Fish & Chips

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Lorsque que nous sommes rencontrés, ma femme et moi, je venais de visiter pour la première fois l’Ecosse, ses paysages grandioses et ses petits restaurants populaires où une grosse dame avec un accent incompréhensible vous demandait : “Salt or vinager ?”, “Heu, yes…”. J’écoutais alors en boucle le premier album solo de Fish, Vigil in the Wilderness of Mirrors, un disque qui reste un de mes préféré de la carrière solo de Fish.

Ma future épouse tomba sous le charme désuet d’une chanson de cet album, ‘A Gentleman’s Excuse Me’, le passant et repassant sans discontinuer dans notre chambre d’étudiant à en rendre fou nos voisins.

Trente années plus tard, en préparant les actualités pour le webzine, je tombais par hasard sur Youtube sur ‘Garden of Remembrance’ tiré du dernier album au nom imprononçable du poisson de Marillion. Immédiatement, mon épouse tomba en pâmoison et me réclama le lien du clip.

Le double album, que nous ne chroniquerons sans doute pas faute de promotion, est à la maison bien évidement. ‘Garden of Remembrance’ pourrait passer en boucle sur la chaine haute fidélité et ses enceinte Triangles. Au pire je pourrais passer le clip sur l’écran du Mac et envoyer le son vers le DAC afin qu’elle regarde les images en même temps qu’elle écoute la musique, histoire de profiter d’un son digne du talent de l’artiste. Au lieu de quoi ma chérie préfère l’écouter sur son smartphone au son de crécelle.

Toute la journée, j’ai entendu la belle ritournelle et vu ma femme verser des larmes sur son petit écran en regardant le clip du vieux bonhomme aux rares cheveux blancs, au son d’un Youtube crachotant sur des hauts parleurs indignes d’un gril pain.

Si elle continue, je vais détester ce titre et ne plus jamais écouter Weltschmerz. Mais je ne lui en veux pas. Trente ans après, j’aime ma femme plus encore que lorsqu’elle écoutait en boucle ‘A Gentleman’s Excuse Me’ sur mon lecteur de K7.

Le violon d’Ingres

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Mon épouse joue du piano depuis de longues années. Elle en joue d’ailleurs plutôt bien vu ses petits doigts boudinés. Méprisant Mozart, Beethoven, elle leur préfère des compositeurs plus audacieux comme Liszt, Scriabin ou Debussy d’où ma passion pour ce répertoire peu classique. 

Non contente de jouer plus d’une heure par jour sur son quart de queue et piano électrique, elle s’est essayée également à l’alto puis dernièrement au violoncelle. L’alto fut un fiasco et les notes du violoncelle providentielles. 

Encore fallait-il trouver violoncelle à son pied et l’affaire ne fut pas simple : trop grand, trop large, trop court, trop épais, trop moche, trop cher. 

Pour faire ses gammes, ma chérie en a acheté un premier, bas de gamme, puis un second en Angleterre (à peine mieux), a emprunté celui d’un prof haut de gamme, puis s’est décidé à en faire fabriquer un chez un artisan chinois. L’investissement semblait hasardeux (il est toujours compliqué de traiter avec la Chine, demandez à Trump vous verrez) mais le violoncelle était fait main. Un montagnana, gravé au dos. Après quelques hésitations (un risque à trois zéro tout de même), des tribulations douanières épiques, l’instrument arriva à la maison, en parfait état, mais démonté. Un bien bel objet en vérité mais totalement inutile en l’état.

Ma femme candide, alla chez un luthier pour finaliser l’assemblage. Ce qu’elle ignorait, c’est que certains luthiers font comme elle, commandant en Chine des violoncelles qu’ils améliorent un peu chez eux et revendent trois fois plus cher ensuite. Grace à son charme fabuleux, l’artisan de mauvaise grâce, monta les cordes, le cordier et le chevalet, reconnaissant au passage que l’instrument était de belle facture.

Un violoncelle est un instrument très encombrant et fragile. Pour le transporter, il faut absolument une boite, une boite à la bonne dimension, solide pour résister aux chocs, pas une housse souple. La quête de la bonne boite fut longue, très longue, fastidieuse. Choix du matériau, taille, poids, prix, couleur, plusieurs essais furent nécessaires à madame et son chinois. DHL, connu bien vite notre adresse, livrant ou emportant de gros cartons semblables à des cercueils, contenant d’abord des violoncelles puis des boites, de grosses boites, boites qui rentrent non sans mal dans la voiture.

Commença ensuite la course à l’optimisation. Optimisation vous avez dit ? Oui, car comme une voiture de course, il est conseillé de modifier les équipements de l’instrument pour obtenir un meilleur son. Tout commença par les cordes, des fils à linge hors de prix, de qualité certes mais au rendu sonore très différent selon les marques : Larsen, Spiricore, Pirastro, Kaplan et j’en passe. Mon épouse passa des heures sur le net, quand elle ne jouait pas, à trouver la bonne affaire : déstokage, fin de série, soldes, emballage abîmé. Elle a ainsi, petit à petit, commandé, parfois à l’unité, des cordes pour son nouvel instrument. 

Débuta alors le montage des cordes et la phase de test. Trop terne, trop métallique, trop cher, la configuration idéale fut l’objet de nombreux débats et écoutes, mon épouse se reposant sur mes seules oreilles pour procéder à ses choix (si elle savait la pauvre, qu’à force de trop de metal je suis devenu sourd comme un pot, enfin bon…). 

Elle fit remplacer le chevalet d’origine chez le luthier, les cordes étaient trop éloignées de la touche (oui les petits doigts boudinés). Vint ensuite le complexe débat sur la pique, laiton, fibre de carbone ou titane ? Elle a tout essayé pour finir avec une pique en titane recouverte de laiton, un objet pour le moins coûteux pour un bout de ferraille mais qui a renforcé la profondeur sonore du violoncelle, même moi, je m’en suis rendu compte, un vrai violoncelle pour jouer ‘Shadowmaker’ de Apocalyptica.

Le débat suivant tourna autour du cordier, des tendeurs, des vis, et après bien des tâtonnements elle s’en fit fabriquer un sur mesure avec des vis également en titane.
Tout était fin prêt, un violoncelle au top.

Oui mais non. Connaissiez-vous l’importance de l’archet pour le violoncelle, son poids, la position de son centre de gravité, son bois, son crin (pas celui d’une jument, elle pisse dessus) ? Toujours grace à la littérature internet, ma chérie s’est passionnée pour les archets. Aujourd’hui, après moulte expérimentations, ma femme possède de nombreux archets même si elle en a revendu plusieurs,  ils sont rangés dans un tiroir, derrière mes caleçons et mes chaussettes. Nacré, en permambouc, variant de quelques grammes seulement, ils ont en effet une grande influence sur le son restitué par l’instrument.

Après des mois de recherche, des commandes, des renvois, des enchères, des ventes, son violoncelle chinois est devenu une bête de course et le luthier un bon copain, qui lui trouve toujours de nouveaux accessoires hors de prix à vendre (des archets à quatre mille euros par exemple). Pour elle, il est disponible à toute heure. 

La prof de violoncelle de mon épouse lui envie son bel instrument qui sonne merveilleusement bien (normal, vous avez vu comme je suis bâti). Ma femme n’a plus qu’un sujet de conversation, son violoncelle. L’instrument d’abord timide, résonne aujourd’hui dans toute la maison, amplifiant les fausses notes de ma chérie, faisant fuir le chat terrifié par ses cris d’agonie.

Car voilà, si ma femme est musicienne, que son violoncelle sonne comme un moteur huit cylindres, elle n’en reste pas moins une débutante qui essaye pour l’instant de tenir la note juste.

La journée de la femme

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Hier, c’était la journée de la femme et mon épouse a découvert mon blog. Je l’avoue, je ne suis pas très malin, je lui parle du buzz qu’a fait de l’article sur la désaffection des concerts en France et elle me demande si elle peut le lire, alors je lui donne le lien du blog, logique non…

Elle a tout d’abord ri un peu puis m’a regardé bizarrement. J’étais très mal. Alors pendant qu’elle parcourait les articles fébrilement, je me suis hâté d’effacer les plus compromettants dans son dos.

Le sex toy l’a fait hurler de rire, comme toi tout arrive, mais c’était avant de tomber sur sa photographie en grand format. Je ne suis pas certain de pouvoir la photographier de sitôt maintenant, ou alors en cachette. J’espère qu’elle n’est pas encore arrivé à l’histoire de la salle de bain sinon je vais me prendre un sérieux savon.

Elle a voulu partager ma prose avec nos ados et là j’ai hurlé “STOP !”. Imaginez que mes gosses découvrent le père indigne que je suis réellement. Ensuite elle m’a demandé pourquoi je ne faisais pas plus de publicité autour de mon oeuvre. Comment lui avouer que ce blog est avant tout une thérapie,  et qu’avec ce qu’elle dépense pour la musique, je n’ai plus les moyens de me payer des séances chez un spécialiste. En plus, si mon employeur le lit, je me ferai virer.

Arrivé à ce ligne de l’article, vous vous rendez bien compte que je n’avais aucun billet à poster aujourd’hui et que ces quelques mots s’adressent presque exclusivement à mon épouse que j’aime et qui, je l’espère, va cesser rapidement de lire les inepties couchées dans ce blog.

Hier, c’était la journée de la femme…