Jusqu’ici, ça va

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Après une série de migraines explosives, dont la dernière, dans la nuit de vendredi à samedi fut tout simplement épique, mon médecin a pensé que j’avais contracté la COVID-19. Elle m’a donc prescrit un test sérologique afin d’en avoir le cœur net. Dans la foulé, j’ai reçu un courrier assez désagréable de l’Assurance Maladie m’informant que je faisais partie des heureses personnes à risque. Je ne vois vraiment pas pourquoi, je suis jeune et bien portant, enfin presque.

Du coup j’ai été invité à me faire vacciner sur le champ, sauf que pour se faire vacciner, il faut prendre rendez-vous. Et même lorsque l’on les arcanes d’Internet, la tâche n’est pas des plus aisée, voire il est quasi impossible de trouver un créneau de libre. Enfin si, j’en ai trouvé plein, à l’Hôpital Civil de Strasbourg, sauf qu’après avoir choisi ma date et mon heure, un message m’a informé que si je n’étais personnel soignant, je pouvais aller me faire cuire un œuf. Ca tombe bien Pâques approchait.

C’est la Médecine du travail qui est venue à mon secours. Des gens avec qui je travaille quasi quotidiennement pour gérer les visites quinquennales de mes collègues. Et quand je dis que je travaille quotidiennement avec eux, je veux dire que c’est Ok Corral tous les jours tellement ils sont peu organisés. Bref, j’ai demandé a être vacciné par leurs services (pourvu que l’infirmière ne se venge pas de mes coups fils assassins, me suis-je dit ce jour là).

Rendez-vous fut pris le 29 mars pour voir cela avec le médecin, un rendez-vous pour prendre rendez-vous le 7 avril en réalité, car, comme me l’a délicatement fait remarquer le médecin du travail, des personnels à risque de cet âge là, il y en a très peu dans notre métier… ça veut dire quoi au juste ça, que je suis un débris ?

Le 7 avril au matin, me voila fin prêt pour tester, comme quelques millions d’autres, un vaccin à peine sorti des laboratoires pharmaceutiques. Le AZD 1122 peut provoquer des douleurs au point d’injection (54%) surtout si l’infirmière ne vous aime pas, des céphalées (53%) surtout lorsque l’on fait une migraine un jour sur deux, de la fièvre (8%) du samedi soir après le confinement et peut-être des thromboses (29 cas avant moi).

Même pas peur ! Depuis que j’ai passé une semaine allongé avec une perfusion et une sonde urinaire, les piqures me laissent totalement indifférent, même les plus mal réalisées, ce qui met en confiance n’importe quel étudiant en première année de médecine myope comme une taupe et souffrant de tremblements incontrôlables.

Après un questionnaire médical obligatoire de dix minutes, (le médecin m’avait vu la semaine dernière), “Vous allez bien ?”, “Non.”, “Bon tout va bien alors, on peut vous vacciner.”, l’infirmière, sur qui j’ai hurlé plus d’une fois, s’approche avec l’aiguille vengeresse et me dit, “Voila, c’est fini.”. Ha ? bon… c’est tout ? D’accord. “On vous garde ici un quart d’heure au cas où vous tombiez dans les pommes, ça arrive.”.

Un quart d’heure plus tard, j’étais toujours vivant, en train de consulter les dernières promotions de rock progressif lorsque l’infirmière m’a rendu la liberté. Prochain rendez-vous le 28 juin pour le rappel.

Jusqu’ici tout va bien.

Je ressens une petite gène au bras (54%), rien en comparaison de cette douleur sourde au flanc gauche qui me lance depuis des années (0.001%). Par contre en rentrant, un inquiétant symptôme est survenu (0.000000001%). L’heure du repas approchant, il fallait que je choisisse où récupérer de la nourriture à emporter. J’aurai pu passer à la maison, mais vu que le frigo est toujours vide, il était plus simple de manger dehors. Je pouvais aller à la saladerie habituelle (trois fois par semaine de la laitue avec un peu de quinoa, une tomate cerise et un bout de pain) ou manger chez Mc Do.

Chez MC Do, sérieusement ?

Je ne mange jamais chez Mc Do, ce n’est pas bon, c’est gras, ça pue la frite à l’huile de vidange et j’ai toujours faim après. Pourtant, la voiture est allée naturellement se garer au Drive Mc Do pour commander un burger-frite-coca, tout ce que je déteste en réalité.

C’est grave docteur ?

Tout ça pour dire, vaccinez-vous, au pire vous mourrez de toute façon. Avec beaucoup de chance, en décembre, nous pourrons tous recommencer à vivre un peu. J’invite tous ceux qui se vaccinent à le dire, à poster leur photo et à faire coucou de temps en temps pour prouver qu’ils sont encore vivants et en pleine forme. Il y a trop d’imbéciles qui en ce moment essaye de vous persuader que la COVID-19 est un complot mondial pour vous forcer à recevoir une injection de nano particules qui pourront vous espionner, voire même vous contrôler. renseignez-vous !

Et si j’allais mourir ?

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Les mauvaises langues diront que je suis un hippopotame, la version lourde de l’hypocondriaque, et ils n’auront pas forcément tord.

Mais sérieusement, et si j’allais mourir ? Nan c’est pas drôle quoi ! J’avale des triptans comme les oiseaux picorent des graines, sauf que les oiseaux, ils possèdent des machins dans leur jabot pour broyer la bouffe. Ceci dit moi aussi j’ai l’impression d’avoir un jabot. C’est une petite poche toute dure sur le flanc gauche qui me chatouille tout le temps. Enfin chatouille c’est vite dit, quand je m’allonge sur le côté ou sur le ventre, c’est assez inconfortable voire douloureux, quand je fais du sport, ça fait mal. J’ai mon jabot depuis deux ans, depuis une certaine gamelle à vélo. Et chaque médecin possède son explication à cette gêne :

  • Mon général : “Vous avez encore mal ? C’est curieux.”
  • Mon ostéoporose : “Les intestins sont comprimés autour des autres organes.”
  • Mon gastropode : “Faudrait faire une colo, ça tombe bien, c’est l’été.”
  • Mon entraîneuse : “Chéri, faut faire du sport.”
  • Mon expert : “Vous aurez mal toute votre vie.”

Et si j’allais mourir, si j’avais un truc très très grave que personne il ose me le dire pour pas que je pleure et que je continue à aller bosser de comme si de rien n’était. Non j’suis pas parano !!! J’en ai juste un peu mare d’avoir mal. Et comme les mecs doutent, ils me font faire des examens, cinq tubes de sang par-ci, (mine de rien on a pas tant que ça de tubes de sang dans un petit corps malade), un scan par là, une écho là dedans, une colocataire au doigté délicat, un étron dans un popo et j’en passe et des meilleures.

Quand les résultats tombent, y a toujours des valeurs pas dans les clous comme le cholestérol. Mais ça je m’en fou, j’aime trop les gésiers, les magrets, la crème fraîche, le fromage et les glaces. De toute façon, la dernière fois que j’ai fait la trêve des crémiers et des charcutiers j’ai perdu 10 kilos en un mois, tombant à 55, record historique depuis mes 12 ans. Alors le médecin m’a regardé et a dit d’un ton las, mangez au moins du fromage sinon dans un mois vous vous envolez. Dans la liste des chiffres bizarres, y a des enzymes qui couinent et des chimies pas très bio qui ne respectent pas les cotas. D’après internet je suis déjà mort et mon rein est foutu, cancer, infarctus, dysfonctionnement rénal.

Pendant un an je me suis résigné à cette douleur lancinante “qui va passer”. Oui mais quand ? Et puis avec les beaux jours, la gène est redevenue inconfort, voire douleur. Alors je retourne voir mes copains les vampires sacophiles, si ça existe d’abord ! Pas dans Twilight ou dans Buffy contre les Vampires cartes, mais dans Urgences.

Sérieusement là, si j’allais mourir. Qui qui reprendrait le webzine hein ? Qui préparerait le numéro du mois d’août. Qui utiliserait mes appareils photos, qui écouterait tous les CDs, vinyles déjà stockés à la maison et ceux qui ne sont pas encore arrivés. Qui frapperait mes enfants (faut bien leur apprendre la vie) –  qui vient de lever la main fébrilement là ? – qui s’occuperait de retrouver les clefs, l’iPhone, le sac à main, les partitions, le violoncelle, le piano à queue, la voiture de ma femme, qui hein ? Qui donnerait à manger au chat, changerait sa caisse, viderait les poubelles, arracherait les mauvaises herbes du jardin ? Hein qui ?

Le rein gauche est un peu bousillé alors je vais devoir boire des litres tous les jours et donc pisser encore plus (comme si c’était possible). Je suis en hypoglycémie le matin, je dois de manger plus, mais pas trop car j’ai du mauvais cholestérol donc je dois faire gaffe à ce que j’avale et c’est décidé, je pars en colonies de vacances où on va me la mettre bien profond à tous les coups. Pour les migraines, j’ai toujours droit à de grandes boites de graines, à picorer sans modération, c’est beau la chimie !

Bon je vais attendre un peu avant de mourir, y a pas le feu, puis j’ai plein de trucs à faire. Mais si un vampire scatophile trouvait juste une explication à mes petites misères viscères, quitte à me faire explorer encore une fois les entrailles, ce serait sympa, parce que y a pas à dire, une douleur sourde vingt-quatre heures sur vingt-quatre ça tape sur le système et ça donne naissance à de drôles de pensées parfois, vous ne trouvez pas ?

Le 31 mai, lors d’un trajet…

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Le 31 mai 2016, lors d’un trajet Illkirch-Illkirch, une planche à roulettes percute un vélo. Résultat un rein fracturé, cinq mois d’arrêt.

Le 31 mai 2018, lors d’un trajet Lingolsheim-Illkirch, un scooter percute un vélo. Résultat un poignet fracturé, trois mois d’arrêt.

Le 31 mai 2020, lors d’un trajet Sélestat-Illkirch, un bus percute un vélo. Résultat deux jambes brisées, un mois d’arrêt.

Le 31 mai 2022, lors d’un trajet Mulhouse-Illkirch, un 747 percute un vélo. Résultat un corps broyé, pas d’arrêt.

Le 31 mai 2116, lors d’un trajet Lune-Illkirch, le Battlestar Galactica percute un vélo. Résultat une planète désintégrée. Ce n’est pas grave, le fonctionnaire n’avait de toute façon plus de travail depuis des années.

Ces exemples montrent bien la fabuleuse évolution de la science et de la technologie au fil des années.

Tout d’abord, nous constatons qu’avec une bicyclette, nous parcourons de plus en plus de kilomètres chaque jour, ceci bien entendu grâce à l’évolution technologique des vélos électriques.

La distance maison travail ne fait qu’augmenter, la crise du logement et la flambée des prix de l’immobilier en est la cause bien évidement.

Ensuite, découvrons que les aménagements des pistes cyclables vont s’améliorant. Là où en 2016, un vélo et une planche à roulettes peinaient à cohabiter, en 2022 il y a presque assez de place pour un avion long courrier et un vélo électrique.

Enfin, regardez les progrès de la médecine, en huit ans. Un petit hématome au rein, cinq mois d’arrêt et toujours des séquelles deux années après. En 2020, un corps broyé, même pas besoin de congé de maladie.

Le 31 mai 2018, deux ans jours pour jours après mon accident, une collègue, en se rendant au travail, s’est fait faucher par un scooter sur une piste cyclable. Fracture du poignet gauche. Elle vient de se faire opérer et restera à la maison jusque septembre dans le meilleur des cas. Que pouvait bien faire un scooter sur une piste cyclable, le matin ?

Je suis foutu

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Amis camés bonjour ! Je crois que je suis foutu. Allant voir mon médecin traitant pour une simple angine doublée d’un mal de dos, je ressorti du cabinet avec une drôle d’ordonnance.

– Vos migraines vont mieux avec l’Imigrane 20 ?
-Non, le produit met 6h à agir.
-Ah oui quand même. Bon je vous prescrit un produit à mettre sous la langue, essayez-le à la maison, allongé, ça peut donner des vertiges. Si ça fonctionne je vous en prescrirai d’autres.
-Allongé ?
-Oui allongé ! Bon, le dos ce n’est sans doute rien mais au cas ou, prenez cette ordonnance pour faire des examens.
-Merci docteur.
-Reposez-vous bien, vous avez une petite mine.

Doliprane, Azithromycine, Biocalyptol, ok. Cinq Ampoules injectables, c’est quoi ce truc ? Acupan, Acupan, ça me dit quelque chose…

-Chérie, on aurait pas déjà eu de l’Acupan à la maison ?
-Tu en as ? Tu en as hein ? Tu m’en donne ? Juste un peu, please ! Tu ne te souviens pas, quand je me suis cassé le poignet ? C’est de la morphine ! C’était trop bon ! Tu m’en donne dis ?
-Putain ! De la morphine ? Je suis foutu.

Bon déjà, l’Imigrane je le prenais en cachette, parce que voilà quoi, un shoot dans les narines ça peut porter à confusion, mais si je sors la morphine et la seringue au boulot, ma réputation est faite…

-Et c’est quoi ton examen urinaire là ?
-Urinaire ?
-Ben oui. ECBU et antibiogramme si nécessaire…
-ECBU comme infection urinaire, et donc le rein ? Rho putain, le retour ! Je suis foutu !

En fait je suis en phase terminale et personne ne me le dit, ceci est sans doute mon dernier billet, adieu, vous n’étiez pas beaucoup à me lire mais vous étiez de bons et fidèles lecteurs, vous me manquerez, harggggg…. Je lègue mon Nikon à Laurent avec le mode d’emploi (ça peut servir), mes disques à mon ainé, ma Switch à mon dernier et la maison et ses travaux à ma épouse.

-Chéri, tu as mis le couvert ?
-A ben non désolé, j’y vais…

Sevrage

0h00, réveillé avec des bouffées de chaleur.

2h00, réveil en sursaut, angoissé.

4h00, émeutes urbaines, nous nous replions dans une habitation délabrée. Dans un placard, est rangé le téléphone portable de Mike Portnoy. Je sais qu’il contient une bombe nucléaire. Je m’en saisi. Sur l’écran archaïque s’affiche : bombe… boum… boum. Je le lance au loin par la fenêtre. Éclair de feu, explosion assourdissante, souffle de poussière, la bombe atomique vient d’exploser.

6h00, réveil dans un état d’agitation extrême, la journée risque d’être éprouvante…

Je suis en plein sevrage après 30 jours sous Librax, un anxiolytique. Terrifiant.

Il est libre max…