Sous la coupole

Vendredi dernier se déroulait la Nuit des Étoiles dans toute la France et j’étais aux commandes à Strasbourg. Des astronomes amateurs investissaient le Jardin Botanique alors que moi et Christophe nous nous installions sous la coupole de la grande lunette.

Malgré une répétition générale deux jours plus tôt, je n’en menais pas large. Parler en public ne me fait pas peur, mais manipuler un monument historique assez capricieux, c’est une autre paire de manches.

Le personnel du Jardin des Sciences s’occupait de canaliser le public venu nombreux pour l’événement. Ils guidaient des groupes de quinze personnes jusqu’à la coupole et nous les prenions en charge ensuite, pendant une trentaine de minutes.

Nous avions prévu de leur montrer la nébuleuse annulaire de la Lyre. Une seule cible, assez facile, pour éviter de passer notre temps à chercher des objets devant des personnes impatientes de mettre l’oeil à l’oculaire. Nous avons fait nos premiers réglages sur la planète Vénus qui se couchait à l’ouest. Une cible facile à pointer, d’autant quelle est visible à l’oeil nu. 

C’est après que les choses se sont compliquées. Avant l’ouverture des portes au grand public, un petit groupe de personnes est venu nous rendre visite, du personnel du Jardin des Sciences et des journalistes des Dernières Nouvelles d’Alsace, notre presse locale. Alors que nous étions en pleine préparation, il a fallu se prêter au jeu des questions réponses et des photos qui nous empêchaient de travailler dans le noir.

Du coup Messier 57, notre cible dela nuit, s’est fait désirer. Impossible de trouver l’objet dans un ciel encore clair à cause de la pollution lumineuse citadine. Lorsque le premier groupe est arrivé à 22h30, nous n’avions qu’une poignée d’étoiles à leur montrer dans la grande lunette.

Alors nous avons meublé en présentant l’instrument, ses caractéristiques, son histoire avant de leur laisser voir, pendant quelques secondes, des étoiles faiblardes de la constellation de la Lyre. Un vrai four, mais le public semblait satisfait. Après quelques selfies devant le vénérable instrument, le premier groupe a laissé place au second et nous n’avions toujours que quelques étoiles à montrer.

Pendant que Christophe parlait au public, je me suis battu avec les cadrans gradués, la lunette guide, la coupole et la grande lunette pour chercher encore une fois cette petite nébuleuse pâlichonne. Et miracle, alors que Christophe avait épuisé les sujets autour de la lunette, son âge, ses caractéristiques, sa construction, sa motorisation, son usage, je lui ai glissé à l’oreille que nous avions la nébuleuse de la Lyre dans l’oculaire.

À partir de là, nous avons pu être nettement plus serein. Les personnes sont passées les unes après les autres admirer la nébuleuse dans la lunette et nous avons eu enfin du temps pour répondre à plein de questions sur de nombreux sujets.

Pour le troisième et dernier groupe de la soirée, ce fut nettement plus facile. Notre présentation était maintenant bien rodée et si la rotation de la coupole nous a donné pas mal de fil à retordre à cause d’engrenages capricieux (la chose pèse quand même trente-quatre tonnes), nous avons réussi à montrer la nébuleuse et à répondre aux questions posées.

Une fois les derniers visiteurs partis, vers une heure du matin, nous avons voulu viser la planète Saturne. Hélas, les problèmes de rotation de la coupole nous ont fait renoncer rapidement à notre projet, au grand dam de plusieurs personnes qui auraient bien aimé l’observer.

Après avoir refermé la coupole et chassé les derniers astronomes des jardins, je suis rentré me coucher, fort du devoir accompli. Sauf que mercredi, je signais à nouveau pour l’éclipse solaire au Champ du Feu.

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