Far West

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Deux immenses tours de béton et de verre se dressent dans le désert américain du 19ème siècle. Grant achève son second mandat et un hélicoptère survole une petite ville des jeunes Etats-Unis.

Anachronismes, voyage dans le temps, mondes parallèles, Robert-Charles Wilson nous propose une enquête à l’époque du Far West dans un monde où des hommes du futur viennent faire du tourisme chez les cow-boys. Une tour pour les autochtones qui découvrent quelques merveilles du futur, une tour pour les visiteurs de l’avenir qui viennent s’imprégner de leur passé.

 

La Cité Du Futur raconte l’histoire d’un autochtone, membre du service de sécurité de Futuracity, qui pour avoir sauvé la vie du président se voit confier de nouvelles responsabilités dans les deux tours et part enquêter, à la recherche d’armes volées.

Faisant fit des paradoxes temporels grâce à la théorie des mondes parallèles, Wilson imagine le tourisme temporel et ses conséquences pour le passé visité. Entre pseudo philanthropie, business et cynisme, ce Club Med du futur envahit pour quelques années l’histoire, apportant technologie, culture et mœurs d’un autre temps au travers d’un mystérieux miroir.

Voila ce que nous propose l’auteur dans ce roman, observer la rencontre de deux époques sous couvert d’enquête policière. Un livre facile à lire, rempli de réflexions intéressantes doublé d’une intrigue haletante. Un très bon Robert-Charles Wilson.

Aquamarine

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Les vacances servent à se reposer et pour ma part à rattraper mon retard en lectures. Rien de tel qu’un petit village à 1500 mètres d’altitude, paumé dans les Alpes de Haute Provence, distant de plus de 50 kilomètres de toute civilisation, sans téléphone ni internet pour lire. J’emportais dans ma valise trois bouquins très différents, Aquamarine d’Andreas Eschbach, La Cité du Futur de Robert-Charles Wilson et Ecoutez nos Défaites de Laurent Gaudé. Un roman pour ado, un roman de SF et de la littérature française, tout un programme.

 

Si vous me lisez régulièrement, vous saurez que j’ai un faible pour cet auteur allemand qui vit aujourd’hui en Bretagne. Son avant dernier bouquin, L’Affaire Jésus, qui faisait suite à Jésus Vidéo, m’avait une fois de plus emballé. Avec Aquamarine, Andreas renouait avec la littérature pour adolescent, dans la veine du Projet Mars, de Time Out ou du Maître de la Matière. Des livres faciles à lire, s’adressant à un public assez jeune mais qui conservent la magie narrative de Eschbach.

Aquamarine parle d’une adolescente pas comme les autres. Une fille avec d’étranges cicatrices sur les flancs qui n’arrive pas à s’intégrer parmi les siens. Une pauvre au milieu des nantis, persécutée par les jeunes de son age. C’est aussi un monde à peine esquissé, la Terre en 2151, rescapé des bouleversements climatiques à venir, dans lequel va se dérouler l’aventure de Sara, cette ado qui ne doit pas aller dans l’eau. L’intrigue est cousue de fil blanc, les rebondissements se négocient bien des pages à l’avance mais qu’importe, le livre se dévore, ne prend pas la tête, idéal pour les vacances. Eschbach y évoque la place de l’individu dans le groupe, la déontologie scientifique, les manipulations génétiques et un futur possible, tout cela sans donner la migraine.

Il ne s’agit pas son meilleur livre assurément – lisez Des milliards de tapis de cheveux – mais un roman sympa qui se dévore en quelques heures.

Mapuche

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Les Mapuche, littéralement « Peuple de la terre » en mapudungun, sont les communautés aborigènes de la zone centre-sud du Chili et de l’Argentine, connues également sous le nom d’Araucans.

 

La chaleur moite de Buenos Aires, le poids des années de dictature, les Grands Mères sur la place de Mai, une indienne Mapuche, un travelo massacré et un détective au passé peuplé de fantômes. Ainsi s’ouvre Mapuche, le roman de Caryl Férey commencé début juin et que j’aurai eu du mal à finir. Tout débute par un crime à priori comme tant d’autre. Une enquête qui va nous plonger dans les heures les plus noires de la dictature argentine. Enlèvements, torture, meurtres, les monstres de cette époque, militaires, politiques, clergé vivent encore et cherche à se protéger de leurs exactions passées. Enquête, thriller, histoire d’amour ensanglantée, Mapuche est comme Zulu, un livre sombre, violent, qui retrace pour nous une terrible page de l’histoire de l’Amérique du Sud. Cinq cent cinquante pages, des milliers de kilomètres de Buenos Aires jusque la cordelière, parfois road movie, parfois bain de sang, le livre prend au tripes, se complaisant dans les scènes violentes. Si vous vouliez vous détendre avec un bouquin sur la plage, passez votre chemin.

Good Morning, Midnight

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Panne de lecture, j’ai deux bouquins en attente mais je n’arrive pas à me concentrer sur du matériel un peu cérébral, ça arrive. Du coup je suis passé chez mon libraire, j’ai fouillé un petit moment dans la pile SF sans vraiment trouver mon bonheur et ai pris, un peu par hasard et par dépit, un bouquin d’une auteure inconnue, Lily Brooks-Dalton, Good Morning, Goodbye.

Encore un de ces romans désespérés avec deux récits parallèles qui se rejoignent. Un vieil homme et une gamine survivent seuls, non loin du pôle nord. Dans l’espace, un équipage revient de Jupiter. Le reste du monde semble avoir cessé de respirer, du moins il ne répond plus. Les ondes radios sont devenues muettes, la Terre semble s’être vidée de toute vie.

Après quelques premières pages difficiles liées à une traduction à bas coup, le livre de Lily vous embarque dans le vaisseau spatial où les tensions deviennent explosives et dans cet observatoire déserté où un vieux scientifique découvre à l’automne de sa vie ses erreurs passées. Un roman profondément humain, sur fond de cataclysme, qui se lit à toute vitesse et dont il est difficile de sortir. J’y retrouve l’ambiance de Phare 23 ou de Silo de Hug Howey, un livre lent, sans action, tourné vers les personnages, plongé dans un monde sans avenir.

Morwenna

J’adore les livres qui parlent des livres. Avec Morwenna de Joe Walton, je vais être comblé.

Morwenna est une adolescente enfermée dans un austère pensionnat, loin de chez elle, qui ne pouvant faire de sport suite à une grave blessure, passe de longues heures dans la bibliothèque, à lire. Dans sa grande solitude, elle dévore principalement de la science fiction, Silverberg, Le Guin, Herbert, Tolkien et bien d’autres. Son univers, entre famille déchirée, mère folle, père absent, un grand-père à l’hôpital, une sœur jumelle décédée et un pensionnat où elle se retrouve prisonnière, isolée, voire rejetée, l’enferme un peu plus dans son univers littéraire et féerique dont la magie n’est pas absente.

Ecrit comme un journal, au jour le jour, le roman raconte l’étrange quotidien de Mori, dans lequel il se passe peu de choses, une rencontre avec son grand père, une lecture, un voyage en train, sa solitude au quotidien et la pesante ombre maléfique de sa mère qu’elle a fuit. Difficile de prévoir où ce récit va nous conduire, sauf en lisant la fin.

Il y a un robot dans le jardin

C’est sur le blog EmOtionS que j’ai entendu parler du livre de Deborah Install, Il y a robot dans le jardin. Comme je suis un boulet, j’ai beaucoup de mal à m’aventurer vers de nouveaux auteurs, alors soit je lis tous les ouvrages d’un même écrivain, soit je vais sur des blogs pour trouver quelques conseils, soit je pique les bouquins que ma femme n’a pas aimé (généralement, ce sont ceux qui me plaisent). Cela donne quelques erreurs d’aiguillages du genre Le Grand N’Importe Quoi ou des coups de cœurs comme Laurent Gaudé, tout dépend de ma chance ou de ma clairvoyance, à vous de juger.

Cette fois avec Il y a robot dans le jardin, c’est mon jour de chance. Je ne suis pas toujours d’accord avec les coups de cœur de Yvan, mais dans l’ensemble je suis assez en phase avec lui.

L’histoire pourrait se résumer à un road-movie impliquant deux personnages, une homme et un robot, qui vont parcourir la planète pour réparer une fuite d’huile. Il s’agit en réalité d’un récit empreint d’humanité et d’humour, qui nous conduit à la rencontre de personnages atypiques sur différents continents, de l’Europe aux Amériques en passant par l’Asie, à la naissance d’une conscience balbutiante et d’une histoire d’amour entre un tas de ferraille mal foutu et un homme perdu dans la vie.

Sans être de la grande littérature, le style reste agréable et fluide et le livre de Deborah se dévore, aggravant mes retards dans de nombreux domaines. Allez le découvrir de ce pas.

Laurent Gaudé

J’ai découvert cet auteur français il y a quelques années, presque par hasard, avec son livre ‘La Mort du Roi Tsongor’, un récit fabuleux sur un vieux rois et le déclin de son royaume. Quelques années plus tard, mon épouse m’a conseillé le ‘Le Soleil des Scorta’, une autre merveille dans un genre très différent et dernièrement, ma pour mes 51 ans, elle m’a offert ‘Eldorado’ du même auteur.

Décidément, le style et les thèmes abordés par Laurent Gaudé font de lui un brillant écrivain. Cette fois, avec Eldorado, il s’attaque au délicat sujet de migrants. Un livre écrit en 2007, et qui dix ans plus tard, se trouve être plus d’actualité que jamais. A travers deux récits parallèles qui se rejoignent à la fin autour un collier de perles bleues, l’auteur nous raconte une aventure humaine cruelle où la vie ne tient qu’à un fil et où l’argent règne en maître. L’histoire d’un capitaine de navire qui récupère les migrants en mer et celle d’un jeune homme qui fuit son pays pour gagner l’Eldorado européen. Ce n’est qu’un roman bien sûr, mais il donne un tout autre éclairage sur ces “étrangers aux téléphones portables” qui abandonnent tout, famille, maison, travail, renonçant parfois à leur humanité, affrontant maints périls pour fuir la guerre, la dictature et atteindre l’île de Lampedusa où ils seront enfermés dans des camps, dans l’attente, hypothétique de papiers pour l’Europe ou d’un retour chez eux.

Où est le bec ?

Michel HouellebecqJ’ai un collègue qui ressemble à Michel. Certes il est plus enveloppé, sent très fort le clochard, ne travaille pas, mange du Mac Do à l’heure du goûter et semble posséder la même vision du monde qui l’entoure.

Cet écrivain français très médiatisé, particulièrement choyé chez France 2, m’a toujours déconcerté par sa façon de s’exprimer, ses non réponses et son aspect repoussant. Mais il a tout de même reçu le prix Goncourt en 2010. Comme pour Amélie Nothomb, il fallait que je me fasse une idée, que je lise un livre du bonhomme pour ne pas mourir totalement idiot.

C’est avec son premier roman, Extension du domaine de la lutte (1994) que je me lançais dans la découverte de Michel Houellebecq. Un ingénieur bossant pour une SSII part en missions avec un de ses collègues moche, juif, obsédé et puceau en province pour former les agents d’antennes du ministère de l’agriculture à un nouveau pro-logiciel. Au fil des chapitres, un récit décousu, propose une vision désabusée et cynique des comportements humains, de la sexualité, du monde du travail et du sens à donner à la vie. Une plongé malsaine dans la dépression d’un cadre moyen, dans ses pulsions suicidaires et son dégoût pour la vie. Je dois reconnaître, à mon corps défendant, que j’ai dévoré le livre malgré les nombreuses digressions assez perturbantes comme ces essais animaliers sur la sexualité humaine.

Mon collègue me fait de plus en plus penser à Michel, et après la lecture de  Extension du domaine de la lutte, j’en arrive presque à avoir de l’empathie pour lui, mais de loin, il sent vraiment trop mauvais et se comporte toujours comme un con. J’imagine juste la souffrance qui le ronge. Le jour où je le vois arriver avec un couteau de cuisine au travail, je m’enfuie.

La question qui reste en suspens est la suivante : lirai-je un nouveau Houellebecq ? Avec Amélie, j’ai fait le tour en un seul livre, je n’irai pas plus loin. Avec Michel, même si son univers est malsain, ou peut-être parce que son univers est malsain et ses réflexions poussées à l’extrême, je serais bien tenté d’aller plus loin, d’autant que ce roman n’était que son premier essai publié. Alors qui sait ?