoire, est l’humour potache, les clins d’œil aux publicités de l’époque, le sexy pas trop sexe, la violence gratuite et une belle dose de dépaysement. C’était l’époque bénie des séries qui se terminaient (je vous l’accorde, il y a eu ensuite Lanfeust Des Etoiles, Lanfeust Odyssey, Trolls de Troy, Gnomes de Troy, mais bon ça ne compte pas on va dire). Et même si, passé le troisième volume, Lanfeust de Troy, commençait déjà à s’essouffler, je suis arrivé finalement à la fin de la saga, après avoir failli renoncer au sixième tome.

Une BD détente, dans laquelle je me suis replongé, je l’avoue, avec un peu de nostalgie. “nous étions jeunes et larges d’épaules” chantait Bernard Lavillier, moi je dirai, “juste jeunes”, un voyage près d’un quart de siècle dans le passé, une robe rouge qui n’est plus qu’un souvenir et de très bons amis perdus de vue.

Si vous ne l’avez jamais lue, vous êtes impardonnables…

Mais la vraie question est la suivante, qui de C’ian ou de Cixi, préférez-vous, la blonde bêcheuse, ou la brune volcanique, la robe bleue ou la robe rouge ? De nos jours, il est plus prudent d’élargir le débat, alors je vous propose le rouquin, la brune ou la blonde ? J’attends vos réponses, pour moi c’est tout vu, j’aime les brunes et les robes rouges, alors je prendrai le forgeron rouquin musclé…

Lettre à mes amis

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Mes chers et nombreux amis, je m’aperçois aujourd’hui que je vous connais bien mal, votre visage ne me dit pas grand chose, pas plus que votre nom.

Vous n’êtes pas loin de cinq cent alors que je peine à retenir dix noms et cinq visages.

Qui êtes vous ? Nous sommes-nous, ne serait-ce qu’une fois rencontré ? Pourquoi sommes-nous devenus amis ? Je me suis souvent posé la question. Ne le prenez pas mal, mais connaître autant d’amis inconnus, cela interroge.

A de rares occasions j’ai refusé votre amitié, lorsque votre poitrine gonflée de vie et vos nuisettes avantageuses auraient pu heurter la sensibilité de mon épouse. Il m’est également arrivé de vous réduire au silence lorsque vos propos m’agaçaient et de vous mettre dehors lorsque vous vous dépassiez les bornes.

Qu’avons-nous en commun ? Une même passion pour la musique  ? Est-ce bien la même d’ailleurs ? Un même besoin de combler notre solitude ? Je ne suis pas seul, désolé.

J’ai plus d’amis Facebook que de lecteurs réguliers du webzine. Ne parlons même pas des follower Twitter. Nombres d’entre eux sont des musiciens, devenus amis afin de faciliter nos échanges, pour me remercier d’une chronique. Quelques uns, ils sont devenus des connaissances voire des amis dans la vraie vie, mais c’est l’exception. Reste quelques lecteurs avec qui j’ai échangé une fois ou deux, des rencontres de concert que je ne reconnaîtrais pas forcément (pardon, je ne vous snobe pas, mais mon cerveau est limité à dix noms et cinq visages).

Il y a sans doute aussi ces amis qui sont mes ennemis, sans que je le sache. Des gens qui me détestent et qui restent mes “amis”… Et puis il y a ces inconnus absolus, avec qui je n’ai jamais échangé, des amis d’amis d’amis demandant à être amis. Dans le doute j’accepte certaines demandes, sauf pour les bombasses suspectes, on ne sait jamais, des fois que ce soit un promoteur avec son profil privé, ça arrive.

Je ne vous connaît pas les amis, vous ne me connaissez pas, alors pourquoi sommes-nous amis ? Pour faire grimper votre score Facebook, pour avoir un “people” dans vos connaissance ? Je ne suis pas un “people”. Vous ne likez pas mes articles de plus en plus rares, je ne vais pas sur votre profile, vous n’échangez pas de message avec moi, nous sommes de parfaits inconnus. Alors pourquoi sommes-nous amis ?

J’ai remarqué un comportement assez surprenant sur les réseaux sociaux. Lorsque que vous postez une information, un lien, un article, une chronique, vos amis, vos abonnés likent facilement, commentent, mais combien cliquent sur le lien et lisent réellement ce qu’il y a derrière ? Un sur dix ? Si je me fie aux statistiques du webzine du temps du groupe de discussion Neoprog, nous n’étions pas loin de ce score. Alors, quoi sert ce pouce en l’air, ce cœur, ce rire, cet air dubitatif ou en colère si les clickeurs fous ne regardent même pas vraiment le texte derrière la photo. Ils y en a même, qui commentent sans lire.

Je lis occasionnellement le fil d’actualités de quelques personnes que je connais, je like assez peu, je ne souhaite plus les anniversaires, que ce soit pour les vrais amis ou les inconnus, ça n’a pas de sens, je refuse la plus grande part des invitations car je ne suis pas un fan de guitare, ni de basse, ni de batterie, je n’enregistre rien dans les studios, je ne compte pas presser de vinyle ni devenir producteur. Je me suis retiré des groupes, je n’y allais de toute façon plus depuis longtemps et j’ai cessé les débats sur la toile, c’est épuisant.

Je suis bien tenté pas un grand nettoyage par le vide mais j’ai peur d’offenser des personnes, alors, si, vous qui me lisez, vous ne me connaissez pas, ne m’aimez pas, n’avez pas un besoin vital de rester en contact avec moi, n’hésitez pas à vous enlever de mes amis, je ne vous en tiendrais pas rigueur, bien au contraire. Si vous restez quand même, s’il vous plais, ne m’invitez pas dans des groupes, à des événements sans rapport avec le rock progressif et si vous êtes une bombasse désireuse de me rencontrer, essayez une méthode plus directe d’approche, car le numérique à ses limites…