La photo maudite

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Les groupes de rock ont leur chanson maudite, le tube que tout le monde connaît, l’incontournable d’un concert, mais que les musiciens ne veulent plus jouer. Peter Gabriel a son ’Solsbury Hill’, Eagles son ‘Hotel California’, les Rolling Stones leur ‘Angie’, les Scorpions, le sirupeux ‘Still Loving You’.

Ben en photo c’est la même chose. De temps en temps nous publions un cliché sympa qui soudain fait le buzz, éclipsant complètement les images dont nous sommes vraiment fiers. En discutant avec d’autres photographes, je me suis rendu compte que je n’étais pas un cas isolé, loin de là. Nous aussi, nous avons nos photos maudites.

Une photographie n’est pas juste là pour faire joli. Elle peut raconter quelque chose, être représentative d’un style, d’une manière de penser, d’un instant. Je pense avoir trouvé, après de longues années d’errances et d’échec, un style photographique qui me correspond. Une image noir et blanc où le sujet ressort fortement dans un décors sombre et contrasté.

Bien sûr toutes mes photos n’épousent pas cette charte graphique mais c’est ce que mon instinct me pousse à créer. Evidemment, ce n’est pas du goût de tout le monde, les commentaires vint de trop sombre, trop noir, pas de couleur, trop accentué, déprimant jusqu’à moche. Mais moi j’aime.

Exceptionnellement, quelques une de ces images trouvent leur public. Mais dans mes plus grands succès, il y a principalement des couchers de soleils et des canards (les photo animalières dans le langage de mon épouse toujours impitoyable).

Le public lui plébiscite principalement les ‘jolies’ images de lieux qu’ils connaissent. Jolie signifiant plein de couleurs chatoyantes et des lignes douces pour ne pas heurter le regard.

Lorsque j’étais en Bretagne avec mes deux amis, j’ai fait de nombreuses photos souvenirs genre paysages ou coucher de soleil. Des photos sans grande recherche, juste pour le plaisir d’immortaliser un moment.

Mais comme je ne photographie que les étoiles et les concerts depuis quelques temps, je publie ces photos de vacances sur Flickr faute de mieux. C’est ainsi qu’un coucher de soleil sur la plage de la barre d’Etel a terminé sur mon Flickr. Des vagues, du sable, quelques nuages et un soleil couchant, rien de bien extraordinaire.

Mais voilà, cette photo a matché et a très vite dépassé les cinq mille vues accompagnée de plein de commentaires bienveillants. Le succès de cette image m’agace tellement que j’ai envie de la supprimer de Flickr. Mais bon, étant donné que je n’ai pas tant que ça de photos qui dépassent les vingt favoris (mon seuil de suppression), je vais la conserver probablement un peu.

Ce qui m’a fait nettement plus plaisir, c’est que la photo ci dessous, a été élue photo de la semaine, dans la communauté Flickr Social. Ça ne l’a pas rendue pour autant célèbre, mais ça m’a fait vraiment plaisir, parce que celle là, je l’aime vraiment.

La dernière conférence

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A l’école, j’ai toujours aimé être devant les autres élèves pour présenter des exposés, nettement moins pour résoudre le problème de maths donné en exercice la veille, et dont je n’avais même pas lu l’énoncé.

Je suis relativement à l’aise en public, capable d’improvisation si besoin et en plus j’aime faire le show. J’affirme des âneries avec assurance et j’ai souvent plus de crédit que le spécialiste lorsqu’il s’agit de parler à un journaliste.

Lorsque j’étais pré ado, on me lâchait déjà devant un public pour parler de science, de la naissance de l’univers ou des objets observables dans le ciel. Au travail, j’ai toujours eu des facilités à mener des réunions, assurer des présentations, bref je suis clairement un communiquant même si ce n’est pas ma fonction et que je déteste les communicants.

Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas eu l’occasion de me donner en spectacle, sorti des laborieuses réunions de travail. Mais cette année, j’ai été servi. J’ai commencé la saison avec une présentation de l’astro photographie à des élèves de la troisième à la terminale. Et pour des raisons d’organisation, je me suis retrouvé propulsé à l’arrache, parce j’étais certainement au mauvais endroit au mauvais moment, conférencier pour trois autres soirées.

J’ai recyclé et adapté la présentation sur l’astro photo et improvisé une seconde sur l’observation du ciel à l’oeil nu, un domaine que je maîtrise encore moins que la photographie. Le tout, c’était de donner le change avec beaucoup d’assurance.

Des conférences sur l’astronomie, le soir, en montagne, à quarante minutes de toute civilisation, ça n’est pas forcément une bonne idée. Le premier soir, il n’y avait personne sorti des organisateurs.

Pour la seconde conférence, nous étions dix. Pour la troisième, une quinzaine, dont ma femme, un de mes fils et le président de l’association. Autant dire, personne.

La quatrième conférence se déroulait après l’éclipse du soleil, le 12 août à 21h… Sérieusement. Qui allait rester la nuit, à mille mètres d’altitude, écouter un vieillard édenté, radoter sur les techniques d’astro-photographie d’après vous ?

Le 12 août, je suis monté au Champ du Feu pour l’éclipse solaire. De 14h à 17h, j’ai assuré une permanence à notre exposition, et il y avait beaucoup de monde. J’ai installé du matériel pour regarder le soleil et pendant trois heures j’ai parlé sous le cagna pour expliquer l’observation de notre étoile à de nombreux curieux.

A 17h éreinté, je suis allé au parking du Vieux Pré pour installer le matériel avec mon fils. Il y avait foule, des voitures garées n’importe comment, des gens installés dans des zones protégées et nous sur le goudron, à bruler au soleil. Encore…

De 19h à 20h30, j’ai suivi l’éclipse avec mon petit dernier, envoyant bouler poliment les journalistes pour m’occuper du grand public très friand d’explications. Je commençais tout doucement à devenir aphone.

A 20h30, alors que le maximum de l’éclipse venait de se terminer, nous avons tout remballé pour redescendre au chalet du Champ du Feu, un kilomètre plus bas. Mais la route était saturée, les voitures garées n’importe comment gênaient la circulation. Et je devais être en bas pour 21h. Stress !

A 20h55, je garais enfin la voiture au chalet et déchargeais une partie du matériel pour la conférence. C’est toujours mieux d’avoir un support visuel concret pour parler de sujets abstraits. Lorsque je suis rentré dans la salle avec tout mon barda, j’ai découvert avec stupéfaction que les bancs étaient tous occupés par des personnes impatientes qui attendaient le conférencier.

J’étais coincé. Il fallait que je fasse mon speech.

Une heure et demie plus tard, après quelques désertions et beaucoup de questions, la mission étaient accomplie, j’avais donné ma dernière conférence de l’été, et ce devant un public record. Des vocations d’astro-photographes sont probablement nées pendant la conférence et je pense que quelques personnes rejoindront notre association à la rentrée. Je n’ai pas perdu mon temps sans parler du plaisir de partager ma passion avec des gens.

Mais là je vais me reposer après trois jours de festival de métal comme photographe accrédité. Au moins je n’ai pas parlé pas, j’ai hurlé.

La fin des dinosaures

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L’amateur de rock progressif français est une espèce en voie d’extinction qui appartient au troisième âge. Il parle plus de sa prostate que du dernier album de The Flower Kings. Tous ses tee-shirts XXL possèdent une étrange déformation au niveau du nombril que l’on nomme communément le bébé houblon. Il écoute principalement des artistes anglophones mais ne comprend pas un traître mot de la langue de Shakespeare, de toute manière il est à moitié sourd.

Le proghead béret braguette est fidèle en amour. Il n’admettra jamais que son groupe fétiche pourrait avoir commis un jour une bouse. C’est également un intégriste qui chante le Genesis en latin. Il n’écoute que du prog, décliné sous toutes ses formes, rétro-prog, canterbury, prog symphonique, post-rock, doom, métal -prog, psychédélique, stoner, jazz-fusion, space-rock, cinématique, néo-prog, zeuhl, hard-rock… attention, c’est pointu !

Chaque année il part en croisière avec ses potes et ses artistes adulés pour des heures de concert, d’autographes et de bain de soleil. Pour peu que le navire croise un iceberg, le rock progressif, qui se fait déjà bien rare, disparaîtrait définitivement de la scène musicale.

Il se rend à de nombreux concerts partout en Europe en déambulateur, mange dans des restaurants étoilés et dort dans des hôtels confortables. Car il est vieux donc il a les moyens. Il se plaint quand même du prix du compact disk et des vinyles de temps en temps, il faut dire que le digital, il ne connaît pas et qu’il s’offre plusieurs albums par semaine.

Dans vingt ans, sans même la chute d’une météorite, ce sera une nouvelle extinction de masse. Celle des amateurs de rock progressif et des artistes qu’ils écoutent. Parce que vu la pyramide des âges, on sera tous bientôt six pieds sous terre.

À quoi ça sert que Ducros se décarcasse ?

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Sérieusement, je suis en colère.

À quoi ça sert que Ducros se décarcasse ?

Samedi dernier j’étais à un concert, à 200 km de la maison, pour voir un groupe de rock qui ne faisait qu’une seule date en France au cours de leur tournée.

Trois passionnés de musique, consacrent leur temps libre à organiser des concerts, faire venir des groupes, qui sinon ne joueraient jamais dans l’hexagone. Ils se démènent, ne comptent pas leurs heures, prennent d’importants risques financiers et le public n’est pas souvent au rendez-vous.

Une centaine de personnes seulement, dans une salle qui peut en contenir plus du triple. Une perte financière sèche pour leur association, une perte qui pourrait mettre en péril leurs prochains événements.

Ils ne gagnent rien, si ce n’est le plaisir d’accueillir les artistes qu’ils aiment dans une petite salle de concert conviviale mais les gens ne viennent pas.

Après ça j’entends les amateurs de rock se plaindre que les groupes ne se produisent pas en France, qu’il n’y a pas de concert près de chez eux, qu’en France, le rock c’est la misère.

Oui c’est la misère, le public ne vient pas aux concerts. Elle est là la misère… Le français va au concert comme à la messe, pour aduler son dieu, pas pour découvrir de nouvelles musiques, pas pour passer un moment convivial entre amis en écoutant un groupe et en buvant une bière comme en Allemagne. Si les artistes ne sont pas de leur paroisse, les français frileux restent au chaud chez eux à regarder la télévision ou à zombifier sur Facebook au lieu de découvrir de nouveaux horizons musicaux.

Ceux qui ne sont pas venus samedi aurait mieux fait de bouger leurs fesses. Le concert était fabuleux, même avec une audience réduite, le groupe a fait le show. Nous nous sommes retrouvés entre amis et passionnés de rock, fous furieux émerveillés, à écouter un groupe qui ne repassera probablement de sitôt en France, préférant d’autres contrées où le public répond présent.

Et ne me dites pas qu’un concert c’est cher. Au lieu de vous rendre un fois par an au Zénith écouter un Johnny ou un Polnareff en fin de vie, vous pourriez vous rendre cinq fois, pour le même prix, dans une petite salle afin de découvrir un jeune groupe talentueux.

Lorsqu’il arrive que des artistes me contactent pour organiser une tournée, je leur conseille des salles en Allemagne, en Suisse, en Belgique et très rarement en France. Pourquoi pas en France ? Parce qu’il est très compliqué, voir impossible, sans passer par un réseau professionnel, de réussir organiser un concert, et lorsque l’on y arrive, le public ne se déplace pas.

L’unique option, ce sont justement ces associations, celles qui louent les salles pour organiser des événements. Elles sont très sollicitées. Mais si personne ne vient à leurs concerts, elle finiront pas jeter l’éponge. Nous n’aurons plus qu’à nous rendre à l’étranger pour assister à des concerts ou bien nous convertir à la chanson française et au bal musette.