Mes nuits à Fréconrupt

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La pince du homard

Freconrupt est un village situé au-dessus de La Broque dans la vallée de Schirmerk. Quelques maisons, une chapelle et la montagne. Certes de la petite montagne, culminant à six mètres d’altitude, mais la montagne quand même.

C’est là que se cache une clairière triangulaire, au bord d’un chemin peu fréquenté. L’endroit est accessible en voiture, dispose d’un chalet où il est possible de pique niquer et les arbres offrent une bonne protection à la pollution lumineuse. Du coup la nuit est noir d’encre et, depuis le début de l’été, c’est notre spot préféré pour photographier la voûte céleste.

Ici pas de camping-car ou de rodéo nocturne, pas de voiture pleins phares, pas de promeneurs à la frontale, pas de cris ou de musique venu des gites en contrebas. La nuit est noire et silencieuse.

Nous avons délaissé le parking du Vieux Pré au Champ du Feu, pourtant situé cinq cent mètres plus haut et à l’horizon dégagé, pour une petite clairière à six cents mètres d’altitude avec des arbres masquant l’horizon. Sorti de nos voix qui résonnent dans la clairière, du ronronnement des montures, du brame du cerf et des lumières rouges occasionnelles, c’est le silence et le noir absolu.

Nous nous retrouvons dans la clairière au coucher du soleil avec des transats et des chariots chargés de matériel. Trépied, télescope, batterie, thermos, couverture, biscuits, de quoi tenir une nuit entière. Pendant que l’obscurité arrive chacun installe son matériel à distance respectable des autres pour ne pas se gêner et quand la Voie Lactée se dessine dans le ciel, les moteurs des équatoriales commencent à tourner.

Chacun à son programme pour la nuit, une nébuleuse, une galaxie mais tout le monde se réserve un créneau pour observer en visuel la planète Saturne et ses anneaux. Installés dans les transats, nous discutons sous la voûte étoilée, écoutant les oiseaux nocturnes et les cerfs amoureux. Des bolides illuminent brièvement la nuit, et c’est à qui en observera le plus.

La Voie Lactée tourne au-dessous de nos têtes, des constellations se lèvent, d’autres se couchent, les télescopes suivent leur lente course silencieuse. De temps en temps un voix s’élève pour annoncer la visée d’un bel objet, alors nous abandonnons nos écrans de surveillance pour jeter un oeil dans l’instrument qui pointe une nébuleuse, une galaxie, un amas d’étoile ou une supernova. Chacun y va de son commentaire, teste dessus un oculaire particulier, un filtre, cherche des détails imperceptibles et une fois satisfait, retourne contrôler que son équipement fonctionne toujours correctement.

Alors que l’électronique tente de capter le faible signal venu des étoiles avec des caméras sophistiquées, Fred sort ses crayons de couleur et s’installe pour dessiner avec ce qu’il perçoit de Saturne sur une feuille papier canson noire. Benoît cherche dans son viseur, une cible impossible au ras de l’horizon, à peine visible pour son télescope pourtant très lumineux. Clovis se bat contre son système informatique open source qui a décidé de se mettre en grève. François est juste venu nous tenir compagnie pour constater à quel point le site est beau. Eliott étrenne un nouveau télescope, le cinquième de la saison et s’essaye à la photographie avec un appareil photo. Pierre capture les dentelles du Cygne en champ large et pour ma part, faute de langoustines, je rajoute quelques heures à ma pince de homard.

C’est encore l’été, mais, alors que la nuit avance, nous nous sommes tous emmitouflés dans des vêtements chauds. La fatigue fait lentement son œuvre, chacun s’assoupit dans son coin, Clovis bougonne contre son matériel, Fred peste sur son dessin, Benoît s’est endormi dans sa voiture, Eliott remballe son dernier joujou et mon setup commence donner des signes de fatigue malgré de vaines tentatives de réglage. Je finis par jeter l’éponge à mon tour et je remballe le matériel.

Les lampes frontales se rallument, les chariots chargés reviennent vers les voitures, les moteurs thermiques vrombissent et à la queue leu-leu, les voitures redescendent vers la vallée, croisant en chemin quelques biches et un cerf majestueux.

Une nouvelle nuit se termine à Fréconrupt. Pour la toute première soirée, nous n’étions que deux dans la clairière. La seconde fois, nous étions trois, la quatrième fois, cinq, la cinquième, le même nombre. Je crois que cette prairie bordée d’arbres va devenir notre repère pour les longues et froides nuit d’hiver tant qu’il ne sera pas nécessaire de se réfugier dans une voiture pour résister des heures aux températures négatives.

La dernière conférence

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A l’école, j’ai toujours aimé être devant les autres élèves pour présenter des exposés, nettement moins pour résoudre le problème de maths donné en exercice la veille, et dont je n’avais même pas lu l’énoncé.

Je suis relativement à l’aise en public, capable d’improvisation si besoin et en plus j’aime faire le show. J’affirme des âneries avec assurance et j’ai souvent plus de crédit que le spécialiste lorsqu’il s’agit de parler à un journaliste.

Lorsque j’étais pré ado, on me lâchait déjà devant un public pour parler de science, de la naissance de l’univers ou des objets observables dans le ciel. Au travail, j’ai toujours eu des facilités à mener des réunions, assurer des présentations, bref je suis clairement un communiquant même si ce n’est pas ma fonction et que je déteste les communicants.

Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas eu l’occasion de me donner en spectacle, sorti des laborieuses réunions de travail. Mais cette année, j’ai été servi. J’ai commencé la saison avec une présentation de l’astro photographie à des élèves de la troisième à la terminale. Et pour des raisons d’organisation, je me suis retrouvé propulsé à l’arrache, parce j’étais certainement au mauvais endroit au mauvais moment, conférencier pour trois autres soirées.

J’ai recyclé et adapté la présentation sur l’astro photo et improvisé une seconde sur l’observation du ciel à l’oeil nu, un domaine que je maîtrise encore moins que la photographie. Le tout, c’était de donner le change avec beaucoup d’assurance.

Des conférences sur l’astronomie, le soir, en montagne, à quarante minutes de toute civilisation, ça n’est pas forcément une bonne idée. Le premier soir, il n’y avait personne sorti des organisateurs.

Pour la seconde conférence, nous étions dix. Pour la troisième, une quinzaine, dont ma femme, un de mes fils et le président de l’association. Autant dire, personne.

La quatrième conférence se déroulait après l’éclipse du soleil, le 12 août à 21h… Sérieusement. Qui allait rester la nuit, à mille mètres d’altitude, écouter un vieillard édenté, radoter sur les techniques d’astro-photographie d’après vous ?

Le 12 août, je suis monté au Champ du Feu pour l’éclipse solaire. De 14h à 17h, j’ai assuré une permanence à notre exposition, et il y avait beaucoup de monde. J’ai installé du matériel pour regarder le soleil et pendant trois heures j’ai parlé sous le cagna pour expliquer l’observation de notre étoile à de nombreux curieux.

A 17h éreinté, je suis allé au parking du Vieux Pré pour installer le matériel avec mon fils. Il y avait foule, des voitures garées n’importe comment, des gens installés dans des zones protégées et nous sur le goudron, à bruler au soleil. Encore…

De 19h à 20h30, j’ai suivi l’éclipse avec mon petit dernier, envoyant bouler poliment les journalistes pour m’occuper du grand public très friand d’explications. Je commençais tout doucement à devenir aphone.

A 20h30, alors que le maximum de l’éclipse venait de se terminer, nous avons tout remballé pour redescendre au chalet du Champ du Feu, un kilomètre plus bas. Mais la route était saturée, les voitures garées n’importe comment gênaient la circulation. Et je devais être en bas pour 21h. Stress !

A 20h55, je garais enfin la voiture au chalet et déchargeais une partie du matériel pour la conférence. C’est toujours mieux d’avoir un support visuel concret pour parler de sujets abstraits. Lorsque je suis rentré dans la salle avec tout mon barda, j’ai découvert avec stupéfaction que les bancs étaient tous occupés par des personnes impatientes qui attendaient le conférencier.

J’étais coincé. Il fallait que je fasse mon speech.

Une heure et demie plus tard, après quelques désertions et beaucoup de questions, la mission étaient accomplie, j’avais donné ma dernière conférence de l’été, et ce devant un public record. Des vocations d’astro-photographes sont probablement nées pendant la conférence et je pense que quelques personnes rejoindront notre association à la rentrée. Je n’ai pas perdu mon temps sans parler du plaisir de partager ma passion avec des gens.

Mais là je vais me reposer après trois jours de festival de métal comme photographe accrédité. Au moins je n’ai pas parlé pas, j’ai hurlé.

Sous la coupole

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Vendredi dernier se déroulait la Nuit des Étoiles dans toute la France et j’étais aux commandes à Strasbourg. Des astronomes amateurs investissaient le Jardin Botanique alors que moi et Christophe nous nous installions sous la coupole de la grande lunette.

Malgré une répétition générale deux jours plus tôt, je n’en menais pas large. Parler en public ne me fait pas peur, mais manipuler un monument historique assez capricieux, c’est une autre paire de manches.

Le personnel du Jardin des Sciences s’occupait de canaliser le public venu nombreux pour l’événement. Ils guidaient des groupes de quinze personnes jusqu’à la coupole et nous les prenions en charge ensuite, pendant une trentaine de minutes.

Nous avions prévu de leur montrer la nébuleuse annulaire de la Lyre. Une seule cible, assez facile, pour éviter de passer notre temps à chercher des objets devant des personnes impatientes de mettre l’oeil à l’oculaire. Nous avons fait nos premiers réglages sur la planète Vénus qui se couchait à l’ouest. Une cible facile à pointer, d’autant quelle est visible à l’oeil nu. 

C’est après que les choses se sont compliquées. Avant l’ouverture des portes au grand public, un petit groupe de personnes est venu nous rendre visite, du personnel du Jardin des Sciences et des journalistes des Dernières Nouvelles d’Alsace, notre presse locale. Alors que nous étions en pleine préparation, il a fallu se prêter au jeu des questions réponses et des photos qui nous empêchaient de travailler dans le noir.

Du coup Messier 57, notre cible dela nuit, s’est fait désirer. Impossible de trouver l’objet dans un ciel encore clair à cause de la pollution lumineuse citadine. Lorsque le premier groupe est arrivé à 22h30, nous n’avions qu’une poignée d’étoiles à leur montrer dans la grande lunette.

Alors nous avons meublé en présentant l’instrument, ses caractéristiques, son histoire avant de leur laisser voir, pendant quelques secondes, des étoiles faiblardes de la constellation de la Lyre. Un vrai four, mais le public semblait satisfait. Après quelques selfies devant le vénérable instrument, le premier groupe a laissé place au second et nous n’avions toujours que quelques étoiles à montrer.

Pendant que Christophe parlait au public, je me suis battu avec les cadrans gradués, la lunette guide, la coupole et la grande lunette pour chercher encore une fois cette petite nébuleuse pâlichonne. Et miracle, alors que Christophe avait épuisé les sujets autour de la lunette, son âge, ses caractéristiques, sa construction, sa motorisation, son usage, je lui ai glissé à l’oreille que nous avions la nébuleuse de la Lyre dans l’oculaire.

À partir de là, nous avons pu être nettement plus serein. Les personnes sont passées les unes après les autres admirer la nébuleuse dans la lunette et nous avons eu enfin du temps pour répondre à plein de questions sur de nombreux sujets.

Pour le troisième et dernier groupe de la soirée, ce fut nettement plus facile. Notre présentation était maintenant bien rodée et si la rotation de la coupole nous a donné pas mal de fil à retordre à cause d’engrenages capricieux (la chose pèse quand même trente-quatre tonnes), nous avons réussi à montrer la nébuleuse et à répondre aux questions posées.

Une fois les derniers visiteurs partis, vers une heure du matin, nous avons voulu viser la planète Saturne. Hélas, les problèmes de rotation de la coupole nous ont fait renoncer rapidement à notre projet, au grand dam de plusieurs personnes qui auraient bien aimé l’observer.

Après avoir refermé la coupole et chassé les derniers astronomes des jardins, je suis rentré me coucher, fort du devoir accompli. Sauf que mercredi, je signais à nouveau pour l’éclipse solaire au Champ du Feu.

Ça devient compliqué

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Comment visser un tube de 42 mm de diamètre au filetage femelle dans un tube de 48 mm au filetage femelle tout en respectant précisément une longueur totale de 94 mm ? C’est le genre de défis que nous pose régulièrement le matériel de photo en astronomie.

Mettre une caméra au bout d’un télescope requiert des compétences de plombier. Il y a les diamètres, les filetages et les longueurs à respecter. Et chaque instrument est différent, sans parler des caméras.

Prenez un télescope Celestron 8 couplé à un réducteur et à un porte filtre. Ben vous partez d’un filetage de 54 mm mâle pour arriver en 42 mm mâle avec une longueur de tube de 104 mm à respecter impérativement. Et là dedans vous devez caser un porte filtre de 20 mm et un adaptateur Celestron long de 49 mm. L’enfer !

Lorsque vous avez trouvé la solution à l’équation, acheté les pièces qui vont bien et tout assemblé, vous réalisez que pour le setup suivant, il va falloir procéder tout autrement.

J’ai aujourd’hui trois instruments et deux caméras pour photographier les étoiles. Chacune des combinaisons me permet de sélectionner un champ différent, c’est à dire de grossir plus ou moins ce que je veux capturer. C’est la combinaison instrument caméra qui détermine la zone de ciel visible.

J’ai un télescope pour les petits objets comme la nébuleuse du Crabe, une première lunette pour photographier la chaine de Markarian et une toute petite pour capturer la galaxie d’Andromède. Chacun de ces télescopes requiert une distance spécifique entre le porte oculaire et le capteur de la caméra, donc des bagues adaptées pour chacun des setups.

Jusqu’à présent je travaillais avec une seule caméra. C’était relativement simple. Avec l’arrivée de la seconde, qui possède une meilleure définition, l’équation se complique avec trois nouvelles inconnues.

Cette caméra possède un pas de vis femelle alors que la première est dotée d’un filetage mâle. Pourtant il s’agit d’un équipement de la même marque, de la même gamme et elles sont prévues pour fonctionner avec les mêmes accessoires.

Du coup j’avais besoin de huit configurations différentes de tubes d’allonge en fonction de la caméra, de l’instrument et du réducteur utilisé. Et pas question de me tromper, sinon je ne pourrais pas fixer la caméra ou réaliser la mise au point correctement.

Après des heures d’essais, d’assemblage et la commande d’un second porte filtre, j’ai réussi à n’avoir que quatre configurations pour huit combinaisons. Sur une caméra, j’ai vissé une bague femelle 42 mm vers femelle 42 mm sur laquelle j’ai fixé le porte filtre en 48 mm. Mes deux lunettes présentent maintenant la même allonge en 48 mm et pour le télescope j’ai assemblé un tube de 66.5 mm de long et de 48 mm de diamètre qui s’adapte sur les deux caméras.

Vous n’avez rien compris à ce billet de blog ? Normal… Quand je disais que ça devenait compliqué.

Demandez le programme !

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Cet été je ne mourrai pas d’ennui. Déjà parce que je travaille, ensuite parce que j’ai vraiment un planning chargé.

Les dimanches après-midi, je monte au Champ du Feu pour tenir la permanence d’une exposition. Certains vendredi soir, je donne des conférences devant un public clairsemé. Les nuits claires, je monte dans les Vosges pour ajouter des heures à des projets astronomiques. Et lorsque le soleil se lève, je retourne au travail, un peu fatigué.

Cette année, en plus de la traditionnelle Nuit des Étoiles que nous organisons au Jardin Botanique à Strasbourg, il y a l’éclipse partielle de soleil du 12 août. Un évènement très médiatisé qui risque d’attirer nombre de visiteurs.

Et je suis sur le pont pour ces deux évènements, dans la coupole de la grande lunette le 7 août et sur le parking du Vieux Pré au Champ du Feu pour l’éclipse solaire. Et pas de chance pour moi, il fait beau. Donc aucune des dates n’est annulée.

Pour l’éclipse, sorti de gérer la foule, il ne devrait pas avoir de problème majeur. L’association m’a confié un superbe instrument solaire pour l’occasion, il faudra juste canaliser le public et expliquer sans cesse les consignes de sécurité aux gens.

Cela risque toutefois d’être une grosse journée. Arrivée vers 14h au Chalet du Champ du Feu avec probablement beaucoup de monde, installation des instruments vers 17h sur le parking, éclipse de 19h à 21h et pour finir une conférence de nouveau au chalet. Et le lendemain, je pars pour trois nuits de métal comme photographe à Colmar et Guebwiller.

La nuit des étoiles m’angoisse nettement plus. Car c’est moi qui serai aux commandes de la grande lunette de l’observatoire. Je connais assez mal l’instrument et cette nuit là, il n’y aura pas de cible facile à pointer. Pas de lune, pas de planète, rien. Je devrais chercher les rares les objets bien visibles dans la lunette à l’aide de leur coordonnées, ascension droite et déclinaison. Tout ça en tournant de grosses roues et en vérifiant les graduations dans un oeilleton.

Une partie de rigolade. Si je ne trouve pas la cible, j’aurais 15 personnes devant moi qui risquent d’être assez frustrées. Pendant ce temps, mes copains seront dans les jardins à utiliser leur matériel alors que je jouerais avec un tube de 7 mètres et une coupole de 34 tonnes classée monument historique. La troisième plus grande lunette astronomique française et la seule encore en activité. Grosse pression quand même.

Je me plains mais, je ne suis pas peu fier en vérité.

Les inscriptions pour la Nuit de Etoiles sont complètes pour Strasbourg, donc vous n’aurez aucune chance de me voir me planter en manipulant la grande lunette si vous n’êtes pas déjà sur les listes.

Pour l’éclipse de soleil, il y aura probablement beaucoup de monde, donc préparez-vous au bain de foule et probablement à des embouteillages pour monter au Champ du Feu. Mais je serai là. Avec un peu de chance, il y aura plus de dix personnes pour la conférence du soir…

Photographier les étoiles – le traitement

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Je vous en parle souvent (trop souvent ?), un de mes nouveaux loisirs consiste à photographier les étoiles. Voila quelques temps que je me perfectionne à cette technique et je voulais vous en toucher deux mots, car la photographie astronomique est très différente de la photo classique, même si elle peut se faire avec un appareil photo des plus ordinaire.

Pour photographier le ciel profond (les nébuleuses, les galaxies ou les amas d’étoiles) il est nécessaire d’utiliser un temps de pose long et quand je dis long, on ne parle pas de secondes mais plutôt de minutes, de une à dix minutes en moyenne pour chaque photographie.

Et que voit-on au bout de cinq minutes sur la pellicule ? Ceci :

Ceci est une photographie d’une nébuleuse avec un temps de pose de 300 secondes. Que voyez-vous ? Juste quelques malheureuses étoiles en plissant les yeux. Pourtant la photographie n’a pas été réalisée avec un appareil photo posé sur simple un trépied. Tout simplement parce que les étoiles auraient beaucoup bougé dans le ciel au bout de cinq minutes de pose et que nous aurions des traits à la place des points, comme si vous photographiez une voiture de course passant devant vous avec votre smartphone. Il y aurait du flou de mouvement.

La photo que vous voyez a été réalisée avec une lunette (l’équivalent d’un téléobjectif de 300 mm de focale) installée sur une monture qui compense le lent mouvement de rotation de la terre. C’est ce que l’on appelle une monture équatoriale. Sans ce déplacement, le temps de pose raisonnable sur un trépied pour ne pas avoir de bouger aurait été d’une seconde au maximum.

Pour les photographes qui connaissent cette notion, l’histogramme de notre image ressemble à ceci :

L’histogramme est une courbe qui représente la répartition du signal lumineux enregistré par les photosites de notre capteur sur un graphe, du signal le plus faible à gauche, au plus fort à droite.

Vous voyez à petite courbe à gauche ? C’est le signal reçu par la caméra, à gauche ce sont les lumières sombres, à l’extrême droite, les lumières vives. En photographie classique, un cliché idéal aurait un histogramme en forme de cloche partant de la gauche et terminant à droite. Quelque chose comme ceci :

On en est donc très loin.

A l’aide d’outils assez sophistiqués, ici Pixinsight, il est possible de booster l’histogramme de notre image et enfin voir la nébuleuse. Mais cela augmente le rapport entre le bruit et le signal de votre photographie.

Voici la même image que tout à l’heure, 300 secondes de pose, mais dont l’histogramme à été étiré vers la droite. La magie opère et la nébuleuse commence à apparaître. Son histogramme est totalement différent vous voyez ?

Mais en astronomie, il est rare que l’on fasse une seule photographie. Généralement, on en prend plusieurs dizaines. Cela permet d’ajouter du détail et de réduire le bruit aléatoire généré par le capteur. Sans cette accumulation d’informations, les images resteraient terriblement bruitées, donc très moche.

On procède donc à des dizaines de photographies identiques pendant des heures. 300 secondes cela peut sembler long, alors que direz vous de 36 images de 300 secondes, trois heures de photographie sur la même cible. Et j’écris trois heures, mais c’est bien le minimun syndical. Certains astronomes cumulent des centaines d’heures d’images sur le même objet. Bon évidemment pas au cours de la même nuit bien entendu.

Mais que fait-on de toutes ces images, hé bien on les moyenne avec des algorithmes très sophistiqués qui alignent les étoiles, ajustent les niveaux et extraient le signal du bruit.

Voici le résultat de 26 images de 300 secondes moyennées :

Tout ça pour ça ? Attendez, nous allons à nouveau booster l’histogramme avec nos outils magiques, regardez :

Et la lumière fut ! Outre les couleurs, on commence à voir des détails dans la nébuleuse. Notre histogramme ressemble maintenant à ceci :

Chacune des courbes représentent les composantes rouge, vert et bleu d’une image RGB.

C’est à partir de cette image que l’on appelle un master, ici une accumulation de 26 images de 300 secondes, soit un peu plus de deux heures de photographie dans le froid, que l’on va commencer un long traitement pour en tirer toute la quintessence.

Pour les traitements je vais faire simple.

Tout d’abord on calibre les couleurs de l’image à l’aide des étoiles présentes dessus (certaines étoiles sont bleues, d’autres jaunes, d’autres blanches, d’autres rouges) ce qui permet d’ajuster les couleurs de l’ensemble de la photographie.

Ensuite on retire le gradient de lumière souvent présent sur l’image, un dégradé du à la pollution lumineuse, la lune mais également à l’évolution de l’obscurité au cour de la nuit.

Ensuite on affine les étoiles, on peut les rendre plus rondes car certains défauts optiques ont tendance à les transformer en patates sur les bords de l’image.

Une fois que nos étoiles sont belles, on les sépare du reste du ciel pour ne garder que le nuage de gaz.

C’est magique et surtout cela va permettre de traiter le nuage de gaz indépendamment des étoiles, un peu comme photoshop le fait avec ses calques, c’est le même principe.

Ensuite on va réellement s’atteler à étirer notre fameux histogramme correctement pour obtenir les lumières et contrastes désirés. C’est une étape délicate où il faut user de doigté et de bon goût pour ne pas tout gâcher.

Après divers traitements cosmétiques, usages de masques et une nouvelle calibration liée au filtre utilisé (ici un filtre trois bandes qui ne laisse passer que le signal de l’hydrogène, l’oxygène et le souffre), on obtient cette nouvelle image assez différente. C’est ce que l’on appelle un traitement HOO.

Maintenant il s’agit de rajouter les étoiles. Les voici après avoir boosté finement l’histogramme.

Mais comme il y en a beaucoup et que cela va nuire à la visibilité de la nébuleuse, on va en enlever quelques unes. Ce n’est pas obligatoire, mais j’aime bien.

Il ne reste plus qu’à superposer le calque de la nébuleuse avec celui des étoiles pour obtenir l’image finale.

Magique ! Voilà, nous avons une image qui revient de bien loin, souvenez-vous du début. Mais la vérité c’est que nous n’avons pas fini le travail. La dernière étape demande un logiciel photo classique comme Lightroom ou Photoshop pour peaufiner l’esthétique de l’ensemble. Donc on exporte le travail au format tiff et on part sous Lightroom.

Et voici l’image finale dans sa totalité. Les couleurs ont gagné en saturation, en contraste, les détails en texture et clarté, certaines couleurs ont été renforcées et l’image a été exportée au format jpeg pour être affichée sur les réseaux sociaux. Plusieurs heures de travail pour obtenir une photographie cosmétique mais pas du tout scientifique de la nébuleuse de la flamme.

Nuit blanche à Fréconrupt

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J’aime bien partager mes passions avec le grand public. J’aime pérorer devant un auditoire, quitte à parler pendant des heures d’une tour Eiffel en allumettes. 

Justement, un club d’astronomie scolaire organisait un séjour à Fréconrupt pour une vingtaine d’élèves. L’association m’avait initialement sollicité pour y amener le télescope de 600mm. Finalement l’option grosse artillerie a été abandonnée et après plusieurs échanges avec le prof de physique, responsable de ce camp astro, il a été convenu que je viendrai présenter l’astro photographie aux adolescents.

J’ai préparé à l’arrache une présentation de la photographie du ciel profond relativement abordable et j’ai chargé la voiture avec deux instruments, un pour le visuel, l’autre pour la photo. 

Je suis arrivé le jeudi après-midi à la Maison des Amis de la Nature de Fréconrupt où résidaient les astronomes en culottes courtes. J’ai rencontré Mathieu, le professeur de physique, et ses élèves puis nous avons convenu d’un programme que nous n’avons pas vraiment respecté au final. J’ai installé plusieurs dizaines de kilos de matériel sur la terrasse de la maison pendant que les jeunes jouaient au volley sous le soleil puis j’ai mis en place l’ordinateur pour la conférence sur l’astro photographie.

Comme le soleil était de la partie, j’ai lancé une observation improvisée de notre étoile pour les élèves que cela intéressaient. Tout de suite les questions ont fusé, de l’explication des tâches solaires au type d’instrument utilisé en passant par le fonctionnement d’une monture équatoriale. Du coup nous avons pris un peu de retard.

Autant dire que pendant la présentation qui suivit sur la photo astronomique, j’ai largement dépassé le temps imparti. Je ne m’attendais pas à avoir des ados intéressés, intelligents, attentifs, posant des questions pertinentes. Du coup nous n’avons pas pu aller jusque bout afin d’assister à la démonstration d’un SOLEX sur les derniers rayons du soleil. Non le SOLEX n’est pas qu’un deux roues à traction avant, c’est aussi un petit spectromètre abordable pour étudier le soleil.

Ensuite, après un repas préparé par les jeunes, nous sommes allés dehors pour mettre en place le matériel astro du lycée avec les élèves sur le terrain de volley reconverti en ferme à télescope. C’était l’occasion pour les ados de mettre en pratique une partie de la présentation de l’après-midi. Il fut assez compliqué de leur imposer la rigueur d’un astronome amateur qui s’est cassé les dents à maintes reprises en bâclant sa mise en station. Mais nous y sommes arrivés. J’ai même du réaliser l’alignement polaire sur une monture que je ne connaissais pas, un véritable enfer !

Nous avons ensuite observé la lune, Jupiter et quelques objets du ciel profond. Mais vers minuit, les jeunes sont allés se coucher alors que les plus anciens, le professeur de physique et les astronomes amateurs, ont continué la photo et l’observation jusqu’à 4h du matin.  J’en ai profité pour ajouter quelques heures supplémentaires à la Chaine de Markarian. Après quoi nous avons remballé le matériel et pris la route du retour.

Ce fut une belle expérience humaine et pédagogique à laquelle j’ai pris grand plaisir. Il devrait y en avoir d’autres cet été avec On The Moon Again au Champ du Feu le 20 juin, une sortie avec un centre socio culturel en juillet et l’éclipse de Soleil le 12 août, toujours au champ du feu, parce que je n’ai pas l’intention de descendre en Espagne pour une minute de plaisir.

Airbag Chez Paulette

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Rendez-vous compte, le groupe Airbag faisait un détour à Pagney derrière Barine avec Lesoir en première partie pour se donner en spectacle. J’avais rechargé les batteries des mes appareils photos, fait le plein d’essence de la voiture, réécouté les derniers albums de Airbag, bref j’étais paré.

Mais en parlant de Lesoir, le jour précédent je m’étais couché à 5h du matin. Et plus embêtant encore, le ciel était à nouveau bien dégagé le samedi du concert. Où allais-je aller ? Allais-je écouter Airbag, faire dodo ou me lancer dans une nouvelle nuit astro ? Un vrai choix cornélien. Je pouvais même aller écouter The Young Gods à La Laiterie à Strasbourg avec mon ami Sébastien.

Mais ma décision fut vite prise. Le mercure avait grimpé jusqu’à 30 degrés dans l’après-midi et c’est avec le soleil brûlant en pleine figure que j’ai pris la route après un repas consistant. Il faut des forces pour tenir le coup. 

Il y avait pas mal de monde stationné sur ce parking perdu au milieu de nulle part. Le soleil se couchait sur les Vosges mais j’étais encore à l’avance. Laurent était déjà sur place et me cherchait dans la salle. 

Sur mon Whatsapp de nombreux messages se télescopaient « Salut JC, Airbag ce soir ? », « Qui monte alors ? », « Je vois pas par quel miracle ce truc va disparaître en 1h15 », « Je suis arrivé depuis longtemps en fait. bises »…

J’ai sorti le matériel du coffre et me suis préparé pour la soirée. Pas mal d’amis étaient présents, des habitués et une vieille connaissance que je n’avais pu vu depuis un bon moment. Nous étions trois photographes mais nous avions largement assez de place pour ne pas nous marcher sur les pieds.

Comme à chaque fois que je sors avec mon téléobjectif de 1500 mm de focale, je n’ai que des problèmes techniques. Ce soir là n’a pas échappé à la règle. Mais il faut savoir sortir de sa zone de confort.

Avant l’extinction des lumières, je discute avec mes voisins tout en me préparant, mais dès que le show commence, il n’est plus question de papotages. Il faut shooter. Je suis là pour ça.

Dans le silence surnaturel, sous un projecteur lunaire, je pointe la galaxie du tournesol avec mon Celestron 8. Antoine vise le duo Messier 81 et 82 et mon voisin la nébuleuse du coeur. Il fait doux à 1100 m d’altitude, presque frais, et je ne regrette pas d’avoir renoncé à la salle bondée de Pagney derrière Barine chauffée par les éclairages pour le parking du Champ du Feu.

Quelques heures plus tard, alors que Eliott est parti depuis longtemps, et que Antoine dort dans sa Tesla, je me rentre doucement à la maison en slaloment entre les biches. Je n’aurais pas profité du groupe Airbag en live, je ne les aurais pas photographié non plus, mais on ne peut pas être partout et dimanche prochain j’ai un autre concert à couvrir. 

Photographier les étoiles – la monture équatoriale

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Nous avons vu dans un précédent billet qu’avec un simple trépied et un appareil photo, il était déjà possible de réaliser des images du ciel. Mais nous avons vu également que le temps de pose était fortement contraint par la focale de l’objectif utilisé et la rotation de la terre.

Il existe une solution pour s’affranchir du mouvement de rotation de la terre, la monture équatoriale. Il s’agit d’un équipement, souvent motorisé, qui va compenser le déplacement apparent de la voute céleste. La monture se fixe sur un trépied et appareil photo ou tout autre instrument, comme un télescope, sur la monture.

Il existe de nombreuses montures équatoriales prévues pour supporter des équipements plus ou moins lourds. Les montures sont généralement lourdes et relativement encombrantes, il est donc important de bien la choisir avant de se lancer dans un achat.

Le critère le plus important à prendre en compte est la charge supportée par la monture. Si le constructeur annonce X kilos, appliquez un facteur 2/3 pour l’astro photographie. Donc si notre monture supporte 9 kg, votre matériel ne devra pas dépasser 6 kg. Ne comptez pas le poids des contre-poids dans ce calcul. Car oui, il faut souvent ajouter des contre poids pour équilibrer une monture équatoriale.

Un appareil photo pèse 0,5 à 1 kg avec un objectif qui peut aller jusqu’à 3 kg. Donc pour une monture équatoriale supportant juste un appareil photo, tablez sur un poids de 3 kg, soit une monture qui supporte une charge théorique de 5 kg comme une monture Skywatcher Star Adventurer par exemple.

Comprenez bien que cette ‘petite’ monture pèse déjà ses 7.5 Kg avec le trépied et le contrepoids. Ne comptez pas partir en randonnée avec un tel matériel ou alors musclez-vous avant.

Monture équatoriale Star Adenturer

L’installation d’une monture équatoriale va demander plus d’efforts qu’un simple trépied photo. Vous allez tout d’abord devoir orienter le trépied vers le nord (pour l’hémisphère nord) et le mettre à niveau. Ensuite vous allez installer la monture dessus et réaliser un alignement polaire. Cette procédure consiste à aligner finement la monture sur le nord géographique. L’étoile polaire se trouve très proche du nord, donc un centrage de la monture sur celle-ci est suffisant pour de l’observation visuelle, pour la photographie, il faudra prendre en compte le petit décalage entre l’étoile polaire et le NCP, le pôle céleste nord. Généralement cette opération se fait avec un viseur polaire fixé dans l’axe de la monture mais il existe d’autres manières de le faire.

Télescope sur une monture équatoriale

Une fois la monture mise en station, l’appareil photo fixé dessus, pensez à équilibrer votre setup en positionnant l’appareil photo correctement et en plaçant les contrepoids sur la monture. Un mauvais équilibrage peut-être la cause d’un mauvais suivi.

Lorsque vous aurez réalisé la mise au point sur une étoile, il ne restera plus qu’à orienter votre appareil vers la zone du ciel que vous désirez photographier et mettre en route la monture (il vous faudra une batterie ou des piles selon le modèle).

Là, comme précédemment avec la photo sur un simple trépied, vous aller pouvoir lancer des poses longues, mais cette fois sans être limité par la focale de votre objectif. Votre limite de temps sera fonction de la bonne mise en station de votre monture et de la qualité de celle-ci. Selon le matériel et votre savoir faire, vous pourrez réaliser des poses unitaires de 30 secondes à 2 minutes.

M 82, Galaxie du Cigare, focale 400 mm, f/d 9.5, 67 secondes de pose

Mais tant qu’à faire, pourquoi ne pas réaliser plusieurs photographies que vous allez pouvoir cumuler ? L’intérêt d’accumuler des images est d’augmenter les détails et de réduire le bruit présent sur l’image. Pour ce faire vous pouvez utiliser un intervallomètre au lieu d’appuyer sur le déclencheur photo après photo. Certains boîtiers photo sont dotés d’un intervallomètre intégré.

Intervallomètre

Mais qu’allez-vous faire avec toutes ces images ensuite ? Vous allez les empiler à l’aide d’un logiciel comme Siril, DeepSkyStaker ou Sequator pour ne citer que ceux qui sont gratuits. Pour ma part j’utilise PixInsight qui est payant ou Siril, mais c’est parce que je fais plus qu’empiler les images.

M 27, Nébuleuse Dumbbell, 19 images de 30 secondes empilées sous SIRIL, focale 2000 mm

Ces deux photographies sont relativement affreuses, car je n’ai utilisé une monture équatoriale avec un appareil photo qu’à mes touts débuts et très rapidement je suis passé à du guidage et une caméra astro au lieu d’un APN. Mais cela fera l’objet d’un prochain article.

La nuit de morts vivants

Image

C’est bête à dire, surtout à mon âge, mais j’ai découvert il y a peu que j’avais peur dans le noir. Je suis souvent dehors en pleine nuit, juste éclairé par les étoiles, je devrais avoir l’habitude. Et pourtant j’ai la frousse. Pas tout le temps bien sûr. Lorsque nous sommes plusieurs à observer ensemble la voûte céleste, à discuter, régler nos instruments, tout va bien.

C’est lorsque je me retrouve tout seul, vers deux heures du matin, que les copains sont partis se coucher et qu’il me reste encore une heure de photo à réaliser que tout commence.

Quelle idée de m’être installé au milieu de nulle part, en bordure d’un cimetière, loin des lumières de la ville, dans une zone blanche non couverte par les opérateurs téléphoniques. La nuit est couleur encre, tout est silencieux autour de moi.

J’entends au loin les cris d’effroi d’un animal qui fait trucider par son prédateur. Des buissons bougent non loin de moi et une ombre glaciale passe dans mon dos. Me reviennent à l’esprit des images des Profanateurs de Sépultures, La Nuit des Morts Vivants, Reanimator et autres films réjouissants. Les battements de mon coeur s’accélèrent, il fait noir, je suis seul, tout peut arriver. Je tends l’oreille dans le silence, scrute l’obscurité et perçois soudain une multitude de bruits suspects et d’ombres mouvantes. Aucune pierre tombale ne se soulève, aucune créature n’avance gauchement vers moi. 

L’angoisse m’étreint pourtant. Et si un sanglier déboulait tout à coup, chargeant mon matériel ?Je me replie dans la voiture et je ferme les portes à clé. Encore neuf images et il faudra sortir ensuite pour tout remballer.

Une lumière blanche aveuglante surgit au loin et se déplace en silence. Un randonneur, un cycliste, à cette heure ? La lumière se rapproche encore et soudain disparaît. Est-ce un psychopathe armé d’une machette qui a aperçu un peu plus tôt la lumière rouge de ma frontale et se dirige maintenant vers sa proie ?

Vous croyez que je suis paranoïaque ? Figurez-vous que la fois précédente, un gars bizarre en scooter défoncé est bien venu nous voir à une heure du matin, soit disant pour aller se recueillir sur la tombe de son père. Sérieusement, c’est un cimetière militaire de la seconde guerre mondiale… D’autant qu’après être resté à nous poser des questions étranges sur l’univers, il est reparti sans faire un tour au milieu des sépultures.

Il va pourtant falloir que je m’habitue. Avec l’été qui arrive, les nuits sont de plus en plus courtes. Je commence à photographier vers 23h00 et si je veux emmagasiner plus de trois heures d’images, je ne suis pas couché avant 4h. Je devrais peut-être regarder des films de zombies histoire de passer le temps lorsque je m’installe près d’un cimetière.