Les temps modernes

Image

Remplacez cent ouvriers méritants par vingt machines anonymes.

Cent ouvriers dont les salaires annuels cumulés payeront les vingt cerveaux de silicone qui les remplaceront. Cent ouvriers se levant à l’aurore, se couchant la nuit tombée contre vingt machines actives nuit et jour, minutes après minutes. Des employés dévoués, passionnés, certes pas infaillibles, mais palliant aux faiblesses du système par leur intelligence. Vingt robots obtus, sans discernement, répétant inlassablement le même travail.

Certains des ouvriers remerciés, accueilleront les machines dans leur foyer pour les remplacer, cruelle compensation…

Nombres de ces hommes et femmes étaient âgés, cela ne coûtait pas si cher de les laisser terminer leur carrière paisiblement. Au lieu de ça, la machine prend leur place, leur passion.

Ce sont les temps modernes, vous êtes dépassés, mais continuez de nous servir encore quelques avant que l’on vous jette.

Et si après tout cela, vous pouviez encore nous aider gracieusement, ce serait parfait.

Merci pour votre participation.

NGC 1976

Image

De 14 à 20 ans, j’ai passé mes samedis après-midi dans un club d’astronomie, et mes nuit sous la voûte étoilée de la Bretagne. Le jour nous regardions des diapositives et fabriquions un télescope (un newton 260 mm), la nuit, nous observions la lune, les planètes, les galaxies, les nébuleuses, les amas stellaires, les comètes et les voisines.

Cette passion des étoiles ne m’a jamais quitté, mais arrivé en Alsace, sous la couche d’inversion et la pollution, comment dire, le ciel est sâle et troublé par des éclairages très nombreux. Même avec la paye qui allait bien pour m’offrir un télescope, je n’ai jamais franchit le pas.

Pourtant, dès que j’en ai l’occasion, je reste le nez en l’air à contempler le ciel. “Espace, frontière de l’infini vers lequel voyage notre vaisseau spatial.”. Enfin vous voyez. Renouer avec la photographie a été l’occasion de tourner à nouveau mes yeux et mes objectifs vers les étoiles. La première cible, la plus facile, fut la lune, objet de forte magnitude avec un diamètre apparent non négligeable sur lequel j’ai étrenné mon Samyang 500 mm et plus récemment le 200-500 mm de chez Nikkor. J’ai photographié la lune sous toutes ses phases, à toutes les sensibilités, à de nombreux temps de pause pour arriver finalement à cette photographie assez réussie au 1000 mm (500 mm et doubleur).

Cette semaine, pour une fois que le ciel n’était pas trop bouché, j’ai levé le nez gelé pour découvrir devant moi la constellation d’Orion, une des célèbres constellations du ciel d’hiver. Dans celle ci, on peut voir, une nébuleuse, c’est à dire un nuage de gaz coloré. Il en existe de diverses variétés, les résidus d’étoiles ayant explosé comme M 21 du Cygne, des nuages opaques (la tête de cheval) et des pouponnières d’étoiles comme M 42, la nébuleuse d’Orion.

Je me suis dit, et si j’essayais ? Ni une ni deux, je pointe mon Nikkon équipé du doubleur et du 500 mm vers le baudrier d’Orion, et tente de retrouver cette nébuleuse. Pointer un appareil photo est nettement plus sportif que d’orienter un télescope équipé d’une lunette guide. Mais malgré cela, m’aidant de quelques souvenirs passés, je tombais sur le petit nuage de gaz et poussières dans le viseur du reflex. Oh joie !

La photo ne possède aucun intérêt en soit, ce n’est qu’un petit machin flou au centre de l’image très bruitée après tout, mais je suis content de l’avoir faite. Elle se situe à 1500 années lumières, bref assez loin de chez nous et n’est pas visible à l’oeil nu – magnitude 3.7, l’étoile la plus brillante est de -1.5, la lune de -30 -. Une pose très brève – 1 seconde – pour de l’astronomie, mais je ne dispose pas de monture équatoriale pour compenser la rotation de la terre (1 seconde =  0.0041° de déplacement). Cela me donne envie de renouer avec les étoiles, de coller mon œil à l’oculaire d’un télescope et de partir à la chasse aux comètes et objets de faibles magnitude.

En vrai avec un télescope de 2 m et plusieurs heures de pause, M 42 ressemble à ceci, c’est dire si mon cliché est minable, n’empêche j’en suis content, comme quoi il ne faut pas grand chose pour contenter un quelqu’un comme moi…

 

Les jumeaux en fourrure

Image

Prenez de vrais jumeaux, deux êtres génétiquement très proches. Laissez l’un sur terre au Pôle Nord, lancez le second dans l’espace.

N’oubliez pas de les habiller de fourrures, c’est très important, ils pourraient tout deux prendre froid (Pôle Nord -45°C, espace -270°C). Celui qui est au Pôle Nord devra rester immobile, raison de plus pour bien le couvrir, celui qui va dans l’espace devra se déplacer vite, très vite, de préférence autour de la Terre, du coup il risque d’y avoir des courants d’air, d’où la fourrure – vous savez bien que la température ressentie baisse entre autres avec la vitesse du vent (0°C à 100 km/h équivaut à -17°C) – .

Si vous avez lu Albert, vous saurez également que le temps ne s’écoule pas de la même façon entre un objet immobile et un en mouvement, c’est le phénomène de dilatation des durées issus des équations de la relativité restreinte. La fourrure au Pôle Nord sera plus vieille que la fourrure qui a voyagé à des vitesses proches de 299792458 m/s, vous savez, la vitesse de la lumière.

C’est certainement ce qui s’est passé dans ma salle de bains.

Au cours des vacances de Noël, j’ai posé des fourrures à l’aide d’un niveau laser et d’un mètre laser. Des petits rayons rouges qui se déplacent à 299792458 m/s alors que mon cerveau ne fonctionne qu’à 0.0001 m/s les bons jours.

Au total, j’ai posé six fourrures avec les pitons qui vont bien, environ six à sept pitons par fourrure, cela fait beaucoup de trous, de pitons, autant de tiges filetées à découper à la bonne longueur (mesurées au laser) et d’écrous à serrer.

Après maints travaux, montants, rails, isolant, placo, après maintes vérifications, j’ai découvert avec stupéfaction qu’une fourrure était deux centimètres plus haute que les autres, une fourrure de l’espace alors que les autres se les gèlent au Pôle Nord.

Qu’est-ce que deux centimètres me direz-vous ? Un plafond légèrement penché, tout est relatif, ce n’est rien de bien grave…

Un centimètre c’était la tolérance maximale d’erreur pour poser une porte coulissante à deux battants, relatif oui, mais problématique.

Je viens de poser une nouvelle fourrure, je l’ai transporté en voiture à 5 km/h, du gros malin à la maison, de peur qu’elle ne subisse les effets pervers de dilatation des durées. J’ai allumé prudemment le laser, pris mon temps et posé une nouvelle fourrure polaire lentement.

Côte à côte, se tiennent maintenant deux jumeaux en fourrure, l’un ayant dérivé dans l’espace à près de 299792458 m/s, et deux centimètres au dessous de son frère, glacé jusqu’à la moelle, habillé d’une même fourrure, celle dans laquelle le plafond viendra prochainement se visser.

Le 20h

Image

Je déteste le 20h de France 2.

Les informations sont vides de contenu, on n’y apprend rien, un savant mélange de sensationnaliste et de voyeurisme. Les sujets ne sont pas creusés, d’énormes âneries y sont proférées et il y a chaque fois cette pub misérable pour leur application en milieu de journal. Cinq minutes sur Google Actualités suffisent bien souvent à résumer 45 minutes de journal télévisé. En plus ça retarde l’heure du film, moi à 21h, je pionce…

Celui de la Une est pire, et pire encore il y a l’édition pour les petits vieux, le 13h avec Jean-Pierre. Reste le journal d’Arte que j’aime beaucoup, qui ne dure que 20 minutes et qui synthétise bien l’actualité nationale et internationale.

Pourtant je regarde le 20h de France 2, presque chaque soir depuis qu’ils ont viré Pujadas. Le contenu du journal n’a guère changé, il y a toujours L’œil du 20h, l’application débile, les reportages micro trottoir, mais il y a également Sophie Lapix.

Sophie dans son tailleur, les cheveux bien rangés, elle est jolie, elle sourit, elle semble accessible et toute simple. J’adore la regarder parler, quoi qu’elle dise, jadore Sophie Lapix. D’ailleurs ma femme dit presque chaque jour, “Tiens regarde c’est ta chérie à la télé”…

J’adore le 20h de France 2.

Dans ma Switch n°6

Image

Je vous vois venir, vous disant ça y est, après Dans mon iPhone n°XXX dont il nous bassine toutes les semaines, il va nous casser les couilles avec sa Switch. Ben oui et non.

Le titre du post était juste provocateur, je n’achète pas assez de jeux pour tenir une chronique hebdomadaire sur la Switch, même si le catalogue de celle-ci est vraiment très riche.

En fait, je devrais tenir un webzine sur la Switch, Nintendo m’enverrait en avant première tous les jeux, je jouerais avec, écrirais une chronique et je ne vivrais que de musique et de jeux vidéos. Je pourrais également tenir un blog Nikon, je recevrais toutes les boîtiers et optiques compatibles, les testerais et écrirais des chroniques. Quel pied ! Et si je faisais un blog sur les call girl ?

Bon je me disperse là…

Vous avez bien compris que je commence des jeux et que je ne les termine presque jamais. J’aime la nouveauté, je n’y peux rien, et comme je n’ai pas beaucoup de temps libre, je ne finis pas grand chose, y a qu’à voir mes enfants.

Donc quoi de neuf dans la Switch ? Après de fabuleux jeux arrive l’heure des déceptions. Dans le catalogue très fourni, Nintendo propose entre autre du rétro gaming à 5 € et des petits jeux à 20€.

J’avais téléchargé Alpha Mission II pour NeoGeo histoire de retrouver le fun de ma jeunesse perdue, Rime un magnifique jeu d’exploration énigmes aventure, mais ce qui me manquait, c’était un jeu pour voler.

Car je suis un astronaute raté, je rêvais d’aller dans l’espace, ou du moins de piloter un avion. Donc dès qu’un simulateur de vol simple se pointe il faut que je l’essaye.

Dans leur genre j’ai téléchargé Inner Space, sorte de planeur dans un monde psychédélique incompréhensible, aussi incompréhensible que les objectifs du jeu, à utiliser sous acides je pense. Puis le catalogue s’est étoffé d’un Island Flight Simulator, jeu facile qui vous emmène d’îles en îles pour des missions de transport de fret.

Graphismes affligeant, pas de tutoriel, simulation à deux balles, le Flight Pilot sur iPhone est gratuit et bien plus sexy. Mais voila j’y joue quand même et souvent pour tout dire. Pour l’instant le jeu n’a aucun intérêt, soyons clair, tu accepte une mission, tu fais le plein, tu marche jusque l’avion, tu décolle, tu vole, tu atterri, tu repars et voila. N’empêche que je joue à cette daube. Ça ne prend pas la tête, chaque mission dure peu de temps et je peux aller pisser pendant que l’avion vole vu qu’il ne se passe rien. Le truc parfait après une journée de travail harassante.

J’ai téléchargé également la démo de Dragon Quest Builders, mélange de Dragon Quest et de Minecraft.

Je n’ai jamais joué à Minecraft, pas plus qu’à Dragon Quest. Les puristes affirment que ce jeu met à mort les deux licences, moi j’ai adoré la démo. Un des rares trucs que j’ai terminé d’ailleurs. Imaginez un RPG simpliste associé à un jeu de construction de cubes. La démo vous propose de reconstruire un village en ruine, de trouver à manger, de défendre les deux habitants et d’explorer un vaste monde. Il y a des monstres, des montagnes, des jours, des nuits, il faut manger, dormir, se battre, parler, inventer, construire, le truc est tellement addictif que je me demande si je ne vais pas recommencer la démo, pour le plaisir.

Reste la question fondamentale, la seule qui vaille la peine d’être évoquée, vais-je acheter le jeu, sachant que je finirai pas m’en lasser tôt où tard ?

Bagage en cabine

Image

Cette semaine, je suis à Toulouse, pour me former à la classification de sites, activité que je pratique depuis bientôt six mois.

Cours théoriques, atelier pratique, me voila parti pour trois journées intenses au pays cathare. Au programme retrouvailles avec un ami d’adolescence perdu de vu (celui qui m’a fait passer d’AC/DC à Genesis), visite de ma nièce adorée qui étudie là bas, nuits solitaires dans une citée étudiante et repas à l’infâme restaurant administratif de la météo-pole.

Savez-vous ce qu’est une classification de poste ? J’imagine bien que non, c’est un travail très particulier. Celui-ci consiste à mesurer tous les obstacles qui se situent autour d’un site, afin de calculer les ombres portées sur les capteurs, les perturbations dans l’écoulement du vent, la rugosité etc… L’opération dure environ une heure si tout se passe bien. Pour se faire, nous utilisons un matériel de pointe : des jumelles laser militaires, un pied à niveau très stable de 1.50m de haut non déployé, un PC semi durci résistant aux chocs et aux intempéries et un appareil photo pour effectuer un panoramique ainsi que des images des quatre coins cardinaux. Un package coûtant deux fois le prix de ma Logan et qui rentre à peine dans son coffre.

Début janvier je reçois mon billet électronique Hop pour me rendre à Toulouse, décollage lundi à 6h30, retour jeudi à 8h35 avec un bagage à main. Trois jours à Toulouse, une brosse à dents, une console, deux livres, deux slips, deux tee shirts, ça devrait tenir dans la valise de cabine, tant pis pour le PC, je mettrai le webzine et le blog en veille.

Mais voila, lundi dernier, je reçois un message inquiétant de notre formateur : “N’oubliez pas d’emporter les jumelles, le trépied et l’ordinateur pour le stage.”. WTF ! Ni une ni deux j’appelle le gars qui me confirme qu’ils n’ont qu’un équipement à Toulouse (vu le prix cela peut se comprendre), que nous sommes douze, et que si nous travaillons chacun notre tour sur ce matériel, la journée de travaux pratiques risque d’être très très longue.

Résumons, j’ai droit à un bagage cabine et je dois mettre dedans une brosse à dents, une console, deux livres, deux slips, deux tee shirts, des jumelles laser, un PC semi durci, un trépied de 1.50 m et la connectique qui va bien. Cherchez l’erreur… Je peux rogner sur un slip, un tee shirt, la console et un livre, mais même comme ça, impossible de faire rentrer le matériel dans une valise de 52 x 30 x 21 cm. Que faire ?

J’en informe l’administratif débordé qui gère l’accueil, le courrier, les missions, les finances, fait office de secrétaire de direction et qui travaille toujours avec le sourire, un saint ! Il me dit “Oui oui pas de problème je m’en occupe.”.

  • Lundi soir, pas de nouvelles, “Oui, oui je ne t’ai pas oublié mais je n’ai pas eu le temps.” (tu m’étonnes).
  • Mardi soir : “Oui alors il me faudrait les dimensions et le poids de ton matériel.”.
  • Mercredi midi : “Oui, il faut que je vois ça avec l’agence Havas.”.
  • Mercredi soir : “Oui oui, je ne t’ai pas oublié mais Havas ne répond pas.”.
  • Jeudi matin à 9h00 caché derrière deux mètres de courrier : “Oh oui désolé, j’ai pas le temps, mais je te passe devant, sur la pile
  • Jeudi midi : “Il te fallait quoi déjà, une valise supplémentaire ?”
  • Jeudi soir, entouré de quatre personnes le sollicitant : “Tu finis vendredi à midi ? La vache faut que je me dépêche, je m’en occupe, promis.”
  • Vendredi matin : “Je finis le courrier et je traite ta demande.”
  • Vendredi 11h : “Je viens de leur envoyer un mail, généralement ils répondent vite.”
  • Vendredi 11h45 : je reçois cinq mails, un de Havas avec mon billet, quatre de Air-France avec les suppléments bagage. Le trépied coûtera 30€, la valise en soute 90€ , soit le prix de mon billet aller retour Strasbourg Toulouse… Hop là !

Hier à Toulouse, dans le froid glacial, sous des flocons, j’ai utilisé mes jumelles, mon trépied et mon ordinateur semi durci environ trente minutes avant de rentrer me réchauffer dans la salle de cours. J’ai encore les mains engourdies ce matin. Avec tout ça, j’avais oublié de prendre des gants pour travailler…

Mal bouffe

Image

Un chef étoilé est mort.

Cela m’aurait touché s’il avait dirigé un orchestre. Il se contentait d’inventer des recettes fabuleuses. Ceci dit, la musique ressemble beaucoup à la cuisine, il y a la grande et la petite, la bonne et la mauvaise, la mauvaise pouvant être grande et la bonne petite.

Mais pour en revenir au sujet initial, je conçois la mal bouffe comme un repas pris debout, voire en marchant, servi dans un emballage jetable dégoulinant de gras. De la nourriture insipide sucrée et salée à outrance pour lui donner un semblant de relief et masquer sa fadeur. En musique également, il existe la mal bouffe. Prenez un piéton, avançant au milieu de la circulation, un casque Beats sur les oreilles, écoutant de la soupe mp3 en streaming sur Deezer. Voila ma mal bouffe.

Alors je vous vois venir avec vos gros sabots, « c’est un moyen de s’isoler de la rue, de rester dans sa bulle », d’accord, mais est-ce vous écoutez vraiment ? Vous entendez tout au plus. Ecouter demande de l’attention, un certain confort, un son correct. Le mp3 en streaming comment dire… En fait vous ne vous en rendez même pas compte, mais c’est juste ignoble, des fréquences massacrées, échantillonnées pour passer en 4G sans coupure, du son compressé à outrance, des basses disproportionnées par rapport aux aiguës, presque du bruit en fait. Le son du casque évolue en fonction du martèlement de vos pas, déformé par l’environnement urbain, avec cette rythmique qui vous assène ses coups de boutoirs sur vos tympans fragiles.

Pire qu’un cheeseburger au fromage coulant dans son papier gras.

Vous pouvez également dîner aux chandelles, dans une auberge rustique, une cuisine traditionnelle, composée de produits du terroir, en prenant le temps de déguster chaque bouchées de votre assiette. Cela s’appelle savourer. Placez le vinyle sur la platine, allumez le pré ampli, laissez chauffer, allumez l’ampli, lancez la platine, regardez la faire quelques tours puis posez délicatement le diamant sur le sillon. Prenez alors la pochette avec vous et enfoncez-vous dans les coussins du canapé et ouvrez vos oreilles. Voilà ça c’est écouter.

« Les pseudos mélos pétés de tunes qui se la joue avec leurs vinyles qui craquent, que des snobs friqués ». Je ne fais pas l’apologie du vinyle, je pourrais mais non, ce n’est pas un débat d’audiophile que je vous propose. Oui le vinyle, la platine, l’ampli, le préamp, les enceintes c’est un budget, et non je ne suis pas pété de tunes, j’ai fait des choix. Ma voiture est pourrie, mon téléphone portable est un vieux modèle, je vais à vélo au travail, je ne fais pas de ski dans les Hautes-Alpes, je déguste la musique. Si j’écoute des vinyles, c’est pour ne pas zapper, pour prendre le temps, rester près de la platine pour changer de face, pour ne faire qu’écouter la musique.

Chronique d’une mort annoncée

Image

Qui a lu le fabuleux roman de Gabriel Garcia Marquez, Chronique d’une mort annoncée, ou vu le film de Jim Jarmusch avec Johnny Depp ?

Dans les deux cas, ces histoires parlent d’un homme qui va mourir.

Alors rassurez-vous, je suis bien vivant, et je ne crois pas devoir mourir tout de suite. Par contre, quand je lis les compte rendus alarmants de nos syndicats et que j’écoute notre directeur quand ils parlent de notre belle administration, j’ai l’impression de me replonger dans l’univers pesant de Marquez.

Les gens du privé nous envient souvent, à raison, notre stabilité professionnelle. Certains s’imaginent que nous ne travaillons pas, d’autres que nous gagnons des millions. Dans ces légendes il y a du vrai et du faux comme toujours. Mais ce qui est certain, c’est que depuis quelques années, nous essuyons de plus en plus de tempêtes et que le navire commence à prendre l’eau.

Après les centres départementaux, régionaux, le rabot financier s’attaque à la planche des centres inter régionaux. Des services opérationnels remaniés de fond en comble trois fois en dix années, des métiers placés sur un piédestal puis jeté en pâture aux cochons, des clients essentiels devenus sans intérêt, des missions régaliennes piétinées, nous naviguons, ballotés de droite à gauche, selon les caprices du vents, et celui-ci ne souffle plus dans le bon sens.

Bien entendu il faut moderniser, simplifier, pour gagner en efficacité. Des économies sont également nécessaires, en personnel comme en moyens techniques, l’état nous l’a fait comprendre à maintes reprises. Notre décentralisation des années 80 est devenue un luxe, alors centralisons, pourquoi pas. Il est vrai que les outils numériques nous permettent aujourd’hui un travail autrefois impossible. Mais depuis quelques mois, nous naviguons à vue, changeant sans cesse de cap, sollicitant les agents sur des compétences en interne alors que l’on veut les voir disparaître à très court terme, portant aux nues des métiers qui vont mourir dans quelques mois.

La DRH nous invite à valoriser nos compétences passées, dans l’espoir que d’autres administrations pourraient être intéressées par notre profil. Elle nous encourage à quitter notre métier et à aller voir ailleurs. A demi mot, notre directeur avoue que tout ce qui compte, c’est d’afficher une diminution de cinq cent fonctionnaires, même si, au final, il est hautement probable que ce changement entraînera un surcoût budgétaire du fait de l’externalisation des métiers de l’informatique et de la maintenance. Le ministre demandait à ce que l’on abandonne des missions, notre PDG propose de toutes les conserver mais de serrer la ceinture de cinq crans. A l’horizon 2022, deux services réduits sur les six existants devraient subsister là où je travaille.

Nous savons, comme Bill Blake dans Dead Man, que nous allons mourir. Nous sommes gravement blessés et il nous reste quelques années d’agonie avant de succomber aux amputations successives de notre ministère de tutelle. Notre dernier voyage nous conduira peut-être dans l’ultime bastion des ambassadeurs du ciel, la citée cathare des maîtres nuageurs, mille kilomètres plus au sud. En attendant cet exode annoncé, nous regardons les bureaux se vider de le sang.