anasazi – cause & consequences

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Vous parler de cause & consequences, le dernier album d’anasazi, est à la fois simple et compliqué. Simple, parce que j’aime beaucoup l’album, compliqué, parce que je suis un fan de la première heure du groupe et que mon nom figure dans les remerciements du CD.

anasazi, en minuscules, qui se prononce anaSSAzi, est un projet né à Grenoble dans l’appartement de Mathieu Madani, disquaire et fan absolu de Dream Theater. A ses côté de nombreux musiciens ont gravités plus ou moins longtemps, Frederic Thevenet, Christophe Blanc-Tailleur, Romain Bouqueau, Jean-Rosset et plus récemment le guitariste Bruno Saget qui joue également dans Croak et Anthony Barruel batteur du groupe Collapse sans parler des artistes invités comme son épouse ou Tristan Klein.

Au fil des années, des influences et des albums, anasazi a flirté avec la pop, le metal et le rock alternatif, mais toujours de manière progressive.

cause & consequences est leur sixième album sans parler des trois EP, un beau palmarès pour un groupe amateur grenoblois. Soixante-trois minutes et huit morceaux, certainement les plus anasaziens de leur discographie. Le virage était déjà amorcé sur ask the dust en 2018 mais cause & consequences enfonce le clou.

Il ne s’agit pas ici d’influences à la Dream Theater comme dans origin’s ou à la Porcupine Tree dans playing ordinary people, il s’agit d’anasazi. cause & consequences est un album à guitares sur la voix éraillée de Mathieu. Les claviers ne sont ici qu’accessoires d’ornementation. Les grattes jouées par Mathieu, Bruno Saget et Tristan Klein sont au cœur de la musique avec la batterie d’Anthony.

L’album sonne clairement plus rock que prog, souvent rageur, torturé, déchiré, écartelé mais avec quelques éclaircies et même des réminiscences de Pink Floyd comme dans ‘space between’ sans parler du titre fleuve qui clôture le disque. Les ritournelles magiques des premiers albums, celles que l’on pouvait fredonner, disparaissent avec cause & consequences et il faudra une ou deux écoutes pour adopter ce nouvel anasazi.

cause & consequences s’écrit à l’envers, libérant la vapeur lentement au lieu de monter en pression. Vous prenez son atmosphère toxique à plein poumons et lorsque ses gaz brûlants et corrosifs commencent à vous asphyxier, un courant d’air tiède vient soulager votre gorge.

‘trapped’ démarre l’album sur une charge de guitares tempérée de rares accalmies à la basse et au chant. Une mise en bouche stoner metal dense et rugueuse que les paroles n’allègent pas, bien au contraire. 

Bienvenue dans l’univers d’anasazi.

‘324’ est plus récitatif même si Mathieu sort de gros riffs entre les couplets sans parler du long instrumental rageur où s’élève un solo de guitare signé Bruno Saget. Dans ‘death is (her) name’, c’est Tristan Klein qui joue du manche. Le titre, porté par une section rythmique très marquée, chemine cependant de plus en plus vers le progressif expérimental. Par contre, oubliez tout espoir, l’album s’enfonce dans la noirceur.

‘exit live’ atteint presque le sommet de ce vol parabolique. Les riffs rageurs sévissent encore mais une guitare électro acoustique s’invite dans la tempête comme l’orgue joué par Tristan. Et puis arrive ‘disheartening’, le titre le plus épuré de cause & consequences où le travail d’Anthony prend sa pleine mesure sur ces premiers couplets percussions, guitares et chant presque parlé.

‘into the void’ est doucement rattrapé par la pesanteur après un semblant de légèreté dans les premiers instants. Mais le calme floydien renaît avec ‘space between’ au sublime solo de guitare signé Tristan.

Un de mes morceaux préférés avec ‘disheartening’ et ‘the mourning’, la pièce progressive de l’album avec ses treize minutes aux multiples rebondissements qui relie tous les morceaux de cause & consequences.

anasazi est de retour, plus guitares que jamais, torturé et magistral. Il faudra sans doute consentir un effort pour rentrer dedans, ici pas d’easy listening au programme, alors poussez le son, revenez-y plusieurs fois, toujours d’une traite et vous réussirez à apprivoiser cette créature fantastique que vous pouvez écouter sur Bandcamp.

Adarsh Arjun – Aches And Echoes

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Vous connaissez probablement le guitariste australien Plini et ses guitares Strandberg. J’ai trouvé son alter égo indien, un certain Adarsh Arjun. Un artiste qui joue également dans le groupe de métal indien Agnostic et dans un genre plus traditionnel dans le morceau Hridaya.

Après avoir publié plusieurs singles sur Bandcamp depuis 2021, il arrive avec un premier album Aches And Echoes. Le disque se compose de dix pièces instrumentales de deux à cinq minutes où le musicien joue de tous les instruments.

Comme Plini, Adarsh joue principalement de guitares, usant de djent et de metal progressif sur des sonorités très lumineuses. Sa musique intègre également des éléments traditionnels, tout particulièrement dans le dernier morceau intitulé ‘Triade’.

Mais contrairement à Plini, il ne semble pas affectionner particulièrement les guitares Strandberg et si le titre ‘Hide N Seek’ ressemble beaucoup aux compositions de son modèle, le reste de l’album est assez différent.

Certaines pièces manquent de développement. Un thème à peine esquissé qui s’achève en fading out. Rassurez-vous, d’autres comme ‘Existential Mysery’ sont nettement plus riches en rebondissements.

Je n’ai pas l’impression qu’il y ait besoin d’être un fondu du manche et des six cordes pour apprécier Aches And Echoes. Batterie et claviers y occupent suffisamment d’espace pour séduire un très large auditoire, d’autant que la fibre métal de cet album est assez lache.

‘I Can’t Breathe’ est une des pièces qui tabasse le plus, usant de gros riffs, djent et motifs orientaux. Le titre joue de grands écarts entre metal rageur et danses colorées. A l’opposé, il y a ‘Existential Mysery’, qui tout particulièrement au début, livre de sublimes atmosphères planantes.

D’ordinaire les albums instrumentaux passent rapidement au second plan car je ne suis ni guitariste ni musicien. J’écoute pourtant Aches And Echoes en boucle depuis peu, pas en musique de fond, mais bien attentif à chaque note. Peut-être est-ce parce que j’ai l’impression qu’ici les guitares d’Adarsh chantent au lieu de plaquer des accords et des riffs. Des guitares qui tissent des mélodies dansantes comme des rayons de soleil au travers des feuilles, une musique lumineuse et colorée qui réchauffe au genre musical plutôt sombre d’ordinaire. 

Aches And Echoes est ma première sortie de l’année 2023 et je ne vous cache pas qu’il rentre de ce pas dans mon top de l’année, même si j’attends encore une fois beaucoup de merveilles comme anasazi et Klone.

Le bilan 2022

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Chroniques en Images existe maintenant depuis mai 2020. Au menu chaque lundi, une vidéo accompagnée d’un article dans le blog. 

Sept jours d’écoute, une heure de rédaction, quinze minutes de tournage (les bons jours) et une autre heure de montage puis la publication pour de dix à sept cent vues en fonction du sujet. Voilà pour les chiffres.

Bon, en moyenne c’est plutôt une vingtaine de vues par vidéo, autant dire rien du tout, sorti du dernier Marillion, de Arena, Pendragon et quelques autres chroniques. La tendance est tout de même légèrement à la hausse depuis la chronique d’Arena, mais pour combien de temps ?

Je reçois encore quelques solicitations médias que je refuse poliment, car depuis le début, à quelques rares exceptions près, je ne parle plus que des albums que j’ai acheté. Évidemment je loupe beaucoup de sorties mais je me fais avant tout plaisir, sans pression et sans stress. Pour le stress j’ai le travail.

Je n’envisage pas de changer de formule ni de rythme en 2023. Ma routine me convient. Je travaille toujours un peu sur l’amélioration des éclairages et du son, je regarde un nouveau logiciel de montage sans avoir encore franchi le pas. Reste à prendre des leçons de communication. 

Croyez-le ou non, je suis très à l’aise devant un public, même en vidéo conférence, mais coincé devant l’objectif de la caméra avec mon script, je passe en mode robot avec un balais enfoncé dans le fondement. Aïe…

J’achète un peu moins de vinyles, toujours autant de CD et j’ai nettement augmenté ma collection d’albums numériques, principalement sur Bandcamp. En fait je pense que depuis que j’ai arrêté Neoprog, j’achète plus de musique, même si j’en écoute beaucoup moins.

J’ai conscience que le public de Chroniques En Images est très progueux mais je vais continuer d’écouter du métal et à en parler parce que j’aime la musique qui poutre, le folk, le classique et le prog. Même que des fois j’écoute de la pop.

Pour finir ce bilan je tiens à remercier Stéphane Gallay que je plagie honteusement depuis des mois ainsi que les quelques personnes qui regardent ces vidéos et les rares fanatiques qui commentent et mettent des j’aime. 

Passez de bonnes fêtes de fin d’année !

Arena – The Theory of Molecular Inheritance

Le nom du dernier album d’Arena, The Theory Of Molecular Inheritance aurait pu être celui d’un concept album de Ayreon. D’autant plus que le nouveau chanteur du projet de Clive Nolan s’appelle Damian Wilson. Oui ce Wilson là, le chanteur barbu à la voix de ténor qui offrit à Threshold ses plus beaux albums.

Dans The Theory Of Molecular Inheritance il est question de science, ce qui nous change des précédents albums. Encore que. Lorsque la science évoque le poids de l’âme, je ne suis pas vraiment certain que nous soyons si loin de Paper Ghost ou bien de The Visitor.

Clive Nolan, John Mitchell et Mick Pointer reviennent en grande forme pour un nouvel Arena avec Kylan Amos et Damian Wilson. Oui, depuis Songs From The Lion’s Cage, les postes de bassiste et chanteur ont fréquemment changé d’occupant avec plus ou moins de bonheur.

Le nouvel Arena propose onze morceaux pendant plus d’une heure. Un concept album magico scientifique inspiré par une publication sur l’intrication quantique du physicien Luis Nasser. L’intrication quantique. Un phénomène qui autorise deux particules à partager un même état quantique quelque soit la distance qui les sépare. De là à imaginer que l’âme d’un grand compositeur comme Beethoven puisse se réincarner dans une autre personne, il n’y a qu’un pas, que je ne franchirai pas. Mais c’est l’histoire de The Theory Of Molecular Inheritance.

Je ne vais pas vous mentir, Damian Wilson figure parmi mes voix préférées du rock avec le défunt Freddy Mercury. J’ai écouté tous les disques qu’il enregistre, du metal aux projets solo acoustique. Alors quand Arena a annoncé qu’il serait leur nouveau chanteur, je me suis fait dessus. Du coup, je ne vous garantis pas d’être totalement impartial avec cet album, peut-être même pas du tout en fait.

The Theory Of Molecular Inheritance, c’est du Arena avec ses côtés pompier, de gros claviers gothiques, des barbus grognons, des histoires mystico abracadabrantes et la guitare de John Mitchell. Mais il y a cette fois l’incroyable voix et charisme de Damian sans parler de Kylan qui a su imposer son style aux trois grands anciens, comme dans le troisième titre ‘Twenty-One Garms’.

Le groupe a su adapter ses compositions à la voix très riche de Damian Wilson, allégeant les claviers, privilégiant le piano aux synthés, éclaircissant la partition afin que l’alchimie de la musique et du chant fonctionne. Et elle fonctionne à merveille, croyez-moi. Outre les délicieux débuts de ‘The Equation’ et de ‘Intrication’ au piano et chant, il y a l’excellent ‘Twenty-One Grams’ à la basse qui casse les codes d’Arena.  ‘Confession’ au piano et guitare électro acoustique se fait genesis pendant deux minutes et vingt secondes alors que ‘The Heiligenstadt Legacy’ (le testament de Beethoven), joue de piano cinématique sur la voix douce de Wilson avant de revenir à la forme classique de Arena.

The Theory Of Molecular Inheritance se hisse dans le trio de tête des albums d’Arena aux côtés de Paper Ghost et The Visitor. De là à le placer dans les albums de l’année, il n’y a qu’un pas que je franchis allègrement.

Soirée Klonosphère

Klonosphère est un label indépendant français qui lance de nombreuses jeunes pousses dans une carrière musicale. Fut un temps où je travaillais avec leur équipe pour promouvoir certains de leurs talents.

Et samedi dernier, dans la nouvelle salle de la Maison Bleue que je n’avais pas encore étrennée, le label organisait une soirée spécial Klonosphère avec trois de leurs groupes, Howard, Patron et LDDSM.

Comme j’avais manqué Soen dans la même salle pour des raisons médicales et que j’allais probablement manquer Evergrey au Grillen à Colmar pour les mêmes raisons, je le suis dit qu’une soirée Klonosphère ne me ferait pas de mal.

Dans les faits, ça ne s’est pas passé du tout comme je l’imaginais.

J’y allai pour LDDSM dont j’ai la première et dernière galette. J’avais écouté Howard une fois avant de les classer dans les groupes hors sujet pour Neoprog et Patron, eux sortaient clairement du la ligne éditoriale de l’époque.

Avec une aponévrite au pied droit et trois points de suture à la main gauche, pas question pour moi de photographier les concerts. Je n’aurais pas pu tenir le boîtier et encore moins porter le matériel. Déjà rester debout pendant plusieurs heures allait se révéler une véritable torture.

Alors j’ai occupé mes mains avec une bière blanche locale à la pression. C’est pas mal aussi.

Le public n’est vraiment pas au rendez-vous. Je compte une quarantaine de personnes comprenant la famille, les amis et les musiciens dans le public. La misère quoi.

Howard ouvre le bal du samedi soir, un premier concert, deux années après avoir sorti leur première galette et s’être morfondus pendant le confinement. Trois jeunes qui en veulent sur scène. Par chance ils ne se souviennent pas de moi, du moins ils ne se sont pas manifestés. Car suite à un malentendu avec leur label, je me suis retrouvé face à eux et assez surpris un jour, pour une interview que je devais réaliser avec un autre groupe. Malaise. Je n’avais pas écouté leur album, je ne les connaissais pas et surtout n’avais pas de temps à leur accorder pour une interview. J’aurais dû.

Clavier, synthétiseur analogique Korg, orgue Hammond, batterie, guitare et chant, le trio joue un rock à la frontière de plusieurs genres dont le progressif. Ils jouent bien, très bien même, ils en veulent, possède de l’énergie à revendre et leurs morceaux sont furieusement accrocheurs avec de superbes passages aux claviers. J’ai tout simplement adoré leur prestation, surtout pour un premier concert. Bravo les gars.

Patron c’est un autre genre, un quatuor, guitares, basse, batterie plutôt ancré dans un rock américana parfois un peu sixties. Le chanteur au look Happy Days (qui sort juste du COVID-19) possède une voix grave absolument dingue et belle. Le batteur est une machine de guerre infatigable fascinante à regarder. Quant au guitariste asiatique et au bassiste yogi, pas grand chose à en dire, ils passent tous deux inaperçu. Nico, le guitariste de Los Disidentes del Sucio Motel s’invite sur scène pour un morceau avec le groupe, une manière de galvaniser la ‘foule’ qui est fan du groupe strasbourgeois.

Passé la première fascination pour le chant et la batterie, je décroche assez vite de la musique qui n’est vraiment pas ce que j’aime écouter. Alors cette je m’offre une seconde bière artisanale brune cette fois. D’ailleurs elle me plaît moins, comme la suite de la soirée.

LDDSM arrive en terrain conquis. Les rares spectateurs sont tous acquis à leur cause. Le groupe rentre à la maison après une longue absence, bref tous les ingrédients sont réunis pour offrir un bon concert. Cinq musiciens sur scène, deux guitariste, une bassiste, un batteur et un chanteur, devrais-je dire crieur mini claviériste. Ils sont détendus, sans doute un peu trop relax même, limite pas très pro ce qui donnera un superbe loupé de tonalité et une guitare désaccordée en plein set. 

En studio, la musique de LDDSM est assez chargée, limite brouillonne, du stoner quoi. En live, c’est bien pire. Le chant à trois voix où chacun y va de sa tonalité passe peut-être pour des personnes pas calées au diapason mais pour moi cela devient vite une torture sonore. Sorti de deux trois morceaux moins chargés, la prestation de Los Disidentes del Sucio Motel m’a clairement déçu, d’ailleurs, je suis parti avant la fin du concert, autant à cause de la musique que de la douleur grandissante dans le talon droit. 

Malgré une soirée en demi teinte, je retiens Howard que je vais réécouter de ce pas et je m’excuse platement après d’eux pour cette interview manquée, même si à l’époque, en plein confinement, je ne pouvais pas la réaliser. Au passage, je tiens à signaler que la nouvelle salle de la Maison Bleue est vraiment très bien, idéale pour des concerts de deux cent à trois cent personnes.

Esthesis – Watching Worlds Collide

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Il n’ y a pas si longtemps, nous parlions ici des imitateurs de Porcupine Tree. Figurez-vous que le sujet revient sur la table avec le second album du groupe Esthesis.

Esthesis est un projet français qui après un EP en 2019 accouchait d’un premier album un an plus tard. Un projet ultra centré sur Aurélien Goude, chanteur, compositeur, guitariste et claviériste manifestement très influencé par Wilson et sa bande.

Pour ne pas vous mentir, The Awakening sorti en 2020 ne m’avait pas emballé. D’ailleurs, je n’avais pas l’intention d’écouter la suite après avoir vu leur concert Chez Paulette. Puis Watching Worlds Collide est sorti, sept morceaux pour près d’une heure de musique. 

La première écoute m’a beaucoup rappelé leur proximité avec Porcupine Tree ainsi que leur premier album alors j’ai décroché au quatrième morceau. J’ai quand même réessayé un peu plus tard pour finalement acheter l’album.

Oui, ne nous mentons pas. Watching Worlds Collide emprunte encore beaucoup à Porcupine Tree. La bande à Wilson hante tous les morceaux de manière plus ou moins prononcée et c’est sans doute sur le dernier titre jazzy que cela s’entend le moins. Toutefois, les maladresses de jeunesse semblent oubliées et Esthesis est allé un peu plus loin dans son approche jazzy et dans ses couleurs cuivrées.

Si ‘Amber’ est un quasi cover de Porcupine Tree agréable à écouter mais sans grand intérêt malgré le saxophone de Maceo et la batterie bluffante d’Arnaud, ‘57th Street’ est une pièce particulièrement originale. Un titre cinématique de douze minutes à l’atmosphère de film noir. Plus surprenant encore est ce ‘Skimming Stones’ au piano qui s’enrichit du violon de Mathieu Vilbert. Ce titre figure parmi mes préférés de l’album. ‘Place Your Bet’, un peu comme l’instrumental ‘Vertigo’ est une chose hybride entre funk, alternatif et jazz, qui malgré quelques passages très wilsonniens, tire bien son épingle du jeu.

Watching Worlds Collide se révèle finalement être une très belle surprise. Esthesis affirme son identité musicale et s’il n’y avait cette forte proximité avec Porcupine Tree, il aurait pu devenir l’album de l’année.

Dim Gray – Flown

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C’est la publication de mon ami Chris Pitchman sur Facebook qui m’a donné envie d’écouter Dim Gray. Le trio de rock atmosphérique norvégien assurait la première partie des concerts de Big Big Train en septembre. Une raison suffisante pour les écouter.

Alors je suis allé sur Bandcamp et surprise, je me suis aperçu que je les suivais déjà. Alors pourquoi n’avais pas encore acheté Flown sorti pourtant en 2020 ? Je n’ai pas la réponse, mais c’est réparé.

Flown ce sont douze titres de une à six minutes chantés par Oskar sur une musique peuplée de nombreux instruments. Car si le groupe est un trio, il s’est entouré de six autres artistes pour enregistrer leur premier album Flown. Guitares, mandoline, piano, claviers, harmonium, percussions, programmation, basses, violon, chant, chœurs, leur univers est très riche comme leurs inspirations qui débordent largement du cadre du rock atmosphérique.

Flown propose cinquante-deux minutes relativement paisibles qui ne sont pas sans rappeler Soup ou Drowning Steps. Un mélange d’alternatif, de progressif, de folk et de post-rock dominé par la voix claire d’Oskar.

Chez Dim Gray, outre une fibre classique soulignée par les instruments à cordes comme dans ‘Again’, il y a un côté folk assumé avec ces notes de mandoline dans ‘Song for E’, cette touche de Mike Oldfield dans ‘Wave We Thought We’d Ride Forever’ ou ce parfum irlandais au début de ‘Close’ et dans ‘Black Sun’.

La pochette en dégradé de gris pourrait représenter une personne allongée dans les hautes herbes ou bien un tertre se dressant dans une forêt nimbée de brume hivernale. Laissez votre imagination en décider en lisant le livret.

Deux courts instrumentaux se glissent dans l’album. Il s’agit de ‘Flown’ et ‘Yore’ qui encadrent le titre ‘Light Anew’. Le premier , particulièrement bref, démarre tout doucement. Quelques rares notes  qui s’élèvent au-dessus de la brume et qui servent de tremplin à ‘Light Anew’. Le second prolonge la musique de quelques tonalités étranges et solitaires, construisant avec ‘Flown’ une pièce progressive de près de dix minutes.

Au moment où je vous parle, Dim Gray vient de sortir son second album Firmament. Je ne tarderai pas à vous en parler également.

Wardruna – First Flight Of The White Raven

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Un corbeau albinos aux yeux bleus prend son premier envol au royaume de Norvège. Six silhouettes armées d’étonnants instruments se détachent d’un mur de feuilles d’or où luit un arc ciel. 

Deux voix, l’une féminine, l’autre masculine, lancent d’étranges mélopées à la foule hypnotisée dans la nuit brûlante. Wardruna est rentré dans ma vie de 24 juillet 2022, en clôture du Rock Your Brain Fest, alors que j’allais rentrer me coucher après dix heures passées à courir d’une scène à l’autre. Ce sont les éclairages de la Main Stage qui m’ont retenu. Et puis la musique est arrivée, du néo folk mystique joué sur des instruments acoustiques tous plus fascinants les uns que les autres.

De retour à la maison, j’ai rendu visite à mon disquaire préféré et il l’avait, le First Flight Of The White Raven, en double vinyle 180 grammes s’il vous plaît. 

Depuis, je suis en transe.

Je croyais que mon ami Alias en avait déjà parlé, alors j’étais en confiance. Mais non, le bougre n’a pas encore chroniqué leur musique. Incroyable ! Pourtant Wardruna c’est un peu du Solstafir marié à du Arstidir sans les instruments électriques. Bruitages, guimbarde, lur, harpe, flûtes à os, violon, percussions, corne de bouc, jouhikko, tronc d’arbre, corne de chèvre et voix créent un univers sonore metal atmosphérique traditionnel totalement immersif qui siérait parfaitement à la B.O. d’un film comme celle de la série Viking en 2014.

Je me retrouve avec deux versions de Kvitravn ou First Flight Of The White Raven. Le double vinyle treize titres et celle de iTunes comportant vingt-quatre pièces dont onze morceaux enregistrés en studio et treize en live. 

J’en ai déduit que le vinyle était la version live de l’album studio. Mais laquelle présenter ? J’ai une préférence pour le live studio et un goût prononcé pour les vinyles mais je vous  parlerai un peu des deux.

Deux voix, celle grave et profonde de Einar et celle claire et médium de Lindy, des choeurs mystiques, un orage qui gronde, un corbeau qui croasse, le vent qui souffle, un violon solitaire, des percussions tribales, une flûte qui s’élève dans la nuit, leur musique va vous envelopper dans son manteau de brume et de magie.

‘Rothaust Tre Fell’, présent dans l’édition live, donne dans le folk metal avec ses voix gutturales, presque criées quand ‘Munin’, tiré de l’album studio, sonne comme une pièce médiévale. ‘Kvitravn’ nous emporte dans sa mystique quasi shamanique, un titre qui figure dans les deux versions. Enfin ‘Viseveiding’, que l’on trouve dans la version studio uniquement, sonne comme une fête campagnarde d’un autre temps, dansante et sombre à la fois.

Il faut peut-être avoir baigné dans Malicorne, Alan Stivell ou Dan ar Braz pour goûter à cette musique hors du commun. Pour ma part, j’ai été fasciné, ébloui, envoûté par Wardruna.

First Flight Of The White Raven va figurer dans ma sélection du meilleur album 2022 avec une bonne chance de décrocher la timbale.

Uchroniques

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Une uchronie est récit fictif construit à partir d’un point de départ historique. Pourquoi je vous raconte ça ? Parce que mes chroniques sont des formes d’uchronies.

Vous vous doutez bien que j’écoute beaucoup plus d’albums que je n’en chronique. Au début je résumais ces écoutes dans des Compressé qui n’ont pas eu beaucoup de succès. Alors j’ai arrêté.

Panem et circenses qu’il disait…

Je ne parle plus des albums moyens moins, des disques dont des confrères ont magnifiquement fait l’éloge, des EPs et des choses trop étranges pour intéresser un seul abonné YouTube. Il y a toutefois quelques rares entorses à cette charte de temps en temps.

Malgré cette sélection drastique, j’ai toujours un temps d’avance comme diraient certains collègues. Comprenez, j’ai plusieurs vidéos enregistrées prêtes à être mises en ligne et encore plus de scripts qui n’attendent qu’à être enregistrés. 

Pour tout vous dire, j’ai quatre vidéos en stock et six albums chroniqués à filmer. Du coup je pourrais publier à plus haute fréquence, genre deux fois par semaine. Mais je ne veux pas retomber dans le piège de la productivité du webzine Neoprog. Et puis il y a des semaines avec des baisses de forme où je suis trop à plat pour enregistrer une vidéo. J’aime bien avoir ce petit matelas de sécurité pour les vacances et les coups de pompe.

Le défaut, c’est qu’à partir du moment où la vidéo est enregistrée, elle devient une uchronie. Je m’explique : ce que j’y raconte se détache du flux temporel principal pour ne plus évoluer avec moi. Lorsque je mets en ligne la chronique, l’album que j’annonce prochainement acheter a déjà tourné en boucle pendant des heures sur ma platine, le concert prévu a été annulé, mon enthousiasme du moment est retombé, bref je suis parfois en total décalage avec ce que j’ai dit alors.

C’est pour cela que je n’annonce plus le prochain album, car plusieurs fois j’ai inversé la programmation à la dernière minute parce que le disque n’était pas arrivé à temps ou que, au contraire, je voulais rapidement faire la retape d’un nouveau coup de cœur.

Je pourrais y remédier en ré enregistrant la chronique mais voilà, je suis terriblement feignant. Il m’est arrivé de revoir le montage, de couper un passage, mais rien de plus. Je pourrais ne pas avoir de chronique en stock histoire de coller au plus près au flux temporel mais cela me stresserait trop et vous risqueriez d’être privé de votre YouTube du lundi. Donc vous devrez faire avec ces uchroniques. Certaines sautent aux yeux, d’autres sont plus subtiles.

Si vous vous ennuyez cette semaine, vous pouvez faire remonter dans les commentaires les plus flagrantes anomalies spatio-temporelles des Chroniques en Images. Ca me ferait quelques commentaires…

Arstidir – Pendull

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Par ces fortes chaleurs, il est bon de se rafraîchir, même en musique. Alors partons vers une île proche du cercle polaire pour retrouver Arstidir et leur album Pendull sorti en 2021.

J’étais tombé sur eux par hasard grâce à Anneke il y a quelques années avec le disque Verloren Verleden. Une belle collaboration qui m’avait donné envie de découvrir leurs propres compisitions. Ils écrivent et chantent du folk traditionnel islandais en anglais comme dans leur langue natale avec quelques touches électro pop dans leur deux derniers disques.

C’est lorsqu’ils sont authentiques, en islandais et en acoustique que je les préfère, lorsqu’ils reprennent acapela des chansons traditionnelles de Noël en concert.

J’étais passé à côté de la sortie de Pendull l’an passé et c’est la vidéo de ‘Þarfir’ qui m’a remis sur le droit chemin. Il faut dire que Nivalis, sorti en 2018, m’avait un peu déçu après le sublime Hvel paru en 2015.

Cette fois, ils reviennent à l’acoustique et l’islandais avec la présence d’un quatuor à cordes et d’une chanteuse, mais sans Karl James qui a quitté le navire. Pendull est un album de seulement trente-cinq minutes et neuf morceaux. 

Sorti du long ‘Þarfir’, ce sont de petites pièces de trois à quatre minutes. Pour bien situer l’album, Pendull est moins folk et moins sombre que Hvel et plus traditionnel de Nivalis.

Pendull représente l’hiver, la nature islandaise, la nuit polaire et les aurores boréales. Un album mélancolique, nostalgique, introspectif et néanmoins léger à écouter.

Le dernier titre de la face A, ‘ Endatafl’, est un peu trop symphonique à mon goût avec son violoncelle à la manière de Games Of Thrones. Il s’agit toutefois de l’exception de l’album, même si le quatuor à cordes occupe beaucoup d’espace sur les autres morceaux.

Le dernier titre de la face B, ‘Þarfir’ est certainement le plus pop et le plus long avec presque six minutes trente. La voix de Sloveig y prend également une plus grande place que dans ‘Edentafi’ et ‘Lifins Pendull’ où elle se contente de chœurs.

C’est le second titre de l’album qui a ma préférence, sans doute pour son côté très folk islandais, enfin l’image que je m’en fais en ayant écouté quelques artistes de cette île fascinante peuplée de volcans. 

Le tube de Pendull s’intitule ‘Hornsteinn’. Un titre commercial à la Aha qui pourrait faire un tabac sur les ondes si les médias se penchaient un jour sur ce trio talentueux.

Pendull trouve le juste équilibre entre tradition et modernité en ne cédant pas aux chimères du chant en anglais. Il n’a certes pas la puissance évocatrice de Hvel mais il ravira les amateurs du genre.