Nancy Reims Troyes

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8:00-10:00 Strasbourg Nancy – 15:00 – 17:00 Nancy Strasbourg

7:30-09:00 Strasbourg Reims – 15:00-16:30 Reims Troyes

14:00-15:30 Troyes Reims – 17:30-19:00 Reims Strasbourg 

Trois journées d’une semaine ordinaire en plein réchauffement climatique et mille kilomètres pour gérer des sites sur lesquels plus personne ne s’occupe de rien. 

Après les années décentralisation voici les années restrictions. Les centres perdent leur autonomie et leur agents peu à peu. Ils restent tout de même ouverts avec personne à bord pour garder le cap.

Les effectifs baissent et la zone de responsabilité augmente, dix bâtiments dans un rayon de 450 kilomètres. C’est la tournée des grands ducs, il faut visiter nos implantations une par une pour vérifier que tout va bien. Les chefs de service travaillent à Strasbourg, Paris ou Toulouse et les agents à plus de 500 kms d’eux.

Changer une ampoule devient un casse tête, prendre rendez-vous avec un entrepreneur une mission impossible. 

Les agents sur place ne sont plus de notre responsabilité contrairement aux locaux qu’ils occupent. Sur place, personne ne veut se charger de rien. « Je travaille pour Toulouse moi, ce n’est pas mon problème. », « Machin ne fait rien alors je ne vois pas pourquoi j’aiderai. », « C’est votre problème, pas le mien. ». 

N’empêche que ces personnes là sont dans nos locaux et se plaignent lorsque quelque chose va de travers.

Il faut alors prendre la voiture, le train, l’avion pour un rendez-vous avec un électricien, un plombier, un serrurier puisque personne sur place ne veut aider et que souvent les bureaux sont vides.

Nancy 10:00, la femme de ménage prend peur lorsque je déboule dans le centre désert. 

Reims 09:00, l’équipe au grand complet (trois personnes pour 120 m2) m’accueille en sauveur.

Troyes 16:30, deux agents assez spéciaux s’inquiètent de ma présence dans leur bâtiment bordélique où rien n’a été rangé depuis ma dernière visite.

Il faut vérifier les extincteurs, changer les ampoules, commander des détecteurs de fumée, jeter les meubles hors d’usage, vérifier le ménage, écouter les doléances, prendre rendez-vous avec des entreprises, étudier l’installation de bornes de recharge, livrer du gel hydroalcoolique, vérifier le parc automobile et essayer de responsabiliser les locataires. Mission Impossible.

On se veut exemplaire au bilan carbone en achetant des véhicules électriques et, grace aux réductions d’effectifs on doit traverser la moitié de la France en véhicule thermique pour effectuer un travail qu’une personne sur place pourrait effectuer. Joli calcul ! Officiellement la masse salariale baisse et on électrifie le parc automobile, économie, écologie, officieusement on dépense plus en prestations externes et déplacements et on pollue plus car les voitures qui disposent encore d’une autonomie suffisante, sont de vieux diesel Crit’Air 3 ou 4.

Nous avons tout compris.

Le nouvel alphabet

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AE, BC, BL, CA, EJ, HT, OS, CA, OS, RAE, moi y en avoir parler comptable. 

Je découvre depuis peu un nouveau monde à la pointe du progrès, où l’initiative est encouragée et la simplification une règle d’or.

Je découvre également l’omnipotence de l’agent comptable public qui fait la pluie et le beau temps sur les administrations. 

L’achat public n’est déjà pas une mince affaire avec ses contraintes sans fin, ses règlements sur les marchés, mais sous le joug de l’agent comptable, c’est simplement l’enfer.

C’est l’agent comptable qui donne son feu vert pour payer chaque facture et comme il est tee tenu personnellement et financièrement responsable de toute erreur ou malversation, il pinaille pour un rien. 

Le RIB n’est pas rattaché au contrat ? Il réclame un  Certificat Administratif. L’agence comptable change ? Il exige un Ordre de Service. La seule pièce du marché est un devis signé ? Il lui faut la preuve que le devis signé vaut pour contrat. Le renouvellement du marché est implicite ? Il demande un document faisant foi dudit renouvellement. Les factures arrivent mensuellement au lieu de trimestriellement ? Il exige un avenant au contrat.

Nos prestataires sont théoriquement payés sous trente jours à condition d’avoir déposé leurs factures sur le portail Chorus Pro à temps. Mais c’est sans compter avec l’humeur de l’agent comptable, la bonne volonté du centre service partagé et la rigueur du prescripteur.

J’hérite d’années de contrats signés par un prescripteur qui était également l’agent comptable. Toutes  ses commandes passaient puisqu’il les validaient et payaient lui-même. C’était magique.

Aujourd’hui mon comptable est à Paris et met le nez dans tout nos contrats, des centaines de conventions passées avec autant d’entreprises. Et rien n’est dans les clous. Chaque facture est rejetée pour cause de RIB, d’échéances, de numéro de contrat, d’adresse, de document non signé, de facturation,  d’argent insuffisant sur un compte, d’engagement juridique inconnu. Des factures qui, il y a peu, passaient sans problème.

Je suis un scientifique, parachuté aux finances. Mes compétences comptables se limitent à crédit débit, surtout le second avec la carte bleue. Et depuis juillet je dois apprendre un nouvel alphabet à deux lettres composé d’Ordre de Service, d’Engagement Juridique, de Certificat Administratif, de Crédit de Paiement, de Bon de Commande et autres noms barbares qui cachent simplement des documents souvent inutiles qui servent à rassurer mon Agent Comptable.

Je passe mes journées à rédiger ces documents, à les faire signer et à les envoyer alors que je devrais planifier et suivre les entretiens des dix sites du Grand Est, gérer le parc automobile que notre direction veut électrifier, les achats pour cent-cinquante agents et préparer le budget 2022.

Désabonné

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Dans la vie j’utilise six boîtes aux lettres. Quatre pour le travail, deux privées. Les six sont ouvertes en même temps sur mon navigateur web et les notifications pleuvent sans cesse. 

Celles du travail sont peu bavardes hormis les harangues syndicales qui tombent plusieurs fois par jour. Sur les deux boîtes privées, celle à mon nom possède une activité raisonnable, musique, expéditions de colis, factures et devis, mais la seconde, celle dédiée au webzine Neoprog, connaît une activité frénétique. Sur cette boite arrivent toutes les promotions, les annonces, les demandes de contact, les notifications du webzine, les concerts, les prochaines sorties d’albums, les commentaires des lecteurs et fatalement une tonne de spams. 

Cela représente une cinquantaine de messages par jour qu’il faut trier, lire et auquel il faut parfois répondre. Comme Neoprog ferme ses portes vendredi prochain, je me suis lancé dans une vaste opération de désabonnement généralisée. 

Le plus simple fut de me désabonner de la plateforme Haulix sur laquelle arrivaient de nombreuses promotions et newsletters. Il a fallu ensuite me désabonner manuellement d’autres listes et envoyer un message à quelques contacts qui travaillent encore à l’ancienne, sans liste de diffusion. 

Cela m’a pris plusieurs heures, mais je voulais faire les choses dans les règles et ne pas juste supprimer l’adresse mail du webzine afin de ne pas saturer les serveurs internet de requêtes inutiles.

Aujourd’hui je ne reçois presque plus rien dans cette boîte et ça me fait tout drôle. Mes soirées sont soudain bien vides. Je peux m’installer dans le canapé et écouter un vinyle sans être interrompu par une notification Gmail, Facebook ou Twitter. 

A la fin de cette semaine, je fermerai mes comptes Twitter, Facebook, Gmail et Instagram avec soulagement, ne conservant qu’une adresse mail et un compte Twitter perso, sans parler du compte Flickr sur lequel je publie mes photographies bien entendu. Si vous voulez encore avoir de mes nouvelles, il faudra passer par là ou venir sur ce blog.

Après m’être vautré dans les médias sociaux, je vire à l’ascétisme. Mais que voulez-vous, c’est ma nature. Le blog va survivre à cette hécatombe numérique, du moins tant que cela m’amusera, juste pour le fun, sans contrainte d’aucune sorte, sans équipe, sans pression, sans audimat, une manière de repartir à zéro et d’explorer de nouvelles choses.

Virtualisé

Avec l’épidémie de COVID-19, l’être humain, d’ordinaire créature hautement sociale, a du se réinventer très rapidement. 

Les réunions et les cours se déroulent via écrans interposés, les médecins consultent à distance, les apéritifs entre amis deviennent virtuels, les concerts sont diffusés en streaming, les achats comme les courses se commandent via internet, le sport se fait dans le salon.

Nous sommes rentrés dans une ère numérique quasi absolue. Les rares contacts humains qu’il nous reste sont avec nos proches, les livreurs et la boulangère, tous masqués. Nous parlons à nos amis, nos collègues, notre famille via SMS, conversations téléphoniques, messageries vidéo et même plus par courrier postal. Nous assistons à des spectacles « vivants » en robe de chambre devant notre téléphone ou ordinateur, en direct ou en différé, mettant en pause le temps d’aller boire un verre ou de vider sa vessie.

Le monde est devenu fou mais avions-nous d’autres choix sinon mourir en masse ? 

Et si un jour l’épidémie cesse enfin, et que nous soyons tous immunisés, que va devenir cette génération sacrifiée ? Saura-t-elle revenir à la vie d’avant ? Retrouver les amis, voyager, se déplacer pour aller au théâtre, au cinéma, aux concerts ? Supportera-t-elle encore les contraintes des horaires des spectacles, les désagréments des salles bondées, la promiscuité avec les autres ?

Je me suis aperçu que le confinement ne m’affectait pas tant que ça. Certes mes rares amis me manquent mais je ne les voyais pas si souvent que cela auparavant. Je n’allais jamais au cinéma, ne sortait pas du restaurant ou dans les bars, commandais déjà beaucoup sur Internet. 

Les concerts que j’aime tant sont hélas à chaque fois une telle épreuve pour mon organisme que je me satisfais assez bien de les regarder à l’heure que je veux, confortablement installé dans un fauteuil, sans la route et la fatigue. J’aime bien travailler avec peu de monde dans les bureaux et les poignées de mains hypocrites comme les embrassades enrhumées ne me manquent pas. Et le couvre-feu n’impacte pas la vie déjà très virtualisée. Passé 18h je sors rarement.

Ce qui me manque le plus aujourd’hui c’est de me promener à la campagne sans masque, devoir choisir entre voir et être embué ou vivre dans le flou. Ce qui me gêne ce sont les regards des autres promeneurs que je croise, ce regard inquiet que nous avons tous face à un inconnu. Ce que je déteste c’est l’odeur du gel hydro-alcoolique poisseux sur mes mains les rares fois où je fais du shopping en ville et l’état de ma peau après trois boutiques.

La bonne nouvelle, c’est qu’au rythme actuel de cinquante vaccinations par jour, nous resterons dans la même situation jusqu’en l’an 5300, du coup nous avons tout le temps nécessaire pour nous préparer à un retour à la normalité.

A quoi ressemblera le jour d’après ? Je n’en sais rien. D’autres générations ont connu la famine, la peste, la guerre, une période glaciaire et se sont relevées alors gardons espoir.

N’empêche, j’aimerais bien boire une bière avec Domi ou Franck au comptoir de chez Paulette entre le soundcheck et les premières photos de la soirée, même si le lendemain je dois saturer mon cerveau de triptans pour ne pas souffrir me martyr et vomir mes tripes.

Le Test

Un matin je me suis réveillé avec un petit mal de gorge de rien du tout et le nez congestionné, rien de grave, le premier signal grippal de l’année.

Mais cette année, nous sommes en 2020, et quand des fous ne décapitent pas des fonctionnaires, la COVID-19 se charge de régler leur compte.

Alors, pas question de me présenter au travail en toussotant, je serais immédiatement confiné dans une pièce close, isolé de mes collègues et sans café, en attendant qu’un haut fonctionnaire décide de mon sort. 

J’ai téléphoné au médecin qui m’a invité à répandre mes microbes et peut-être virus dans son officine et à les partager avec cinq autres patients. 

Tension check, température check, respiration check, gorge, pas check. Bon c’est vrai la gorge me gratte un peu et je toussote. Sirop, corticoïdes, Doliprane, arrêt maladie. Arrêt maladie pour un rhume ? Oui car avant de retourner au travail je vais devoir passer un test.

QI ? Non PCR. Vous savez le coton tige que tout le monde redoute d’avoir dans le nez. Même pas peur, je l’ai déjà eu dans la bite. Le médecin m’arrête deux jours, le temps d’avoir les résultats du test PCR.

Vous avez entendu notre gouvernement vous aussi, priorité aux personnes symptomatiques. Bon. Je téléphone au laboratoire près de chez moi et on m’envoie bouler vers le site de logiciel libre docto. Heu… et si j’avais pas Internet moi ? J’essaye un autre laboratoire plus éloigné, pareil. Je réessaye en disant que je suis malade et que j’ai une ordonnance, pareil, pareil, pareil. Alors je me connecte sur Doctolib et découvre que la dernière fois que j’ai utilisé ce site, c’était pour ma défunte mère. Ça sent le sapin tout ça. 

Je m’escrime pendant un quart d’heure pour modifier ce compte et en désespoir de cause, devient Herveline agée de quatre-vingt-sept ans et morte depuis quatre ans. Bref. Là je découvre alors les disponibilités de rendez-vous à moins de vingt kilomètres de chez moi. Dans six jours, pas avant ! 

Sérieusement ? Mais je suis prioritaire parce que malade et avec une ordonnance et que je vais peut-être mourir de troubles respiratoires (le rhume) dans la nuit. Docto machin s’en fou comme les labos. J’ai dû mal comprendre le président où alors lui a dû mal comprendre sa ministre de la santé ou bien ils se foutent du monde ou c’est le bordel le plus total.

Je trouve tout de même un laboratoire d’analyse à plus de vingt kilomètres, paumé dans la cambrousse, qui peut me prendre dans l’après-midi, miracle ! Un gros quart d’heure de voiture dans le potage et me voila à me fourrer des contons tiges dans les narines, quelle chance !

Mais imaginons que j’ai été au RSA, sans voiture, sans abonnement Internet, parce que je n’arrive déjà pas à me loger, me chauffer et me nourrir décemment. Comment aurais-je fait monsieur docto démerde-toi ? Certains pointent du doigt le fait que le virus frappe principalement les classes sociales défavorisés, pourquoi est-ce que ça ne me surprend pas ?

Au moment où je publie ces lignes je viens d’apprendre que je sauvé. Je m’en doutais un peu aussi parce bon voila, j’ai un rhume. Je vais pouvoir retourner travailler et répandre ma crêve parmi mes collègues afin qu’ils expérimentent à leur tour l’efficacité de notre système sanitaire de crise. Bon courage les potes !

Le masque et la plume

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A la manière de la Comedia dell’arte, nous jouons tous une pièce dans laquelle nous portons des masques. En tissu lavable, en papier jetable, FFP2, chirurgical, il en existe de toutes les formes, couleurs et matières. 

Au travail nous devons porter le masque, pas le voile. Un masque pour aller et venir dans les couloirs, un masque pour travailler dans les bureaux partagés.

Un masque oui, mais lequel ? Notre employeur, qui doit fournir l’indispensable objet, a fait le choix du masque lavable, dans un souci d’écologie. 

Bien entendu, les employés n’aiment pas porter un masque et le sujet semble cristalliser tout le mécontentement actuel au travail. Les masques sont inconfortables, difficiles à nouer, trop minces, trop épais, pas jolis, difficiles à laver. Les masques fournis dans d’autres entreprises sont bien mieux que les nôtres etc, etc…

Nous disposons d’un stock stratégique composé de quatre type de masques, trois lavables contre un jetable. Officiellement, les masques jetables n’existent pas car tout le monde en réclame à corps et à cris (étouffés par le masque), que nous n’en avons pas assez et que la direction a choisi l’éco responsabilité. Les jetables sont réservés aux situations d’urgence et aux agents devant effectuer des travaux pénibles, là où le maximum de confort est nécessaire pour travailler en toute sécurité.

Bien entendu, certains ne portent pas le masque, car ils l’ont oublié, que ça cache leurs favoris ou bien qu’ils n’en voient pas l’utilité pour marcher dix mètres jusqu’au photocopieur. Bien entendu, pour fumer en bonne compagnie, boire le café entre collègues, manger à la même table, nous ne portons pas le masque comme dans le « paradoxe du restaurant » où la place assise n’est jamais contagieuse.

Nous portons majoritairement des masques lavables, sauf pour ceux qui ont acheté leurs propres masques jetables.

Ces masques, il faut les laver, à 60 degrés Celsius, après chaque utilisation. Mais savez-vous qui doit les laver ? L’agent ? Non. L’employeur !

L’entreprise doit laver les masques de ses agents ou bien les dédommager du lavage. C’est la loi. Les bras m’en tombent. Je nous vois bien acheter des machines à laver le linge et employer un agent à temps plein au lavage des masques de tout le personnel. Et comment identifier les masques d’untel ou untel ? Avec des étiquettes comme au pressing ? Pourvu qu’aucun syndicaliste ne tombe sur ce texte, car nous serions dans une merde noire.

Je pense que si cela arrivait, nous trouverions brutalement des crédits pour doter chaque personne de masques jetables. Parce que j’imagine mal l’état créer la prime de lavage de masque indexée sur le nombre de jours travaillés, minorée du nombre de RTT, des jours de grève et des congés payés.

Actuellement nous travaillons sur une répartition équitable des masques en fonction du poste occupé par l’agent, la densité de personnes autour de lui et son niveau potentiel de nuisance syndical. Un tableur Excel bourré de formules. Et vu que nous disposons de trois type de masques, et qu’un des modèles est particulièrement inconfortable, la répartition des types de masques se fera au prorata du nombre fourni à chaque agent. Je suis d’ailleurs en train de d’aiguiser mes ciseaux pour découper des quarts de type de masques A, B ou C, comme ça pas de jaloux.

Le titre de ce billet était la Masque et la plume, en référence à une émission culturelle de ma jeunesse. Le masque vous comprenez pourquoi j’espère. Mais la plume alors ? He bien, vous savez où vous la mettre la plume si vous n’êtes pas content de votre masque ?

Vous savez, j’ai un travail aussi

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Depuis plus de vingt ans je gère un webzine de rock progressif. Programmation, administration, sauvegardes, mises à jours, publications, la bête m’occupe beaucoup. Et comme il faut alimenter le site en contenu pour nos lecteurs, je chronique des albums, couvre des concerts, fait des interviews, écrit des actualités, enregistre les groupes, leurs albums et leurs concerts. Et comme pour chroniquer il faut de la musique, je sollicite les labels, maisons de disques et artistes. Et n’étant pas seul dans le webzine, il faut en plus que je partage la musique, relise le travail des autres, relance les gars pour qu’ils livrent leur prose à temps, et tout ça justement prend du temps. Je me suis fixé un rythme de publication de trois chroniques hebdomadaires, sans parler des news quotidiennes, parfois plus lors de la rentrée musicale.

Toute cette pression exigeait un exutoire alors j’ai créé un blog pour parler de ma folie, de la musique d’un point de vue politiquement moins correct, pour raconter ma vie, pour décompresser. Mais un blog, même s’il a moins d’exigences que le webzine, doit être mis à jour et surtout alimenté régulièrement en billets. Alors, depuis mon smartphone, j’écris quand me vient une idée, comme en ce moment puis je la mets en forme, cherche un titre, une image et plus tard, si le billet me semble toujours acceptable, je le publie. Je me suis fixé un rythme de deux billets par semaine, parfois je cale devant la page blanche, parfois j’en gribouille cinq en une semaine.

Le rock progressif m’a ramené à la photographie par hasard en voulant proposer des images pour les live reports. Au début j’empruntais du matériel au travail mais bien vite j’ai voulu un matériel adapté à l’exercice. J’ai retrouvé les joies de la photographie avec un reflex, un sport abandonné avec la fin de l’argentique. De photographie de concert je suis revenu tout simplement à la photo. J’ai rapidement adopté Flickr pour publier les clichés de concerts et mes premiers pas dans le numérique. Avec cette plateforme j’ai découvert le travail d’autres personnes et j’ai voulu trouver mon style. J’ai également découvert le développement numérique qui m’a définitivement rendu accroc à l’image. Au début je publiais une photo de temps en temps, en fonction de mes ballades, aujourd’hui je m’oblige à sortir une image par jour en plus des photos de concert. Trouver une idée, la photographier, la développer, la publier, l’image m’a totalement asservie.

Et comme j’aime lire, je partage mon enthousiasme littéraire sur le blog ainsi que sur Babelio, mais ça, pour une fois, ça ne me prend pas trop de temps.

Chaque jour j’écoute de la musique, publie des actualités, des chroniques ou billets, répond au médias, relis des textes, met en ligne des photos 

Mais j’ai un travail et une famille vous savez. Chaque jour je sacrifie sept heures à mon employeur, chaque jour je fais à manger, je change la caisse du chat, sort les poubelles, fait les courses, lave et étend le linge, passe l’aspirateur, la serpillière, l’éponge, la brosse à dent. Et après toutes ces activités éreintantes je trouve encore le temps de regarder une série télé, de lire un ou deux bouquins et de dormir neuf heures les bonnes nuit, sans parler des migraines qui me volent 24 heures de ma vie toute les semaines, enfin les bonnes semaines…

Les fumistes

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Ne lisez pas ce billet. Il est né de la folie du COVID-19 et je n’approuve aucunement les propos tenus ici. Si vous êtes fumeur ou syndicaliste, surtout n’allez pas plus avant, vous n’allez pas aimer. Après si vous lisez, ne venez pas vous plaindre, vous êtes prévenu.

Durant le confinement je travaillais à temps partiel dans nos locaux, nous étions quatre et à partir du onze mai, cinq de plus à temps plein. Et pour tout vous avouer, nous étions bien.

Dans les bureaux régnait une atmosphère de fourmilière, nous avions beaucoup de travail. Après un bref bonjour à distance, un café expresso, nous nous lancions dans le travail à corps perdu, réalisant après dix heures passées à courir partout qu’il était temps de rentrer à la maison.

Je pouvais travailler fenêtre grande ouverte, dehors aucun un bruit ne venait troubler les grenouilles et aucune odeur n’empuantait l’air. Mais où se trouvaient donc tous les fumeurs ? Chez eux en télé tabac.

Fin juin, les couloirs se sont remplis avec le débarquement des touristes. Les rires ont fusé dans les locaux et les bureaux furent rapidement encombrés de conversations animées. La vie reprenait son cours normal. Les fumées de cigarettes remontaient jusqu’à ma fenêtre et des remarques du CHSCT fleurissaient toutes les cinq minutes : il nous faudrait, on ne devrait pas, les agents sont, la direction devrait…

Attention ne faites pas d’amalgame, tous nos syndicalistes ne fument pas, par contre tous nos fumeurs sont syndicalistes.

Sous ma fenêtre, les fumeurs refaisaient le monde, repensaient la sécurité des agents, remettaient en cause des organisations pensées pour eux, exigeaient des produits en rupture de stock depuis début mars, établissaient de nouvelles règles alors qu’ils n’étaient pas fichus de respecter celles en vigueur.

Une fois revenus de leur pose nicotine, ils erraient d’un bureau à l’autre pour discuter, prendre la température avant de rentrer chez eux télé discuter pour quelques jours. 

⁃ Et toi, tu viens combien de fois par semaine ?
⁃ Tous les jours.
⁃ Tous les jours ? Depuis quand ?
⁃ Depuis toujours.
⁃ Heureusement que tu es là quand même parce que sinon on aurait fait comment sans toi.
⁃ Excuse-moi mais j’ai pas mal de choses à traiter aujourd’hui.
⁃ Ha ? Bon bon, je ne dérange pas plus alors… Mais en fait, j’y pense, tous les agents devraient avoir du désinfectant et des masques, vous allez faire quoi ?
⁃ Les masques ont été distribués et il y a du gel hydro alcoolique à tous les étages en plus de flacons individuels, tu as eu tes masques non ?
⁃ Oui, mais… c’est pas pratique un masque.
⁃ Pour fumer ? Non c’est clair. Nous on les met pour travailler en fait.

Ne trouvant pas de support chez les non fumeurs, les fumeurs se réunissent sous les fenêtres pour bâtir un nouveau monde meilleur à leur image, plein de cendriers auto nettoyants, de masques percés d’un petit trou, de gel hydro alcoolique compatible avec le bronzage intégral et de réduction du temps de travail à huit heures hebdomadaire avec une journée en télé travail avec revalorisation du point d’indice. Car manifestement, étant donné le nombre de dossiers déposées après la crise sanitaire, le télé travail, c’est pas si mal, même si on ne peut pas papoter devant une clope et même si les syndicalistes y étaient totalement opposés lors des précédentes réorganisations à cause des risques psycho sociaux.

La tempête

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Depuis le début, les marins se tinrent sur le pont, bravant la tempête. Les passagers eux, restaient assis en fond de cale, vomissant leurs tripes, plus par peur de mourir que par la faute de la mer déchaînée. Certains priaient, hurlaient de terreur, d’autres voulaient sauter par dessus bord et l’équipage, malgré ses propres craintes, était à leur côté pour les rassurer. Les matelots avaient tendu des hamacs afin que les voyageurs supportent mieux le roulis, le charpentier avait réparé la coque là où se produisaient des voies d’eau, le capitaine avait préparé les chaloupes au cas où le navire sombrerait dans les eaux froides, le cuistot leur avait fourni des couvertures et du bouillon chaud pour qu’ils n’aient pas froid alors que les hommes étaient trempés jusqu’aux os sur le pont.

La tempête s’est apaisée même si la mer menace toujours. Le barreur navigue à vue, changeant de cap tout le temps pour éviter les récifs, se fiant à la lumière des phares pour trouver son chemin au milieu des trombes d’eau.

Les passagers livides remontent sur le pont, certains se sont souillés et la plupart semblent encore malades. Trop heureux de sortir de la cale malodorante, ils courent sur le pont au mépris du danger et rient de voir les marins agrippés à un bout de corde pour éviter la prochaine déferlante. Ils demandent au capitaine de détacher les chaloupes qui encombrent le pont et de remettre plus de voile pour rentrer à bon port. Ils jettent les couvertures souillées par dessus bord, persuadés qu’ils n’en n’auront plus besoin.

Mais une nouvelle ligne de grain approche, l’équipage ne le sait que trop bien. La tempête peut durer encore plusieurs jours, ce n’est qu’une accalmie. Les passagers se moquent maintenant des marins épuisés lorsqu’ils leur recommandent de redescendre à l’abri, certains les insultent même alors qu’ils tentent de protéger leurs vies. Si l’un d’entre eux passait pardessus bord, le capitaine serait accusé de négligence mais si l’un d’entre eux se voit contraint, pour protéger le navire et ses occupants, il proteste vertement.

En attendant le prochain coup de vent, les hommes veillent sur le pont, épuisés, frigorifiés, scrutant l’horizon et ses sombres présages. Les passagers se reposent, au sec sous la coque des chaloupes qu’ils ont renversée en guise de toit, inconscients du danger qui les menace, pestants contre la longueur de cette traversée qui n’en finit pas et de l’inconfort du navire.

La peste et le choléra

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Pourquoi ne pas emprunter à JPL le titre de ce billet ? Il convient parfaitement à la situation.

Les écoles ferment, les tournées de concerts s’annulent les unes après les autres, les restaurants baissent leur rideau de fer, les services publiques fonctionnent au ralenti, les frontières hermétiques sont rétablies, l’épidémie est bien là.

Ai-je peur ? Non. Je ne me suis pas rué dans les supermarchés pour remplir les placards et le congélateur, au pire je mangerais d’abord le chien des voisins, ensuite mon chat puis les enfants. Suis-je parti loin de la civilisation pour échapper au virus et à l’angoisse générale ? Non plus. J’aime bien ma maison, elle contient plein de livres, de BDs, de CDs et de DVDs pour passer le temps. Et puis il faut que j’aille quand même travailler.

Chez nous les agents sont invités à rester à la maison en télétravail, autant dire que le bâtiment est désert. Pour ma part, je fais une rotation avec un collègue pour assurer le fonctionnement du centre, un jour sur deux à arpenter les couloirs déserts et à vérifier que tout fonctionne correctement.

Hier soir, je suis allé à Karlsruhe en catastrophe récupérer le fils d’un ami qui fait ses études là bas. Les frontières fermaient à 8h00 se matin, pour combien de temps, quinze jours, un mois, deux mois, trois mois ? Sa famille habite Toulouse. Le temps de faire la route pour venir le chercher, le filtrage au poste frontière aurait déjà été mis en place. La folie !

Toutes ces mesures, je les comprends et je les approuve. Il faut endiguer l’épidémie, faire en sorte que les hôpitaux puissent accueillir les patients les plus atteints sans avoir à choisir entre deux malades, faute de place.

Ce qui me turlupine par contre, c’est pourquoi si tard ? Pourquoi ne pas avoir réagi tout de suite, lorsque l’épidémie était à notre porte ? Peut-être que si des mesures radicales avaient été prises tout de suite, nous n’en serions pas là aujourd’hui. Car en Espagne et en Italie, les autorités vont plus loin encore, imposant une quarantaine quasi totale à la population. A quand notre tour ?

La peste et le choléra. La santé et l’économie. Car l’économie s’effondre, inévitablement. Ce stupide système boursier qui vacille au moindre mouvement de panique de la populace est en pleine déroute. Entre le cours du baril qui plonge et les actions des entreprises qui s’effondrent, nous nous approchons à grand pas de la crise de 29. Le chômage va exploser, les PME mettront la clef sous la porte, les fonctionnaires ne seront plus payés, l’état sera en faillite ?

Nous sommes en plein scénario post-apocalyptique. Les rues se vident, les gens se battent pour un paquet de pâtes, les médiathèques sont fermées nous laissant à court de séries TV et de livres. Des personnes louches rôdent sur les trottoirs, toussant dans leur manche, le facteur ne passe plus garnir la boîte aux lettres de disques, les chanteurs éternuent pendant leurs interviews, les promeneurs s’observent à distance et le soleil brille sur la campagne. 

On dirait que la nature se fait une joie de cette épidémie, le taux de CO2 baisse dans l’atmosphère, le prédateur bipède se fait très rare, le chant des oiseaux n’est plus couvert par le bruit des automobiles, les boeufs ne finissent plus entre deux tranches de pain de mie et de ketchup, le printemps arrive, Gaia est en fête.

Bon, puisque je ne peux pas bosser, que le soleil brille, je vais aller m’occuper du jardin, au calme, tondre la pelouse, semer des graines, nettoyer les allées et jouer avec le chat. Portez vous bien, sortez couverts.