Trois semaines et trois jours

Image

L’année deux-mile-vingt fut éreintante et elle n’est pas terminée. Pendant que certains télé travaillaient j’étais au front. Et comme les bureaux restent déserts, depuis mars je fais le travail de deux personnes, des fois un peu plus.

Ma première semaine de congés de l’année, je l’ai posée début juillet pour bricoler dans la cuisine laissée en plan depuis Noël et me reposer avant que je ne craque pour de bon, pas vraiment des vacances en réalité.

Alors début septembre, j’ai oublié le travail pour presque un mois. Je devais installer mon petit dernier près de Lyon pour ses études, peindre les murs de la cuisine et surtout partir en vacances, loin de la maison, histoire de couper avec la routine, même pour une destination peu exotique comme La Rochelle. Location à vingt mètres du sable chaud, restaurant en bord de mer, paysages magnifiques, couchés de soleil à tomber par terre, baignade quotidienne, le paradis sur terre. J’ai déconnecté complètement.

Après trois semaines sans portable qui sonne sans cesse, sans boite mail qui se remplit plus vite que je ne peux lire son contenu, il a bien fallu revenir.

Mon mail débordait d’urgences non traitées, de travail pas fait, de réunion manquées, de réclamations ignorées, de messages de syndicats, de communications de la direction, de décisions inutiles, de publicité et de spams indésirables. Tout le monde semblait content de me revoir, chacun avec son masque sur le visage et ses questions sur le bout des lèvres. Il m’a fallu trois jours pour absorber le plus gros des urgences catastrophiques, des nouveautés à maîtriser tout de suite et pour découvrir l’ampleur du désastre. Mais qu’avait fait mon collègue ? Il avait acheté un vélo pliant, monté quatre fauteuils, commandés des masques jetables sans les distribuer, du gel hydroalcoolique alors que nous en avons des litres et ignoré tous les mails pénibles ou urgents dont il ne voulait pas s’occuper. Il avait également ignoré la petites liste de dossiers que je lui avait préparé il qu’il fallait suivre absolument. Je l’aime bien quand même et il part à la retraite dans moins d’un an. En juin je risque d’être tout seul.

En trois jours j’ai brûlé tout le bénéfice de trois semaines de congés. Je suis à nouveau rincé, stressé, débordé. Il me faudrait trois nouvelles semaines de vacances, tout de suite !