Mécénat ?

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Jean-Pierre Louveton (JPL, Némo) lançait un intéressant débat il y a peu dans sa lettre d’information. Comment rétribuer aujourd’hui les musiciens ?

Au moyen âge, les seigneurs offraient le gîte et le couvert aux troubadours et parfois même quelques menues piécettes pour distraire les banquets dans les salles parcourues de courants d’air des châteaux et des manoirs. Maigre rétribution, mais à cette époque, il ne fallait pas faire le difficile.

Les grands compositeurs classiques vécurent bien souvent grâce à des mécènes, des princes, des rois, qui faisaient venir les artistes à leur cour pour qu’ils composent des oeuvres. Cela était de bon ton d’aider la création. Un statut très précaire car le musicien devait plaire à son hôte pour ne pas tomber en disgrâce et aller mendier ailleurs.

Les rockeurs s’enrichirent grace à des contrats signés avec de grandes maisons de disques, à leurs millions d’idoles, à des concerts et des galettes vendues de part le monde et aux radios qui passaient leur musique en boucle sur les ondes.

Aujourd’hui, à l’ère du numérique, les musiciens sont partout, internationaux, si loin et si proches, si nombreux surtout. La musique circule plus sur la fibre que sur les ondes, en streaming, en téléchargement, souvent gratuite, souvent volée si on sait où chercher. Les maisons de disques ne signent plus que des valeurs sures, le risque n’est plus permis. Les autres se débrouillent comme ils peuvent, enregistrent à la maison, déposent leurs mois de travail sur des plateformes numériques et récoltent quelques miettes.

Comment peut-on aujourd’hui aider la création musicale ? Comment offrir le gîte et le couvert à ces troubadours du vingt-et-unième siècle ? Les maisons de disques leur tournent le dos, les plateforme de streaming leur offrent l’obole, les salopards leur volent leur travail, les réduisant à la mendicité musicale.

Quelques solutions existent, le Patreon (un modèle proche du mécénat), les financements participatifs, des éditions limitées spéciales, le merchandising. Encore faut-il réussir à faire entendre sa voix au milieu de toutes les autres, réussir à se distinguer, convaincre. Un album coûte beaucoup d’argent pour être enregistré, mixé, masteurisé, pressé, distribué, mais ceci n’est que le sommet de l’iceberg puisque avant cette étape, il a fallu que les artistes écrivent et composent, des mois de travail, parfois des années non rétribuées.

Souvent, les gens s’imaginent que la vie d’artiste c’est sex, drugs and rock & roll. Le plus souvent cela ressemble plutôt à métro boulot compo dodo, où le boulot paye les factures, remplit le frigo quand la musique réduit d’autant l’espace pour le dodo. Combien gagne un artiste sur le CD acheté à la FNAC ? Un, deux euros ? Combien gagne un groupe lorsqu’il joue dans une salle ? Un coupon bière et un sandwich jambon beurre ? Souvent les musiciens ne sont même pas remboursés de leurs frais de déplacement et perdent de l’argent en jouant devant vous. “Oui mais ils réalisent leur rêve” disent les imbéciles, oui ils réalisent mais à quel prix ? Ils se font avoir pour jouer une heure à cinq cent kilomètres de chez eux devant des spectateurs qui à la fin du concert n’achèteront même pas leur dernier album.

Pour ma part, j’achète la musique, les CDs, les vinyles, les éditions deluxe. “Oui mais toi tu es un chroniqueur, tu reçois de la musique gratis.”. Exact du con, je reçois du mp3, et lorsque j’aime l’album, je l’achète, même si je l’ai déjà en mp3, histoire de soutenir la création, les petits labels et leurs artistes. Je vais aux concerts aussi, quand je suis suffisamment en forme. “Oui mais toi tu es invité à tous les concerts.”. Invité parfois du gland, souvent là où je ne peux pas aller, souvent pour écouter un artiste que je n’aurai pas été écouter, pour faire une interview, un live report et des photographies, une bonne semaine de travail pour une place à vingt euros offerte sans parler de l’essence et du prix de la chambre d’hôtel que je paye de ma poche. Et surtout, je participe à de nombreux crowdfundings, finançant des albums pas encore composés, et qui ne le seront peut-être jamais, tout dépendra de vous, de votre générosité. C’est une manière comme une autre d’être un mécène, vous donnez de l’argent en échange d’un futur album, vous payez l’enregistrement en studio, le pressage, éventuellement une campagne de promotion, une tournée et vous recevez en échange un CD, certainement acheté plus cher que sur iTunes mais vous avez la satisfaction d’avoir contribué à une noble cause. Je suis chroniqueur, je reçois des promotions mais je soutiens les artistes.

Pour te répondre Jean-Pierre, l’adhésion à une association ce n’est pas mon truc, mais si c’est pour financer la création artistique, à la manière d’un Patreon, pourquoi pas. Des éditions signées plus cher, oui, n’hésite pas, tout le monde le fait maintenant, et cela ne me choque pas, ce sont celles que je commande à chaque fois. Des produits dérivés, oui, bien que je préfère des éditions plus luxueuses ou simplement un texte de chanson écrit à la main, parce que à la fin, tee shirts et mugs débordent sur les étagères. Mais pourquoi ne pas lancer une souscription comme l’avait fait Marillion pour Anoracknophobia, une souscription donnant accès à une édition limitée, te permettant de financer ton travail ou partie des mois avant la sortie de l’album ?

Idéalement il faudrait que certains “fans” comprennent que la majorité des musiciens vivent grace à un autre travail. J’ai en tête plein de noms de musiciens célèbres qui m’ont avoué être plombier, informaticien, commercial la semaine et batteur, chanteur, guitariste le weekend. La musique n’existe que par la passion de ceux qui la crée, de ceux qui en parlent, ceux qui l’écoutent. Ce n’est pas, sauf pour une minorité, une profession. Et pour continuer d’en profiter encore longtemps, il faut aider les groupes, acheter leur musique, ne pas la pirater, aller l’écouter en live, leur donner envie de continuer.

Quelques crowfundings auxquels j’ai participé

  • Fleesh
  • Brieg Guerveno
  • Galaad
  • Amphetamin
  • anasazi
  • Cloud Cuckoo Land
  • Coda
  • Morrighans
  • Gens de La Lune
  • Damian Wilson
  • Wilson & Wakeman
  • Innerspace
  • Steve Rothery

Dans mon iPhone n°20

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Les prochains arrivages

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L’éternel problème en musique, est que plus l’on connaît de bons groupes, plus le budget explose. En tenant un webzine, je me suis ouvert à de nombreux genres musicaux que je n’écoutais pas auparavant et à des groupes autrefois inconnus. … Continue reading

Quoi de neuf docteur ?

Qu’est-ce qu’il s’offre comme musique le monsieur ? Car il est bien gentil de chroniquer des promos, mais qu’achète-t-il vraiment pour lui ?

En fait la liste est longue, j’achète souvent les promos que j’ai adoré, je participe à quelques crowfundings histoire de soutenir la production musicale indépendante et puis je me lâche régulièrement.

Alors il y a les crowdfundings perdus dans la nature depuis des mois, voire des années :

  • The Mars Chronicles (le groupe a connu de grands bouleversements peu après le lancement du crowdfunding, en 2016 ils demandaient si nous vouions poursuivre l’aventure, depuis, plus de nouvelle)
  • Innerspace (pas de nouvelle depuis le lancement du crowdfounding, un double album devait voir le jour, pour l’instant nada)
  • Gens de La Lune (pas de nouvelle non plus du DVD live enregistré en janvier 2016 à Belfort, l’attente commence à être longue)

Les crowdfundings en attente :

  • Lifesigns (l’album avance, patience)
  • Coda (l’album ne devrait plus tarder, il est au pressage)
  • Gleb Kolyadin (crowdfunding calamiteux, c’est bien dommage car l’artiste est talentueux – Iamthemorning)
  • Habitants (l’album sort à la fin de l’année, patience)

Et puis les dernières commandes qui n’attendent que la parution de l’album ou leur arrivée dans ma boite au lettres :

  • The Gift (l’album devrait sortir cette année, mais vu le DVD de Gens de la Lune, j’ai peur)
  • Ayreon (Ayreon, Ayreon, Ayreon ! ok on se calme, il arrive)
  • Big Big Train (J’attends avec impatience ce nouvel opus également)
  • Anubis (Là je connais l’album puisque nous l’avons reçu en promo, première écoute et commande)
  • Magenta (Ben parce que c’est Magenta)
  • Need (j’avais lu une chronique élogieuse de Stéphane Gallay, leur dernier clip m’a convaincu)

Je crains de devoir prochainement acheter également :

 

J’aime le crowdfunding

Pour moi, le crowdfunding musical a débuté avec Anoracknophobia de Marillion. Le groupe voulait composer son album sans la pression des labels, prendre le temps, rester totalement libre d’écrire ce qu’ils voudraient sans souci d’argent. Le résultat fut à la hauteur de l’engagement de la fan base du groupe pour le projet. Un album fabuleux et une très belle édition pour les souscripteurs. J’aime le crowdfunding !

Depuis, le financement participatif est devenu pour moi une autre manière d’acheter de la musique. Des plateformes variées ont vu le jour Ulule, Indiego, Pledge Music et compagnie… La méthode permet aux artistes de disposer d’un pécule de base pour aller en studio, financer un clip, faire leur promotion, préparer une tournée et que sais-je encore. Même des artistes rentables s’y sont mis, c’est dire que ça marche.

Le crowdfunder se voit mécène et le groupe galère un peu moins pour produire sa galette. Tout le monde est heureux dans le meilleur des mondes. J’aime le crowdfunding.

Certes… Parfois, financer un album peut coûter la peau des fesses, comme par exemple le dernier Marillion F.E.A.R.. Et des fois il y a des déceptions de taille, car l’album n’existe pas encore que vous l’avez déjà acheté. Et s’il ne vous plaisait pas du tout ? Il y a également les projets financés qui tardent, qui merdouillent, oui ça arrive hélas. J’e…..e le crowdfunding.

Etant grand crowdfunder, j’ai quelques exemples de financement finissent en eau de boudin :

  • Un groupe qui peu après le crowdfunding se reforme et dont on attend toujours la galette.
  • Un autre qui se lançait dans l’écriture d’un double album il y a près de deux ans et dont nous n’avons aucune nouvelle à ce jour.
  • Un autre qui filmait un concert il y a plus d’un an et qui lançait une souscription pour un DVD qui n’est toujours pas sorti.
  • Un groupe qui voit son projet largement financé par ses fans et qui distribue son album dans le réseau commercial avant de livrer les contributeurs dépités.
  • Une production désastreuse malgré le financement d’un enregistrement dans un studio version XXL.
  • Un album bâclé.

Alors oui j’aime le crowdfunding mais certains artistes sont indélicats. Les retards, je peux les comprendre, encore faudrait-il communiquer avec les personnes qui soutiennent le projet. Les cas cités plus hauts ne sont pas la généralité mais représentent près de 20% de mes crowdfundings tout de même.

A ce jour j’ai cinq projets financés en attente et un qui est en bonne voie de financement. J’ignore, pour la plupart, quand la contrepartie (c’est le terme consacré) arrivera à la maison, mais j’aime le crowdfunding, alors je vais continuer à aider les artistes de cette façon, jusqu’au jour où j’en aurai vraiment ras la casquette, car j’aime le crowdfunding…

Ma dernière participation ? Gleb Kolyadin, pianiste de Iamthemorning pour financer un album solo avec des invités comme Gavin Harrison, Nick Beggs et Jordan Rudess.