Toner de ramettes !

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Toner de Ramettes ! Cela pourrait être une des insultes fleuries du Capitaine Haddock, ce n’est hélas que mon quotidien.

Problème : la photocopieuse se situant à quinze mètres de mon bureau, combien de kilomètres est-ce que je parcoure chaque jour dans les couloirs de mon administration ?

Mais où range-t-on toutes ces impressions, photocopies, scans ? Le classement vertical n’étant pas au goût du jour, traçabilité oblige, les classeurs s’accumulent d’année en année autour des agents vieillissants. Un jour, nous nous réveillerons, cernés par ces dossiers gris et poussiéreux, chargés de documents qui n’ont plus de sens et nous ne pourrons plus sortir de nos bureaux, pris au piège derrière cette muraille de bureaucratie.

Par chance la dématérialisation progresse… Hélas un serveur de l’état vient de se faire pirater avec tous nos comptes, adresses mails, dossiers confidentiels, du coup la sécurité informatique, paranoïaque jusqu’au bout des ongles, mais hélas avec un temps de retard, risque de nous faire régresser à l’âge de pierre de l’archivage, à savoir la méthode égyptienne, gravée dans le marbre.

Combien de tonnes de papier, de toner et de classeurs utilisons-nous par an ? Rien qu’en vidant le contenu de ma perforatrice une fois par semaine, je prends peur. Original, copie, scan, tapon, signature, numéro, enregistrement, chrono, fiche de liaison, parapheur, trombone, agrafe, blanco (NON pas le blanco !), le consommable rentre par cartons entiers dans les bureaux et en ressort, quinze mètres plus loin, par la gueule béante de la photocopieuse.

Les files d’attentes devant l’engin monstrueux sont longues, les copies se perdent, les impressions sont relancées, les spools saturent, le toner baisse et soudain c’est le bourrage. L’impression recto verso couleur des huit cent pages du catalogue de la Manufacture des Armes et des Chars, pliées en livret A4 vient de coller au four à l’exemplaire n°4. Le coupable, frustré, relance la tâche sur la seconde machine un étage plus haut, et à nouveau, bourrage, cette fois à l’exemplaire n°5. Les queues s’allongent, les spools débordent, les serveurs saturent, la grogne monte. Quel est le cornichon qui a imprimé ça ?! La machine soudain paralysée, plus rien ne rentre, plus rien ne sort. Le papier froissé, carbonisé est arraché par petit bouts de la machine brûlante, la maintenance arrive pressée de toute part, contacte le service après vente après avoir constaté le désastre et chasse tous mes mécontents du périmètre des imprimantes. La machine est grippée. Les fonctionnaires tournent en rond dans les couloirs, rongent leurs ongles,boivent un café, discutent, râlent contre l’inefficacité du service informatique, contre la mauvaise qualité des copieurs, contre les réductions du budget décidées il y a peu, contre les réductions d’effectifs, contre la fermeture des centres, contre le gel du point d’indice, contre le jour de carence, contre le report de l’âge de la retraite, contre le repas de midi, contre la fontaine à eau toujours en panne, contre l’odeur d’urine dans les toilettes, contre les chefs, contre les collègues, contre les clients.

Puis soudain, le bruit caractéristique d’une page sortant du copieur se fait entendre, une page puis deux, puis trois. Tout le monde se précipite alors devant le crache papier, récupère son bien et part en courant s’enfermer dans son bureau, pour relire, numéroter, signer, dater, plier, enregistrer, perforer, agrafer, ranger, poster. La vie a repris son cours normal.

Brazil !

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  1. Demande d’abord un numéro de sortie au secrétariat
  2. Rédige le courrier où tu renseigne ton numéro de sortie
  3. Imprime-le
  4. Fais le signer
  5. Range le fichier original dans le répertoire qui va bien
  6. Fais en deux photocopies et un scan
  7. Renomme le scan du même nom que le courrier
  8. Envoie l’original par la poste
  9. Donnes-en  une copie au secrétariat
  10. Met l’autre copie dans le classeur ad hoc
  11. Envoie par mail le scan à qui de droit
  12. Range le scan dans le même répertoire que le courrier
  13. Complète le tableur avec le numéro de sortie et les références du courrier
  14. Complète le compte rendu avec les références du courrier et le numéro de sortie
  15. Bravo ! Tu viens d’envoyer ton premier courrier.

Des fois je me demande où nous en sommes de la simplification administrative ? Parce que, sérieusement, une lettre dont on trouve la trace à huit endroits différents, si ce n’est pas de la traçabilité, je ne sais pas ce que c’est. Combien de temps ai-je passé à de rédiger ma lettre, dix minutes ? Combien de temps ai-je passé à traité son archivage, vingt minutes ? N’y a t’il pas une gigantesque disproportion entre l’importance du courrier et son archivage ?

Les archives secrètes d’un webzine

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Si vous désirez connaître les secrets du webzine Neoprog, fouillez les poubelles. Les archives secrètes, les chroniques pas encore publiées, celles qui ne le seront jamais, les fiches promotionnelles froissées, les enveloppes qui contenaient des CDs, tout cela passe par ma poubelle jaune.

Depuis quelques années, je rédige mes chroniques sur un bloc papier A4 à petits carreaux, avec de préférence un crayon à plume fine noir. Chacun à ses petits problèmes me direz-vous. Si j’écris sur du papier, à l’ancienne, alors que nous sommes tous connectés, c’est avec l’objectif de rester totalement concentré sur la musique que j’écoute. En effet à l’heure du mail, des réseaux sociaux, du web, il ne se passe pas une minute sans qu’une notification arrive sur mon ordinateur, tablette ou téléphone. Alors pour chroniquer, je me déconnecte.

J’ai opté pour la pâte à bois – plus souvent mélasse de chiffons et de papiers recyclés de nos jours – et pour le stylo. Bien entendu cela oblige à un double travail, le premier jet sur papier puis la recopie informatique, sans parler des relectures indispensables. La méthode n’est guère écologique, je consomme beaucoup de papier et encore plus de stylos. Mais aujourd’hui je ne reviendrai certainement pas en arrière. J’ai pris goût au bruit de la bille frottant le papier, à mon écriture fébrile pleine de fautes d’orthographe et de grammaire qui seront corrigées plus tard. Et cela m’offre une seconde chance, lorsque que je recopie mes notes, d’envisager l’album, lors d’une dernière écoute, sous un nouvel angle, avec plus ou moins d’indulgence.

Si vous en avez assez de lire ma prose sur Internet, je vous invite à passer lundi matin, sur le trottoir, devant chez moi. Avant six heures, vous verrez la poubelle jaune devant la maison bleu alsacien. Dans la poubelle, au milieu des paquets de céréales vides, des bouteilles de lait, des emballages, des bouteilles d’eau écrasées et des tablettes de chocolat vides, vous trouverez peut-être une enveloppe déchirée venue de Hongrie, du Canada, une fiche de promotion du label Karisma ou Inside Out et des feuilles de papiers A4 à petits carreaux froissées, noircies de gribouillis improbables, pleins de renvois, de ratures, de biffures, avec un peu de chance la chronique d’un album de rock progressif qui ne sortira que dans deux mois et qui sera publié chez nous dans quelques semaines.