Soyons brefs

Image

L’idée m’est venue lorsque j’ai écouté l’album solo de Daniel Cavanagh, monochrome. Je suis un fan d’Anathema, d’Anneke van Giersbergen et j’avais beaucoup apprécié un live acoustique qu’ils avaient fait tous les deux dans un bled paumé au delà du cercle polaire, il y a quelques années. Mais quand j’ai écouté monochrome, grosse déception. Il s’agissait d’un achat perso, pas d’une promotion et vu l’avalanche d’albums envoyés par les artistes, labels et promoteurs, je manque de temps pour chroniquer mes dernières acquisitions. La rançon du succès sans doute.

Mais comment ne pas parler de ce si décevant monochrome ? Je n’avais pas envie de me le repasser une dizaine de fois pour le chroniquer, le masochisme a ses limites, donc impossible de le décortiquer, de souligner les temps forts, les emprunts, les faiblesses. Alors que faire ? Une mini chronique ? Un texte de quelques lignes, donnant juste mon impression à chaud après deux écoutes sans creuser le sujet ? La brève était née.

Rangées parmi les chroniques, les brèves bénéficient d’un agencement légèrement différent pour qu’on ne les confonde pas avec des chroniques en bon et du forme. L’avantage, est bien entendu de couvrir plus d’albums, l’inconvénient, c’est de ne pas aller au fond de l’analyse, de survoler. Dans la mesure du possible, je ne le ferai qu’avec des promotions que l’on aurait pas chroniqué de toute façon, avec des achats perso et cela ne changera pas la fréquence des chroniques dites normales.

Notation polonaise inversée

Image

Vous connaissez la notation polonaise inversée ? Sans doute pas, il faut être vieux pour ça. Ce système de calcul existait sur les calculatrice HP et une guerre intellectuelle faisait rage, à l’époque, entre les utilisateurs de Texas Instrument et Hewlet Packard pour savoir qui calculait le plus rapidement. Sur les TI, la somme de deux et trois s’écrivait 2 + 3 Enter, sur les HP, 2 Enter 3 Enter +. Vous en déduisez comme moi que sur une HP, taper un calcul était fastidieux. En réalité pas tant que ça, car avec une HP point de parenthèse, à la place une gymnastique complexe pour calculer et à la clef un gain de temps conséquent.

Mais je ne suis pas ici de vous parler de cette bataille de geek rassurez-vous. Je suis là pour vous expliquer comment je note mes albums à Neoprog. Et à bien y réfléchir, je me demande quel sujet sera le plus simple à aborder, la notation polonaise inversée où le système du webzine.

Lors de la création du monde, le seigneur s’aperçut bien vite que son oeuvre était imparfaite. Il inventa alors la note sur vingt pour évaluer les belles choses des bouses. vingt pour l’excellence, zéro pour les artefacts innommables. Le même système de notation que celui de l’école de l’ancien temps, jugé aujourd’hui stigmatisant par les parents d’élèves et transformé en compétences pour cacher le fait que nos enfants sont des débiles.

Après des débuts difficiles avec la notation sur vingt, Neoprog, également y alla de sa réforme, passant d’un système sur vingt points à un autre sur dix. Mais en voulant effectuer cette migration qui consistait à diviser par deux le score, le bon webmaster s’aperçut que quatre-vingt-dix-neuf pour-cent des albums chroniqués dépassaient le dix sur vingt. A part un Yes et un Steve Hogarth, rares étaient les albums qui n’obtenaient pas la moyenne chez nous. Alors arbitrairement, la note fut amputée de sa partie basse, les dix premiers points.

Nouvelle Note = max((Ancienne Note-10),0)

Puis, comme bon nombre de lecteurs (des parents d’élèves en difficultés) trouvaient la note stigmatisante, je décidais d’attribuer des étoiles aux albums. Cette fois ce fut plus simple, une étoile pour deux points, cinq étoiles pour dix sur dix c’est à dire vingt sur vingt, une étoile pour deux sur dix c’est à dire douze sur vingt. Vous me suivez ? Oui je sais, l’équipe de chroniqueurs s’y perd toujours, car en réalité, dans la base de données, la note est encore sur vingt. Certains d’entre nous notent en étoiles, sur dix ou sur vingt, bref l’enfer ! Et quand un rigolo me propose à dix-neuf virgule cinq je suis obligé de lui demander de choisir, dix-neuf ou vingt, je n’ai pas encore programmé le quart d’étoile.

 =   3 étoiles x 2 = 6 points + 10 points = 16/20

C’est simple non ?

Résumons, une étoile vaut deux points (il existe des demies étoiles pour pimenter l’affaire, une demie étoile valant… un point, c’est bien vous suivez). Donc un album deux étoiles vaut quatre points, mais comme la note est sur vingt et non sur dix, il faudrait multiplier celle-ci par deux, alors qu’en réalité il faut lui ajouter dix points ou cinq étoiles invisibles.

Mais comment estimer qu’un album vaut tant ou tant d’étoiles ? Bonne question. La longueur, l’épaisseur du livret, le nombre de musiciens présents, l’âge moyen de ceux-ci, le nombre d’albums qu’ils ont déjà composés ?

Pour ma part, un facteur très important rentre en compte : ai-je affaire à des artistes aguerris avec derrière eux une maison de production puissante, des studios XXL et des équipements de malades, ou bien à un album auto-produit par des amateurs avec de petits moyens. Pour ces deux cas de figure, j’utilise des échelles d’évaluation très différentes. Que Yes sorte un album de bonne facture, cela me semble le minimum syndical avec leurs années d’expérience et les moyens à leur disposition. Qu’un petit groupe français répétant le WE dans un garage produise une galette correcte avec de bonnes idées dedans, et c’est un très bon album.

Outre la notoriété, il y a l’originalité. Un énième cover Pink Floyd risque de se prendre une fessée s’il n’est pas excellent, alors qu’un album novateur aura toute ma sympathie. Comprenez-moi, j’en écoute des tonnes. Je tiens compte de la production bien entendu. Même si tout le monde n’a pas les moyens de s’offrir les studios de Real World et Steven Wilson derrière la console, un son où se détachent tous les instruments est important pour moi. J’ai eu à écouter de très mauvaises productions signées Asia par exemple, c’est impardonnable !

Outre la technique des musiciens, la voix des chanteurs, l’artwork de l’album, rentre en compte le feeling, facteur éminemment subjectif, qui dépend du chroniqueur, de son humeur du moment, de ce qu’il a mangé à midi, de ce qu’il a écouté avant, s’il n’y a pas eu droit la veille, depuis une semaine, un mois, un an. Ce côté subjectif je l’assume pleinement et il m’est arrivé, après coup, de réévaluer une note, avec le recul, passé la colère ou l’enthousiaste initial. C’est d’ailleurs en partie pour cela que je chronique sur du papier.

Un des facteurs qui peut faire monter la note malgré moi, c’est quand je suis proche de l’artiste (non je ne couche pas avec la chanteuse, même si j’aimerai, ma femme veille au grain). J’essaye de ne pas chroniquer ceux que je connais trop bien dans la vraie vie.

Bref, si vous êtes célèbre, que votre production est moyenne et que je suis mal luné, vous aurez une petite étoile, c’est à dire deux sur dix ou douze sur vingt. Et si vous êtes amateurs, inventifs et que vous chantez bien, vous aurez cinq étoiles, à condition que je sois de bonne humeur.

Au passage, j’espère que ça vous a agacé mes dix-sept sur vingt au lieu des chiffres, c’était fait exprès…

Les archives secrètes d’un webzine

Image

Si vous désirez connaître les secrets du webzine Neoprog, fouillez les poubelles. Les archives secrètes, les chroniques pas encore publiées, celles qui ne le seront jamais, les fiches promotionnelles froissées, les enveloppes qui contenaient des CDs, tout cela passe par ma poubelle jaune.

Depuis quelques années, je rédige mes chroniques sur un bloc papier A4 à petits carreaux, avec de préférence un crayon à plume fine noir. Chacun à ses petits problèmes me direz-vous. Si j’écris sur du papier, à l’ancienne, alors que nous sommes tous connectés, c’est avec l’objectif de rester totalement concentré sur la musique que j’écoute. En effet à l’heure du mail, des réseaux sociaux, du web, il ne se passe pas une minute sans qu’une notification arrive sur mon ordinateur, tablette ou téléphone. Alors pour chroniquer, je me déconnecte.

J’ai opté pour la pâte à bois – plus souvent mélasse de chiffons et de papiers recyclés de nos jours – et pour le stylo. Bien entendu cela oblige à un double travail, le premier jet sur papier puis la recopie informatique, sans parler des relectures indispensables. La méthode n’est guère écologique, je consomme beaucoup de papier et encore plus de stylos. Mais aujourd’hui je ne reviendrai certainement pas en arrière. J’ai pris goût au bruit de la bille frottant le papier, à mon écriture fébrile pleine de fautes d’orthographe et de grammaire qui seront corrigées plus tard. Et cela m’offre une seconde chance, lorsque que je recopie mes notes, d’envisager l’album, lors d’une dernière écoute, sous un nouvel angle, avec plus ou moins d’indulgence.

Si vous en avez assez de lire ma prose sur Internet, je vous invite à passer lundi matin, sur le trottoir, devant chez moi. Avant six heures, vous verrez la poubelle jaune devant la maison bleu alsacien. Dans la poubelle, au milieu des paquets de céréales vides, des bouteilles de lait, des emballages, des bouteilles d’eau écrasées et des tablettes de chocolat vides, vous trouverez peut-être une enveloppe déchirée venue de Hongrie, du Canada, une fiche de promotion du label Karisma ou Inside Out et des feuilles de papiers A4 à petits carreaux froissées, noircies de gribouillis improbables, pleins de renvois, de ratures, de biffures, avec un peu de chance la chronique d’un album de rock progressif qui ne sortira que dans deux mois et qui sera publié chez nous dans quelques semaines.

Est-ce que je lis des chroniques ?

Chroniqueur et rédacteur, est-ce que je m’intéresse à ce qu’écrivent mes collègues ? Je vais vous faire une réponse de normand, oui mais non. Je ne lis pas systématiquement la presse qui parle de musiques progressives.

Tout d’abord, parce que je ne dispose pas d’assez de temps. En effet le nombre de webzines francophones, parlant de rock progressif, est très important.  Et ces magazines publient, à un rythme soutenu, plusieurs critiques par semaine.

Ensuite, parce que, pour garder l’esprit ouvert, je ne dois pas et ne veux pas lire la chronique d’un album, tant que je n’ai pas rédigé et publié la mienne.

Quand la chronique est publiée ou que le groupe m’est inconnu, il m’arrive de lire la prose de mes voisins, par curiosité. Et quand un chroniqueur, ayant mes affinités musicales, s’emballe pour un album que je ne connais pas, cela me titille inévitablement, alors je lis son avis et écoute un extrait pour me faire une première opinion, lecture qui s’achève souvent par un achat.

Je lis également la concurrence pour suivre l’évolution de la presse musicale, le format des chroniques, les tendances, ce que l’on peut améliorer chez nous. Car il faut savoir faire son autocritique de temps en temps.

Mes affinités avec les webzines évoluent avec le temps, en fonction des chroniqueurs, de la politique de l’équipe, de leur ‘objectivité’ et bien entendu en fonction des genres musicaux présentés. Il y en a que je ne lis jamais, d’autre que j’ai cessé de parcourir, et des nouveaux qui me donnent envie de bosser pour eux.

Ce que je recherche chez eux, c’est de l’intégrité, de la lucidité, de l’honnêteté, de l’indépendance et du non fanatisme. Il arrive que les meilleurs groupes produisent des étrons, que les figures emblématiques des seventies vieillissent mal, que de jeunes pousses n’aient aucun talent. Trop rares sont ceux qui l’écrivent hélas.

Le plus souvent, ce sont les autres chroniqueurs du webzine qui me parlent de telle ou telle chronique parue chez Bidule.com, généralement pas du trop en phase avec la notre. Selon le webzine, j’y jette un oeil ou non, histoire de comprendre pourquoi nous n’avons pas la même vision de l’album. Souvent, le nom du webzine suffit à comprendre notre désaccord.

Dans les chroniqueurs il existe de nombreuses catégories : les encyclopédies vivantes, qui connaissent tout des groupes, des musiciens, des carrières, des techniques; les fans inconditionnels qui vouent un culte sans partage à leurs idoles; les demolition men qui ne doivent pas aimer la musique; les curieux prêts à écouter les albums les plus improbables; les blasés recherchant de nouvelles sensations fortes; les pigistes qui sont rétribués au mot; les photocopieurs de fiches promotionnelles qui ne semblent pas avoir écouté la musique; les aspirateurs de sites qui piochent à droite à gauche; les nostalgiques; les avant-gardistes; les passionnés; les découvreurs de talents… Il y a également ceux qui sont un peu tout ça à la fois, comme moi.

Mes préférés sont les fondus du caissons, les passionnés qui s’enflamment pour un truc improbable et qui donnent envie d’écouter la musique. C’est eux que j’ai envie de lire, même si je ne suis pas toujours d’accord avec leurs coups de cœur.

Je ne lis pas toutes les chroniques, loin s’en faut, mais j’en lis quelques unes quand même.

Pourquoi lire une critique ?

Image

En voila une bonne question. Lorsque vous lisez différentes critiques d’un même album, vous découvrez, le plus souvent,  autant d’avis divergents que d’articles. Passé la rapide introduction souvent issue de la fiche promotionnelle, chacun y va de ses scuds sur la musique et ses morceaux. Il y a les inconditionnels, “c’est dieu donc c’est bon”, les lèche burnes, “on ne va pas dire de mal quand même”, les ni ni, “c’est bien mais bof” et les méchants détracteurs, “j’ai pas eu la promo en CD alors prend ça dans la poire”. Il arrive aussi qu’une œuvre fasse la quasi unanimité, mais c’est l’exception qui confirme la règle.

Alors à quoi sert-elle cette critique ? Tout d’abord à parler de l’artiste et de l’album, ce que l’on appelle de la pub déguisée. Une chronique n’a pas besoin d’être positive pour servir les artistes. Bonne ou mauvaise, c’est toujours de la pub. Le label se réjouira de voir la polémique enfler, il n’y a que les musiciens qui pourraient faire la gueule. Certains le prennent très bien, saluant l’écoute, discutant de quelques détails, notant les remarques comme points d’amélioration pour la suite. D’autre vous rentrent dedans, sont méprisants, voir agressifs. Ceux-là sont rares.

Mais le lecteur, face à ces avis divergents, comment réagit il ? Il pourra tout d’abord penser que le chroniqueur est un gros con qui n’a rien compris à l’essence de la musique (parfois c’est vrai), il pourra comprendre également que plusieurs écoles s’opposent, pro contre anti, ancienne contre avant garde, classique contre crossover, canterbury contre jazz fusion. Ces contradictions lui donneront sans doute envie d’en savoir plus et il se forgera sa propre opinion en écoutant l’album.

De l’autre côté du miroir, la chronique sert à parler de musique, à explorer de nouveaux horizons, groupes, artistes. Elle est le reflet d’un moment, car aucun avis n’est définitif en musique. Il y a quelques années je ne pouvais écouter du jazz fusion ou du sludge. L’oreille s’éduque et les goûts changent également. Un album cérébral pourra sembler inaudible au cour des premières écoutes et génial quelques mois plus tard.

L’objectivité du chroniqueur est un autre débat que j’ai déjà abordé. Je ne suis pas objectif. Un album, fait de bouts de ficelle avec une production à deux balles, pourra me toucher infiniment plus qu’une grosse machine enregistrée à Abbey Road avec une liste d’invités prestigieux longue comme mon bras. La nouveauté, la fraicheur, l’envie, autant de critères qui peuvent faire la différence. Combien de fois me suis-je ennuyé en regardant jouer des célébrités qui se produisent comme ils pointeraient à l’usine alors que des amateurs, montant sur scène une fois par an, mettaient le feu à mon âme malgré le son pourri de la salle et les maladresses de l’inexpérience. Pour les albums, c’est un peu la même chose.

Alors pourquoi lire des critiques ? Elle ne sont pas objectives, divergent d’un magazine à l’autre, sont des pubs à bas coût pour les labels, regorgent d’erreurs, de fautes d’orthographe et de grammaire et servent d’exutoire à des gars névrosés, franchement… Déjà, pour occuper les longues heures oisives passées au bureau quand le chef a le dos tourné. Ensuite pour pouvoir réagir à vif avec un commentaire sur Facebook : “bande de cons, vous ne connaissez rien à ce groupe !”. Peut-être aussi pour confronter plusieurs avis avant de vous décider à acheter un album.

Nous recevons de temps en temps des mots d’encouragement de nos lecteurs : “Merci, vous me faites découvrir de nouveaux groupes toutes les semaines.”. Si la chronique permet effectivement cela, c’est qu’elle est encore utile, objective ou pas. Si nous arrivons à vous donner envie d’aller vers de nouveaux artistes, albums, styles musicaux, nous servons à quelque chose et en plus de ça, nous, nous faisons souvent plaisir.

Nostalgie

Je me souviens d’une époque bénie, ou chaque promo reçue était une victoire, une découverte, d’une époque ou je trouvais le temps d’écouter tout ce qui arrivait, de trier avec l’oreille et pas en fonction de l’étiquette du groupe.

Mais c’était avant… J’ai l’impression d’être devenu une boite à lettre vivante, ingurgitant du mp3 à longueur de journée et régurgitant de la chronique.

L’équilibre entre petit webzine musical indépendant et grosse équipe bossant les 50 heures par semaine est vite franchie finalement. C’est mon choix stratégique, celui de vouloir rester petit, afin de ne pas me transformer en simple gestionnaire d’équipe qui n’écoute plus de musique tant il est débordé par les tâches administratives du magazine. Idéalement il faudrait être organisé en métiers: un chargé de communication, un web-designer, un DBA, un programmeur, un rédacteur en chef, des chroniqueurs, des relecteurs, des photographes, un spécialiste vidéo, un coordinateur. Bref une grosse équipe. Aujourd’hui nous sommes un chargé de communication, un web-designer, un DBA, un programmeur, un rédacteur en chef, six chroniqueurs, trois relecteurs, deux photographes, un spécialiste vidéo, un coordinateur. Sauf que nous sommes six… Alors certains possèdent plusieurs casquettes, par exemple, je suis chargé de communication, web-designer, DBA, programmeur, rédacteur en chef, chroniqueur, relecteur, photographe, spécialiste vidéo et coordinateur. C’est trop ? Oui, c’est trop.

Plus le temps passe, plus les labels et artistes nous reconnaissent et nous sollicitent. Qui irait s’en plaindre ? Chronique, interview, live report, annonce de concert, de festival, crowdfunding. La boite aux lettres se remplit de demandes. Et si nous avons le malheur de chroniquer du métal un jour, c’est dix artistes qui nous contactent. Alors, la plupart du temps, nous faisons profil bas, nous essayons tant bien que mal de rester dans le prog pour éviter les débordements. Mais c’est frustrant de s’interdire un bel album sous prétexte que le groupe joue du trip hop ou du pagan.

Que faire ? Grandir, se professionnaliser, trouver un modèle économique viable (je rigole là). Ne pas bouger, quitte à exploser par burn out ? Rétrograder et revenir à un simple blog ? Je me pose souvent ces questions, et je n’ai pas encore LA solution. Il faudrait trouver un juste équilibre entre plaisir et contrainte, comme ici dans ce blog. Je pense que de nombreux webzines sont confrontés à ce problème un jour: grandir, stagner ou mourir.

Combien de magazines ont fermé suite au départ de leur fondateur, à une grave crise interne ou à une expansion trop rapide et non contrôlée. Ne croyez pas que cela soit simple de trouver des collaborateurs qui travaillent juste pour la gloire et du mp3 watermarké. C’est même très difficile. Des gens qui savent écrire, écouter, garder un esprit indépendant, rendre leurs devoirs à temps, se fondre dans l’équipe et sans faire de vagues sont des perles rares. Nous avons connu notre lot de déboires comme tant d’autres et j’ai fini par devenir prudent. Le tout feu tout flamme, tout nouveau tout beau, ne dure jamais très longtemps et motiver ses troupes sur la durée n’est pas aisé tous les jours.

Actuellement Neoprog est une petite équipe qui fonctionne et s’entend bien. Il a fallu réduire la voilure des publications pour s’adapter à la production et garder du plaisir à chroniquer. Notre cadence pourrait encore baisser dans les mois qui viennent, alors je cherche à savoir ce qui est lu de ce qui ne l’est pas, et un sondage récent me confirme ce que je subodorai déjà :

Beaucoup de gens regardent nos articles sur Facebook sans aller les lire dans le webzine, se contentant de survoler le titre et de regarder l’image. Les chroniques sont lues, plus il y en a, plus la fréquentation du webzine est importante. Les interviews n’intéressent que très peu de monde, comme les live reports. Les actualité sont survolées, peut-être qu’elles n’apportent pas grand chose au final, quant aux vidéos de groupes, elles n’intéressent qu’une minorité, c’est vrai qu’elles arrivent le plus souvent sur Youtube avant d’être publiées chez nous.

Actuellement, afin de préparer les publications, le webzine m’occupe deux heures par jour, sans parler de la relecture, échanges de mails et bien entendu chroniques. C’est énorme, pour un résultat assez décevant en terme de visites. Le ratio travail/consultation ne justifie sans doute pas le temps investi, si ce n’est la passion.

Donc le plan est le suivant: se recentrer sur les chroniques et leur donnant une meilleur visibilité, n’interviewer des artistes que pour se faire plaisir, ne pas s’obliger à rédiger des live reports qui ne sont pas lus et limiter les actualités à l’essentiel, sortie d’album et tournées avec peut-être un rythme de publication hebdomadaire à moyen terme.

Ça coule de source

Les grandes manœuvres viennent de débuter, un nouvel Ayreon arrive le 28 avril. Impossible de passer à côté d’une telle sortie, le webzine doit être de la partie.

Première étape déjà lointaine, commander l’album, car je suis un inconditionnel. Seconde phase, essayer de sortir une chronique avant la date de parution.

Pas si simple, Arjen Lucassen vient de changer de label, de Inside Out il a rejoint les rangs de Mascot, et nous n’avions aucun contact chez eux.

  • Nouer des relations avec Mascot, check
  • Contacter Mascot pour obtenir une promo en avance de phase, check.
  • Quand le son arrive, écouter, réécouter et écouter encore les 1h30 du concept album. Check.
  • Lire l’imposant livret numérique de 28 pages en anglais, binaire, arabe et langue inconnue, afin de comprendre l’intrigue, check.
  • Recevoir la promo en CDs quelques jours plus tard d’un promoteur et recommencer l’écoute en profitant d’un son honorable, check.
  • Trouver la solution à l’énigme de TH-1 présente dans le premier morceaux “01110100 01110010 01110101 01110011 01110100 01010100 01001000 00110001”, check.
  • Dégager un créneau horaire pour une interview avec Arjen via Skype, check.
  • Préparer des questions pas encore posées avec un temps limité à 25 minutes, check.
  • Commencer la rédaction de la chronique pour qu’elle soit prête à temps, check.
  • Faire les courses, aller bosser, dormir, ne pas stresser, check.

Mais qu’est-ce que j’ai pu oublier ?

  • Bosser mon anglais
  • Saisir les méta-données relatives à l’album dans la base de données du webzine
  • Bosser mon anglais
  • Vérifier ma config Skype, l’enregistreur Skype
  • Bosser mon anglais
  • Préparer la vidéo promotionnelle de l’interview
  • Bosser mon anglais
  • Se renseigner sur la prononciation du prénom de Arjen
  • Bosser mon anglais
  • Ecouter vraiment l’album et dégager ses temps forts
  • Bosser mon anglais

La troisième étape, la plus longue, consistera en ceci :

  • Relecture de la chronique et corrections puis mise en forme
  • Transcription de l’interview en anglais
  • Traduction de l’interview en français
  • Relecture des deux versions
  • Saisie des deux versions
  • Obtenir des visuels pour illustrer l’interview
  • Tout mettre en forme
  • Et publier

Corde raide

Je suis sur la corde raide. C’est avec des bouts de ficelle que je rafistole non agenda gribouillé, inventant des heures qui n’existent pas et ajoutant des jours dans le calendrier. Bien pratique la vingt cinquième heure du trente deuxième jour du mois pour caser l’interview retard. Entre le nœud plat pour fixer le cordier du violoncelle de ma femme, la connectique du home cinéma, les tendeurs pour palisser les arbres fruitiers et le nœud coulant pour le burn-out je me prends les pieds dans les câbles du micro au pied de la scène, à la recherche d’un coin pour dormir en pelote. Je perds mon self contrôle en démêlant les boucles de mon casque de baladeur, peinant à suivre la trame d’un concept album mal ficelé. Le temps file de plus en plus vite, les nuits élastiques sont au point de rupture, il faut que je dorme. Je vais jeter l’amarre, partir en croisière au loin et courir en string sur le pont du navire. Plus personne au bout du fil, pas de câble ethernet à connecter, aucun fil d’actualité à suivre; des vacances ! Plus que deux cent photos à développer, une interview à boucler, dix albums à chroniquer, trois live reports à publier, soixante vaisselles à nettoyer, cinq caddies à remplir, dix poubelles à sortir, vingt réveils à six heures du mat et je serai dans la file d’attente pour l’embarquement.