Out Of This World

Image

Three hundred miles an hour on water
In your purpose-built machine
No one dared to call a boat

N’avez-vous jamais rêvé de vous trouver en bout de piste, de pousser les gaz à fond et de rouler sur le tarmac ? Allo Papa Tango Charly ! Moi j’en ai rêvé longtemps et le fantasme est devenu réalité. Ciel bleu quelques cumulus médiocris, visibilité supérieure à 10 km, CAVOK en termes d’avionique et de météo. Le moteur rugit, le capot se soulève, les roues mordent le béton et la machine fonce sur la large bande grise qui se perd à l’horizon. Deux silhouettes dans la tour me surveillent, au retour j’irai les saluer. Sur le bord de piste, entre le taxiway et le seuil 27, d’immenses tondeuses patientent sous le soleil que j’ai terminé mon accélération.

50m, 100m, 200m, la machine vibre, le vent souffle, le moteur bondit. 400m, 800m, un virage à gauche, l’herbe se rapproche dangereusement, la machine vacille.

Allô Papa Tango Charlie
Vous vous dirigez plein sud
Vers le triangle des Bermudes

1000m, je freine, les pneus crissent, le bolide passe du béton au gazon, ralentit puis s’immobilise près d’un enclos grillagé. Le moteur s’arrête, nous sommes arrivés. Les tondeuses reprennent leur valse lente, nous évitant prudemment. Les deux silhouettes dans la tour jettent un regard dans notre direction, pas de casse, tout va bien.

Je descends de l’habitacle, contourne le bolide, ouvre le coffre, sort l’ordinateur durci, le trépied, les jumelles laser, me voilà arrivé. La Clio de service est garée sur la pelouse, à côté de la station automatique, située entre un taxiway et la piste 27, en Lorraine profonde. Je suis au boulot.

2.50 m

Qu’arrive-t’il à une particule lorsqu’on lui applique une translation verticale uniforme orientée vers le bas ? La particule se déplace du point A au point B, A étant au dessus de B. Entre d’autres mots, la particule descend.

Généralisons cette translation à un nuage de points. Le résultat reste le même. L’ensemble des points se déplace d’une distance d(A,B), conservant la même organisation structurelle à l’arrivé.

Appliquons cette fois la même translation à un objet réel. La translation est alors contrainte par l’environnement de l’objet, la nature de l’objet (solide, liquide, gazeux), les obstacles l’entourant, ceux qu’il va rencontrer sur le chemin à parcourir et le milieu dans lequel va se déplacer l’objet. Le problème devient complexe.

Pour simplifier, commençons par un cube rigide flottant dans l’air et devant se déplacer de 2,50 m. Le cube va simplement se retrouver 2.50 m plus bas sans subir aucune déformation.

Maintenant, supposons qu’entre le point A et B, se trouve un obstacle. Par exemple une dalle de béton de 20 cm d’épaisseur. Notre cube, sauf s’il est immatériel, ne pourra plus suivre une ligne droite de A à B, faute de quoi il heurtera la dalle au bout de quelques centimètres. L’objet va donc devoir suivre un autre chemin pour accomplir sa translation.

Selon la configuration des lieux, le chemin à parcourir sera plus ou moins long et complexe voire impossible.

Imaginons pour notre exemple, que la dalle soit percée d’un trou à cinq mètres du point A. Ce sera notre point C. Ajoutons un point D à 2.50 m en dessous du point C pour traiter notre problématique. Le trajet de notre cube pour effectuer la translation sera donc le suivant : A-C-D-B soit une distance de 5.00+2.50+5.00=12.50 mètres pour une translation effective de 2.50 mètres.

Compliquons encore un peu. Notre objet n’est plus un cube, mais un ensemble de tissus souples, de fluides et de gaz. Lui aussi va devoir emprunter le trajet A-C-D-B pour effectuer sa translation. Les déplacements d’abord horizontaux puis verticaux et à nouveau horizontaux vont inévitablement déformer quelque peu son enveloppe et sa structure interne. Nous n’avons plus à faire ici à une structure cristalline basique mais à un assemblage complexe d’éléments. Notre objet, globalement sphérique au point A, risque d’arriver sous forme de galette au point B après avoir subit des accélérations transversales et une chute de 2.50 m. L’objet pourrait même ne pas résister à ce traitement et exploser au sol, au point D, avant même d’arriver jusqu’en B. L’expérience effectuée à Berkeley avec une tomate bien mûre en a fait la preuve.

Pour éviter ce risque destructif, imaginons une rampe partant du point C et rejoignant un nouveau point E situé en bas de celle-ci. Notre tomate devra alors suivre un nouvel itinéraire A-C-D-E-B, comprenant la longueur de la rampe (4.00 m). La distance d(E,D) se calcule avec le théorème de Pythagore a²=b²+c² (triangle rectangle) où a est la distance d(C,E), b la distance d(A,B) et c la distance d(E,B). 4²=2.5²+d(C,E)². Nous en déduisons que d(C,E)=3.12 m. et itinéraire A-C-D-E-B 5.00+4.00+3.12+5.00 =17.12 m. Nous sommes très loin des 2.50 m initiaux. Tout ça pour une tomate.

Et si notre objet était un homme ? Nous transformons la rampe en escalier. Le point A est un bureau situé à l’étage, le point B, un bureau situé juste en-dessous. Le trajet serait le même 17.12 m, une distance effectuée en quelques secondes sans se presser à pied.

Et si notre objet était un fonctionnaire ? Le point A son ancien poste à l’étage, le point B son nouveau poste au rez de chaussée. Pour aller de A à B en passant par C,D,E, la distance est la même, 17.12 m. Le temps pour effectuer ce chemin sera par contre nettement plus long. 7 ans d’attente au point A, 6 mois pour obtenir le droit de descendre, 30 secondes pour descendre et s’asseoir enfin au point B.

Question. Le fonctionnaire a t-il été affecté par cette translation verticale de A à B ? Il semble que oui.

Le temps des changements

Image

Je n’ai eu qu’un seul employeur dans ma vie même si j’ai connu quelques changements géographies : Toulouse, Paris et Strasbourg. Un seul employeur et de très nombreux métiers : observateur, prévisionniste, administrateur système, chargé d’études, développeur, climatologue…

Un fonctionnaire, après un socle commun de formation, peut être amené à occuper bien des fonctions, pas forcément en corrélation directe avec ses compétences réelles. Il peut voir son service fermer, être obligé d’aller ailleurs, subir une réorganisation territoriale, vouloir évoluer dans sa carrière, devoir changer de centre, demander un nouveau poste.

Je n’étais pas destiné à devenir prévisionniste, ayant plus la fibre déterministe qu’entropique. Les machines me parlent, les éléments nettement moins, ne parlons pas des êtres humains. Dès que j’ai pu, j’ai tenté de trouver un poste en meilleure adéquation avec mes compétences.

Ce furent tout d’abord trois années d’administration système et de hot line sur des systèmes Windows. Les ordinateurs me comprenaient. J’avais par contre nettement plus de mal avec les utilisateurs. Les milliers de kilomètres passés sur la route pour aller rebrancher une prise eurent rapidement raison de ma santé mentale.

Après quelques détours et dix années de carrière j’arrivais enfin dans un service de développement informatique où je me m’épanouissais pleinement, travaillant sur des projets d’envergure, collaborant avec des équipes dans toute la France. Une parenthèse bénie et passionnante qui se termina par une brutale réorganisation. Les unités de développement fermaient leurs portes dans les régions.

Le poste proposé en remplacement, comme la nouvelle équipe, n’étaient pas du tout à fait à mon goût. Alors je décidais, histoire de montrer mon désaccord, de demander une autre affectation, la climatologie, métier que je connaissais pour l’avoir pratiqué quelques années auparavant, et qui requérait de nombreuses compétences informatiques.

Mais entre temps le métier avait changé, l’automatisation et certains projets dans lesquels j’avais trempé, avaient transformé un travail de spécialiste (programmation, SQL, statistiques) en simple utilisation d’outils tout en un qui bossaient à votre place. Par chance, il restait quelques domaines, où l’expertise humaine était encore indispensable, donnant un peu de piment aux journées de bureau. Les années passant, le besoin d’expertise diminua ainsi que la charge de travail pour en arriver à trouver le temps long. Il faillait bouger.

Mais bouger était devenu complexe : moins de centres, moins d’agents, moins de postes et plus de contraintes familiales. Il me faudra attendre sept années avant de trouver un poste qui puisse me convenir, un métier totalement différent, loin de l’informatique qui évolue tellement rapidement que je suis aujourd’hui totalement dépassé.

Je vais rejoindre la gestion de notre réseau d’observation, parcourir le Grand Est en voiture, rencontrer nos observateurs, évaluer des sites, faire de la paperasserie également. Une gestion administrative et de terrain qui va me changer d’air pour quelque temps.

Il est probable que ce nouveau métier aie des conséquences directes sur le webzine et le blog. Je serai sans doute (du moins je l’espère) plus occupé, donc moins disponible, au moins le temps d’apprendre le travail. Je serai également souvent sur la route, déconnecté d’internet, bref, je vais vous enquiquiner moins souvent. Cela tombe bien puisque de que suis en pleine cure de désintox.

Alors ne prenez pas peur, je ne serai pas mort (enfin je l’espère), juste moins présent sur Internet.

C’est de notre faute

Image

Ben oui, c’est bien connu, si le monde ne tourne pas rond, si il y a autant de chômeurs, si les dépenses publiques explosent, c’est de notre faute, à nous, les fonctionnaires.

Non remplacement d’un agent sur deux, ça me rappelle vaguement quelque chose. Gel du point d’indice ? Vous savez qu’il ne faut pas recongeler un produit une fois qu’il a été décongelé ?

Qui parle d’austérité ?

Le point d’indice, je m’en tape, sans doute car je suis en fin de carrière, quasiment au taquet et que les primes compensent le salaire de base. Mais je fais partie des privilégiés de la fonction publique, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne, loin de là.

Le non remplacement d’un agent sur deux, là par contre c’est une autre affaire. Les usagers râlent de la déshumanisation des services publics, de l’absence de conseil, et des prestations devenues payantes. Les couloirs se vident, les cheveux  blanchissent et il y a pas de relève pour pousser nos fauteuils roulants. Va-t-on laisser les services mourir de vieillesse et les fermer un par un à chaque pot de départ ? L’impression de devenir inutile est un sentiment terrible lorsque l’on travaille.

Il serait possible de faire des économies, déjà en dégraissant les étages supérieurs de la pyramide qui ressemble de plus en plus à un cube. Il serait possible également de remercier quelques parasites qui ne font même pas l’effort de rester dans les bureaux pendant leur temps de travail (mais non vous comprenez, c’est une personne en souffrance).

Après des années d’opulence, de dépenses, de projet pharaoniques avortés, de voyages en avion aux frais de la princesse, de sureffectifs, de recrutement à la pelle, l’heure est aux vaches maigres, à la chicoré dans le café et aux locaux déserts.

La dernière grande idée serait de reclasser une partie des techniciens en ingénieurs, comme ça d’un coup de baguette magique. Non seulement cela coûterait cher à l’état, ben oui, un ingénieur est mieux payé qu’un technicien, mais en plus cela créerait une fracture de plus dans un établissement bien fragilisé. Qui deviendra ingénieur, lui, elle, moi ? Et sur quel critère ? A la tête du client ? Une grande idée qui nous promet d’intéressantes discussions. Où réside la logique dans tout cela ?

Les vieux

Image

Depuis combien d’années n’ai-je pas vu une tête blonde ? Un arrivage de chair fraîche tout droit sortie de l’école ?

Fut un temps, l’été venant, nous recevions notre cargaison de jeunes diplômés, piaffants d’impatience de se mettre au travail, bourré d’envie, de dynamisme et d’idées. Du sang neuf qui coulait à flot dans les veines des services, oxygénant les cerveaux et renouvelant le cheptel.

Dans la fonction publique, la réduction de personnel se fait par le non remplacement des agents qui partent à la retraite (il y a pire et bien plus brutal j’en conviens). Les centres ferment les uns après les autres, les missions changent, déplaçant des fonctionnaires fatigués, parfois aigris vers de plus grandes unités. La démotivation gagne en ampleur avec ce mécanisme migratoire forcé. La moyenne d’âge augmente avec son lot de petites misères, d’arrêts maladie de plus en plus nombreux, de fatigue et de manque de motivation.

La machine fatiguée n’a plus de pièces de rechange. Les pannes sont de plus en plus fréquentes. Les engrenages grippés ne tournent plus. Chaque mois voit sa nouvelle réorganisation, les tâches sont redistribuées, les fonctions changent d’appellation et quelques agents disparaissent mais le travail reste le même.

Je me souviens d’un bâtiment débordant de vie, de bureaux remplis à craquer, nous envisagions même la construction d’une extension. Aujourd’hui les couloirs ressemblent aux rues de Pripyat, les pièces abritent des chaises et tables poussiéreuses. Les téléphones sonnent dans le vide et bientôt des déambulateurs useront le linoléum.

Avec 30 ou 40 années de services, après plusieurs mutations forcées, réorganisations, changement de politique, ILS vous demande d’être motivé, proactif, à la pointe du progrès. Les rares agents de moins de 30 ans qui arrivent encore chez nous se dépêchent de s’enfuir du mouroir, démotivés par le travail qui leur est proposé. Il ne reste que des vieillards, ombre d’eux-même hantant les couloirs, attendant leur départ prochain, le sordide pot de retraite où ne se retrouve plus que des têtes blanches, sorte de cérémonie du Soleil Vert de la fonction publique.

Fut un temps, l’été venant… Personne cette année, et l’an prochain ? Quatre recrues pour 2018 sur la France entière…

Mission polaire

Image

L’éloignement, la solitude, la blancheur, le froid, le silence. Je poserai bien mes valises pour quelques semaines en Terre Adélie à condition que l’on m’y téléporte, parce que la traversée à bord du Marion Dufresne II, sans façon, de toute manière en ce moment l’océan doit être gelé. Sérieusement -40°C, mieux qu’au congélateur, la nuit permanente pour dormir tout son saoul au froid, quel pied !

Parce que là, avec +40°C en plein soleil, les voisins qui braillent jusqu’à point d’heure, le réveil qui sonne trois heures après pour aller bosser dix heures dans un bureau vitré sans climatisation, ça n’est juste plus possible. Mes doigts collent au clavier, mon tee shirt dégouline et le ventilo poussif arrive à peine à donner une vague sensation de brise chaude. Mon cerveau doit ressembler à du slim vert en ce moment.

Nous ne sommes même pas encore en été officiellement, c’est demain, et nous avons déjà explosé maints records de température, l’horreur ! Demain 22°C au réveil, 38°C de au plus chaud sous abri. Sous abri cela signifie à l’ombre, dans un abri blanc ventilé en PVC, imaginez en plein soleil… Mon seuil de confort se situe autour des 25°C, on y reviendrait jeudi prochain d’après les modèles. Mais d’ici là je fais comment pour survivre ?

Je vais sortir du freezer quelques des glaçons et me construire un igloo, comme les inuits avant que la banquise ne disparaisse totalement. Je vais aller piquer une tête à La Rochelle avant que le niveau de l’océan ne rejoigne la ville de Niort. Je vais profiter des derniers hivers froids avant que notre atmosphère ne se réchauffe de quatre degrés.

L’idée du siècle, c’était de partir en vacances dans le sud cet été alors que l’on suffoque au nord. Dans le sud d’accord, mais bien en dessous du tropique du Capricorne alors. Vivement d’automne !

Corde raide

Je suis sur la corde raide. C’est avec des bouts de ficelle que je rafistole non agenda gribouillé, inventant des heures qui n’existent pas et ajoutant des jours dans le calendrier. Bien pratique la vingt cinquième heure du trente deuxième jour du mois pour caser l’interview retard. Entre le nœud plat pour fixer le cordier du violoncelle de ma femme, la connectique du home cinéma, les tendeurs pour palisser les arbres fruitiers et le nœud coulant pour le burn-out je me prends les pieds dans les câbles du micro au pied de la scène, à la recherche d’un coin pour dormir en pelote. Je perds mon self contrôle en démêlant les boucles de mon casque de baladeur, peinant à suivre la trame d’un concept album mal ficelé. Le temps file de plus en plus vite, les nuits élastiques sont au point de rupture, il faut que je dorme. Je vais jeter l’amarre, partir en croisière au loin et courir en string sur le pont du navire. Plus personne au bout du fil, pas de câble ethernet à connecter, aucun fil d’actualité à suivre; des vacances ! Plus que deux cent photos à développer, une interview à boucler, dix albums à chroniquer, trois live reports à publier, soixante vaisselles à nettoyer, cinq caddies à remplir, dix poubelles à sortir, vingt réveils à six heures du mat et je serai dans la file d’attente pour l’embarquement.

Débordé

Débordé, je suis débordé de toutes part. Entre le nouveau Zelda sur la Switch qui me bouffe toutes mes soirées, les épisodes de l’excellente série The Colony sur TF1, la chronique du dernier JPL, la traduction de l’interview du groupe Defying, la gestion des news et promotions du webzine, des heures passées dans les cabinets médicaux, les compétions de tennis de table de mon gamin, les concerts et le data rescue je n’ai plus de temps à moi. Non content de cela, je me suis mis en tête de tenir un blog pour raconter ma vie sans intérêt.

Alors même si j’ai une furieuse envie de vous parler du vote utile aux prochaines élections, je n’ai pas le temps, désolé. Sachez simplement que je ne voterai pas utile pour une fois, j’ai déjà donné avec Chirac et Sarkozy (j’ai encore un goût de vomi dans la bouche), alors non.

Sinon pour revenir à l’essentiel, Zelda, Breath of the wild, est vraiment une tuerie, graphiquement comme pour l’univers. Outre la totale liberté de mouvements, les quêtes principales et annexes, le monde dans lequel se déroule l’aventure est fabuleux, immense et beau. Seul hic, je suis vraiment nul aux jeux vidéos, je meurs toutes les minutes… Mon gamin, qui a quasiment achevé l’histoire, me nargue en permanence. C’est vraiment agaçant. Du coup je suis bien obligé de passer des heures sur cette console dont la batterie s’épuise ou bout de trois, pour essayer de rattraper mon énorme retard. Alors si je chronique moins, ne cherchez pas la cause très loin, c’est la faute à Zelda. Ce qui me fait très peur, c’est l’arrivée imminente du Mario Kart 8 fin avril, là je vais vraiment avoir un gros problème.

Note : à l’instant où je poste ce billet, j’ai terminé la traduction de Defying, la chronique de JPL et le data rescue de 1923 à 1939 et là je corrige toute les fautes que je viens de lire. Je suis trop fort, je vais pouvoir jouer à Zelda ce soir.

Usine à gaz

Durex veut tester la solidité d’un préservatif XXL. La direction rédige donc un ordre de mission pour leur bureau R&D afin de procéder aux tests de résistance.

Le R&D commande à un bureau d’étude des contrôles de résilience sur ses baudruches en latex.

Le bureau d’étude passe commande du travail à un expert en résistance des matériaux. L’expert contacté, enregistre la demande dans un logiciel sophistiqué qui transmet au service de gestion le besoin du bureau R&D. Le service de gestion demande à l’expert de chiffrer le travail via un formulaire informatique. L’expert s’exécute et notifie le service de gestion qui notifie l’unité comptable afin qu’elle produise un devis. L’unité comptable produit le devis et notifie, via le logiciel, le service de gestion. Le service de gestion notifie l’expert que le devis est prêt. L’expert valide le devis via le merveilleux logiciel. Le service de gestion notifié, demande via un formulaire informatique à l’unité comptable d’envoyer le devis à l’expert. L’expert reçoit et transmet le devis au bureau d’étude, bureau d’étude qui produit alors un nouveau devis comprenant sa marge et puis l’expédie au service R&D. Le R&D met sa griffe et fait remonter la facture à la direction de Durex. Durex signe, renvoie le document, le R&D met sa griffe, l’expédie le devis signé au bureau d’étude, le bureau d’étude signe le devis de l’expert et le lui renvoie, l’expert importe le document dans le logiciel fabuleux, le service de gestion est notifié de la signature du devis et notifie à son tour le comptable qui donne son feu vert pour le début de l’expertise via le logiciel sophistiqué.

L’expert reçoit une notification comme quoi l’expertise peut débuter. Il ajoute une entrée dans le logiciel pour signaler qu’il est prêt et qu’il lui faudrait un préservatif. Le service de gestion contacte le bureau d’étude qui contacte le R&D qui contacte la direction de Durex qui demande au R&D d’envoyer un préservatif au bureau d’étude. Le bureau d’étude reçoit le petit carré argenté, qu’il expédie via un coursier au service de gestion. Le service de gestion notifie une fois encore l’expert pour lui signaler que l’objet est arrivé. L’expert se tourne de 90° sur son siège vers le bureau du service de gestion et lui demande le carré magique. Le gestionnaire lui tend l’objet de l’étude et retourne à son logiciel formidable.

L’expert peu alors travailler. Il défait l’emballage argenté d’un coup de dent rageur, sort le latex rose et flasque de son emballage, souffle dedans pour le gonfler un peu et là l’objet éclate. Fin de l’expertise. L’expert tape son rapport dans le logiciel aux multiples fonctionnalités et clôt son action. L’agent du service gestionnaire, qui enlève les morceaux roses qui parsèment son clavier, reçoit la notification de travail terminé de l’expert avec le rapport de deux pages. Il notifie le service comptable afin de produire une facture ce que s’empresse de faire le voisin de gauche de l’expert, assis au même bureau. La facture est importée dans l’extraordinaire application et envoyée par mail et par courrier recommandé avec accusé réception au bureau d’étude un étage au dessus. Le bureau d’étude s’empresse de générer une nouvelle facture qui vient compléter celle déjà présente dans le logiciel magique et la transmet au R&D situé de l’autre côté du couloir via le réseau local et le service courrier. Le R&D, notifié par un fabuleux logiciel, reçoit facture et rapport. Il rédige alors un nouveau rapport (copier-coller, changement d’entête, des fonctionnalités prévue dans le tout puissant logiciel), préconisant de revoir la production des préservatifs incriminés et le  transmet à la direction, le gars en face de lui, via un logiciel que nous connaissons bien maintenant, puis notifie le service comptable à l’étage en-dessous de payer la prestation du bureau d’étude. Le comptable s’exécute, crédite le montant des deux factures à Durex et débite également les même montants sur d’autres comptes du groupe puis il notifie le service de gestion que le dossier peut être clos.

Certains jours, je gonfle des ballons dans mon bureau, cela me prend quelques secondes. Cette saine activité récréative fait travailler un directeur, un bureau d’étude, un service R&D, moi même, l’agent comptable, le service courrier et quelques développeurs à temps plein.