48 €

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Vous avez déjà essayé de trouver une chambre d’hôtel avec petit déjeuner pour 48 € ? Je ne parle pas d’une chambre dans un hôtel de passe, louée pour une heure. Je parle d’une chambre pour dormir 7 heures après 5 heures de route et 5 heures de travail sur le terrain.

Que trouvons-nous à ce prix là ? Des hôtels F1 ou de catégorie équivalente avec douches et toilettes sur le palier, matelas défoncés et odeur de clope imprégnant la moquette, implantés en bordure d’autoroute ou de centre commercial.

C’est pourtant le budget généreusement alloué à un fonctionnaire en déplacement pour dormir. Il peut également passer par la plateforme de réservation en ligne Havas pour choisir son établissement pour ne pas avancer les frais. Dans ce cas, l’administration lui accorde royalement la somme de 59 €, mais comprenez bien que Havas prend sa petite commission au passage.

J’ai comparé les prix sur Booking et via le portail de Havas, notre marché magnifiquement négocié. La même chambre sur Booking est toujours moins cher.

Lorsque je pars en déplacement dans le Jura, la Meuse, les Vosges, il me faut le faire sur deux jours à cause du temps de route.

Ce genre d’expédition se prépare longtemps à l’avance, le temps de rentrer en contact avec nos interlocuteurs, de se donner rendez-vous, de préparer l’ordre de déplacement, de le faire signer par le chef et le directeur et de trouver l’hôtel le moins sordide possible dans un rayon de 50 km autour de notre lieu de travail.

5 heures de route, autant de travail, une brève nuit de sommeil à écouter l’autoroute, les chasses d’eau et les conversations téléphoniques de la chambre voisine. Un croissant mou, un café délayé et il faut repartir pour dix nouvelles heures d’aventures, le dos broyé par le siège de la Clio et le matelas moisi de l’hôtel.

Il arrive que j’ai de la chance, une super promotion dans un hôtel deux étoiles, au centre d’une jolie ville avec un vrai café le matin. En fait, ça n’est arrivé qu’une fois.

Les fonctionnaires coûtent cher à l’état semble-t-il, mais pas en frais de mission manifestement, peut-être en congés maladie après de longues nuits sans sommeil et des champignons attrapés dans des chambres insalubres.

Home Sweet Home

It was Home Sweet Home, Home Sweet Home.
Just a place to lay our head, think of all the things we said
About in our Home Sweet Home.

Samedi dernier, j’étais au festival Rock au Château à Villersexel, à environ 200 km de mon nid douillet. J’avais pris mon billet pour les deux soirées. Restait à trouver un hébergement pour la nuit de samedi à dimanche.

Quand on s’y prend tardivement pour trouver un logement dans un département aussi désert que la Haute-Saône, il faut s’attendre à quelques déconvenues. Il y a deux ans, j’avais opté pour le camping de Villersexel. Outre une odeur persistante d’urine de chat dans ma tente, la pluie, un couché très tardif, j’avais été réveillé trois heures plus tard par des enfants jouant aux cowboys et aux indiens devant mon emplacement. Ouille ! ça pique. Donc plus question de camper. Cette fois, vive le confort ! Je recherchais donc des chambres à proximité du château, Booking.com, Gîtes de France et  cie. Mais comme j’ai des oursins dans les poches et que je m’y prenais vraiment tardivement, je ne trouvais que des chambres à Belfort (à quarante minutes de route du festival par temps clair). Dans les offres attrayantes, le Brit Hôtel, dans un bled paumé près de Belfort, proposait une chambre en promotion à 44€. Que demande le peuple, une chambre à Villersexel…

Samedi 15h30, j’arrive, non sans mal, devant la glorieuse façade du Brit Hôtel, un truc genre F1 à peine moins sordide. A l’accueil personne, porte fermée, automate de réservation en rade. Par chance, un numéro de téléphone d’urgence trône sur une affiche. J’appelle donc, expliquant mon problème et un gars relativement désagréable m’informe qu’il arrivera dans cinq minutes. Deux minutes plus tard, l’homme à la mine patibulaire, sort d’une des chambres de l’hôtel. Ni merde ni bonjour, il regarde ma réservation, ne trouve pas les clefs de la chambre – la chambre n’a pas du être encore préparée – fouille dans un coin et me donne la clef numéro 8, pas 13, la 8.

Nothing really worked out right; things got broke, they stayed that way.

Je me rends donc à mon paradis du WE, un grand lit pour moi tout seul, une grasse mat en perspective demain, quand je butte devant la porte à moitié défoncée de la chambre 8, ma chambre. Ça commence fort ! J’ouvre le nid douillet et sens une vague odeur de peinture. Du scotch de protection (le truc qui sert à ne pas peindre partout) recouvre la poignée de la porte. Je pose ma valise, prépare le matos photo et reprend la route de Villersexel, quarante minutes plus loin, dans la campagne perdue pour rejoindre Children In Paradise, Light Damage et Lazuli.

Called it Home Sweet Home, Home Sweet Home,
Eleven floors up in a tower block, happy just to have a home.
I’ve gone and changed the lock on our home.

Vers minuit, fatigué et heureux – oui j’ai zappé Magma, j’ai le droit de ne pas aimer Magma – je retrouve mon palace trois étoiles (si si). La porte est toujours dans un état pitoyable, difficile à ouvrir, encore plus à fermer. M’en fou, je suis crevé, je veux fermer mes petits yeux et dormir. Mais il y a comme une odeur de peinture dans cette chambre. Il semblerait bien, au vu des tâches au sol, du scotch de protection et de l’odeur résiduelle, que le rafraîchissement de la pièce soit très récent, voir même en cours. Je ferai avec, même si je suis un peu très allergique aux produits volatils. Je vais vers la fenêtre et ferme les volets afin d’être dans le noir – je ne dors pas s’il persiste la moindre lueur – oui je suis comme ça, même épuisé. Evidement, les volets ne descendent qu’à mi hauteur, ce serait pas amusant sinon. J’ai beau tirer dessus, sortir, les pousser, rien à faire, ils ne vont pas plus bas. Je rage ! Je tire les rideaux trop petits pour masquer les puissants éclairages du centre commercial qui me fait face, il fait jour dans la chambre, toute lumière éteinte. Tant pis pour la lumière et l’odeur, j’ai sommeil. Dans la salle de bain, je fais la rencontre d’une magnifique araignée encore vivante malgré les vapeurs de peinture, quelle résistance ! C’est beau l’évolution. Impossible d’ouvrir la fenêtre pour respirer un peu, la circulation extérieure est trop bruyante et les battants datent d’avant guerre, c’est tout ouvert ou tout fermé.

Suffocant dans les émanations toxiques, un oreillé sur la tête pour cacher la lumière, des bouchons de concert pour m’isoler des voisins, j’essaye de trouver le sommeil. J’émerge plusieurs fois au cours de la trop courte nuit dans un coma hallucinogène, fait d’éclairages urbains, de bruit d’autoroute et de vapeurs d’essence. 2h, 4h, 6h fin de la nuit, je n’en peux plus.

When I came home from work that night,
She’d jumped out the window with our child.

Si j’assiste à la deuxième soirée du festival, il va falloir que je traîne jusque 17h sans avoir vraiment dormi, que je reste debout pendant six heures et que je conduise encore deux heures pour rentrer. La messe est dite, je rentre à Strasbourg. A 7h30 je prends un déjeuné digne d’un cinq étoiles – jus de fruit concentré, café ignoble, croissant plastique – et je libère la chambre en promotion à 44€ et dont le prix normal est de 44€ toute l’année. A ce prix là j’avais une chambre d’hôte à vingt minutes du château. J’ai clairement choisi un bon hôtel… C’est d’ailleurs la première fois que je ne trouve pas dans une chambre les consignes d’évacuation et la plaquette des tarifs, peut-être sous une couche de peinture blanche fraîche ?

J’ai emprunté quelques paroles de Peter Gabriel tirés de sa magnifique chanson ‘Home Sweet Home’, Scratch (1978), j’espère qu’il ne m’en voudra pas.