Karfagen – Land of Green and Gold

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Vous le savez sans doute, l’armée russe est entrée en Ukraine le 24 février dernier et depuis, des millions d’habitants fuient les villes bombardées, pour se réfugier en Europe et ailleurs.

Antony Kalugin (Sunchild, Akko, Hoggwash et Karfagen) compte parmi ces réfugiés et comme je suis sa carrière depuis assez longtemps, j’ai commandé il y a peu son album Land of Green and Gold. Ma manière de soutenir l’Ukraine contre l’envahisseur.

Je n’ai pas encore totalement compris les enjeux de l’invasion russe en Ukraine je l’avoue. Je suis un gros nullos en géopolitique. Mais une guerre aux frontières de l’Europe, ça fait froid dans le dos. Surtout lorsque l’agresseur dispose du plus gros arsenal nucléaire mondial. Et puis d’instinct, j’ai tendance à défendre le petit poisson contre le gros requin.

Parlons musique si vous le voulez bien, malgré cette actualité explosive. On est là pour ça non ? Karfagen est un projet quasi instrumental de rock progressif symphonique à tendance néo-prog. Un projet avec profusion de claviers pas toujours très vintages, joués par Antony.

Sept musiciens jouent aux côtés d’Anthony, ajoutant aux claviers, flûte, accordéon, saxophones, basses, guitares et batterie. Dix neufs titres qui voyagent du prog symphonique à la fusion, de l’art rock au canterbury en passant par le néo-prog. Un programme varié, indispensable pour ne pas tourner en rond sur ces deux disques.

‘Garden of Hope’ en deux parties est l’unique titre chanté de l’album avec ‘The Blossom’ présent sur le disque bonus. D’habitude j’apprécie les instrumentaux qui cassent le rythme des albums trop chantés. Ici c’est exactement la même chose, mais à l’inverse. Vous voyez ce que je veux dire ?

Le disque bonus n’est pas composé de rushs d’enregistrements mal fichus. Il propose de très belles pièces comme ‘Horizons Part 1’ où la guitare d’Andrey rappelle les sonorités de Steve Hackett. Ces bonus sont d’ailleurs nettement moins fusion que l’album Land of Green and Gold, des pièces plus proches du rétro prog et cela convient assez bien à mes oreilles.

J’aime particulièrement ‘Pastoral’, ‘Land of Gold’, ‘Horizons Part 1’, ‘Shape of Green’ et ‘The Blossom’. Vous noterez au passage que je préfère nettement plus le disque bonus à l’album original en fait. Personne n’est parfait.

Le principal reproche que je fais à Karfagen, c’est le choix du synthé numériques au lieu de claviers analogiques qui possèdent à mon avis nettement plus de chaleur. Land of Green and Gold s’écoute plus en musique de fond que le casque vissé aux oreilles à décortiquer les mesures, enfin pour moi. Après, je m’en doutais un peu en commandant l’album. 

Mais comme dit plus haut, il s’agit d’une chronique militante. Alors si vous n’avez pas de place pour accueillir chez vous une jeune ukrainienne, ou que votre femme n’est pas d’accord, vous pouvez les soutenir en achetant Land of Green and Gold, l’album est sur Bandcamp.

Teeshirt : Transatlantic

Il y a de l’eau dans le gaz

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J’utilise une énergie fossile pour chauffer la maison et je n’en suis pas fier. Mais voilà, fut un temps le gouvernement encourageait les propriétaires à se chauffer au gaz plutôt qu’au fioul ou à l’électricité. En plus, les tarifs étaient très attractifs.

Comme il s’agit d’une énergie fossile et que la maison est une vénérable jeune fille de plusieurs siècles, autant dire une passoire, et que j’ai la fibre de chanvre écologique, je me suis efforcé de diminuer notre empreinte carbone depuis que nous vivons entre ces quatre murs.

En chauffant moins et plus intelligemment, en remplaçant les deux chaudières par une à condensation, en isolant les combles et les pièces qui le pouvaient et en posant du double vitrage, nous avons divisé par deux notre consommation de gaz.

Certes, le réchauffement climatique nous a bien aidé. Lorsque nous sommes arrivés en Alsace il y a trente ans, les températures descendaient parfois sous les -15 degrés Celsius avec des vagues de froid sans dégel d’une dizaine de jours nous permettant de traverser les étangs à sec. Aujourd’hui si nous avons -5 degrés, il s’agit d’un matin exceptionnellement froid et le gel ne dure jamais longtemps.

Ma consommation de gaz a baissé et mes factures également. Sauf cette année. Cette année ma facture de gaz a explosé. Je suis passé de 1137 € à 1549 € ! 36% d’augmentation alors que chaque année je voyais ma facture diminuer. J’en suis tombé sur le cul.

Évidemment, j’ai cherché à comprendre, j’ai inspecté les chiffres. 

Oui l’hiver 21/22 avait été plus froid que le précédent, mais bon, rien de terrifiant non plus. Oui, avec l’âge on se fait plus frileux, mais on porte des pulls brise amour et devant la TV on se cache sous des plaids bien épais. Oui les prix du gaz ont flambé, mais quand même. 

Surprise, entre 2021 et 2022, nous avions encore moins chauffé que d’habitude. Pas beaucoup certes mais quand même 5% de moins. Donc nous aurions pu espérer une facture plus légère. Mais non, c’est tout le contraire en fait. 

Le kilowattheure de gaz coûtait 0,0363 € en avril 2021. Un an plus tard il est facturé 0,06079 €, soit une augmentation de 68% ! Imaginez notre facture en 2023 à ce rythme là sans parler du problème de l’approvisionnement en gaz russe.

L’installation d’un poêle à granulés ou d’une pompe à chaleur dans notre domicile relève un vrai défi technologique. Nous dormons déjà avec les animaux dans la pièce commune, ou presque. Nous portons des vêtements bien épais tue l’amour à l’intérieur, nous limitons l’usage de l’eau chaude. Les appareils électriques non indispensables ne restent pas en veille, nous roulons le moins possible en voiture, nous ne prenons plus l’avion, nous mangeons nettement moins de viande, j’achète même de plus en plus de musique dématérialisée, j’évite les plateformes d’achat comme Amazon, que puis-je faire de plus ?

Avec deux salaires et quelques efforts sur la température dans la maison, 17 degrés au lieu de 18 actuellement, en augmentant l’isolation des combles, nous ferons sans doute face au problème, mais quand est-il des smicards vivant dans une passoire thermique ? 

Je vous déteste

Lorsque j’étais enfant, un soir, couché dans mon petit lit douillet, j’entendis une émission qui passait sur l’une des deux chaînes de notre télévision noir et blanc. 

Mes parents regardaient le tube cathodique, installés dans la salle à manger, des images monochromes de la plus vaste et rapide tuerie humaine de tous les temps perpétrée par nos semblables, Hiroshima et Nagasaki. En entendant les mots du journaliste et le son des explosions j’ai hurlé de terreur dans ma chambre noire.

Aujourd’hui je suis un adulte qui a connu les drames de Tchernobyl et Fukushima. L’énergie nucléaire me semble toujours une aberration et les armes de dissuasion une monstruosité.

En 1962 les deux blocs avaient bien failli déclencher l’apocalypse nucléaire pour des questions stratégiques et entraîner toute l’humanité dans leur folie. Quarante ans plus tard, ces mêmes imbéciles rejouent l’histoire en Europe.

Les russes envahissent l’Ukraine, l’Europe brandit des sanctions, l’Otan met en garde, Biden s’agite et Poutine met son arsenal nucléaire en alerte.

Nous sommes apparu sur Terre il y a quatre millions d’années, sept milliards d’humains entassés dans des villes surpeuplées et polluées qui en un peu plus d’un siècle ont assassiné plus quatre-vingt millions de personnes et compromis leur avenir en détruisant leur écosystème.

Réchauffement climatique, pandémie et maintenant l’apocalypse nucléaire ? L’homme est pourtant capable de si belles choses : la musique, la peinture, l’écriture, les sciences, l’exploration, l’empathie, l’amour alors pourquoi l’humanité est-elle si stupide ?

Que défendent donc ceux qui nous gouvernent, ceux que nous avons parfois choisis au nom de belles idées ? Pas nos vies manifestement.  Quand je songe que certains candidats aux présidentielles françaises soutiennent encore un homme comme Poutine je suis atterré et quand un ministre déclare la guerre économique totale à la Russie je prends peur. 

Nous disposons de tous les atouts pour vivre confortablement en harmonie avec notre planète et nos voisins. Au lieu de cela, nous nous écharpons pour des mesquineries, nous détruisons notre avenir pour un confort artificiel et nous risquons de tout détruire à vouloir jouer à celui qui possède la plus grosse.

Je vous déteste tous, vous les humains, ce troupeau aveugle qui se rue joyeusement vers sa propre destruction, vous les gouvernants pas fichus de vous assoir autour d’une table pour discuter, vous les gens qui mettez au pouvoir des personnes capables de déclencher un conflit mondial pour garder la tête haute.

Aujourd’hui, je suis à nouveau cet enfant effrayé par la folie des hommes, par la monstruosité de nos actes. Je me fais violence pour ne pas suivre l’évolution de cette guerre en temps réel, découvrir à quel moment l’un de ces dirigeants fera un pas de trop en avant.

Nous sommes totalement fous.

Le troisième sera la bonne

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Je ne suis ni historien, ni politologue, je ne suis qu’une personne qui a peur de la folie des hommes.

Que se passe-t-il en Ukraine ? 150 000 russes patientent à la frontière avec leurs chars. Poutine roule les mécaniques, Biden menace, Macron joue le médiateur et pendant ce temps milices séparatistes et soldats ukrainiens échangent des tirs nourris.

L’Ukraine veut rejoindre l’Otan, la Russie s’y oppose, les USA dépêchent 4000 hommes en Europe de l’Est et Poutine tire des missiles pour épater la galerie puis reconnait l’indépendance des régions de Donetsk et Lougansk. Comment en sommes-nous arrivés là ?

J’ai toujours cru qu’après les horreurs de 14-18 et de 39-45 les grandes nations avaient retenu la leçon. En pleine pandémie, les puissances de la vieille Europe seraient-elles prêtes à en découdre une fois encore ? L’Empire Ottoman, la grande Russie, la Chine, les U.S.A. fourbissent leurs armes, massent leurs troupes et à l’heure de l’Internet, des réseaux sociaux, le peuple manifeste contre le passe vaccinal. A croire que ces imbéciles sont prêts à partir la fleur au fusil, se battre contre les gars avec qui ils jouent en ligne à Mario Kart.

Hé les gars, vous avez oublié les missiles qui sommeillent depuis la guerre froide dans les silos ?

Que va-t-il se passer si Poutine lache ses troupes sur Kiev ? Les ukrainiens vont se faire massacrer, ça c’est certain, malgré les quelques armes fournies par leurs voisins (une centaine de fusils et quelques cartouches). Va-t-on fermer les yeux pour éviter l’escalade et laisser l’Ukraine se faire annexer ? Probablement. La Russie va-t-elle être sanctionnée, privée de vin de Bordeaux, de Camembert et interdite de vente de Vodka et de d’œufs d’esturgeons ? L’OTAN va-t-elle réagir ? Les français, les turcs, les polonais et les allemands vont-ils mobiliser leurs forces, appuyés par les américains pour tenter de repousser l’invasion de quelques 150 000 soldats jusqu’à que tout rentre dans l’ordre ? Sans doute pas. A moins que ce ne soit l’escalade ? Une troisième guerre mondiale en Europe avec cette fois en prime l’arsenal nucléaire comme solution finale ?

Personnellement je me moque un peu de savoir qui fait partie de l’OTAN ou pas. Qui est pro russe et qui ne l’est pas. Si Poutine est malade et si son absence au pouvoir serait pire que sa présence.

Je voudrais juste qu’au lieu de se foutre sur la gueule comme des cons, on se recentre sur grand problème actuel qui va tous nous conduire à notre perte si nous ne faisons rien : le réchauffement climatique global, qui lui à coup sûr, fera beaucoup plus de victimes que le conflit ukrainien s’il se produit, même dans le pire des scénarios.

Alors au lieu de dépenser notre PIB en avions de chasse, sous-marins nucléaires, EPR et soldes de troufion, donnons-nous les moyens d’aller vers l’avenir sans tout foutre en l’air.

De bonnes raisons de mourir

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Le même jour, je me rendais chez mon libraire, L’Ill aux Trésor, pour commander deux livres aux titres évocateurs : « Derniers mètres jusqu’au cimetière » et « De bonnes raisons de mourir », tout un programme. Le premier était pour mon épouse, le second pour moi. Mais rassurez-vous, nous allons bien.

C’est en lisant le blog de Gruznamur que j’ai eu envie de me plonger dans le livre de Morgan Audic. Un polar se passant dans les environs de la centrale de Tchernobyl avait tout pour me séduire. Car oui, je l’avoue, l’accident nucléaire de 1986 m’a toujours fasciné. Tchernobyl et Pripyat ont inspiré bien des artistes, Steve Rothery avec l’album The Ghosts Of Pripyat, Philippe Luttun et son The Taste Of Wormwood ou la bande dessinée de Emmanuel Lepage, Un Printemps A Tchernobyl.

Un meurtre sordide se produit dans la ville fantôme de Pripyat. Deux enquêteurs sont sur l’affaire, un privé à qui son médecin lui laisse peu de temps à vivre, un milicien en poste à Tchernobyl qui espère retrouver un poste à Kiev, loin des radiations.

Norgan Audic nous livre un polar écologique haletant sur fond de guerre du Donbass dans les paysages irradiés de Tchernobyl. Nous rentrons dans la zone d’exclusion de la centrale nucléaire, ses villages en ruine, ses dangers, ses mystères, nous découvrons l’Ukraine de l’après chute du mur de Berlin et un tueur assouvissant une terrible vengeance.

Pour tout vous avouer, plus que l’intrigue, ce sont les décors qui m’ont passionné dans ce livre, cette description de l’Ukraine contemporaine, cette guerre du Donbass dont les médias parlent assez peu et cette catastrophe nucléaire qui aura tué directement et indirectement des milliers de personnes et qui continue aujourd’hui de décimer la population. Visiter les ruines de Pripyat en compagnie des enquêteurs, rentrer dans des immeubles évacués en urgence par la population, découvrir le récit, même imaginaire, de ceux qui ont survécu, rencontrer des personnes revenues vivre dans la région irradiée, découvrir toute l’horreur de ce drame, voila la force de ce roman.

Mais n’oublions pas l’intrigue, car elle est consistante. Des meurtres se produisent à Pripyat, des corps mis en scène avec minutie, des victimes toutes reliées entre elles par cette nuit du 26 avril 1986 où le coeur du réacteur n°4 à fusionné. Les personnages de Morgan possèdent beaucoup de force, Melnyk, l’ancien milicien travaillant dans la zone, Rybalko l’enquêteur, né à Pripyat, à qui il ne reste que quelques mois à vivre, Ninel, l’ornithologue écologiste, Sokolov, l’ancien ministre corrompu, prêt à tout mettre en oeuvre pour éliminer le tueur.

Ne manquez pas ce livre, il est passionnant et palpitant.