Allez vous faire voir chez les grecs

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Après une journée entièrement dédiée à la préparation des photos, chroniques et billets de blog pour quinze jours, nous voilà à l’aéroport international de Strasbourg-Entzheim (cinq vols par jour), pour décoller vers la Crète. 

Manifestement certaines compagnies ont encore des réserves de kérosène. Le retour se fera peut-être à la nage.

Ce sont nos premiers jours de congés payés depuis Noël et notre premier voyage depuis septembre, autant dire que nous sommes impatients.

Il fait nuit lorsque nous arrivons à Heraklion et nous avons encore 1h30 de route pour atteindre Rethymnon, notre destination finale. Le loueur se trouve à près d’un kilomètre à pied de l’aérogare, la carte bleue refuse de bloquer la caution pour la voiture et une fois sur la route, impossible d’allumer les feux de la voiture. Ça commence fort !

A 23h, après avoir tourné en rond et emprunté une ruelle où la voiture touche presque les murs latéraux tant elle est étroite, nous arrivons enfin à destination, une peu éreintés.

Le lendemain, après avoir rempli le frigo de produits improbables comme des cookies au yaourt grec, nous visitons Rethymnon, son port vénitien, sa mosquée, ses ruelles touristiques, une longue promenade matinale à pied au soleil qui épuise nos dernières forces.

L’après-midi, nous tentons bien d’aller découvrir l’unique lac d’eau douce de l’île, mais le cœur n’y est pas et l’endroit manque d’intérêt pour un alsacien qui vit entouré de rivières et de lacs. Par contre, vers 18h, nous posons enfin nos fesses sur le sable de la plage bétonnée recouverte de transats et de parasols à 20 mètres de notre appartement, et c’est magnifique. Par un incroyable miracle, sur le sable, nous n’entendons plus la circulation ni la foule huilée.

Notre logement se situe dans une sorte d’improbable bidonville touristique fait d’immeubles inachevés, de baraques bricolés, de chantiers et de terrains vagues où résonne de la musique de 20h jusqu’à 2h du matin. Ce n’est pas très sexy comme paysage mais l’appartement est agréable, calme, propre et dispose d’une place de parking, ce qui dans le coin est une denrée  précieuse.

Le lendemain nous partons pour le monastère d’Arkadi, un incontournable de Crète semble-t-il vu le nombre de cars qui vomissent leurs touristes, et Eleftherna, la grande cité antique devenu un village paumé aujourd’hui, où se cache un musée archéologique et plusieurs sites dont une nécropole.

Après une longue promenade en plein soleil de ruine en ruine dans un vallon, nous rentrons cuits mais heureux. En soirée, une fois l’estomac rempli et remis de nos brûlures, nous repartons explorer la citadelle de Rethymnon qui domine la ville et la mer.

Le jeudi matin, nous retournons voir les morts à Armeni. Un vaste site ombragé où des tombes ont été creusées profondément dans la roche il y a 3000 ans, des centaines de couloirs étroits en pente à ciel ouvert descendent vers des chambres mortuaires. Le soir, après une sieste, nous partons visiter le village des potiers, Margaritte, non pas parce que nous comptons ramener en avion une jarre mais pour visiter des ruelles plus authentiques que le front de mer de Rethymnon.

Le vendredi, nous sommes partis au sud, vers Palm Beach, non pas celle de la série américaine, mais une plage de Crète. En passant, nous avons fait un petit détour par le monastère de Preveli, une destination pour le moins touristique. L’antique monastère, qui domine la mer de Lybie, était en pleine effervescence avec une célébration religieuse qui avait remplie le parking des voitures des fidèles. Nous nous sommes faits tout petits pendant l’homélie retransmise par des hauts parleurs.

Après quelques sermons pour le moins orthodoxes, nous avons cherché un chemin pour rejoindre la plage aux palmiers située en contrebas, sans pour autant se détruire les genoux avec les 459 marches partant du monastère. Nous avons visité la palmeraie sauvage qui remonte le long d’une rivière qui se jette dans la mer.

Après cette belle promenade, nous sommes rentrés par le village de Spili où la faim a guidé nos pas dans un agréable restaurant situé au dessus des fontaines. Le soleil, le repas, le verre de vin blanc et de digestif sucré à base de fleur d’oranger ont achevé le chauffeur et sa passagère. Nous sommes rentrés faire la sieste à Rethymnon…

Le samedi, nous partions pour la ville d’Hania avec un détour par la ville antique d’Aptera et le monastère de la Sainte-Trinité des frères Zargaroli. Un gros détour, beaucoup de route et de chaleur pour découvrir d’incroyables citernes romaines, un théâtre greco romain de -300 avant JC et des bains, un monastère perdu au milieu des oliviers qui ressemble à celui d’Arkadi et une grande ville balnéaire avec son port vénitien et sa vielle cité. Vous avez déjà essayé de vous garer dans un parking souterrain crète avec un SUV Volkswagen ? N’essayez pas.  Rien que négocier les virages entre les murs et les piliers m’a donné des sueurs froides par 26 degrés. Alors se glisser dans la place de stationnement entre deux autres SUV, je ne vous en parle même pas. Heureusement que lorsque nous sommes partis, le parking était presque vide. Hania ressemble à Rethymnon en beaucoup plus grand. Plus de maisons, plus de bruit, plus de touristes, plus de restaurants autour du port vénitien. Bon pas terrible le restaurant comparé à celui de la veille, mais nous avions faim. Après 9h de balade, nous sommes enfin allés piquer une tête dans la mer Méditerranée glacée. Il fallait être motivé, mais c’était agréable.

Dimanche. Trois options s’offraient à nous : faire de la route pour découvrir de nouveaux sites archéologiques, revoir nos endroits préférés autour de Rethymnon ou bien visiter des lieux de seconds choix pas trop loin de la location.

Nous avons opté pour le troisième choix. Au programme les cascades de Argyroupoli et sa mosaïque puis le village de Roustica et ses rues ombragées. Bon, les cascades étaient en fait quatre ou cinq chutes d’eau d’un mètre de haut dans un endroit sympa et frais en contrebas du village. Après avoir vu la mosaïque un peu plus haut, nous avons roulé vers Roustica et ce fut la plus belle partie de cette matinée de second choix. Les paysages vallonnés et verdoyants entre Argyroupoli et Roustica étaient magnifiques. Tant mieux parce que Roustica ne méritait pas vraiment le détour. Nous avons terminé l’après-midi par une nouvelle promenade dans les anciens quartiers de Rethymnon qui est décidément une très belle ville.

Ne restait qu’un dernier jour en Crète avec un décollage prévu à 21h. Alors direction Heraklion, le palais de Knossos et le musée archéologique avant d’embarquer dans l’avion.

A 14h00 nous arrivons au centre-ville d’Heraklion pour visiter le musée archéologique. L’occasion de tester pour la première fois de notre vie un parking robotisé vertical dont le logiciel mal fichu va mettre plus de vingt minutes à retrouver notre voiture.

Suite un mauvais pilotage GPS nous-nous sommes en plus garé à 15 minutes à pied du musée alors qu’il y a plein de parkings à proximité. Nous marchons en plein soleil dans la capitale Crète pour rejoindre des merveilles vieilles de 4000 ans. Car ce musée conserve de véritables trésors sur près de deux millénaires de civilisations. Bronze, poteries, amphores, coffres, parures, épées, boucliers, casques, mosaïques, fresques, il y a tant à lire et à voir qu’il faudrait y passer deux journées.

Nous le quittons à contrecœur vers 15h30 car avant de partir, pas question de louper le site archéologique majeur de cette île, le palais de Knossos. Sauf que c’est la course : l’embarquement de notre avion débute à 20h et nous devons d’abord rendre la voiture. Alors c’est presque au pas de charge que nous visitons cet immense palais de plus de mille pièces.

Hélas, mille fois hélas, les ruines ont été restaurées avec force de reconstitutions douteuses en béton et il est parfois difficile de savoir ce qui est vrai de ce qui a été inventé. Aptera et Armeni avaient beaucoup plus de charme. A Knossos nous ne savons pas vraiment ce que nous visitons. Du coup la visite est écourté et nous arrivons à temps pour nous enregistrer.

A 21h nous décollions pour Strasbourg. Il faisait 27 degrés à l’ombre au décollage et 10 à l’atterrissage !

Les vacances étaient bien terminées.

Le droit à la déconnexion

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Que font la plupart des personnes avant de partir en vacances ? Ils préparent leurs valises.

Moi aussi je prépare mes bagages : un appareil photo, un trépied, un chargeur, une batterie, trois livres, un slip et un teeshirt… Mais je dois surtout préparer ma semaine d’absence.

Pendant les sept jours d’absence, mes publications, chroniques, articles de blog et photos, doivent inonder les réseaux sociaux, faute de quoi mes revenus vont baisser et mon e réputation s’effondrer. Il faut donc que je prépare tout en amont, et cela demande beaucoup de travail. 

Partant un lundi soir, j’ai besoin de deux chroniques vidéos, de quatre articles de blog et de quatre photographies.

Pour les photographies j’ai l’embarras du choix dans les images pas encore publiées, encore faut-il trouver un thème cohérent et les développer ensuite.

Pour les chroniques, je dois avoir écouté religieusement deux albums, rédigé ma chronique (j’ai généralement un peu d’avance) et enregistré deux vidéos (là je suis souvent à la bourre).

Pour le blog, il me faut des articles et ces derniers temps je manque un peu d’inspiration alors c’est compliqué. Je racle les fonds de tiroir pour trouver une idée et de plus en plus souvent, cela tourne autour de l’astronomie car je n’ai rien lu ni vu qui mérite un billet.

Mon départ en vacances me donne l’opportunité d’écrire quelque chose alors préparez-vous à aller vous faire voir chez les grecs, enfin les crètes.

Une fois tout préparé, il faut mettre ce contenu en ligne et planifier sa publication à l’avance. Pour le blog et Youtube c’est facile, pour les photographies sur Flickr, c’est la galère. Ils n’ont toujours pas implémenté de solution logicielle.

De toute manière, je serai obligé chaque matin, en buvant mon café en face de la mer Méditerranée, de me connecter à internet pour inonder les réseaux sociaux de mes superbes œuvres et de répondre aux multiples commentaires de mes idoles. 

Oui, même en vacances, je reste branché sur Internet. Mais que fait-on du droit à la déconnection ?

Tout ça pour gagner quoi ? Zéro euro, d’autant plus que mon hébergeur OVH a décidé de doubler le prix de mon hébergement après une augmentation substantielle l’an passé. Je songe d’ailleurs sérieusement à l’héberger à la maison, mais ça je vous en parlerai dans un autre billet.

En Maillot de bain

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Pendant les vacances, notre choix de location se porte presque exclusivement sur des logements à proximité de la mer, genre à cinq minutes à pied du sable fin.

Nous adorons nous baigner après une longue promenade et nous détestons rester sur le sable à griller comme des sardines. Nous allons à la plage, posons nos affaires, plongeons dans l’eau et lorsque nous nous sommes rafraîchis, nous sortons de l’eau, reprenons nos affaires et rentrons chez nous. 

Du coup nous allons à la plage pieds nus, vêtus d’un teeshirt et d’un maillot de bain, les clés à la main.

Cette année n’a pas fait exception. Une petite route goudronnée nous conduisait tout droit à une charmante plage peu fréquentée du golfe de Saint-Florent en Corse.

Après notre randonnée matinale et notre balade de milieu d’après-midi, nous allions  toujours piquer une tête dans la grande bleue parce, lorsque le mercure atteint les trente degrés, plonger dans l’eau est un réel bonheur.

Le second jour des vacances, après une virée au Cap Corse, nous nous sommes changés pour courir à la plage. Il était dix-heures passées, la plage était quasi déserte, mais qu’importe. L’eau était délicieusement bonne et après le soleil brulant de la journée, cela faisait un bien fou.

Après la baignade, pieds nus, en maillot et trempés, nous sommes revenus vers la maison de vacances où nous allions pouvoir nous doucher et nous habiller plus chaudement. 

C’est en glissant la clé ornée d’un ironique trèfle à quatre feuilles dans la serrure, que nos problèmes ont commencé. La clé de l’appartement tournait à vide. Après plusieurs tentatives, il a bien fallu se rendre à l’évidence, la serrure avait rendue l’âme.

Il était dix-neuf heures passées. Nous étions dehors en maillots de bain humides. Nous ne disposions pas des coordonnées du propriétaire. Nous n’avions pas de téléphone, pas les clés de la voiture, pas de vêtements et nous étions enfermés dehors. 

Evidemment nous avions pensé, avant de partir, à bien fermer les fenêtres, clore les volets et comme de bien entendu, l’appartement ne possédait qu’une seule porte d’entrée. Il nous était techniquement impossible de nous glisser à l’intérieur de la maison sans fracturer une porte fenêtre.

Je suis donc parti, juste vêtu d’un caleçon de bain et d’un teeshirt, en quête de la propriétaire qui gère un domaine viticole un peu plus haut. 

C’est dans ces moments là que l’on goûte tout le charme des vêtements secs et des chaussures. Parce que pieds nus sur des gravillons, en slip de bain mouillé au soleil couchant, même en Corse en septembre, cela n’est guère confortable.

La boutique de vente du domaine était fermée à cette heure là mais j’ai tout de même tenté ma chance en appuyant sur la sonnette. Et là miracle, la propriétaire est apparue à une fenêtre à l’étage quelques secondes plus tard. Nous rejouions la grande scène de Roméo et Juliette.

La dame d’un certain âge est descendue à notre secours avec un second jeu de clés qui s’est avéré aussi inutile que le premier. Elle a alors contacté au téléphone son bricoleur attitré qui gère les petits travaux dans ses résidences. L’homme est arrivé quelques minutes plus tard et a réussi à ouvrir la porte comme un serrurier professionnel. 

Nous étions sauvés ! Pendant que nous prenions une douche chaude et enfilions enfin des vêtements secs plus adaptés à la fraîcheur du soir, il a remplacé la serrure défaillante avant de nous laisser profiter de la soirée à l’intérieur de la location.

Evidemment avec tout ça j’ai loupé un magnifique coucher de soleil sur la plage mais comme la journée avait été bien remplie avec une randonnée pédestre le matin, la visite d’un village l’après-midi et deux baignades, ça n’était pas si grave.

Saint-Florent

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Il y a des années de cela, nous avions entrepris en plein mois d’Août un tour de Corse en camping avec celle qui allait devenir mon épouse. 

C’était notre second voyage sur l’île de beauté. Une longue traversée en bateau de nuit, une vieille voiture, une tente canadienne, un réchaud, deux sacs de couchages, des Bolino, nous étions partis d’Ajaccio pour remonter la côte Ouest, Porto, Calvi, Saint-Florent, Bastia…

Plus de trente ans plus tard, nous sommes revenus pour la première fois à Saint-Florent, après de nombreux séjours en Corse. Cette fois, c’était en avion, avec voiture de location, un appartement confortable en bord de mer, de la Copa, du Bruccio, quelques bières corses, bref un tout autre standing. 

Nous nous souvenions de Saint-Florent comme d’un charmant village en bord de mer avec ses embarcations de pêche, sa citadelle et ses maisons colorées. 

Lorsque nous avons arpenté les ruelles de la ville, peu après notre installation, nous n’avons rien reconnu, si ce n’est l’antique citadelle. 

Des hôtels avaient poussé un peu partout autour du vieux village et un gigantesque port avait remplacé la petite digue de pierre qui abritait quelques embarcations. Les rues s’étaient remplies de boutiques et de restaurants à touristes et le désert des Agriates, paradis sauvage à l’ouest du village, était devenu le repère des 4×4 pour touristes et des hors bords déversant sur les plages leurs hordes de maillots de bains empestant l’ambre solaire.

Le golfe est toujours magnifique et le côté Est reste relativement épargné par le tourisme de masse. Par chance, c’est là que nous avions trouvé notre logement.

Cela ne nous a pas empêché de passer de belles vacances au bord de l’eau avec quelques escapades au cap Corse, à Corte et même dans le désert des Agriates, mais sans 4×4 ni hors bord, avec nos pieds et avec un bateau qui nous a déposé à la plage du Lotu.

N’empêche, c’était mieux dans nos souvenirs.

Après trois semaines de pluie

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Après la canicule du mois de juin, juillet a été des plus arrosé en Alsace.

Le week-end c’était lecture et séries TV emmitouflé dans un pull pour luter contre la froidure. Impossible d’entretenir le jardin sous les averses orageuses ou d’aller se promener en montagne.

En semaine c’était pantalon de pluie et kWay pour aller au travail à vélo.

La nuit des étoiles est tombée à l’eau et le télescope n’est pas sorti une seule fois après la fête nationale.

La première fenêtre astro à se présenter fut un soir de pleine lune, après un aller-retour à Lyon en camionnette, autant dire les pires conditions pour faire de l’astronomie. Pourtant je suis monté, avec la lunette et le télescope, histoire de réaliser des observations visuelles pendant que je photographiais le ciel.

Je suis monté très tôt afin de profiter de la fraîcheur et observer le soleil. Sur le parking il y avait pas mal de monde dont Philippe, un astronome en culotte courte tatoué de partout, équipé d’un petit télescope Skywatcher 150/750 sur une mini monture azimutale. C’était sa première au Champ du Feu. Il était excité comme un pou avec plein de questions de débutant auquel j’ai tenté d’apporter tant bien que mal des réponses.

J’ai installé mes deux instruments et pointé le télescope vers le soleil, histoire d’observer l’astre qui nous prépare des températures records pour cette semaine. Il était comme d’ordinaire, jaune avec quelques rares tâches noires. Presque décevant lorsque l’on considère que la température va monter à 37 degrés sous abri. Mais est-ce bien le soleil le coupable ?

La nuit est arrivée très vite entre les conversations, une bière partagée, les réglages des instruments et le repas au coucher de soleil. De nombreux promeneurs étaient montés comme moi profiter de la relative fraîcheur et du magnifique paysage. Du coup, pas mal de curieux nous ont accompagné une partie de la nuit.

Mon camarade Clovis est arrivé vers 22h avec son Newton rangé sur un chariot qu’il a conçu sur mesure. En cinq minutes, le télescope était sorti de la voiture et installé sur sa monture. Impressionnant ! Par contre, suite à une mauvaise configuration réseau de son ordinateur, il a quelque peu galéré pour utiliser son setup. De toute manière il était monté sans avoir planifié ce qu’il photographierait cette nuit.

Moi non. Tout était décidé depuis presque un mois. Et je n’en pouvais plus d’attendre. À 23h ma lunette prenait les premières images de la Trompe d’Eléphant dans la constellation de Céphée, ma cible photographique de la nuit. Pendant ce temps je pointais les bec le second instrument la lune qui déjà dessinait nos ombres sur le parking. Puis une fois rassasié, je laissais les badauds observer notre satellite à leur tour en prodiguant quelques explications.

L’un d’entre eux m’a servi l’habituelle théorie complotiste de la Lune inviolée par l’homme. Des fois je ne comprends vraiment pas les êtres humains. Six missions ont déposé des équipages américains sur le sol lunaire, films et photos à l’appui. Des dizaines de milliers de personnes assistèrent au décollage des fusées Saturn V et des kilos de pierres ont été rapportées sur Terre. Pourquoi un tel aveuglement ? Bon, je suis resté poli, mais je lui ai quand même expliqué que tout ça c’était des conneries conspirationnistes.

C’est lorsque Jupiter émergea des arbres qu’il y eut le plus de queue devant le télescope pour observer la planète aux anneaux. Pendant ce temps, la lunette poursuivait tranquillement ses clichés juste à côté sans rencontrer un seul problème technique, un vrai miracle !

Peu après minuit, les curieux sont allés se coucher. Il ne restait plus que les astronomes amateurs et leurs instruments pointés vers les étoiles. Nous avons continué à admirer Saturne, l’amas d’Hercule, la galaxie d’Andromède, la nébuleuse de la Lyre et celle de la cloche pour passer le temps jusqu’à ce que j’ai accumulé plus de trois heures d’images de la nébuleuse.

Le vent s’était levé, je commençais à accuser le coup de la fatigue accumulée ces derniers jours et il aurait fallu que je procède au retournement de méridien pour continuer la session photo. J’ai préféré remballer, tout comme Clovis qui finissait d’imager Saturne.

Deux jours plus tard, je suis remonté au Champ du Feu. Jupiter et Vénus seraient en conjonction à moins de 1 degré peu avant l’aube. C’était également le maximum de l’amas des Perséïdes, mais ça je l’avais oublié. 

J’avais aménagé la voiture en camping car pour pouvoir me reposer un peu durant la nuit car un 22h – 5h30 après une journée assez active ça fatigue quand même.

Le parking était presque rempli, à tel point que j’ai eu du mal à trouver un emplacement pour m’installer. Je suis tombé entre une famille de trois générations alsaco-stupide-facho et un astronome amateur qui n’avait pas sorti son télescope depuis un an. Moi je n’avais amené que ma lunette cette fois pour photographier la Nébuleuse du Sorcier, un de mes objectifs de l’été.

Après avoir lancé ma session photo qui va durer plus de 5h30 avec un retournement de méridien, envoyé bouler poliment deux fois la famille alsacienne qui venait poser des questions vraiment crétines en plein dans les réglages, je suis allé voir mon voisin qui reprenait ses marques avec son tube de 250 mm. 

Un peu sur ses gardes au début, il s’est détendu lorsque je lui ai prêté un filtre pour  observer la Lune. Après il m’a laissé regarder dans son instrument et même pointer quelques objets.

Dès le premier coup d’œil à l’oculaire j’ai constaté que son instrument était mal collimaté (l’alignement entre le miroir principal et secondaire). Alors ensemble nous avons réglé son tube et ensuite nous avons profité des merveilles de Saturne et des amas globulaires, sa passion.

Vers une heure, un groupe de jeunes s’est joint à nous pour regarder les étoiles, émerveillés par le spectacle, alors que la Lune gâchait un peu la fête.

Une majorité de personnes ne lève jamais les yeux au ciel la nuit, encore moins dans un lieu sans éclairage public. Quand ils le font, ils découvrent soudain la beauté de l’univers mais hélas l’oublient bien vite pour retourner à leurs écrans minuscules alors que la voûte céleste est infinie.

Ils sont partis vers 3h comme mon voisin. Sur le parking il ne restait qu’un camping-car, moi et un télescope parqué près d’une voiture dans laquelle son propriétaire dormait à poings fermés.

Alors j’ai fait pareil, une petite sieste réparatrice dans le coffre de la 2008 en attendant que Vénus et Jupiter ne se lèvent. Difficile de dormir dans ces conditions mais j’étais au moins au chaud. 

Lorsque les deux planètes ont enfin émergé de la cime des sapins, j’ai arrêté de photographier la nébuleuse du Sorcier pour pointer la lunette sur les deux lumières qui rentraient tout juste dans mon champ. Un magnifique spectacle !

Vers 5h j’ai remballé le matériel et suis redescendu en plaine d’Alsace où il faisait nettement plus chaud.

Je suis remonté une nouvelle fois cette nuit pour prendre le frais et photographier la nébuleuse Dumbell dans la constellation du Petit Renard. Ça ne s’est pas passé sans difficulté, un problème avec une option de l’Asiair, du coup pour obtenir mes deux petites heures d’images, je suis rentré à 4h du matin.

Mais hélas, la fin de mes vacances approche. J’aurai passé presque plus de temps éveillé la nuit que le jour. J’espère encore monter au Champ du Feu avant de reprendre le travail histoire de photographier une autre nébuleuse. La météo décidera du jour.

Si vous voulez en voir plus, mes photographies astro sont publiées ici.

Retrouvailles

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Lorsque j’étais adolescent, j’avais deux amis rencontrés autour de passions communes, l’astronomie, la Bretagne et la bibine. 

Malgré les années, la distance et les aléas de la vie, nous ne nous sommes pas perdus de vue, nous retrouvant au hasard d’un déplacement à Toulouse ou en Bretagne. 

Toutefois, nous ne nous étions pas revu tous les trois ensembles depuis de bien longues années. Et c’est Fab le toulousain qui a eu l’idée de ces retrouvailles en terres de Bretagne. Après qu’il ait trouvé un week-end qui convenait à tout le monde, un gîte dans un joli coin, j’ai pris mes billets de TGV Strasbourg-Rennes et j’ai préparé la valise.

C’était parti pour un long week-end entre mecs, mais sans alcool, sans filles et au régime car quarante-cinq années plus tard, nos corps d’adolescents avaient pris quelques rides et kilos.

Fab allait nous parler pré-histoire, Fanch d’histoire et moi d’astronomie probablement. Bref nous allions radoter.

Mais tout d’abord il fallait affronter près de 5h de train, et je déteste le train, je déteste voyager en fait. Heureusement que Fab venait me chercher à Rennes, m’épargnant une heure supplémentaire de transport ferroviaire jusque Saint-Malo.

À peine installés, après d’émouvantes retrouvailles – nous ne nous étions pas vus depuis des années tous les trois ensembles – nous avons investi le gîte au bord de la Rance et commencé les promenades. Trois jours durant nous avons peu dormi, roulé en voiture électrique, marché beaucoup, discuté énormément et mangé des crêpes, du far et des galettes saucisses.

Dinan, Dol de Bretagne, Saint-Cast, la Rance, la pointe du Groin, de menhirs en châteaux, de bord de bord de mer en campagne, nous avons écumé le pays gallo et ses merveilles. Nous avons également retrouvé nos joutes verbales intactes, comme si nous nous étions séparés quelques jours plus tôt. 

Certes nous avions vieilli et aux conversations archéologiques et pseudo philosophiques, nous avons ajouté nos problèmes de santé et ceux de nos enfants. Nos épouses ont vaguement été évoquées ici ou là, mais voilà, c’était un week-end de mecs, alors elles ont été un peu oubliées.

Ces trois jours ont passé trop vite malgré des levers matinaux et des couchers tardifs. Cependant, entre le manque de sommeil et une alimentation hasardeuse, nos organismes fatigués n’auraient probablement pas résisté très longtemps à ce traitement. Le dimanche matin Fab est reparti vers Toulouse, moi j’ai joué les prolongations à Lamballe avec Fanch avant de reprendre le train lundi matin vers Rennes puis Strasbourg, comatant dans les sièges peu confortables du TER puis du TGV.

Entre Lamballe et Strasbourg, j’avais plus de cinq heures d’attente à Rennes (oui j’avais bien mal organisé mon retour, la faute à un week-end très chargé en voyageurs). 

La ville de Rennes où j’ai vécu quatre ans, pendant mes études scientifiques. C’était pour moi l’occasion d’un pèlerinage au Colombier, le long des quais, sur la place du Parlement de Bretagne, chez Burger King, devant un cinéma désaffecté ou bien à l’entrée de la boîte de mes nuits de débauche. J’ai probablement fantasmé cette ville, contrairement à l’amitié de Fanch et Fab. Au bout d’une heure et demie, j’avais terminé un assez terne pèlerinage. Il me restait trois heures trente à patienter en gare.

Il se pourrait que nous renouvelions cette réunion d’anciens combattants chaque année, car il serait bien agréable de retrouver mes amis d’adolescence pour de nouvelles aventures. Nous verrons ce qu’en pensent nos épouses délaissées le temps d’un long week-end.

Haroun Tazieff

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Je n’ai jamais volé aussi loin de ma vie. Quatre heures et vingt minutes depuis Strasbourg. Tout ça pour aller se perdre sur une petite île au milieu de l’océan Atlantique. Un caillou volcanique aride balayé par les vents et brûlé par le soleil.

Pourquoi Lanzarote ? Parce qu’il y a un vol direct Strasbourg Arrecife une fois par semaine desservi par une compagnie low cost et que les autres destinations, à savoir la Corse, la Sardaigne, l’Italie, le Portugal ou l’Espagne, on a déjà donné. Bon d’accord, techniquement les Canaries font partie de l’Espagne, mais c’est quand même pas pareil.

Maisons blanches, cactus, palmiers, volcans, mer de lave, océan, îles et soleil avec 22 à 24 degrés au programme, le tout dans une maison de 95 m2 avec piscine, jacuzzi et vue sur mer, au sud de Lanzarote. Il y a pire comme destination de vacances, surtout quand il fait 8 degrés avec de la pluie en Alsace.

Pour la voiture, j’aurai dû choisir la même catégorie que le logement. La Fiat 500 cabossée qui peine à dépasser les 60 km/h dans les montées, gère également difficilement les chemins en terre défoncés qui conduisent à de nombreux paysages grandioses. Impossible de se garer en bord de route par exemple, l’accotement se trouve souvent 20 cm en dessous du bitume. Trouver un endroit pour se garer et prendre une photographie relève de l’impossible, surtout dans le parc des volcans.

J’ai toujours adoré les déserts et je suis fasciné par les volcans. À Lanzarote, je suis servi. Plus de trois cents volcans et la moitié sud de l’île recouverte de lave où ne pousse que de rares lichens. Un paysage de désolation. J’adore !

Pour la culture, sorti de l’artiste local qui a ‘embelli’ certains sites, c’est la misère. Pas de vestiges de civilisation antique, car s’il y en a eu, ils ont été ensevelis sous la lave. Restent des sites spectaculaires fait de pierre et d’océan, des paysages grandioses balayés par les vents.

Du nord au Sud à peine une heure de route, d’Est en Ouest la moitié. Des maisons blanches à un étage, des piscines bleues pour les touristes, des hôtels gigantesques sans cesse alimentés par des cars, des rosbifs et des teutons écarlates, des italiens bruyants, des retraités venus chercher de la vitamine D en rayon et quelques français égarés. 

Pas de champ, sinon de lave, quelques touches de vert sous forme d’un cactus, d’un palmiers, du lichen ou d’une vigne rachitique protégée dans des demies lunes de pierre volcanique. Ici tout est minéral, même le vin blanc sec. L’eau vient de l’océan, déssallée, imbuvable. Spaghetti à l’eau minérale, expresso sorti d’une bouteille plastique, alors tant qu’à boire en emballage, autant se déshydrater au vin et à la bière.

Il n’y a pas tant de choses à visiter sur l’île sorti des œuvres de César Manrique, l’artiste de Lanzarote. Bon d’accord, il y a le parc des volcans dans lequel je pourrais consacrer une année de photographie, mais voilà, on ne le visite qu’en bus fermé pour préserver le site. Il existe heureusement d’autres volcans que l’on peut explorer librement, d’ailleurs juste au-dessus de notre maison il y a la Montagne Rouge et son immense cratère que j’ai escaladé à plusieurs reprises le matin.

Étrangement les guides que nous avons consulté, passent sous silence de magnifiques endroits qui sont du coup assez peu fréquentés par les touristes comme Punta de mujeres, un village au bord de la mer avec plusieurs piscines naturelles fabriquées par les coulées de lave. Ces lieux ne sont pas vraiment aménagés pour les touristes, pas de panneaux, pas de parking, pas de commerces, mais le bouche à oreilles et les blogs conduisent quelques curiueux égarés dans ces paysages encore préservés.

Sur Lanzarote il y a des cratères, des tunnels de lave, des mers de roche volcanique déchiquetée, des plages de sable noir, des lagons verts, de rares moulins, quelques cactus, beaucoup de lichen, des murs de pierres ponce, des champs de gravillons noirs, des volcans noirs, gris et rouges et ces maisons blanches aux portes vertes surmontées de panneaux solaires et d’un ballon d’eau. Une terre de contrastes visuels saisissants qui font le bonheur d’un objectif photo.

Parti avec le Nikon Z6 et un objectif 24-200 mm pour voyager léger, j’ai très vite regretté de ne pas avoir emmené un ultra grand angle car Lanzarote vaut pour ses paysages grandioses à 180 degrés. J’avais tout de même amené un mini trépied pour photographier l’éclipse de lune du 14 mars, mais je ne me suis pas réveillé, épuisé par les longue marches au soleil, face au vent soufflant à 50 km/h.

Ce furent de très belles vacances, mais je ne crois pas que nous retournerons pas à Lanzarote même si c’est une île étonnante. Le bilan carbone du voyage, l’usine à touristes qu’est la côte sud et le fait qu’au bout de trois jours nous avions exploré les spots principaux, ne donnent pas forcément envie d’y faire un second voyage. Les volcans furent par contre une rencontre spectaculaire que j’aimerais bien renouveler en Islande par exemple. Reste à convaincre mon épouse…

Les douces nuits provençales

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Nous sommes descendus dans le sud-est de la France jeudi en voiture pour troisième fois cette année. Ce n’est pas forcément notre destination de vacances favorite, nous préférons l’Italie, la Corse  ou la Sardaigne mais dans la vie, difficile d’échapper à  certaines obligations.

Avant de partir pour cette longue route, je suis passé dans un garage pour monter deux pneus neufs à l’avant car l’un d’entre eux donnait des signes d’usure inquiétants. Vous vous en foutez probablement pour l’instant de cette affaire de pneus mais c’est important pour la suite de l’histoire, alors notez le dans un coin.

Neuf heures de route passant de la pluie diluvienne au soleil de plomb pour prendre possession d’un gîte pas terrible mais doté d’une piscine afin que le séjour ait des airs de vacances.

La première nuit fut très calme, il faut dire que nous étions aussi les seuls locataires. Et sorti des deux gros chiens bergers du propriétaire qui aboyèrent de concert jusque minuit, pas un bruit. Le matin c’est aux aurores que le coq annonça à son harem qu’il était l’heure de passer à la casserole. Bienvenu à la campagne !

La seconde fut un enfer ! Des vosgiens venus en force pour un mariage ont pris possession de la maison mitoyenne à la nôtre. Après s’être installés, ils ont discuté bien fort dehors puis dedans jusqu’à point d’heure. 

C’est là que nous avons découvert que les murs du gîte transmettaient tous les sons, le bruit de l’eau de la douche, le bruits des pas sur les marches d’escalier, les voix etc. Alors les éclats de rire et les chasses d’eaux…

Quelques heures plus tard, le coq se réveillait, encore…

La bonne nouvelle c’est que la troisième nuit nos fêtards n’étaient pas là. Ils se rendaient à un mariage et ne devaient que rentrer très tard. 

Vous avez déjà été réveillés à trois heures du matin par une bande de jeunes imbibées qui fait un bordel monstre avant de se coucher. Bonne nouvelle vraiment ? Damned !

Le dimanche matin, le coq était toujours vivant.

La tête dans le fondement, nous aurions dû repartir dans l’autre sens pour plus de huit cent kilomètres d’autoroute avant une difficile journée de reprise du travail le lundi. 

Mais voilà, la veille au soir vers 20h, voulant céder le passage à une voiture pressée, j’ai embrassé un trottoir avec mon pneu avant tout neuf. Le pneu a explosé propre et net, et c’est la galette qui l’a prestement remplacé grace au bons soins du petit jeune qui conduisait l’autre véhicule. 

C’est là que l’on se dit que l’on rentre dans le troisième age. Lorsque un petit jeune a pitié de vous et remplace votre roue crevée… Bref.

Une galette signifie une vitesse maximale limitée à 80 km/h et pas de long trajet. Impossible de reprendre le chemin de l’Alsace le lendemain. Car le dimanche, les garagistes et vendeurs de pneumatiques sont fermés, même dans le sud-est de la France où tout le reste des commerces est ouvert.

Nous avons contacté l’assurance qui ne pouvait nous envoyer qu’une dépanneuse pour monter la roue de secours, ce qui était déjà fait. Nous avons recherché sur le Net des services de pneumatiques ouverts H24 qui se sont avérés fermés le dimanche. Nous avons cherché des garages ouverts, des stations services avec des pneus, mais rien dans un rayon de moins de 50 km. 

Alors nous avons patienté jusqu’au lundi matin, passant un dimanche pluvieux chez les parents de mon épouse. Nous n’avions plus de gite, de chiens, de coqs ni de fêtards pour animer notre nuit provençale, juste une galère de pneu à trouver d’urgence pour meubler notre insomnie.

Lundi à 8h30 la voiture était fin prête pour reprendre la route équipée de deux nouveaux pneus 4 saisons 205/50 17 89 V. Oui car à force d’appeler les garages, je connais les dimensions de mes pneus par coeur. Sauf que manifestement l’équilibrage a été bâclé ou alors le train de direction a pris un pet dans casque. Car à partir de 120 km/h le volant de titine souffrait de la maladie de parkinson.

Malgré cette galère, nous avons trouvé le temps de visiter le magnifique prieuré de Ganagobie, les champs de lavande de Valensole, la piscine au combien vivifiante du gîte et surtout nous sommes rentrés entiers à la maison, certes fatigués et avec un jour de retard mais vivants. Ça aurait pu être pire.

1277m

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Un violoncelle sur la banquette arrière, une valise pour les slips, une monture équatoriale et une lunette dans le coffre, nous sommes partis vers le sud, dans les Alpes de Haute-Provence. 

A 1277 mètres d’altitude et un peu moins d’habitants, au coeur de la vallée de la Blanche, non loin du lac de Serre-Ponçon, se dresse le village de Seyne les Alpes et sa citadelle Vauban.

C’est là, au-dessus des maisons, au milieu des pâturages, qu’a été construit le petit chalet de mes beaux parents. Une maison minuscule sur un terrain en pente avec une vue imprenable sur les montagnes.

A 22 heures dans ce paradis perdu, les lumières du lotissement s’éteignent, le silence envahit la montagne et les premières étoiles scintillent. 

A 23h30  la Voie Lactée s’illumine tel un néon gigantesque, les étoiles du Cygne brillent au zénith et la constellation du Sagittaire frôle les sommets vers le sud.

C’est le plus beau ciel que je connaisse. Bleu azur le jour, noir constellé d’étoiles la nuit. Ici les yeux émerveillés découvrent les couleurs des étoiles et certaines nébuleuses sont visibles à l’oeil nu.

J’ai installé mon instrument dans l’ancien potager aujourd’hui à l’abandon. Aux dernières lueurs du jour j’ai pointé la monture vers le Nord et j’ai ajusté les trois pieds au niveau pour que le suivi des étoiles soit le plus parfait possible. Vers 22h30 j’ai aligné l’instrument sur l’étoile polaire afin de parfaire la mise en station et compenser la rotation de la terre. Les étoiles ne tourneront pas dans l’objectif.

La nuit astronomique débute vers 23h30. Les étoiles brillent de toute leur puissance thermonucléaire et la Voie Lactée déroule son voile du Nord au Sud.

C’est l’heure où la lunette de 72 pointe une nébuleuse ou bien une galaxie. Les moteurs de la monture équatoriale ronronnent dans le silence surnaturel, les LEDs rouge et verte clignotent dans le noir et après quelques tâtonnements, l’objectif trouve sa cible et réalise une première photographie.

Malgré le soleil qui a brillé toute l’après midi, il fait frais sous la voute étoilée. Chaudement emmitouflé, je surveille l’électronique en plein travail. Le suivi est correct, l’empilement se passe bien, aucun nuage ne vient troubler les photographies mais de temps en temps le wifi de l’ordinateur est capricieux.

Image après image, toutes les trente secondes, l’objet dévoile un peu plus de détails et de couleurs sur l’écran de la tablette. Tout d’abord ce n’est qu’une ébauche floue au milieu de milliers de points brillants, puis des structures se dessinent, de nouveaux objets apparaissent et des couleurs, de plus en plus saturées peignent le ciel, bleu, jaune, rouge, orangé. La magie opère, la nébuleuse ou la galaxie ressemble peu à peu aux images des livres d’astronomie de mon enfance.

Au cours de cette semaine de vacances passée en montagne, trois nuits furent exceptionnelles, sans nuage, sans lumière et peu de vent, autant que depuis le début de l’année en Alsace. 

Pour la première nuit j’ai pointé une galaxie facile à capturer, au zénith, au bout de la queue de la grande casserole. M 51, un classique que j’ai déjà photographié mais jamais sous de tels cieux. Au bout d’une heure j’avais déjà plein de détails sur la spirale elle même et de nombreuses galaxies plus lointaines se sont petit à petit dévoilées dans le champ large de l’instrument.

Le second soir, malgré un ciel fabuleux, je ne me sentais pas la force d’une nuit blanche après un aller retour chez mes beaux parents. J’ai attendu que la nuit tombe pour montrer la Voie Lactée à mon épouse et prendre quelques photos pause longue du ciel, sans la lunette. C’est là que j’ai réalisé que les constellations du Sagittaire et du Scorpion étaient nettement plus hautes à l’horizon qu’en Alsace. Cela m’a donné le sujet de ma troisième nuit d’observation.

Pour la dernière nuit j’ai tenté M 20, la nébuleuse trifide que je n’ai jamais pu observer et encore moins photographier. Comme elle est relativement basse sur l’horizon, l’emplacement du potager ne faisait plus l’affaire. Alors je me suis installé sur la terrasse du chalet qui donne plein sud. Une fois le matériel installé, j’ai pu le laisser travailler, confortablement installé dans le canapé. Le large champ de la lunette de 72 mm me permettait d’englober plusieurs objets sur la photographie en même temps. Les nébuleuses M 8 et M 20, l’amas d’étoiles ouvert M 21 et plein d’objets NGC noyés dans le nuage de gaz de la Lagune. Une merveille !

Dès les premières images, les couleurs rouges et bleues de la trifide ont éclaboussé l’écran de la tablette. Je n’en croyais pas mes yeux. Les pastels de la nébuleuse de la Lagune se sont plus lentement dévoilées, la faute à mon appareil qui filtre le rayonnement infrarouge. Tout le monde n’a pas un James Web sous la main. Les milliers d’étoiles constituant notre galaxie tissaient un tapis scintillant autour des deux nuages de gaz colorés tel un diadème de l’espace. Tellement lumineux que j’ai dû baisser fortement la sensibilité de l’appareil pour ne pas bruler les images.

Je ne suis pas certain d’avoir bien réussi la mise au point et le suivi des étoiles fut chaotique faute de pouvoir réaliser un alignement sur l’étoile polaire. Si la photographie ne sera pas parfaite, elle reste une des plus magiques que j’ai réalisé.

La Provence en couleurs

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Nous sommes partis une semaine dans les Alpes de Haute Provence entre avril et mai. Une semaine de pluie, de vent, de nuages et quelques rares éclaircies. 

Armé d’un appareil photo j’ai immortalisé les villages, les paysages, les champs de lavande, les ocres, les prieurés, les gouttes et les sommets enneigées. Une collection d’une centaine d’images dont une soixantaine a survécu à un tri impitoyable. 

A commencé alors le laborieux travail de développement puisque je photographie en RAW. Laborieux parce que les belles lumières se faisaient rares et que les cieux étaient gris uniforme. Des conditions qui me poussent généralement à fabriquer des images monochromes très contrastées. 

Pourtant cette fois, peut-être par manque de vitamine D, j’ai très majoritairement développé en couleurs, usant de nombreux masques pour sauver le ciel, déboucher les ombres, mettre en avant un sujet et j’ai régulièrement inversé les curseurs de texture et clarté pour adoucir les images. Tout l’inverse de ma démarche ‘artistique’ habituelle.

Comme souvent lorsque je photographie, certains sujets deviennent obsessionnels. Une ferme située près de notre gite en a fait les frais et j’ai demandé à mon épouse l’autorisation de faire un détour d’une heure en voiture pour nous rendre sur le plateau de Vallensole afin de photographier les champs de lavande sous la pluie. Je me suis également levé très tôt pour capturer les rares lumières du soleil à l’horizon, et si j’avais tout l’équipement pour photographier la nuit provençale, il est resté sagement dans ses cartons pendant une semaine.

Mes followers habituels sur Flickr risquent d’être déstabilisés par cette abondance de saturation, de douceur et de paysages mais ce sont les images que j’ai voulu ramener du Sud Est cette fois.