C’est mon os

Tout d’abord, quelques notions d’histoire :

La civilisation celtique connu son apogée vers -300 avant JC. Les romains se battirent contre les gaulois et les tribus celtes furent parfois des troupes mercenaires des légions romaines. Kernunos fait figure de dieu majeur dans le panthéon celtique, symbole du renouvellement des saisons, de la vie et de la mort. Les quatre principales fêtes celtiques sont Samain, Imbolc, Beltaine, Lugnasad… Je n’ai jamais entendu parler de c’est mon os et cerf nonos.

Faut pas me chercher avec le celtisme.

Une fois cela posé, parlons de Zone Blanche saison 2. Aille, vous sentez vous aussi que je suis agacé ? Des sapins à perte de vue, de la brume à chaque plan, des troncs, une carrière, un lac, une route et les sommets des Vosges plantent le décors de cette nouvelle saison, j’ai l’impression de replonger dans Aquitted, pas de bol.

La super gendarmette a survécu contre toute attente alors que cinq personnes décèdent de mort violente dans le bled. Le proc, devenu le personnage le plus intéressant de la série, se découvre une sexualité débridée, nounours se rebelle et le vieux flic se révèle pas si irréprochable que prévu.

Les faussaires meurent, les prisonniers se frappent la tête contre les murs, les battues s’achèvent en carnage et cerf nonos se balade en toute liberté dans la forêt. La routine.

L’intrigue se concentre cette fois sur l’enlèvement de la gendarmette traumatisée et sur la carrière remplie de produits chimiques. Les gens meurent – rarement dans leur lit -, la morgue ne désemplit pas et les urgences sont au taquet.

Brume, forêt, mythes celtiques, romains et cadavres, la saison deux de Zone Blanche ne tient pas les promesses de la une alors nous allons attaquer Flash saison trois.

Sur l’échafaud

De nos jours il existe des textes, des règlements, des lois pour tout régir et nous protéger des autres comme de nous-même.

Travailler sur un chantier n’est pas une affaire des plus simple, il faut se protéger et protéger les autres et croyez-moi, les textes ne plaisantent pas sur le sujet.

Autour de notre bâtiment, s’élève depuis quelques jours un énorme échafaudage car nous allons offrir un lifting à notre vénérable administration.

Après un fastidieux appel d’offre, une société a été retenue, mais ce n’est pas elle qui fera le travail. Elle fait appel à des sous-traitants. Un pour l’échafaudage, un pour l’isolation, un autre pour le crépi, un autre pour le zinc, un dernier pour l’électricité.

Tous devrons passer sur l’échafaud. L’assemblage de tubes et de passerelles métalliques peu s’apparenter rapidement à une condamnation à mort si tout n’est pas fait dans les règles de l’art.

La pose tout d’abord. Si le sous-traitant est bien assuré et habilité pour installer et gambader sur l’échafaudage non conforme, nous découvrons très vite que les autres sous-traitants ne le sont pas. Donc lorsque l’assemblage sera terminé et réceptionné, personne, à part la société qui a fait le montage, ne pourra travailler sur le chantier.

Mais encore faudrait-il que l’échafaudage soit aux normes et bien assemblé. Car il y a des règles en la matière, des règles de distance, de montage, de sécurité, des plans de circulation, des plans de prévention. L’échafaudage n’est pas terminé. Il a commencé à s’élever il y a maintenant trois semaines mais les ouvriers ne sont venus travailler que cinq jours sur cette période. Impossible de travailler lorsqu’il pleut nous disent-ils, alors ils ne viennent que lorsqu’il pleut et sont absent les beaux jours. Allez comprendre. Les bases doivent êtres assises sur des planches, mais point de bois, nul part, alors que l’édifice de métal s’élève dans les cieux. “Vous savez que vous devez mettre des planches ?”. “Oui oui mais on a pas reçu les bois.”. “Et vous continuez à monter l’échafaudage ?”. “Oui oui, on les mettra dessous après…”. Respect.

Accessible à tout promeneur curieux, sans garde corps, dangereux, notre échafaudage a déjà failli blesser un agent alors qu’il n’était pas encore totalement assemblé. Des planches sont tombées du ciel.

Le chantier devait débuter fin septembre mais l’échafaudage n’est toujours pas terminé, pas réceptionné et les entreprises qui doivent intervenir n’ont pas les assurances pour grimper dessus. Des courriers sont partis, des pénalités de retard brandies, des menaces proférées. L’hiver arrive et le chantier devra bientôt être interrompu à cause du gel. Il devait s’achever avant décembre, c’est bien mal parti. Des têtes vont tomber.

Plein plein plein

Il y a vraiment plein plein plein d’albums dans mon iPhone. Les promotions de l’automne sont tous les ans monstrueuses mais cette année la récolte bat des records. Pour la première fois depuis longtemps, je suis obligé de ne mettre dans mon lecteur portable que les promotions dites prioritaires, n’ayant pas le temps d’écouter les autres. Encore une fois, notre équipe est trop petite pour tout absorber, d’ailleurs elle se réduit de jour en jour, mais où est la relève ?

Non content de recevoir des promotions en masse, j’achète toujours autant d’albums. Opeth, IQ, Brieg Guerveno, Damian Wilson, Big Dead. Le moins que l’on puisse dire c’est que je n’ai que l’embarras du choix, d’autant que de nombreux autres devraient arriver : Out5ide, Franck Carducci (également en promo), Bruce Soord, Leprous, The Flower Kings (bientôt la chronique), Marillion, Vanden Plas (en promo aussi) et Dreamgrave que nous conseillait Stéphane sur son blog.

La chronique du moment est pour groupe allemand CrayonPhase dont je ne vous parlerai pas étant donné que c’est une chronique et que si vous voulez en savoir plus il faudra aller la lire sur le webzine. Même chose pour les promotions, vous n’avez qu’à attendre que nous publions quelque chose pour savoir si nous avons aimé.

Par contre je peux vous parler des albums que j’ai acheté et que je ne chroniquerais probablement pas, sauf si nous les recevons en promotion. Car c’est la nouvelle idée. Pourquoi parler des grosses machines comme Opeth si leur label ne fait pas l’effort de nous envoyer une promotion. Je joue l’enfant gâté ? Oui et non. Oui car qu’est-ce que cela me coûte de chroniquer Opeth puisque je l’ai acheté, non car en faisant la promo de groupes connus sans avoir reçu de promotion, je traite de manière inégale les petits labels et artistes qui eux font encore l’effort de nous envoyer du matériel. Je ne cherche pas à faire des économies, car si j’aime, j’achète toujours l’album. C’est juste une question d’équité.

Alors ce Opeth justement ? Ben je l’ai trouvé, bof en fait, un peu comme le dernier IQ, pas aussi bien que les précédents. Par contre l’EP de Damian Wilson tourne en boucle en attendant le vinyle. Big Dead m’a surpris mais pas totalement convaincu. Et l’album de Brieg ? En fait, il ne faudrait pas que j’en parle, il n’est pas sorti, je n’ai pas eu de promotion et j’ai terriblement envie d’en écrire la chronique (si ça peut vous donner une piste). C’est ça le problème de se donner des grands principes. Ne pas chroniquer sans promotion, c’est bien, mais lorsque l’on tombe sur une merveille comment faire, demander la promotion ? Brendan, je peux considérer le mp3 du crowdfunding comme du matériel de promotion ? Dis oui, dis oui !

Je ne me suis pas tout à fait remis de Strangers de Rise dont je viens de commander le vinyle histoire de renouveler le plaisir bientôt, alors j’écoute Brieg Guerveno et Damian Wilson pour me consoler entre deux vinyles de ma collection.

Un doux après-midi d’automne

Après le déjeuner au réfectoire, les sportifs organisaient des matchs dans la cour goudronnée du lycée Sacré-Coeur. Des haut-parleurs installés depuis une fenêtre de l’internat déversaient pour l’occasion une play-list sur K7. Youtube et le mp3 n’étaient pas encore passés par là.

A cette époque là, j’écoutais Genesis, Steve Hackett, Harmonium, AC/DC, Peter Gabriel, Tri Yann, Gilles Servat, Malicorne, Mike Oldfield, Tony Banks, Kate Bush. Genesis était presque mort, Peter Gabriel sortait un album tous les cinq ans, Mike Oldfield avait presque pris sa retraite et Servat ne hurlait plus avec les loups.

Je regardais paresseusement le match de volley, nimbé du soleil d’automne, écoutant distraitement la musique, quand soudain celle-ci changea : de grandes orgues à la Genesis sonnèrent dans la cour ensoleillée et une voix mutante entre Gabriel et Collins s’éleva. “Watch the lizard, Watch the lizard, Watch the lizard with the crimson veil.”. Genesis renaissait-il de ces cendres ?

Je fus immédiatement captivé par la cette voix, cette musique et dès la fin du morceau, je courus trouver notre DJ du jour pour connaître le nom de groupe. “Marillion” me dit-il, étonné que je puisse m’intéresser à cet album.

Marillion, comme le Simarillion de JRR Tolkien que je venais de lire l’été précédent. Coincidence ?

Le soir même je couru chez LP Records voir s’ils possédaient le vinyle en question en rayon, et ils l’avaient, de même que Script For A Jester’s Tear que j’achèterai plus tard (à l’époque je pouvais m’offrir un vinyle tous les deux ou trois mois). Je repartis à la maison le cœur battant la chamade, le trente-trois tour sous le bras et arrivé à la maison je découvris le magnifique artwork en écoutant Fugazi. Ma passion dévorante pour ce jeune groupe britannique venait de commencer.

Les premiers titres qui me frappèrent tout d’abord furent le tribal ‘Assassing’, le ‘Jigsaw’ au refrain fabuleux et bien entendu ‘She Chameleon’ que j’avais découvert dans la cour du lycée. J’ignore combien d’heures le vinyle à tourné dans ma chambre, les voisins devaient assurément le connaître par coeur à la fin. L’équilibre entre les inspirations progressives des seventies et le son hard-rock des heighties était là. La voix rageuse de Fish durcissant le ton prog de l’album.

Nous étions en 1984, et pour la première fois de ma vie, sans que quelqu’un m’ait influencé, ou fait découvrir, j’avais un coup de cœur musical, je devenais groupie d’un groupe de rock, je trouvais mon équilibre entre babacoolisme et forge, j’étais fan de Marillion.

Des années durant, je n’ai plus juré que part Marillion, propageant la bonne parole, attendant chacun de leurs albums avec une impatience fébrile, commandant des imports, des pictures discs, allant les voir en live de nombreuses fois, faisant le pied de grue devant leur bus pour saluer les musiciens, signant une inscription au fan club, rêvant de les suivre sur une tournée, devenant un anorack anonyme patientant sous la pluie des heures avant leur unique date en France.

Per aspera ad astra

Vous aussi, enfant, vous preniez votre père pour un héros, même s’il était absent de la maison la plupart du temps ? Le mien est aujourd’hui en maison de retraite à l’autre bout de la France et c’est aussi bien ainsi. Nous nous parlons une fois par semaine au téléphone et nous nous voyons une fois tous les deux ans. Je n’ai pas besoin d’une psychanalyse et encore moins d’un voyage jusque que la planète Neptune pour régler ça.

Je suis allé voir Ad Asra.

Je vais au cinéma aussi rarement que je rends visite à mon père pourtant les salles sont nettement moins éloignées que lui. Pourquoi a-t-il fallu que j’aille regarder ce nouveau chef d’oeuvre de la science-fiction moderne ? Science-Fiction ? Un mec dans un scaphandre sur une affiche, un attrape nigaud qui fonctionne à chaque fois avec l’imbécile que je suis, sans doute à cause de ma vocation d’astronaute avortée, encore une chose dont mon père est certainement responsable.

Ad Astra, le film thérapie qui aurait pu être réalisé en huis-clos par Woody Allen, se déroule entre la Terre et Neptune. L’histoire est la suivante (attention gros spoiler) : le docteur McBride alias paounet, s’en va aux confins de l’univers rechercher la vie extraterrestre. Après des années de voyage, arrivés dans la banlieue de Neptune, l’expédition scientifique tourne au drame et tout l’équipage est déclarée disparue. Sauf que quelles années plus tard, la Terre est bombardée de vagues d’énergie dévastatrices en provenance de Neptune et les chercheurs soupçonnent alors papa McBride (on se demande bien pourquoi d’ailleurs) d’en être le responsable. Son fils Roy, est alors sollicité pour raisonner papa. Mais pour lui passer un coup de fil laser, il faut qu’il se rende à la plus proche cabine téléphonique connue, sur la planète Mars. Un scénario abracadabrant ? Oui.

Commencent alors les aventures rocambolesques de Brad Pitt (bébé Mc Bride) : vol vers la Lune, bataille de rovers près de la face cachée, vol pour Mars et ridicule sauvetage à mi chemin, atterrissage en catastrophe, coups de téléphone laser depuis un studio top moumoute sur Mars mais papa ne répond pas, vol en passager clandestin vers Neptune après avoir malencontreusement tué tout l’équipage, soixante dix neufs jours de solitude et enfin papa McBride en chair et en poils.

Quarante pulsations au repos, moins de quatre-vingt en chute libre, Roy Mc Bride est un surhomme.

Je ne vous raconte pas la fin mais sachez juste que Brad n’aura plus besoin d’évaluation psychologique. Outre l’aspect psychanalyse à deux balles de l’histoire, le ridicule prétexte de la Science-Fiction, les scènes d’actions gratuites, les incohérences scientifiques, le film est juste chiant à mourrir. Croyez-moi, c’est bien plus amusant d’aller parler deux heures durant avec son vieux papa mutique dans un mouroir à l’autre bout de la France, que de rester assis à regarder le film d’un réalisateur qui a encore de nombreux problèmes à régler avec son père.

Réjouissez-vous

La planète se réchauffe, le niveau des océans s’élève, la biodiversité est en péril et les hommes continuent de saigner la Terre à mort. Comment cesser ce massacre ? 
Et si la solution venait d’ailleurs ? Tel est le thème de Réjouissez-vous, le roman Steven Erikson.

Tout commence par l’enlèvement de Samantha, une autrice de science-fiction. Elle disparaît en plein jour, emportée par un O.V.N.I. Peu de temps après, d’étranges champs de force empêchent les humains de s’entre-tuer, de sur-exploiter les ressources naturelles, d’accéder à certains endroits de la planète.

L’homme ne peut plus être violent, pollueur, dangereux. Il est contraint soudain à la sagesse.

Tel est le thème de Réjouissez-vous, une intervention extra-terrestre qui met brutalement fin à tous les maux créés par l’homme. L’espèce humaine perd son libre arbitre. 

Commencent alors, à travers le quotidien de (trop) nombreux personnages, une série de réflexions de nature religieuse, politique, économique, scientifique, philosophique au sujet de cet Intervention.

Le livre n’est pas toujours facile à lire, sans doute trop intelligent pour un roman dit de SF mais il pose des questions intéressantes sur l’humanité. Dommage que l’auteur ajoute des thèmes ridicules comme les Petits Gris ou bien la théorie du complot dans son récit, c’était inutile.

Hélas, mille fois hélas, aucun extra-terrestre ne viendra sauver la Terre de la bêtise humaine, c’est à nous de nous débrouiller tous seuls et tout de suite !

Argent trop cher, la vie n’a pas de prix

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Que pensez-vous de la gratuité de net ? Tout sur la toile devrait-il être gratuit ? Les créateurs de contenus méritent-ils d’être rétribués ? 

Tout dépend dudit contenu me direz-vous. Bien entendu. Et c’est là que je me dis, que mes collègues et moi-même devons produire de la merde, de la merde lue tout de même par un millier de personnes chaque semaine. 

Quinze heures de travail hebdomadaires se négocient plus de cinq cents euros par mois au Tarif syndical. Pas de quoi payer le loyer ni remplir les assiettes mais ce serait toujours mieux que rien après tout. 

Mais soyons honnêtes, si nous dégagions ne serait-ce même que cent euros de revenus par mois ce serait un miracle. Car s’il y a bien un bouton donation depuis un an sur le site, celui-ci n’a jamais été utilisé par qui que ce soit à part moi-même pour le tester. J’ai remis la publicité mi mai, et cette magnifique manne nous a rapporté vingt euros jusqu’à présent, juste de quoi payer le nom de domaine pendant une année, mais pas l’hébergement du site. Ceci dit, je ne m’attendais pas à plus.

Alors comment faire pour monétiser le magazine ?

Et si nous rendions accessibles certaines chroniques qu’aux donateurs ? Un petit texte alléchant pour donner envie et pour lire la suite, obliger à passer au tiroir caisse ? 
Elle est pas bonne l’idée ? Je pense que nous n’aurions plus aucun lecteur. Il existe plusieurs autres webzines de qualité qui proposent leur contenu gratuitement, donc naturellement les habitués changeraient de crèmerie non ? Enfin moi, c’est ce que je ferais.

Mais pour quelle raison mendier après tout ? Je n’ai pas encore été viré par mon employeur, je gagne correctement ma vie, alors ? Tout travail mérite salaire dit-on, c’est ça l’idée ? Non pas vraiment. 

Si le webzine dégageait quelques bénéfices il serait possible de financer certaines opérations, hébergement, web design plus sexy par un pro, défraiement pour couvrir certains festivals éloignés, participation à des campagnes de financement au nom du webzine, encouragement de l’équipe de rédaction. Car les gars qui bossent à Neoprog le font pour des prunes, même pas pour un CD, juste du mp3 watermarké, autant dire rien.

Un bouffon m’écrivait un jour que « vous les chroniqueurs, vous recevez pleins de CDs, vous êtes invités à tous les concerts, bla bla bla, bla bla bla ». Ben non, peut-être dix CDs promo par an sur mille en mp3, et disons cinq invitations à des concerts où nous pouvons nous rendre sans traverser l’Europe en voiture. Je l’ai déjà écrit, le webzine me coûte plus de trois-milles euros par an. « Ok man, mais c’est ta passion. », certes, mais ce n’est pas la seule man, loin de là, je ne suis pas mono maniaque… encore que, bon passons.

Mais voila, je me plains je me plains, mais il suffit que j’écrive un brouillon de billet et que je parte en vacances une semaine pour que Neoprog reçoive ses deux premières donations, vingt euros au total, de quoi participer au financement de notre hébergement internet. Alors merci infiniment à Eric et Stéphane pour leurs dons.

The script

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Un matin, en sortant du lit, m’est venue une étrange idée. Et si je revisitais toute la discographie du groupe Marillion en commençant par Script For A Jester’s Tear et en terminant par FEAR ?

Car après tout, lorsque l’on possède toute la discographie d’un groupe, outre le fait de pouvoir remplir des étagères avec, c’est aussi pour l’écouter de temps en temps. Mais voila, avec mon activité de chroniqueur, webmaster, rédacteur, emmerdeur à neoprog, je trouve rarement le temps pour me replonger dans d’anciens albums. Il y a bien ma discothèque idéale dans laquelle je pioche de temps à autres, les vinyles que j’écoute lorsque j’ai un peu de temps, mais je délaisse trop souvent l’archive musicale cachée dans la cage d’escalier de la maison, faute de place ailleurs.

Donc c’est décidé, je me replonge aujourd’hui dans la discographie de Marillion. Pourquoi Marillion ? Ce groupe fut pendant très longtemps mon unique référence musicale, je ne jurais que par eux, je n’écoutais quasiment qu’eux, j’étais un fan. Aujourd’hui, je ne suis plus un fan, j’ai découvert trop de groupes, d’albums fantastiques et différents pour me fixer sur un seul, même si celui-ci à forgé ma passion musicale.

Ce n’est pas avec Script For A Jester’s Tear que j’ai découvert le quintet anglais, mais avec Fugazy, j’en reparlerai dans un prochain épisode. Mais soyons clair, Script For A Jester’s Tear fut le premier album d’un renouveau musical. Le rock progressif mourut de sa belle mort à la fin des années soixante-dix. Ses titres à rallonge, ses expérimentations de plus en plus hasardeuses, son côté élitiste assumé enterrèrent plus de dix années de création musicale débridée.

Puis un matin, quatre britanniques et un écossais sortirent une galette noire à l’artwork digne des grands albums de Yes et de Genesis : un violoniste arlequin compose dans une chambre lambrissée sous le regard sévère d’un caméléon. Nous sommes en 1983 et le néo-progressif venait officiellement de naître avec six morceaux révolutionnaires, s’appuyant sur les reliques du rock progressif, épicés de metal et d’un chanteur à la voix absolument incroyable, le bien nommé Fish.

Outre l’artwork magnifique signé Mark Wilkinson, la musique riche en claviers vintages et de références à Genesis ainsi que la voix mutante de William Dereck Dick, Script For A Jester’s Tear renouait avec les textes, et quels textes, car le moins que l’on puisse dire c’est que Fish, même s’il fut bûcheron de son état, n’a jamais été un garçon très simple. Des textes torturés, pleins de rage, de souvenirs qui contribueront plus tard au succès planétaire du groupe avec l’album Misplaced Childhood.

Après trente-six années, je trouve que Script For A Jester’s Tear n’a pas pris une ride alors que de nombreux albums de rock néo-progressif sortis après sont devenus très kitsch. ‘Forgotten Songs’ comme ‘Garden Party’ ou ‘Chelsea Monday’ sont aujourd’hui des morceaux cultes que les fans chantent à l’unisson pendant les concerts, laissant Steve Hogarth toujours médusé.

Script n’est pas l’album de Marillion que je préfère mais il figure en bonne position dans mon top et ce fut un grand bonheur que de replonger dedans.

Zombie Walk

Un samedi de fin d’été ensoleillé, je pris le tram pour assister à la grande marche des zombies qui se déroule pendant le festival du film fantastique de Strasbourg.

Si j’aime la science-fiction, je suis nettement moins amateur de films de zombies ou d’horreur soyons clair. Soit cela me fait rire aux larmes, soit cela me donne envie de vomir.

Toutefois, pour un amateur d’images, la Zombie Walk est une occasion en or. Comme pour le Carnaval de Rosheim, les personnes déguisées sont venues pour se montrer autant que pour faire la fête. Du coup les photographes sont presque plus nombreux que les morts vivants.

Zombie Walk de Strasbourg

14h00. Sur la place Kleber, derrière les barrières de sécurité (il ne faudrait pas que les morts vivants attaquent les survivants) s’agglutinent lentement des corps désarticulés, des gueules cassées, des litres d’hémoglobines et des kilos euros de matériel photographique. Une fanfare zombie met de l’animation pendant que les derniers arrivants se refont une beauté aux stands de maquillage.

Beauté fatale

Au milieu de la foule qui augmente de minutes en minutes, déambulent quelques cadavres désarticulés morts dans des circonstances improbables. Outre les humains, on y trouve des monstres : un lapin sexy, bonhomme Cetelem à tête de citrouille, des tas de viande avariée et j’en passe. Les organes sanguinolents posent devant les objectifs avec complaisance, poussant leurs hurlements effrayants ou ridicules, crachant de l’hémoglobine au goût de fraise avant d’être appelé par le maître de cérémonie devant le grand podium.

Zombie Walk de Strasbourg

Commence alors la grand messe macabre à la Ghost : la foule de morts vivants entame la danse de Thriller avant d’élire les plus beaux d’entre les cadavres. Sous un soleil implacable, les corps faisandés, dégoulinants défilent sur l’estrade, hurlant leur nom à la foule, dansant quelques pas saccadés, draguant les objectifs pour le plus grand bonheur des photographes accroupis aux portes de l’enfer.

15h00: Après les élections de miss gothique faisandée, de papy déterré et des steampunks dégoulinants, la fanfare morbide se met en route pour la Zombie Walk. Dépliant mes jambes engourdies après trois quarts d’heure inconfortables devant les morts, je pique un sprint dans les ruelles bondées de la capitale européenne pour doubler le cortège funéraire et me placer au meilleur endroit pour shooter du zombie.

Zombie Walk de Strasbourg

Hélas, comme ces cadavres exquis, je ne suis pas loin de la décomposition, et la course épuise les quelques reliquats de cartilage qu’il reste dans mes genoux perclus d’arthrose. A la fin de la marche des morts, le photographe déshydraté et brûlé par le soleil, déambule comme un mort vivant, une vive douleur dans le genou droit, celui qui était encore en bon état.

16h00: C’est ainsi qu’après avoir croqué les morts avec ma boite à image, j’ai rejoins le troupeau aveugle des zombies, sans maquillage, sans même passer par la case croque mort, j’avance tel un figurant de Thriller jusqu’au Tram qui me ramène chez moi, avec beaucoup de photographies de maquillages ratés et quelques beaux cadavres sexy tout de même.

Zombie Walk de Strasbourg

La grande transhumance

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Aujourd’hui je change les panneaux signalétiques devant les portes des bureaux de notre bâtiment. Je ne change pas les noms des personnes y travaillant, je change les services auxquels ils appartiennent. Au lieu de Strasbourg/Climatologie, j’inscris Toulouse/Production Finalisée, Paris/Finance, Toulouse/Observation, Paris/Ressources Humaines…

Le bâtiment qui abritait le service régional devient progressivement un regroupement de bureaux pour des agents travaillant pour d’autres entités géographiques. Nous venons même d’accueillir le premier locataire qui ne travaille pas pour notre administration.

Après la grande migration, la désertification, voici la transhumance qui commence. Mes anciens collègues de bureau travaillent aujourd’hui à distance voir en télétravail, un mot de plus en plus en vogue chez nous. Leurs collègues et supérieurs hiérarchiques habitent et travaillent à cinq-cent, mille kilomètres de là. Ils communiquent entre eux via des terminaux de vidéo conférence, par mail, au téléphone et ne se rencontrent qu’une à deux fois par an.

Plus des deux tiers de notre effectif va de se disperser entre Toulouse et Paris tout en restant sur place. Une poignée de personnes deviennent des agents de proximité, chargés de faire fonctionner les locaux et de pourvoir aux besoins de ceux qui travaillent à distance. Une belle réorganisation où personne ne trouve son compte, agents démotivés propulsés là où ils ne voulaient pas travailler, agents changeant de travail pour ne pas bouger, agents partant pour éviter le pire.

Travail à distance ? Mais pour combien de temps encore ? Lorsque les frais de déplacements auront explosés tous les budgets, lorsque la bande passante allouée ne sera plus suffisante pour gérer des web conférences multiples, lorsque les chefs toulousains et parisiens en auront assez de gérer des agents distants, lorsque la première tempête se sera calmée, ne vont-ils pas demander aux fonctionnaires travaillant déjà à distance de remplir leurs cartons et de régulariser leur situation géographique en venant travailler dans les locaux de la capitale de cathare ?

Que deviendront alors les agents chargés de gérer les centres provinciaux désertés ? Combien d’années nous reste-il avant que nos énarques, ministres et présidents décident que les implantations régionales n’ont plus raison d’être, que finalement, nous ne servons à rien ?