Furtivité

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Décidément Damasio n’est pas un auteur aisé à lire. La Horde du Contrevent m’avait demandé beaucoup d’efforts malgré l’évidente fascination qu’avait exercé sur moi son univers. Il en a été de même avec son dernier roman Les Furtifs.

Une fois encore l’idée est absolument géniale, où a-t-il pu imaginer cela ? La société futuriste qui sert de décor au récit est oppressante comme un roman de Huxley, les personnages touchent notre âme, mais hélas le roman oscille entre coups d’éclats et enlisement.

Par moment vous dévorez les pages, par moment vous vous endormez sur un paragraphe. Ce qui plombe le récit, c’est son côté commando, son aspect militant bobo, ces pages d’action et de combat. Ce qui pétille entre les lignes, c’est l’amour, la tendresse, l’humanité.

Le récit m’a ému et ennuyé à la fois. Un chapitre au bord des larmes, un autre à sauter une ligne sur deux.

La première rencontre entre Lorca et sa proie, m’a tenu en haleine du premier mot jusque au point final. Sa description de notre futur proche m’a terrifié tellement elle est crédible et sombre.

Chez Damasio, il y a toujours ces petits signes dans le récit, censés préciser qui raconte quoi et qui me perturbent à chaque fois. Cette fois il a rajouté l’emploi d’une conjugaison furtive qui sème encore plus le trouble. Il me faut toujours plusieurs lignes pur comprendre qui est le conteur, chez moi les accents, points et zigouigouis m’égarent plus qu’autre chose.

Mais depuis que j’ai terminé Les Furtifs, lorsque je regarde un moineau sur un branche et mon chat bondir dans le jardin, je ne peux m’empêcher de penser aux fifs, ces créatures fascinantes nées dans l’esprit de l’auteur. Et lorsque je déambule dans les rues de ma ville, entouré de personnes connectées à leurs smartphones, agressé par les enseignes commerciales, les publicités, je perçois dans le livre Les Furtifs un récit d’anticipation très proche de notre réalité.

Alors, même si ce fut une lecture parfois dans la souffrance, je ne peux que vous recommander ce nouveau livre de Damasio.

Les Furtifs est l’histoire d’amour d’une révolution de l’humanité.

La boule à neige

Souvenir de voyage, l’écrin de verre renferme une Tour Eiffel, la Statue de la liberté ou la petite ville de Chester’s Mill.

Under The Dome fut un roman de Stephen King avant de passer au petit écran en 2013. Trois saisons en deux ans, que tous le monde à probablement déjà vu, mais dont je viens seulement de regarder la première.

Chester’s Mill, une petite ville du Maine sans histoire ou presque, se retrouve brutalement coupée du monde un jour, mise sous une cloche invisible à l’épreuve des armes les plus sophistiquées. Ses habitants sont piégés sous le dôme, condamnés à cohabiter, qu’ils soient de passage ou d’anciens résidents.

Under The Dome se présente comme un huis clos survivaliste.

Piégés dans quelques kilomètres carrés, coupés du monde et de ses ressources, les habitants vont devoir survivre sans électricité, eau, téléphone, internet, et approvisionnement d’aucune sorte. Par chance, la radio locale du coin, se trouve sous le dôme. La série zoome sur une petite communauté pas si soudée que ça finalement, ses magouilles, ses jeux de pouvoir.

Le dôme semble vivant et réagir à certaines actions de quatre adolescents prisonniers de la bulle infranchissable. D’où vient le dôme, que veut-il, pourquoi retient-il prisonnier ces gens ?

A la fois série fantastique, survivaliste et sociale, Under The Dome ne pêche que par la mise en avant de ces adolescents vedettes qui me tapent toujours sur le système, comme dans les films de Spielberg.

On y retrouve la vampire rousse de Twilight et le flic adjoint de Bates Motel qui forment un couple improbable ainsi que nombre d’acteurs vus dans bien des séries (à force d’en regarder je finirai par tous les connaître). Il y a l’adjoint au maire assoiffé de pouvoir, le pasteur pas très catholique, l’adolescent qui séquestre sa copine, le paysan jaloux qui ne veut rien partager, les frangins toxicos, la fliquette pleine d’illusions, des joueurs endettés et des bonbonnes de propane à ne plus savoir qu’en faire.

“Les étoiles rose tombent du ciel…”

The Expanse

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Alias avait écrit un billet il y a bien longtemps sur The Expanse, cette série de science-fiction. Une série également basée des romans de James S.A. Corey.

Une histoire complexe qui raconte la rencontre de l’humanité avec une protomolécule agressive alors que les tensions sont très vives entre Mars et laTerre et que les habitants de la ceinture d’astéroïdes vivent dans d’épouvantables conditions, à la limite de l’esclavagisme.

Entre space opéra, politique, terrorisme et science-fiction, The Expanse nous plonge dans un univers complexe avec de nombreux récits parallèles, beaucoup de personnages dont James Holden, le capitaine du Rocinante, un vaisseau « emprunté » aux martiens.

J’avais adoré le roman et lorsque j’ai plongé dans sa mise en images, j’ai retrouvé avec bonheur cet univers fouillé et pas forcément aisé à rendre visuellement. Bien entendu, certains personnages n’ont pas forcément collé à l’image que je m’étais faite d’eux, mais dans l’ensemble, à part justement un Holden un peu pâlichon, j’ai trouvé que la série tenait la route.

Je n’ai toujours pas lu le tome 3, et ça tombe bien puisqu’à la médiathèque ils ne disposaient que des deux premières saisons. Je vais donc attaquer le prochain livre pendant les vacances de Noël, peut-être pendant la nuit du réveillon comme le veut une tradition Islandaise, en attendant que ma médiathèque n’achète la saison trois en DVD.

The Game

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Je fais partie des pionniers du numérique français : la première machine sur laquelle j’ai programmé était un TRS 80 de Tandy et j’ai commencé à surfer sur le net aux débuts du web avec Compuserve. Bref je suis un vieux con.

Alors lorsque Alessandro Baricco a publié son essai sur le monde numérique, je me suis précipité chez mon libraire. Car si je suis Mac, iPhone, blogueur, surfeur, je lis encore des livres papiers et écoute des vinyles. 

Alessandro nous raconte l’avènement du numérique, cette révolution technologique et sociale, partant du postulat que les souffrances du XXème siècle ont engendré ce deuxième monde immatériel. J’avoue qu’au début sa thèse m’a laissé quelque peu sceptique lorsque je l’ai écouté présenter son livre sur ARTE dans le 28 Minutes. Il a cependant fini par me convaincre avec ses mots, mais je suis un garçon influençable.

A l’aide de plusieurs moments forts de cette épopée née dans la Silicon Valley (le Web, le moteur de recherche Google, Amazon, l’iPhone, Facebook), présentant quelques piliers de cette construction et traçant pour nous une carte du monde numérique, il raconte l’évolution de notre société, ses résistances, ses paradoxes avec une certaine distance cependant.

Moi qui baigne dans ce monde numérique, j’ai pris conscience de bien des postures, des paradoxes de ce miroir de notre quotidien dans lequel nous passons de plus en plus de temps. Sans être d’accord avec toutes ses assertions (il est artiste, je suis rationnel), il m’a ouvert les yeux sur la révolution culturelle que représente Internet et m’a fait réfléchir à bien des sujets comme ce qu’est aujourd’hui La Vérité dans ce monde deux point zéro.

J’ai pris conscience du Tout en lisant ce livre alors que j’en use chaque jour, l’accès à tous les contenus moyennant pas grand chose. J’ai également découvert que le Mouvement Cinq Etoiles était né sur la toile.

Le livre possède quelques lacunes (je regrette qu’il ait passé sous silence une des grandes révolutions de cette époque, à savoir l’avènement du libre, que ce soit celui de la création artistique ou celui du logiciel), mais il fera réfléchir ceux qui ne le font pas souvent (moi le premier) sur ce nouveau monde fait de réseaux sociaux, d’applications connectées, de jeux, ce monde qu’Alessandro appelle The Game.

Décrocher la Lune

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L’Etoffe des Héros, De la Terre à la Lune, Apollo 13, First Man, Apollo 18, l’aventure spatiale et lunaire m’a toujours fasciné et Cet été, alors nous fêtions le cinquantenaire du premier pas sur la Lune, un évènement qui a marqué mon enfance.

Je suis tombé presque pas hasard, sur le livre du planétologue français Charles Frankel, l’Aventure Apollo, qui relate les mission Apollo édité chez Dunod. 

Écrit principalement à partir des archives des vols de la NASA et de l’ouvrage A Man on the Moon de Andrew Chaikin, le livre raconte cette incroyable épopée humaine et technologique. Pour tout passionné d’exploration spatiale, le livre ne fera que vous faire revivre cette aventure, ajoutant quelques anecdotes moins connues à celles qui ont déjà fait le tour de la terre. 

Pour ma part, en plus d’apprécier cette lecture facile, j’ai découvert un peu mieux le programme russe lors cette folle course à la Lune. 

Chaque chapitre, agrémenté de quelques photos noir et blanc de la NASA, s’achève par un paragraphe sur ce que sont devenu ces héros de l’épopée lunaire. On y découvre également quelques petits encarts parlant de sujets connexes aux missions spatiales. 

Le livre s’achève sur les perspectives des futures vols habités, la Lune, Mars et les différents projets avortés de retour sur notre satellite.

Si vous êtes comme moi un geek spatial, ne passez pas à côté de ce livre. Même si j’aurai préféré une version plus approfondie, L’Aventure Apollo est le genre d’ouvrage de vulgarisation historico-scientifique qui se lit sans donner mal à la tête et apporte quelques connaissances supplémentaires sur un sujet pourtant maintes fois débattu.

L’Inclinaison

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L’Inclinaison raconte l’histoire d’un jeune compositeur de musique contemporaine vivant dans un pays totalitaire. Un compositeur, qui va s’embarquer pour une tournée de huit semaines avec un orchestre dans un archipel possédant un parfum de rêve.

L’Inclinaison parle de musique, des îles, de la mer, la vie, du temps qui passe, de l’inspiration, des voyages, de la liberté. Un roman hors du commun, un livre qui prend le temps de raconter.

Né dans un pays en guerre, froid, industriel et pollué où une dictatrice règne sans partage d’une poigne de fer, le compositeur Alessandro Sussken embarque pour les îles paradisiaques qu’il a toujours rêvé de visiter. Pendant huit semaines, il voyage insouciant, d’îles en îles, donnant quelques récitals, dormant dans les bateaux, se livrant à l’étrange rituel des formalités administratives à chaque débarquement, découvrant l’apparente insouciance des insulaires, le plaisir de la vie au soleil. Mais après huit semaines au paradis, il revient sur le continent et une surprise de taille l’y attend.

Si L’Inclinaison parle beaucoup de musique, du processus de composition, des artistes, il s’agit également d’un récit fantastique, abordant de manière très orignale, un thème pourtant maintes fois exploité par les écrivains, celui du voyage dans le temps. Le roman est tout sauf dans l’action, certains chapitres semblent même un copier coller du précédent, à se demander si Christopher Priest ne cherche pas à faire du remplissage, jusqu’à ce que le lecteur comprenne la démarche de l’auteur. Ce qui semblait répétitif devient alors indispensable au récit.

Le roman est beau, bien écrit, différent. Les mélomanes aimeront son approche de la musique, les voyageurs voudront repartir en mer, les passionnés de paradoxes temporels pourront se creuser les méninges et les lecteurs de Priest adoreront son nouveau roman.

La Vérité

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Il y a quelques années, une de mes nièces adorées, nous avait offert et dédicacé un roman, La Vérité Sur L’Affaire Harry Quebert, un thriller, une histoire d’amour, un roman dans le roman du roman, un livre parlant d’écriture, d’artistes, bref un petit chef d’œuvre. 
J’avais dévoré le pavé et lu depuis quelques autres romans de l’auteur à succès. 

Aujourd’hui, c’est la série télé tirée du roman qui a accaparé mes soirées. Dix épisodes pour raconter la disparition de Nola, la folle histoire d’amour interdite entre un homme mûr et une gamine de quinze ans, la genèse d’un live à succès, l’automne 1975 de Sommerdale et comment l’élève surpasse le maître à la fin.

Lorsque vous lisez un roman, vous construisez vos propres images des paysages, des visages et quand l’œuvre devient visuelle, il est rare que l’on ne soit pas déçu. Millénium et Le Seigneur des Anneaux sont, pour moi, les rares livres à avoir très bien supporté la transformation, du papier à la pellicule. 

La série dont je vous parle m’a tout d’abord mise mal à l’aise avec ce jeune écrivain manquant de profondeur et la belle ingénue un peu mièvre. Mais épisode après épisode, le choix du casting s’est imposé à moi finalement, dévoilant des facettes des personnages qui ne m’avaient pas forcément sauté aux yeux en lisant le livre, comme le vieil écrivain lâche, son jeune élève qui se montre bien plus digne qu’il ne semblait l’être au préalable. La série apporte, tout en respectant scrupuleusement le roman, un nouvel éclairage sur cette terrible histoire. 

Par chance, j’avais oublié les détails de l’intrigue et me suis fait happer encore une fois dans les derniers épisodes.

Si Joël Dicker est un grand écrivain, Jean-Jacques Annaud est un grand réalisateur. Je vous recommande de lire le livre, de laisser passer quelques temps, puis de regarder la série télé, puis de relire le livre une nouvelle fois.

Couleurs de l’incendie

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Avec Couleurs de l’Incendie, Pierre Lemaître raconte la suite de Au Revoir Là Haut, un magnifique thriller sur fond de fin de première guerre mondiale.

Naturellement nous retrouvons des personnages connus comme Madeleine Péricourt, la fille du banquier, qui sera l’héroïne principale du roman.

Lemaître reprend les ficelles du premier tome, des psychologies proches pour des personnages retords, use des mêmes éléments pour nous émouvoir (le handicap) mais ne parvient pas forcément au même niveau que dans Au Revoir Là Haut.

C’est ici l’histoire d’une vengeance, celle de Madeleine qui perd tout en peu de temps, une vengeance complexe et redoutable qui n’épargne aucune des personnes qui l’ont fait souffrir. C’est aussi le roman d’une époque, entre deux guerres, avec la monté du nazisme en Allemagne et de l’extrême droite en France, une plongée dans les univers de la finance, de l’industrie, de l’opéra et de la presse.

Je suis un peu déçu de cette continuation, et pas franchement enthousiaste à l’idée du troisième tome, probablement centré sur Paul, le fils de Madeleine.

L’Évangile selon Pilate

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Étrange idée que de commencer la lecture de l’Évangile selon Pilate quelques jours avant Noël et de le terminer un 24 décembre. 

Un livre en deux parties, un long prologue puis les lettres de Pilate à son frère Titus.

Dans le prologue, nous découvrons un jeune gamin de Galilée qui finira crucifié à 33 ans. Nous découvrons un homme avec ses désirs, ses souffrances et la voie qu’il se décide à suivre un jour, la voie de l’amour qui le conduira à la mort.

Puis vient le récit de Ponce Pilate, jeune préfet de Palestine qui se retrouve impliqué dans la mise à mort d’un homme qui se proclame le Messie et qui enquête ensuite sur la mystérieuse, miraculeuse ? disparition de son corps le lendemain de la mise au tombeau.

L’évangile selon Pilate revisite un des récits les plus connu au monde avec intelligence, sans parti pris, sous la plume remarquable de Eric-Emmanuel Schmitt.

Moi qui ne suis qu’un mécréant até de surcroît mais qui a lu, comme beaucoup, la bible et les évangiles, j’ai apprécié ce récit très humain qui nous ramène deux mille ans en arrière, à l’époque où un homme nommé Yéchoua, changea la face du monde, ou pas.

La Longue Terre

Aside

Prenez deux auteurs de science fiction réputés, Terry Pratchett connu pour son humour franchement décalé et Stephen Baxter, connu pour sa science fiction très scientifique. Enfermez-les quelques mois dans un bureau et attendez qu’il en sorte quelque chose. Vous obtiendrez un roman, La Longue Terre.

Le livre développe l’idée des mondes parallèles. Un jour, les humains découvrent qu’ils peuvent voyager d’un univers parallèle à un autre, moyennant une pomme de terre et un peu d’électronique. Brutalement l’économie mondiale s’effondre et les habitant de la Terre s’éparpillent d’est en ouest dans des mondes vierges d’humanité.

Avec la rigueur scientifique de Baxter et l’humour de Pratchett, nous aurions pu espérer un roman délirant et inventif, mais non. La Longue Terre s’enlise très rapidement dans un road trip en dirigeable, dans lequel un ordinateur et un jeune homme s’embarquent, objectif, parcourir ces mondes. Je me suis très très vite ennuyé avec le bouquin et si j’ai lu quelque part, que les dix dernières pages donnent envie de lire la suite, je n’ai pas eu le courage de dépasser la moitié du bouquin.

D’accord Pratchett ne m’a jamais fait beaucoup rire mais je suis un grand fan de Baxter. Pas grave, j’avais emprunté le bouquin.