De quel manière j’écoute de la musique

J’écoute beaucoup de musique. Je dis bien écouter et non entendre, car dès qu’il y a de la musique, quelle qu’elle soit, mon cerveau ne peut s’empêcher d’écouter. La musique est présente tout au long de ma journée, de différentes manières, sous différentes formes.

Il y a tout d’abord la musique zapping streaming. Je ne suis pas abonné à des plateformes de streaming qui exploitent les artistes. Apple Music, Deezer, Spotify, non merci. Le streaming c’est pour moi une poignée de secondes sur Youtube, Haulix ou Bandcamp pour juger de la pertinence de tel ou tel groupe ou album. Du travail en vérité. Car les promotions arrivent, venant de tous les horizons musicaux et il faut faire le tri entre le grain et l’ivraie avant de télécharger le matériel proposé.

Toujours en streaming, vient la musique découverte, lorsqu’un confrère recommande chaudement un disque. Le plus souvent ce sont plusieurs minutes consacrées à l’écoute attentive de quelques titres encore une fois sur YouTube ou Bandcamp.

Le streaming prend fin ici car je n’aime pas le streaming. Arrive la musique en boite de conserve. Je veux parler de mp3 promotionnel stocké dans mon smartphone afin de faire des choix pour la prochaine chronique. Un zapping plus approfondi, casque sur les oreilles pour ne pas rendre fous mes proches voisins.

Vient la musique chronique, celle que je vais écouter en boucle des heures durant. Elle commence souvent en boite de conserve, dans les transports, en ville et pendant ma pause déjeuner au travail. Elle se poursuit avec un ouvre boite, partant de l’ordinateur, elle se dépixellise dans le DAC, s’amplifie dans le Marantz et explose dans les Triangles. Elle se poursuit souvent en immersion dans le casque pour une exploration approfondie.

Il y a la musique atmosphère, celle qui m’accompagne pendant la lecture, le ménage, la cuisine, le développement de photos, la rédaction finale d’une chronique ou d’un billet de blog, une musique facile et connue qui donne un rythme à mon travail sans trop solliciter mon oreille.

Vient la meilleure musique, la plus rare aussi, la musique plaisir, celle que je m’offre souvent les dimanches pluvieux ou les jours de canicule. Cette musique se joue exclusivement sur chaîne hi-fi, à partir d’un CD ou bien d’un vinyle. Le plus souvent il s’agit d’un disque de la discothèque idéale ou des dernières acquisitions. Une écoute religieuse, assis dans le canapé avec le livret ou debout en mode air guitar selon l’humeur.

Il y a également la musique vivante, celle qui se fait de plus en plus rare. Une musique exigeante puisqu’elle demande ne nombreux kilomètres de voiture et souvent une nuit courte suivie de sa punition céphalée. Les concerts au son incertain, à la performance aléatoire et qui donnent un autre éclairage sur la version propre que propose celle de l’album studio. Parfois ce sont des concerts curiosité, parfois des concerts travail et plus rarement des concerts plaisir encore qu’il arrive qu’un live couvre les trois domaines en une soirée.

La musique jouée dans les pièces de la maison sollicite également beaucoup mes oreilles, le piano quart de queue qui s’entend jusque dans le jardin, le piano numérique dont seul le martèlement des touches résonne dans les couloirs, le violoncelle qui habille de ses basses vibrantes le plancher de l’étage.

Il ne faut pas oublier la musique pollution, celle du voisin, celle de l’attente téléphonique, celle de l’ascenseur, celle du restaurant, celle des voitures passant devant la maison fenêtres ouvertes. Cette musique là est insupportable mais je n’arrive pas à l’en extraire.

Enfin, plus rare, il y a la musique voiture, celle que j’écoute sur de longs trajets. La radio avec France-Musique si la programmation me plaît, sinon une fréquence au hasard, et quand il n’y a rien, je branche le smartphone pour m’accompagner sur la route.

En écrivant ces mots j’écoute une musique zapping devenue plaisir et atmosphère, un album écouté et réécouté, chroniqué, devenu un classique de la discothèque idéale, Satur9 & Indigo de My Arrival. Comme quoi la musique peut avoir plusieurs destins.

Musique !

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Vous voulez savoir ce qu’un chroniqueur de rock progressif achète comme disques ? Oui parce que ce n’est pas parce que je reçois des promotions à pelle, que je n’achète pas d’albums. Car je ne reçois pas tout en promotion et certains albums reçus sont tellement bons qu’il me les faut les CD ou vinyle. Je vais vous dévoiler la liste des albums que j’ai commandés et qui devraient arriver d’ici la fin de l’année et pourquoi.

En août je devrais recevoir le nouvel album de Marc Atkinson Black & White. Il s’agit d’un double album comprenant des compositions de Marc et des reprises de rock. Ce n’est pas le genre d’album que j’écoute tous les matins, car même si j’aime bien la guitare acoustique et le chant, ce que j’écoute habituellement contient nettement plus d’instruments. Mais voilà, j’aime beaucoup la voix de Marc et je trouve que cet artiste mérite d’être encouragé dans son travail, d’autant qu’il nous a offert beaucoup de réconfort pendant le confinement avec ses concerts du mardi soir.

J’attends également le second album de Kyros, Celexa Dreams. J’avoue que je ne sais pas vraiment à quoi m’attendre de leur part. Je n’avais pas vraiment aimé leur premier effort lorsqu’ils s’appelaient encore Synaesthesia, mais Vox Humana, sous leur nouveau nom, m’avait littéralement scotché et je l’aime toujours autant. Alors suspense, on verra. Je devrais bientôt écouter le CD et en octobre je recevrai le vinyle.

J’ai acheté aussi le nouvel album du duo allemand Osta Love dont j’avais beaucoup aimé le premier album. J’écoute déjà la version ALAC sur ma chaîne et le CD ne devrait plus tarder maintenant.

Melanie et Martin, deux artistes allemands, comme Marc Atkinson, enregistrent des albums de reprises et parcourent leur pays pour donner des concerts acoustiques forts sympathiques. J’adore ce couple et leurs diverses participations à Seven Steps To The Green Door, Flaming Row, Frequency Drift… De même que j’adore leurs concerts intimistes, alors évidement, j’ai commandé leur prochain album Through The Décades qui devrait arriver début septembre.

Le même mois, la panthère rose de Pain Of Salvation arrivera à la maison en vinyle. Pain of Salvation est un incontournable de ma discothèque et cet album, même s’il risque d’en dérouter plus d’un, m’a bien emballé.

Autre incontournable, c’est Tim Bowness et son Late Night Laments que l’on vient de recevoir à la rédaction. J’adore me vautrer dans sa mélancolie progressive, mais avant qu’il n’arrive en CD, je le connaîtrai déjà par coeur.

Toujours en septembre, il y aura Archive avec Sessions en vinyle également. J’ai écouté deux extraits qui m’ont immédiatement convaincu, pourvu que tout l’album soit du même tonneau car des fois le côté électro de Archive me hérisse un peu les poils.

En octobre il y aura du lourd. Tout d’abord l’album de Out5ide écouté et chroniqué depuis longtemps et qui aura enfin sa sortie physique si tout va bien. Out5ide est un groupe de rock progressif alsacien, et c’est important de soutenir la scène locale, d’autant qu’en live, leur musique dépote pas mal.

Le lourd du lourd, c’est bien évidemment le nouvel album de Ayreon dont j’ai commandé, comme il se doit, l’édition vinyle. Comment résister à un album Ayreon ? Impossible en fait même si ce n’est pas tous les matins au réveil que je pose une galette de Arjen sur la platine.

A moins que le lourd du lourd que ce soit le dernier album de la carrière de Fish ? Allez savoir…

Une Anneke caniculaire

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Anneke van Giersbergen

Le thermomètre affiche 27 degrés centigrades dans le salon. Vautré sur le canapé vert bouteille, je patiente jusqu’au coucher du soleil, lorsque le mercure descendra sous le seuil raisonnablement tolérable des trente degrés. La platine joue l’intégrale des albums d’Anneke pendant que je lis Infinités de Vandana Singh.

Nous subissons la seconde vague de canicule de l’été. Cette fois elle devrait durer au moins dix jours, dix jours à plus de trente degrés centigrades, enfermés derrière des volets clos, déshydraté malgré toute l’eau bue, comateux, dormant en pointillés, allongé sur le parquet inconfortable du rez-de-chaussée.

Je viens d’un pays où 25 degrés semblaient une chaleur insupportable et où après deux journées de soleil, la pluie, le vent et les nuages revenaient en force.

Cet hiver, les minimales sont à peine descendues sous la barre du zéro. Pas de neige, pas de lac gelé, pas de bise glacée du nord-est. J’ai à peine allumé le chauffage et les végétaux n’auront eu qu’une trop courte dormance pour résister cette année.

Les conséquences du réchauffement climatique sont déjà perceptibles et cela ne fait que commencer à moins que ce ne soit qu’un épi phénomène et que mère nature va bientôt tout remettre en ordre. Un RAZ comme dans la nouvelle « Ecoute ! » dit l’oiseau-tipi.

Je pourrais creuser une piscine et plonger dedans pour aggraver la pénurie en eau. Je pourrais installer une climatisation et vivre à 20 degrés afin d’augmenter le réchauffement climatique. Je pourrais partir découvrir la banquise et les derniers ours polaires histoire de me rafraîchir les idées, ramener de belles images et augmenter la concentration en CO2 dans l’atmosphère au passage.

Mais non, je suis sur mon canapé vert anglais, tournant les pages de Infinités en écoutant Symphonized, me demandant quand est-ce que la température commencera à baisser, rêvant de retourner vivre en Bretagne alors que mon épouse pense à Aix en Provence.

L’usage de ventilateurs est déconseillé pour éviter de faire circuler le virus. Le port du masque est devenu obligatoire dans les espaces publics, bientôt ils vont nous annoncer que l’eau du réseau peut transmettre la maladie et qu’il faut éviter les douches et boire l’eau du robinet. 

Pour ce qui est du ventilateur, de toute façon, le son des palles brassant l’air poisseux gâcherait la délicieuse voix d’Anneke sublimée dans Let the Light In, son dernier live symphonique, hélas uniquement disponible pour l’instant qu’en digital. Alors pas de ventilo, quitte à mourir de chaud, la musique est plus importante que la souffrance.

Le soleil va tourner au sud-ouest, m’obligeant à fermer les derniers volets encore ouverts. Je ne pourrais plus lire faute de lumière mais il me reste Vuur, Verloren Verleden et Drive à écouter. Et puis l’obscurité convient parfaitement à mon mal de tête, car le manque de sommeil conjugué à la chaleur et la déshydratation sont un terreau favorable à mes épouvantables migraines hebdomadaires.

Ce soir, lorsque le soleil se couchera, que la température plongera sous les trente degrés, lorsque j’aurai écouté tous les albums d’Anneke, ceux d’Ayreon et de The Gathering compris, j’abandonnerai ma lecture pour aller écouter le live de PI au jardin des deux rives, eux aussi jouent du métal progressif mais sans chanteuse.

Y’a plus de saisons

Y’a plus de saison mon bon monsieur ! J’en sais un bout, j’bosse pour la météo… 

Fish, qui n’est pas né de la dernière pluie s’est fait virer, faut dire, il buvait comme si c’était la canicule. 

C’est un petit jeune, un peu minet qui a pris sa place et il va en baver le garçon, car les premiers concerts c’est la douche froide. Le public réclame de l’écossais trente ans d’age.

Avec Season’s End prend fin le printemps de Marillion, le groupe doit se reconstruire avec un nouveau chanteur. Steve chante mais ne sait pas écrire, il va falloir trouver un parolier ou faire du yaourt.

Season’s End reste dans la lignée de Clutching at Straws en plus léger toutefois. La fabuleuse guitare de Rothery prend son essor dans de magnifiques soli lumineux et les gimmick du néo-progressif sont très présents. En fait, Season’s End se révèle un bain de jouvence pour le groupe britannique, retrouvant une fraîcheur perdue dans la désillusion des bars et des tournées.

Il ne réussira pas, malgré un tube, à grimper dans les charts. La gloire de Marillion fut éphémère et commenceront alors les années de doute.

Season’s End possède une saveur toute particulière à mes oreilles, comme les bonbons acidulés de l’enfance. Les mauvais coucheurs qui abandonnèrent le groupe en chemin, ne comprirent sans doute pas qu’il s’agissait d’une nouvelle saison pour Marillion et que le nouveau né, encore maladroit, nous livrerait plus tard de purs chef-d’œuvres.

J’aurais dû m’en douter

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Mais quelle idée ai-je eu de poster la vidéo de Steven Wilson sur un groupe Facebook parlant de Prog ? Un mec s’est aussitôt énervé, avant même d’avoir eu le temps d’écouter les neuf minutes jusqu’au bout.

Pour tout vous dire, je ne grimpe pas au rideau moi non plus en écoutant le morceau ‘Personal Shopper’, d’ailleurs je suis loin de vouer un culte à cet artiste. Mais il lui faut reconnaître tout de même un certain génie tout de même, déjà, il vend des disques, lui.

Alors j’ai répondu au gars qu’il fallait cesser d’être prog intégriste, que pour moi Wilson était un génie. Et là c’est parti en coquille comme d’habitude.

Pourquoi les artistes qui réussissent, surtout dans le microcosme qu’est le rock progressif, seraient-ils forcément des escrocs, des plagieurs, des profiteurs, des vendus, des mecs sans inspiration, juste capable de faire du business.

Je suis content lorsque à un concert, la salle est pleine, les musiciens sont bons, les éclairages spectaculaires, le son de qualité et l’âge moyen du public inférieur à cinquante ans.

J’en ai un peu mare des sous-sols crasseux où traînent une cinquantaine d’incontinents septuagénaires nostalgiques qui espèrent entendre à nouveau du Magma, du Yes ou du Genesis des années soixante-dix. Ces vieux grincheux ont été jeunes, s’en souviennent-ils ? La musque est vivante, elle évolue, même dans le rock progressif trop longtemps sclérosé.

Si vous voulez jouer du canterbury écouté par deux-cent personnes, grand bien vous fasse, faites vous plaisir et laissez ceux qui désirent vivre de leur musique essayer de toucher un plus large auditoire. On dirait que dans le rock progressif, gagner sa vie en jouant de la musique, est presque devenu quelque chose de vulgaire.

Dans le monde du rock progressif, existe ce pseudo élitisme musical épouvantable qui bannit le 4/4 de la partition, exige des pistes de plus de dix minutes, des changements de tempo toutes les quatre secondes et des musiciens sortis du conservatoire. Mais qui écoute ça aujourd’hui ?

Le plus drôle dans l’histoire, c’est que en postant cette vidéo sur Facebook, mon post a fait un buzz, plein de personnes l’ont regardée, ont posté leurs états d’âme en commentaires, et par conséquent fait un grosse pub au prochain album de Steven Wilson. Alors merci à eux de soutenir, à leur manière, la création musicale.

Le chien

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Nous vivons dans une maison de fou.

Au rez-de-chaussée, lorsque le piano ne résonne pas, la Hi-Fi prend la relève et si ce n’est pas la Hi-Fi, c’est le home cinéma. La machine à laver le linge, même en plein essorage, peine à couvrir le vacarme.

A l’étage la mini chaîne rivalise de puissance avec le piano numérique et le violoncelle.

Pour contrer ces nuisances sonores, notre fils aîné met un casque sur ses oreilles pour discuter avec ses amis. Ses éclats de rires et hurlements lorsqu’il joue en ligne couvrent parfois les notes du violoncelle.

Le petit dernier, qui n’aime pas la musique, son frère et ses parents, lorsqu’il n’en peut plus de cet enfer sonore, se défoule sur son sac de frappe, faisant vibrer les poutres de la vénérable habitation.

A droite vous entendez le zonzon des cordes frottées, à gauche la rythmique de la boxe et au milieu des hurlements de ténor.

Pour répondre à cela, le chat miaule d’une pièce à l’autre, grattant les portes si besoin est, afin de trouver un peu de réconfort dans une chambre calme et chaude.

Car en bas la chaîne passe du death metal au psychédélique en quelques secondes, se stabilisant une minute sur du krautrock et repartant de plus belle sur du punk.

La machine essore à mille-deux-cent tours minutes et se déplace en vibrant dans l’entrée. La cocotte minute siffle toute sa vapeur accumulée dans la cuisine, le bus de 19h fait trembler les poutres de la maison avant que les cloches du temple ne se mettent à carillonner et que le chien des voisins ne se lance soudain dans une série de hurlements démoniaques.

Alors furieux du dérangement, j’ouvre la fenêtre, le heavy rock jaillit hors de la maison comme une explosion de haine et je hurle au roquet de la fermer.

C’est vrai quoi, j’ai besoin de calme pour chroniquer.

Le boss a décidé

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Le boss a décidé que le webzine ne chroniquerait plus que des promotions… Il fait chier le boss… Pourquoi se limiter aux promotions que nous recevons ? Il y a tellement de groupes géniaux dont nous ne recevons pas la musique, pourquoi ne pas parler d’eux, hein ? Sans parler des artistes en devenir, qui ont besoin de lumière pour se faire connaître, pourquoi les passer sous silence ?

Il fait vraiment chier le boss, d’autant que je le connais bien, c’est moi le boss.

Mais pourquoi le boss a-t-il pris cette décision stupide au fait, alors que les autres membres de l’équipe n’étaient pas vraiment favorables à l’idée ? Pour la petite histoire, il voulait chroniquer le dernier album d’Opeth, sauf qu’à l’époque, le label du groupe ne faisait pas de promotion vers le webzine. Il avait bien le disque à la maison, mais quelque part, ça l’énervait de passer encore une fois au tiroir caisse (il est de plus en plus radin le boss) pour faire la pub d’un groupe qui n’en a pas vraiment besoin. Il a quand même contacté le label, mais celui-ci a fait le mort. Même chose pour le nouveau Pendragon, sauf que là y a pas de label derrière et Nick s’est abstenu de répondre. Faut dire que Nick a une dent contre le boss, après que celui-ci ait mis en boite un de ses lives. Bref.

Le boss nous a expliqué son point de vue tordu : pourquoi mettre en avant un groupe qui ne fait pas l’effort de proposer sa musique aux médias alors que plein d’autres se cassent le cul à envoyer leur musique pour ne pas forcément être ensuite chroniqué ? N’y a t-il pas quelque part une injustice ? On chronique des albums achetés et on passe sous silence ceux que l’on nous offre. C’est ça l’idée du boss, remettre un peu de justice dans le système.

Alors quand un artiste ne fait pas sa promotion vers les médias, ne possède pas de label, de boite de promotion, comment le mettre en valeur, avons-nous demandé au boss ? Demandez-leur une promotion, tout simplement, s’ils ne répondent pas, c’est qu’ils s’en foutent, qu’ils ne nous font pas confiance ou que sais-je encore.

Le boss regrette déjà sa décision, mais comme il est buté, il ne plie pas. Pénible ce boss. Il est le premier puni, car tous les trucs qu’il voudrait chroniquer, qu’il a acheté en vinyle ou CD, il est obligé d’en demander la promotion aux artistes avant de pouvoir en écrire la chronique, histoire de rester logique avec lui-même, c’est dire s’il est con. Il a même renoncé à un nouveau chroniqueur qui lui offrait sur un plateau la chronique du dernier Pendragon, en lui expliquant que le webzine ne fonctionnait pas ainsi.

Alors si vous ne voyez pas la chronique de votre groupe préféré dans ces colonnes, c’est certainement à cause du boss et de ses idées à la noix.

Le fan

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Quoi de plus épouvantable qu’un fan. 

Vous avez écouté le dernier Lazuli ? 

Non parce qu’un fan est une personne qui manque totalement d’objectivité quand on parle de son groupe préféré. 

C’est un concept album. 

J’ai été autrefois un fan de Marillion, achetant tout, m’inscrivant à leur fan club, portant leurs couleurs. 

Ils passeront à trois reprises dans la région, Prateln, Pagney-derrière-Barine, Karlsruhe ! 

Le fan est incapable de discernement. Tout ce qui vient de ses idoles est forcément magnifique. 

En plus les gars sont super sympas, drôle, abordables. 

Le fan peut rester des heures sous la pluie à attendre pour une signature sur un bout de papier, c’est affligeant…

Domi c’est le poète de l’équipe, le troubadour à l’accent du soleil. 

Le fan ne supporte pas que l’on critique ses dieux vivants et il leur voue un culte même bien après leur mort. 

Le livret est magnifique et en plus c’est leur premier vinyle, trop beau ! 

Le fan est capable de suivre son groupe sur une tournée, je vous jure, j’ai rencontré un brésilien venu en Europe pour suivre Marillion partout, même que Hogarth était venu le saluer alors que nous attendions l’ouverture de la salle. Pathétique, comme j’étais jaloux ! 

Lazuli est un des rares groupes de prog à chanter en français et ne me dites pas que c’est parce qu’ils étaient nuls au lycée en langues, c’est juste que la poésie s’accorde mieux à nos sonorités latines, voilà. 

Le pire chez un fan c’est cette manie qu’il a d’adopter la façon de penser, la mode vestimentaire de ses artistes fétiches. 

J’ai tous leurs albums, live compris et leur dernier album, je l’ai même en deux éditions: CD et vinyle. 

Souvent le fan se fait plaquer, car son amour se déplace de sa famille vers ses idoles. 

Sur scène ils sont justes fabuleux, avec leur look, leurs dreadlocks et lorsqu’il présentent leurs chansons, ils ne manquent jamais d’égratigner les intolérants. J’adore. 

Mais il arrive que le fan bascule, du côté obscur (vous avez vu le film avec De Niro ?). Il suffit qu’un jour l’artiste soit fatigué, ce n’est qu’un homme après tout, “Non c’est un dieu”, “Oui d’accord, d’accord un dieu fatigué donc”, qui ignore ou envoie paître le fanatique, sans penser à mal, juste par lassitude, et c’est le drame. 

La pochette de l’album est belle, le livret magnifique. Mais vous ne trouvez pas qu’il lui manque un truc ? Des petits gribouillis quelque part ? Comme des dédicaces ? Hein ? Hein ! 

Un fan peu se ruiner pour ses idoles, acheter des habits qu’ils ont porté, des papiers qu’ils ont gribouillé, des photographies rares, des éditions limitées signées. 

Moi, moi, j’ai traversé la France pour les écouter, moi. J’ai passé des heures à transcrire une interview avec eux, oui oui, j’ai parlé avec eux nananère et pas vous, si ? Ha, vous aussi ? Des heures à franciser leurs expressions sudistes, à comprendre ce que disait Romain alors que Gédéric déconnait près du micro. 

Le fan frustré peu devenir dangereux, transformant son amour en haine implacable. Toute l’énergie qu’il consacrait à son culte peut soudain être canaliser dans un seul but, la destruction du mythe.

J’adore leur dernier album, mais entendons-nous bien. Je ne suis pas un fan. Un chroniqueur ne peut pas être un fan, c’est incompatible. Et puis il y a longtemps que je ne suis plus fan. Mais là j’ai un vinyle avec un grand livret et plein d’espace où Vincent, Romain, Dominique, Gédéric et Claude pourraient apposer leur signature avec un petit mot du genre « pour Jean-Christophe, notre plus grand fan », alors je vais aller à tous leurs concerts en France et faire le pied de grue, devant leur bus, les suivant aux toilettes s’il le faut, jusqu’à ce qu’ils me signent cette bouteille jetée à la mer que j’ai trouvée sur le bord de la plage.

Merde. Je suis redevenu un fan.

Ma femme est musicienne

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J’écris ces mots pour tous les artistes que je côtoie et qui ne se rendent pas compte de ce qu’il sont réellement.

Ma femme est musicienne, elle joue de la musique. Sa vie tourne exclusivement autour de ses deux instruments, le piano et le violoncelle, les deux amours de sa vie. J’arrive en sixième position, après nos deux enfants et le chat.

Quoi de plus normal, ma femme est musicienne. Une pièce pour le piano quart de queue, une pièce pour le violoncelle, sans parler du piano numérique qui accepte de partager sa vie avec le violoncelle, gentil piano électrique…

Ma femme est musicienne et va toujours à l’école des musiciens, pour apprendre, pour rencontrer d’autres artistes, pour jouer. Elle use un professeur tous les trois ans en moyenne; un professeur de piano, un professeur de violoncelle, un professeur de musique d’ensemble. Le premier mois il est toujours formidable puis progressivement, dès la seconde année le plus souvent, il ne lui apporte plus rien, il est trop scolaire, il veut lui faire jouer des œuvres qu’elle n’aime pas. Des professeurs Kleenex.

J’ai de la chance car ma femme est musicienne. J’écoute tout plein de musique classique et elle m’apaise. Le piano et le violoncelle résonnent à toute heure dans la maison, avec en bonus la voix de l’artiste qui s’énerve toute seule, qui donne des ordres aux mains, qui peste contre la partition.

Ma femme est musicienne et a besoin d’amour, besoin qu’on la rassure sur son interprétation de Debussy, sur la transcription de ‘We Are The Champions’ de Queen pour piano et hurlements.

Ma femme est musicienne, elle passe son temps sur YouTube à écouter toutes les versions d’une oeuvre, même les pires, ça la rassure.

Ma femme est musicienne, ses humeurs sont comme la musique, certains jours wagnériennes, d’autres jours semblables à du Schumann. Allegro, adagio, pianissimo, double forte, en sol ou en fa, elle est imprévisible. Au plus fort de la tempête, soudain le vent se calme et le soleil brille quelques secondes avant l’averse de grêle.

Ma femme est musicienne, elle aime la musique d’ensemble. Mais pour la musique d’ensemble il faut être au moins deux. Et avec qui jouer, lorsque l’on consacre sa vie à la musique ? Des amateurs éclairés qui consacrent deux heures par jour minimum à leur instrument ? Soit ils n’ont pas le niveau, soit ils sont trop forts, soit il ne sont pas assez disponibles ou bien ne s’intéressent pas à la musique française du début du vingtième siècle. Ma femme aime la musique d’ensemble mais joue le plus souvent seule ou accompagne au piano des enfants en première année de violon.

Ma femme est musicienne mais n’aime pas se produire devant un public. Chaque audition est une torture, un peu pour elle, énormément pour nous, surtout durant les quinze jours qui précèdent l’exercice.

Ma femme est musicienne, elle joue avec d’autres musiciens. Des artistes fragiles, sensibles, un peu fous, qui sacrifient à leur art, travail, temps libre, richesse et famille. Tout l’opposé de mon épouse.

Ma femme est musicienne et je ne pourrais vivre sans ma musicienne.

Plein plein plein

Il y a vraiment plein plein plein d’albums dans mon iPhone. Les promotions de l’automne sont tous les ans monstrueuses mais cette année la récolte bat des records. Pour la première fois depuis longtemps, je suis obligé de ne mettre dans mon lecteur portable que les promotions dites prioritaires, n’ayant pas le temps d’écouter les autres. Encore une fois, notre équipe est trop petite pour tout absorber, d’ailleurs elle se réduit de jour en jour, mais où est la relève ?

Non content de recevoir des promotions en masse, j’achète toujours autant d’albums. Opeth, IQ, Brieg Guerveno, Damian Wilson, Big Dead. Le moins que l’on puisse dire c’est que je n’ai que l’embarras du choix, d’autant que de nombreux autres devraient arriver : Out5ide, Franck Carducci (également en promo), Bruce Soord, Leprous, The Flower Kings (bientôt la chronique), Marillion, Vanden Plas (en promo aussi) et Dreamgrave que nous conseillait Stéphane sur son blog.

La chronique du moment est pour groupe allemand CrayonPhase dont je ne vous parlerai pas étant donné que c’est une chronique et que si vous voulez en savoir plus il faudra aller la lire sur le webzine. Même chose pour les promotions, vous n’avez qu’à attendre que nous publions quelque chose pour savoir si nous avons aimé.

Par contre je peux vous parler des albums que j’ai acheté et que je ne chroniquerais probablement pas, sauf si nous les recevons en promotion. Car c’est la nouvelle idée. Pourquoi parler des grosses machines comme Opeth si leur label ne fait pas l’effort de nous envoyer une promotion. Je joue l’enfant gâté ? Oui et non. Oui car qu’est-ce que cela me coûte de chroniquer Opeth puisque je l’ai acheté, non car en faisant la promo de groupes connus sans avoir reçu de promotion, je traite de manière inégale les petits labels et artistes qui eux font encore l’effort de nous envoyer du matériel. Je ne cherche pas à faire des économies, car si j’aime, j’achète toujours l’album. C’est juste une question d’équité.

Alors ce Opeth justement ? Ben je l’ai trouvé, bof en fait, un peu comme le dernier IQ, pas aussi bien que les précédents. Par contre l’EP de Damian Wilson tourne en boucle en attendant le vinyle. Big Dead m’a surpris mais pas totalement convaincu. Et l’album de Brieg ? En fait, il ne faudrait pas que j’en parle, il n’est pas sorti, je n’ai pas eu de promotion et j’ai terriblement envie d’en écrire la chronique (si ça peut vous donner une piste). C’est ça le problème de se donner des grands principes. Ne pas chroniquer sans promotion, c’est bien, mais lorsque l’on tombe sur une merveille comment faire, demander la promotion ? Brendan, je peux considérer le mp3 du crowdfunding comme du matériel de promotion ? Dis oui, dis oui !

Je ne me suis pas tout à fait remis de Strangers de Rise dont je viens de commander le vinyle histoire de renouveler le plaisir bientôt, alors j’écoute Brieg Guerveno et Damian Wilson pour me consoler entre deux vinyles de ma collection.