Ma chérie a dit oui

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Après plus de vingt quatre années de vie commune, ma chérie a dit oui. Oui mais à une condition, que je finisse d’abord les travaux de la salle de bain.

Vous ne trouvez pas qu’elle abuse un peu ? C’est une forme de chantage tout de même ? Mettre dans la balance une demande aussi importante pour notre vie et du vulgaire bricolage, certes qui a un peu en retard, mais du bricolage, c’est presque honteux.

Par chance la salle de bain est presque terminée, une petite fuite de rien du tout à colmater, une double porte à poser qui devrait bientôt être livrée, un peu de silicone et deux plinthes à coller et ce sera terminé. L’affaire d’un ou deux ans de travail si tout va bien, si je ne tombe pas à nouveau de vélo entre temps.

Mais maintenant qu’elle s’est enfin décidée, j’hésite. C’est vrai, il s’agit d’un engagement à long terme et ce n’est pas une mince affaire tout de même. Et si nous faisions le mauvais choix ? Des années durant j’ai tergiversé, est-ce vraiment utile, à qui cela fait donc plaisir, que vont en penser les autres, y aura-t-il un juste retour sur investissement ?

Mon précédent mariage, a connu des hauts et des bas, sans doute comme tous les mariages, mais cette fois je voudrais que tout soit parfait, l’entente totale, la fusion des âmes. Si je dis oui, je signe au moins pour six ans, sinon ce serait franchement du gâchis. Mais qu’est-ce que mes enfants vont penser ? Que je fais ma crise de la cinquantaine ? Que je ne sais pas quoi faire de mon argent ?

Tout aurait été plus simple si elle avait dit non. D’abord je n’aurai pas la pression pour finir cette fichue salle de bain, ensuite je ne serai pas en train de me torturer le neurones pour rechercher la meilleure configuration pour cette union, enfin je ferai de substantielles économies.

J’hésite encore, mais comme je l’aime beaucoup alors bon… Je pense que je vais me jeter à l’eau, je vais acheter un iMac et laisser tomber Windows.

Neil

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Depuis tout petit, je m’efforce de mettre fin à la plus grande manipulation de masse qu’a connu l’humanité. J’avais trois ans. Sur l’écran noir et blanc du salon, une image neigeuse montrait une botte blanche, laissant son emprunte sur un sol poussiéreux. Nous étions le 24 juillet 1969, la NASA annonçait que l’homme avait posé le pied sur notre satellite.

J’ai tout de suite compris que c’était un mensonge, même si à l’époque je n’avais pas assez de mots pour l’exprimer. Alors depuis, je n’ai de cesse d’accumuler des preuves pour mettre fin au complot.

Photos d’archives, documentaires, livres, sites internet, films, j’ai tout lu, tout vu pour étayer ma thèse. J’ai cherché les failles, les contradictions, que ce soit dans les documents officiels mais également dans les fictions historiques relatant l’avènement de l’ère spatiale. L’Étoffe des héros, Apollo 13, De la Terre à la Lune, Apollo 18, Les figures de l’ombre, je les ai tous vus et revus.

Aujourd’hui c’est Le premier homme que je scrute à la loupe pour y trouver de nouvelles preuves du mensonge.

Le premier homme, parle de Neil Armstrong, le premier américain à poser le pied sur la lune. Je précise américain, car si comme moi, vous avez-vu Apollo 18, vous comprendrez que l’on peut se demander si les russes ne sont pas arrivés avant eux, enfin bon. Oui même dans le mensonge, il y a des mensonges cachés.

Le film construit son histoire autour de l’homme plus que de l’exploit, l’homme qui vient de perdre sa fille et qui puise dans cette douleur, la force de se battre et de décrocher la lune pour elle. Trois moments astronautiques forts illustrent l’aventure spatiale, la mission Gemini 8 avec l’amarrage avec le module Agena, les dramatiques essais aux sols de Apollo 1 et bien entendu la mission ultime, l’alunissage de l’aigle et le premier pas sur la surface lunaire. Le meilleur passage est assurément cette mission Gemini 8 qui part littéralement en vrille et qui laisse un goût de trop peu lorsque arrive le bouquet final d’Apollo 11.

Ils auraient pu reprendre les magnifiques décors datant de 1969 de Kubrick pour faire ce film, après tout la poussière ici n’est pas franchement un problème. Mais non, ils ont préféré faire du neuf et les images de la surface lunaire sont troublantes. Le film m’a laissé sur ma faim, mais je ne l’ai visionné qu’une seule fois pour l’instant. Il n’apporte guère plus d’éléments à mon enquête acharnée, et je pense qu’il va falloir tout reprendre à zéro pour y voir plus clair. Mais ce qui est certain, c’est que l’homme, pas plus qu’aucune machine, n’est allé un jour dans l’espace, sinon, avec ses soit-disant satellites météorologiques, Météo-France feraient depuis longtemps de bonnes prévisions au lieu de raconter n’importe quoi.

Rencontres

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Mon interface neurale d’association visage/prénom est défectueuse et croyez-moi, c’est un sérieux handicap dans la vie.

Même des personnes que je croise régulièrement peuvent perdre leur identité en peu de temps. 

Imaginez moi criant “oh Joséphine” dans un moment d’intimité avec mon épouse Isabelle. Oui ce serait embarrassant, mais là, il se peut que le problème soit ailleurs.

Dans la vraie vie, j’ai du mal a mettre un prénom sur un visage et inversement. Alors quand il s’agit de rencontres IRL, tout devient plus compliqué. Tant que l’on en reste à des échanges sans importance, tant que le pseudo ne change pas ou que l’image de profil reste constante, je m’en sors honorablement. Mais dès qu’un changement survient, c’est la panique. Qui est-ce, un lecteur, un musicien, un promoteur, un contact, un ami ? Les malentendus sont légion et parfois embarrassants.

Le cauchemar absolu c’est lorsque l’échange virtuel se concrétise dans le monde réel, vous savez, les sites de plan c…, je veux dire de rencontre. Enfin bref, lorsqu’une personne avec qui j’ai échangé des mois durant sur Facebook se retrouve face à moi, c’est le drame. Si le visage me dit quelque chose, je ne situe plus la personne, son occupation, le lien qui nous uni, et bien entendu son prénom.

Donc je fais le mort. Je ne vais pas vers les gens. J’attends qu’ils fassent le premier pas. C’est d’ailleurs ce que j’ai toujours fait avec les filles, mais ça c’était pour éviter les râteaux.

Quand j’arrive à un concert, c’est souvent le drame. Dans la queue y a des personnes qui me disent bonjour. Alors je dis “salut”. Mais bien souvent je ne sais absolument pas de qui il s’agit. Je vous assure je ne fais pas le fier, je ne suis pas une star non plus avec 10000 fans, j’ai juste un problème d’interface neurale. Il y a bien des bouilles que je remets à force, mais les prénoms, quelle chianlie !

Bref je ne fais le mort. Si la personne me reconnait, et qu’elle désire me parler, commence alors un étrange manège :

Monsieur X – ‘Salut JC’.

Oups, c’est qui là ? Il a une gratte en main, ça doit être un zicos.

Moi – ‘Heu salut’

Monsieur X – ‘C’était cool ton article là sur nous’

Merde, c’est qui nous ?

Moi – ‘Ben c’est sympa ce que vous faites aussi’.

Monsieur X – ‘J’espère que tu vas aimer ce soir’

Bon y a deux groupes ce soir, trois guitaristes, c’est bien une guitare ? Te mouille pas trop.

Moi – ‘Je suis certain que ça va être super, vous jouez en premier ?’

Monsieur X – ‘Oui, comme ça on sera moins crevé ‘

Ha j’approche. Ils ont deux guitaristes les toulousains.

Moi – ‘Ben oui avec la route c’est fatiguant’

Monsieur X – ‘Oui enfin on a 30 km à faire, c’est pas la mort’

Putain, c’est le groupe local, ils ont inversé la programmation les cons !

Moi – ‘Oui bon mais quand même’

ça y est je vois le groupe, maintenant c’est quoi son prénom, David, Donald, Darwin, ça doit être David, on a jamais vu un alsacien s’appeler Donal ou Darwin sérieusement. Reste prudent quand même...

Monsieur X – ‘Au fait, tu n’as pas vu David ?’

Rhooo putain !

Moi – ‘Heu non, pas encore…’

Monsieur X – ‘Faut que je lui file sa guitare’

Putain c’est qui lui ?

Monsieur X – ‘Bon je te laisse JC, faut que je trouve à tout de suite’

‘Oui à toutes’

Putain putain putain, mais quelle buse !

Voila, vous savez tout maintenant. Mais pas la peine de me faire le coup du “coucou chéri” en me sautant dans les bras, car je reconnais les hommes des femmes, enfin le plus souvent, et mon épouse, après 26 ans de mariage, je sais à quoi elle ressemble.

Non à la dématérialisation

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L’heure est à la dématérialisation. Même dans la fonction publique. Mais là, ce sont les agents que l’on passe au broyeur. Le papier lui, il reste, conservé précieusement dans dans des cartons dans des sous-sol humides et poussiéreux pour qu’il pourrisse lentement. Mais auparavant, nous les numérisons, car allez retrouver la note 35B de la DSO dans les lugubres rayonnages de nos archives secrètes, éclairées par des néons qui clignotent de manière sporadique.

La musique a été dématérialisée à perte, copiée, dénaturée mais la tendance aujourd’hui est de revenir à la gravure. Le livre perd ses feuilles à l’automne du patriarche, se télécharge et tue à petit feu les librairies de quartier. Les bandes dessinées suivent elles aussi cette impitoyable éradication pixélisée. A quand la famille 32 bits ?

Mais la plus grande perte, lors de cette déferlante digitale, ce fut celle des billets de concerts. Aujourd’hui un QR code vous ouvre les portes des salles, à moins que ce ne soit un petit canard tamponné sur le poignet. Les billets de concert, je les conservais comme un fétichiste collectionne les petites culottes, soigneusement rangés dans un tiroir, souvenir de grands moments passés avec Peter Gabriel, Pink Floyd, Sting ou Fish (je parle bien des billets, pas des petites culottes). Des bouts de carton colorés, où figuraient la date, le lieu, l’artiste, l’artwork de la tournée, des objets de collection, aujourd’hui quasis introuvables.

Numérisez les décisions administratives si vous le voulez (je travaillerai d’autant plus vite), compressez la musique à souhait (je ne l’écouterai pas), transformez les livres en octets si cela vous chante (je ne les lirai pas), mais rendez-nous nos billets de concerts par pitié !

Vous verrez, un jour, ils finiront même par digitaliser les sous-vêtements féminins si on les laisse faire…

On va le payer

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En climatologie, lorsque nous subissons un épisode de sécheresse intense, les vieux, qui n’ont toujours pas intégré le concept de réchauffement climatique, disent à chaque fois la même chose : “On va le payer”. Comprenez, Gaïa, mère nature, va rééquilibrer tout ça en nous faisant tomber sur la figure des trombes d’eau pendant des jours. Autant en météorologie ce concept d’équilibre est totalement inepte, autant dans la vie courante, mes excès se payent toujours au prix fort.

Janis et Out5ide à Barr, O.R.k. et de The Pineapple Thief à Strasbourg, Lifesigns à Russelsheim, Collapse à Strasbourg, le programme des derniers jours bien fut chargé. C’est toujours dans ces moments là que l’on nous demande de couvrir O.R.k. à Paris, Haken à Lyon, Manticora à Karlsruhe, Evergrey à Mulhouse alors que la boite mail déborde, que les artistes nous sollicitent, qu’au travail je tiens trois postes en même temps et qu’à la maison la plomberie fuit.

Ces excès d’activité, cette frénésie, qui me caractérisent, se payent chaque fois le prix fort. Après les pics, viennent les creux, de longues phases d’apathie, d’épuisement, pendant lesquelles je ne trouve la force que de lire des BDs faciles et d’écouter de la musique pour le plaisir. J’ai un fabuleux bouquin à lire, mais je m’endors au bout d’une page, même Lanfeust de Troy n’arrive à tenir mes paupières ouvertes que sur une vingtaine de planches. Je peine à avancer sur ma chronique, pourtant un album sublime, et je procrastine devant le PC, retardant le moment où il faudra transcrire l’interview de Lorenzo, préparer les chroniques de la semaine prochaine, faire les comptes, passer l’aspirateur, régler la tuyauterie du lavabo, changer la caisse du chat, aller faire des courses.

Le problème, c’est que l’horizon ne s’éclaircit pas franchement, avec Out5ide qui passe chez Paulette le 23 mars, Soen le 3 avril au Z7, Crippled Black Phoenix le 4 à la Laiterie, Neal Morse le 10 au Z7, ARENA le 11 au Das Rind, un tribute à King Crimson le 11 à l’Espace Django à Strasbourg, le Art Rock Festival du 12 au 14, RPWL le 20, Orphaned Land le 23 au Z7… Comment choisir ?

Il fut un temps, lorsque je ne connaissais moins de groupes, je trouvais que les concerts étaient bien trop rares. Aujourd’hui, je trouve qu’ils sont trop nombreux. Même si je m’efforce d’aller à la découverte de groupes que je n’ai jamais vu en live (O.R.k., Lifesigns, Crippled Black Phoenix, Orphaned Land), le webzine est également sollicité pour couvrir des événements, l’occasion d’interviews, de photographies, de rencontres, comment refuser ? A chaque fois cela me crève le cœur de dire non, désolé, on ne peux pas, on ne pourra pas interviewer Manticora, couvrir Evergrey, revoir O.R.k. aller à la release partie de Moyan.

Le rêve serait de professionnaliser le webzine, de le transformer en quelque chose qui me permette de m’y consacrer à temps plein, d’en tirer au minimum un SMIC, mais comment ? Ouvrir une boutique de CDs ? d’autre l’ont fait sans succès. Mettre de la pub ? ça ne rapporte rien. Un bouton de donation ? la bonne blague. Devenir manager de groupes ? je n’ai pas les contacts même si j’ai été sollicité, et puis comment être objectif et manager des groupes ? Épouser une vieille rockeuse pleine de tunes ? je suis déjà marié. Vendre de la drogue ? Je risque de tout consommer. Et puis, sincèrement, étant donné le nombre de visiteurs, si je veux monétiser, il va falloir passer à Booba, Céline Dion et laisser tomber le rock progressif. Quel intérêt alors ?

En fait j’ai trouvé un plan : je vais vendre mon corps à la science, car avec l’abus de triptans, de corticoïdes, d’antibiotiques, ma dégénérescence osseuse, mes migraines, mes genoux foutus, mon rein boiteux sans parler de mon cerveau malade, je dois être un bon cas d’école. J’espère juste que, contrairement Au Sens de La Vie, ils ne viendront pas récupérer ma carcasse fourbue avant qu’elle n’ait officiellement cessé de fonctionner.

Lanfeust de Troy

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Les jours de fatigue, au lieu de me plonger dans un livre difficile, je parcours la BDthèque familiale à la recherche d’une lecture facile. Mon choix s’arrête souvent sur un Gaston ou sur un Astérix, mais parfois, je reprends une série oubliée. Ce week-end, j’ai jeté mon dévolu sur les huit tomes de Lanfeust de Troy.

Pour la petite histoire, c’est un couple d’amis montpelliérain qui nous fit découvrir le premier livre. Nous étions jeunes et beaux et mon adorable épouse portait souvent une robe rouge moulante qui me mettait en joie, si je puis dire. Ayant adoré la BD, nos amis nous en firent cadeau en ajoutant un petit dialogue au dessin de garde du premier tome.

Me voici donc à nouveau plongé dans les aventures de Lanfeust, cet apprenti forgeron qu’un bout d’ivoire va rendre célèbre.

A ses côtés, deux soeurs, la blonde pimbêche et la brune délurée, un troll enchanté et un sage d’Echmull. Comme il se doit, ils vont vivre tous les cinq des aventures rocambolesques dans un monde médiéval fantastique nommé Troy. Une lutte pour le pouvoir magique total contre le méchant Tanos. Rien de très original, encore que, à l’époque, ce genre de BD ne courrait pas les rues.

Mais la caractéristique principale de cette histoire, est l’humour potache, les clins d’œil aux publicités de l’époque, le sexy pas trop sexe, la violence gratuite et une belle dose de dépaysement. C’était l’époque bénie des séries qui se terminaient (je vous l’accorde, il y a eu ensuite Lanfeust Des Etoiles, Lanfeust Odyssey, Trolls de Troy, Gnomes de Troy, mais bon ça ne compte pas on va dire). Et même si, passé le troisième volume, Lanfeust de Troy, commençait déjà à s’essouffler, je suis arrivé finalement à la fin de la saga, après avoir failli renoncer au sixième tome.

Une BD détente, dans laquelle je me suis replongé, je l’avoue, avec un peu de nostalgie. “nous étions jeunes et larges d’épaules” chantait Bernard Lavillier, moi je dirai, “juste jeunes”, un voyage près d’un quart de siècle dans le passé, une robe rouge qui n’est plus qu’un souvenir et de très bons amis perdus de vue.

Si vous ne l’avez jamais lue, vous êtes impardonnables…

Mais la vraie question est la suivante, qui de C’ian ou de Cixi, préférez-vous, la blonde bêcheuse, ou la brune volcanique, la robe bleue ou la robe rouge ? De nos jours, il est plus prudent d’élargir le débat, alors je vous propose le rouquin, la brune ou la blonde ? J’attends vos réponses, pour moi c’est tout vu, j’aime les brunes et les robes rouges, alors je prendrai le forgeron rouquin musclé…

Tyrannique ?

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Je suis apprécié de mes supérieurs hiérarchiques. Ils me considèrent comme sérieux et fiable. Quand ils me donnent un travail à réaliser, je m’en occupe immédiatement à condition d’avoir le temps. Quand ils me recommandent des méthodes de travail, je les applique, même si je les trouve débiles. Je suis un bon soldat.

Je travaille mieux que les autres, non pas que je sois docile, mais j’ai l’air sérieux. J’ai toujours été bien noté, même quand je n’en branlais pas une, caché derrière mon écran Facebook. Je ne suis pas franchement une lumière non plus mais je suis très organisé. Lorsque l’on me montre comment procéder, j’enregistre et après quelques tâtonnements arrive toujours avec une méthode plus efficace, donc plus rapide, qui me laisse autant de temps pour me reposer.

Je ne fais pas grève car je trouve à chaque fois que les syndicats mènent le mauvais combat, le plus souvent, je valide les réorganisations, bref je suis vendu, un lèche botte, un collabo, dénué de toute ambition, étrangement. Pendant l’occupation, je suis certain que j’aurais fait du bon travail pour la Gastapo, pas certain par contre de garder beaucoup d’amis à la libération du coup.

Si j’étais chef, je serais une crevure, un sale con dictateur ne faisant pas confiance à son équipe et plus exigeant pour les autres que pour lui même. Humain ? Certainement pas.

Pour le malheur de certains, j’ai une petite équipe de collaborateurs travaillant pour le webzine, des personnes qui bossent sans salaire ni compensation pour signer de leur prénom des chroniques de rock progressif. Non content de ne pas les payer, de ne pas les récompenser, je les tanne régulièrement pour qu’ils produisent plus de mots à la minute, qu’ils maîtrisent les arcanes du HTML, qu’ils se débrouillent avec des suites bureautiques collaboratives, qu’ils se lancent dans des interview démentes ou des live reports marathon. Bref j’exige d’eux ce que je fais par passion en y consacrant presque tout mon temps libre. En fait, j’aimerais bien qu’ils soient aussi motivés que moi. Je suis un monstre.

Alors pour une fois, je vais leur rendre hommage à ces petites mains pigistes : bravo les gars, vous faites du bon travail, c’est beau, ok vous pourriez en faire un peu plus, un tout petit peu plus… Mais putain, bougez-vous le cul, on publie cinq chroniques la semaine prochaine et je n’ai toujours pas reçu vos copies, mais qu’est-ce que vous foutez ?!

Vous voyez comme je suis, même là je ne peux m’en empêcher…

Carnaval

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Que représente Carnaval pour vous ?

Pour moi ce sont les bugnes, les beignets et les déguisements bien entendu. Je n’ai jamais particulièrement goûté ces fêtes populaires je l’avoue, par contre le gras sucré oui. Pour les déguisements, je n’ai jamais été adepte non plus, même pas dans l’intimité avec ma femme, c’est dire. Par contre, lorsque mes enfants étaient petits, il fallait se soumettre à la corvée, les bambins devaient venir déguisés à l’école. A l’époque, nous ne roulions par sur l’or, un salaire, deux enfants et un appartement à rembourser. Alors les déguisements c’était la débrouille. Un déguisement de robot ? Un carton percé, du papier aluminium, des bouchons plastiques collés sur le devant, ridicule ? Oui mais pas cher. Bien entendu les autres pétasses de mamans se défonçaient comme des folles pour avoir le plus beau costume de l’école, histoire de se la péter au thé devant leurs copines. Alors, notre petit robot, il faisait vraiment minable au milieu des chefs d’œuvres de ces couturières, les salopes… et qu’elle honte pour le petit bonhomme. L’année suivante nous lui avons acheté un costume d’indien hors de prix rien que pour faire chier ces connes…

Donc les déguisements ce n’est pas mon truc, mais quand un ami m’a parlé du carnaval de Rosheim, un carnaval vénitien, je n’ai pas résisté à l’appel. Ni une ni deux, avec ma chérie et mon appareil photo, je me suis rendu dans la petite ville médiévale alsacienne pour découvrir l’attraction.

Entre les deux portes de la cité, sur le pavé, déambulaient des couples somptueusement costumés, paradant, se prêtant volontiers aux poses pour les nombreux photographes présents. Il y avaient plusieurs spots de prédilection, l’église romane, un jardinet, une porte en haut de quelques marches et un puit. Des lieux où les voleurs d’images s’agglutinaient, souvent débordés par les amateurs en smartphone, qui, ne possédant pas la même focale, se calaient devant les gros objectifs.

De magnifiques costumes, des couleurs chatoyantes, des sujets posant pour les objectifs, un public pas trop nombreux, ce carnaval vénitien fut une jolie expérience visuelle et photographique, une belle promenade non loin de la maison et des retrouvailles avec d’autres photographes amateurs. 

Me voilà réconcilié avec le carnaval et les déguisements, il faut dire que ce n’étaient pas des cartons percés avec des bouchons en plastique collés dessus, c’était de la grande couture réalisée avec passion.

Le Carnaval de Rosheim
si vous voulez en voir plus

Voila, c’est fini

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La chatoune, habituée à quatre bipèdes caresseurs, miaule désespérée, amputée de mains gratouilleuse. La maison, qui résonnait de pas précipités se trouve bien silencieuse. Les deux vieux qui charriaient les petits cons sont face à face à table, mangeant leur soupe en silence. Eux qui redoutaient Tanguy et la verdure, tournent en rond avec soixante mètres carrés chacun à remplir de bruit. Terminé les longues nuits d’attente, sans nouvelle, le silence jusqu’au midi, les embouteillages au toilettes du matin, la bande passante partagée, les petits sont partis. 

Ils faut bien que les oisillons sautent du nid, à condition qu’ils ne s’écrase pas au sol. Le sol est couvert de coquilles, plus besoin de rapporter de vermisseaux.

Par chance ils vont revenir, de moins en moins souvent, mais de temps en temps quand même, leur sac de voyage rempli de linge sale, le portefeuille vide et le ventre creux. Quelques heures bénies avant d’aller rejoindre leurs copains, leurs consoles, leur chatoune qui ronronnera. Et nous alors ?

Nous, ils nous ont abandonné. De tout manière nous sommes vieux, nous puons du becs, perdons la mémoire et leur faisons honte avec nos mauvaises manières. Des mauvais parents, des coucous.

La maison est déserte, nous pourrions courir tous nus dans toutes les pièces, prendre notre douche à deux, sortir au cinéma, au restaurant, voyager, mais s’ils revenaient parce qu’ils seraient malades, en manque de câlins, plaqué par leur copine, avec un gros besoin de réconfort ?

Qui va m’aider pour le bricolage, le jardinage, pour porter les plaques de placo, pour jouer à Mario Kart, pour réclamer des pizzas et des pâtes au lieu de brocolis, hein qui ?

Sales lâcheurs !