Ubique

Image

Je ne vais pas vous parler d’un célèbre roman de Philipp K. Dick aujourd’hui, je vais vous parler de mes problèmes. Vous doutiez-vous que j’avais des problèmes ? Si vous suivez ce blog, vous avez la réponse depuis longtemps. Pour les nouveaux venus, jugez par vous-même.

Je suis totalement débordé. J’ai un travail très prenant qui me conduit sur les routes de la région Grand Est plusieurs fois par semaine, de l’autoroute au chemin forestier en passant parfois dans des chemins agricoles, j’ai une famille, deux ados bougons, une épouse fantasque, plusieurs passions et je gère un webzine de rock progressif.

J’ai sur le feu quatre-cent-cinquante photographies que je n’ai même pas prises à développer, une interview franco-anglaise-espagnole de trente minutes à retranscrire en anglais puis à traduire en français, une autre à préparer, deux chroniques de rock progressif à finaliser, plusieurs albums à écouter, des textes à relire, d’autres à publier, des promotions à écouter/trier/jeter, des chroniqueurs fatigués à remotiver.

Si j’étais plusieurs, je pourrais traiter mon travail, le webzine, ma famille, le ménage, les courses, le potager, la photographie de grenouilles, les concerts, la préparation de l’anniversaire de ma femme, les repas chez les amis, les concerts classiques, metal et progressif, les livres à lire, les films à voir, le shopping, mon nouveau reflex et mon sommeil sans problème.

Mais je suis un. Tant mieux d’ailleurs, parce que sincèrement je ne supporterais mes doubles. Je suis certain qu’ils me laisseraient le travail rebutant, car je connais bien l’original. Ils critiqueraient ce que je fais, fanfaronneraient sur le blog au lieu de se consacrer à 100% à leur activités et pire que tout, ils seraient comme moi, imbus, prétentieux, grognons, migraineux, distraits, pénibles.

Je suis certain que eux aussi voudraient des doubles. Mettons que je me dédouble deux fois, un photographe, un chroniqueur et moi, qu’ils fassent de même à leur tour le lendemain, nous serions déjà sept en deux jours, quinze en trois jours, trente et un à l’aube du quatrième jour… Non ce n’est pas possible.

Alors, je me laisse déborder, je fais mon travail du mieux possible, enfin j’essaye, la vaisselle pour ne pas manger sur la nappe qui est sale, je dors un peu parce que je suis épuisé et je prends du retard sur tous mes dossiers, chroniques, photos, lecture, cinéma, jardin. Le webzine fonctionne encore, mais de justesse. La maison est vivable, mais à la limite de l’acceptable. Les ados nous rappellent les urgences, l’argent pour manger, le paquet de céréales vide, les slips au sale, la caisse du chat qui sent très très mauvais. Avec un coupecoupe, je me rends dans le potager où des plantes carnivores dépérissent faute d’arrosage et claquent un coup de mâchoire sur mon passage dans un dernier sursaut avant de mourir. Les moutons courent le plancher du salon, la salle de bain est en chantier, les CDs s’empilent sur la platine, le disque dur déborde de fichiers RAW et ma boite mail ne désemplit pas.

Vous croyez que je me plains ? Alors vous n’avez rien compris à rien. J’adore ça, être au taquet, ne plus savoir où donner de la tête, être sollicité de toute part. J’ai alors la sensation illusoire d’exister, d’être utile. Avec une passion supplémentaire pour occuper mes nuits, je suis certain d’atteindre le Nirvana.

Mission polaire

Image

L’éloignement, la solitude, la blancheur, le froid, le silence. Je poserai bien mes valises pour quelques semaines en Terre Adélie à condition que l’on m’y téléporte, parce que la traversée à bord du Marion Dufresne II, sans façon, de toute manière en ce moment l’océan doit être gelé. Sérieusement -40°C, mieux qu’au congélateur, la nuit permanente pour dormir tout son saoul au froid, quel pied !

Parce que là, avec +40°C en plein soleil, les voisins qui braillent jusqu’à point d’heure, le réveil qui sonne trois heures après pour aller bosser dix heures dans un bureau vitré sans climatisation, ça n’est juste plus possible. Mes doigts collent au clavier, mon tee shirt dégouline et le ventilo poussif arrive à peine à donner une vague sensation de brise chaude. Mon cerveau doit ressembler à du slim vert en ce moment.

Nous ne sommes même pas encore en été officiellement, c’est demain, et nous avons déjà explosé maints records de température, l’horreur ! Demain 22°C au réveil, 38°C de au plus chaud sous abri. Sous abri cela signifie à l’ombre, dans un abri blanc ventilé en PVC, imaginez en plein soleil… Mon seuil de confort se situe autour des 25°C, on y reviendrait jeudi prochain d’après les modèles. Mais d’ici là je fais comment pour survivre ?

Je vais sortir du freezer quelques des glaçons et me construire un igloo, comme les inuits avant que la banquise ne disparaisse totalement. Je vais aller piquer une tête à La Rochelle avant que le niveau de l’océan ne rejoigne la ville de Niort. Je vais profiter des derniers hivers froids avant que notre atmosphère ne se réchauffe de quatre degrés.

L’idée du siècle, c’était de partir en vacances dans le sud cet été alors que l’on suffoque au nord. Dans le sud d’accord, mais bien en dessous du tropique du Capricorne alors. Vivement d’automne !

Le gros chat

Il se lève passé midi, défend âprement sa place sur le canapé près du radiateur, n’aime pas vraiment l’eau, boude les nouvelles marques de croquettes et peut rester captivé par un écran pendant des heures. Il traîne péniblement sa carcasse dans la maison pour soudain se mettre à bondir dans tous les sens quelques secondes et retomber bien vite dans une profonde léthargie. Il n’a aucun humour et déteste qu’on lui grattouille le ventre, peut rester immobile durant des heures et ne recouvre jamais ses excréments après s’être soulagé. Il se réveille à la tombé du jour, découche toute la nuit et revient défait à la maison le matin, plus grognon que la veille. Sa conversation se résume à quelques grognements et cris plaintifs.

C’est si mignon, quand c’est tout petit, ça mange, ça dort, ça gazouille, ça fait quelques bêtises et ça vous regarde avec des yeux remplis d’amour. Et puis ça grandit, ça grossit.

Le mimétisme entre un gros chat et un futur adulte est extraordinaire. D’ailleurs notre chat l’a bien compris et vit au même rythme que notre adolescent ou bien est-ce l’inverse. Ils habitent la même tanière aux fortes odeurs rassurantes, se pointent ensemble pour les repas, râlent quant au contenu de la gamelle et semblent dormir le reste du temps. Tout changement leur est insupportable, voire insurmontable.

Le plus terrible, lorsque l’on observe cette lourde carcasse qui se déplace à grand renfort de soupirs et de mauvaise humeur, c’est que l’on y découvre un peu soi-même, vu dans un miroir déformant ainsi que le nourrisson tout trognon qu’il a cessé d’être depuis bien longtemps.

Les ados, c’est un peu comme les chats, il faudrait les noyer à temps. Oui je sais c’est mal de le dire, mais ça fait du bien…

Morceaux choisis :

ado – on mange toujours la même chose
parent (conciliant) – que veux-tu manger quoi pour changer ?
ado – des pâtes
parent (agacé) – comme hier ?

parent (content) – j’ai acheté la Switch
ado – fait chier
parent (dépité) – pardon ?
ado – ouais, pas le temps d’y jouer, alors fait chier

parent (énervé) – tu es sorti ce WE ?
ado – pffff
parent (très énervé) – oui ou non ?
ado – ben oui, j’suis allé ouvrir la porte au facteur, en plus faisait froid dehors

parent (curieux) – et, au Lycée, ça se passe bien ?
ado – oui super !
parent (plein d’espoir) – tu as eu des notes ?
ado – yep, j’ai 7/20 de moyenne

parent (étonné) – tu vas à la pharmacie, tu es malade ?
ado – ben non
parent (inquiet) – ben alors ?
ado – à ton avis, on vend quoi en pharmacie ?

parent (pressé) – descendez vos draps de lit pour les laver !
ado – ben ils sont propres !
parent (dégoûté) – il y a trois semaine ils étaient propre !
ado – ben c’est ce que je viens de dire, ils sont propres

parent (inquiet) – tu sors ? Tu rentres quand ?
ado – sais pas
parent (très inquiet) – tu vas où ?
ado – sais pas

parent (suffocant 19h00) – tu sens le renard
ado (21h30) – je prends une douche
parent (désireux de se laver 23h30) – hé tu sors !
ado (00h00) – faudrait savoir putain…

parent (informatif) – tu as auto-école à 10h00
ado – pas le temps…
parent (organisé) – mais le cours ne dure qu’une heure trente, tu es à 10 min du lycée et tu y vas pour 12h00 non ?
ado – ben oui, c’est ce que je dis, pas le temps

ado – on sonne à la porte
parent (occupé) – ben ouvre !
ado – ça me saoule…
parent (désespéré) – rho putain !

TV – zap zap zap
parent (agacé) – tu peux rester sur une chaîne ?
TV – zap zap zap
ado – nan, y a rien de bien à la TV

ado – hé ! mon argent de poche !
parent (dégoûté) – hé ! passes l’aspirateur dans ta chambre !
ado – putain de chantage !
parent (vraiment dégoûté) – putain d’ado…

parent (voulant faire plaisir) – tu veux quoi pour tes 18 ans ?
ado – heu attends… une voiture ou un mac
parent (amusé) – nan sérieusement !
ado – ben sérieusement, tu demande, alors je te dis ce que je veux

patent (inquiet) – tu es prudent ce soir
ado – c’est bon, j’suis plus un bébé !
parent (mort de rire) – je peux laver et ranger ton doudou alors
ado – c’est malin, touches pas à mon doudou !