Logiciels

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Je m’énerve souvent contre les systèmes d’exploitations, les mises à jour et les logiciels, car j’ai un lourd passé d’administrateur et de programmeur.

Dans l’administration, pour de nombreuses raisons, nous sous-traitons le développement du software à des sociétés externes et à chaque fois que je découvre une de ces merveilles, je m’étonne que l’on puisse encore travailler avec les outils que l’on nous a livré.

Pour la petite histoire, hier mon nouveau chef, me fait une rapide formation, sur son ordinateur, du logiciel que je vais utiliser quotidiennement pour mon travail. Pour ce faire, il utilise le compte d’un collègue pour se connecter dessus, car lui-même n’en a pas. Nous faisons quelques manipulations, jusqu’à ce que j’intègre les principales fonctionnalités de la chose.

Le même jour, je reçois par mail, un mot de passe provisoire pour accéder à l’outil. Ni une ni deux, je lance l’application sur mon PC, qui, comme il se doit, refuse de démarrer. Rien de grave, ce n’était qu’une affaire de cloisonnement réseau, et une fois le port TCP débloqué, la merveille s’affiche. Encore fallait-il le savoir. Premier ticket d’assistance informatique.

Je me logue, change mon mot de passe en une version plus sécurisée, me déconnecte et relance l’application. Nom d’utilisateur, mot de passe, un échec, deux échecs, trois échec, mon compte est bloqué. Génial. Je vais boire une tasse de café, demander la génération d’un nouveau mot de passe provisoire et recommencer. Second ticket d’assistance informatique.

Je me logue, tente changer mon mot de passe en une version plus sécurisée, en faisant cette fois pas d’erreur de saisie, mais là, l’outil m’annonce que ce mot de passe a déjà été utilisé ultérieurement et qu’il faut que j’en change. Déjà utilisé ultérieurement ? J’aurai donc commis cinq fois la même erreur de saisie ? Improbable. Mais bon… Troisième ticket d’assistance informatique.

Je me logue, change mon mot de passe en une nouvelle version plus sécurisée, me déconnecte et relance l’application. Nom d’utilisateur, nouveau mot de passe, un échec, deux échecs, trois échec, mon compte est bloqué. Voila qui commence à me taper sur le système. Je vais boire une nouvelle tasse de café, demander la génération d’un nouveau mot de passe provisoire avec quelques explications et recommencer. Quatrième ticket d’assistance informatique.

Le gars au téléphone ne comprend pas, moi par contre je commence à cerner le problème. Dans l’interface de modification de mot de passe, certains caractères spéciaux ne s’affichent pas lorsqu’on les tape, bien vu l’aveugle, j’ai compris, le # est interdit. Par contre, dans la fenêtre de connexion le # est autorisé. Logique. Je tente donc un mot de passe sans le #, mais non. Le & est également interdit, en fait tous les caractères spéciaux, ceux qui servent à générer des mots de passe forts sont prohibés.

Une fois tout cela intégré, je crée un mot de passe très faible qui me permet enfin de me connecter au logiciel indispensable. Miracle ça marche cette fois ! Je commence donc à travailler avec l’outil, et après quelques minutes de manipulations, je me retrouve bloqué devant un bouton Valider grisé.

J’ai du merder quelque part. Je reprend la procédure comme on me l’a montré un peu plus tôt avec l’autre compte, sur une autre machine et réessaye. Non. Le bouton Valider ne veut pas valider. J’appelle mon mentor, refais la procédure devant ces yeux ébahis pour être certain, mais rien à faire, l’outil m’autorise bien à saisir des champs, sélectionner des choix, mais jamais à valider. Incompréhensible ! Cinquième ticket d’assistance informatique.

De longues recherches fastidieuses plus tard, nous découvrons que mon compte n’est pas habilité pour ce genre d’opérations et ne le sera jamais, j’ai un logiciel, un compte, mais je ne peux rien faire avec, je n’ai et n’aurai pas les droits pour l’utiliser.

Du coup, en fin de journée, je me fais copier sur un papier le mot de passe du collègue habilité et qui n’utilise pas l’outil, me connecte, et commence enfin à travailler. Là, pour gagner du temps sur une fonctionnalité, j’active un filtre présent dans le logiciel, je tape deux premières lettres dans le filtre de sélection et boum, l’application s’effondre, il faut tout recommencer. Sixième ticket d’assistance informatique.

Pour ma première journée de travail avec le logiciel, j’ai levé deux bugs dans un outil que notre administration utilise quotidiennement depuis des années… Comment font-ils ? Par chance, l’application de ticket d’assistance informatique, elle fonctionne relativement bien.

Vous vous dites que je suis aigri et que j’exagère un peu et vous aurez partiellement raison, du moins pour le premier point. Mais force est de constater que les applications que nous sous-traitons sont mal conçues, bourrées de bugs, qu’elles ont coûté très cher (payées avec vos impôts) et été livrées avec des années de retard (oui des années, pas des mois). A qui la faute ? Aux appels d’offre (nous choisissons forcément les sociétés les moins cher), aux spécifications bancales (achetez Word et demandez donc de le transformer en Excel), au manque de recette des produits, au fait que l’administration est une vache à lait pour bien des fournisseurs de services ?

Le presse citron

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Vous aimez les agrumes ? Je vous file mon presse citron.

Parce que voila, je suis tellement malin que j’ai décidé de réinventer l’appareil. C’est vrai quoi, pour quelle raison utiliserions-nous un ustensile aussi simple quand on peut se compliquer la vie ?

Imaginez donc un bras robotisé doté de caméras, capable de rechercher l’agrume, de le sélectionner en fonction de sa taille, sa qualité, sa maturité, de l’attraper avec ses pinces, de le rincer, oui mais attention, avec de l’eau que la machine aura au préalable purifiée, de lui enlever sa peau – pourquoi faire me direz-vous ? je ne sais pas mais c’était dans le cahier des charges – , de le découper en quartier – cessez de m’interrompre, c’était dans le cahier des charges également -, d’en prendre une photographie – c’est pour imprimer l’étiquette sur le verre – , de l’amener jusque la centrifugeuse, de récupérer le jus, de le verser dans un verre, d’imprimer la photo, de la coller sur le verre et d’envoyer un SMS, twitt, message, mail pour informer la personne qui vient de presser le bouton de machine, que le jus est pressé.

Mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Ajoutons une balance pour peser le consommateur et un test de glycémie pour évaluer ses besoins nutritifs ainsi qu’une base de données des préférences gustatives avec reconnaissance faciale afin d’adapter la production du jus aux goûts de l’utilisateur. Nous pourrions également analyser sa consommation sur le mois, l’année, ajouter une application connectée sur smartphone pour gérer tout le processus,  qui posterait sur Facebook, Twitter et Instangram une photo de vous en train de boire le jus avec un commentaire du genre “je bois un jus de fruit frais”. Et pourquoi s’arrêter là et ne pas gérer les commandes d’agrumes depuis l’application, afin de ne jamais manquer de rien ? Et puis, puisque le presse agrume est connecté au bras, à la balance, aux caméras, à Internet, pourquoi ne pas faire de lui, quand il ne travaille pas, un système domotique de surveillance de l’habitation ? La balance comme détecteur de mouvement, les caméras comme outils de surveillance, le bras comme lance projectile (réutilisation intelligente des fruits périmés), internet comme système d’avertissement et envoi d’un post sur Facebook, Twitter et Instangram de la photo du cambrioleur alors qu’il se prend une orange avariée dans le visage.

Il y a quelques années, quand ils ont voulu améliorer mon presse citron, j’ai émis quelques réserves quand à la complexité de son successeur. Après des mois de spécifications, d’avant projet, de projet, de réunions, de discussions, de maquettage, ils ont confié sa réalisation à une société privée, jugeant le travail trop complexe en local. Après six mois d’échanges, après la signature des contrats, des conventions, après le choix de la technologie, de l’équipe, la société vient de jeter l’éponge sur le bras balance caméra centrifugeur base de données acide.

Personne de boira de jus d’orange pendant au moins un an, si ce n’est pas deux. Nous aurions pu simplement remplacer l’ustensile en plastique fatigué par un autre tout neuf. Certes il aurait fallu choisir le fruit, le couper en deux et user d’un peu d’huile de coude pour boire un bon verre de jus de fruit frais. Mais faute de bon sens, nous ne boirons que de l’eau pendant des mois.