Les enfants de la télé

Dans un coin du salon, j’ai installé une table ronde bancale. Dessus j’ai posé un écran plat, un clavier, une souris, une station d’accueil, plein de câbles, un smartphone et une calculette. 

L’ordinateur portable branché à la station d’accueil démarre mais avant de m’identifier, je passe en mode avion, sinon j’en ai pour un quart d’heure d’attente, le temps que je m’identifie sur les serveurs du travail. La calculette permet d’établir une connexion VPN sécurisée, et je peux alors pointer puis consulter ma messagerie. C’est l’heure de boire un café serré avant de me plonger dans les problèmes quotidiens insolubles.

Je travaille sur une copie de fichiers synchronisés depuis un serveur. Quand je reviens en présentiel, Windows les met à jour en gérant théoriquement les conflits de versions. En pratique c’est le bazar le plus total. 

Par chance les applications principales que j’utilise sont accessibles via le réseau en VPN, bon à petite vitesse et sur un seul écran mais c’est mieux que rien. 

Tous les appels du standard arrivent sur mon smartphone, même l’interphone de la porte d’entrée. Quand quelqu’un sonne à la porte du centre, à trois kilomètres de chez moi, je ne peux pas grand chose pour lui. 

Lorsque qu’il y a un problème à résoudre, je lance une conférence à deux ou trois, et c’est toujours à cet instant que le téléphone sonne. 

Il s’agit généralement d’une personne mécontente du temps qu’il fait. 

Nombre d’agents avec qui je dois travailler ont oublié de basculer leur fixe sur le numéro mobile et faute d’annuaire adapté, ils deviennent injoignables par téléphone et malheureusement aussi par mail. Le télétravail rend invisible, indisponible aussi.

La machine fonctionne au ralenti. Les documents papier attendent mon passage trois fois par semaine pour être gérés. Courrier, factures, devis, contraventions, formulaires administratifs, car si nous travaillons en dématérialisé le plus souvent, certains font de la résistance ou ne maîtrisent pas la signature électronique.

Tout prend du retard. Certains procrastinent. D’autres qui s’entassaient sans masque dans les bureaux réclament des mesures sanitaires plus strictes que celles misent en place. Les gens ont peur, en ont assez.

Les Mardi et Vendredi, je reste en robe de chambre jusqu’à point d’heure, traitant les problèmes à distance, chattant avec mes collègues, rageant de ne pouvoir accéder à certains documents. 

Les autres jours, j’emporte dans le sac à dos l’ordinateur portable pour rejoindre mon bureau et ses maquettes de fusées. Des couloirs désertés sans pause café, blagues débiles, où on gère au mieux la crise faute d’avancer. Ces jours là, je scanne tous les documents à fournir aux services administratifs et prie pour qu’il ne soient pas trop lourd pour nos outils informatiques.

Les factures de chauffage et d’électricité vont grimper en flèche et ma productivité s’effondrer. Mes collègues me manquent déjà. Pour l’instant ce n’est que pour trois semaines, mais souvenez-vous en 2020, ça ne devait durer qu’un mois…

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