Le roi des cons

Image

Je déteste le début de l’année. Après quelques journées de vacances méritées inondées cinq heures de grisaille et cinq minutes de soleil, couché sous la couette à cause d’une angine qui se transforme et trachéite aiguë, il faut retourner au travail, plus épuisé qu’avant les fêtes.

A peine arrivé au bureau, les collègues, qui ne vous avaient pas manqué, se jettent sur vous pour vous souhaiter la bonne année. Comment font-ils pour se souvenir, une semaine après le premier janvier, qu’ils ne vous ont pas souhaité la bonne année ? Moi je suis capable de dire bonjour trois fois à la même personne au cours de la journée. Echange de microbes, ça tombe bien, j’en ai à revendre. Bonne année, parlons-en, sûr qu’elle va être bonne les gars, la direction ferme vos postes, vous n’êtes pas au courant ? Pas grave, y a la galette.

Ho putain ! Je l’avais oublié celle-là, la machine à fric du boulanger. Ok, la première, en famille, elle est sympa, débordant de frangipane, avec son verre de crémant. Oui Monsieur, ici en Alsace nous buvons du crémant, c’est dégueulasse mais c’est local, je préférerais de loin une bolée de cidre, mais je ne suis plus en Bretagne, alors je m’adapte.

La seconde, nous la mangeons chez un ami, une tradition séculaire, une fois chez nous, une fois chez lui avec un thé vert, le thé c’est bon. Vient ensuite un weekend marathon avec deux galettes, un vieux couple d’amis (dans les deux sens du terme) d’abord et le lendemain, alors que la migraine me donne la nausée, une seconde orgie de frangipane dans la famille.

La cinquième se déguste après les vœux de collègues, au travail, “et la santé surtout !”, “connard”… Une galette au café, la première d’une terrible série qui durera quinze jours. L’imbécile qui s’est cassé la dent sur la fève en forme de smiley se doit d’en apporter une autre le lendemain. Parfois ce sont des pommes, moins cher et plus digeste, parfois de la frangipane immangeable, encore moins cher, parfois les deux, ignoble. Cinq jours de ce traitement, huit galettes… Le pire c’est qu’à l’heure du café, le lundi suivant, l’estomac conditionné par ce traitement, réclame bien vite sa part de galette et, l’organisme en manque de matières grasses sucrées, gargouille jusqu’au repas de midi.

Puis vient la galette officielle, celle de la direction, qui pendant deux heures nous présente ses vœux et nous explique les efforts que nous devrons consentir pendant cette nouvelle année : les fermetures de postes, l’avenir de la maison, les reconversions, les mutations inévitables. Une heure de ce discours et vous n’auriez plus faim, deux, c’est l’horreur, tout juste si certains ne partent pas vomir ou pleurer dans les toilettes pendant la présentation. Nous sommes tous là comme des imbéciles à écouter la bonne parole espérant que, tel un messie, que le directeur nous sauvera : Matthieu (24-25)… Nauséeux, le corps saturé de sucre, d’amandes, de beurre, flottants sur du Champomy, nous quittons la salle, écœurés, autant par le programme des festivités à venir que par la pâtisserie. Il s’agissait de la treizième galette 2019, celle qui porte malheur.

Garre au vinyle

La mode du vinyle est de retour. Bleu, blanc, rouge, vert, translucide, gris et même parfois noir, ils se déclinent à nouveau sous toutes les couleurs.

Mais pourquoi revenir à ces galettes croustillantes et encombrantes à l’ère du numérique ?  Une réaction au mp3 castrateur de fréquences ? La nostalgie des manges disques ? Ou simplement le plaisir de l’objet ?

Ce qui est certain c’est que l’audiophilie est de retour avec les défenseurs de l’analogique, des amplis à tubes, du coaxial et du 33 tours. Je ne vais pas rentrer dans le débat cherchant à déterminer qui du CD ou du vinyle possède la restitution la plus fidèle. Ce qui est par contre incontestable, c’est que les deux supports ne restituent pas la musique de la même manière.

Mais mon propos n’est pas là. Surfant sur cette mode, de nombreux labels et artistes proposent des éditions vinyles et de plus en plus de CDs se calent sur les 45 minutes réglementaires d’un 33 tours.

Mon propos est de parler de la qualité de ces galettes nouvellement pressées. La demande est en pleine explosion et l’offre bien inférieure. Presser un vinyle correctement nécessite un grand tirage pour atteindre une qualité de produit acceptable, certains disent même qu’il faut jeter les 1000 premiers exemplaires. Bien entendu, les artistes indépendants que je côtoie et qui rêvent d’avoir leur galette, ne vendent généralement pas la moitié de ce nombre de disques. D’où un problème, une grande partie des pressages actuels sont de piètre qualité, certains sont même exécrables. Du coup est-ce que cela vaut vraiment la peine d’en acheter ? L’objet est souvent beau, encore que les artistes font de plus en plus d’efforts aujourd’hui pour proposer des digipacks attractifs avec de beaux livrets. Mais le son est-il toujours à la hauteur d’un CD ? Pour ma part j’achète le vinyle pour l’objet mais je double la commande du CD quand celui-ci n’est pas inclus avec. Du coup la facture est douloureuse, mais quand on aime…

Le meilleur pressage que j’ai à la maison date de 1973, Dark Side Of The Moon de Pink Floyd. Un autre qui tient bien la route, même s’il ne peut se comparer au précédent. Il date de 2016, Transcendence de Devin Townsend. Le pire que j’ai en stock, date de la même année, Unprecedented de Marcela Bovio. Pourtant le CD est sublime, croyez-moi. J’ai même demandé à ce que l’on m’envoie un nouvel exemplaire tant le son du 33 tours était atroce . Peine perdue, le second était hélas comme le premier, épouvantable.

Alors faut-il encore acheter des vinyles à petit tirage ? A vous de voir.