Promotor

Lorsque vous managez un webzine musical, vous en voyez des vertes et des pas mures avec les artistes. Certains sont d’une rare efficacité dans leur communication, d’autre moins. Les sollicitations sont très nombreuses, que ce soit de la part des maisons de promotion, des labels mais également d’artistes non signés. Chaque jour il faut faire le tri entre le grain et l’ivraie, entre ce qui peut être publié chez nous et ce qui ne le doit pas.

Notre histoire a commencé par un mail intitulé “Please review needed”, le genre de sollicitation qui démarre franchement mal. A l’intérieur du message, un texte mal ficelé, des liens Youtube et un lien Napster. Bon, manifestement ce groupe ne sait pas bien gérer sa communication, cela arrive souvent chez les amateurs.

J’écoute rapidement la musique sur Youtube et constate que les deux morceaux proposés ne jouent pas forcément dans la grande famille du prog. Je réponds au musicien que nous parlons principalement de rock progressif dans nos colonnes mais que s’il veut que nous écoutions quand même l’album pour en parler peut-être ensuite, nous aurions besoin d’un lien de téléchargement pour la musique, car nous ne travaillons pas en streaming, même avec les grosses maisons de disques.

Pas découragé, le gars m’envoie la bio du groupe avec un lien vers la promo. Un lien de streaming.

Soupir.

Je lui renvoie donc un mail, lui répétant que nous ne bossons pas avec de la musique en streaming.

Il ne répond plus. Silence radio.

Mais le lendemain surprise, il revient à la charge avec un nouveau lien, un lien vers du streaming.

Gros soupir !

Je lui fais à peu près la même réponse que précédemment, mais cette fois sans doute avec un ton un peu moins compréhensif car j’ai d’autres choses à faire dans la vie.

Nouveau silence radio de plusieurs heures, puis un nouveau mail arrive, contenant le message suivant “Oups ! désolé.” ainsi qu’un titre au format non compressé dans le corps du mail.

Sérieusement ?

Puis je reçois dans la foulé un second mail avec un autre titre qui met des plombes à arriver.

Damned, j’ai maintenant à ma disposition les second et troisième morceaux de l’album…Heu, c’est une blague ?

Alors je décris gentiment au gars ce que j’ai reçu, au cas où il aurait envoyé autre chose. Je lui explique aussi patiemment que possible que cela risque d’être compliqué de travailler avec le matériel qu’il nous a envoyé, qu’il existe des outils de transfert de fichiers pour simplifier les échanges, parce que là bon, j’ai d’autres choses à faire comme la revue de presse hebdomadaire (ça je ne l’ai pas écrit).

Quelques heures plus tard le gars me répond : « Décidément » suivi d’un smiley. Oui, et donc ?

Depuis plus de nouvelles. J’ai comme l’impression que nous ne parlerons jamais de ce groupe…

Les groupes de rock sont légion. En une année nous recevons plus de deux-mille solicitations en tout genre, des liens vers de plateformes professionnelles de téléchargement, des envois via wetransfer, Google, des CD par la Poste, trop pour tout écouter. Nous faisons cependant toujours un effort particulier pour les artistes indépendants qui ne disposent pas des même moyens que les blockbusters pour faire leur promotion, mais nous ne sommes pas une agence de communication ni de conseil pour la promotion des artistes. Peut-être devrions essayer. Car pour certains groupes, il y a du travail…

Fish & Chips

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Lorsque que nous sommes rencontrés, ma femme et moi, je venais de visiter pour la première fois l’Ecosse, ses paysages grandioses et ses petits restaurants populaires où une grosse dame avec un accent incompréhensible vous demandait : “Salt or vinager ?”, “Heu, yes…”. J’écoutais alors en boucle le premier album solo de Fish, Vigil in the Wilderness of Mirrors, un disque qui reste un de mes préféré de la carrière solo de Fish.

Ma future épouse tomba sous le charme désuet d’une chanson de cet album, ‘A Gentleman’s Excuse Me’, le passant et repassant sans discontinuer dans notre chambre d’étudiant à en rendre fou nos voisins.

Trente années plus tard, en préparant les actualités pour le webzine, je tombais par hasard sur Youtube sur ‘Garden of Remembrance’ tiré du dernier album au nom imprononçable du poisson de Marillion. Immédiatement, mon épouse tomba en pâmoison et me réclama le lien du clip.

Le double album, que nous ne chroniquerons sans doute pas faute de promotion, est à la maison bien évidement. ‘Garden of Remembrance’ pourrait passer en boucle sur la chaine haute fidélité et ses enceinte Triangles. Au pire je pourrais passer le clip sur l’écran du Mac et envoyer le son vers le DAC afin qu’elle regarde les images en même temps qu’elle écoute la musique, histoire de profiter d’un son digne du talent de l’artiste. Au lieu de quoi ma chérie préfère l’écouter sur son smartphone au son de crécelle.

Toute la journée, j’ai entendu la belle ritournelle et vu ma femme verser des larmes sur son petit écran en regardant le clip du vieux bonhomme aux rares cheveux blancs, au son d’un Youtube crachotant sur des hauts parleurs indignes d’un gril pain.

Si elle continue, je vais détester ce titre et ne plus jamais écouter Weltschmerz. Mais je ne lui en veux pas. Trente ans après, j’aime ma femme plus encore que lorsqu’elle écoutait en boucle ‘A Gentleman’s Excuse Me’ sur mon lecteur de K7.

De quel manière j’écoute de la musique

J’écoute beaucoup de musique. Je dis bien écouter et non entendre, car dès qu’il y a de la musique, quelle qu’elle soit, mon cerveau ne peut s’empêcher d’écouter. La musique est présente tout au long de ma journée, de différentes manières, sous différentes formes.

Il y a tout d’abord la musique zapping streaming. Je ne suis pas abonné à des plateformes de streaming qui exploitent les artistes. Apple Music, Deezer, Spotify, non merci. Le streaming c’est pour moi une poignée de secondes sur Youtube, Haulix ou Bandcamp pour juger de la pertinence de tel ou tel groupe ou album. Du travail en vérité. Car les promotions arrivent, venant de tous les horizons musicaux et il faut faire le tri entre le grain et l’ivraie avant de télécharger le matériel proposé.

Toujours en streaming, vient la musique découverte, lorsqu’un confrère recommande chaudement un disque. Le plus souvent ce sont plusieurs minutes consacrées à l’écoute attentive de quelques titres encore une fois sur YouTube ou Bandcamp.

Le streaming prend fin ici car je n’aime pas le streaming. Arrive la musique en boite de conserve. Je veux parler de mp3 promotionnel stocké dans mon smartphone afin de faire des choix pour la prochaine chronique. Un zapping plus approfondi, casque sur les oreilles pour ne pas rendre fous mes proches voisins.

Vient la musique chronique, celle que je vais écouter en boucle des heures durant. Elle commence souvent en boite de conserve, dans les transports, en ville et pendant ma pause déjeuner au travail. Elle se poursuit avec un ouvre boite, partant de l’ordinateur, elle se dépixellise dans le DAC, s’amplifie dans le Marantz et explose dans les Triangles. Elle se poursuit souvent en immersion dans le casque pour une exploration approfondie.

Il y a la musique atmosphère, celle qui m’accompagne pendant la lecture, le ménage, la cuisine, le développement de photos, la rédaction finale d’une chronique ou d’un billet de blog, une musique facile et connue qui donne un rythme à mon travail sans trop solliciter mon oreille.

Vient la meilleure musique, la plus rare aussi, la musique plaisir, celle que je m’offre souvent les dimanches pluvieux ou les jours de canicule. Cette musique se joue exclusivement sur chaîne hi-fi, à partir d’un CD ou bien d’un vinyle. Le plus souvent il s’agit d’un disque de la discothèque idéale ou des dernières acquisitions. Une écoute religieuse, assis dans le canapé avec le livret ou debout en mode air guitar selon l’humeur.

Il y a également la musique vivante, celle qui se fait de plus en plus rare. Une musique exigeante puisqu’elle demande ne nombreux kilomètres de voiture et souvent une nuit courte suivie de sa punition céphalée. Les concerts au son incertain, à la performance aléatoire et qui donnent un autre éclairage sur la version propre que propose celle de l’album studio. Parfois ce sont des concerts curiosité, parfois des concerts travail et plus rarement des concerts plaisir encore qu’il arrive qu’un live couvre les trois domaines en une soirée.

La musique jouée dans les pièces de la maison sollicite également beaucoup mes oreilles, le piano quart de queue qui s’entend jusque dans le jardin, le piano numérique dont seul le martèlement des touches résonne dans les couloirs, le violoncelle qui habille de ses basses vibrantes le plancher de l’étage.

Il ne faut pas oublier la musique pollution, celle du voisin, celle de l’attente téléphonique, celle de l’ascenseur, celle du restaurant, celle des voitures passant devant la maison fenêtres ouvertes. Cette musique là est insupportable mais je n’arrive pas à l’en extraire.

Enfin, plus rare, il y a la musique voiture, celle que j’écoute sur de longs trajets. La radio avec France-Musique si la programmation me plaît, sinon une fréquence au hasard, et quand il n’y a rien, je branche le smartphone pour m’accompagner sur la route.

En écrivant ces mots j’écoute une musique zapping devenue plaisir et atmosphère, un album écouté et réécouté, chroniqué, devenu un classique de la discothèque idéale, Satur9 & Indigo de My Arrival. Comme quoi la musique peut avoir plusieurs destins.

Musique !

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Vous voulez savoir ce qu’un chroniqueur de rock progressif achète comme disques ? Oui parce que ce n’est pas parce que je reçois des promotions à pelle, que je n’achète pas d’albums. Car je ne reçois pas tout en promotion et certains albums reçus sont tellement bons qu’il me les faut les CD ou vinyle. Je vais vous dévoiler la liste des albums que j’ai commandés et qui devraient arriver d’ici la fin de l’année et pourquoi.

En août je devrais recevoir le nouvel album de Marc Atkinson Black & White. Il s’agit d’un double album comprenant des compositions de Marc et des reprises de rock. Ce n’est pas le genre d’album que j’écoute tous les matins, car même si j’aime bien la guitare acoustique et le chant, ce que j’écoute habituellement contient nettement plus d’instruments. Mais voilà, j’aime beaucoup la voix de Marc et je trouve que cet artiste mérite d’être encouragé dans son travail, d’autant qu’il nous a offert beaucoup de réconfort pendant le confinement avec ses concerts du mardi soir.

J’attends également le second album de Kyros, Celexa Dreams. J’avoue que je ne sais pas vraiment à quoi m’attendre de leur part. Je n’avais pas vraiment aimé leur premier effort lorsqu’ils s’appelaient encore Synaesthesia, mais Vox Humana, sous leur nouveau nom, m’avait littéralement scotché et je l’aime toujours autant. Alors suspense, on verra. Je devrais bientôt écouter le CD et en octobre je recevrai le vinyle.

J’ai acheté aussi le nouvel album du duo allemand Osta Love dont j’avais beaucoup aimé le premier album. J’écoute déjà la version ALAC sur ma chaîne et le CD ne devrait plus tarder maintenant.

Melanie et Martin, deux artistes allemands, comme Marc Atkinson, enregistrent des albums de reprises et parcourent leur pays pour donner des concerts acoustiques forts sympathiques. J’adore ce couple et leurs diverses participations à Seven Steps To The Green Door, Flaming Row, Frequency Drift… De même que j’adore leurs concerts intimistes, alors évidement, j’ai commandé leur prochain album Through The Décades qui devrait arriver début septembre.

Le même mois, la panthère rose de Pain Of Salvation arrivera à la maison en vinyle. Pain of Salvation est un incontournable de ma discothèque et cet album, même s’il risque d’en dérouter plus d’un, m’a bien emballé.

Autre incontournable, c’est Tim Bowness et son Late Night Laments que l’on vient de recevoir à la rédaction. J’adore me vautrer dans sa mélancolie progressive, mais avant qu’il n’arrive en CD, je le connaîtrai déjà par coeur.

Toujours en septembre, il y aura Archive avec Sessions en vinyle également. J’ai écouté deux extraits qui m’ont immédiatement convaincu, pourvu que tout l’album soit du même tonneau car des fois le côté électro de Archive me hérisse un peu les poils.

En octobre il y aura du lourd. Tout d’abord l’album de Out5ide écouté et chroniqué depuis longtemps et qui aura enfin sa sortie physique si tout va bien. Out5ide est un groupe de rock progressif alsacien, et c’est important de soutenir la scène locale, d’autant qu’en live, leur musique dépote pas mal.

Le lourd du lourd, c’est bien évidemment le nouvel album de Ayreon dont j’ai commandé, comme il se doit, l’édition vinyle. Comment résister à un album Ayreon ? Impossible en fait même si ce n’est pas tous les matins au réveil que je pose une galette de Arjen sur la platine.

A moins que le lourd du lourd que ce soit le dernier album de la carrière de Fish ? Allez savoir…

Une Anneke caniculaire

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Anneke van Giersbergen

Le thermomètre affiche 27 degrés centigrades dans le salon. Vautré sur le canapé vert bouteille, je patiente jusqu’au coucher du soleil, lorsque le mercure descendra sous le seuil raisonnablement tolérable des trente degrés. La platine joue l’intégrale des albums d’Anneke pendant que je lis Infinités de Vandana Singh.

Nous subissons la seconde vague de canicule de l’été. Cette fois elle devrait durer au moins dix jours, dix jours à plus de trente degrés centigrades, enfermés derrière des volets clos, déshydraté malgré toute l’eau bue, comateux, dormant en pointillés, allongé sur le parquet inconfortable du rez-de-chaussée.

Je viens d’un pays où 25 degrés semblaient une chaleur insupportable et où après deux journées de soleil, la pluie, le vent et les nuages revenaient en force.

Cet hiver, les minimales sont à peine descendues sous la barre du zéro. Pas de neige, pas de lac gelé, pas de bise glacée du nord-est. J’ai à peine allumé le chauffage et les végétaux n’auront eu qu’une trop courte dormance pour résister cette année.

Les conséquences du réchauffement climatique sont déjà perceptibles et cela ne fait que commencer à moins que ce ne soit qu’un épi phénomène et que mère nature va bientôt tout remettre en ordre. Un RAZ comme dans la nouvelle « Ecoute ! » dit l’oiseau-tipi.

Je pourrais creuser une piscine et plonger dedans pour aggraver la pénurie en eau. Je pourrais installer une climatisation et vivre à 20 degrés afin d’augmenter le réchauffement climatique. Je pourrais partir découvrir la banquise et les derniers ours polaires histoire de me rafraîchir les idées, ramener de belles images et augmenter la concentration en CO2 dans l’atmosphère au passage.

Mais non, je suis sur mon canapé vert anglais, tournant les pages de Infinités en écoutant Symphonized, me demandant quand est-ce que la température commencera à baisser, rêvant de retourner vivre en Bretagne alors que mon épouse pense à Aix en Provence.

L’usage de ventilateurs est déconseillé pour éviter de faire circuler le virus. Le port du masque est devenu obligatoire dans les espaces publics, bientôt ils vont nous annoncer que l’eau du réseau peut transmettre la maladie et qu’il faut éviter les douches et boire l’eau du robinet. 

Pour ce qui est du ventilateur, de toute façon, le son des palles brassant l’air poisseux gâcherait la délicieuse voix d’Anneke sublimée dans Let the Light In, son dernier live symphonique, hélas uniquement disponible pour l’instant qu’en digital. Alors pas de ventilo, quitte à mourir de chaud, la musique est plus importante que la souffrance.

Le soleil va tourner au sud-ouest, m’obligeant à fermer les derniers volets encore ouverts. Je ne pourrais plus lire faute de lumière mais il me reste Vuur, Verloren Verleden et Drive à écouter. Et puis l’obscurité convient parfaitement à mon mal de tête, car le manque de sommeil conjugué à la chaleur et la déshydratation sont un terreau favorable à mes épouvantables migraines hebdomadaires.

Ce soir, lorsque le soleil se couchera, que la température plongera sous les trente degrés, lorsque j’aurai écouté tous les albums d’Anneke, ceux d’Ayreon et de The Gathering compris, j’abandonnerai ma lecture pour aller écouter le live de PI au jardin des deux rives, eux aussi jouent du métal progressif mais sans chanteuse.

Y’a plus de saisons

Y’a plus de saison mon bon monsieur ! J’en sais un bout, j’bosse pour la météo… 

Fish, qui n’est pas né de la dernière pluie s’est fait virer, faut dire, il buvait comme si c’était la canicule. 

C’est un petit jeune, un peu minet qui a pris sa place et il va en baver le garçon, car les premiers concerts c’est la douche froide. Le public réclame de l’écossais trente ans d’age.

Avec Season’s End prend fin le printemps de Marillion, le groupe doit se reconstruire avec un nouveau chanteur. Steve chante mais ne sait pas écrire, il va falloir trouver un parolier ou faire du yaourt.

Season’s End reste dans la lignée de Clutching at Straws en plus léger toutefois. La fabuleuse guitare de Rothery prend son essor dans de magnifiques soli lumineux et les gimmick du néo-progressif sont très présents. En fait, Season’s End se révèle un bain de jouvence pour le groupe britannique, retrouvant une fraîcheur perdue dans la désillusion des bars et des tournées.

Il ne réussira pas, malgré un tube, à grimper dans les charts. La gloire de Marillion fut éphémère et commenceront alors les années de doute.

Season’s End possède une saveur toute particulière à mes oreilles, comme les bonbons acidulés de l’enfance. Les mauvais coucheurs qui abandonnèrent le groupe en chemin, ne comprirent sans doute pas qu’il s’agissait d’une nouvelle saison pour Marillion et que le nouveau né, encore maladroit, nous livrerait plus tard de purs chef-d’œuvres.

J’aurais dû m’en douter

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Mais quelle idée ai-je eu de poster la vidéo de Steven Wilson sur un groupe Facebook parlant de Prog ? Un mec s’est aussitôt énervé, avant même d’avoir eu le temps d’écouter les neuf minutes jusqu’au bout.

Pour tout vous dire, je ne grimpe pas au rideau moi non plus en écoutant le morceau ‘Personal Shopper’, d’ailleurs je suis loin de vouer un culte à cet artiste. Mais il lui faut reconnaître tout de même un certain génie tout de même, déjà, il vend des disques, lui.

Alors j’ai répondu au gars qu’il fallait cesser d’être prog intégriste, que pour moi Wilson était un génie. Et là c’est parti en coquille comme d’habitude.

Pourquoi les artistes qui réussissent, surtout dans le microcosme qu’est le rock progressif, seraient-ils forcément des escrocs, des plagieurs, des profiteurs, des vendus, des mecs sans inspiration, juste capable de faire du business.

Je suis content lorsque à un concert, la salle est pleine, les musiciens sont bons, les éclairages spectaculaires, le son de qualité et l’âge moyen du public inférieur à cinquante ans.

J’en ai un peu mare des sous-sols crasseux où traînent une cinquantaine d’incontinents septuagénaires nostalgiques qui espèrent entendre à nouveau du Magma, du Yes ou du Genesis des années soixante-dix. Ces vieux grincheux ont été jeunes, s’en souviennent-ils ? La musque est vivante, elle évolue, même dans le rock progressif trop longtemps sclérosé.

Si vous voulez jouer du canterbury écouté par deux-cent personnes, grand bien vous fasse, faites vous plaisir et laissez ceux qui désirent vivre de leur musique essayer de toucher un plus large auditoire. On dirait que dans le rock progressif, gagner sa vie en jouant de la musique, est presque devenu quelque chose de vulgaire.

Dans le monde du rock progressif, existe ce pseudo élitisme musical épouvantable qui bannit le 4/4 de la partition, exige des pistes de plus de dix minutes, des changements de tempo toutes les quatre secondes et des musiciens sortis du conservatoire. Mais qui écoute ça aujourd’hui ?

Le plus drôle dans l’histoire, c’est que en postant cette vidéo sur Facebook, mon post a fait un buzz, plein de personnes l’ont regardée, ont posté leurs états d’âme en commentaires, et par conséquent fait un grosse pub au prochain album de Steven Wilson. Alors merci à eux de soutenir, à leur manière, la création musicale.

Le chien

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Nous vivons dans une maison de fou.

Au rez-de-chaussée, lorsque le piano ne résonne pas, la Hi-Fi prend la relève et si ce n’est pas la Hi-Fi, c’est le home cinéma. La machine à laver le linge, même en plein essorage, peine à couvrir le vacarme.

A l’étage la mini chaîne rivalise de puissance avec le piano numérique et le violoncelle.

Pour contrer ces nuisances sonores, notre fils aîné met un casque sur ses oreilles pour discuter avec ses amis. Ses éclats de rires et hurlements lorsqu’il joue en ligne couvrent parfois les notes du violoncelle.

Le petit dernier, qui n’aime pas la musique, son frère et ses parents, lorsqu’il n’en peut plus de cet enfer sonore, se défoule sur son sac de frappe, faisant vibrer les poutres de la vénérable habitation.

A droite vous entendez le zonzon des cordes frottées, à gauche la rythmique de la boxe et au milieu des hurlements de ténor.

Pour répondre à cela, le chat miaule d’une pièce à l’autre, grattant les portes si besoin est, afin de trouver un peu de réconfort dans une chambre calme et chaude.

Car en bas la chaîne passe du death metal au psychédélique en quelques secondes, se stabilisant une minute sur du krautrock et repartant de plus belle sur du punk.

La machine essore à mille-deux-cent tours minutes et se déplace en vibrant dans l’entrée. La cocotte minute siffle toute sa vapeur accumulée dans la cuisine, le bus de 19h fait trembler les poutres de la maison avant que les cloches du temple ne se mettent à carillonner et que le chien des voisins ne se lance soudain dans une série de hurlements démoniaques.

Alors furieux du dérangement, j’ouvre la fenêtre, le heavy rock jaillit hors de la maison comme une explosion de haine et je hurle au roquet de la fermer.

C’est vrai quoi, j’ai besoin de calme pour chroniquer.

Le boss a décidé

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Le boss a décidé que le webzine ne chroniquerait plus que des promotions… Il fait chier le boss… Pourquoi se limiter aux promotions que nous recevons ? Il y a tellement de groupes géniaux dont nous ne recevons pas la musique, pourquoi ne pas parler d’eux, hein ? Sans parler des artistes en devenir, qui ont besoin de lumière pour se faire connaître, pourquoi les passer sous silence ?

Il fait vraiment chier le boss, d’autant que je le connais bien, c’est moi le boss.

Mais pourquoi le boss a-t-il pris cette décision stupide au fait, alors que les autres membres de l’équipe n’étaient pas vraiment favorables à l’idée ? Pour la petite histoire, il voulait chroniquer le dernier album d’Opeth, sauf qu’à l’époque, le label du groupe ne faisait pas de promotion vers le webzine. Il avait bien le disque à la maison, mais quelque part, ça l’énervait de passer encore une fois au tiroir caisse (il est de plus en plus radin le boss) pour faire la pub d’un groupe qui n’en a pas vraiment besoin. Il a quand même contacté le label, mais celui-ci a fait le mort. Même chose pour le nouveau Pendragon, sauf que là y a pas de label derrière et Nick s’est abstenu de répondre. Faut dire que Nick a une dent contre le boss, après que celui-ci ait mis en boite un de ses lives. Bref.

Le boss nous a expliqué son point de vue tordu : pourquoi mettre en avant un groupe qui ne fait pas l’effort de proposer sa musique aux médias alors que plein d’autres se cassent le cul à envoyer leur musique pour ne pas forcément être ensuite chroniqué ? N’y a t-il pas quelque part une injustice ? On chronique des albums achetés et on passe sous silence ceux que l’on nous offre. C’est ça l’idée du boss, remettre un peu de justice dans le système.

Alors quand un artiste ne fait pas sa promotion vers les médias, ne possède pas de label, de boite de promotion, comment le mettre en valeur, avons-nous demandé au boss ? Demandez-leur une promotion, tout simplement, s’ils ne répondent pas, c’est qu’ils s’en foutent, qu’ils ne nous font pas confiance ou que sais-je encore.

Le boss regrette déjà sa décision, mais comme il est buté, il ne plie pas. Pénible ce boss. Il est le premier puni, car tous les trucs qu’il voudrait chroniquer, qu’il a acheté en vinyle ou CD, il est obligé d’en demander la promotion aux artistes avant de pouvoir en écrire la chronique, histoire de rester logique avec lui-même, c’est dire s’il est con. Il a même renoncé à un nouveau chroniqueur qui lui offrait sur un plateau la chronique du dernier Pendragon, en lui expliquant que le webzine ne fonctionnait pas ainsi.

Alors si vous ne voyez pas la chronique de votre groupe préféré dans ces colonnes, c’est certainement à cause du boss et de ses idées à la noix.

Le fan

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Quoi de plus épouvantable qu’un fan. 

Vous avez écouté le dernier Lazuli ? 

Non parce qu’un fan est une personne qui manque totalement d’objectivité quand on parle de son groupe préféré. 

C’est un concept album. 

J’ai été autrefois un fan de Marillion, achetant tout, m’inscrivant à leur fan club, portant leurs couleurs. 

Ils passeront à trois reprises dans la région, Prateln, Pagney-derrière-Barine, Karlsruhe ! 

Le fan est incapable de discernement. Tout ce qui vient de ses idoles est forcément magnifique. 

En plus les gars sont super sympas, drôle, abordables. 

Le fan peut rester des heures sous la pluie à attendre pour une signature sur un bout de papier, c’est affligeant…

Domi c’est le poète de l’équipe, le troubadour à l’accent du soleil. 

Le fan ne supporte pas que l’on critique ses dieux vivants et il leur voue un culte même bien après leur mort. 

Le livret est magnifique et en plus c’est leur premier vinyle, trop beau ! 

Le fan est capable de suivre son groupe sur une tournée, je vous jure, j’ai rencontré un brésilien venu en Europe pour suivre Marillion partout, même que Hogarth était venu le saluer alors que nous attendions l’ouverture de la salle. Pathétique, comme j’étais jaloux ! 

Lazuli est un des rares groupes de prog à chanter en français et ne me dites pas que c’est parce qu’ils étaient nuls au lycée en langues, c’est juste que la poésie s’accorde mieux à nos sonorités latines, voilà. 

Le pire chez un fan c’est cette manie qu’il a d’adopter la façon de penser, la mode vestimentaire de ses artistes fétiches. 

J’ai tous leurs albums, live compris et leur dernier album, je l’ai même en deux éditions: CD et vinyle. 

Souvent le fan se fait plaquer, car son amour se déplace de sa famille vers ses idoles. 

Sur scène ils sont justes fabuleux, avec leur look, leurs dreadlocks et lorsqu’il présentent leurs chansons, ils ne manquent jamais d’égratigner les intolérants. J’adore. 

Mais il arrive que le fan bascule, du côté obscur (vous avez vu le film avec De Niro ?). Il suffit qu’un jour l’artiste soit fatigué, ce n’est qu’un homme après tout, “Non c’est un dieu”, “Oui d’accord, d’accord un dieu fatigué donc”, qui ignore ou envoie paître le fanatique, sans penser à mal, juste par lassitude, et c’est le drame. 

La pochette de l’album est belle, le livret magnifique. Mais vous ne trouvez pas qu’il lui manque un truc ? Des petits gribouillis quelque part ? Comme des dédicaces ? Hein ? Hein ! 

Un fan peu se ruiner pour ses idoles, acheter des habits qu’ils ont porté, des papiers qu’ils ont gribouillé, des photographies rares, des éditions limitées signées. 

Moi, moi, j’ai traversé la France pour les écouter, moi. J’ai passé des heures à transcrire une interview avec eux, oui oui, j’ai parlé avec eux nananère et pas vous, si ? Ha, vous aussi ? Des heures à franciser leurs expressions sudistes, à comprendre ce que disait Romain alors que Gédéric déconnait près du micro. 

Le fan frustré peu devenir dangereux, transformant son amour en haine implacable. Toute l’énergie qu’il consacrait à son culte peut soudain être canaliser dans un seul but, la destruction du mythe.

J’adore leur dernier album, mais entendons-nous bien. Je ne suis pas un fan. Un chroniqueur ne peut pas être un fan, c’est incompatible. Et puis il y a longtemps que je ne suis plus fan. Mais là j’ai un vinyle avec un grand livret et plein d’espace où Vincent, Romain, Dominique, Gédéric et Claude pourraient apposer leur signature avec un petit mot du genre « pour Jean-Christophe, notre plus grand fan », alors je vais aller à tous leurs concerts en France et faire le pied de grue, devant leur bus, les suivant aux toilettes s’il le faut, jusqu’à ce qu’ils me signent cette bouteille jetée à la mer que j’ai trouvée sur le bord de la plage.

Merde. Je suis redevenu un fan.