Une fin d’année

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Tous les ans je décore la maison, des guirlandes à l’extérieur, un sapin à l’intérieur, histoire de chasser le brouillard et la nuit qui nous entoure.

Il y a ceux qui détestent Noël et le Jour de l’An, qui s’enferment, qui s’isolent pour les fêtes, qui fuient la famille, les réjouissances. Je ne suis pas de ceux-là, j’aime les fêtes. J’aime me retrouver entouré des miens, sans excès, pour partager une soirée ensemble. Une bouteille de bon vin, un repas simple mais bon, un jeu de société, l’occasion de parler, de se retrouver, d’évoquer des souvenirs, de partager quelque chose ensemble.

Mon épouse n’aime pas les fêtes mais fait un effort pour moi. Nous restons en famille, tous les quatre avec le chat, installés devant une coupe de champagne à discuter en grignotant. Pour le réveillon de la Saint Sylvestre, l’usage est de faire un long repas, entrecoupé de jeux de société et jeux vidéos: Saboteur, Bomberman, Monopoly, Mario Kart, Novembre Rouge. Le repas commence vers vingt heures et s’achève l’année suivante, généralement avec une ultime partie de kart alors que les derniers pétards explosent à nos fenêtre.

Mais cette année quelque chose s’est brisé.

Il n’y aura pas de réjouissances familiales.

Le petit dernier, en seconde année de prépa, ne nous parle plus, ne mange plus avec nous, se contentant de déposer son linge sale et de nous hurler dessus si quelque chose ne lui convient pas. A Noël, il est resté enfermé dans sa chambre. J’en ai terriblement souffert.

Quant au grand, il est en pleine dépression, traînant sa carcasse et son mal être dans la maison depuis cinq mois. Chaque jour nous nous réveillons en nous demandant s’il ne s’est pas fait sauter le caisson. Mais non, il réapparaît vers midi, lorsque nous le sortons du lit, plus déprimé que la veille, moins décidé que jamais à prendre sa vie en main.

Alors non, même moi, je n’ai plus de goût pour les fêtes cette année. Jeune, je croyais que les enfants seraient une source de bonheur, d’enrichissement, que nous leur transmettrions des valeurs, que je ne reproduirai pas les erreurs de mes parents. Je suis bien loin du compte semble-t-il.

Plus qu’une soirée de “réjouissances”. Je pense me coucher tôt, je travaille aujourd’hui, enrhumé, avec un bon mal de crâne lancinant, et je sens que les pétards vont me taper particulièrement sur le système cette année.

On se retrouve en 2020 pour de nouvelles réjouissances.

Les boules !

Le troisième sapin est finalement érigé sur la place. Il dégouline de guirlandes, de boules et penche à gauche. Les cars de touristes ont envahi la ville, des hordes de bonnets rouges se pressent le long des chalets au pied de la cathédrale et ailleurs, s’abreuvant de vin chaud, mâchant du pain d’épice, piétinant dans la neige sale en admirant les petites lumières clignoter.

Je n’ose plus aller en ville le weekend.

Ding ding, Noël approche ! Difficile de manquer la date en Alsace vu que dès les 25 novembre les hostilités sont lancées. Noël approche et nous n’avons toujours pas commencé la course aux cadeaux, chocolats, bûches et décorations. Il fait froid et je vais devoir sortir la grande échelle pour décorer la maison. Si je n’achète pas de sapin, je vais me faire enguirlander, si j’en achète un, je vais devoir l’enguirlander. J’ai cédé à la tradition des calendriers de l’avant pour mes deux petits et bien entendu ils ont fait la gueule, “on est grand tu sais”. N’empêche, ils engloutissent égoïstement leur chocolat quotidien chaque matin. Je ne leur ai pas encore dit que j’avais aussi pris de la bière de Noël, après tout s’ils mangent des chocolats, ils sont sans doute encore trop petits pour la bière.

Je ne suis pas un grand amateur des fêtes de Noël, des réunions de familles parfois pénibles, des indigestions de chocolat, de foie gras, d’huîtres et d’amour. Mais j’aime bien sortir les guirlandes, les Pères Noël ridicules et transformer notre maison vénérable en piste d’atterrissage pour Concorde. A la saison des longues nuits, du verglas, de la neige, des ciels gris, un peu de lumières multicolores égayent le quotidien. Et puis, c’est toujours l’occasion de sortir de la cave un grand cru à déguster égoïstement en se suicidant à la bûche marron chocolat myrtille.

Ce qui me turlupine, c’est qu’est-ce le Père Noël va m’offrir cette année ? J’ai gardé cette âme de gamin impatient de déballer mes cadeaux alors que je m’offre toutes les semaines des bêtises, j’adore toujours les surprises. Une BD, un vinyle, un livre, un Nikon D5, l’intégrale de Johnny ou de Jean d’Ormesson ? Réponse dans deux semaines…