Pour bien comprendre

Ce n’est pas moi qui l’écrit mais le GIEC, la Terre se réchauffe depuis le début de l’ère industrielle, et le phénomène va en s’aggravant. Selon les projections, nous pourrions voir la température moyenne de l’atmosphère augmenter de 0.2°C à 3.3°C d’ici la fin du siècle selon les scénarios. Je ne vous demande pas de me croire sur parole mais plutôt de lire le Résumé à l’intention des décideurs du rapport GIEC dans sa version française.

Pourquoi tant d’écarts entre les cinq scénarios proposés ? Un des scénario (en orange) part du postulat que nous cessons tout de suite de produire des gaz à effets de serre (plus de moteurs thermiques, voitures, camions, bateaux, avions, plus de centrale à charbon, plus de chaudière à fioul et gaz), bref ce n’est pas gagné. En rouge, nous continuons gaiment nos conneries.

Vous me direz, 3.3°C c’est peanuts, entre l’hiver où il fait -5°C et l’été où ça cogne à 30°C, il y a trente-cinq degrés d’écart, alors trois degrés de plus ou de moins… Oui mais non, on parle ici de températures moyennes. La température moyenne en France en 2020 était de 14°C. Si nous prenons l’hypothèse pessimiste, elle pourrait aller jusqu’à 17,3°C. Trois degrés de plus en moyenne peuvent avoir des conséquences catastrophiques, fonte des glaciers, du permafrost, de la banquise, changement de circulation des courants marins, augmentation des phénomènes violents comme les cyclones.

Elévation du niveau de la mer en 2050

Vous me direz, vous ne vivez pas sur la banquise et les cyclones c’est pour les autres. Oui mais non. La fonte de la banquise entraine l’augmentation du niveau de la mer, donc la disparition de zones habitables (New York, une partie des Pays-Bas). Vous pouvez chercher votre plage préférée sur Climate Central pour voir ce qu’elle deviendra en 2050. Les courant marins eux régulent énormément notre climat comme Le Gulf Stream qui donne à l’Europe un climat tempéré ou El Nino et La Nina qui affectent les régimes de précipitations. Pour les cyclones, ouf, nous sommes épargnés. Ben non justement, en mer Méditerranée il y a ces Médicanes comme Ianos en 2020.

Plus près de nous il y a les sécheresses, les canicules, les fortes précipitations, les supers orages, tous ces phénomènes violents et rares qui deviennent de plus en plus fréquents avec le réchauffement climatique. Vous pouvez par exemple consulter le site des Pluies Extrêmes de Météo-France pour vous faire une idée.

Alors bien entendu, vous pouvez dire, tout ça c’est des conneries, on nous enfume comme pour le COVID-19, les températures n’augmentent pas. En fait si, regardez :

Voici l’augmentation de la température moyenne en France depuis 1900. On part d’une température moyenne calculée sur trente ans, ce que l’on appelle une normale (1961 à 1990) et on calcule l’écart à cette température pour chaque année depuis 1900. En bleu c’est plus froid, en rouge, c’est plus chaud. Regardez ce qui se passe depuis 1990, c’est rouge tous les ans. Et ça ce sont des mesures, vous pouvez même récupérer les données et faire les calculs vous même si vous doutez encore.

Et puis n’avez-vous pas remarqué que les hivers sont plus doux et les étés plus chauds ? Oui je sais, ce printemps a été particulièrement frais cette année, mais cela n’enlève rien à la tendance générale climatique. Et puis, la fin du printemps 2021, moi je l’ai trouvé plutôt caniculaire, pas vous ?

Il y a des hauts et des bas par rapport à la moyenne des températures, des petits incidents, plus froids en bleu ou plus chauds en rouge, mais qui ne remettent pas en question l’augmentation de la température planétaire globale.

Quelle est la cause du réchauffement climatique ? La Terre se rapproche du soleil ? Non. C’est lié à l’activité solaire ? Non plus. Enfin je ne suis pas astronome même si ça m’intéresse mais d’autres scientifiques se sont penchés sur le problème. « L’activité du Soleil ne peut donc être le facteur dominant de ce réchauffement, même si des corrélations entre l’activité solaire et certaines variations à court terme de la température terrestre ont été mises en évidence, qui pourraient être le signe d’un couplage. », le pouvez lire le rapport de l’Académie de Sciences si vous avez un doute. Alors c’est quoi ? C’est lié au pêts des vaches ? Oui entre autre. C’est lié aux gaz à effet de serre et le méthane (les prouts) en est un.

Voila ce que montrent les statistiques (source GIEC), quand les émissions de C02 augmentent, la température augmente. C’est ce que l’on appelle une corrélation statistique, un peu la corrélation entre la consommation de bière et le développement d’un bidon au fil des années.

Alors vous me direz, on peut faire tout dire aux statistiques, oui effectivement, lorsque l’on utilise pas des ensembles de données significatifs ou qui comprenant des données erronées ou biaisées. Mais là pour le coup l’Organisation Mondiale de la Météorologie dispose de données quotidiennes fiables sur plus d’un siècle et sur la Terre entière alors voila quoi, l’échantillon statistique est suffisamment grand et de bonne qualité, j’en sais quelque chose, j’ai travaillé à collecter ces données et à les valider.

Bon si ça se réchauffe vraiment, que peux-t-on faire ? Installer des climatisations pour rendre ça supportable ? Non ça c’est juste crétin. Les clims rejettent de l’air chaud et consomment beaucoup d’énergie. Elles ont tendance à augmenter le phénomène d’ilot de chaleur urbain, c’est à dire ces zones de plus fortes chaleurs dans les zones habitées. Nous allons donc devoir faire avec l’augmentation des températures, s’adapter, fermer les volets la journée, aérer tôt le matin, au minimum de température, éviter de bétonner les sols, planter des arbres pour ombrager les rues, végétaliser les toits et les façades.

Il va surtout falloir réduire notre consommation en énergies fossiles afin de diminuer notre production de CO2. Le pétrole, le gaz, le charbon, les constructions en béton. Remplacer le pétrole par l’éolien, le solaire et l’hydroélectrique est une douce utopie, du moins pour l’instant, car nous consommons trop et ces installations ne possèdent pas que des bons côtés, loin de là. Je ne dis pas qu’il faut arrêter les énergies « vertes », mais plutôt que nous devons réduire notre consommation énergétique.

La grande solution que nous font miroiter les industriels et politiques est la voiture électrique. Ok, d’après le Parlement européen la voiture individuelle représenterait 43% des émissions de CO2 en Europe pour les transports. C’est pas mal. Mais avec quoi allons-nous faire rouler les voitures électriques, avec de l’électricité non ? Et avec quoi va-t-on produire de l’électricité, nos éoliennes, du charbon ?

Je ne parle même pas de l’impact carbone de la construction d’une voiture électrique car tout le monde n’est pas d’accord mais vous pouvez lire cette article. « la fabrication d’une voiture électrique pèse plus lourd en bilan carbone : 32 g/km éqCO2 pour la Mercedes Classe C 220d, contre 51 g/km éqCO2 pour la Tesla Model 3, dont 23 grammes pour la batterie de 75 kWh de capacité énergétique » mais « Selon les chercheurs, il ne faut que 30.000 kilomètres pour compenser les gaz à effet de serre libérés spécifiquement lors de la fabrication du pack 75 kWh de la Model 3. ». Après, j’ai roulé en Zoé, pas longtemps parce que l’autonomie annoncée de 370 km s’est réduite comme peau de chagrin à 200 km. J’habite une région pluvieuse, froide et montagneuse. Il y a un simulateur optimiste sur Automobile Propre si ça vous tente. Je ne suis pas certain que nous tenons là la solution miracle, si ce n’est relancer l’industrie automobile artificicellement.

J’ai discuté il y a peu avec des pro nucléaires qui voient dans les centrales la solution ultime à nos problèmes énergétiques et climatiques. Ils ne m’ont pas convaincu, sans doute parce que je suis farouchement opposé au nucléaire, une source d’énergie que je trouve un tantinet dangereuse, il n’y a qu’à voir le dernier incident en date. Mais c’est clair, nous, nous sommes les meilleurs, les américains, les russes, les chinois et les japonais sont des débiles. N’est-ce pas ?

Donc la Terre se réchauffe et c’est un peu tard pour renverser la vapeur. C’est cool (non justement). Si vous n’êtes pas d’accord, reprenez la lecture de l’article depuis le début et essayez d’ouvrir les yeux cette fois.

Maintenant que peut-on faire sans bâtir des EPRs aux quatre coins de la France ? Parce que le but est bien de baisser notre production de gaz à effet de serre pour limiter la casse et espérer atteindre seulement une augmentation de 1.5°C (les accords de Paris) d’ici la fin du siècle (je ne vais pas vous mentir, c’est très mal barré).

La clim ? Non. La voiture électrique ? Bof. Partir vivre au Groenland ? Nous sommes quand même sept milliards d’habitants, on va être serrés. Ne manger que du quinoa et du tofu ? Pas enthousiaste désolé.

Nous pouvons commencer par rouler moins, par ne prendre l’avion que lorsque c’est indispensable, manger moins de viande, nous déplacer à vélo ou à pied, utiliser les transports en commun, changer moins souvent de gadgets électroniques, limiter notre temps sur Internet (on peut lire des livres à la place, c’est sympa), chauffer moins (il suffit de mettre des pulls en hiver), acheter local pour limiter les transports longue distance, favoriser l’achat d’occasion pour donner une nouvelle vie aux produits, végétaliser autant que possible les zones urbaines, sanctuariser les portions de territoire non bétonné, et pourquoi pas voter pour des politiques aux réelles sensibilités écologiques histoire de faire réagir ceux qui nous gouvernent.

En attendant, je vous souhaite une bonne prochaine canicule.

Nuke ta mère

Image

Lorsque sur Twitter, je suis tombé sur un tweet proposant de l’électricité 100% nucléaire de Nuke.Green :

« On va essayer de monter un fournisseur d'électricité garanti 100% nucléaire.Parce que c'est moins carboné, moins cher et moins hypocrite que les autres offres du marché. L'aventure démarre avec plein de démarches administratives, suivez l'avancement ici ! » 434 likes

j’ai explosé :

« Mais quelle horreur ! Vous n’en avez pas eu assez avec Tchernobyl, Fukushima et 3 Mile Island ? Sérieusement. ». 1 like

Je n’aurais pas dû, ce n’était pas malin. Tous les pro-nucléaires que comptent Twitter me sont tombés dessus à bras raccourcis. Le pire c’est qu’ils connaissent leur affaire alors que moi, voilà, j’ai juste viscéralement peur de cette saloperie.

Graphiques à l’appui, ils m’ont démontré que le nucléaire (français) est l’énergie la plus propre devant le solaire, l’éolien, les barrages, la géothermie et le reste. Ils m’ont prouvé qu’une centrale nucléaire pouvait être démantelée en huit ans et ne plus laisser de traces (ils ont oublié de parler du combustible usagé enterré en attendant de meilleurs jours). Ils m’ont rassuré en affirmant que les anciennes centrales dangereuses n’avaient plus cours et que notre parc actuel était des plus fiables.

Ha ? Parce qu’avant y avait un risque ? J’suis bête aussi… Des personnes manifestement intelligentes avec un bel argumentaire bien rodé, relativement polies face à mon ignorance, allant jusqu’à me proposer des liens « impartiaux » pour me faire mon opinion sur le sujet. Marrant, c’est comme ça que font également les adeptes de la théorie du complot.

Je ne crois pas au complot et je vais avoir du mal à trier le grain de l’ivraie. Il y a trop à lire, écouter, comprendre pour que je me fasse une opinion. C’est un peu comme pour le réchauffement climatique, soit vous connaissez bien le sujet, soit vous faites confiance à des sources pour la synthèse.

Des faits tangibles, je n’en connais que trois, mais c’est bien suffisant pour moi: Tchernobyl, Fukushima et 3 Mile Island. Du lourd, du vrai, du moche, trois accidents nucléaires en quarante-deux ans. Et quelques morts, directs et indirects au passage, mais tout le monde ne s’accorde pas sur le nombre de cadavres dans le placard.

Le nucléaire est peut-être devenu sûr, qui sait (les réactions nucléaires reprennent sous le sarcophage de Tchernobyl), mais en lisant les rapports de l’ANDRA sur l’enfouissement des déchets, je découvre qu’ils envisagent quand même qu’un jour, l’homme ne se souvienne plus de toute la merde qu’il a enfoui à cet endroit. « Regarde chérie, j’ai trouvé ce truc dans une galerie, ça pourrait faire un joli meuble de bar ! ».

Alors le nucléaire est peut-être propre en bilan carbone, les chiffres oscillent entre 6 et 66 gCO2/Kwh ce qui n’est pas exactement pareil, mais bon passons. Les rapports de l’ADEME seraient foireux m’a t’on dit, pas ceux de l’ANDRA ? Je n’ai de toute façon pas envie d’isotopes radioactifs en fin de vie dans la nature, il y en a déjà assez dans la fosse des Casquets, sans parler des barils qui se sont perdus pendant le transport.

Mais comment faire rouler toutes ces voitures électriques qui nous promettent 370 km d’autonomie pour 250 km réellement parcourus (test grandeur nature de la nouvelle Zoe au printemps) sans le soutien du nucléaire ? Oui le CO2 c’est mal, oui l’éolien et le solaire ne suffiront pas à notre consommation sans cesse galopante, là je suis d’accord.

Alors calmons-nous, consommons moins, faisons-nous violence et cessons de bâtir des EPRs à tout-va. Réduisons notre empreinte carbone et énergétique. Moins d’avions, moins de longs déplacement, privilégions le vélo et la marche, achetons local, ne changeons pas sans cesse de machin technologique, mangeons un peu moins de viande (mangez vos gamins à la place), et tout n’ira pas trop mal peut-être.

La Pierre Jaune

Je suis un antinucléaire de base, antimilitariste et partisan de la décroissance. Je suis né à Saint-Brieuc dans les Côtes de Porcs en Bretagne et ma belle soeur vit et travaille à la Hague. Mes frères aînés ont manifesté à Plogoff et j’ai vécu Tchernobyl et Fukushima comme bien d’autres.

J’étais donc tout naturellement prédisposé à lire La Pierre Jaune, le premier roman de Geoffrey Le Guilcher…

L’histoire commence comme un thriller légèrement décalé. Jack un agent d’une organisation secrète, infiltre un groupe de militants vivant dans la presqu’île de Rhuys. C’est à ce moment qu’une explosion survient à l’usine de retraitement des déchets nucléaires de la Hague, entraînant une catastrophe nucléaire sept fois plus importante que celle de Tchernobyl. 

La Bretagne et le Cotentin sont rapidement évacués mais les activistes de La Pierre Jaune et Jack, notre agent infiltré, décident de rester sur place pour des raisons très différentes.

Outre un réquisitoire anti-nucléaire on ne peut plus glauque et cynique, le roman dépeint une communauté de marginaux, certains étant de doux rêveurs, d’autres des extrémistes, et raconte Jack confronté à son passé d’agent gouvernemental et sa mutation au contact de ces marginaux.

Commencé comme un roman d’espionnage, le livre continue post-apocalyptique et s’achève sur une histoire humaine. Un excellent premier roman qui en appelle beaucoup d’autres.

Avant

Image

Le lait tournait parfois, débordait et formait toujours une fine peau à la surface dans la casserole.

Les enfants jouaient insouciants dans les bois, sans avoir besoin d’un téléphone portable pour prévenir leurs parents de l’arrivée d’un éventuel pervert.

Le matin à l’école, les plus chanceux racontaient l’unique film qui était passé à la télévision le dimanche soir.

Les prêtres aimaient bien les enfants et les enfants aimaient le catéchisme et les colonies de vacances.

Les billes s’échangeaient plus facilement dans la cour de récréation que les jeux vidéos.

Le petit écran était la bible, tout ce qui s’y disait était parole d’évangiles.

On se faisait la bise, on se serrait la main, on se tapait dans dos, on buvait dans le même verre, on faisait l’amour sans préservatif.

Les filles portaient des minijupes, des chemises à fleurs sans soutien-gorge et les gars avaient des cheveux longs et des pantalons pattes d’eph.

Le Président de la République était un homme honoré et respecté, absent des tabloïds qui consacraient leurs unes aux seins de Brigitte Bardo, pas à ceux de la première dame.

Les États-Unis semblaient l’El-Dorado, une destination inaccessible et promesse de tous les possibles. Les russes mouraient de faim et de froid en Sibérie, ils étaient de méchants ogres et voulaient tous nous exterminer.

Le vin et la cigarette ne nuisaient pas encore à la santé et les feuilles d’amiante recouvraient nos maisons ainsi que les vêtements des pompiers.

Le pétrole propulsait l’économie vers l’avenir et les étoiles et le nucléaire n’avait pas encore rayé de la carte du monde une partie du Japon et de l’Ukraine.

La science était forcément bénéfique et dieu un peu passé de mode.

Mais c’était avant.

Aujourd’hui les enfants sortent avec un masque sur la bouche, un portable dans une poche, des préservatifs dans l’autre. Ils ne craignent ni les russes ni les ricains mais les djihâdistes qui se planquent dans les salles de concerts et dans les avions. Les jeunes insultent les filles sexy au lieu de les siffler et traitent le président de petit PD, regardent des pornos sur leur smartphone et reçoivent des SMS inquiets de leurs parents toutes les cinq minutes. Ils se foutent de dieu et de la science et ne croient que les fake news des réseaux sociaux. Ils pensent que le monde est foutu et que l’on ne peut rien y faire. Les adultes sont dépassés par la technologie et s’accrochent désespérément au journal de vingt heures pour comprendre, s’essayant aux réseaux sociaux avec les codes de leur enfance. Ils pensent que le monde est bien mal barré et comptent sur leurs rejetons pour le sauver. 

Au bout du compte rien a changé.

La peur est toujours là, générations après générations et l’homme ne grandit pas. Les adultes reportent leurs espoirs sur leurs enfants qui à leur tour feront de même, mais jusqu’à quand ?