Les fumistes

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Ne lisez pas ce billet. Il est né de la folie du COVID-19 et je n’approuve aucunement les propos tenus ici. Si vous êtes fumeur ou syndicaliste, surtout n’allez pas plus avant, vous n’allez pas aimer. Après si vous lisez, ne venez pas vous plaindre, vous êtes prévenu.

Durant le confinement je travaillais à temps partiel dans nos locaux, nous étions quatre et à partir du onze mai, cinq de plus à temps plein. Et pour tout vous avouer, nous étions bien.

Dans les bureaux régnait une atmosphère de fourmilière, nous avions beaucoup de travail. Après un bref bonjour à distance, un café expresso, nous nous lancions dans le travail à corps perdu, réalisant après dix heures passées à courir partout qu’il était temps de rentrer à la maison.

Je pouvais travailler fenêtre grande ouverte, dehors aucun un bruit ne venait troubler les grenouilles et aucune odeur n’empuantait l’air. Mais où se trouvaient donc tous les fumeurs ? Chez eux en télé tabac.

Fin juin, les couloirs se sont remplis avec le débarquement des touristes. Les rires ont fusé dans les locaux et les bureaux furent rapidement encombrés de conversations animées. La vie reprenait son cours normal. Les fumées de cigarettes remontaient jusqu’à ma fenêtre et des remarques du CHSCT fleurissaient toutes les cinq minutes : il nous faudrait, on ne devrait pas, les agents sont, la direction devrait…

Attention ne faites pas d’amalgame, tous nos syndicalistes ne fument pas, par contre tous nos fumeurs sont syndicalistes.

Sous ma fenêtre, les fumeurs refaisaient le monde, repensaient la sécurité des agents, remettaient en cause des organisations pensées pour eux, exigeaient des produits en rupture de stock depuis début mars, établissaient de nouvelles règles alors qu’ils n’étaient pas fichus de respecter celles en vigueur.

Une fois revenus de leur pose nicotine, ils erraient d’un bureau à l’autre pour discuter, prendre la température avant de rentrer chez eux télé discuter pour quelques jours. 

⁃ Et toi, tu viens combien de fois par semaine ?
⁃ Tous les jours.
⁃ Tous les jours ? Depuis quand ?
⁃ Depuis toujours.
⁃ Heureusement que tu es là quand même parce que sinon on aurait fait comment sans toi.
⁃ Excuse-moi mais j’ai pas mal de choses à traiter aujourd’hui.
⁃ Ha ? Bon bon, je ne dérange pas plus alors… Mais en fait, j’y pense, tous les agents devraient avoir du désinfectant et des masques, vous allez faire quoi ?
⁃ Les masques ont été distribués et il y a du gel hydro alcoolique à tous les étages en plus de flacons individuels, tu as eu tes masques non ?
⁃ Oui, mais… c’est pas pratique un masque.
⁃ Pour fumer ? Non c’est clair. Nous on les met pour travailler en fait.

Ne trouvant pas de support chez les non fumeurs, les fumeurs se réunissent sous les fenêtres pour bâtir un nouveau monde meilleur à leur image, plein de cendriers auto nettoyants, de masques percés d’un petit trou, de gel hydro alcoolique compatible avec le bronzage intégral et de réduction du temps de travail à huit heures hebdomadaire avec une journée en télé travail avec revalorisation du point d’indice. Car manifestement, étant donné le nombre de dossiers déposées après la crise sanitaire, le télé travail, c’est pas si mal, même si on ne peut pas papoter devant une clope et même si les syndicalistes y étaient totalement opposés lors des précédentes réorganisations à cause des risques psycho sociaux.

La tempête

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Depuis le début, les marins se tinrent sur le pont, bravant la tempête. Les passagers eux, restaient assis en fond de cale, vomissant leurs tripes, plus par peur de mourir que par la faute de la mer déchaînée. Certains priaient, hurlaient de terreur, d’autres voulaient sauter par dessus bord et l’équipage, malgré ses propres craintes, était à leur côté pour les rassurer. Les matelots avaient tendu des hamacs afin que les voyageurs supportent mieux le roulis, le charpentier avait réparé la coque là où se produisaient des voies d’eau, le capitaine avait préparé les chaloupes au cas où le navire sombrerait dans les eaux froides, le cuistot leur avait fourni des couvertures et du bouillon chaud pour qu’ils n’aient pas froid alors que les hommes étaient trempés jusqu’aux os sur le pont.

La tempête s’est apaisée même si la mer menace toujours. Le barreur navigue à vue, changeant de cap tout le temps pour éviter les récifs, se fiant à la lumière des phares pour trouver son chemin au milieu des trombes d’eau.

Les passagers livides remontent sur le pont, certains se sont souillés et la plupart semblent encore malades. Trop heureux de sortir de la cale malodorante, ils courent sur le pont au mépris du danger et rient de voir les marins agrippés à un bout de corde pour éviter la prochaine déferlante. Ils demandent au capitaine de détacher les chaloupes qui encombrent le pont et de remettre plus de voile pour rentrer à bon port. Ils jettent les couvertures souillées par dessus bord, persuadés qu’ils n’en n’auront plus besoin.

Mais une nouvelle ligne de grain approche, l’équipage ne le sait que trop bien. La tempête peut durer encore plusieurs jours, ce n’est qu’une accalmie. Les passagers se moquent maintenant des marins épuisés lorsqu’ils leur recommandent de redescendre à l’abri, certains les insultent même alors qu’ils tentent de protéger leurs vies. Si l’un d’entre eux passait pardessus bord, le capitaine serait accusé de négligence mais si l’un d’entre eux se voit contraint, pour protéger le navire et ses occupants, il proteste vertement.

En attendant le prochain coup de vent, les hommes veillent sur le pont, épuisés, frigorifiés, scrutant l’horizon et ses sombres présages. Les passagers se reposent, au sec sous la coque des chaloupes qu’ils ont renversée en guise de toit, inconscients du danger qui les menace, pestants contre la longueur de cette traversée qui n’en finit pas et de l’inconfort du navire.

La peste et le choléra

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Pourquoi ne pas emprunter à JPL le titre de ce billet ? Il convient parfaitement à la situation.

Les écoles ferment, les tournées de concerts s’annulent les unes après les autres, les restaurants baissent leur rideau de fer, les services publiques fonctionnent au ralenti, les frontières hermétiques sont rétablies, l’épidémie est bien là.

Ai-je peur ? Non. Je ne me suis pas rué dans les supermarchés pour remplir les placards et le congélateur, au pire je mangerais d’abord le chien des voisins, ensuite mon chat puis les enfants. Suis-je parti loin de la civilisation pour échapper au virus et à l’angoisse générale ? Non plus. J’aime bien ma maison, elle contient plein de livres, de BDs, de CDs et de DVDs pour passer le temps. Et puis il faut que j’aille quand même travailler.

Chez nous les agents sont invités à rester à la maison en télétravail, autant dire que le bâtiment est désert. Pour ma part, je fais une rotation avec un collègue pour assurer le fonctionnement du centre, un jour sur deux à arpenter les couloirs déserts et à vérifier que tout fonctionne correctement.

Hier soir, je suis allé à Karlsruhe en catastrophe récupérer le fils d’un ami qui fait ses études là bas. Les frontières fermaient à 8h00 se matin, pour combien de temps, quinze jours, un mois, deux mois, trois mois ? Sa famille habite Toulouse. Le temps de faire la route pour venir le chercher, le filtrage au poste frontière aurait déjà été mis en place. La folie !

Toutes ces mesures, je les comprends et je les approuve. Il faut endiguer l’épidémie, faire en sorte que les hôpitaux puissent accueillir les patients les plus atteints sans avoir à choisir entre deux malades, faute de place.

Ce qui me turlupine par contre, c’est pourquoi si tard ? Pourquoi ne pas avoir réagi tout de suite, lorsque l’épidémie était à notre porte ? Peut-être que si des mesures radicales avaient été prises tout de suite, nous n’en serions pas là aujourd’hui. Car en Espagne et en Italie, les autorités vont plus loin encore, imposant une quarantaine quasi totale à la population. A quand notre tour ?

La peste et le choléra. La santé et l’économie. Car l’économie s’effondre, inévitablement. Ce stupide système boursier qui vacille au moindre mouvement de panique de la populace est en pleine déroute. Entre le cours du baril qui plonge et les actions des entreprises qui s’effondrent, nous nous approchons à grand pas de la crise de 29. Le chômage va exploser, les PME mettront la clef sous la porte, les fonctionnaires ne seront plus payés, l’état sera en faillite ?

Nous sommes en plein scénario post-apocalyptique. Les rues se vident, les gens se battent pour un paquet de pâtes, les médiathèques sont fermées nous laissant à court de séries TV et de livres. Des personnes louches rôdent sur les trottoirs, toussant dans leur manche, le facteur ne passe plus garnir la boîte aux lettres de disques, les chanteurs éternuent pendant leurs interviews, les promeneurs s’observent à distance et le soleil brille sur la campagne. 

On dirait que la nature se fait une joie de cette épidémie, le taux de CO2 baisse dans l’atmosphère, le prédateur bipède se fait très rare, le chant des oiseaux n’est plus couvert par le bruit des automobiles, les boeufs ne finissent plus entre deux tranches de pain de mie et de ketchup, le printemps arrive, Gaia est en fête.

Bon, puisque je ne peux pas bosser, que le soleil brille, je vais aller m’occuper du jardin, au calme, tondre la pelouse, semer des graines, nettoyer les allées et jouer avec le chat. Portez vous bien, sortez couverts.

Burn-out

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L’expression est à la mode et la maladie réelle. Elle touche de plus en plus les fonctionnaires qui subissent des restructurations, des changements de poste, d’organisation, de lieu de travail. 

Chaque jour je le constate un peu plus, untel autrefois dynamique devient ronchon, ne croit plus en rien, un autre se plaint en permanence du manque de moyens, de l’état de son bureau, une autre pleure en cachette, une autre râle en permanence contre notre direction et le nombre d’arrêts maladie explosent.

Réduction d’effectifs, coupure drastique dans les budgets, révision des missions, incertitudes quant à l’avenir, angoisse au sujet des retraites, poste placard, la fonction publique souffre et elle n’est pas la seule.

Un de mes collègues vient de faire un burn-out, plus d’un mois d’arrêt et il revient tel un zombie, trainant son mal de vivre de bureaux en bureaux. 

Je l’ai connu, jeune et intelligent faute d’être beau et dynamique. Il écoutait du rock progressif comme moi, bidouillait sous Linux comme moi, programmait comme moi (mais lui en C++, moi c’était le Java, le Php, le Phyton, le Ruby, le C#, Delphi…). Il était plutôt sympa. Il fumait et buvait beaucoup de café, pas moi, mais personne n’est parfait, d’ailleurs on le retrouvait souvent près d’une cafetière ou d’un cendrier, rarement devant son ordinateur, en fait tout le contraire de moi. 

Dès que je l’ai croisé la première fois, j’ai compris qu’il n’était pas un bourreau de travail et que la remise en question n’était pas son fort (il programme toujours en C++, c’est dire).

Un jour sa femme la quitté, sans doute parce qu’à la maison il se reposait trop de ses journées laborieuses, et cela lui a brisé le coeur au sens figuré comme au sens propre. Il a ralenti le tabac un temps, pas vraiment le café mais les bêta bloquants ont plombé son dynamisme déjà au point mort. On le retrouvait assis près de la perfusion de caféine ou allongé dans ses mégots. A cette époque, il se plaignait beaucoup d’un grand manque de reconnaissance dans son absence de travail. C’est terrible ce besoin de reconnaissance chez nous, surtout chez ceux qui ne font rien.

Alors il a passé un concours, une fois, deux fois, et à la troisième il obtint le droit de devenir chef, chef de centre, enfin la reconnaissance de ses qualités ! Comme quoi n’importe quel bon feignant peut devenir chef. Il obtint le grade, le salaire, les primes, une grande terrasse pour fumer et une machine à café près de son fauteuil. Le luxe !

Mais le titre de chef va avec les responsabilités, passer le concours ne suffit pas. Hélas quand un dossier atterrissait sur son bureau, il allait à la rencontre de ses collègues pour se plaindre, « tu sais, ce n’est pas à moi de traiter ça », « ce serait bien plus simple que tu t’en occupe, tu connais le dossier, moi je ne suis qu’un intermédiaire », « c’est vraiment débile ce qu’ils demandent là, on perd notre temps avec ces trucs », « je n’ai pas le temps, je suis débordé »…

Certains agacés, le mirent face à ses responsabilités, « c’est ton centre, c’est à toi de gérer le problème », « on peut te donner un coup de main, mais on ne peut pas tout faire à ta place », « tu fais vraiment chier là, bosses un peu ». Petit à petit de bureaux en cafés et poses cigarettes, d’erreurs en retards, de manque de caféine en manque de nicotine, il fit ce fameux burn-out, non pas parce qu’il était submergé de travail, mais simplement parce qu’il n’avait jamais réellement travaillé depuis le début de sa carrière et que chaque nouvelle tâche devenait insurmontable. D’ailleurs, lorsque mes collègues apprirent la nouvelle, ils en rirent beaucoup ce qui est très mal avouons-le.

Étrangement, je ne partage pas ce mal être. J’ai beau avoir été dégradé de développeur courtisé à concierge d’immeuble, je me sens bien dans mes baskets et fais mon travail avec enthousiasme faute de passion. Mais je l’avoue, je suis un hyperactif et tout travail me semble infiniment mieux que buller pendant la journée. Je suis sans doute un grand malade.

Par contre j’ai vécu un véritable bore-out lorsque j’ai du quitter mon poste d’informaticien et devenir climatologue. Alors que pendant des années je carburais à la caféine en patchs sans quitter mon fauteuil pour livrer en temps et en heure des kilomètres de code dans des technologies amusantes, je me suis brutalement retrouvé devant une boite mail vide, à regarder par la fenêtre, à espérer que le téléphone sonne, que le travail arrive enfin, à prolonger les pauses avec les collègues pour tuer le temps, à noyer mon ennui sur Facebook et Twitter, à écouter du rock progressif sur mon téléphone.

La moralité de tout ça, c’est que nous ne sommes clairement pas égaux face à la souffrance, certains s’effondrent lorsqu’on leur demande le minimum syndical, d’autres s’effondrent lorsqu’ils ne sont plus occupé à deux-cent pour-cent. Allez trouver une logique à tout cela. Je crois qu’il n’y en a pas.

La grande transhumance

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Aujourd’hui je change les panneaux signalétiques devant les portes des bureaux de notre bâtiment. Je ne change pas les noms des personnes y travaillant, je change les services auxquels ils appartiennent. Au lieu de Strasbourg/Climatologie, j’inscris Toulouse/Production Finalisée, Paris/Finance, Toulouse/Observation, Paris/Ressources Humaines…

Le bâtiment qui abritait le service régional devient progressivement un regroupement de bureaux pour des agents travaillant pour d’autres entités géographiques. Nous venons même d’accueillir le premier locataire qui ne travaille pas pour notre administration.

Après la grande migration, la désertification, voici la transhumance qui commence. Mes anciens collègues de bureau travaillent aujourd’hui à distance voir en télétravail, un mot de plus en plus en vogue chez nous. Leurs collègues et supérieurs hiérarchiques habitent et travaillent à cinq-cent, mille kilomètres de là. Ils communiquent entre eux via des terminaux de vidéo conférence, par mail, au téléphone et ne se rencontrent qu’une à deux fois par an.

Plus des deux tiers de notre effectif va de se disperser entre Toulouse et Paris tout en restant sur place. Une poignée de personnes deviennent des agents de proximité, chargés de faire fonctionner les locaux et de pourvoir aux besoins de ceux qui travaillent à distance. Une belle réorganisation où personne ne trouve son compte, agents démotivés propulsés là où ils ne voulaient pas travailler, agents changeant de travail pour ne pas bouger, agents partant pour éviter le pire.

Travail à distance ? Mais pour combien de temps encore ? Lorsque les frais de déplacements auront explosés tous les budgets, lorsque la bande passante allouée ne sera plus suffisante pour gérer des web conférences multiples, lorsque les chefs toulousains et parisiens en auront assez de gérer des agents distants, lorsque la première tempête se sera calmée, ne vont-ils pas demander aux fonctionnaires travaillant déjà à distance de remplir leurs cartons et de régulariser leur situation géographique en venant travailler dans les locaux de la capitale de cathare ?

Que deviendront alors les agents chargés de gérer les centres provinciaux désertés ? Combien d’années nous reste-il avant que nos énarques, ministres et présidents décident que les implantations régionales n’ont plus raison d’être, que finalement, nous ne servons à rien ?

L’habit ne fait pas le moine

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Il m’arrive de bricoler, comme dans ma salle de bain aujourd’hui terminée. Plâtre, plomberie, électricité, j’y arrive, mais je ne suis pas doué. Par exemple je déteste la plomberie, craignant sans cesse la fuite. Cela me donne même des insomnies. Pour ce qui est du placo, je ne fais pas confiance à mes fixations et je crains toujours que le plafond suspendu me tombe sur la figure, quant à la l’électricité, imaginez mes angoisses.

Mais voila, mon nouvel emploi d’homme à tout faire m’amène de temps en temps à devoir bricoler au travail, une porte récalcitrante, un serrure à changer, une fuite dans les toilettes, une prise électrique à remplacer. Du travail de base, qui ne demande pas de grandes qualifications, mais qu’il faut bien faire si on ne veut pas que nos locaux tombent en ruine.

Le hic, c’est que pour monter sur une échelle (même un escabeau), une habilitation travail en hauteur est obligatoire, et je ne l’ai pas. Embêtant non ? Si je tombe, l’administration pourra toujours dire que je n’avais pas l’habilitation pour monter dessus. Alors que fais-je, je monte ou je ne monte pas ? Ben je monte.

Pour l’électricité, c’est la même chose, avant de démonter un interrupteur, rentrer dans un local électrique, abaisser un disjoncteur, il faut être habilité, et là, je le comprends nettement plus. Peut-être parce que je ne suis pas très rassuré quand je touche au fils (d’ailleurs lequel faut-il couper, le jaune, le rouge, le bleu ou le noir ?).

J’ai donc insisté pour faire un stage d’habilitation électrique. J’en vois déjà certains qui se marrent au fond de la salle, et ils ont raison.

Mon service formation permanente m’inscrit donc à un stage d’habilitation électrique, neufs mois après ma prise de fonctions et plusieurs interventions électrique sur le site. Trois jours intensifs non loin de chez moi.

Jusque là tout va bien.

Je me pointe donc le premier jour avec une dizaine d’autres personnes, pour tout savoir de comment travailler en toute sécurité pour changer une prise et une ampoule sans monter sur un escabeau cela va sans dire. Sauf que dans l’assistance, le public est très très hétérogène, une ingénieur chimiste de maintenance de spectromètres de masses, un électricien haute tension, un gars d’une SSII, un vendeur Leroy Merlin etc etc… Je commence à avoir une petite inquiétude.

Le formateur, un gars bien sympathique, commence par nous poser à tous une question étrange : “Pour quelle habilitation venez-vous à ce stage ?”. “Ben heu, électrique” lui répondis-je naïvement. “Oui d’accord mais laquelle ?”, et là il nous énumère toutes les lettres de l’alphabet ainsi que les chiffres dans diverses combinaisons, la liste des habilitations existantes H0, BS, B2V, HC, B2MT et j’en passe. Certains répondent, d’autres hésitent et moi je ne sais que dire.

“Bon vous faites quoi au travail comme manipulations électriques ?” me demande-t-il. “Heu je change les ampoules, remplace un interrupteur, une prise, c’est tout”. “Ok c’est le BS ça, mais ici on ne prépare pas au BS, nous faisons les habilitations pour électriciens, votre employeur n’aurait pas du vous inscrire à cette session, mais à celle d’avant hier. On verra avec la secrétaire ce qu’ils ont demandé pour vous tout à l’heure.”.

La fille qui bosse sur des spectroscopes de masse comme le gars de la SSII sont un peu comme moi, sauf qu’eux ne touchent même pas une prise ou un interrupteur, sauf pour débrancher un appareil où allumer la lumière.

La formation commence, très intéressante, me faisant réaliser très vite qu’il faut que j’arrête de bosser comme un salop sinon je ne vivrai pas très vieux, quand après la pause, le formateur revient avec la listes des habilitations demandées par nos employeurs. Pour moi ils ont exigé ceci : BS, BC, BR, B2V.

Mais encore me direz vous. Je dois pouvoir changer une prise, une ampoule, un interrupteur hors tension, jusque là tout va bien, je dois pouvoir consigner un circuit électrique (la version hyper sécur de baisser le disjoncteur), là ça se corse, je dois pouvoir intervenir seul sur une installation électrique de moins de 32 A et 400 V, sérieusement ?, je suis chargé de travaux électriques aux voisinages de pièces nues sous tension, mais vous êtes dingues ? Ils ne manquerait plus qu’il me demandent l’habilitation 50000 V sous tension tant qu’à faire… Non sauvé, la formation ne porte pas sur la haute tension.

Il doit y avoir une couille dans le pâté. Je ne suis pas électricien, tout juste si je me souviens de la loi d’Ohm. Je veux juste une autorisation légale pour changer les ampoules grillées du bâtiment, pour ne pas faire venir un électricien au boulot, juste une petite BS de rien du tout. Ben non… J’ai presque la totale, le formateur est mort de rire.

Après trois jours passés les mains dans une armoire électrique sous tension, après avoir regardé des vidéos hilarantes montrant des ouvriers se faire électrocuter (c’est à dire mourir à cause de l’électricité), après avoir contemplé des photographies de bras brûlés, de visages défigurés, après avoir partagé nos diverses expériences d’électrisation, nous passons l’examen final, des QCMs pour chaque habilitation remplis de questions tordues.

Par malheur, je m’en sors pas trop mal, à croire que j’ai écouté pour une fois au lieu de dormir. Le formateur donne un avis favorable afin que mon employeur m’octroie les habilitations BS, BC, BR, B2V. Merde…

Alors j’ai négocié avec lui, pour qu’il mette des fortes réserves sur les BC, BR, B2V, car je n’ai pas très envie de travailler sous tension dans une armoire électrique, posé sur un tapis isolant, équipé de gants en latex et recouvert d’un casque pour remplacer un disjoncteur de puissance alors que tout le bâtiment est sous tension.

Tyrannique ?

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Je suis apprécié de mes supérieurs hiérarchiques. Ils me considèrent comme sérieux et fiable. Quand ils me donnent un travail à réaliser, je m’en occupe immédiatement à condition d’avoir le temps. Quand ils me recommandent des méthodes de travail, je les applique, même si je les trouve débiles. Je suis un bon soldat.

Je travaille mieux que les autres, non pas que je sois docile, mais j’ai l’air sérieux. J’ai toujours été bien noté, même quand je n’en branlais pas une, caché derrière mon écran Facebook. Je ne suis pas franchement une lumière non plus mais je suis très organisé. Lorsque l’on me montre comment procéder, j’enregistre et après quelques tâtonnements arrive toujours avec une méthode plus efficace, donc plus rapide, qui me laisse autant de temps pour me reposer.

Je ne fais pas grève car je trouve à chaque fois que les syndicats mènent le mauvais combat, le plus souvent, je valide les réorganisations, bref je suis vendu, un lèche botte, un collabo, dénué de toute ambition, étrangement. Pendant l’occupation, je suis certain que j’aurais fait du bon travail pour la Gastapo, pas certain par contre de garder beaucoup d’amis à la libération du coup.

Si j’étais chef, je serais une crevure, un sale con dictateur ne faisant pas confiance à son équipe et plus exigeant pour les autres que pour lui même. Humain ? Certainement pas.

Pour le malheur de certains, j’ai une petite équipe de collaborateurs travaillant pour le webzine, des personnes qui bossent sans salaire ni compensation pour signer de leur prénom des chroniques de rock progressif. Non content de ne pas les payer, de ne pas les récompenser, je les tanne régulièrement pour qu’ils produisent plus de mots à la minute, qu’ils maîtrisent les arcanes du HTML, qu’ils se débrouillent avec des suites bureautiques collaboratives, qu’ils se lancent dans des interview démentes ou des live reports marathon. Bref j’exige d’eux ce que je fais par passion en y consacrant presque tout mon temps libre. En fait, j’aimerais bien qu’ils soient aussi motivés que moi. Je suis un monstre.

Alors pour une fois, je vais leur rendre hommage à ces petites mains pigistes : bravo les gars, vous faites du bon travail, c’est beau, ok vous pourriez en faire un peu plus, un tout petit peu plus… Mais putain, bougez-vous le cul, on publie cinq chroniques la semaine prochaine et je n’ai toujours pas reçu vos copies, mais qu’est-ce que vous foutez ?!

Vous voyez comme je suis, même là je ne peux m’en empêcher…

Tamponné

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L’administration s’auto-alimente d’activités ésotériques et complexes que seul un agent de catégorie A peut maîtriser complètement. Une mission ne sera réussie que si le formulaire ad-hoc a été préalablement rempli, validé et trois fois tamponné, tamponné de la date du jour, tamponné du nom du service et surtout tamponné rouge TAMPONNE. Sans le bordereau de retrait adapté, signé en trois exemplaires, impossible d’accéder au matériel indispensable au travail, à savoir, le crayon gris. Si le téléphone sonne ne décrochez pas, dans le cas contraire vous deviendriez responsable de la suite des opérations, donc surtout ne décrochez pas. Tamponné, validé, approuvé.

C’est Laurent qui m’a fait découvrir “Au Service de la France”, une série télé dans l’esprit d’OSS 117, petit bijou pince sans rire et pastiche du fonctionnement de l’administration.

Un petit jeune rentre comme stagiaire dans les services du contre espionnage français, une petite administration avec son colonel moustachu au look très gaulliste, Moïse, son second, quatre agents de catégorie A dont une femme, la seule, qui dans l’équipe, semble travailler et donner beaucoup de son corps. Cigarettes, poses apéros, débat sur la prime Paris-Vichy, réorganisation de la cafétéria, formulaires, tampons, salle d’interrogatoire, salle de crise avec les trois lumières rouges, code taupe et séjours à Alger, nous sommes en pleine guerre d’Algérie et au début des velléités d’indépendance de nombreux pays africains.

N’attendez pas une série d’espionnage mais plutôt une satire des rouages du système administratif français. Des épisodes de trente minutes qui bien souvent prolongent avec humour ma journée de travail. Le pire, c’est que je trouve certains passages à peine grossis. L’humour est fin, loin des farces de l’OSS 117 joué par Jean Dujardin, les éclats de rires peuvent survenir quelques épisodes après l’amorce du gag, comme par exemple avec un plan fixe de quelques secondes sur le carton du projet très controversé de nouvelle cafétéria self service remisé aux archives ou les différentes vies du costume du jeune stagiaire.

Histoires d’amours, aventures exotiques, paternités multiples sous forme d’accident du travail, initiations pour devenir catégorie A, meurtres, gestion de copropriété, cadeau de promotion, négociation d’indépendance, passé de collaborateur, agent double, détecteur de mensonge israélite, chaque épisode dévoile un peu plus les secrets des services secrets. Une série Arte à ne manquer sous aucun prétexte, surtout si vous êtes fonctionnaire.

Mes bonnes résolutions

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Le début de l’année est un bon moment pour décider de la conduite à tenir pour les 365 jours qui viennent. Après un bilan consternant, voici mes bonnes résolutions 2019 :

Boire plus, car une dizaine de bières et trois verre de vin par an, ce n’est pas assez.

Grossir. Avec mes 60 kilos tout habillé, lorsque le vent souffle en rafale, je m’envole.

Dire du mal des autres, car on ne le fait jamais assez. Et quand je pense à toutes les crasses qu’ils doivent balancer dans mon dos, j’ai de la marge.

Finir les travaux de cette fichue salle de bain avant la retraite, je n’ai pas envie d’être emmerdé par ce genres de choses à 70 ans.

Ne pas faire de sport, ça fait vraiment mal.

Ajouter « is tique » à l’extension de tous les fichiers log de mon serveur, histoire de me souvenir que je ne suis plus informaticien mais magasinier.

Débrancher internet et aller voir mes amis, encore faut-il que je souvienne qui sont mes amis.

Changer de médecin généraliste car à ce train là, c’est à l’autopsie que l’on découvrira de quoi je souffrais.

Arrêter de me plaindre constamment, oui mais bon, si je ne le fais pas, qui s’en chargera ? Bon, je vais me plaindre de manière plus convaincante alors.

Positiver. Cesser d’être l’oiseau de mauvaises augures. Il est possible que mes idées noires influent sur le destin de la planète.

Ne plus mettre de gilet jaune pour aller travailler à vélo. Mare de recevoir le soutient des brûleurs de CO², c’est pas le but, c’est pour éviter qu’ils m’écrasent. En plus, un jour, je risque de me faire arrêter pour activisme passif.

Ne pas prendre de bonnes résolutions pour l’année à venir, je ne les tiens jamais.

Cadeaux de Noël

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Peut-on définir une personne avec les cadeaux que sa famille lui offre ? Je pense que oui, du moins dans mon cas, mes enfants et ma femme me connaissent bien…

Je suis caféinomane et pendant les vacances en Italie je me régale d’expressos fabriqué avec ces petites cafetières que l’on pose sur la gazinière. Et si, je lui préfère une Senseo au quotidien, c’est pour éviter d’aggraver mon addiction. Mais voilà, ma chérie, voulant nous rappeler nos vacances en amoureux en Sardaigne, m’a offert cet engin du diable, une Rossetto, mama mia, mais sans le paquet Lavazza et les petits biscuits Mulino Bianco qui vont bien, pour que l’instant café devienne une religion, vous ne trouvez pas ça cruel ?

Je lis beaucoup de bds et j’ai hérité, il y a de ça quelques années, de la collection familiale des Astérix, série culte dans notre famille depuis Astérix le Gaulois. Chaque année, mes enfants complètent la collection de raretés, tomes perdus ou définitivement devenus illisibles. Je me souviens avec tendresse, alors qu’ils étaient encore tout petits, ils avaient cassé leur tirelire pour m’offrir un calendrier perpétuel Astérix, calendrier qui trône toujours sur mon bureau au travail. Cette année n’échappant pas à la règle, j’ai eu un Astérix (Le Secret de la Potion Magique, surtout ne l’achetez pas, même pour la collection) mais aussi un calendrier perpétuel de remplacement, celui de Star Wars, car je suis un geek fan de la saga. Star Wars va cette année remplacer Idéfix sur mon bureau au grand dam de mes collègues qui adoraient regarder une case chaque jour. Ceci dit, en 2019, je n’aurai plus de collègues alors bon.

Je suis également un lecteur, lisant tout et n’importe quoi, piquant les bouquins de mon épouse comme ses Pierre Lemaitre dont je suis fan. Ma chérie a eu la bonne idée de m’en offrir un nouveau, Couleurs de l’Incendie, histoire d’inverser les rôles, et pour une fois, de me le piquer, mais attention, pas avant que je ne l’ai lu, soyons clair.

Éternel geek, j’adore les films de science-fiction, bien qu’avec l’âge, cette soif diminue pour de nouveaux centres d’interêt. Mon film culte ? Blade Runner bien sûr ! Et sa continuation Blade Runner 2049, vue au cinéma, revue en DVD emprunté à la médiathèque. Il vient d’arriver en Blu Ray sous le sapin en plastique couvert de guirlandes et de boules multicolores. Pour une fois qu’une suite est à la hauteur de l’original.

Et pour finir cette orgie, une BD, une autre, car personne n’a songé au fait que je suis amateur de photographie. Snif, un Nikon D5 aurait fait joli entre mes mains boudinées de bébé gâté, vous ne croyez pas ? Bon, oui, c’est un peu cher et j’ai presque tout ce qu’il me faut à bien y réfléchir. Donc une BD, le tome 5 du Chat du Rabin, que je n’ai pas encore lu, car oui je sais, j’ai beaucoup de retard de lecture dans mes séries de BDs. Il faut dire que je bois trop de café, regarde trop de films de SF, lis trop de livres, voue un culte à de vielles BDs de l’enfance. Bizarrement, personne n’a songé à m’offrir de CD cette année, il est vrai que je les reçois bien souvent deux mois avant leur sortie alors bon…

Voilà c’était Noël, mon anniversaire arrivant à grand pas, je vais commencer un lobbying intense relatif à un boitier photo plein format hors de prix, mais j’ai peu d’espoir nous avons des frais maintenant. Et à priori, la fausse augmentation du SIMC de cent euros n’est pas pour nous.

Et tonton Macron, qu’a-t-il glissé sous le sapin ? Beaucoup, beaucoup plus de place dans les bureaux et un nouveau travail au 1er janvier, chouette ! Merci tonton !