Astrophotographie

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Eclipse de soleil le 26 novembre 2022 – Nikon D810 – 85 mm f / 11 – 110 ISO – filtre gris neutre

Les plus geeks d’entre-vous le savent sans doute, une comète passe en ce moment près du soleil. Il s’agit de C/2022 E3 (ZTF) qui ne nous avait pas rendu visite depuis 50 000 ans.

Une occasion idéale pour vous parler astrophotographie, une activité que j’exerce en dilettante. 

La comète étant à peine visible à l’œil nu (magnitude de 5 à 7) dans un ciel pur épargné par la pollution lumineuse, l’utilisation d’un appareil photo permet de ne pas manquer l’événement. Pour information, la limite des yeux est 6, la pleine Lune a une magnitude de -12.5, Vega 0 et Pluton 13.7.

La photo du ciel exige des poses longues, car il fait sombre la nuit. Et les poses longues nécessitent un pied stable, surtout si vous travaillez avec un objectif lourd pour éviter les bougés. J’arrive a photographier au 1/30 de seconde sans pied, après c’est flou. Et ici on parle de temps de pose de une à plusieurs secondes.

Lune le 3 janvier 2023 – Nikon Z6 II – 500 mm plus doubleur – 1/100 – f /11 – 400 ISO

J’embarque un pied Manfrotto très maniable mais lourd et encombrant. On ne peut pas tout avoir. Il possède un serrage progressif et fiable même avec quatre kilogrammes de matériel en équilibre précaire.

Pour l’appareil, je fais le choix d’un capteur très lumineux et avec une grande plage ISO, celui du Nikon Z6 II est parfait puisqu’il autorise de monter jusque 51 200 ISO. 

Eclipse partielle de lune 28 juillet 2018 – Nikon D7200 – 500 mm – 1/400 s – f / 5.6 – 100 ISO

Pour les optiques, j’en utilise principalement deux. Un Nikkor Z 24-70 mm ouvert à 2.8 et un Nikkor F 200-500 mm ouvert à 5.6 couplé à la bague FTZ. Pour la Lune, j’ajoute un doubleur de focale me permettant en format DX d’obtenir une focale de 1.5 m mais à f 11.

Cela donne un sac photo qui doit approcher les dix kilos. Et à mon âge, dix kilos sur le dos, c’est dur. Je recherche donc des sites d’observation de préférence accessibles en voiture et loin de la route, vous voyez le problème ? Sinon il y a le jardin avec les éclairages urbains, les lumières des voisins, la pollution atmosphérique et le risque de passer pour le pervers du quartier. Faut choisir.

En ville comme à la campagne, je n’ai pas réussi à trouver la comète à l’oeil nu. Je me suis aidé de l’application Carte du Ciel et d’une première photo grand angle pour cibler plus finement mes recherches.

Pour la mise au point, de nuit, il renoncez à l’autofocus. Et même avec l’aide à la mise au point du Nikon Z6, il faut tâtonner un peu pour y arriver. En fermant un peu plus le diagramme, genre f 11, cela est un plus facile mais du coup il y a moins de lumière qui arrive jusqu’au capteur.

Pour le temps d’exposition, vous pouvez respecter la règle des 500 afin d’éviter le bouger des étoiles dans le ciel (vous savez les petits traits). La règle est la suivante, divisez 500 par la focale en mm de votre objectif pour obtenir le temps de pause en secondes. En plein format, avec un 500 mm vous pouvez poser une seconde, avec un 24 mm, vingt secondes. Donc si vous ne voulez pas monter en ISO, privilégiez le grand angle. Avec la lune, j’utilise un temps de pose proche du centième de seconde car notre satellite bouge très vite dans le viseur avec une grande focale.

Comète C/2022 E3 (ZTF) le 12 février 2023 – Nikon Z6 II – 500 mm – 1s – f / 11 – 51 200 ISO

Pour le déclenchement, plusieurs solutions s’offrent à vous comme l’application SnapBridge chez Nikon qui vous permet de déclencher le boîtier à distance en Bluetooth ou tout simplement le retardateur, fixé à 10 secondes pour les grosses focales, le temps que les vibrations liées au déclenchement s’amortissent.

Pour le réglage de la sensibilité, il faut procéder par tâtonnements en réalisant plusieurs clichés, à 2000, 3000, 4000… Je suis monté jusque 51 200 ISO au 500 mm mais c’est un peu abuser. Il y a presque plus de bruit que de signal.

Reste le développement. Les photographies prises avec une grande sensibilité (ISO élevés) ont un fâcheuse tendance à être bruitées fatalement mais également à virer dans des couleurs improbables comme le marron rouge.

Un post traitement s’impose. En jouant sur la luminance, la couleur et les détails, il est possible de réduire le bruit. Pour les couleurs, l’augmentation du noir et la réduction de la saturation permettent de ramener un fond de ciel plus réaliste sans trop dénaturer l’image.

Nébuleuse M 42 le 12 février 2023 – Nikon Z6 II – 500 mm – 1s – f / 5.6 – 51 200 ISO

Avec juste un téléobjectif, l’astrophotographie d’objets éloignés comme une planète, une comète ou une nébuleuse semblera sans doute relativement misérable en comparaison des clichés réalisés avec des instruments d’observation adaptés, mais c’est avant tout le plaisir de capturer le moment, d’immortaliser l’objet dans son appareil qui prime à la qualité de l’image.

Évidemment, l’idéal serait de photographier à l’aide d’un télescope, un projet que je caresse depuis au moins quarante ans, depuis que je ne fais plus d’astronomie dans un club. Mais la plaine d’Alsace ne se prête pas trop à cette activité et pour avoir un beau ciel, il faut monter dans les Vosges.

Malgré tout j’y songe sérieusement depuis le passage de la comète. Aujourd’hui je peux partir en vadrouille la nuit. Mes petits sont grands et ma femme n’est jamais là. Évidemment, les voisins risquent de s’inquiéter de l’arrivée d’un gros tube motorisé sur trépied dans le quartier.

Lune le 1er juillet 2020 – Nikon D810 – 200 mm – 1/160 s – f / 2.8 – 64 ISO

NGC 1976

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De 14 à 20 ans, j’ai passé mes samedis après-midi dans un club d’astronomie, et mes nuit sous la voûte étoilée de la Bretagne. Le jour nous regardions des diapositives et fabriquions un télescope (un newton 260 mm), la nuit, nous observions la lune, les planètes, les galaxies, les nébuleuses, les amas stellaires, les comètes et les voisines.

Cette passion des étoiles ne m’a jamais quitté, mais arrivé en Alsace, sous la couche d’inversion et la pollution, comment dire, le ciel est sâle et troublé par des éclairages très nombreux. Même avec la paye qui allait bien pour m’offrir un télescope, je n’ai jamais franchit le pas.

Pourtant, dès que j’en ai l’occasion, je reste le nez en l’air à contempler le ciel. « Espace, frontière de l’infini vers lequel voyage notre vaisseau spatial. ». Enfin vous voyez. Renouer avec la photographie a été l’occasion de tourner à nouveau mes yeux et mes objectifs vers les étoiles. La première cible, la plus facile, fut la lune, objet de forte magnitude avec un diamètre apparent non négligeable sur lequel j’ai étrenné mon Samyang 500 mm et plus récemment le 200-500 mm de chez Nikkor. J’ai photographié la lune sous toutes ses phases, à toutes les sensibilités, à de nombreux temps de pause pour arriver finalement à cette photographie assez réussie au 1000 mm (500 mm et doubleur).

Cette semaine, pour une fois que le ciel n’était pas trop bouché, j’ai levé le nez gelé pour découvrir devant moi la constellation d’Orion, une des célèbres constellations du ciel d’hiver. Dans celle ci, on peut voir, une nébuleuse, c’est à dire un nuage de gaz coloré. Il en existe de diverses variétés, les résidus d’étoiles ayant explosé comme M 21 du Cygne, des nuages opaques (la tête de cheval) et des pouponnières d’étoiles comme M 42, la nébuleuse d’Orion.

Je me suis dit, et si j’essayais ? Ni une ni deux, je pointe mon Nikkon équipé du doubleur et du 500 mm vers le baudrier d’Orion, et tente de retrouver cette nébuleuse. Pointer un appareil photo est nettement plus sportif que d’orienter un télescope équipé d’une lunette guide. Mais malgré cela, m’aidant de quelques souvenirs passés, je tombais sur le petit nuage de gaz et poussières dans le viseur du reflex. Oh joie !

La photo ne possède aucun intérêt en soit, ce n’est qu’un petit machin flou au centre de l’image très bruitée après tout, mais je suis content de l’avoir faite. Elle se situe à 1500 années lumières, bref assez loin de chez nous et n’est pas visible à l’oeil nu – magnitude 3.7, l’étoile la plus brillante est de -1.5, la lune de -30 -. Une pose très brève – 1 seconde – pour de l’astronomie, mais je ne dispose pas de monture équatoriale pour compenser la rotation de la terre (1 seconde =  0.0041° de déplacement). Cela me donne envie de renouer avec les étoiles, de coller mon œil à l’oculaire d’un télescope et de partir à la chasse aux comètes et objets de faibles magnitude.

En vrai avec un télescope de 2 m et plusieurs heures de pause, M 42 ressemble à ceci, c’est dire si mon cliché est minable, n’empêche j’en suis content, comme quoi il ne faut pas grand chose pour contenter un quelqu’un comme moi…