Virtuelle

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En préambule, je vous mets en garde, ce qui suit est très mal, immoral, dangereux et totalement illégal. Les enfants, surtout ne reproduisez pas ce que vous allez lire. Bizarrement, c’est facile à réaliser.

Inventez-vous un nom et un prénom, un sexe, un age, une profession, une ville de naissance, une ville de résidence, des études, une école.  Inventez-vous une histoire, des goûts, une passion. Cela ressemble beaucoup à la création d’une fiche de personnage dans un jeu de rôle.

Trouvez sur le net quelques photographies d’une personne inconnue, plusieurs pour que ce soit crédible et retravaillez-les un peu, cadrage, traitement des couleurs, etc.

Pour que cela fonctionne vraiment, inventez l’identité d’une jeune fille adulte, agrémentée de photos de bombasse mais pas reine du porn non plus. Utilisez des éléments et des lieux que vous connaissez mais suffisamment éloignés de vous pour qu’il n’y ait pas, plus tard, de rapprochement possible entre vous et cet avatar.

Jusque là rien de grave. Mais vous allez voir, tout se complique ensuite.

Créez, à l’aide de ce nouveau nom et prénom, une adresse mail, chez Gmail, Hotmail ou ailleurs, peu importe, il n’existe aucun contrôle . Créez-vous une page Facebook avec cette identité et ce mail, une page Twitter, un compte Google+, Linkedin, voire même un compte Paypal.

Renseignez toutes sortes d’informations sur votre vie, mettez des photos, paysages de votre ville, portraits de votre double. Pendant quelques jours, faites vivre vos médias sociaux, inscrivez-vous dans des groupes, aimez des pages, faites-vous des amis. Avec une jolie frimousse, des cheveux bouclés et un décolleté affriolant, vous devriez en trouver assez vite dans la gente masculine.

En avançant prudemment, à pas de loups, votre identité virtuelle devient crédible et vous disposez bientôt d’un outil très puissant.

Jusque là, ce que vous faites est limite, même très limite, mais pas franchement répréhensible.

Après ça se complique. Qu’allez-vous faire de ce personnage ? Juste vous amuser, vivre une double vie, vous venger d’un emmerdeur qui tenté de détruire votre iréputation, espionner votre conjoint en devenant son ami, calomnier quelqu’un et disparaître, lancer un crowdfunding bidon pour sauver les bébés phoques, tout est possible.

Sur Internet, qui se cache derrière tel ou tel profil ? Avec qui devenez-vous amis, avec qui partagez-vous des informations privées. Qui peut publier des informations sur votre mur ? Qui est réellement votre ami. N’y aurait-il pas quelque part un ennemi caché dans vos amis ? C’est tellement facile de duper les gens à l’aide des réseaux sociaux.

Si vous êtes contacté par une jeunette bien foutue, soit disant passionnée par les vieux albums de Yes, Genesis et Pink Floyd, qui fait de la recherche fondamentale sur l’antimatière et qui se laisse draguer par des vieux qui titrent plus de deux fois son âge, restez sur vos gardes, qui sait s’il ne s’agit pas d’une virtuelle. Soyez prudent, les bombasses intelligentes de vingt ans, passionnées de rock progressif, c’est très rare. Généralement elles possèdent en réalité du poil aux pattes, un esprit vengeur et deux coucougnettes entre les jambes.

L’envers du décors

Adolescent, alors que j’écoutais Genesis, Peter Gabriel ou de Marillion sur mon 33 tours, je fantasmais, comme bien d’autres, à l’idée de rencontrer mes idoles, de discuter avec eux de leur musique, d’être invité en backstage ou de me faire taper sur l’épaule par un chanteur de renommée internationale en buvant une bière avec lui.

Aujourd’hui, à cinquante ans révolus, je m’aperçois, que le fantasme est devenu réalité, que je suis passé de l’autre côté du rideau. Tout a commencé par des interviews par mails, une façon impersonnelle et peu stressante de poser ses questions. Il y a eu également quelques rencontres de musiciens français, et des invitations à assister à des concerts, parfois même de l’instant zéro jusque la conclusion de la soirée. Et enfin, depuis peu, des interviews de grosses pointures du progressif au téléphone ou via Skype. Depuis peu, car mon anglais étant minable, ma timidité maladive, je n’osais pas me lancer en direct. Il m’a fallu un premier galop en double pour oser continuer seul (merci Laurent). Cela fait drôle, d’avoir au bout du fil des personnes comme Neal Morse, Daniel Gildenlöw ou Arjen Lucassen. Avec le recul, on peut se dire que ce sont des personnes comme les autres, des artistes qui font leur job, n’empêche que discuter librement avec eux, leur poser des questions, les écouter plaisanter, décontractés et simples, sympas, ça fait vraiment tout drôle.

L’envers du décors, c’est de découvrir des personnes avec une vie, une famille, des amis, les contraintes de monsieur tout le monde,  doublées d’une vie d’artiste et qui enchaînent jusqu’à vingt interviews dans la même journée pour assurer la promotion de leur album. Le bonheur, ce sont les petites anecdotes qu’ils nous livrent comme le lave linge sèche linge du Z7, le petit passage chanté au téléphone ou des fous rires partagés pendant une interview. Des moments magiques, privilégiés, que je croyais ne jamais connaître un jour. Je mesure chaque fois ma chance.

Cependant, comme toujours, il y a le revers de la médaille de l’envers du décors de derrière le rideau. Tout d’abord, cela démystifie quelque peu ce monde magique que l’on regarde avec des yeux d’enfants (même si, le demi siècle passé, l’innocence s’est quelque peu émoussée, encore que). On ne regarde plus les musiciens, autrefois vénérés, de la même manière fatalement. On découvre l’homme derrière l’artiste, des fois c’est magique, des fois c’est décevant. Enfin, cela représente beaucoup de travail, vraiment beaucoup, imaginez donc: une heure pour préparer les questions, une heure d’interview, cinq heures de transcription anglaise, deux heures de traduction française, une heure pour la mise en ligne. Au final dix heures de travail laborieux pour trente minutes de discussion et une cinquantaine de vues pour l’interview sur le site, oui pas plus, nos interviews ne sont pas vraiment lues, c’est ainsi.

Nous sommes très souvent sollicité pour des interviews et nous n’en faisons pas souvent, vous comprenez maintenant pourquoi. Mais j’ai décidé de me faire plaisir et quand l’occasion se présente, de m’offrir une petite conversation privée avec les artistes qui me font vibrer. La démarche est totalement égoïste et alors ?