Discovery

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Un premier avril, Lego lançait la navette Discovery accompagnée du télescope spatial Hubble.

La première action que j’entrepris ce jour là, fut d’allumer l’ordinateur pour commander les 2354 briques multicolores alors que la veille encore j’étais fermement décidé à ne point engager une dépense aussi futile. Mais l’homme est inconstant.

A 55 ans, il est bien tard pour se remettre à jouer aux Lego, mais souvenez-vous, ce n’est pas de ma faute, mon fils aîné m’avait poussé au vice en février avec la fusée Saturn V.

Sept jours plus tard, alors que je me remettais difficilement d’une première dose d’AstraZeneca, le facteur s’annonça avec un gros colis, que malgré ma migraine, mes courbatures et mon envie de vomir, je ne pu résister à déballer.

18 sachets plastiques remplis de Lego m’attendaient, impatients d’être ouverts, accompagnés d’une notice de montage de 319 pages.

Après avoir ouvert le livret et déchiré le premier sachet, j’oubliais vite mes douleurs pour commencer l’assemblage de la navette. La première étape consistait à construire le socle qui supporterait le télescope spatial ainsi qu’un écriteau de présentation, un jeu d’enfant en 16 étapes constitué presque exclusivement de briques noires.

Le sachet numéro 2 lançait la construction de télescope lui-même, une tâche nettement plus ardue de 35 pages et trois sachets. Mais pas de chance, dès l’étape n°2 du sachet n°2, deux briques noires n°600650 manquaient à l’appel. Damned ! Mon mal de tête revenait

Je vidais le sachet, cherchais en pleine lumière, triais une à une les briques par genre et couleur, rien à faire, ces deux petits éléments étaient manquants. Alors la mort dans l’âme je contactais la hotline Lego pour trouver une solution. A ma grande surprise, je tombais sur un numéro de téléphone non surtaxé et j’obtins un rapide contact avec une charmante personne qui prit en compte ma réclamation et commanda aussitôt les pièces manquantes en s’excusant au nom de Leo pour le désagrément.

Brique noire 600650

L’assemblage semblait bien compromis, du moins celui du télescope Hubble, en attendant que la Poste ne me livre ces deux briquettes noires. Alors j’ouvris le manuel à la page 54 ainsi que le sachet numéro 4, pour me lancer dans la fabrication de la navette elle-même. Une bonne partie du jeudi après-midi, savourant les triptans qui commençaient enfin à faire effet, j’emboitais brique après brique. Il fallu cesser à l’heure du repas et je n’en étais qu’à la page 183 et au dixième sachet.

Vendredi matin je dû retourner travailler et patienter jusque 13h00 avant de retrouver le jouet. C’est après un excellent expresso que je m’aperçus, en cherchant le sachet n°11, qu’il existait deux sachets n°2, celui que j’avais déjà éventré pour commencer la construction de Hubble et le second contenant, entre autres, les deux fameuses pièces 600650. Mais qu’elle idée de numéroter deux fois un sachet de la même manière ! Enfin presque pareil en réalité, l’un était possédait un 2 surligné de blanc et pas l’autre.

J’avais dérangé le service client inutilement parce que j’étais débile. Pardon Lego, je ne douterai plus jamais de toi.

Je poursuivis tout de même l’assemblage de Discovery avec ses ailerons mobiles, son train d’atterrissage escamotable, sa soute qui s’ouvre et lorsque l’avion fusée fut terminé je repris l’assemblage du télescope spatial Hubble et ses briques argentées.

Le vendredi soir, à l’heure du souper, après environ quatorze heures passées à quatre pattes sur un coussin pour ménager mes genoux, Discovery et Hubble trônaient fièrement dans le salon, le jeu à cent quatre vingt euros venait de se terminer. Qu’allais-je faire de ce truc en plastique maintenant ? L’exposer au travail à côté de la Saturn V tout simplement.

Mais en attendant de revenir au travail, je disposais d’un weekend entier pour jouer avec mes Lego. Je courus chercher le tapis de sport noir de mon épouse, le projecteur portatif de travaux LED, le pied photo Manfrotto ainsi que le Nikon Z6 et tentais, sans abuser de retouches locales, de placer Discovery en situations spatiales.

Les conditions d’éclairage ne sont pas optimales et je manque de puissance. Les reflets sont nombreux, mais l’exercice m’a bien amusé. Je réalise que j’aurai besoin de projecteurs dignes de ce nom, de réflecteurs et d’une pièce “studio” pour réaliser ces clichés. Quand je pense qu’au travail, nous avons une partie de ce matériel dont personne ne se sert depuis des années, quel gâchis !

Bon et après Saturn V, Discovery et Hubble, quel est le programme ? Il y a bien le module lunaire qui est joli mais ce que j’aimerais ce serait une fusée Redstone avec la capsule Mercury et une fusée Atlas avec la capsule Gemini pour compléter la collection. Vous pouvez faire ça dites ?

Discovery vient de rejoindre avec Hubble et la Saturn V sur une étagère au travail dans mon bureau. On m’appelle maintenant le chef de la NASA au boulot…

L’Etoffe

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Bien des années après avoir vu et revu un nombre incalculable de fois The Right Stuff, le film de Philip Kauffman, quelques semaines après avoir regardé les épisodes de la première saison de la série National Geographic (assez décevante), je me suis enfin lancé dans le livre de Tom Wolfe, L’Etoffe des héros. Il était temps me direz-vous.

L’Etoffe des héros raconte de manière journalistique et historique, les débuts de la conquête spatiale américaine, des X-1 jusqu’au programme Mercury alors que les Russes, en pleine Guerre Froide, battaient à plat de couture l’Oncle Sam en satellisant Spoutnik puis Youri Gagarine autour de la Terre.

Mais ce que raconte surtout le roman de Tom Wolfe, c’est l’héroïsme des pilotes d’essais américains, repoussant sans cesse les limites du possible sur des engins dangereux, cherchant la première place, le plus rapide, le plus haut, le plus brave. Le roman raconte l’étoffe dont était faite ces pionniers du vol spatial.

Le livre est également une galerie de portraits hauts en couleurs, commençant et terminant par Yeager, le pilote qui franchit le mur du son, Shepard, le premier américain en vol suborbital, Glenn le premier astronaute à tourner autour de le Terre, Grimson qui « déconna » ou Slayton qui resta cloué au sol. 

Le style de Tom Wolfe est laborieux au début du roman, abusant de répétitions et d’un vocabulaire peu soigné. J’ai peiné sur les premières pages, sortant d’un livre nettement mieux écrit. Pour compliquer les choses l’édition Folio présente quelques coquilles comme les orbites lunaires de Scott alors qu’il tourne autour de la terre et ces nombreux mots coupés d’un trait d’union en milieu de ligne. Mais là je pense que l’auteur n’y est pour rien.

Il est intéressant de regarder après coup les divergences entre le roman, le film et la série, les petits arrangements de chacun avec l’histoire pour la rendre plus crédible aux yeux du public. Le caractère et les rivalités des pilotes ainsi que leurs épouses divergent beaucoup d’une version à l’autre. Je n’ai pas été jusqu’à creuser plus loin pour connaître la version la plus probable, mais chacune d’entre elles souligne bien les tensions qui existèrent lors du programme Mercury et la manière dont furent perçu par les pilotes d’essais, ces singes volant, une perception qui évolua au fil du temps.

Le roman met en valeur une autre course à l’espace, américaine celle-ci, celle qui s’est jouée entre la solution militaire pilotée, le X-15 et le X-20 et la solution civile NASA, le programme Mercury, imposé dans la précipitation en réaction aux succès russes, où l’astronaute n’est qu’un singe, allongé dans une capsule, sur des tonnes de carburant hautement explosif, n’ayant d’autre fonction que de servir de cobaye humain dans cette course aux étoiles.

Un excellent roman pour tous les passionnés de l’espace.

Virtualisé

Avec l’épidémie de COVID-19, l’être humain, d’ordinaire créature hautement sociale, a du se réinventer très rapidement. 

Les réunions et les cours se déroulent via écrans interposés, les médecins consultent à distance, les apéritifs entre amis deviennent virtuels, les concerts sont diffusés en streaming, les achats comme les courses se commandent via internet, le sport se fait dans le salon.

Nous sommes rentrés dans une ère numérique quasi absolue. Les rares contacts humains qu’il nous reste sont avec nos proches, les livreurs et la boulangère, tous masqués. Nous parlons à nos amis, nos collègues, notre famille via SMS, conversations téléphoniques, messageries vidéo et même plus par courrier postal. Nous assistons à des spectacles « vivants » en robe de chambre devant notre téléphone ou ordinateur, en direct ou en différé, mettant en pause le temps d’aller boire un verre ou de vider sa vessie.

Le monde est devenu fou mais avions-nous d’autres choix sinon mourir en masse ? 

Et si un jour l’épidémie cesse enfin, et que nous soyons tous immunisés, que va devenir cette génération sacrifiée ? Saura-t-elle revenir à la vie d’avant ? Retrouver les amis, voyager, se déplacer pour aller au théâtre, au cinéma, aux concerts ? Supportera-t-elle encore les contraintes des horaires des spectacles, les désagréments des salles bondées, la promiscuité avec les autres ?

Je me suis aperçu que le confinement ne m’affectait pas tant que ça. Certes mes rares amis me manquent mais je ne les voyais pas si souvent que cela auparavant. Je n’allais jamais au cinéma, ne sortait pas du restaurant ou dans les bars, commandais déjà beaucoup sur Internet. 

Les concerts que j’aime tant sont hélas à chaque fois une telle épreuve pour mon organisme que je me satisfais assez bien de les regarder à l’heure que je veux, confortablement installé dans un fauteuil, sans la route et la fatigue. J’aime bien travailler avec peu de monde dans les bureaux et les poignées de mains hypocrites comme les embrassades enrhumées ne me manquent pas. Et le couvre-feu n’impacte pas la vie déjà très virtualisée. Passé 18h je sors rarement.

Ce qui me manque le plus aujourd’hui c’est de me promener à la campagne sans masque, devoir choisir entre voir et être embué ou vivre dans le flou. Ce qui me gêne ce sont les regards des autres promeneurs que je croise, ce regard inquiet que nous avons tous face à un inconnu. Ce que je déteste c’est l’odeur du gel hydro-alcoolique poisseux sur mes mains les rares fois où je fais du shopping en ville et l’état de ma peau après trois boutiques.

La bonne nouvelle, c’est qu’au rythme actuel de cinquante vaccinations par jour, nous resterons dans la même situation jusqu’en l’an 5300, du coup nous avons tout le temps nécessaire pour nous préparer à un retour à la normalité.

A quoi ressemblera le jour d’après ? Je n’en sais rien. D’autres générations ont connu la famine, la peste, la guerre, une période glaciaire et se sont relevées alors gardons espoir.

N’empêche, j’aimerais bien boire une bière avec Domi ou Franck au comptoir de chez Paulette entre le soundcheck et les premières photos de la soirée, même si le lendemain je dois saturer mon cerveau de triptans pour ne pas souffrir me martyr et vomir mes tripes.

L’expérience interdite

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Il existe, caché dans un coin perdu de province, un laboratoire secret de recherche consacré à l’étude de créatures mystérieuses.

L’expérience a été financée par une généreuse mécène le jour où celle-ci fut dans l’incapacité de poursuivre elle-même ses travaux. Elle fournit les équipements et spécimens ainsi que ses diverses observations consignées au fil des ans à une nouvelle équipe européenne de pointe avant de passer la main.

Un caisson gris supporté par un châssis métallique abrite l’audacieuse expérience. Le caisson est lui-même enfermé dans un laboratoire dernière génération sous haute protection. Car ici, la Science cherche à repousser les limites de la mort.

Dans le caisson grouille une vie chthonienne méconnue étudiée avec toute la rigueur qui s’impose. Les créatures sont soumises à différents stress afin d’enregistrer leurs réactions. Punitions et récompenses alternent sans suite logique pour qu’aucune adaptation de l’espèce ne soit envisageable. Des prélèvements liquides, à la base du caisson permettent de mesurer l’activité et l’étonnante résistance des êtres invisibles.

Une pomme dans le caisson et les mesures commencent. D’étranges tentacules se tortillent, entourent le fruit avarié et quelques heures plus tard il ne reste plus rien. Dix jours sous un projecteur UV et les tubes annelés disparaissent complètement, un mois plongé dans l’azote liquide et l’on imagine que toute vie s’est éteinte du caisson. Mais il n’en est rien, dans le substrat se cache la vie, ralentie mais présente. Déposez des épluchures de carottes et les lumbricina refont surface.

Pendant ces années d’observation, tout a été tenté, surabondance, privation, canicule, grandes gelées. Il y a eu surpopulation, fuite du caisson, extinction de masse, mais la vie reprend toujours ses droits dans le composteur d’appartement de mon épouse. Ils dont increvables ces vers de terre, même si ma femme oublie souvent de les nourrir pendant des semaines.

Journal d’un déconfinement

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Le lundi 11 mai 2020, après cinquante-quatre jours de confinement, commençait le déconfinement.

J : Lundi 11 mai 2020 – déconfinement

Vous pensiez être débarrassés de moi et de mes humeurs ? Perdu. C’est le retour du blog, avec un nouvel épisode, celui du déconfinement, qui risque de durer bien plus longtemps que cinquante-quatre ridicules jours. Là vous allez en avoir au moins jusque septembre.

Oui je sais c’est dur, très dur, pour moi aussi d’ailleurs, parce que mine de rien, lorsque je me suis embarqué dans ce journal du confinement le 16 mars dernier, je n’imaginais pas devoir écrire un petit billet chaque jour pendant deux mois. Il y avait des jours où je n’avais rien à raconter, le plus souvent d’ailleurs. Imaginez l’angoisse de la page blanche certains matins devant mon café.

Si vous avez tout lu, bravo, moi je ne l’aurai pas fait. Trop pénible, déjà que la situation n’était pas géniale, en plus suivre les délires d’un blogueur angoissé aux propos parfois fascisants ou simplement débiles pendant une si longue période en comptant le nombre de fautes d’orthographe par ligne, cela force le respect.

Alors rassurez-vous, ce billet n’est qu’une boutade, j’arrête le journal, il n’y aura pas de Journal d’un déconfinement, de toute façon je ne vais plus avoir de temps pour ça, le travail m’appelle, aujourd’hui je n’ai pas arrêté de 6H55 à 17h10 : rappel des consignes, trois infiltrations d’eau, suppression de toutes les corbeilles papier, vérification des expéditions, courrier, un pur enfer et ça va être comme ça pendant cinq jours toutes les semaines, vivement les vacances !

Portez vous bien.

Midas

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Je ne vais pas vous parler de mythologie grecque ou de pot d’échappement mais du score Midas qui permet d’évaluer le handicap lié aux céphalées.

Il y a quelques mois, j’ai installé l’application MigraineBuddy sur mon téléphone pour suivre de manière plus rigoureuse mes crises de migraines. En effet, dans un mois, j’ai rendez-vous au centre anti-douleur pour ma première consultation. Cinq mois d’attente…

L’outil permet de noter les crises, les symptômes, leur durée, les médicaments pris, le type de douleur, les produits qui soulagent etc, etc… 

Il synthétise ensuite les résultats et vous donne un bon aperçu de votre souffrance au quotidien. C’est également un lieu d’échange avec d’autres malades qui partagent leurs expériences.

Dans l’application vous trouvez des informations sur les dernières avancées de la recherche, un message « bravo vous n’avez pas eu de migraine depuis trois jours… », et des statistiques dont le fameux score Midas.

Je n’y avais jamais prêté attention jusqu’à il y a quelques jours et une fois que j’ai vu le mien, j’ai voulu savoir ce qu’il signifiait et s’il avait une quelconque valeur. Car voyez-vous, mon score Midas est « handicap sévère », la valeur la plus élevée. Chic !

Le score se base sur le nombre de jours pendant lesquels vous avez manqué le travail, vous avez eu une activité réduite, vous avez renoncé aux relations sociales, sorties etc.

Sur 175 jours de mesurés, j’ai été en incapacité totale 5 jours (dans le lit dans le noir à vomir mes tripes en me tapant la tête contre le mur) et 22 jours en incapacité partielle (zombie le temps que les médocs agissent et comateux le reste de la journée, avec les effets secondaires des médicaments le lendemain). Bref un jour sur sept la tête dans le sac.

Handicap sévère ça fait lourd à assumer surtout quand sortis de vos proches, peu de gens en ont conscience.

J’ai de la “chance”, le plus souvent les crises se produisent le week-end. Quand elles arrivent au travail, je ferme mon bureau, clos les stores et pose la tête sur le clavier en priant pour qu’une collègue trop parfumée ou un fumeur n’entrent pas dans bureau pour me demander quelque chose. Sinon pizza garantie. Je n’ai eu des crises que deux ou trois fois lors de déplacements en voiture, inutile de vous expliquer que le retour fut compliqué à chaque fois, très compliqué. 

Mes collègues m’ont dit plus d’une fois d’aller chez le médecin. Ben déjà il faut réussir à y aller, et rester dans une salle d’attente bondée pendant deux heures avec la nausée, la tête prête à exploser, la lumière qui vous transperce les yeux, les odeurs des autres malades qui vous soulèvent l’estomac et l’envie irrépressible de frapper le bonhomme qui discute sur son portable tant le bruit vous insupporte, tout cela pour mendier un jour d’arrêt maladie non remboursé (le fameux jour de carence vous savez). Les jours catastrophes, je rentre à la maison, raccompagné par un collègue un peu effrayé.

Handicap sévère ? Il n’exagèrent pas un peu là ? Hormis une crise par semaine, une pré-crise et une post-crise, il me reste quatre jours pour profiter de la vie lorsque je n’en fais pas deux attaques par semaine. Ils dramatisent un peu quand même…

MigraineBuddy est une application quasi indispensable pour les migraineux comme moi. Elle permet de tenir un journal de ses crises qui sera utile aux médecins lors des consultations. Avant je tenais un journal imprécis de mes migraines, avec uniquement le suivi des dates et les degrés de douleurs.

L’application nourrit évidemment les laboratoires pharmaceutiques en informations sur les malades atteints de cette pathologie et j’ai sans doute accepté de livrer mon cerveau à des chercheurs lorsque j’ai coché les conditions générales d’utilisation. Mais au point où j’en suis, comme dans Le Sens de la Vie, ils peuvent venir le chercher de mon vivant ce cerveau. J’en fais don.

Il lui manque cependant une fonction essentielle à MigraineBuddy : celle de comptabiliser le nombre de billets de blog rédigés en phases pré et post migraineuses. Là, en deux jours de crises, j’ai pondu quatre billets. Y aurait-il un lien de cause à effet ? 

Je vais arrêter le blog pour voir si il y a un rapport comme j’ai arrêté le gluten, le sucre, la caféine, le sexe, l’alcool, le chocolat, les bombons, les triptans, la drogue, le lait, les matières grasses, le sport sur des conseils avisés de personnes voulant trouver une cause à mon handicap sévère.

La poussette électrique

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Au commencement Dieu créa le rasoir électrique Philips car l’homme devait chaque jour couper sa barbe avec une lame et de la mousse alors qu’il aurait pu la sectionner avec une machine vibrante. Dieu vit que l’homme était rasé de près et s’en réjouit. 

Dieu récompensa la femme le deuxième jour avec un couteau électrique Moulinex pour la fête des mères. EDF se réjouit du pic de consommation d’énergie pour découper la brioche et le gigot du dimanche midi. 

Le troisième jour, Dieu créa le vélo électrique car il avait fait croitre des montagnes sur la Terre et que Poulidor finissait toujours deuxième.

Le quatrième jour, pour ne léser personne, Dieu offrit aux enfants les trottinettes électriques et remplit enfin les belles salles d’attente des urgences. 

Le cinquième jour, Dieu creusa la Terre pour y puiser les dernières gouttes de pétrole afin que les voitures puissent encore rouler. Dieu offrit également le vibromasseur électrique à l’épouse délaissée par son époux qui roulait dans son bolide. 

Le sixième jour, en panne sèche, Dieu convertit tous les constructeurs automobiles au moteur électrique et le monde fut beau et propre. 

Le septième jour, assis près de Fukushima, les pied dans l’eau radioactive, Dieu s’ennuyait. Il vit passer une petite fille malade traînant une poussette cassée dans laquelle dormait une jolie poupée calcinée. Dieu réalisa alors que le monde était imparfait. Alors pour parachever son oeuvre, Dieu conçu la poussette électrique pour que les mamans ne peinent plus en promenant leurs enfants leucémiques dans les forêts de Tchernobyl. 

Et le monde fut enfin parfait.

C’est grave docteur ?

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De quoi souffrez-vous donc ? D’une dépression, d’un cancer, d’épilepsie, de migraines, de névrose, d’ulcère, de bipolarité ? Vous souffrez forcément de quelque chose, un mal incurable, sinon ça n’est pas possible.

Pour ma part ce sont des migraines, une certaine bipolarité également doublée d’une hyper activité et donc des phases dépressives sans parler d’une hernie discale et d’une bosse au gros orteil. Vous voyez, je n’ai pas honte, je l’assume, mais vous ?

Pourquoi seriez-vous malade vous aussi, me direz-vous ? Bonne question. Ce sont les statistiques qui parlent d’elles-même, des mathématiques donc, et les nombres ne mentent jamais. Vous êtes forcément malade. C’est obligé.

Car voyez-vous, ils faut être malade pour aimer le rock progressif, soyons honnêtes pour une fois. Les amateurs de prog écoutent des albums interminables, des morceaux de plus de quinze minutes joués par souvent cinq ou six musiciens, des instruments improbables, des histoires épouvantables alors que le reste de la planète se trémousse sur des chansons d’amour aux rythmiques tribales en se dandinant le popotin.

Donc vous êtes malade, ou un malade, choisissez.

Mais la vrai question est celle-ci : qui du rock progressif ou de la maladie est arrivé le premier ? Est-ce les souffrances liées à la maladie qui poussent à écouter du rock progressif ou bien est-ce cette musique épouvantable qui crée des tumeurs au cerveau ?

Je penche pour la seconde hypothèse.

Pourquoi ? Tout simplement parce que lorsque j’écoutais AC/DC, je n’avais pas de migraines. Elles sont arrivées quand j’ai découvert Genesis. Et lorsque qu’une crise survient, un bon album de metal passé à fond au casque me soulage quelque peu.

CQFD. Le prog provoque des maladies terribles, d’ailleurs je suis entouré de cancéreux, dépressifs, migraineux, épileptiques, incontinents, diabétiques… Et d’ailleurs, si vous aviez besoin d’une preuve supplémentaire, tous les musiciens de rock progressif meurent les uns après les autres, une véritable hécatombe.

Le pire ce ne sont pas les fans mais les artistes. Pourquoi jouer du rock progressif lorsque l’on sait que la musique ne passera jamais à la radio et que si une émission en parle ce sera à une heure impossible sur une chaîne pour intellos comme Arte. Pourquoi composer un album pendant deux ans, se prendre la tête sur des rythmes syncopés, des textes incompréhensibles bourrés de références philosophiques (je ne parle pas de Dream Theater là), tout ça pour au final (dans le meilleur des cas) graver un millier de CDs que le groupe n’arrivera même pas à écouler ? Pourquoi tenter une tournée dans l’hexagone, dans des salles de deux-cent personnes remplies au quart et perdre de l’argent ?

Cela n’a pas de sens !

J’ai une hypothèse là dessus, tirée par les cheveux et conspirationiste bien entendu, mais une hypothèse quand même. Les musiciens de rock progressif sont payés par de grands laboratoires pour composer des albums qui provoqueront, en les écoutant, des maladies incurables à leur public.

C’est gagnant gagnant. Les musiciens sans talent peuvent composer n’importe quoi, même le pire, les grands laboratoires les payeront d’autant plus car la musique fera des ravages. Plus c’est compliqué, plus le cerveau réagira vivement, se révoltant contre cette agression sonore en développant des pathologies qui très rapidement (enfin des fois), mettrons un terme à cette torture musicale.

C’est pour cela que les gens sains d’esprit n’écoutent pas de rock progressif. Ils le savent. Et puis sincèrement, la guitare douze cordes, le thérémine, l’orgue Hammon, le mini Moog, le stick Chapman, la flûte traversière sont des instruments qui produisent des bruits épouvantables !

Reste une question et non des moindres. Pourquoi les gens écoutent-ils du rock progressif dans ce cas ?

Et là j’ai encore une hypothèse.

Les fans de prog sont des personnes lassées de la vie. Elles n’en peuvent plus du rap, du punk, de la disco, de la dance, du hip hop, de la variétoche aux autres immondices qui passent sur nos ondes. Ils savent sans doute que le rock progressif est dangereux, qu’il provoque de vives émotions, que le risque d’y succomber est immense et que l’addiction vient très vite. Mais voila, plutôt que de subir le triste bruit formaté sur les ondes, ils préfèrent se suicider aux harmonies magiques et aux textes mélancoliques.

Bon à rien

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Dilettante, je m’intéresse à tout et je ne vais au bout de rien. Chroniqueur de rock progressif, je suis un non spécialiste du genre faisant l’impasse sur les discographies de nombreux groupes phares du genre. Photographe amateur, je possède un très bon matériel et pourtant mes clichés restent passe-partout dans le meilleur des cas. Blogueur, j’inonde la toile de ma prose auto-satisfaite remplie de fautes d’orthographe et lue par dix personnes au monde. 

Je suis un touriste, un rigolo même pas drôle qui survole sans jamais approfondir. Astronomie, informatique, musique, photographie, bricolage, littérature, jardinage, science-fiction, je dilapide mon temps et mon argent sans jamais aller au bout du sujet. Lorsque les difficultés surviennent, je passe à autre chose ou je trouve un raccourci pour ne pas m’infliger la honte d’un échec.

Ne serait-il pas plus intelligent de consacrer toute cette énergie débordante à une seule passion, d’aller au fond du sujet, de tenter d’être vraiment pointu dans un domaine ? 

Le problème c’est que des tas de domaines attirent mon attention, j’aimerais tout faire, tout essayer, tout connaître, enfin, presque tout. Au lieu de cela je possède un vernis Reader Digest, des résumés sur tout et surtout sur rien, un vernis facile à gratter sous lequel il n’y à rien. 

Vous me direz, de nombreuses personnes ne s’intéressent à rien, une vie sans passion, juste le foot, les gosses et le boulot. Mais sont-ils moins heureux pour autant ? Recherchent-ils cette reconnaissance futile de ceux qui en savent encore moins et qui sont éblouis par pas grand chose ?

Des fois je me demande à quoi peut bien servir cette fuite en avant dénuée de sens. Échapper au monde réel, au sordide quotidien ? 

Je pense qu’il est temps que je me remette sérieusement en question, que je laisse tomber la photo, le rock, le bricolage, les livres, les séries TV, le jardin, les jeux vidéos, le travail, la musique, les filles et que je me concentre sur une seule activité, l’unique l’ultime, la psychologie, pour aller au fond du sujet une fois pour toute, c’est à dire au fond de moi.

Et vous ?

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C’est amusant, j’ai comme l’impression que les médias se répètent sans cesse : “Le mois de juillet le plus chaud”, “Une année record”, “Deux canicules en un mois”, “La planète se réchauffe”, “Les glaciers reculent”, “La banquise a déjà fondu”, “Djakarta sous les eaux”, “Record de pollution”, “Tornade sur le Luxembourg”…

Pendant ce temps Donald veut racheter le Groenland, Michel se moque de Greta et Emmanuel part en vacances.

Soudain certains s’inquiètent de l’empreinte énergétique d’Internet, se lamentent sur les incendies de forêt et s’étonnent de tous ces phénomènes météorologiques violents.

Oui la planète se réchauffe, ce n’est pas faute de l’avoir dit et écrit, et oui c’est de notre faute. Oui les phénomènes extrêmes sont en augmentation et oui nous allons régulièrement battre de nouveaux records de température et manquer d’eau.

Alors dépêchons-nous de visiter le Pole Nord avant qu’il ne fonde, d’installer la climatisation dans nos maisons, de creuser une piscine dans le jardin et de rouler en voiture électrique.

Nous avons encore une chance de calmer l’embolie climatique, mais nous devons nous dépêcher. Si nous ratons le coche, ce ne sera pas un degré de plus, mais deux, trois, quatre peut-être que notre atmosphère gagnera en moyenne d’ici la fin du siècle.

Vous avez une idée des dégâts que cela occasionnera ? Regardez déjà ce qui se passe avec un degré de plus actuellement. Ce sera bien pire.

En attendant que nos hommes politiques cessent de penser à leur réélection, au PIB, aux entreprises du CAC 40 et qu’ils prennent enfin de réelles mesures contre le réchauffement climatique, moi que puis-je faire ?

Même si c’est une goutte dans l’eau, je vais : ne pas installer de climatisation dans la maison, ne pas changer de voiture tant qu’elle roule, ne pas prendre l’avion, baisser le thermostat du chauffage à 17 C, prendre moins de douches quitte à ne pas sentir la rose, acheter local et bio tant qu’à faire, me déplacer le plus souvent possible à vélo, sinon en transports en commun ou à pied, cesser de perdre du temps sur Internet à regarder des vidéos de chatons, ne pas remplacer mon smartphone tant qu’il fonctionne, manger moins de viande, acheter moins d’objets non indispensables, voter écologiste à chaque élection et continuer de poster ce genre de billets pour vous demander : Et vous ? Qu’allez-vous faire ?