Déboussolé

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Le Pôle Nord en plein désert, une mère qui rêve de survivre à sa fille, une tortue Ninja non violente, une déesse aux rondeurs affolantes, un rois des sables au cent deux épouses, nous voici dans Les Anthropotames du Nihil, le tome trois de Azimut.

Le tome deux sortait en janvier 2014 et c’est tout dernièrement que je lisais la suite de ce voyage coloré et loufoque que l’on doit à Loupano et Andreae. Comme il fallait s’y attendre, après plus de trois années, j’avais tout oublié de l’histoire et elle m’est revenue par bribes au fil de la lecture. Enfin par bribes, c’est beaucoup dire, je me suis rappelé la reine et sa fille, toutes deux en quête d’immortalité, l’artiste amoureux de la princesse, le lapin obsédé et la déesse de sable.

Pour être tout à fait honnête, je me suis plus laissé porter par les graphismes magnifiques que par l’histoire, il me faudra repartir du tome un pour comprendre toutes les subtilités des personnages et leurs objectifs.

Le tome trois part dans tous les sens avec de nombreux récits dans le récit, le Petitghistan qui part en guerre, le conseil, la princesse et son peintre dans le désert, le Mamamouchi des sables aux cent deux épouses, la quête des Anthropotames, le sérail et le chevalier coincé dans les engrenages. Espérons que Lupano et Andreae sauront ne pas trop diluer l’histoire et que Azimut trouvera un jour une fin, je suis parfois un peu fatigué de ces séries interminables qui s’enlisent au fil du temps.

 

Olympus Mons

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– J’ai déjà dû m’allonger sur ce divan de nombreuses fois pour vous raconter cette obsession docteur.
– Mmmm, continuez.
– A Noël, mon fils…
– Votre fils vous dites ?
– Oui mon fils à Noël donc…
– Un problème œdipien à régler je suppose ?
– Mais non, c’est mon fils c’est tout. Donc à Noël…
– Vous n’aimez pas les fêtes de Noël, un rejet de la famille.
– Non pas du tout, c’est juste qu’à Noël mon fils…
– Je comprends mieux, deux facteurs rentrent dans votre névrose, votre fils œdipien et les fêtes de fin d’années, nous y voila, continuez.
– Oui bon, donc à Noël, mon fils m’a offert…
– Vous refusez les cadeaux, intéressant, poursuivez.
– Non j’adore les cadeaux justement.
– Et celui-là vous a déçu ?
– Mais laissez moi finir enfin !
– Il y a de la violence en vous, libérez-là, c’est bien.
– Donc à Noël, mon fils m’a offert une BD.
– Vous restez toujours sur les mêmes thématiques, Noël, fils, intéressant ce nouvel élément, la BD, approfondissez.
– Justement, à Noël mon fils m’a offert une BD parlant de Mars.
– Mmmm, continuez.
– Non mais vous ne comprenez pas, la BD, parlait de Mars.
– Oui, poursuivez.
– Non mais Mars, c’est un thème qui m’obsède depuis des années, en fait, depuis que j’ai lu Chroniques Martiennes de Ray Bradbury, je devais être en cinquième, et depuis, je lis, je regarde, je dévore tout ce qui touche à Mars. Alors comprenez, que mon fils m’offre pour Noël une BD parlant de Mars, c’est juste terrifiant pour moi, la névrose se propage, ou peut-être le fait-il exprès d’alimenter mon vice, à moins qu’il veuille juste me faire plaisir, je ne sais plus quoi penser.
– Hmmm, hmmm, c’était quoi le nom de cette BD ?
– Heu quel rapport ?
– C’est important, répondez.
– Olympus Mons, le tome un, comme le volcan de 23 km de haut avec une caldeira de plus de 30 km de rayon, imaginez un peu, un volcan fabuleux, trois fois le toit du monde, dominant Amazonis Planita à l’ouest et les monts Tharsis au sud-est.
– Oui je vois, et quels sont les auteurs ?
– Heu, enfin, Bec et Raffaele pourquoi ?
– Non comme ça, et c’est bien ?
– Oui et non en fait.
– Développez.
– Ben j’en suis au tome deux…
– Bien bien, il y a déjà un tome deux, donc vous avez continué la lecture après le premier cadeau ?
– Heu oui, obsession oblige, et donc ça parle plus de civilisation extraterrestre, de vaisseaux et de Mars, même si une partie seulement du récit se passe sur Mars.
– Des vaisseaux, des extraterrestres et Mars, continuez.
– Le graphisme n’est pas extraordinaire, mais l’intrigue est prenante avec les différents blocs politiques qui s’affrontent, le médium qui voit l’intérieur d’un vaisseau qui gît au fond de l’océan et qui pressant un grand danger pour l’humanité.
– Mmmm intéressant tout ça.
– Oui mais bon, vous comprenez docteur, c’est encore une de ces fichues BDs qui parle de Mars, alors je me demande s’il est vraiment sain que je lise ce genre d’ouvrage, si je ne me ruine pas la santé mentale avec ces échappatoires à la vie réelle et si mon fils n’alimente pas sciemment mon obsession dans un but de vengeance et de…
– Oui bien entendu, nous en reparlerons à la prochaine séance si vous voulez bien. Vous connaissez une boutique de BD près de mon cabinet ?
– Une boutique de BD ? Heu oui, il y a Bildergarte, rue des Serruriers.
– Merci, je vous laisse, j’ai une course urgente à faire, désolé.
– Au revoir docteur.
– Oui c’est ça, au revoir, Olympus Mons vous avez dit, c’est bien ça ?
– Oui docteur…
– Merci !

Idées noires

On m’accuse de pessimisme, de broyer du noir, de voir toujours le verre à moitié plein, c’est peut-être un peu vrai. Pourtant j’aime rire, je vous l’assure, la preuve, j’adore les Idées Noires de Franquin. Franquin, je l’ai découvert avec Gaston Lagaffe il y a très longtemps. Quand je suis tombé sur ses BDs, j’ai hurlé de rire pendant des nuits entières à lire et à relire ses gags. Et je hurle toujours de rire à chaque fois que je lis une planche de maître. Son génial personnage, fainéant, écolo, antimilitariste et naïf avec ses inventions farfelues, ses gaffes monumentales et ses coups de gueule, présente une facette du monde du travail que peu d’humoristes et dessinateurs ont su aussi bien croquer.

J’ai découvert le côté obscur de Franquin un peu plus tard, avec les idées noires. Là aussi j’ai ri, mais pas de la même façon. Dessins au Rotring, sujets douloureux, humour noir et grinçant, les Idées Noires sont l’autre facette de ce dessinateur de génie qu’est Franquin. Tout ce qui ne cadrait pas trop avec la ligne éditoriale du Journal de Spirou, il l’a exprimé dans un supplément plus adulte qui ne durera pas très longtemps hélas. Chasseurs, militaires, curés sont égratignés au fil des pages sans prendre de gants. Et des fois le propos est vraiment méchant, j’adore ça !

Cette BD, je l’ai longtemps cherchée dans les librairies d’occasion, mais peine perdue, édition originale hors de prix ou rééditions introuvables. C’est mon petit dernier, qui à Noël dernier, a dégoté la merveille pour son papounet adoré. Une réédition toute récente que je n’avais pas vu passer. Autant dire que je me suis jeté goulûment sur l’ouvrage et avec délectation, j’ai beaucoup ri, sans doute parce que c’est très noir. Et puis, récemment, je suis tombé sur Il Était Une Fois Idées Noires chez Fluide Glacial, une édition racontant la genèse de ces dessins en noir et blanc et dévoilant un peu l’artiste qu’était Franquin. Le Franquin dépressif est présenté ici sous au tout nouvel éclairage et les propos des dessinateurs qui ont travaillé avec lui ainsi que ses propres interviews dévoilent de nombreuses facettes d’un personnage que je ne connaissais pas si bien finalement. Le livre contient également de nombreuses planches tirées des Idées Noires et de collaborations diverses. Bref si comme moi vous avez tous les Gaston Lagaffe, les Idées Noires, quelques Spirou, ce bouquin, même s’il n’est pas indispensable devrait vous séduire.

Emmanuel Lepage

J’ai souvent rêvé de partir en Terre Adélie où à Kergelen pour une mission météorologique. Le désert glacé, la solitude, le froid, le vent, la neige à perte de vue, une des dernières terres d’aventures de la planète bleue. Ma passion pour le continent glacé m’a naturellement conduit vers un auteur de bandes dessinées né un peu plus de sept mois après moi dans la même ville de Bretagne, Saint-Brieuc. Son nom ? Emmanuel Lepage. J’ai découvert, un peu par hasard, son Voyage aux Iles de la Désolation en passant chez mon vendeur de BD préféré. Un reportage plus qu’une histoire sur un dessinateur (l’auteur lui-même) qui s’embarque à bord du Marion Dufresne, bateau qui a pour mission de ravitailler les bases françaises des terres australes. Histoire humaine, croquis pris sur le vif, aquarelles magnifiques, plus qu’une bande dessinée, il s’agit d’un livre à regarder et à rêver. Je venais de découvrir un auteur atypique dont je suis tombé amoureux.

Depuis j’ai lu d’autres BD du même auteur comme Un Printemps A Tchernobyl, Les Voyages d’Ulysse, La Lune est Blanche et d’autres. Le graphisme est toujours aussi beau, la narration particulière, une autre façon d’aborder la bande dessinée, qui devient plus un livre de peintures avec une histoire qu’une succession de bulles et de cases.