La coupure

Image

J’espère que je vous ai manqué. Et vous, m’avez-vous manqué ? Mais oui vous m’avez manqué.

Quinze jours sans Internet, est-ce possible ? Je vais être honnête, je n’ai pas totalement déconnecté. Une fois par jour je relevais mes deux boites aux lettres et allait sur les réseaux sociaux, j’ai même surfé un peu, mais par nécessité. 

Lorsque vous attendez une commande, un message perso de Kate Bush, que vous voulez connaître les horaires d’ouverture d’un parc, regarder la météo, mettre à jour le code de votre webzine ou consulter une recette de cuisine, comment faire aujourd’hui sans Internet ? 

Oui, je l’avoue j’ai triché.

Le mail c’était pour gérer les urgences et vider peu à peu les sollicitations inutiles. Les réseaux sociaux pour surveiller d’éventuels dérapages et bannir toutes les publicités. Je n’ai pas liké, pas commenté, pas répondu aux messages, pas envoyé de mail, si un seul en fait, pour répondre à Kate, à part ça j’ai communiqué uniquement avec des êtres humains. 

La tentation était pourtant bien là, mais de moins en moins forte au fil des jours. J’ai même arrêté mon rituel trois expressos quotidiens le remplaçant par un thé vert matinal et un expresso digestif. Par contre j’ai continué d’écrire off line sur mon smartphone sans réseau, car je ne peux m’empêcher d’écrire, un roman est en route. J’ai chroniqué également, mais à vitesse réduite. 

Zénitude. N’allez pas croire que ma tête n’a pas explosé pour autant, ça aurait été trop beau, j’ai eu droit à un magnifique feu d’artifice le quatorze juillet, mémorable. A la rentrée rendez-vous au service anti-douleurs pour essayer de trouver un nouveau protocole de survie. 

J’ai écouté du prog mais aussi le dernier Bruce Springsteen, au passage un peu décevant à cause des arrangements, et quelques vieilles galettes en mode nostalgique. Presque que des vinyles car j’avais le temps de me poser dans le salon et déguster. 

J’ai fait quelques photos, animaux, tourisme, astronomie, filles nues, que pour le plaisir. J’ai bricolé, soigné mon potager, construit une maison, lu beaucoup, regardé quelques films, visité ma belle région car même chez sois il est possible de voyager.

Le sevrage internet a eu cependant des conséquences sur mon mental déjà très fragilisé et il se peut que quelques exagérations se soient glissées dans mon propos, sauras-tu les trouver ?

Le programme des vacances

Image

Pendant quinze jours, je vais couper le cordon ombilical qui me nourrit. Je vais fermer le webzine, fermer le blog, essayer ne de plus aller sur Facebook ni Twitter et ne lire qu’occasionnellement ma boite mail perso. J’appelle cela des vacances, même si quelque part cela ressemble plus à une torture ou bien à un programme de sevrage.

Le problème qui va se poser consistera à occuper tout le temps libre dégagé. Je n’irai plus au travail chaque matin, je ne passerai plus mes soirées et weekend à gérer le magazine, en d’autres mots je vais libérer une centaine d’heures dans mon emploi du temps. Effrayant !

Je vais continuer d’écouter de la musique, sans doute plus pour le plaisir que pour le travail, je vais lire quelques bouquins dont je vous parlerai après, regarder une série TV ou deux, peut-être même retourner au cinéma (il y a un film sur Tolkien), faire quelques photographies, me promener s’il ne fait pas trop chaud (comprenez par chaud plus de 25°C), nettoyer mon jardinet qui ressemble déjà à la savane, jouer sur la Switch à quelques jeux débiles, mais est-ce que cela suffira à combler toutes ses heures libres ?

Je pourrai partir en vacances, visiter une belle région, goûter aux spécialités locales, plonger dans l’océan ou escalader l’Everest mais ce n’est pas au programme cette année. On verra plus tard, cette année, c’est compliqué. Alors je vais peut-être faire des sauts de puces, aller voir mes amis, visiter quelques belles villes proches de chez nous, faire enfin un peu d’astrophotographie en altitude.

Il faudra que je sois fort, que je résiste à la tentation de trier la boite mail de Neoprog, que je ne réponde pas aux messages sur Messenger, que je poste rien sur Twitter, Facebook, Flickr. Le retour sur terre risque d’être effrayant, je n’ai jamais coupé les ponts avec Internet aussi longtemps. En suis-je capable ? Je ne le sais pas encore. La quantité des mails et de messages accumulés en quinze jours, même en plein été, risque d’être effrayante. A mon retour dans l’infosphère, il me faudra lire et traiter au moins deux cent mail, si ce n’est plus.

Pour tout vous avouer, j’ai un peu peur. Mais pourquoi m’infliger une telle souffrance me direz-vous ? Parce que je passe trop de temps sur Internet à mon goût, que la vie est ailleurs et que j’ai tendance à l’oublier.

Et vous, vous faites quoi pendant ces vacances ?

à ma zone

Image

Mon libraire craint de mettre la clef sous la porte, les disquaires ont presque tous disparus des grandes villes et certaines boutiques de jeux vidéos sont en passe de fermer. A la place poussent des enseignes de vapotage et des opticiens.

Avant le règne de Virgin, La Fnac, Cultura, Amazon, Ali Express fleurissaient des magasins spécialisées tenus par des passionnés. Aujourd’hui, dans ces supermarchés physiques ou virtuels de la culture, on trouve de tout ou presque, jeux, BDs, livres, CDs, vinyles, mini chaînes, téléphones, appareils photos, mixeurs, vibromasseurs. Les vendeurs, dans les rayons, même avec la meilleure volonté du monde, sont incapables de vous conseiller utilement, passant d’une grand-mère cherchant un grille pain à un métalleux en quête d’un obscur groupe de doom écossais.

J’ai encore la chance aujourd’hui d’avoir un libraire qui connaît mes goûts et me conseille, me faisant découvrir des merveilles, ma boutique de disques d’occasion avec son vendeur fan de groupes de métal atmosphérique à chanteuses et un magasin qui ne vend que des vinyles juste à côté et qui soutient la scène locale.

Je commande les livres chez mon libraire, après tout, un livre peu bien attendre une semaine. Pour la musique j’essaye d’abord chez mes disquaires mais il faut avouer que souvent je commande directement aux groupes; ce que j’écoute n’est pas franchement mainstream. J’ai aussi mon photographe, mon magasin audio et de bandes dessinées. Ils sont un peu plus chers parfois, mais de bon conseil, alors je ne fais pas comme beaucoup, posant mes questions dans la boutique et achetant ensuite en ligne. Un jour sinon le conseil fermera ses portes faute de clients.

Je n’achète pas sur Amazon, je fais mes courses au petit supermarché du coin, j‘achète mon pain chez le boulanger, je vais à la boucherie, au marché. J’essaye de faire travailler les magasins de proximité, pas les grands groupes esclavagistes. Attitude de riche ? Pas vraiment. L’achat en ligne coûte cher, rien qu’en considérant les frais de ports. Et si de grandes enseignes cassent les prix à la sortie d’un disque, elles se rattrapent largement quelques mois plus tard, car le stock c’est la mort de leur business.

Se balader dans les rues, faire du lèche vitrine, entrer dans une boutique attiré par un nouveau livre et ressortir avec trois autres, après avoir discuté avec un libraire passionné, c’est autrement plus plaisant que d’attendre que le facteur passe devant sa boite aux lettres vous ne trouvez-pas ?

Le retour des morts vivants

Image

Ils marchent dans le rue, fredonnant, parlant tous seuls, le regard perdu dans le vide. Ils roulent à tombeau ouvert sans regarder la route, concentrés sur leurs doigts qui s’agitent frénétiquement. Ils contemplent les paysages au travers d’un trou de serrure, immortalisent des panoramas qu’ils ne regarderont plus jamais.

Ils inondent les éthers de messages inutiles et mangent seuls à table entourés de leurs meilleurs amis. Ils patientent dans les transports, aux caisses, la main sur leur sextoy doudou.

L’objet est sacré, privé, interdit, remplit de secrets inavouables, d’appels cachés, d’amis inconnus, de relations inconvenantes. La chose choyée connait tout d’eux, achats, amis, déplacements, conversations, envies, vices. Leur vie se cache dans cinq pouces.

Dangers public sur routes, pistes cyclables, trottoirs, les humains trois point zéro, connectés en permanence à l’infosphère vivent-ils encore dans notre dimension ? Les seuls stimuli qu’ils connaissent encore sont des vibrations dans leur poche ou une sonnerie pour chaque type de sollicitation numérique.

Rien ne peut attendre, il faut dégainer et réagir, quitte à manquer le virage, percuter un cycliste, se faire faucher dans la rue, mettre un terme à une passionnante rencontre pour un message inutile.

La seule peur panique qu’ils connaissent encore est de ne plus retrouver leur précieux égaré dans une poche, un sac ou une voiture. Soudain ils sont seuls au monde, effrayés, perdus au milieu de sept milliards d’être humains connectés, esclaves de quelques grammes de silicone.

Vous qui me lisez, posez-vous la question, seriez-vous capable de ne pas allumer votre smartphone pendant une semaine ?

Le parlement des imbéciles

Image

Vous possédez un avis sur tout ? Non ? Alors pourquoi commentez-vous tout ce que vous voyez ? Avez-vous lu l’article, été sur le site, vérifié l’origine de l’information avant de réagir ? 

Vous likez pour exister ou pour passer le temps au bureau ? 

Pourquoi réagissez-vous à chaud, sans réfléchir un seul instant, avez-vous pensé qu’une personne se trouve derrière ce que vous commentez, qu’elle va lire, vous trouver probablement ridicule, voir pire ? 

Vous partagez comme si une information présente sur Internet était parole d’évangile. Avez-vous perdu tout sens commun, où est passé votre bon sens, votre discernement ? Un édifice brule, vous vous enflammez, criant au complot, vous vous laissez berner par de grossiers montages vidéo, vous prenez pour argent comptant une blague du Gorafi. 

Autrefois, tout ce qui venait du tube cathodique était pris pour vérité, aujourd’hui la moindre rumeur sur la toile, un tweet, un post, une vidéo, une news et c’est le tollé, les gitans en camionnette blanche kidnappent nos enfants ! 

Une personne commet une erreur et c’est la curée, je commente, j’insulte, je me moque, je partage, je démolis. Beaucoup de bruit pour rien. L’erreur sera corrigée, les commentaires désobligeants effacés, l’imbécile bloqué et trente minutes plus tard tout sera oublié. Il aurait été tellement plus simple de signaler l’erreur en message privé, vous ne vous êtes jamais trompé vous ? 

Bêtise, ennui, dés inhibition sur Internet ? Pourquoi se comporter ainsi sur la toile alors que dans la vie vous ne l’oseriez jamais ? 

L’Internet, qui devrait être source de divertissement et de savoir, est devenu, grâce aux médias sociaux, le lieu de la désinformation, la foire d’empoigne, une arène pour le lynchage, le parlement des imbéciles.

Le drame des créateurs de contenus, auteurs, musiciens, blogueurs, artistes, journalistes, est que pour exister, ils ont besoin de ces médias sociaux, sinon, il sombrent dans l’oubli. Et donc souvent lorsqu’ils publient, ils sont confrontés à cette bêtise humaine quotidienne, ces remarques déplacées, ces réactions débiles, ces lynchages en règle.

Vous n’êtes pas d’accord, argumentez, vous n’y arrivez pas ? Posez vous alors des questions, mais cessez d’écrire n’importe quoi, réfléchissez !

Internet est une jungle où les imbéciles possèdent autant de pouvoir que les personnes sensées. Où le mensonge côtoie indifféremment la vérité. Complot, intox, lobbying, idiotie, contre vérité sont noyées au milieu de l’information. Internet est une plaie et un bienfait, selon ce que NOUS en faisons. Alors avant de réagir, utilisez vos neurones, songez à ce que vous écrivez, aux conséquences pour les autres, car vous n’êtes pas seuls sur la toile, nous sommes très nombreux.

Rencontres

Image

Mon interface neurale d’association visage/prénom est défectueuse et croyez-moi, c’est un sérieux handicap dans la vie.

Même des personnes que je croise régulièrement peuvent perdre leur identité en peu de temps. 

Imaginez moi criant “oh Joséphine” dans un moment d’intimité avec mon épouse Isabelle. Oui ce serait embarrassant, mais là, il se peut que le problème soit ailleurs.

Dans la vraie vie, j’ai du mal a mettre un prénom sur un visage et inversement. Alors quand il s’agit de rencontres IRL, tout devient plus compliqué. Tant que l’on en reste à des échanges sans importance, tant que le pseudo ne change pas ou que l’image de profil reste constante, je m’en sors honorablement. Mais dès qu’un changement survient, c’est la panique. Qui est-ce, un lecteur, un musicien, un promoteur, un contact, un ami ? Les malentendus sont légion et parfois embarrassants.

Le cauchemar absolu c’est lorsque l’échange virtuel se concrétise dans le monde réel, vous savez, les sites de plan c…, je veux dire de rencontre. Enfin bref, lorsqu’une personne avec qui j’ai échangé des mois durant sur Facebook se retrouve face à moi, c’est le drame. Si le visage me dit quelque chose, je ne situe plus la personne, son occupation, le lien qui nous uni, et bien entendu son prénom.

Donc je fais le mort. Je ne vais pas vers les gens. J’attends qu’ils fassent le premier pas. C’est d’ailleurs ce que j’ai toujours fait avec les filles, mais ça c’était pour éviter les râteaux.

Quand j’arrive à un concert, c’est souvent le drame. Dans la queue y a des personnes qui me disent bonjour. Alors je dis “salut”. Mais bien souvent je ne sais absolument pas de qui il s’agit. Je vous assure je ne fais pas le fier, je ne suis pas une star non plus avec 10000 fans, j’ai juste un problème d’interface neurale. Il y a bien des bouilles que je remets à force, mais les prénoms, quelle chianlie !

Bref je ne fais le mort. Si la personne me reconnait, et qu’elle désire me parler, commence alors un étrange manège :

Monsieur X – ‘Salut JC’.

Oups, c’est qui là ? Il a une gratte en main, ça doit être un zicos.

Moi – ‘Heu salut’

Monsieur X – ‘C’était cool ton article là sur nous’

Merde, c’est qui nous ?

Moi – ‘Ben c’est sympa ce que vous faites aussi’.

Monsieur X – ‘J’espère que tu vas aimer ce soir’

Bon y a deux groupes ce soir, trois guitaristes, c’est bien une guitare ? Te mouille pas trop.

Moi – ‘Je suis certain que ça va être super, vous jouez en premier ?’

Monsieur X – ‘Oui, comme ça on sera moins crevé ‘

Ha j’approche. Ils ont deux guitaristes les toulousains.

Moi – ‘Ben oui avec la route c’est fatiguant’

Monsieur X – ‘Oui enfin on a 30 km à faire, c’est pas la mort’

Putain, c’est le groupe local, ils ont inversé la programmation les cons !

Moi – ‘Oui bon mais quand même’

ça y est je vois le groupe, maintenant c’est quoi son prénom, David, Donald, Darwin, ça doit être David, on a jamais vu un alsacien s’appeler Donal ou Darwin sérieusement. Reste prudent quand même...

Monsieur X – ‘Au fait, tu n’as pas vu David ?’

Rhooo putain !

Moi – ‘Heu non, pas encore…’

Monsieur X – ‘Faut que je lui file sa guitare’

Putain c’est qui lui ?

Monsieur X – ‘Bon je te laisse JC, faut que je trouve à tout de suite’

‘Oui à toutes’

Putain putain putain, mais quelle buse !

Voila, vous savez tout maintenant. Mais pas la peine de me faire le coup du “coucou chéri” en me sautant dans les bras, car je reconnais les hommes des femmes, enfin le plus souvent, et mon épouse, après 26 ans de mariage, je sais à quoi elle ressemble.

Le like addict

Image

Je suis un like addict. Un gros bébé avide d’amour et de reconnaissance. 

Je pense que de tout temps cette maladie m’a dévoré. Je programmais pour que les autres utilisent mes logiciels, j’ai mené des parties de jeu de rôle pour avoir un public attentif à mes histoires, j’ai fait de la radio pour avoir un auditoire, j’ai fait des exposés pour épater la galerie avec mes misérables connaissances.

Et puis Internet est arrivé. Naturellement j’ai créé un site web avec un compteur de visites, j’ai écumé les forums donnant mon avis sur tout et sur rien, juste pour être lu, j’ai donné des cours d’informatique pour avoir des élèves, j’ai chroniqué de la musique pour donner mon avis et être approuvé, j’ai programmé un webzine pour augmenter le nombre de mes lecteurs. 

Et puis le 2.0 est arrivé avec ses médias sociaux et ce fut la plongée en enfer. Le like, le favori, le j’aime, le retweet, notifications, le partager, les followers, les visites. Combien de like aujourd’hui ? Combien de partages ? Combien de pages vues ?

Je croyais en être sorti de cette addiction, avoir abandonné mon iPhone, cessant de scruter les compteurs, ne cherchant plus à exploser le best score de la veille.

Mais non, j’ai replongé. La faute à qui, à Flickr.

Car si j’ai pris beaucoup de recul avec Facebook, Twitter, Google ces dernières années, j’ai également publié de plus en plus de photographies sur la toile et chaque fois qu’une image est en ligne, j’en scrute le nombre de vues, de favoris. Pas tout le temps d’accord, mais au moins une fois par jour. 

Et puis j’ai posté cette photo, somme toute assez banale même si elle est jolie. Ma femme lui a trouvé un titre, “Postures”, et la photographie prise lors d’une ballade est devenue virale. Elle m’a très vite échappé. plus de 35000 vues, plus de 150 favoris, plein de commentaires élogieux, je suis perdu, un peu comme avec cette éclipse pourtant banale. Du coup, toute la journée, je suis resté scotché aux compteurs, assistant impuissant au buzz numérique de mes pixels, partagés, commentés, regardés, me demandant jusqu’où cela irait. Car cette photo, j’ai failli la jeter, lui préférant une autre qui n’a aucun succès. 

Je suis un like addict qui souffre d’incompréhension. J’aimerais tant que le travail que je juge digne soit salué à sa juste valeur. Mais non, ce buzz n’est qu’un effet de masse, un pur hasard, un truc machin papillon. Ce matin j’ai posté une autre image que je trouve sublime. Elle sera likée par trois personnes et vues par une centaine. Combien de temps faudra-t-il attendre encore avant une nouvelle orgie d’amour et de reconnaissance ? Je sens que je vais déprimer…

Heureusement il y a le blog, le blog qui va relancer le buzz sur cette photo dont voici le lien, le lien pour que vous alliez la voir, pour que les compteurs s’affolent, pour que reviennent l’adrénaline, la reconnaissance, l’amour, la gloire. Oui, je suis un gros malade.

Mes bonnes résolutions

Image

Le début de l’année est un bon moment pour décider de la conduite à tenir pour les 365 jours qui viennent. Après un bilan consternant, voici mes bonnes résolutions 2019 :

Boire plus, car une dizaine de bières et trois verre de vin par an, ce n’est pas assez.

Grossir. Avec mes 60 kilos tout habillé, lorsque le vent souffle en rafale, je m’envole.

Dire du mal des autres, car on ne le fait jamais assez. Et quand je pense à toutes les crasses qu’ils doivent balancer dans mon dos, j’ai de la marge.

Finir les travaux de cette fichue salle de bain avant la retraite, je n’ai pas envie d’être emmerdé par ce genres de choses à 70 ans.

Ne pas faire de sport, ça fait vraiment mal.

Ajouter « is tique » à l’extension de tous les fichiers log de mon serveur, histoire de me souvenir que je ne suis plus informaticien mais magasinier.

Débrancher internet et aller voir mes amis, encore faut-il que je souvienne qui sont mes amis.

Changer de médecin généraliste car à ce train là, c’est à l’autopsie que l’on découvrira de quoi je souffrais.

Arrêter de me plaindre constamment, oui mais bon, si je ne le fais pas, qui s’en chargera ? Bon, je vais me plaindre de manière plus convaincante alors.

Positiver. Cesser d’être l’oiseau de mauvaises augures. Il est possible que mes idées noires influent sur le destin de la planète.

Ne plus mettre de gilet jaune pour aller travailler à vélo. Mare de recevoir le soutient des brûleurs de CO², c’est pas le but, c’est pour éviter qu’ils m’écrasent. En plus, un jour, je risque de me faire arrêter pour activisme passif.

Ne pas prendre de bonnes résolutions pour l’année à venir, je ne les tiens jamais.

Le chronophage

Image

Un ver solitaire invisible se terre dans ma demeure. 

Il se manifeste le plus souvent lorsque le rez de chaussée baigne dans des ondes fluctuantes. Tout d’abord ce n’est qu’un spectre vert qui scintille au niveau du sol, non loin de la prise ADSL, comme une luciole.

La créature silencieuse reste tapie à patienter dans le noir, attendant son heure, que je ne m’installe dans le salon, sa pièce de prédilection. Je sais qu’il est là, aux aguets quand j’allume mon ordinateur et que j’ouvre le navigateur Chrome. Il piaffe, il espère.

Dès que j’ouvre Gmail il en profite et se jette avidement sur moi, la gueule béante, me volant quelques minutes de vie, l’air de rien. Quand je réalise ce qu’il a fait, il est trop tard, il s’est caché, attendant dans l’ombre une nouvelle occasion. Elle ne tarde d’ailleurs pas, lorsque plongé dans la lecture des actualités de Facebook, je me réveille hagard, ayant perdu une demie heure de ma vie.

Mais ce qu’il préfère par-dessus tout, c’est lorsque que je dé-zippe un album de rock progressif et que je lance VLC sur la chaîne. Il peut alors dévorer plus de soixante minutes d’un seul coup de mâchoire.

Je ne sais où il se cache, mais dès que le Wifi inonde la maison, je le sens prêt à bondir, affamé. Alors pour sauver le peu de temps qu’il me reste à vivre, je coupe la Box le soir. Mais le monstre est plein de ressources, il se gave également d’ondes sonores et lumineuses. Outre la musique, il aime les rayons puissants du vidéo projecteur. Que je regarde une série TV ou un film, la bête, insatiable dévore goulûment mes heures de vie. Et plus elle mange, plus elle a faim. Son enveloppe ectoplasmique translucide regorge des secondes que j’aurai du passer à tondre la pelouse, nettoyer la cuisine ou terminer la salle de bain.

Pour lutter contre ce voleur de temps, j’ai décidé pendant les vacances de ne plus allumer Internet et la télévision, de ne pas prononcer à voix haute le nom de Sardaigne afin qu’il ne se cache pas dans nos bagages, afin de disposer de quelques instants pour lire, me promener, profiter du temps qui passe lentement, regarder les nuages bouger dans le ciel, les vagues moutonner sur la mer et le vent souffler dans les branches.

Hélas, à peine revenu à la maison, le chronophage affamé s’est jeté sur moi, plus avide de temps que jamais, se délectant du courrier et des messages en retard. 

Au moment où j’écris ces mots, je découvre avec horreur qu’il m’a encore dérobé quinze nouvelles minutes de mon existence, pourtant Internet est coupé et je ne regarde pas de film. Elle m’attaque presque tout le temps maintenant.

Prenez garde, la bête est sournoise et se reproduit vite. Coupez votre Box, éteignez votre  smartphone, n’allumez pas la télévision, installez-vous avec un livre, une bière et méditez sur le temps qui passe. Laissez l’ennui venir, c’est son pire ennemi, le seul capable de vous rendre quelques précieuses secondes de vie.

Gag, pub

Image

Au début de la télévision, vous pouviez regarder une émission ou un film sans interruption publicitaire. Les années passant, les interludes commerciaux se sont fait de plus en plus nombreux et aujourd’hui, sur certaines chaînes, impossible de regarder un film sans passer plusieurs fois devant le frigo ou bien aux toilettes, le temps que les publicités se terminent.

Pour Internet, le même schéma se répète. Après une ère de gratuité absolue, les encarts publicitaires ont commencé à polluer les écrans, sous forme de bandeaux, puis de popup, voire de vidéo qui remplissent tout l’écran pendant quelques secondes.

Inévitablement, les réseaux sociaux s’y sont mis à leur tour, Facebook avec son bandeau droit dédié aux annonces, Twitter avec l’insertion d’un twitt sponsorisé sur dix en moyenne. Le bandeau Facebook, je l’ai rapidement oublié, pour Twitter, j’ai passé de longues heures à bloquer des centaines d’annonceurs. Mais aujourd’hui Facebook passe de nouveau à l’offensive, utilisant le modèle de son concurrent, il pollue votre page avec un post de publicité sur cinq en moyenne, et là pas question de bloquer quoique ce soit, tout au plus vous pouvez masquer la publicité, moyennant une opération assez laborieuse.

Je sais, les pauvres, ils vous offrent un outil gratuit, puissant, performant, permettant de se faire plein d’amis, alors il faut bien qu’ils vivent les malheureux, qu’ils nourrissent leurs enfants. Car manifestement le pillage de nos informations personnelles vendues à prix d’or à leurs partenaires (oups désolé, nous nous sommes fait pirater) ne suffit plus à payer leurs villas luxueuses.

Mais font-ils le bon calcul ? Pour ma part je suis hermétique à la publicité. Elle m’agace. Fut un temps, à la télévision, elle était impertinente et drôle, comme le racontait si bien Frédéric Beicbeder dans 99 francs. Aujourd’hui elle manque cruellement d’humour. Elle est même irritante. Du coup, j’ai de moins en moins envie de parcourir les posts et les twitt. A force de matraquage publicitaire, ils finiront par dégoûter quelques irréductibles de naviguer sur les réseaux sociaux et perdront des utilisateurs, donc de l’argent.