Left alone… – Empty moment

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C’est presque sur un malentendu que j’ai écouté le groupe Left alone…Il me semble que c’est Alice qui l’a recommandé.

J’ai été totalement séduit par le premier titre de l’album Empty moment, et intrigué, j’ai poursuivi la découverte, même si le black metal, ça n’est pas franchement mon truc.

Left alone… est une formation venue du Connecticut qui n’aura existé que de 2014 à 2016 avant de disparaître. On parle ici de black metal atmosphérique parfois bluesy mais surtout très noir.

Avec cinq morceaux dont trois qui dépassent allègrement le quart d’heure, la démo Empty moment dure une heure et quatorze minutes. Bien pire qu’un concept album de rock progressif.

Sorti du premier morceau, qui est vraiment à part dans l’album, Left alone me fait beaucoup songer à Dymna Lotva par son chant hurlé et torturé à souhait. Et puisque l’on parle d’eux, le groupe bielorusse vient au passage de sortir une nouvelle galette que je n’ai pas encore écoutée.

Du chant hurlé et torturé donc, mais pas tout le temps. Il y a par exemple un délicat titre électro-acoustique instrumental épuré très justement intitulé  ‘Interlude’ pour séparer une pièce de dix-sept minutes d’une autre longue de vingt-quatre minutes. Heu oui, vingt-quatre minutes et cinquante-sept secondes pour être précis pendant lesquelles vous allez entendre des hurlements désespérés même s’il y a un peu de remplissage à la fin.

Mais je ne vous ai toujours pas dit pour quelle raison j’aime tant le premier titre. En fait, il s’agit de contrastes. Ces extraits de ‘Left alone’ de Abbey Lincoln qui alternent avec le black post metal hurlé composent une association musicale autant improbable que sublime dont je ne me lasse pas. Rien que pour ‘Burning Gardens’, l’album mérite la découverte.

L’autre morceau de choix est à mon avis le dernier, ‘She loves you…’. Non pas parce que c’est le plus long, encore que, mais parce que c’est sans doute le plus torturé même si ‘With her in winter autumn’ est pas mal dans le genre. Le chant, tel un cri de douleur, est hurlé sur une musique post metal jusqu’à ce que presque tous les instruments cessent et qu’il ne reste que la souffrance sur quelques notes de piano.

Le titre ‘Coldly as embers rise’ m’a un peu moins emballé. Non pas parce qu’il est plus court que les autres (seulement neuf minutes et trente secondes, excusez du peu) mais peut-être parce qu’il est moins complexe et plus frontal dans son écriture. Après une entrée en matière instrumentale très calme, les guitares s’énervent sur un chant lointain écartelé qui ne s’apaise qu’une minute avant la fin de la pièce.

‘With her in winter autumn’ est nettement plus réjouissant avec ses nombreux rebondissements. Il faut dire, qu’en dix-sept minutes, il peut y en avoir des rebondissements. Vous entendrez même du chant clair sur ce titre, ok clair, mais un peu écartelé quand même, il ne faudrait pas déconner non plus, c’est du black metal.

Empty moment est une excellente trouvaille avec un coup de cœur tout particulier pour le premier titre ‘Burning gardens’ qui mélange les genres avec subtilité.

Difficile malgré tout de le recommander aux progueux qui me lisent, Left alone… reste quand même un album pour forgeron averti.

Alcest – Les Chants de l’Aurore

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J’ai eu l’occasion d’écouter Alcest en live à deux ou trois reprises. La dernière fois, c’était aux Dominicains à Guebwiller pour le festival Spirit in Black.

Alcest est un groupe de post black métal français que je connais mal pour la bonne raison que je n’ai jamais franchement accroché à leur univers musical. Mais comme ils passaient aux Dominicains, je me suis plongé dans leur album Les Chants de l’Aurore sorti il y a deux ans. 

Et j’ai adoré… la pochette.

Les Chants de l’Aurore fait manifestement référence à la culture japonaise et au monde onirique. La musique n’a de black metal que l’étiquette. Et même si un peu de growl pointe son nez, c’est un shoegaze atmosphérique qui domine. Seule la batterie absolument fabuleuse de Winterhalter transmet son énergie aux sept morceaux de l’album. 

Des morceaux de trois à presque neuf minutes pour un album de moins de trois quarts d’heure que je trouve pourtant assez long.

Je n’aime pas beaucoup le timbre du chant clair, au choix je préfère le growl. D’ailleurs en écoutant l’album, j’ai bien été en peine de savoir dans quelle langue étaient chantées les paroles et il a fallu que je cherche sur Internet pour réaliser qu’elles étaient en français.

Pour la musique, sortie de la batterie et de quelques claviers décoratifs, les guitares ne font pas vraiment d’étincelles exception faite de ‘Flamme Jumelle’. Résultat, je manque de stimulations tout au long de l’album.

Il y a pourtant des idées que j’aime beaucoup comme les cris aiguës dans ‘Komorebi’, le growl de ‘L’envol’, le court ‘Réminiscence’ au piano et violoncelle soutenu par des choeurs, le texte en japonais au début de ‘L’Enfant de la Lune’ et le délicat titre final ‘L’Adieu’.

Comme vous pouvez le constater, dans l’ensemble je préfère les formats courts de Alcest aux pièces de huit minutes et quelques. 

Après avoir écouté et réécouté cet album sans parler de les avoir vus en concert, je ne suis toujours pas convaincu par l’univers du groupe même s’il possède une indéniable originalité. Ce concert et cet album furent l’occasion de découvrir un peu mieux ce groupe français.

De là à vous le recommander, c’est une autre histoire. Quoi qu’il en soit, vous pouvez vous faire votre propre opinion en l’écoutant sur Bandcamp.

Namu – Wretched Spawns of Iniquitous Orders

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Ne nous mentons pas, c’est la pochette de l’album Wretched Spawns of Iniquitous Orders qui m’a donné envie d’écouter la musique. Un dessin et des couleurs à la manière de Bilal ou Moebius que l’on doit à Bruce Penningto et qui m’a tout de suite tapé dans l’œil.

La pochette montre trois vaisseaux spatiaux élégants survolant une exo-planète en fusion, autant dire tout ce que j’aime.

En plus, le projet de Namu coche les deux cases progressif et black métal. Tous les ingrédients étaient donc réunis pour me mettre en appétit.

Évidemment, si vous ne supportez pas le growl, vous pouvez vous arrêter tout de suite. Car si Wretched Spawns of Iniquitous Orders comporte quelques passages de chant clair, c’est principalement le scream de ICanBeFree que vous allez entendre durant les sept morceaux. Des titres de quatre à huit minutes pour trois quarts d’heure de cruauté extraterrestre.

Namu, qui est aux commandes du projet et joue de tous les instruments, compose une musique puissante et complexe où le progressif trouve sa place avec même quelques passages aériens comme dans ‘Trypych’ ou cinématiques au début de ‘Catharsis in Stasis’.

Chaque morceau est une nouvelle racontant des enlèvements d’humains perpétrés par des extraterrestres. Vous savez lorsque que le contacté raconte que des petits gris l’ont kidnappé pour procéder à des expériences terribles sur ses parties génitales.Je me moque, mais oui, ça m’a toujours fait rire ces fantasmes sexuels transformés en rencontres de troisième type.

Quoi qu’il en soit, si je mets entre parenthèses les récits hurlés dans les morceaux, ben oui ça fait mal quand même, l’album est d’excellente facture, et ne perdons pas de vue qu’il s’agit d’un projet solo.

J’y entends quelques similitudes avec le travail de Devin Townsend, le chant en moins. ‘Ineffable Constructs’ est sans doute la pièce la plus frontale de l’album, que ce soit au growl ou bien à la musique. Une sorte de charge satanique avec petite une respiration inquiétante et un court passage cinématique qui se poursuit sur un rythme digne de Tool. A l’opposé, vous trouvez ‘The Fibre Prismatic’ qui fait très black post metal avec de nombreuses sections instrumentales dont un passage des plus space rock.

Tout cela pour vous dire que l’album est musicalement très varié et que l’on ne s’ennuie pas une seule seconde en l’écoutant. Si vous aimez les voix saturées, foncez écouter ce premier album de Namu. C’est du lourd.

Aquilus – Bellum II

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C’est Stéphane Gallay qui m’a vendu l’album Bellum II du groupe australien Aquilus il y a deux ans. Dans sa chronique, il comparait Aquilus à Wilderun, de quoi me mettre en appétit. 

Pourtant, à l’époque, je n’avais pas cédé à la tentation, et c’est en découvrant, un peu par hasard, un autre album du groupe, Griseus sorti trois ans plus tôt, que j’ai décidé de donner une nouvelle chance à Bellum II. 

Aquilus donne dans le black metal progressif symphonique cinématique à growl caverneux. Et c’est justement le chant qui m’avait découragé la première fois. Car après une magnifique ouverture cinématique, l’album balance une charge de grosse voix ténébreuse qui en découragerait plus d’un. 

Il fallait manifestement passer le cap de ‘Into the Earth’ pour découvrir toute la complexité et la beauté de la musique d’Aquilus. Parce que lorsque vous arrivez au troisième titre, l’instrumental ‘A Solitary Demise’, il est difficile de ne pas tomber amoureux de cet album.  Le piano classique s’invite alors de la plus délicieuse manière qui soit. 

En huit morceaux, dont deux pièces épiques et presque une heure de musique, Bellum II donne un métal symphonique cinématique, entre romantisme et impressionnisme. Piano, violon, flûtes, chant lyrique, guitare acoustique à la Steve Hackett et black metal travaillent à l’unisson et même le growl, qui m’avait d’abord rebuté, trouve tout son sens. 

Certains titres sont de facture assez classique, comme ‘High to Her Gloam’, d’autres sortent vraiment des sentiers battus. Ecoutez donc ‘Admidst Soughing Tristesse’ si vous n’êtes pas convaincu avec chanteuse lyrique Annemari Välipelto, le piano classique et la guitare mandoline. 

Vous pouvez également jeter une oreille à l’instrumental ‘Sombre loom’ qui suit ‘High to her Gloam’. Un titre à l’écriture plutôt légère, en comparaison du reste de l’album, qui se rapproche plus d’un folk cinématique que d’un black metal symphonique.

Tout ça pour dire que Bellum II est un album d’une grande richesse qui puise son inspiration dans de nombreux univers musicaux dissemblables et arrive malgré tout, et même avec brio, à être d’une grande unité artistique.

Alors pas de doute, Bellum II est un chef d’œuvre du genre qui ne plaira sans doute pas à toutes les oreilles parce que de temps en temps, il tabasse quand même un peu fort. Mais ne faites pas comme moi, donnez-lui une chance, ne vous arrêtez pas au premier obstacle. Il mérite plus que la découverte.

Anfauglir – Akallabêth

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Prenez peur, c’est quand même Stéphane Gallay qui a recommandé l’album dont je vais vous parler aujourd’hui. Une heure quinze de black métal symphonique à grosse voix et orchestrations pompier dans l’univers de JRR Tolkien. Autant dire que ça fait du bruit.

Presque tout le monde a entendu parler de The Hobbit de Tolkien, certains ont même vu la trilogie de The Lord of the Rings au cinéma, d’autres ont été jusqu’à lire le livre. Plus rares sont ceux qui se sont plongés dans le Silmarillion, cette compilation de récits inachevés qui ébauche la mythologie de l’univers de Tolkien. Moi, j’ai commencé par ça.

Akallabêth nous plonge dans les récits du deuxième âge. La pochette illustre d’ailleurs la chute de l’île de Numenor vers 3300 D.A. On y voit la cité d’Armenelos, la capitale de l’île, prise dans la tourmente et les navires qui fuient vers le Royaume Béni.

Mais trêve de mythologie de Terres du Milieu, parlons plutôt musique si vous le voulez bien. Anfauglir est un duo du Montana né en 2004 et formé de Lord Bauglir et Griss, deux fondus de Tolkien qui sortirent leur premier album en 2008.

Jouer du métal symphonique à deux, ce n’est pas évident et les orchestrations qui dégoulinent des quatre morceaux sont évidemment numériques. Oui, j’ai bien dit quatre morceaux pour une heure et quart de musique. Autant dire que vous allez prendre très cher, avec respectivement vingt, dix-sept, vingt-deux et enfin douze minutes de spectacle.

Scream et piano forment le socle musical de l’album sur lequel se greffent double pédale, chœurs, cordes et cuivres (beaucoup de cuivres). C’est grandiloquent à souhait, pompier et cinématique façon grand spectacle. C’est limite too much et j’adore ça !

Moi, c’est clairement l’ouverture au piano dans ‘The Rise of Numenor’ qui a titillé mon oreille. Ensuite, le métal symphonique a fait son œuvre et si le scream est omniprésent sur cet album, cela ne m’a pas posé de problème particulier.

Par contre, comme l’a noté Stéphane, l’orchestration numérique souffre de son côté orgue Bontempi pour ceux qui ont connu. Les samples, particulièrement ceux des cordes, manquent de caractère et lors d’une écoute au casque, ça pique beaucoup. Bizarrement, les chœurs tiennent assez bien la route.

Pour continuer à parler des choses qui fâchent un peu, j’ai trouvé quelques thèmes musicaux honteusement pompés à des œuvres cinématographiques biens connues, tout particulièrement dans ‘The Inevitable Truths of Time’ qui me fait beaucoup penser à la B.O. du film Dune de David Linch vers la neuvième minute.

Malgré ces quelques petits bémols, Akallabêth est une grosse claque, le genre d’album que j’écoute à fond à la maison lorsque je suis seul et il entre en lisse pour la compétition finale de l’album de l’année.

Saor – Amidst the Ruins

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Il n’y a que Stéphane Gallay pour recommander des groupes comme Saor et moi pour les écouter. Imaginez donc, du black métal marié à du folk qui accouche d’une galette dans les tourbières écossaises. Voici à quoi peut ressembler Amidst the Ruins, le nouvel album du groupe Saor.

Amidst the Ruins propose cinq titres de huit à quinze minutes pour une durée totale de près d’une heure où vous entendrez des flûtes, des pipes, des sifflets, du violon, de l’alto, du violoncelle et tout l’attirail électrique du métal sans parler de chant clair et de growl.

C’est la participation de la violoncelliste Jo Quail sur le morceau ‘The Sylvan Embrace’ qui a motivé ma première écoute de l’album, même si au bout du compte, elle est assez anecdotique. En plus mon chroniqueur suisse préféré en disait beaucoup de bien. 

L’achat a naturellement suivi. Pourtant j’ai trainé à en parler. C’est qu’il faut tout de même être dans un certain état d’esprit pour écouter ce folk pour le moins caverneux. 

Il n’y aurait pas le growl et quelques poussées de testostérone Amidst the Ruins pourrait presque passer pour un album de The Coors. Instruments à vent, à cordes et percussions jouent des mélodies dansantes dignes des paysages des highlands et la voix claire de Jira souligne encore ce trait.

Mais le druide qui se tient dans un cromlech au milieu des montagnes et l’ouverture fracassante du titre album annonce la couleur. Il y aura du black métal au menu avec le haggis.

‘Echoes of the Ancient Land’ ne lève pas le pied, bien au contraire et s’il offre des accalmies instrumentales salutaires, le chant viril revient vite à la charge, soutenu par une déferlente de double pédale.

‘Glen of Sorrow’ propose une accalmie dans cette tempête métal folk s’il n’y avait les roulements de tambours d’une armée en marche. Difficile de ne pas visualiser les hommes d’un clan avançant dans la vallée au son des cornemuses. 

Mais si vous voulez un morceau vraiment atmosphérique, attendez le court ‘The Sylvan Embrace’ qui ne dure que huit minutes. Là, même Andy cesse de hurler pour murmurer. On est en pleine mystique indo-européenne où le druide sanctifiait le gui et célébrait la fertilité en frottant son popotin contre des menhirs. Des hérésies historiques qui ont connu leur heure de gloire à la fin du dix-neuvième siècle. Parce que, soyons clairs, les mégalithes, c’est trois mille ans avant les celtes… Bon passons.

L’album s’achève avec ‘Rebirth’ dont la seconde moitié est un air traditionnel celtique magnifique et très connu, mais impossible de lui mettre un nom dessus désolé, pourtant j’ai cherché dans les classiques.

Sorti du fatras pseudo celtico mystique, ce dernier album de Saor est fortement recommandable pour qui n’a pas peur des mélanges hydromel single malt.