Airbag Chez Paulette

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Rendez-vous compte, le groupe Airbag faisait un détour à Pagney derrière Barine avec Lesoir en première partie pour se donner en spectacle. J’avais rechargé les batteries des mes appareils photos, fait le plein d’essence de la voiture, réécouté les derniers albums de Airbag, bref j’étais paré.

Mais en parlant de Lesoir, le jour précédent je m’étais couché à 5h du matin. Et plus embêtant encore, le ciel était à nouveau bien dégagé le samedi du concert. Où allais-je aller ? Allais-je écouter Airbag, faire dodo ou me lancer dans une nouvelle nuit astro ? Un vrai choix cornélien. Je pouvais même aller écouter The Young Gods à La Laiterie à Strasbourg avec mon ami Sébastien.

Mais ma décision fut vite prise. Le mercure avait grimpé jusqu’à 30 degrés dans l’après-midi et c’est avec le soleil brûlant en pleine figure que j’ai pris la route après un repas consistant. Il faut des forces pour tenir le coup. 

Il y avait pas mal de monde stationné sur ce parking perdu au milieu de nulle part. Le soleil se couchait sur les Vosges mais j’étais encore à l’avance. Laurent était déjà sur place et me cherchait dans la salle. 

Sur mon Whatsapp de nombreux messages se télescopaient « Salut JC, Airbag ce soir ? », « Qui monte alors ? », « Je vois pas par quel miracle ce truc va disparaître en 1h15 », « Je suis arrivé depuis longtemps en fait. bises »…

J’ai sorti le matériel du coffre et me suis préparé pour la soirée. Pas mal d’amis étaient présents, des habitués et une vieille connaissance que je n’avais pu vu depuis un bon moment. Nous étions trois photographes mais nous avions largement assez de place pour ne pas nous marcher sur les pieds.

Comme à chaque fois que je sors avec mon téléobjectif de 1500 mm de focale, je n’ai que des problèmes techniques. Ce soir là n’a pas échappé à la règle. Mais il faut savoir sortir de sa zone de confort.

Avant l’extinction des lumières, je discute avec mes voisins tout en me préparant, mais dès que le show commence, il n’est plus question de papotages. Il faut shooter. Je suis là pour ça.

Dans le silence surnaturel, sous un projecteur lunaire, je pointe la galaxie du tournesol avec mon Celestron 8. Antoine vise le duo Messier 81 et 82 et mon voisin la nébuleuse du coeur. Il fait doux à 1100 m d’altitude, presque frais, et je ne regrette pas d’avoir renoncé à la salle bondée de Pagney derrière Barine chauffée par les éclairages pour le parking du Champ du Feu.

Quelques heures plus tard, alors que Eliott est parti depuis longtemps, et que Antoine dort dans sa Tesla, je me rentre doucement à la maison en slaloment entre les biches. Je n’aurais pas profité du groupe Airbag en live, je ne les aurais pas photographié non plus, mais on ne peut pas être partout et dimanche prochain j’ai un autre concert à couvrir. 

Allez vous faire voir chez les grecs

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Après une journée entièrement dédiée à la préparation des photos, chroniques et billets de blog pour quinze jours, nous voilà à l’aéroport international de Strasbourg-Entzheim (cinq vols par jour), pour décoller vers la Crète. 

Manifestement certaines compagnies ont encore des réserves de kérosène. Le retour se fera peut-être à la nage.

Ce sont nos premiers jours de congés payés depuis Noël et notre premier voyage depuis septembre, autant dire que nous sommes impatients.

Il fait nuit lorsque nous arrivons à Heraklion et nous avons encore 1h30 de route pour atteindre Rethymnon, notre destination finale. Le loueur se trouve à près d’un kilomètre à pied de l’aérogare, la carte bleue refuse de bloquer la caution pour la voiture et une fois sur la route, impossible d’allumer les feux de la voiture. Ça commence fort !

A 23h, après avoir tourné en rond et emprunté une ruelle où la voiture touche presque les murs latéraux tant elle est étroite, nous arrivons enfin à destination, une peu éreintés.

Le lendemain, après avoir rempli le frigo de produits improbables comme des cookies au yaourt grec, nous visitons Rethymnon, son port vénitien, sa mosquée, ses ruelles touristiques, une longue promenade matinale à pied au soleil qui épuise nos dernières forces.

L’après-midi, nous tentons bien d’aller découvrir l’unique lac d’eau douce de l’île, mais le cœur n’y est pas et l’endroit manque d’intérêt pour un alsacien qui vit entouré de rivières et de lacs. Par contre, vers 18h, nous posons enfin nos fesses sur le sable de la plage bétonnée recouverte de transats et de parasols à 20 mètres de notre appartement, et c’est magnifique. Par un incroyable miracle, sur le sable, nous n’entendons plus la circulation ni la foule huilée.

Notre logement se situe dans une sorte d’improbable bidonville touristique fait d’immeubles inachevés, de baraques bricolés, de chantiers et de terrains vagues où résonne de la musique de 20h jusqu’à 2h du matin. Ce n’est pas très sexy comme paysage mais l’appartement est agréable, calme, propre et dispose d’une place de parking, ce qui dans le coin est une denrée  précieuse.

Le lendemain nous partons pour le monastère d’Arkadi, un incontournable de Crète semble-t-il vu le nombre de cars qui vomissent leurs touristes, et Eleftherna, la grande cité antique devenu un village paumé aujourd’hui, où se cache un musée archéologique et plusieurs sites dont une nécropole.

Après une longue promenade en plein soleil de ruine en ruine dans un vallon, nous rentrons cuits mais heureux. En soirée, une fois l’estomac rempli et remis de nos brûlures, nous repartons explorer la citadelle de Rethymnon qui domine la ville et la mer.

Le jeudi matin, nous retournons voir les morts à Armeni. Un vaste site ombragé où des tombes ont été creusées profondément dans la roche il y a 3000 ans, des centaines de couloirs étroits en pente à ciel ouvert descendent vers des chambres mortuaires. Le soir, après une sieste, nous partons visiter le village des potiers, Margaritte, non pas parce que nous comptons ramener en avion une jarre mais pour visiter des ruelles plus authentiques que le front de mer de Rethymnon.

Le vendredi, nous sommes partis au sud, vers Palm Beach, non pas celle de la série américaine, mais une plage de Crète. En passant, nous avons fait un petit détour par le monastère de Preveli, une destination pour le moins touristique. L’antique monastère, qui domine la mer de Lybie, était en pleine effervescence avec une célébration religieuse qui avait remplie le parking des voitures des fidèles. Nous nous sommes faits tout petits pendant l’homélie retransmise par des hauts parleurs.

Après quelques sermons pour le moins orthodoxes, nous avons cherché un chemin pour rejoindre la plage aux palmiers située en contrebas, sans pour autant se détruire les genoux avec les 459 marches partant du monastère. Nous avons visité la palmeraie sauvage qui remonte le long d’une rivière qui se jette dans la mer.

Après cette belle promenade, nous sommes rentrés par le village de Spili où la faim a guidé nos pas dans un agréable restaurant situé au dessus des fontaines. Le soleil, le repas, le verre de vin blanc et de digestif sucré à base de fleur d’oranger ont achevé le chauffeur et sa passagère. Nous sommes rentrés faire la sieste à Rethymnon…

Le samedi, nous partions pour la ville d’Hania avec un détour par la ville antique d’Aptera et le monastère de la Sainte-Trinité des frères Zargaroli. Un gros détour, beaucoup de route et de chaleur pour découvrir d’incroyables citernes romaines, un théâtre greco romain de -300 avant JC et des bains, un monastère perdu au milieu des oliviers qui ressemble à celui d’Arkadi et une grande ville balnéaire avec son port vénitien et sa vielle cité. Vous avez déjà essayé de vous garer dans un parking souterrain crète avec un SUV Volkswagen ? N’essayez pas.  Rien que négocier les virages entre les murs et les piliers m’a donné des sueurs froides par 26 degrés. Alors se glisser dans la place de stationnement entre deux autres SUV, je ne vous en parle même pas. Heureusement que lorsque nous sommes partis, le parking était presque vide. Hania ressemble à Rethymnon en beaucoup plus grand. Plus de maisons, plus de bruit, plus de touristes, plus de restaurants autour du port vénitien. Bon pas terrible le restaurant comparé à celui de la veille, mais nous avions faim. Après 9h de balade, nous sommes enfin allés piquer une tête dans la mer Méditerranée glacée. Il fallait être motivé, mais c’était agréable.

Dimanche. Trois options s’offraient à nous : faire de la route pour découvrir de nouveaux sites archéologiques, revoir nos endroits préférés autour de Rethymnon ou bien visiter des lieux de seconds choix pas trop loin de la location.

Nous avons opté pour le troisième choix. Au programme les cascades de Argyroupoli et sa mosaïque puis le village de Roustica et ses rues ombragées. Bon, les cascades étaient en fait quatre ou cinq chutes d’eau d’un mètre de haut dans un endroit sympa et frais en contrebas du village. Après avoir vu la mosaïque un peu plus haut, nous avons roulé vers Roustica et ce fut la plus belle partie de cette matinée de second choix. Les paysages vallonnés et verdoyants entre Argyroupoli et Roustica étaient magnifiques. Tant mieux parce que Roustica ne méritait pas vraiment le détour. Nous avons terminé l’après-midi par une nouvelle promenade dans les anciens quartiers de Rethymnon qui est décidément une très belle ville.

Ne restait qu’un dernier jour en Crète avec un décollage prévu à 21h. Alors direction Heraklion, le palais de Knossos et le musée archéologique avant d’embarquer dans l’avion.

A 14h00 nous arrivons au centre-ville d’Heraklion pour visiter le musée archéologique. L’occasion de tester pour la première fois de notre vie un parking robotisé vertical dont le logiciel mal fichu va mettre plus de vingt minutes à retrouver notre voiture.

Suite un mauvais pilotage GPS nous-nous sommes en plus garé à 15 minutes à pied du musée alors qu’il y a plein de parkings à proximité. Nous marchons en plein soleil dans la capitale Crète pour rejoindre des merveilles vieilles de 4000 ans. Car ce musée conserve de véritables trésors sur près de deux millénaires de civilisations. Bronze, poteries, amphores, coffres, parures, épées, boucliers, casques, mosaïques, fresques, il y a tant à lire et à voir qu’il faudrait y passer deux journées.

Nous le quittons à contrecœur vers 15h30 car avant de partir, pas question de louper le site archéologique majeur de cette île, le palais de Knossos. Sauf que c’est la course : l’embarquement de notre avion débute à 20h et nous devons d’abord rendre la voiture. Alors c’est presque au pas de charge que nous visitons cet immense palais de plus de mille pièces.

Hélas, mille fois hélas, les ruines ont été restaurées avec force de reconstitutions douteuses en béton et il est parfois difficile de savoir ce qui est vrai de ce qui a été inventé. Aptera et Armeni avaient beaucoup plus de charme. A Knossos nous ne savons pas vraiment ce que nous visitons. Du coup la visite est écourté et nous arrivons à temps pour nous enregistrer.

A 21h nous décollions pour Strasbourg. Il faisait 27 degrés à l’ombre au décollage et 10 à l’atterrissage !

Les vacances étaient bien terminées.

Photographier les étoiles – la monture équatoriale

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Nous avons vu dans un précédent billet qu’avec un simple trépied et un appareil photo, il était déjà possible de réaliser des images du ciel. Mais nous avons vu également que le temps de pose était fortement contraint par la focale de l’objectif utilisé et la rotation de la terre.

Il existe une solution pour s’affranchir du mouvement de rotation de la terre, la monture équatoriale. Il s’agit d’un équipement, souvent motorisé, qui va compenser le déplacement apparent de la voute céleste. La monture se fixe sur un trépied et appareil photo ou tout autre instrument, comme un télescope, sur la monture.

Il existe de nombreuses montures équatoriales prévues pour supporter des équipements plus ou moins lourds. Les montures sont généralement lourdes et relativement encombrantes, il est donc important de bien la choisir avant de se lancer dans un achat.

Le critère le plus important à prendre en compte est la charge supportée par la monture. Si le constructeur annonce X kilos, appliquez un facteur 2/3 pour l’astro photographie. Donc si notre monture supporte 9 kg, votre matériel ne devra pas dépasser 6 kg. Ne comptez pas le poids des contre-poids dans ce calcul. Car oui, il faut souvent ajouter des contre poids pour équilibrer une monture équatoriale.

Un appareil photo pèse 0,5 à 1 kg avec un objectif qui peut aller jusqu’à 3 kg. Donc pour une monture équatoriale supportant juste un appareil photo, tablez sur un poids de 3 kg, soit une monture qui supporte une charge théorique de 5 kg comme une monture Skywatcher Star Adventurer par exemple.

Comprenez bien que cette ‘petite’ monture pèse déjà ses 7.5 Kg avec le trépied et le contrepoids. Ne comptez pas partir en randonnée avec un tel matériel ou alors musclez-vous avant.

Monture équatoriale Star Adenturer

L’installation d’une monture équatoriale va demander plus d’efforts qu’un simple trépied photo. Vous allez tout d’abord devoir orienter le trépied vers le nord (pour l’hémisphère nord) et le mettre à niveau. Ensuite vous allez installer la monture dessus et réaliser un alignement polaire. Cette procédure consiste à aligner finement la monture sur le nord géographique. L’étoile polaire se trouve très proche du nord, donc un centrage de la monture sur celle-ci est suffisant pour de l’observation visuelle, pour la photographie, il faudra prendre en compte le petit décalage entre l’étoile polaire et le NCP, le pôle céleste nord. Généralement cette opération se fait avec un viseur polaire fixé dans l’axe de la monture mais il existe d’autres manières de le faire.

Télescope sur une monture équatoriale

Une fois la monture mise en station, l’appareil photo fixé dessus, pensez à équilibrer votre setup en positionnant l’appareil photo correctement et en plaçant les contrepoids sur la monture. Un mauvais équilibrage peut-être la cause d’un mauvais suivi.

Lorsque vous aurez réalisé la mise au point sur une étoile, il ne restera plus qu’à orienter votre appareil vers la zone du ciel que vous désirez photographier et mettre en route la monture (il vous faudra une batterie ou des piles selon le modèle).

Là, comme précédemment avec la photo sur un simple trépied, vous aller pouvoir lancer des poses longues, mais cette fois sans être limité par la focale de votre objectif. Votre limite de temps sera fonction de la bonne mise en station de votre monture et de la qualité de celle-ci. Selon le matériel et votre savoir faire, vous pourrez réaliser des poses unitaires de 30 secondes à 2 minutes.

M 82, Galaxie du Cigare, focale 400 mm, f/d 9.5, 67 secondes de pose

Mais tant qu’à faire, pourquoi ne pas réaliser plusieurs photographies que vous allez pouvoir cumuler ? L’intérêt d’accumuler des images est d’augmenter les détails et de réduire le bruit présent sur l’image. Pour ce faire vous pouvez utiliser un intervallomètre au lieu d’appuyer sur le déclencheur photo après photo. Certains boîtiers photo sont dotés d’un intervallomètre intégré.

Intervallomètre

Mais qu’allez-vous faire avec toutes ces images ensuite ? Vous allez les empiler à l’aide d’un logiciel comme Siril, DeepSkyStaker ou Sequator pour ne citer que ceux qui sont gratuits. Pour ma part j’utilise PixInsight qui est payant ou Siril, mais c’est parce que je fais plus qu’empiler les images.

M 27, Nébuleuse Dumbbell, 19 images de 30 secondes empilées sous SIRIL, focale 2000 mm

Ces deux photographies sont relativement affreuses, car je n’ai utilisé une monture équatoriale avec un appareil photo qu’à mes touts débuts et très rapidement je suis passé à du guidage et une caméra astro au lieu d’un APN. Mais cela fera l’objet d’un prochain article.

Le sapin de Noël

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Moins quatre degrés, une belle couche de neige fraîche au sol, garé sur un parking désert à plus de mille mètres d’altitude, j’écoute Stéphane Gallay raconter ses derniers concerts.

Le sol est blanc, le ciel est noir. Une lune gibbeuse projette mon ombre sur le goudron glacé à côté de celle de ma lunette.

Eliott est rapidement rentré chez lui frigorifié, Luc est assis sur le siège chauffant de sa voiture et moi j’ai une couverture, trois couches de vêtements, un bonnet, deux thermos tièdes et les mains glacées.

Je photographie un sapin de Noël dans une Licorne. Je sais, les licornes n’existent pas et Noël est passé depuis trois mois. Pourtant c’est ce que je fais. Des photos de NGC 2264, dite nébuleuse du Cône ou du Sapin de Noël dans la constellation de la Licorne. Un minuscule triangle sombre surmonté d’une étoile, à la base d’un vaste nuage de gaz rouge. Une nouvelle cible difficile que j’avais envie de capturer avant qu’elle ne soit trop basse sur l’horizon avec l’avancement de l’année.

Dans quelques semaines il n’y aura plus que des galaxies dans le ciel, il faut que je termine mon catalogue automne hiver avant d’attaquer les robes légères de la belle saison.

Du givre se forme sur le pare brise dans la voiture, le capteur de ma caméra indique -12.6 degrés alors que le système de refroidissement est à l’arrêt. Malgré des chaussettes épaisses, des semelles chauffantes et des bottes grands froids, j’ai les pieds gelés.

Un beau ciel, ça se mérite. L’objectif est d’accumuler trois heures d’images sur cette nébuleuse peu lumineuse avant de redescendre me glisser sous la couette. En attendant je suis à moitié allongé sur le siège passager de la voiture avec une couverture jusqu’au menton à regarder les photos de concert de Stéphane Gallay sur Youtube.

Parce qu’il est impossible de lire dans la voiture, à cause de la lumière qui perturberait le télescope. Je pourrais à la rigueur écouter de la musique pour passer le temps mais je suis assez exigeant quant à la qualité des hauts parleurs. Je pourrais observer aussi sous les étoiles mais Eliott est redescendu il y à longtemps et il fait vraiment trop froid dehors.

Heureusement qu’il y a de la 4G au Champ du Feu. Enfin pas toujours. Mon MMS pour prévenir mon épouse que je suis bien arrivé vivant n’est jamais parvenu en plaine. 

Luc a sorti la Rolls Royce des lunettes, une  magnifique Takahashi posée sur une monture harmonique pour photographier la nébuleuse Messier 78 dans la constellation d’Orion. L’objet est de plus plus bas sur l’horizon, ce qui lui laisse encore moins de temps que moi pour accumuler des images. La partie sombre de l’objet ressort bien sur son écran de contrôle, il devrait en sortir une belle photographie.

Peu après minuit j’avais mes 36 images et moins de douze heures plus tard, après cinq heures de sommeil agitées une photographie traitée de la nébuleuse. L’astronomie, ça se mérite.

Photographier les étoiles – la photo au trépied

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Je rencontre régulièrement des personnes qui désirent se mettre à la photo du ciel. Ils faut dire que pour un non initié, les images que l’on arrive à sortir après une nuit de patience, sont toujours spectaculaires.

Les personnes qui nous voient en action avec tout notre matériel bardé de fils, scrutant sur une tablette ou un ordinateur les premières images accumulées par le setup, ont parfois envie de se lancer dans l’aventure.

A chaque fois, nous leur recommandons de ne pas bruler les étapes, de commencer avec une solution simple et d’évoluer progressivement si l’envie se confirme. Car l’astro photo est un loisir onéreux, nettement plus que la photographie et c’est également un passe temps qui demande un long apprentissage, même s’il existe de nombreux turoriels très bien faits sur internet.

Donc s’il vous prenait l’envie de vous lancer dans cette passion, voici quelques conseils pour commencer en douceur et sans vous ruiner.

Tout d’abord quelques préalables : il est préférable d’avoir déjà fait un peu d’astronomie et de posséder des notions de photographie. Il n’est pas nécessaire d’être un expert dans ces matières. Mais déjà admettre que la terre est ronde et savoir repérer la constellation de la grande ourse est un bon point de départ comme connaître le triangle d’exposition (vitesse, ouverture, sensibilité).

Ce que de nombreuses de personnes ignorent, c’est que l’on peut faire de la photo astro avec un simple appareil photo et un trépied. L’appareil doit permettre des temps de pose de plusieurs secondes, autoriser une mise au point manuelle et disposer d’un retardateur ou d’un déclencheur souple ou sans fil. Il est préférable de posséder un objectif lumineux de bonne qualité (avec un rapport f/d proche de 2.8) et un trépied bien stable.

Rotation des étoiles pendant la nuit

Comme la terre tourne sur elle-même en vingt-quatre heures, les étoiles semblent bouger dans le ciel. Et ce mouvement, aussi faible soit-il, va se remarquer sur vos photos si vous n’y prenez pas garde. Après, cela peu être l’effet recherché. Tout est permis.

Pour éviter ce filé d’étoile, retenez la formule suivante : temps de pose = 500 / focale de l’objectif, et ça pour un appareil photo plein format. Pour un APS-C il faudra diviser ce temps par 1.5, et pour un capteur 4/3, il faudra diviser ce temps par 2. Par exemple, si vous utilisez un objectif de 50 mm sur un boitier plein format, vous pourrez espérer réaliser des photographies avec un temps de pose maximum de 10 secondes. La formule est empirique et dépend du boitier et de l’objectif. Il faudra vérifier l’image en zoomant sur les étoiles pour vérifier quelles ne présentent pas de filé, surtout sur les bords.

Evidemment, si vous voulez photographier une galaxie ou une nébuleuse, il vous faudra une forte focale, au minium 135 mm et donc votre temps de pose sera fortement diminué. Donc la photographie avec un trépied et un appareil photo, sans compenser le mouvement de rotation de la terre, se fera le plus souvent avec des objectifs grands angle de 6 à 35 mm pour avoir le plus de temps de pose possible. Généralement avec ce genre de matériel, on photographie la Voie Lactée.

Maintenant, comment procéder ? Déjà, allez à la campagne, loin des éclairages publiques et de nuit. Prévoyez des vêtements chauds, un thermos, une lampe rouge pour ne pas vous éblouir et un siège de camping. N’oubliez pas votre appareil photo, idéalement réglé au préalable et le trépied.

Une fois arrivé sur place, fixez votre appareil photo sur un trépied, pointez la partie du ciel que vous désirez immortaliser et lancez-vous.

Si ce n’est pas déjà fait, réglez le temps de pose en fonction de la focale de votre objectif, réglez l’ouverture à la valeur minimale si votre objectif le supporte et réglez la sensibilité du boitier entre 1000 et 4000 ISO.

Vous allez devoir faire une mise au point manuelle en obtenant les étoiles les plus fines possible à l’écran, n’hésitez pas à zoomer à l’écran si vous pouvez pour être plus précis. Vous pouvez également vous aider d’un masque de Bahtinov pour réaliser la mise au point, mais c’est un peu plus compliqué. Programmez enfin le retardateur pour éviter un bouger et faite la photo. Il vous faudra certainement ajuster les précédents paramètres pour y arriver, mais cela devrait marcher après plusieurs essais.

De nos jours, les derniers modèles de smartphones, sont tout à fait capables de réaliser des photographies du ciel nocturne d’assez belle qualité, il existe même des modes préréglés pour le faire. Vous pouvez utiliser l’application Nocturne si comme moi vous avec un smartphone pas doué pour la photo.

Objectif 14 mm, 25 s de pose, ouverture f/d 2.8, 5000 ISO
Objectif 14 mm, 15 s de pose, ouverture f/d 4, 2000 ISO
iPhone SE et le logiciel Nocturne

Les comètes lumineuses sont de bonnes cibles pour ce genre d’équipement. Vous n’obtiendrez pas de grands détails de la queue mais vous pourrez réaliser de jolies photos de paysage.

Comète C2023 A3, objectif 24/70, focale 50 mm, pose de 5 s, ouverture f/d 5,6, 4000 ISO
Comète C2023 A3, objectif 24/70, focale 70 mm, pose de 6 s, ouverture f/d 2,8, 1250ISO

Avec un appareil photo et un simple trépied, vous pouvez également photographier la lune. Par contre cette fois, oubliez les objectifs grand angle et privilégiiez les grandes focales, de 200 à 600 mm voir plus.

La lune est une cible facile parce que lumineuse et elle donne de belles photographies. Vous pouvez photographier notre satellite jusqu’à une focale de 1500 mm si vous vous y prenez bien, et ça à l’aide d’un simple trépied.

Prenez un boitier plein format, un téléobjectif de 500 mm couplé à un doubleur et passez votre boitier en mode APS-C. Le temps de pose que je vous recommande est de l’ordre du 1/100 s pour contrer les vibrations et le mouvement de la lune mais vous pouvez descendre jusqu’à la seconde. Là encore, la mise appoint manuelle est recommandée mais certain appareils arrivent à gérer l’autofocus sur la lune. Pour la sensibilité, ce sera au jugé, en fonction de la phase de la lune et de sa hauteur sur l’horizon.

Lune, objectif 500 mm avec doubleur, focale 1000 mm, pose de 1/200 s, ouverture f/d 11, 500 ISO
Eclipse lunaire, 1 s, 5000 ISO, f/d 5.6, 500 mm

Vous pouvez enfin essayer de photographier les planètes Jupiter ou Saturne lorsqu’elles sont bien hautes dans le ciel, mais n’attendez pas de miracle non plus.

Jupiter, objectif 400 mm, temps de pose 1/40 s, f/d 9.5, 4000 ISO

Il est également possible de photographier le soleil, mais je vous le déconseille fortement sauf au coucher du soleil lorsque notre étoile frôle l’horizon et surtout avec les plus grandes précautions. Il vous faudra un filtre ND très puissant et en parfait état, car regarder le soleil à travers un appareil optique risque de vous décoller la rétine et détruire votre matériel.

Coucher de soleil, objectif 200/500 mm, focale 500 mm, 1/60 s, f/d 5.6, 80 ISO
Eclipse solaire, quatre images superposées, objectif 85 mm, 1/8000 s, f/d 11, ISO 100, filtre ND

Donc si vous voulez débuter en astro photographie et que vous faites déjà un peu de photo, pas besoin de vous ruiner. Prenez votre appareil et partez à quelques kilomètres de éclairages urbains, encore que pour la lune, vous pouvez la photographier sous un lampadaire.

La prochaine fois, nous parlerons de photographies avec des temps de pose supérieurs à 30s, à l’aide d’une monture équatoriale.

Le fantôme

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Après m’être fait la main sur des proies faciles, j’ai décidé de m’attaquer à des sujets plus ambitieux. Des petites choses presque invisibles qui se cachent des vivants dans les ténèbres. Pour disparaître à la vue de tous, ces spectres déjà très discrets, se terrent à proximité de brillantes lumières, qui par leur éclat, masquent les fantômes.

IC 63 est de ce genre, on la sort régulièrement pour la fête d’Halloween. Une nébuleuse de magnitude 13,3 pour sa partie la plus lumineuse, ressemblant à un fantôme, qui se cache près de Gamma Cassiopea, un phare bleu qui brille à la magnitude 2.13. 

Plus la magnitude est grande, moins l’objet est lumineux. L’œil humain peut voir des étoiles jusqu’à la magnitude 6, l’étoile polaire a une magnitude 2, la planète Venus de -2, la pleine lune -13, le soleil -27.

Une magnitude 13, dans ma lunette, c’est une lumière à peine perceptible même après cinq minutes de photographie. Après tout se tente, il suffit d’avoir les piquets.

Zéro degré, un vent de nord-est persistant, travail le lendemain, il fallait du courage pour monter au Champ du Feu. Mais la lune n’était pas encore levée et la nuit astronomique débutait vers 20h, laissant pas loin de quatre heures pour photographier avant que la constellation de Cassiopée ne soit trop basse sur l’horizon.

La première nuit, j’ai récolté pas moins de trente-six images exploitables soit trois heures de photographie. L’objet était visible, mais peu détaillé. Il me fallait plus de temps de pose pour obtenir une belle image. 

J’ai guetté une nouvelle fenêtre météorologique favorable pendant une semaine, montant même un soir pour rien alors que le ciel était incertain. Sept jours après la première série d’images, j’ai pu recommencer à shooter.

Le vent soufflait à 15/20 km/h, la température était proche de zéro. J’ai abrité mon matériel et moi même derrière la voiture pour faire paravent et j’ai relancé la session photo. Quarante images plus tard, c’est à dire presque quatre heures, j’avais emmagasiné ajouté trois heures et vingt minutes d’images de 300 secondes aux trois heures précédentes. Mon record à ce jour.

Le MacBook Pro n’a eu aucun mal à empiler ces 76 images de 300s. Après quelques minutes, j’avais devant les yeux le résultat de deux nuits de photographie. Au bout de trois tentatives de traitement des images, j’ai obtenu un résultat relativement satisfaisant.

Je m’étais déjà attaqué à la nébuleuse du fantôme l’an passé, mais hélas l’étoile avait totalement cramé mon image, la rendant quasi inexploitable. Le filtre Antila Triband a corrigé ce problème même si les imperfections optiques de la lunette Skywatcher transforment Gamma Cassiopea en phare bleu dans l’obscurité insondable.

Cette cible exigeante m’a donné confiance en moi et je pense qu’à l’avenir je vais m’attaquer à des objets moins connus et peu lumineux pour voir quelles sont les limites de mon setup.

J’ai observé mon premier OVNI

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Depuis cinquante ans que je scrute le ciel, je n’ai observé que des phénomènes naturels. Aucun vaisseau spatial, aucune rencontre du troisième type, bref rien que de la poussière d’étoiles.

Mais un jeudi soir froid, alors que je cherchais un raccourci que je ne trouverais jamais, j’ai vu un phénomène que je n’avais jamais encore observé.

Ma lunette pointait vers la nébuleuse du fantôme (sans doute un signe), mon télescope se promenait sous la voute céleste, l’appareil photo de Pierre visait le coeur et la lunette d’Eliott cherchait une galaxie perdue. 

Nous étions trois représentants de l’espèce humaine perdus dans le froid à plus de mille mètres d’altitude : un météorologue, un astrophysicien et un DRH, des témoins dignes de confiance. Bon pour le DRH je suis moins sûr…

C’est justement le DRH l’a vu. « Regardez ! » a-t-il dit en pointant sa frontale éblouissante dans notre direction. Et nous l’avons vu, d’abord la lumière crue de sa lampe blanche et ensuite, vers le sud-ouest, cette forme mouvante laiteuse barrée d’une zone sombre, avancer vers nous, entre la constellation d’Orion et les Pléiades.

Photo Pierre Suaud

L’objet de grande taille et lumineux comme la lune, bougeait vite et sans bruit, changeant progressivement de morphologie, dans un ciel sans nuage. On aurait dit une boule de coton poussée par le vent.

Pierre a juste eu le temps de l’immortaliser avec son boitier Canon et son 14 mm Samyang, car après quelques minutes, l’OVNI disparaissait vers le nord-ouest sans laisser de trace.

Nous étions trois témoins de confiance à avoir vu un objet non identifié dans le ciel Alsacien, et ce, cinq jours après le passage d’un bolide qui s’est écrasé en Allemagne.

L’invasion des profanateurs de sépultures avait-elle commencé ? Etait-ce le début de la Guerre des Mondes ? Allions-nous enfin rencontrer le troisième type ? Des auriculaires allaient-ils se raidir chez certains habitants de la Terre ?

Cela ne pouvait pas être un nuage bas, le météorologue l’aurait reconnu. Ce n’était pas une aurore boréale, l’astrophysicien l’aurait identifié. Ça n’était pas un nuage chimique d’une usine classée SEVESO, le DRH aurait viré tout le personnel de l’entreprise. 

Plusieurs hélicoptères militaires avaient survolé le Champ du Feu ce soir là. Poursuivaient-ils un mystérieux engin extraterrestre ? Ou plus simplement, les militaires expérimentaient-ils une nouvelle arme de destruction massive ? Peu probable, nous n’avions pas été kidnappés ou empoisonnés pas un gaz toxique.

L’explication tristement rationnelle provenait de Chine. Une fusée Longue Marche 8A avait décollé à 3h48 heure de Beijing pour mettre en orbite des satellites du genre Starlink. Et le nuage correspondait aux gaz rejetés par la fusée lors de son vol. Ils étaient très lumineux parce la lumière du soleil les éclairait encore du fait de leur altitude élevée.

Mais les sinistres explications scientifiques n’enlèveront rien à ce que nous avons vu. Il s’agissait bien d’un OVNI, enfin jusqu’à ce qu’on l’identifie.

Arch voices

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Imaginez quatre blondes platines plus vraiment toutes jeunes jouant du manche sur la scène du Grillen. Je suis certain que ça vous émoustillerait.

Et bien non, désolé de vous décevoir pour les photos, je ne suis pas allé shooter un spectacle burlesque à Colmar mais le groupe filandais Omnium Gatherum.

En vérité j’y allais surtout pour écouter les ricains de Fallujah que je connais un peu mieux, mais au final, le groupe qui m’a fait forte impression venait de Finlande.

Je ne vous cache pas que je n’étais pas au mieux de ma forme. La veille je photographiais les étoiles près de  Grendelbruch avec les copains et nous sommes rentrés tard. Qu’importe, je suis parti à Colmar un peu avant 18h, le réservoir et le ventre vide, avec quelques heures de sommeil depuis la veille.

L’association Headbang m’avait accrédité pour la soirée, donc c’est avec mon lourd attirail photo que je suis allé écouter In Mourning, Fallujah et Omnium Gatherum. Une soirée placée sous le signe du growl, car si ces trois groupes usent également de chant clair en studio, en live, ils gueulent, et fort.

La salle du Grillen est bien remplie et il faut jouer des coudes pour se déplacer. Le public va de vingt à soixante-dix ans, du coup je me situe dans la moyenne haute. Des métalleux embourgeoisés qui boivent encore des bières, mais avec modération.

Pas de cervoise pour moi, je suis fatigué, je fais des photos et surtout je conduis.

In Mourning, que j’avais déjà eu l’occasion d’écouter avec l’album The Immortal, est un groupe de métal progressif suédois. Pour une première partie, ce fut plutôt une bonne surprise même s’ils n’ont pas joué très longtemps. Un quatuor de métal prog très mélodique avec chant clair (enfin en studio) et du growl caverneux. N’ayant pas vraiment d’attente, j’ai été agréablement surpris par leur musique comme leur présence sur scène.

Pour Fallujah ce fut l’exact opposé. J’avais de grosses attentes et j’ai été déçu. Les hurlements du chanteur ont dominé leur set et franchement la prestation scénique était des plus pauvres. Je n’ai pas réussi à faire une seule photo un temps soit peu sexy. C’est sans doute les frappes en Iran qui les perturbaient.

Et puis les six gars de Omnium Gatherum sont arrivés et là il y a eu du spectacle. J’avais écouté leur dernier album avant de venir (je vous en parlerai mardi), et surprise, j’avais bien accroché.

En live, ça fonctionne également plutôt bien. Quatre guitares au premier rang tenues par des blondes platines secouant leur crinière, un batteur métronomique à la moustache genre Village People et enfin un claviériste (le premier de la soirée, Fallujah jouait au click), la petite scène du Grillen était bien remplie comme la salle.

Les quatre blondes jouent à tour de rôle à Guitar Hero, enchainant les soli démonstratifs, secouant leur crinière platine et hurlant dans les micros. 

Moi qui suis le plus souvent près des caissons de basses, je suis pris de violents spasmes provoqués par la batterie de Atte et la basse de Mikko. Ça fait mal ! Lorsque je m’éloigne pour réaliser des plans d’ensemble je respire un peu plus. Mais ça cogne quand même très fort !

Après trois morceaux de rappel (c’est leur dernier soir alors ils se lâchent), les finlandais nous abandonnent abasourdis, surtout sourdis en fait. Cela fait tout de même quatre heures que la fête bat son plein, j’ai cinq cents photos principalement ratés dans les boîtiers photos, il n’y a plus qu’à rentrer à la maison trier tout ça.

Je reviendrai certainement le 15 avril pour écouter Iotunn, In Vain et Nephylim histoire de changer du métal. Un grand merci encore à l’association Headbang pour son accueil.

Le prochain concert de mon agenda 2026 bien chargé sera le 3 avril pour un tout autre genre de musique puisque j’irai écouter Lazuli Chez Paulette.

Le canasson

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Je n’aime pas les chevaux et ils me le rendent bien. Mon cauchemar hebdomadaire était d’emmener mon petit dernier au poney le mercredi parce qu’il fallait sceller Jordy (l’affreux petit poney blanc au gros bide) qui prenait un malin plaisir à gonfler son ventre histoire de m’emmerder.

Mais si il y a bien une nébuleuse qui me fascine depuis mon enfance, c’est la Tête de cheval dans la constellation d’Orion. Un nuage obscur qui possède la forme d’un hippocampe ou d’un buste de cheval selon votre imaginaire. 

La constellation d’Orion n’est visible à nos latitudes qu’en hiver et elle recèle de nombreux objets à photographier. Du coup il ne faut pas louper le coche et les opportunités ont été des plus rares cette année.

20 minutes de capture avec des images de 120s

J’ai photographié la nébuleuse tête de cheval à cinq reprises. La première photo, vous ne la verrez pas, je l’ai jeté tellement elle était moche. J’ai retenté ma chance à l’arrache un matin avant le lever d’une comète, une troisième fois avec un peu plus de temps de pose, une fois avec une grande focale pour zoomer sur le cheval et la dernière fois, presque par accident.

Le ciel était enfin beau après une vingtaine de jours perturbés mais bien entendu la lune était de la partie. Je suis monté au Champ du Feu avec tout le matériel, prévoyant de refaire la nébuleuse de la méduse, IC 443 pour les intimes. Pas un nuage de rodait à l’horizon, l’air était sec malgré les dernières neiges et la température était des plus douce pour un mois de février. S’il n’y avait pas eu la Lune, la nuit aurait été parfaite.

65 minutes de capture avec des poses unitaires de 30s

Sauf que ce soir là, elle était au zénith, juste à côté de la méduse et même avec des filtres, le résultat s’annonçait catastrophique. Alors j’ai cherché un objet éloigné de notre satellite et compatible avec le champ de mon instrument et je suis tombé sur IC 434 (juste une permutation de deux chiffres au passage), la fameuse nébuleuse à tête de cheval.

Lancer une session photo astro avec la lunette de 72 est devenu une routine tranquille. Cela se passe maintenant sans accroc ce qui me laisse du temps pour profiter du ciel avec un autre instrument conçu pour l’observation visuelle. J’ai quand même hésité dans mes réglages entre des images unitaires de cinq et dix minutes. Après deux passages de satellites dans mon champ, j’ai opté pour la sécurité, c’est à dire cinq minutes.

Pendant que la caméra travaillait, j’ai installé le télescope pour observer la Lune, Jupiter et la nébuleuse M 42. Des classiques mais bon, les galaxies et nébuleuses un soir de lune, c’est assez difficile à repérer en visuel. C’est pourtant ce que s’acharnait à faire Eliott à côté de moi. Il a tout de même trouvé M81 et M82. 

60 minutes de capture avec des poses unitaires de 120s

Enzo nous a rejoint vers 20h30 avec son tube tout neuf, un Maksucov Newton 152/731 bradé moitié prix, une bonne affaire ! Sauf qu’il ne possède pas encore de monture équatoriale alors nous k’avons installé sur celle du Celestron pour procéder à quelques essais. Nous avons quelque peu galéré à obtenir une ilage nette dans un premier temps car l’instrument est conçu pour la photographie. Pour faire du visuel il faut visser des bagues d’allonges afin d’avoir suffisamment de distance focale.

Eliott me tannait depuis le début de la soirée pour que l’on pointe la planète Uranus. J’avais vainement essayé de la trouver sous les Pléiades avec son télescope Dobson alors une fois le Maksutov opérationnel, j’ai refait une mise en station du setup et nous avons pu observer la planète bleue distante de trois millards de kilomètres. Eliott était heureux.

Uranus a annoncé le départ de mes deux compagnons. Il était minuit passé, j’étais en montagne depuis quatre heures et j’avais accumulé trois heures trente d’images et je n’avais plus rien à grignoter. Alors j’ai remballé tout l’attirail et je suis redescendu en plaine pour développer le canasson.

3h25 de capture avec des poses unitaires de 300s

Le troisième âge

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Le jour de mes soixante ans, le ciel a décidé de m’offrir un beau cadeau : du soleil ! C’est vrai qu’en février en Alsace, nous avons toujours un ou deux jours de douceur ensoleillée avant le retour du grand froid grisâtre et humide qui persiste jusqu’au mois de mai.

Dès le réveil, j’ai déballé mon premier cadeau. Je suis parti au bord du Rhin chasser la galinette avec un téléobjectif. J’avais manifestement perdu la main car mes approches furtives des volatiles se sont toutes soldées par l’envol de la cible avant même que je ne puisse appuyer sur l’obturateur. 

Alors j’ai sorti la grosse artillerie, le doubleur couplé au 500 mm et le passage du capteur plein format en mode APS-C pour obtenir une focale équivalente à 1500 mm à f/d 11. Pas facile à manier, surtout avec peu de lumière. C’est avec ce bazooka que j’ai photographié une aigrette en plein décollage à plus de 150 m de distance. Quatre images de l’échassier les pied dans l’eau jusqu’au cliché en noir et blanc de don envol que j’ai finalement sélectionné. 

Pourquoi en noir et blanc ? D’abord parce que j’aime le monochrome, ensuite parce ce que cela change des habituelles photos animalières, enfin parce que l’oiseau était blanc et les arbres plutôt sombres. Ça me semblait être le bon choix.

De retour à la maison, j’ai découvert mon improbable gâteau d’anniversaire fait avec amour avant de partir me promener avec mon épouse à la campagne, sous les rayons d’un soleil quasi printanier.

Une fois rentré, comme la marque Lego n’avait toujours pas sorti le set Minas Tirith à 650 € qui aurait fait un joli cadeau d’anniversaire, je me suis lancé dans la construction de la cité blanche, capitale du Gondor. A l’aide de gravures d’époque et de photographies de Peter Jackson, bref Google Images, j’ai empilé les briques, commençant par les remparts pour continuer par le rocher et enfin assembler toutes les parties.

C’est pendant ces heures laborieuses que j’ai été interrompu par un message Whatsapp d’un copain astronome. Il me proposait de sortir en plaine. Le ciel était toujours clair, défiant toutes les prévisions alors qu’en montagne de nombreux nuages décourageaient une quelconque expédition nocturne.

J’ai laissé là la construction inachevée, j’ai chargé le chariot, rempli le coffre, abandonné femme et enfants, et je suis parti retrouver mon observateur étoilé sur une coline, à un quart d’heure de la maison. Et j’ai pointé la nébuleuse d’Orion que je m’étais juré de refaire cette année. De toute manière, c’était l’une des rares constellations épargnée par la pollution lumineuse de Strasbourg, de l’aéroport d’Entzheim et d’Obernai.

Lorsque la lunette fut prête à shooter, je l’ai laissé travailler toute seule comme une grande et j’ai chassé les amas d’étoiles et les galaxies avec la lunette de mon compagnon d’un soir. Ne croyant pas que le ciel clair se maintiendrait (j’avais pourtant étudié les prévisions et consulté les modèles consciencieusement), je n’avais pas pris la peine de m’équiper pour une longue nuit. Résultat, à 23h, j’étais frigorifié.

J’avais déjà emmagasiné plus de 160 images (avec la nébuleuse d’Orion les photos unitaires ne dépassent pas 30s sous peine de surexposer le coeur de la nébuleuse), alors j’ai remballé le matériel trempé par l’humidité et je suis rentré à la maison me réchauffer.

Mon épouse m’avait abandonné pour aller manger avec une copine, oui, le jour de mes soixante ans, une honte ! Alors j’ai mangé la dernière part de gâteau expérimental et j’ai attendu que ma chérie rentre pour me glisser sous la couette avec une bouillotte vivante.

Je venais de rentrer dans le troisième âge des Terres du Milieu comme dans celui de mon existence. A soixante ans je jouais encore au Lego, chassais les canards et rêvais de poussières d’étoiles.