Wardruna – First Flight Of The White Raven

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Un corbeau albinos aux yeux bleus prend son premier envol au royaume de Norvège. Six silhouettes armées d’étonnants instruments se détachent d’un mur de feuilles d’or où luit un arc ciel. 

Deux voix, l’une féminine, l’autre masculine, lancent d’étranges mélopées à la foule hypnotisée dans la nuit brûlante. Wardruna est rentré dans ma vie de 24 juillet 2022, en clôture du Rock Your Brain Fest, alors que j’allais rentrer me coucher après dix heures passées à courir d’une scène à l’autre. Ce sont les éclairages de la Main Stage qui m’ont retenu. Et puis la musique est arrivée, du néo folk mystique joué sur des instruments acoustiques tous plus fascinants les uns que les autres.

De retour à la maison, j’ai rendu visite à mon disquaire préféré et il l’avait, le First Flight Of The White Raven, en double vinyle 180 grammes s’il vous plaît. 

Depuis, je suis en transe.

Je croyais que mon ami Alias en avait déjà parlé, alors j’étais en confiance. Mais non, le bougre n’a pas encore chroniqué leur musique. Incroyable ! Pourtant Wardruna c’est un peu du Solstafir marié à du Arstidir sans les instruments électriques. Bruitages, guimbarde, lur, harpe, flûtes à os, violon, percussions, corne de bouc, jouhikko, tronc d’arbre, corne de chèvre et voix créent un univers sonore metal atmosphérique traditionnel totalement immersif qui siérait parfaitement à la B.O. d’un film comme celle de la série Viking en 2014.

Je me retrouve avec deux versions de Kvitravn ou First Flight Of The White Raven. Le double vinyle treize titres et celle de iTunes comportant vingt-quatre pièces dont onze morceaux enregistrés en studio et treize en live. 

J’en ai déduit que le vinyle était la version live de l’album studio. Mais laquelle présenter ? J’ai une préférence pour le live studio et un goût prononcé pour les vinyles mais je vous  parlerai un peu des deux.

Deux voix, celle grave et profonde de Einar et celle claire et médium de Lindy, des choeurs mystiques, un orage qui gronde, un corbeau qui croasse, le vent qui souffle, un violon solitaire, des percussions tribales, une flûte qui s’élève dans la nuit, leur musique va vous envelopper dans son manteau de brume et de magie.

‘Rothaust Tre Fell’, présent dans l’édition live, donne dans le folk metal avec ses voix gutturales, presque criées quand ‘Munin’, tiré de l’album studio, sonne comme une pièce médiévale. ‘Kvitravn’ nous emporte dans sa mystique quasi shamanique, un titre qui figure dans les deux versions. Enfin ‘Viseveiding’, que l’on trouve dans la version studio uniquement, sonne comme une fête campagnarde d’un autre temps, dansante et sombre à la fois.

Il faut peut-être avoir baigné dans Malicorne, Alan Stivell ou Dan ar Braz pour goûter à cette musique hors du commun. Pour ma part, j’ai été fasciné, ébloui, envoûté par Wardruna.

First Flight Of The White Raven va figurer dans ma sélection du meilleur album 2022 avec une bonne chance de décrocher la timbale.

Uchroniques

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Une uchronie est récit fictif construit à partir d’un point de départ historique. Pourquoi je vous raconte ça ? Parce que mes chroniques sont des formes d’uchronies.

Vous vous doutez bien que j’écoute beaucoup plus d’albums que je n’en chronique. Au début je résumais ces écoutes dans des Compressé qui n’ont pas eu beaucoup de succès. Alors j’ai arrêté.

Panem et circenses qu’il disait…

Je ne parle plus des albums moyens moins, des disques dont des confrères ont magnifiquement fait l’éloge, des EPs et des choses trop étranges pour intéresser un seul abonné YouTube. Il y a toutefois quelques rares entorses à cette charte de temps en temps.

Malgré cette sélection drastique, j’ai toujours un temps d’avance comme diraient certains collègues. Comprenez, j’ai plusieurs vidéos enregistrées prêtes à être mises en ligne et encore plus de scripts qui n’attendent qu’à être enregistrés. 

Pour tout vous dire, j’ai quatre vidéos en stock et six albums chroniqués à filmer. Du coup je pourrais publier à plus haute fréquence, genre deux fois par semaine. Mais je ne veux pas retomber dans le piège de la productivité du webzine Neoprog. Et puis il y a des semaines avec des baisses de forme où je suis trop à plat pour enregistrer une vidéo. J’aime bien avoir ce petit matelas de sécurité pour les vacances et les coups de pompe.

Le défaut, c’est qu’à partir du moment où la vidéo est enregistrée, elle devient une uchronie. Je m’explique : ce que j’y raconte se détache du flux temporel principal pour ne plus évoluer avec moi. Lorsque je mets en ligne la chronique, l’album que j’annonce prochainement acheter a déjà tourné en boucle pendant des heures sur ma platine, le concert prévu a été annulé, mon enthousiasme du moment est retombé, bref je suis parfois en total décalage avec ce que j’ai dit alors.

C’est pour cela que je n’annonce plus le prochain album, car plusieurs fois j’ai inversé la programmation à la dernière minute parce que le disque n’était pas arrivé à temps ou que, au contraire, je voulais rapidement faire la retape d’un nouveau coup de cœur.

Je pourrais y remédier en ré enregistrant la chronique mais voilà, je suis terriblement feignant. Il m’est arrivé de revoir le montage, de couper un passage, mais rien de plus. Je pourrais ne pas avoir de chronique en stock histoire de coller au plus près au flux temporel mais cela me stresserait trop et vous risqueriez d’être privé de votre YouTube du lundi. Donc vous devrez faire avec ces uchroniques. Certaines sautent aux yeux, d’autres sont plus subtiles.

Si vous vous ennuyez cette semaine, vous pouvez faire remonter dans les commentaires les plus flagrantes anomalies spatio-temporelles des Chroniques en Images. Ca me ferait quelques commentaires…

Arstidir – Pendull

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Par ces fortes chaleurs, il est bon de se rafraîchir, même en musique. Alors partons vers une île proche du cercle polaire pour retrouver Arstidir et leur album Pendull sorti en 2021.

J’étais tombé sur eux par hasard grâce à Anneke il y a quelques années avec le disque Verloren Verleden. Une belle collaboration qui m’avait donné envie de découvrir leurs propres compisitions. Ils écrivent et chantent du folk traditionnel islandais en anglais comme dans leur langue natale avec quelques touches électro pop dans leur deux derniers disques.

C’est lorsqu’ils sont authentiques, en islandais et en acoustique que je les préfère, lorsqu’ils reprennent acapela des chansons traditionnelles de Noël en concert.

J’étais passé à côté de la sortie de Pendull l’an passé et c’est la vidéo de ‘Þarfir’ qui m’a remis sur le droit chemin. Il faut dire que Nivalis, sorti en 2018, m’avait un peu déçu après le sublime Hvel paru en 2015.

Cette fois, ils reviennent à l’acoustique et l’islandais avec la présence d’un quatuor à cordes et d’une chanteuse, mais sans Karl James qui a quitté le navire. Pendull est un album de seulement trente-cinq minutes et neuf morceaux. 

Sorti du long ‘Þarfir’, ce sont de petites pièces de trois à quatre minutes. Pour bien situer l’album, Pendull est moins folk et moins sombre que Hvel et plus traditionnel de Nivalis.

Pendull représente l’hiver, la nature islandaise, la nuit polaire et les aurores boréales. Un album mélancolique, nostalgique, introspectif et néanmoins léger à écouter.

Le dernier titre de la face A, ‘ Endatafl’, est un peu trop symphonique à mon goût avec son violoncelle à la manière de Games Of Thrones. Il s’agit toutefois de l’exception de l’album, même si le quatuor à cordes occupe beaucoup d’espace sur les autres morceaux.

Le dernier titre de la face B, ‘Þarfir’ est certainement le plus pop et le plus long avec presque six minutes trente. La voix de Sloveig y prend également une plus grande place que dans ‘Edentafi’ et ‘Lifins Pendull’ où elle se contente de chœurs.

C’est le second titre de l’album qui a ma préférence, sans doute pour son côté très folk islandais, enfin l’image que je m’en fais en ayant écouté quelques artistes de cette île fascinante peuplée de volcans. 

Le tube de Pendull s’intitule ‘Hornsteinn’. Un titre commercial à la Aha qui pourrait faire un tabac sur les ondes si les médias se penchaient un jour sur ce trio talentueux.

Pendull trouve le juste équilibre entre tradition et modernité en ne cédant pas aux chimères du chant en anglais. Il n’a certes pas la puissance évocatrice de Hvel mais il ravira les amateurs du genre.

Hats Off Gentlemen It’s Adequate – The Confidence Trick

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Hats Off Gentlemen It’s Adequate fait partie des groupes découverts à l’époque du magazine Neoprog. 

Si je n’ai pas toujours été tendre avec Malcom Galloway et sa voix, il possède néanmoins d’indéniables qualités de pianiste et de compositeur. Et c’est justement une de ses compositions, un instrumental mi progressif, mi classique, qui m’a décidé à commander son sixième album.

Hats Off Gentlemen It’s Adequate surfe sur une vague néo-progressive symphonique avec quelques touches de musique classique, chanté, devrais-je dire parlé, avec une seule corde vocale. Un peu comme du The Tangent en moins fusion sorti du titre ‘Lava Lamprey’. 

The Confidence Trick décline treize morceaux de une à dix minutes en un peu plus d’une heure où se glissent plusieurs instrumentaux. 

Seuls trois artistes jouent sur cet album, Malcolm Gallaway, Mark Galand qui a participé également à la composition et Kathryn Thomas. Un trio mais de nombreux instruments, claviers, synthétiseurs, guitares, basse, stick Chapman, flûtes ainsi que deux voix, celles de Galloway et de Thomas. Et si la batterie est programmée, cela n’altère nullement la qualité des morceaux.

The Confidence Trick parle des erreurs de l’histoire que l’homme s’entête à les reproduire comme dans le long instrumental ‘Refuge’ où Malcolm évoque sa grand-mère pourchassée par les nazis. 

Malcolm chante sur quelques notes très resserrées dans les médiums avec un phrasé quasi parlé. C’est donc naturellement sur les titres instrumentaux que je trouve principalement mon bonheur.

Cela n’empêche pas quelques coups de cœur comme avec le magnifique ‘Another Plague’ à mi-chemin entre Pink Floyd et Fish, un de mes titres préférés de l’album. Mais c’est le symphonico progressif ‘Refuge’ à l’écriture très cinématique, qui flirte avec le contemporain dans sa partie centrale tourmentée et vers la fin que j’écoute et je réécoute sans me lasser. Le morceau fait songer à la musique du Voyage de Chihiro ainsi qu’à celle du jeu vidéo Le Docteur Layton.

J’aime également beaucoup ‘Silence Is A Statement’, ‘Cygnus’, ‘End Of Line’ et ‘Pretending To Breath’. Quant au titre album, il fait beaucoup penser à du Marillion dernière époque par ses guitares, la ligne vocale et la basse ronde. Par contre ‘Perky Pat’ aux claviers néo-électros et le ‘World War Terminus’ plus parlé que chanté ne m’ont guère emballé.

Si ‘Refuge’ tient le haut du panier, The Confidence Trick recèle d’autres pépites et se révèle un bel album dans son ensemble. Il est à découvrir sur Bandcamp.

Oceans of Slumber – Starlight and Ash

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Oceans of Slumber, c’est du metal prog américain avec du growl et du chant clair quasi gospel. Enfin ça, c’est la théorie. En pratique, leur dernière galette lève le pied sur le metal, oublie le growl et se pare de couleurs far west, reprenant même le titre cultissime ‘House Of The Rising Sun’.

Les fans seront peut-être déroutés par la démarche, surtout avec l’instrumental ‘Spring 21’ joué au piano. Mais pas moi. Pain Of Salvation est également passé par là avec l’excellent Road Salt One.

Dans Starlight and Ash, la sublime voix de Cammie Beverly – tient, vous avez remarqué, Cammie à changé de nom, elle ne s’appelait pas Gilbert il y a peu ? Si… La belle a épousé Dobber le batteur et pianiste du groupe, je suis désespéré. Bon. Je disais donc, la voix de Cammie, on l’appellera comme ça, c’est moins douloureux, donc la voix de Cammie est magnifiée sur ces onze morceaux.

Sur de nombreux titres, les guitares empruntent au registre du bluegrass et de l’americana, particulièrement dans ‘The Lighthouse’ ou ‘Salvation’. 

D’ailleurs si vous regardez le dos du digipack ou bien la page centrale du livret, vous découvrirez le groupe déguisé en cow boys. Bon d’accord, des cow boys sur une plage, mais quand même.

En parlant de plage, Starlight and Ash évoque souvent l’océan dans les paroles et les titres des morceaux comme pour ‘The Water Rising’, ‘The Lighthouse’ ou ‘The Shipbuilder’s Son’. S’agirait-il d’un concept album ? Je n’en sais rien. Les textes oscillent entre nostalgie, amertume et souvenirs et comme je n’ai pas creusé la question, je vous laisse trouver la réponse.

Entre des pièces de facture plutôt metal progressives, ‘The Water Rising’, ‘Just A Day’, et ‘The Shipbuilder’s Son’, on découvre des tonalités americana auxquelles le groupe ne nous avait pas franchement habituées jusque-là. Dommage que l’instrumental au piano ne casse pas des briques. Dobber n’a rien d’un Rachmaninov, mais la pièce sert de tremplin parfait pour le magnifique ‘Just A Day’. 

Le résultat est magnifique, mélodique à souhait, mais, car il y a un mais, Starlight And Ash manque parfois de mordant. Toutefois peut-être est-ce dû à la production. En effet, l’édition vinyle, sur une seule galette 180 grammes, possède un sublime mastering où l’équilibre entre basses, médiums et aigües comme la dynamique est parfait. Donc à choisir, prenez le vinyle.

Mes morceaux préférés sont ‘The Lighthouse’ qui amorce le virage americana, ‘Salvation’ et ‘Just A Day’ qui nous livre un incroyable rebondissement après l’évocation de rêves d’enfant de Cammie accompagnée au piano par Dobber.

Starlight and Ash n’est peut-être pas mon Ocean Of Slumber préféré au moment où je vous parle mais cela pourrait évoluer au fil des écoutes. L’avenir le dira. Quoi qu’il en soit, c’est un très bel album.

Obiat – Indian Ocean

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Le stoner, c’est un peu du rock progressif graisseux joué avec une basse, une batterie et une guitare. Alors quand le stoner se pare de trois voix, de cuivres et de flûte, doit-on le reclasser dans le rock progressif ? Je n’en sais franchement rien.

Tout ce que je sais, c’est que l’album Indian Ocean du groupe OBIAT, du prog stoner psychédélique venu de Londres, m’a clairement tapé dans l’œil. 

On parle ici de quatre artistes, cinq invités et huit morceaux dont un titre de dix minutes pour une heure de musique. Voilà pour les chiffres.

Les compositions flirtent avec le shoegaze, le post-rock, le psychédélique, le doom et le rock progressif. Une musique riche en sonorités, relativement inclassable au final, qui fait du bien aux oreilles. 

Le terreau de base reste tout de même stoner et des pièces comme ‘Ulysses’, ‘‘Eyes and Soul’, ‘Ad Meliora’ ou ‘Sea Burial’ vous le rappelleront. 

La production un peu graisseuse également hélas. La mise au premier plan de la guitare parfois très sludge nuit à la lisibilité des autres instruments. Peut mieux faire donc.

Il ne vous aura sans doute pas échappé, si vous avez observé la pochette, écouté les paroles ou simplement lu les titres des morceaux, que l’album possède un rapport avec la mer et le voyage. 

De la Grèce avec ‘Ulysses’ on se déplace jusqu’au Japon dans ‘Lightness of Existence’, deux titres diamétralement opposés, séparés par l’Océan Indien, qui ouvrent et ferment ce disque.

La présence de chant féminin en la personne de Sofia DeVille, de trombone et de saxophone aux côtés du quatuor londonien dans le magnifique ‘Nothing Above’ est assurément une des raisons de la beauté de cet album atypique comme l’audacieux mélange des genres.

Le titre fleuve ‘Beware The North Star’ avec une basse très en avant, une guitare pour une fois lisible où s’invite des sonorités cuivrées et des percussions, suit les codes du post-rock, du progressif et du psychédélique sans faillir pendant dix minutes.

Plus étonnant encore est le titre final, ‘Lightness of Existence’. Un texte déclamé en japonais sur une musique de théâtre nô post-rock cinématique.

OBIAT compte parmi mes fabuleuses découvertes de l’année. Un groupe que je vais suivre de très près, à condition qu’ils sortent un prochain album avant ma mort. En effet Indian Ocean est leur second effort en treize ans. C’est peu.

Civil War – Invaders

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Aujourd’hui, je ne vais ni faire dans l’originalité, ni dans la dentelle. Je vais vous parler de Civil War, un quintet de power metal sudédois. Désolé pour la subtilité, j’avais furieusement envie de me décrasser les oreilles et leur album Invaders est arrivé à point nommé.

Power metal, oriental, pagan, trash, heavy, Civil War coche toutes les cases. Ca poutre avec force d’arrangements et de chœurs et c’est clairement du réchauffé. 

Sauf que Civil War ne figurait pas encore dans ma discothèque et après avoir vu passé la chose sur Twitter, j’y ai jeté une oreille intéressée. J’aurai pu vous parler de l’excellent Moon Tooth ou de Ianai découverts par Alias, mais de temps en temps, il faut bien que je me démarque des suisses francophones.

Le groupe s’est construit avec des membres de Sabaton. Depuis 2017 c’est Kelly Sundown Carpenter qui officie derrière le micro. Et de leurs débuts en 2012, ne subsistent que les deux Daniel respectivement aux claviers et à la batterie ainsi que Rikard à la guitare.

Civil War, né au bord du lac Runn, a dû être marqué par la dure vie des mineurs de cuivre et le bruit des moteurs des camions Scania car on ne peut pas dire que leur metal fasse dans la dentelle. Chant crié, claviers pompiers, guitares heavy, batterie du bûcheron, chœurs à gogo, vous en prenez pour près d’une heure à fond la caisse. C’est du lourd.

Ne vous fiez donc pas à l’apparente tranquillité orientale des premières mesures de ‘Oblivion’, Civil War nous prépare un jihad power metal de derrière les fagos. 

Invaders se situe entre un péplum symphonique et un power metal  grandiloquent. Ça déborde de la marmite et ça caramélise sur la plaque de cuisson comme dans ‘Dead Man Glory’ aux accents metal folk.

Tout cela est furieusement bien réalisé, l’orchestration et les chœurs sont puissants, la voix de Kelly secoue les entrailles et les guitares heavy de Rikard et Petrus déchirent les oreilles.

Les mélanges ne font pas peur à Civil War. Djent, sympho, ils osent même les percussions sur du metal dans ‘Heart of Darkness’, un titre digne d’une comédie musicale genre les Milles et Une Nuits sans parler de l’électro dans ‘Carry On’.

Ai-je un titre préféré ? Peut-être le too-much ‘Andersonville’ qui atteint des sommets de grandiloquence avec sa débauche de claviers et guitares.

Invaders ravir les amateurs du genre. La chose est bien produite, bruyante à souhait, idéale pour dépoussiérer les enceintes.

Porcupine Tree – Closure/Continuation

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J’ai découvert Porcupine Tree avec l’album Lightbulb Sun il y a vingt-deux ans. J’ai immédiatement adopté leur univers musical novateur pour l’époque et j’ai poursuivi le voyage avec eux, d’alternatif expérimental en metal et même parfois progressif.

Ce qui ne devait être tout d’abord qu’une blague entre musiciens est devenu un groupe de référence pour de nombreuses formations contemporaines. Aujourd’hui les imitateurs de Porcupine Tree sont légions.

The Incident fut leur chant du cygne et pour moi un de leur meilleurs albums. Colin a rejoint O.r.k. et d’autres projets, Gavin est devenu le batteur officiel de The Pineapple Thief, Steven a poursuivi sa pop électro en solitaire et Richard a commis des trucs étranges et inaudibles.

Qui eut cru que Steven, Gavin et Richard se réuniraient à nouveau pour un album ? Treize ans plus tard, voici Closure/Continuation, un double vinyle sept titres et quarante-huit minutes.

Pas de doute, c’est bien du Porcupine Tree amputé d’un bassiste génial. Le son est au rendez-vous, la forme également, mais quid de l’âme de la bande à Wilson ?

Lors de la première écoute, je n’ai rien ressenti jusqu’à la face B du second vinyle, le dernier morceau ‘Chimera’s Wreck’. Non, j’exagère un peu, ‘Walk the Plank’ m’avait déjà tiré de ma torpeur juste avant. Bon, j’avoue, je faisais une sieste au casque.

Closure/Continuation donne l’impression que Porcupine Tree a recyclé du vieux matériel en virant la basse et en ajoutant des touches électroniques. Je n’entend pas ici ces grosses prises de risque que l’on trouvait sur leur précédents albums ni ces titres frisant le génie et qui ont construit la légende du groupe. C’est le son de Porcupine Tree, parfaitement maîtrisé, mais rien qui ne me fasse grimper au rideau.

L’ouverture basse/guitare/batterie de ‘Harridan’ annonce la couleur. Porcupine Tree est de retour et Porcupine Tree c’est eux. D’emblée, on reconnaît la patte des trois mousquetaires, un peu trop peut-être, comme s’ils craignaient de nous surprendre. La prod est super léchée et les sections instrumentales nombreuses sur les quatre morceaux qui dépassent les sept minutes. Il y a même un zeste expérimental dans l’avant dernier titre ‘Walk the Plank’ et quelques idées nouvelles dans ‘Chimera’s Wreck’.

Closure/Continuation s’écoute vraiment bien même s’il ne va pas changer la face du monde. Après plusieurs passages sur la platine, je trouve ‘Rats Return’ et ‘Dignity’ fort sympathiques même s’ils sont d’un grand classicisme Wilsonien.

Mike Portnoy a élu Closure/Continuation album de l’année. Le pauvre a dû bosser comme un fou et ne pas écouter grand chose depuis janvier ou alors il était tellement en manque de Porcupine Tree qu’il est complètement aveuglé. Pour ma part, je n’en attendais pas grand chose, du coup j’ai été quand même agréablement surpris.

This Winter Machine – Kites

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Il y a bien longtemps, j’avais découvert l’album The Man Who Never Was du groupe britannique This Winter Machine. Un premier effort néo-progressif d’assez belle facture qui m’avait enthousiasmé à l’époque. 

Si je me souviens bien, le groupe avait connu quelques déboires avec son label et aujourd’hui ce disque n’est pas disponible sur leur page Bandcamp, pas plus que le second album également épuisé A Tower Of Clocks. Il est cependant possible de découvrir The Man Who Never Was sur la page Bandcamp du label Progressive Gears. 

Bon, j’avoue, avec le recul, The Man Who Never Was sorti en 2017, ne me fait plus le même effet. Je le classerais dans les albums sympathiques, mais sans plus. Et c’est un peu la même chose pour leur troisième galette intitulée Kites. Toutefois j’étais curieux de voir comment avait évolué le groupe This Winter Machine en cinq années.

Kites développe dix morceaux en un peu plus de trois quarts d’heure. Des pièces de deux à sept minutes où se glissent quelques instrumentaux dont le premier titre ‘Le Jour d’Avant’, en français s’il vous plait, au piano, guitare et flûte.

On pourrait comparer This Winter Machine aux québécois de Mystery pour les morceaux les plus mélodiques comme ce ‘Pleasure & Purpose’, mais sans la délicieuse voix de Jean Pageau hélas. Celle de Al Winter, campée dans les médiums, est un peu plus basse et nasillarde. 

Le groupe joue de claviers nineties, de guitares progressives à souhait et d’une rythmique le plus souvent éloignée des carcans du neoprog sorti du bref instrumental tambour de machine à laver ‘Whirlpool’ et du ‘Kites’ très marillionesque.

Les influences de Pink Floyd et des polonais de Satellite sont palpables dans la seconde section instrumentale de ‘The Storm (Part 1)’ dominée par les claviers et les guitares électriques. 

La seule petite originalité de l’album se trouve dans la ballade folk acoustique ‘Sometimes’ ou un violon pointe le bout de son nez.

L’album reste assez tranquille, le plus souvent mélodique avec de plaisantes balades et quelques bruitages sorti des trois titres aux passages plus musclés que sont ‘The Storm’, ‘Whirlpool’ ou ‘Kites’.

Parmi mes pistes préférées il y a ‘Pleasure & Purpose’. Le titre est des plus classique avec du piano, des claviers et un solo de guitare mais lorsque Al Winter entame le refrain “Sometimes it seems like every second I forget a little more” j’ai des frissons le tout long de la colonne vertébrale. Comme quoi il me faut peu de chose pour grimper au rideau.

Kites n’est certainement pas l’album du siècle. Il ne saurait rivaliser avec un Misplaced Childhood, un Pure ou un Delusion Rain. Néanmoins, il se laisse écouter, rappelant que quelques groupes s’essayent encore au néo-prog avec bonheur. Alors si vous aimez le genre, ne vous privez pas de l’écouter, il est sur Bandcamp.

Teeshirt : Chris Luna

Photographe de concert, encore…

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Salut mes frères métallos. Je vais vous parler de photographie de concert ! Classique me direz-vous. Justement oui, concerts de musique classique.

Bon tout d’abord, comment se fait-il que je sois embarqué là dedans ? C’est une longue histoire, mais pour faire court, ma douce et tendre joue du piano et du violoncelle dans des ensembles classiques, du piano en musique de chambre, du violoncelle en orchestre. 

Le professeur de musique de chambre devait réaliser une affiche et la seule photographie dont il disposait n’était guère avenante. Alors ma chérie a vendu mes services gratuits de photographe amateur. Je ne me suis pas fait prier, bien au contraire, et j’ai ramené tout le bardas pour une séance photo studio, multiprise, rallonge, pieds, boitiers, optiques, soft box et projecteurs. J’avoue, ça a quelque peu déstabilisé le chef intimidé par l’exercice mais moi j’avais envie de me faire plaisir. J’ai réussi tant bien que mal à arracher aux musiciens un cliché un temps soit peu naturel et vu que j’étais en ville avec mon épouse, je l’ai accompagné à sa répétition d’orchestre.

Et bien évidemment, j’en ai profité pour faire quelques clichés des musiciens avec l’accord du chef. Les violonistes, flûtistes, trompettistes, violoncellistes, percussionnistes et chef ont aimé mes images et c’est ainsi que j’ai eu l’autorisation, voire l’obligation de couvrir leurs deux récitals de fin d’année.

Le premier se produisait dans l’auditorium du conservatoire, le second en plein air dans un kiosque à musique au milieu d’un parc arboré à Strasbourg.

Un concert classique, ce n’est pas un concert de rock. Les éclairages ne varient guère, les musiciens ne bougent pas, il y a beaucoup de monde sur scène et pas question de faire du bruit, de déranger les spectateurs ou de ramper sur la scène pour mieux cadrer. Il faut être invisible et silencieux. On a même pas droit à une bière fraîche pour s’humidifier le gosier.

L’immense scène du Conservatoire de Strasbourg est faiblement éclairée et les artistes sont habillés en noir. Seuls les visages, les cheveux, les mains et les instruments ressortent sous la lumière des spots immobiles. Un réglage suffit presque pour toute la soirée et c’est le grand angle qui est le plus sollicité. Il ne se passe pas grand chose sur scène et le sport consiste à varier les angles de vue, ne pas louper le soliste ou le chef plein de fougue. Dans cette grande salle j’ai évité de prendre le public car il n’y avait franchement pas grand monde, dommage car ce fut leur meilleure prestation.

Dans le parc des Contades ce fut une autre paire de manches. Le kiosque surélevé et fermé sur les trois quarts n’offre que très peu de visibilité depuis l’extérieur. A l’intérieur, trente musiciens se disputent le petit espace, il est donc difficile de naviguer sans déranger ou de photographier l’orchestre de face comme de côté. En plus, la lumière est compliquée avec la frondaison, l’ombre du toit du kiosque et un méchant contre jour. Tout ça sans flash. La répétition permet toutefois de réaliser quelques clichés dans le kiosque avant de se concentrer sur le public assis dans le parc à écouter l’orchestre. Un public d’habitués et de curieux qui assistent tout l’été à des récitals dans le parc le dimanche après-midi.

Une autre difficulté réside dans les artistes eux-mêmes. Les rockers font le show, grimaces, cornes du diable, postillons, transpiration, ça fait partie du prix du billet. Les musiciens classiques, particulièrement les amateurs, sont très concentrés sur leur instrument et partition, n’offrant pas forcément d’eux une image très avenante. Du coup il faut s’y reprendre à plusieurs reprises pour obtenir un portrait mettant en valeur le sujet. D’ailleurs, des fois c’est tout simplement impossible.

L’exercice change clairement des concerts de rock. Bon j’y allais pour accompagner ma femme, transporter le violoncelle et écouter un peu de musique. Mais j’avoue avoir pris un plaisir évident à l’exercice et je recommencerai à l’occasion, peut-être en 2023 pour leur récital annuel.