Mal bouffe

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Un chef étoilé est mort.

Cela m’aurait touché s’il avait dirigé un orchestre. Il se contentait d’inventer des recettes fabuleuses. Ceci dit, la musique ressemble beaucoup à la cuisine, il y a la grande et la petite, la bonne et la mauvaise, la mauvaise pouvant être grande et la bonne petite.

Mais pour en revenir au sujet initial, je conçois la mal bouffe comme un repas pris debout, voire en marchant, servi dans un emballage jetable dégoulinant de gras. De la nourriture insipide sucrée et salée à outrance pour lui donner un semblant de relief et masquer sa fadeur. En musique également, il existe la mal bouffe. Prenez un piéton, avançant au milieu de la circulation, un casque Beats sur les oreilles, écoutant de la soupe mp3 en streaming sur Deezer. Voila ma mal bouffe.

Alors je vous vois venir avec vos gros sabots, « c’est un moyen de s’isoler de la rue, de rester dans sa bulle », d’accord, mais est-ce vous écoutez vraiment ? Vous entendez tout au plus. Ecouter demande de l’attention, un certain confort, un son correct. Le mp3 en streaming comment dire… En fait vous ne vous en rendez même pas compte, mais c’est juste ignoble, des fréquences massacrées, échantillonnées pour passer en 4G sans coupure, du son compressé à outrance, des basses disproportionnées par rapport aux aiguës, presque du bruit en fait. Le son du casque évolue en fonction du martèlement de vos pas, déformé par l’environnement urbain, avec cette rythmique qui vous assène ses coups de boutoirs sur vos tympans fragiles.

Pire qu’un cheeseburger au fromage coulant dans son papier gras.

Vous pouvez également dîner aux chandelles, dans une auberge rustique, une cuisine traditionnelle, composée de produits du terroir, en prenant le temps de déguster chaque bouchées de votre assiette. Cela s’appelle savourer. Placez le vinyle sur la platine, allumez le pré ampli, laissez chauffer, allumez l’ampli, lancez la platine, regardez la faire quelques tours puis posez délicatement le diamant sur le sillon. Prenez alors la pochette avec vous et enfoncez-vous dans les coussins du canapé et ouvrez vos oreilles. Voilà ça c’est écouter.

« Les pseudos mélos pétés de tunes qui se la joue avec leurs vinyles qui craquent, que des snobs friqués ». Je ne fais pas l’apologie du vinyle, je pourrais mais non, ce n’est pas un débat d’audiophile que je vous propose. Oui le vinyle, la platine, l’ampli, le préamp, les enceintes c’est un budget, et non je ne suis pas pété de tunes, j’ai fait des choix. Ma voiture est pourrie, mon téléphone portable est un vieux modèle, je vais à vélo au travail, je ne fais pas de ski dans les Hautes-Alpes, je déguste la musique. Si j’écoute des vinyles, c’est pour ne pas zapper, pour prendre le temps, rester près de la platine pour changer de face, pour ne faire qu’écouter la musique.

Des fuites à Neoprog ?

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Le problème des médias, même pour un modeste webzine comme le notre, ce sont les fuites.

Nous recevons énormément de musique watermarkée (c’est à dire comportant un traçage numérique) et leur partage comporte quelques risques, surtout parce que nous utilisons une plateforme de travail collaboratif en ligne. Les interviews, les chroniques, les promotions, sont partagées sur un espace privé dans le Cloud, tenu secret et accessible via un compte unique pour chaque utilisateur. Nous n’y laissons que le minimum et la durée de vie d’un document est très brève, mais le risque de fuite existe.

Qu’une chronique soit aspirée via les tubes du net, ça ne serait pas trop grave, qu’un album non paru coule sur la toile, ce serait dramatique. Alors nous nous devons d’être extrêmement prudents. Quelques webzines ont du mettre la clef sous la porte à cause de matériel promotionnel dispersé dans l’infosphère.

Il y a une fuite à Neoprog. Je l’ai découvert ce weekend, mais depuis combien de temps cela dure-il ?

Toutes les semaines je dépose les promotions dans le Cloud et le dimanche matin je les efface. Les chroniques publiées sont détruites, de même que les interviews et les live reports. Je vérifie régulièrement les droits de chacun sur notre espace et m’assure qu’aucun compte sauvage n’apparaisse. Pourtant ça coule… Il ne s’agit pas une fuite explosive qui éclabousse tout, juste quelques gouttes insidieuses, moins d’un litre par semaine, juste assez pour détremper le placo plâtre et la laine de bois.

J’ai mis du temps à comprendre d’où cela provenait. Un ancien chroniqueur oublié, un pirate, des droits mal gérés ? En réalité, il s’agissait d’un vieux tuyau, de deux boulons mal vissés, rien de dramatique, mais cela coulait. Mais croyez moi, remplacer un vieux tuyau n’est pas si simple, il faut que le nouveau se raccorde à la canalisation, qu’il n’y est pas de fuite, qu’il soit assez long. J’ai fait de nombreux essais, j’ai du couper toute l’alimentation à trois reprises suite à des remplacements hasardeux qui ont inondé tout le réseau, je me suis déplacé deux fois pour chercher des composants plus adaptés, j’ai du resserrer quelques boulons, poser des joints, installer un tube tout neuf et maintenant il semblerait que plus rien ne coule, mais quel stress ! Toutes les heures, je scrute le montage, inquiet. Pour l’instant, tout est sec.

La question est, combien de litres se sont répandus et depuis combien de temps. Que risquons-nous et faut-il que je prévienne qui de droit ?

La fuite ne s’est pas produite dans le Cloud, mais dans les locaux de la rédaction du webzine, plus précisément dans la salle de bain. Aucun album n’a fuité, pas même une chronique, seul les locaux ont risqué l’inondation pendant quelques instants. L’eau a coulé sur le carrelage et j’en ai épongé la plus grande partie. Cela n’a duré en réalité que peu de temps, lorsque j’ai décidé de changer le vieux tuyau rigide des WC par sa version flexible, afin de poser plus facilement la plaque de placo à venir. Par chance je n’ai pas de voisin à l’étage en dessous. Nos bureaux se situent dans une maison et la salle de bain se situe au rez de chaussé. Le pire a été évité.

Y’a toujours un peintre italien

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Je ne suis pas italien, je chante faux et siffle encore plus mal. Par contre je bricole, je plâtre, je peins, je câble, je monte, je visse, je cloue, bref je refais ma foutue salle de bain.

Mais comment bosser sans musique ? J’ai toujours besoin, pour me concentrer, d’écouter des morceaux que j’aime, pour me donner courage et rythme.

Entre la salle de bain et le salon du musique, s’intercalent quatre pièces, l’entrée, la cuisine, le salon vidéo et le salon piano. Si en pratique, la salle de bain se trouve à trois mètres de mes deux enceintes Triangles, deux murs nous séparent et le son ne passe pas. Alors comment faire ? J’ai d’abord utilisé le lecteur home cinéma situé à deux pièces (le salon vidéo), mais si vous me lisez, vous devez savoir tout le mal que je pense de mon home cinéma, piètre lecteur audio, c’est surtout le pire ampli qui soit pour la musique. En plus il faut mettre le son à fond pour entendre quelque chose depuis le chantier.

Alors j’ai repris mon vieil iPod 160 Go, remplit jusqu’aux oreilles de musique, je l’ai branché sur deux horribles enceintes PC et j’ai lancé une playlist aléatoire. Le son est cracra, mais moins casserole que mon home cinéma et surtout juste à mes côtés.

Dans cet iPod, il y a tout mes artistes préférés. Mon best of : Sting, Genesis, Kate Bush, Marillion, IQ, Muse, Arena, Queen, Dream Theater, Placebo, Fish, Radiohead, anasazi, Georges Michael (enfin pas tout ces albums quand même), Deep Purple, AC/DC, Pink Floyd, les Beatles, Weend’ô, Colplay (les premières années), Lazuli, Tool, Ayreon, William Sheller, Haken, Cris Luna et plein d’autres.

Faute de peintre italien, je lance la playlist. Allègrement j’alterne metal suédois et pop française, une dizaine de milliers de titres que je connais par cœur et qui me permettent, le temps de passer l’enduit sur la résille de ma plaque de plâtre, d’écouter autre chose que des albums qui sortiront dans deux mois. De temps en temps, il est agréable de revenir sur de vieilles choses confortables (non je ne parle pas de ma femme), de se faire plaisir sans analyser, saucissonner, critiquer chaque note et de se laisser porter par la musique, quitte à talocher un peu trop généreusement le mur au cours un brillant solo de Gary Moore.

Où j’en suis de ce foutu chantier ? Ben pas beaucoup plus loin qu’après les vacances de Noël. Je termine les murs, les étagères, un peu de charpente métallique, un peu de placo, un peu d’enduit, pas mal de vis, beaucoup de découpes, de la poussière, des coupures et du ménage à chaque fois. D’ici 2019 nous pourrons peut-être prendre une douche chez nous dans de bonnes conditions qui sait. En attendant, je révise mes classiques.

Les ve

Il est d’usage d’envoyer ses vœux pour la nouvelle année. De préférence assez rapidement après le premier janvier. Des vœux SMS, Facebook, des vœux Twitter, des vœux par mail, des vœux au travail, des vœux par la poste.

Je déteste souhaiter la bonne année, faire la bise à tout le monde en cette période d’incubation microbienne intense, le meilleur moyen de ramener gastro, grippe, bronchite et rhume à la maison en moins de dix minutes. Mais c’est l’usage, on fait la bise, même aux êtres détestés tout au long de l’année, on leur souhaite bonne santé alors que dans le quart d’heure qui suit on rêverait de les voir crever dans d’atroces souffrances.

Le premier janvier à 00h01, mon téléphone portable, toujours muet d’ordinaire, s’excite soudainement, il remplit de feux d’artifices l’écran OLED Apple, de notifications Facebook et Twitter et de mails de bonne année. En quinze minutes, la batterie est à plat. Du coup, impossible de répondre, c’est bête hein…

A partir 2 janvier, les cartes de vœux arrivent, des images moches avec des messages parfois affligeants comme celui de votre grande tante qui vit à l’autre bout de la France et qui se languit depuis votre dernière visite qui date d’il y a sept ans – elle a mauvaise haleine, est incontinente et surtout ne possède aucun bien dont vous pourriez hériter – alors bon.

Au milieu de tout ces miasmes convenus, des vœux du président qui met en place le jour carence pour les fonctionnaires toujours malades c’est bien connu, du PDG qui supprime 1500 postes, il reste tout de même quelques messages qui vous touchent, des amis éloignés avec qui vous ne prenez contact que trop rarement, la faute à la vie, et des proches qui vous sont chers.

Cette année, j’ai reçu la plus grosse carte de vœux de ma vie. Une carte de vœux envoyée par la poste, roulée dans un carton, car trop grande pour une enveloppe, une carte de 40 par 60 cm, une carte couverte de photographies live, la carte d’un artiste qui est devenu très vite beaucoup plus qu’un simple musicien, un ami, venu me faire un coucou, loin de chez lui, alors que je traînais mon rein bousillé d’une pièce à l’autre de ma maison, l’auteur de la plus touchante dédicace de ma collection, un chanteur au cœur de rockeur immense, un grand blond sans chaussure noire,  Cris Luna.

Tout bien considéré, j’adore les cartes de vœux, bonne année à tous les musiciens qui ne vivent pas de leur rêve mais vivent leur rêve, qui rament pour sortir un album, pour décrocher une date de concert, qui s’échinent le jour pour jouer la nuit, qui écrivent avec leurs tripes et qui donnent tout ce qu’ils ont sur scène. Bonne année à vous, et tout particulièrement à Chris que j’espère bientôt écouter en concert en Lorraine.

Let’s There Be Rock !

listening party

A côtoyer des musiciens, des contacts privilégiés se tissent au fil du temps. Nous discutons de musique, de recherche de labels, de salles, nous nous rencontrons parfois et ce qui n’était au départ qu’une relation virtuelle, devient plus personnelle.

Inévitablement, l’objectivité du chroniqueur s’en trouve faussée mais il y a plus délicat encore. Lorsque vous connaissez bien un musicien, il aime vous faire écouter ce sur quoi il travaille, il demande votre avis, et là les choses se corsent.

Bien entendu, il est très agréable de découvrir en avant première ce qui devrait être le prochain album du groupe, d’écouter des morceaux qui peut-être ne verront  jamais le jour. Mais lorsque l’on parle de maquette, on touche au travail de création de l’artiste, processus pendant lequel nous ne devrions jamais intervenir, de peur d’influer sur son déroulement.

Imaginez que votre opinion soit écoutée, que votre avis change, un temps soit peu, la direction que prendra la musique, comment pourrez-vous ensuite évaluer cet album en toute rigueur, sachant qu’il y a un peu de vous en lui ?

Mais comment refuser ? Refuser c’est éventuellement vexer quelqu’un que l’on apprécie. Dans la mesure du possible, lorsque cela m’arrive, j’essaye de rester factuel, de parler de la qualité du son, de la structure des morceaux sans rentrer dans le “j’aime ou je n’aime pas” et surtout, j’essaye de ne rien dire qui pourrait amener l’artiste à modifier ses morceaux.

Le musicien, même connu, redoute toujours les réactions de son public à la sortie d’une nouvelle création. Certains organisent des “listening party” pour jauger l’audience, d’autres envoient des maquettes et attendent des retours avant d’aller plus loin, enfin certains s’en foutent et ne se fient qu’à leur envie musicale du moment. Je pense que les musiciens devraient plus se fier à leur instinct, leurs pulsions, et laisser la musique parler, sans s’inquiéter de la réaction future du public. C’est là que sont nés les plus grands chefs d’œuvres.

Ne vous privez pas, continuez à m’envoyer vos drafts, je les écouteraient avec plaisir tout en tachant de rester le plus neutre possible. Mais ne me demandez pas ensuite de chroniquer l’album dont j’aurai découvert la genèse, ce serait trop compliqué à gérer.