Les fumistes

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Ne lisez pas ce billet. Il est né de la folie du COVID-19 et je n’approuve aucunement les propos tenus ici. Si vous êtes fumeur ou syndicaliste, surtout n’allez pas plus avant, vous n’allez pas aimer. Après si vous lisez, ne venez pas vous plaindre, vous êtes prévenu.

Durant le confinement je travaillais à temps partiel dans nos locaux, nous étions quatre et à partir du onze mai, cinq de plus à temps plein. Et pour tout vous avouer, nous étions bien.

Dans les bureaux régnait une atmosphère de fourmilière, nous avions beaucoup de travail. Après un bref bonjour à distance, un café expresso, nous nous lancions dans le travail à corps perdu, réalisant après dix heures passées à courir partout qu’il était temps de rentrer à la maison.

Je pouvais travailler fenêtre grande ouverte, dehors aucun un bruit ne venait troubler les grenouilles et aucune odeur n’empuantait l’air. Mais où se trouvaient donc tous les fumeurs ? Chez eux en télé tabac.

Fin juin, les couloirs se sont remplis avec le débarquement des touristes. Les rires ont fusé dans les locaux et les bureaux furent rapidement encombrés de conversations animées. La vie reprenait son cours normal. Les fumées de cigarettes remontaient jusqu’à ma fenêtre et des remarques du CHSCT fleurissaient toutes les cinq minutes : il nous faudrait, on ne devrait pas, les agents sont, la direction devrait…

Attention ne faites pas d’amalgame, tous nos syndicalistes ne fument pas, par contre tous nos fumeurs sont syndicalistes.

Sous ma fenêtre, les fumeurs refaisaient le monde, repensaient la sécurité des agents, remettaient en cause des organisations pensées pour eux, exigeaient des produits en rupture de stock depuis début mars, établissaient de nouvelles règles alors qu’ils n’étaient pas fichus de respecter celles en vigueur.

Une fois revenus de leur pose nicotine, ils erraient d’un bureau à l’autre pour discuter, prendre la température avant de rentrer chez eux télé discuter pour quelques jours. 

⁃ Et toi, tu viens combien de fois par semaine ?
⁃ Tous les jours.
⁃ Tous les jours ? Depuis quand ?
⁃ Depuis toujours.
⁃ Heureusement que tu es là quand même parce que sinon on aurait fait comment sans toi.
⁃ Excuse-moi mais j’ai pas mal de choses à traiter aujourd’hui.
⁃ Ha ? Bon bon, je ne dérange pas plus alors… Mais en fait, j’y pense, tous les agents devraient avoir du désinfectant et des masques, vous allez faire quoi ?
⁃ Les masques ont été distribués et il y a du gel hydro alcoolique à tous les étages en plus de flacons individuels, tu as eu tes masques non ?
⁃ Oui, mais… c’est pas pratique un masque.
⁃ Pour fumer ? Non c’est clair. Nous on les met pour travailler en fait.

Ne trouvant pas de support chez les non fumeurs, les fumeurs se réunissent sous les fenêtres pour bâtir un nouveau monde meilleur à leur image, plein de cendriers auto nettoyants, de masques percés d’un petit trou, de gel hydro alcoolique compatible avec le bronzage intégral et de réduction du temps de travail à huit heures hebdomadaire avec une journée en télé travail avec revalorisation du point d’indice. Car manifestement, étant donné le nombre de dossiers déposées après la crise sanitaire, le télé travail, c’est pas si mal, même si on ne peut pas papoter devant une clope et même si les syndicalistes y étaient totalement opposés lors des précédentes réorganisations à cause des risques psycho sociaux.

Time

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Avez-vous la moindre idée du temps que nous sommes capables de dégager dans une journée avec un minimum de volonté ?  

J’en arriverais presque à m’ennuyer maintenant que je connais le secret.

Si vous aussi, vous désirez connaître mon infaillible secret afin optimiser le temps, une méthode inventée par le grand maître Siddhana Covhididha et transmise de génération en génération avec amour, lisez les préceptes qui suivent :

“Le temps est relatif et nous le dilapidons chaque jour un peu plus. Ecoutez moins votre corps et laissez l’esprit commander.” 

” – Vous n’avez pas besoin de dormir sept heures par nuit, trois sont amplement suffisantes à notre métabolisme.” 

” – De même qu’un repas frugal quotidien sustente largement l’organisme sans oublier de pratiquer le jeûne hebdomadaire qui purifie le corps.” 

” – Les besoins naturels peuvent attendre, ce n’est qu’une question de contrôle.” 

“Avec ces trois règles élémentaires, votre journée s’allonge naturellement de six heures. Six heures gagnées pour votre épanouissement personnel.”

“Lorsque la fatigue survient, méditez quelques secondes, ouvrez vos chakras et respirez profondément, l’énergie affluera dans vos veines.”

“Et surtout concentrez-vous sur l’essentiel: oubliez le travail abrutissant, les voyages inutiles, les biens non indispensables, les relations dénuées de spiritualité, tendez votre esprit et votre corps vers l’illumination et abandonnez tout le reste.”

Sinon, si comme moi, vous n’êtes pas mystique, si vous aimez manger, rire avec des amis et dormir de longues heures au chaud sous la couette, vous pouvez suivre les conseils d’un nihiliste 2.0 :

“Coupez les notifications non vitales de votre smartphone.”

Vous verrez, vous perdrez moins de temps sur les photos de tata Germaine pendant sa cure de balnéothérapie, vous n’entendrez plus les cons et vous gagnerez de précieuses heures que vous pourrez consacrer à lire, vous promener, voir des amis ou écouter de la musique.

Je suis dans ma quinzaine sans réseaux sociaux, du moins juste le minimum. Je continue de photographier et publier et je poursuis ma thérapie sur le bog. Du coup cela me dégage plein de temps pour écrire ce genre de conneries…

Y’a plus de saisons

Y’a plus de saison mon bon monsieur ! J’en sais un bout, j’bosse pour la météo… 

Fish, qui n’est pas né de la dernière pluie s’est fait virer, faut dire, il buvait comme si c’était la canicule. 

C’est un petit jeune, un peu minet qui a pris sa place et il va en baver le garçon, car les premiers concerts c’est la douche froide. Le public réclame de l’écossais trente ans d’age.

Avec Season’s End prend fin le printemps de Marillion, le groupe doit se reconstruire avec un nouveau chanteur. Steve chante mais ne sait pas écrire, il va falloir trouver un parolier ou faire du yaourt.

Season’s End reste dans la lignée de Clutching at Straws en plus léger toutefois. La fabuleuse guitare de Rothery prend son essor dans de magnifiques soli lumineux et les gimmick du néo-progressif sont très présents. En fait, Season’s End se révèle un bain de jouvence pour le groupe britannique, retrouvant une fraîcheur perdue dans la désillusion des bars et des tournées.

Il ne réussira pas, malgré un tube, à grimper dans les charts. La gloire de Marillion fut éphémère et commenceront alors les années de doute.

Season’s End possède une saveur toute particulière à mes oreilles, comme les bonbons acidulés de l’enfance. Les mauvais coucheurs qui abandonnèrent le groupe en chemin, ne comprirent sans doute pas qu’il s’agissait d’une nouvelle saison pour Marillion et que le nouveau né, encore maladroit, nous livrerait plus tard de purs chef-d’œuvres.

Le carton emballé dans un carton

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Chez nous tout est compliqué. Nous possédons des centres dispersés sur tout le territoire mais ce ne sont pas vraiment des entités autonomes. Les agents y travaillent sous l’autorité de chefs distants à plusieurs centaines de kilomètres de là et ils dépendent d’entités diverses même si autrefois ils formaient une même équipe.

Lorsqu’ils ont besoin de fournitures, ils font appel à nos services; une chaise, du papier, un bic, un ordinateur, que sais-je encore. Nous préparons un colis et nous expédions leur commande pour qu’ils puissent continuer à travailler dans de bonnes conditions.

En trois mois nous avons expédié des milliers de masques, des litres de gel hydro alcoolique, des terra octets d’ordinateurs, des claviers, des écrans, des clefs 4G, des smartphones, des lingettes, des thermomètres aux quatre coins de notre vaste région pour que tout ce petit monde puisse continuer à travailler. La machine est bien rodée.

Mais tout se complique lorsque des colis doivent nous parvenir depuis ces centres isolés. 

⁃ Le portable que tu m’as envoyé ne fonctionne pas.
⁃ Tu es certain ? Nous l’avons configuré et testé avant son expédition.
⁃ Oui il marche pas.
⁃ C’est à dire ? Pas de WIFI, un problème logiciel, panne d’écran ?
⁃ Ben il marche pas.
⁃ (Soupir) Ok, bon. Ben renvoie-nous la machine, nous allons regarder ça.
⁃ Je fais comment ?
⁃ Ben tu le mets dans un carton et tu nous l’expédies.
⁃ C’est pas à moi de faire ça.
⁃ (Gros soupir) A qui alors ?
⁃ Ben à vous.
⁃ (Très gros soupir) … tu veux que l’on fasse huit cent kilomètres aller retour pour faire un colis et réexpédier l’ordinateur chez nous c’est ça ?
⁃ … non mais.
⁃ Tu met l’ordinateur dans un carton et tu scotche le bordereau d’expédition que l’on va t’envoyer. Une société viendra le récupérer au centre.
⁃ C’est que, j’ai pas de carton.
⁃ Tu n’as pas un seul carton dans le centre ?
⁃ Ben non.
⁃ Tu ne peux pas en trouver un ?
⁃ J’vois pas comment.
⁃ (Enorme soupir de résignation) Bon ok. Laisse tomber. Nous allons y réfléchir alors.

Réunion de crise, la problématique est la suivante : comment fournir un carton à un centre distant pour expédier un colis chez nous ? Lui faire acheter un carton ? Il va nous demander où. Voir avec la poste les offres colissimo toutes prêtes ? Mais comment la lui envoyer ? Faire appel à un prestataire spécialisé ? Le laisser dans sa mouise ?

Finalement j’ai pris un carton pouvant contenir l’ordinateur, j’ai placé du papier bulles dedans ainsi qu’un rouleau de gros scotch. J’ai mis le carton dans un autre carton plus grand et je l’ai expédié au centre en question. Je n’ai pas poussé le vice à adjoindre un mode d’emploi mais j’ai hésité une seconde. Et si le gars ne savait pas fermer un carton ?

Tchernobyl

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A la maison, un roman policier, une bande dessinée et deux albums de rock progressif évoquent le plus grave accident nucléaire que l’humanité ait connu à ce jour: Tchernobyl en 1986. Il y en a eu d’autres bien entendu comme Fukushima (2011) ou Three Miles Island (1979) sans parler des essais nucléaires et des deux bombes de Hiroshima et Nagasaki (1945) mais pour une raison qui m’échappe encore, Tchernobyl occupe une place à part dans mon inconscient, peut-être parce que j’aime manger des champignons. 

Il manquait à ma collection radioactive la mini série Tchernobyl dont j’avais lu du bien un peu partout. Du bien oui, mais personne ne m’avait prévenu que ce serait si violent.

On s’imagine bien que ce fut moche, que le nombre de victimes fut énorme, que ce fut une catastrophe humanitaire et écologique sans précédent, mais le voir, le vivre, c’est une autre paire de manches. Ma femme n’a pas survécu aux trente premières minutes de l’épisode un. Pour ma part, je suis resté agrippé à l’accoudoir du canapé pendant les deux premiers épisodes d’une heure.

D’accord, d’accord, la série débutant sur un suicide, j’aurais dû me douter que ce ne serait pas de tout repos, mais quand même.

Passé ces deux premiers épisodes éprouvants, le ton se fait plus léger. Les chiens sont abattus en masse, les pompiers agonisent à Moscou, les liquidateurs reçoivent plus de rayonnement en quelques secondes que les victimes du drame d’Hiroshima et l’incendie est enfin maîtrisé. Tout va bien. Le cinquième et dernier épisode met alors en scène le procès où l’accident nucléaire est expliqué, minutes après minutes, où les responsables sont pointés du doigt. Et le plus grand responsable de cette catastrophe, fut assurément censure d’état, si l’on en croit la série.

Si vous aimez laisser la lumière allumée partout dans votre maison, si vous croyez en l’avènement de la voiture électrique, si vous voulez installer la climatisation dans votre maison, si vous chauffez vos pièces à 22 degrés, si vous laissez vos appareils électriques constamment en veille, regardez donc la série Tchernobyl et imaginez que vous habitez la belle ville de Pripyat, peut-être que cela vous aidera à réfléchir.

Officiellement 31 personnes sont mortes des suites de Chernobyl, officieusement et selon les sources, l’accident de la centrale nucléaire aurait fait de 4000 à 100000 victimes.

Miroir de nos peines

Pierre Lemaitre termine sa trilogie d’entre deux guerres par un roman sur le début de la seconde guerre mondiale et l’exode qui s’en suivi. A l’aide de quelques personnages, Désiré, Louise, Jules, Raoul et Gabriel, il nous raconte des destins croisés sur fond d’invasion allemande. Désiré, le personnage caméléon, permet à l’auteur de raconter plusieurs facettes de l’Histoire comme le ministère de la propagande ou la gestion des réfugiés.

Pour une fois Pierre Lemaitre ne joue pas la carte des rebondissements et le Miroir de nos peine se lit comme un long fleuve tranquille, dont tous les affluents convergent à la fin vers une église ruinée où se retrouvent les principaux protagonistes du roman.

L’histoire qui débute sur la ligne Maginot, nous conduit à Paris puis sur les bords de la Loire, racontant les débuts de la guerre puis l’exode sur fond de drame familial et secrets longtemps cachés.

Au revoir là-haut reste le meilleur de la trilogie. Couleurs de l’incendie m’avait quelque peu déçu mais Miroir de nos peines, sans être un chef d’œuvre, se lit plaisamment en plus de donner quelques leçons d’histoires aux profanes de mon genre. Un roman parfait pour l’été.

Hybridation

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Cinq-cent grammes de métal, de plastique et de verre, vingt méga pixels, trois-cent clichés d’autonomie, je fais mes premières armes avec le GX9. 

Les trois optiques livrées, légères et minuscules, font penser à des jouets et leur fixation se fait dans le sens inverse des montures Nikon. Un zoom 12-32 mmm long de trois centimètres, un 25 mm long de six centimètres, un zoom 35-100 mm long de sept centimètres. Ce n’est pas avec cela que je vais pouvoir frimer.

La tenue en main du boitier est hasardeuse, l’achat du grip s’impose tout de suite et avec lui cela se passe un peu mieux. La paume de la main se pose régulièrement sur les boutons au dos du boîtier et des réglages non désirés se multiplient en pleine séance photo. 

Quatre molettes sur quatre centimètres carré permettent de jouer sur l’ouverture, la vitesse, le mode et la correction d’exposition, il faut donc faire bien attention. 

L’écran orientable comme le viseur inclinable sont très pratiques de même que les réglages à l’écran. Le rendu des couleurs dans le viseur déroute après des années d’utilisation d’un boitier reflex mais après quelques heures de pratique, on se fait une raison. 

D’emblée j’ai passé le GX9 en mode manuel et format RAW, car c’est ainsi que je photographie. Les ISOs commencent à 200 ce qui est énorme lorsque l’on est habitué aux 64 ISO du Nikon D810. Mais au regard de la faible luminosité des optiques livrées, ça n’est pas vraiment un problème. 

Comme sur un boitier pro, le GX9 propose plusieurs modes de calcul de l’exposition et de choix de focus. Ils sont limités mais pertinents. Il existe plusieurs modes rafale dont je n’ai pas encore creusé les subtilités. Ce qui est troublant, c’est de se retrouver avec plein d’images dans la carte SD sans avoir entendu le déclenchement de la mitraille. 

Braketing, ISO auto, surexposition, balance des blancs, stabilisation cinq axes, réglages personnalisés, il y a presque tout ce qu’il faut dans ce petit boitier de poche.

En bonus le GX9 propose un mode photographie 4K pour capturer des images très rapides, genre photographies de sport, des images de huit millions de pixels, pourquoi pas, il faudra essayer à l’occasion.

Photographier avec un hybride de ce gabarit ne renvoie pas du tout aux mêmes sensations qu’un reflex. La tenue en main bancale, la visée peu confortable, l’absence de vibration en retour (la levée du miroir) donnent l’impression de ne pas vraiment faire de photographie, de ne pas être dans des conditions optimales de confort pour réussir son cliché. D’un autre côté, l’appareil et son objectif tiennent dans la poche d’un manteau et ça c’est vraiment génial lorsque l’on se balade.

Une fois arrivé sur Lightroom, le RAW du GX9 n’a pas à rougir du D810. Même si l’image est légèrement bruitée, ISO obligent, la qualité est au rendez-vous. On ne regrette pas alors d’être parti en promenade avec cinq-cent grammes en poche au lieu de deux kilos en main.

Mais lorsque la photographie devient technique, que les conditions de prise d’images deviennent acrobatiques, que les réglages ne sont plus une simple formalité, le petit GX9 et ses menus tactiles deviennent un boulet, c’est là que le gros boitier qui offre quasiment tous les réglages sous les doigts tire son épingle du jeu.

La tempête

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Depuis le début, les marins se tinrent sur le pont, bravant la tempête. Les passagers eux, restaient assis en fond de cale, vomissant leurs tripes, plus par peur de mourir que par la faute de la mer déchaînée. Certains priaient, hurlaient de terreur, d’autres voulaient sauter par dessus bord et l’équipage, malgré ses propres craintes, était à leur côté pour les rassurer. Les matelots avaient tendu des hamacs afin que les voyageurs supportent mieux le roulis, le charpentier avait réparé la coque là où se produisaient des voies d’eau, le capitaine avait préparé les chaloupes au cas où le navire sombrerait dans les eaux froides, le cuistot leur avait fourni des couvertures et du bouillon chaud pour qu’ils n’aient pas froid alors que les hommes étaient trempés jusqu’aux os sur le pont.

La tempête s’est apaisée même si la mer menace toujours. Le barreur navigue à vue, changeant de cap tout le temps pour éviter les récifs, se fiant à la lumière des phares pour trouver son chemin au milieu des trombes d’eau.

Les passagers livides remontent sur le pont, certains se sont souillés et la plupart semblent encore malades. Trop heureux de sortir de la cale malodorante, ils courent sur le pont au mépris du danger et rient de voir les marins agrippés à un bout de corde pour éviter la prochaine déferlante. Ils demandent au capitaine de détacher les chaloupes qui encombrent le pont et de remettre plus de voile pour rentrer à bon port. Ils jettent les couvertures souillées par dessus bord, persuadés qu’ils n’en n’auront plus besoin.

Mais une nouvelle ligne de grain approche, l’équipage ne le sait que trop bien. La tempête peut durer encore plusieurs jours, ce n’est qu’une accalmie. Les passagers se moquent maintenant des marins épuisés lorsqu’ils leur recommandent de redescendre à l’abri, certains les insultent même alors qu’ils tentent de protéger leurs vies. Si l’un d’entre eux passait pardessus bord, le capitaine serait accusé de négligence mais si l’un d’entre eux se voit contraint, pour protéger le navire et ses occupants, il proteste vertement.

En attendant le prochain coup de vent, les hommes veillent sur le pont, épuisés, frigorifiés, scrutant l’horizon et ses sombres présages. Les passagers se reposent, au sec sous la coque des chaloupes qu’ils ont renversée en guise de toit, inconscients du danger qui les menace, pestants contre la longueur de cette traversée qui n’en finit pas et de l’inconfort du navire.

Irrésistible

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J’ai posté cette image un soir où je jouais encore une fois à Animal Crossing. 

Zeb était dans son quatre pièces cossu, en train de réaménager la salle de répétions quand je l’ai vu : un gars ébouriffé en combinaison spatiale entouré d’instruments de musique dont il ne sait pas jouer. 

Alors j’ai immortalisé cet instant dont la légende devrait être plus exactement irrécupérable…

Cinquante-quatre ans passés, zéro ambition, je joue encore à ce jeu débile pour gamins et rêve toujours des mêmes sujets : l’espace et la musique.

Et vous n’avez pas tout vu chez Zeb : une chambre remplie de meubles en bois, un salon cosy avec une Hifi vintage et machine à expresso ainsi qu’une salle de bain à la marocaine. Il lui manque encore une bibliothèque et une guitare électrique et sa vie sera parfaite.

Sur la petite île de Bréhat, Zeb collectionne les poissons, les insectes, les fossiles et les oeuvres d’art. Il parle peu à ses voisins, surtout les sportifs qui jouent des altères et aime bien les grognons et les louves. Il s’est battu pour faire venir Kéké et ne va même pas à ses concerts du samedi soir. Lorsqu’il croise les autres insulaires, il les bouscule pour aller plus vite. Il courre toujours, incapable de se poser une seconde. Un hyperactif ! Lorsque quelqu’un désire quitter l’île, il l’encourage. Je l’ai même vu dénoncer un voisin innocent juste pour le plaisir. Un asocial !

Le matin il fait le tour de l’île, ramassant des coquillages, cueillant des fruits, cherchant des fossiles et son arbre à clochettes. Il court ensuite au musée faire expertiser ses trouvailles, les donner au conservateur puis il file au magasin vendre ses trésors. L’argent gagné, il l’enterre pour faire pousser un nouvel arbre à clochettes et avec ce qu’il reste, il se fait plaisir et rembourse un peu ses dettes. Ensuite il décore sa maison, joue de la batterie, pêche pour trouver des pneus de voiture et quand vient la nuit il sort regarder les étoiles. Car il rêve de se construire un rover lunaire et pour cela il lui faut quatre pneus, des étoiles filantes et un peu de ferraille. C’est son unique ambition, avoir un rover lunaire.

Les jours où Zeb est énervé, il prend l’avion pour une île lointaine et détruit tout sur place. Il abat les arbres, arrache les fleurs, attrape les insectes et les poissons, casse les rochers et creuse des trous partout. L’île paradisiaque devient un champ de bataille. Un fou ce Zeb. 

Les jours où Zeb est très énervé, il rêve de faire pareil avec Bréhat, juste pour le plaisir de tout foutre en l’air, mais Heureusement je veille au grain et coupe la console avant qu’il ne fasse rien d’irrévocable avant de prendre moi-même mes médicaments.

The New Pope

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Après un 24 Legacy pathétique j’ai pris en main le choix des prochaines séries TV. N’ayant pas d’abonnement Netflix et les médiathèques tardant à rouvrir leurs portes, j’ai dû aller dans un de ces temples de la consommation trouver quelque chose pour pimenter nos soirées. Heu non, pas dans ces magasins là… Au rayon séries, en tête de gondole, trônaient deux titres qui immédiatement ont attiré mon attention. Tchernobyl et The New Pope. J’avais lu à droite et à gauche quelques louanges sur les dites séries alors sans hésiter, je les ai achetées. 

Nous avons repris studieuses nos soirées en compagnie des deux papes, Pi XIII et Jean-Paul III. Une série en neuf épisodes bénéficiant d’un casting de rêve : John Malkovich, Jude Law, Silvio Orlando et Cécile de France. 

L’histoire ? Le pape est mort, vive le pape ? Pas tout à fait mais presque. Guerres de succession, intrigues au Vatican façon Borgia, terrorisme, idolâtrie, pédophilie, révolte, tout y passe mais le sujet de la série est ailleurs et il faut arriver à la fin de la pour le comprendre.

Si j’adore John Malkovich et Jude Law, la palme du meilleur rôle revient assurément à Silvio Orlando et son personnage de cardinal au service de la papauté. Il est tout simplement génial. Cécile de France n’est pas mal non plus et Malkovich en chrétien imposteur punk junkie donne le change. Jude Law lui, est tout simplement divin.

Quelques épisodes frisent le rock progressif psychédélique expérimental si vous voyez ce que je veux dire, si vous ne voyez pas écoutez Ummagumma de Pink Floyd et vous comprendrez. D’autres sont très hots ou très humains, c’est selon. La caméra sort des sentiers battus avec des plans improbables et beaux car la série privilégie plus l’esthétisme que l’action. Elle s’adresse clairement à un public plus intellectuel que celui de 24h Legacy.

J’ai découvert dans la foulée l’existence de la série The Young Pope en cherchant une bande annonce alors, quand les médiathèques ouvriront leurs portes, je saurai quoi regarder.

Mais maintenant, nous allons plonger dans le drame de Tchernobyl, un sujet qui m’obsède au plus haut point depuis des années. Depuis Tchernobyl en fait.