En grève

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Je ne suis pas syndiqué, je ne suis pas fainéant, je ne suis pas revendicatif, je suis simplement fatigué. Une réforme des retraites est certainement nécessaire, du moins c’est ce que le pouvoir en place nous explique tout le temps, alors allons-y, prenons encore ça dans la figure.

En quinze ans, au gré des réorganisations, je suis passé d’administrateur informatique à concierge, subissant des fermetures de services, des réductions de personnel, des restructurations, tout ça pour éviter un exil à mille kilomètres plus au sud, loin de ma famille, de mes amis.

Maintenant que je débouche les toilettes de mes anciens collègues, que je change leurs ampoules, distribue leur courrier et le gouvernement m’annonce que je vais devoir continuer ce travail plusieurs années supplémentaires si je ne veux pas aller aux restos du cœur quémander mes repas après des années au service de l’état. Alors oui, je suis un peu énervé.

Je ne vous parle même des salaires gelés depuis des mois, de l’incertitude dans laquelle nous vivons au quotidien quant au travail que nous ferons demain, si nous avons encore un travail et où ?

Si je suis en grève, c’est parce que j’en ai vraiment assez que le gouvernement nous impose ses réformes les unes après les autres sans se pencher sur les vrais problèmes de notre société.

L’ONU l’a dit, “nous allons dans le mur avec le réchauffement climatique”. Que fait notre gouvernement ? Rien. Les migrants se noient en Méditerranée. Que font nos politiques ? Ils durcissent les règles d’accueil. Les hôpitaux sont au bord de l’implosion, les déserts médicaux s’agrandissent. Que propose la ministre ? Des augmentations de salaire…

Alors je suis en grève pour tout ça et le reste, le reste c’est ce qui suit, et ça n’est pas moins important :

Je l’avoue, aujourd’hui, pendant ma grève, outre la protestation évidente, ce fut également l’occasion de rester au lit, de terminer le livre The Game d’Alessandro Baricco, de tailler ma vigne, de caler une interview via Skype avec Brieg Guerveno, de réécouter The Pure Shine de Flaming Row, Brave de Marillion et Waiting For Miracles de The Flower Kings. La grève quoi.

Dans la rue

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Dans la rue ou à la rue ?

Demain, une fois n’est pas coutume, je serai dans la rue. Pas pour défendre la revalorisation du point d’indice, pas pour supprimer le jour de carence, mais pour défendre mon travail, une certaine idée de la fonction publique, pour protester contre la purge stalinienne que nous impose l’état.

J’ai voté Emmanuel Macron pour contrer Marine Le Pen, et je l’assume ce choix. Mais pas un seul instant je n’ai cautionné son projet politique.

Je ne suis pas syndicalisé, je ne suis pas un revendicateur, je ne suis pas un gréviste, je suis un fonctionnaire fatigué de subir les restructurations destructives les unes après les autres, de voir les bureaux se vider, de voir le travail dégradé faute d’effectifs et de moyens.

Peut-être que la sécurité des biens et des personnes n’a plus d’importance aux yeux de nos gouvernants, peut-être coûte-t-elle trop cher ? Après tout, que vaut une vie humaine ? Peut-être que le réchauffement climatique n’est plus un enjeu majeur pour l’avenir, peut-être que nos modèles numériques sont si performants que l’homme n’a plus de valeur ajoutée à apporter à la machine ? Peut-être qu’il est plus simple de contenter les électeurs en supprimant ces fainéants de fonctionnaires quitte à dépenser beaucoup plus cher pour les remplacer par des prestataires extérieurs.

Demain je serai dans la rue, et vous, défendrez-vous votre service public ?