Slift – Ilion

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Slift

Vous carburez à quoi ? Personnellement au CBD, à la bière, aux bétas bloquants et surtout à la musique. J’ignore quels psychotropes s’injectent les membres de Slift, mais ce qu’il y a de certain c’est qu’ils chargent la barque.

Ilion

Ilion est un album que m’a recommandé Stéphane, qui lui, fume de l’emmental aromatisé à la bière. Un album de soixante-dix-neuf minutes et seulement huit morceaux qui donne dans le metal psychédélique, un mélange pour le moins détonnant.

Slift est une formation toulousaine née en 2016. Deux frangins et un pote de lycée qui ont gravé trois galettes en comptant Ilion.

La forme psychédélique domine les morceaux, mais du heavy psyché le plus souvent gueulé qui traumatiserait un baba cool fumeur de paillasson. Pour faire court, ça dépote pas mal.

Si on compare leur musique à celle de King Buffalo par exemple, celle de Slift est nettement plus musclée et moins répétitive, partant dans des délires sous acides bien dosés même si de temps à autres, ils se posent sur du cinématique comme dans le titre album.

Bon quand je dis qu’il n’y a pas de répétition, c’est peut-être un peu exagéré quand même comme en témoigne l’interminable trip de ‘Confluence’ ou bien ‘The Story That Has Never Been Told’ à ne pas confondre avec ‘The Never Ending Story’.

Pour le chant, il n’y a pas non plus que des gueulantes. Il y a par exemple du chant féminin sur ‘Ninh’ avec des chœurs évanescents et des voix quasi liturgiques dans ‘The Story That Has Never Been Told’.

Le résultat est assez bluffant mais certainement un peu longuet tout de même. C’est le genre d’album qui n’est pas franchement facile à écouter en faisant la sieste. D’ailleurs à la troisième écoute, mon épouse pourtant assez tolérante en matière de musique, m’a gentillement mais fermement invité à mettre le son en sourdine ou à porter un casque. C’est un signe.

Je vous le recommande pourtant. Ilion est une magnifique galette made in France qui devrait séduire les filles du coupeur de joint.

Le tour de Gaule

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Cela faisait longtemps que j’ai envie d’entreprendre un road trip en France, histoire de découvrir des lieux que je dépasse depuis l’autoroute sans jamais m’y arrêter. D’ordinaire je traverse la France d’Est en Ouest ou du Nord au Sud sans étape, juste quelques pauses pipi pour le carburant et le café.

J’avais parlé à mon épouse du parc des oiseaux de Villars les Dombes, au nord de Lyon. Un parc qu’elle avait visité étant enfant, lorsqu’elle habitait la ville où se rencontrent la Saône et le Rhone. Nous avons décidé d’y aller pendant le week-end du 15 août, au début de mes congés d’été. Et c’est de là qu’est né l’idée d’un road trip de quelques jours en voiture qui nous aurait conduit de villes en villages, tranquillement jusqu’au parc.

Bison futé m’a un peu découragé. Le Week-end du 15 août semblait tendu, vendredi et samedi rouge, dimanche orange et les deux derniers jours verts. Alors nous avons réduit la voilure, partant le dimanche pour revenir le mardi. Trois jours pour aller et revenir de Villars les Dombes en passant par Langres et Gruyères. Pour le road movie slow motion c’était raté, par contre nous pouvions encore visiter le parc.

Dimanche matin nous prenions la route, direction Langres, notre première étape. Nous arrivons à destination peu avant midi, juste à temps pour prendre l’apéro en terrasse avec l’unique collègue qui travaille seul, isolé des autres, dans cette petite ville de province qui possède le triste record de froid en France. Après un burger arrosé d’une bière locale nous laissons le collègue à son travail et nous nous lançons dans le tour des remparts, promenade que j’avais déjà faite sous une pluie battante. 

La ville, outre ses fortifications, possède de belles bâtisses renaissance, un clocher qui domine la ville, quelques tours ainsi qu’un ancien train à crémaillère stationné sur le chemin de ronde. Largement de quoi occuper l’après-midi. 

Nous nous sommes aperçus trop tard que nous aurions pu rester plusieurs jours sur place pour visiter les abbayes et les lacs de la région. Hélas, notre planning serré ne nous laissait pas le temps de tout visiter.

Après une nuit ponctuée de claquements de portes, d’installation de forains sur le parking de l’hôtel, de sorties des pompiers (la caserne était en face de notre chambre), le petit déjeuner pantagruélique de l’hôtel Ibis devait restaurer nos forces : quelques tranches de pain de mie jetées en vrac sur un plat, une heure de retard à l’ouverture et plein de touristes exprimant leur mécontentement dans toutes les langues. Au moins il y avait du café chaud, car la route allait être difficile.

Sous un véritable déluge orageux, aveuglé par les éclairs, nous descendons en direction de Lyon pour atteindre le parc de Villars les Dombes. Mon épouse récupère de la nuit sur le siège passager et j’essaye de dépasser les quatre vingt kilomètres à l’heure sur la chaussée inondée. La pluie se calme et vers les dix heures du matin nous atteignons le parc. À peine arrivés, les nuages se dissipent, laissant place au soleil brûlant. 

Le parc prend place autour d’un étang, ici on appelle cela des dombes, d’où le nom Villars les Dombes. Au centre s’élève une impressionnante tour près d’une arène réservée aux deux spectacles quotidiens et partout autour prennent place des volières de toutes les tailles. Le visiteur peut rentrer dans certaines et s’approcher des volatiles comme celle dédiée aux oiseaux d’Afrique. C’est celle que j’ai préféré, la plus vaste, donnant presque l’impression que les oiseaux sont en liberté. La vue imprenable du haut de la tour, fut également un grand moment, un site idéal pour observer d’au dessus les oiseaux qui survolent l’eau verte des dombes.

Les petites volières fermées où tournent en rond les piafs m’ont donné un peu la nausée. C’est triste de voir des animaux en cage mais bon, c’est un parc. Au choix je préfère Sainte-Croix ou la Volerie des Aigles. A Villars les Dombes il y a beaucoup de monde, tout est trop grand et trop bien orchestré. Même le spectacle des oiseaux, aussi beau qu’il soit, me semble trop artificiel.

Avant d’aller rejoindre notre nouvel hôtel, nous avons fait un crochet par le village médiéval de Pérouges et ses fameuses galettes au sucre. Le lieu est nettement plus touristique que dans mes lointains souvenirs mais les ruelles sont toujours aussi belles et les galettes délicieuses.

Le second hôtel, proche du parc, n’est pourtant pas un ibis mais un lieu à l’ancienne avec des chambres non stéréotypées, le genre de lieu que j’apprécie beaucoup. En plus il était calme et le petit dej copieux. Tant mieux car il fallait maintenant revenir vers Strasbourg.

Finalement, au lieu du détour de plus d’une heure par la Suisse, initialement envisagé, nous avons opté pour Beaune et ses hospices, une ville devant laquelle je suis toujours passé en voiture sans jamais m’arrêter. Une pause culturelle sur la route des vacances.

Il y avait une longue queue devant l’entrée des hospices pour un quinze août. Et pour cause, quelle merveille ! Enfin merveille se mêlant au sordide car le splendide dortoir façon cathédrale ou château médiéval avec se alignements de lits numérotés, faisait froid dans le dos. D’un autre côté, la cour principale à colombages et les toits aux ardoises multicolores brillant au soleil réchauffait le cœur.

Restaient trois heures de route avec une option pour nous arrêter à Besançon. Mais j’y passe souvent pour le travail et la chaleur accablante de cette après-midi nous a découragée. Vers seize heures nous retrouvons notre maison, nos voisins, le chat, notre fils et notre lit si confortable.

Carcariass – Afterworld

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Je l’avais promis, et je tiens presque toujours parole, presque, aujourd’hui je vais vous parler du dernier album de Carcariass, Afterworld.

Contrairement à Planet Chaos, avec lequel j’ai découvert le groupe franc-comtois, Afterworld est principalement chanté, devrais-je dire gueulé. Il s’éloigne clairement des sphères progressives même si vous entendrez ici où là des guitares floydiennes comme dans au début de ‘Identity’ et des claviers planant, la fin de ‘Black Rain’ par exemple. On est plus sur du Paradise Lost période Host et du Queensrÿche que dans les seventies à patte d’eph et cheveux gras.

Les guitares de Pascal et Bob font beaucoup à la musique dans l’album sans parler du chant scandé growlé de Jérôme. Au niveau de la rythmique, Raphaël à la basse et Bertrand à la batterie ne donnent pas vraiment dans la dentelle. C’est dense et pas franchement très inventif.

J’adore l’entré en matière de l’album sur un ‘No Aftermath’, cette ouverture martiale dopée à la testostérone, une marche militaire qui écrase tout sur son passage avec la troupe qui hurle en choeur ‘We are the shield, the claws, and the ground meat.’. Pour la subtilité et la douceur, vous repasserez.

Si vous avez joué à Space Hulk, ces soldats de l’espace en armures affrontant des nuées d’aliens Genestealer dans des épaves de vaisseaux, vous appréhenderez mieux la violence de Aftermath, qu’elle soit vocale ou musicale. Cet album, c’est cri de ce guerrier transformé pour devenir une machine à tuer qui tapis au fond de son cerveau, conserve un brin de conscience humaine.

Manifestement Afterworld poursuit le récit, du moins le thème abordé dans le précédent opus Planet Chaos.

Tous les morceaux ne fonctionnement cependant pas forcément aussi bien que ‘No Aftertermath’, ‘Identity’, ‘Angst’ ou ‘Generation Rot’. ‘Billions Of Suns’ et ‘Black Rain’ peinent à me convaincre. Leur côté brutal manque de mordant. Je trouve également que les instrumentaux ‘Fall Of An Empire’ et ‘Afterworld’ ne possèdent pas la même richesse que ceux de Planet Chaos. Ils s’écoutent sans marquer les esprits.

Afterworld c’est presque une heure brutale, tendue et dense au chant caverneux pendant laquelle les guitares font des merveilles et où le chant arrive à produire des refrains furieusement accrocheurs.

Évidemment ça poutre un peu malgré quelques claviers à la Vangelis et des longs accords façon Gilmour. Le metal écrase vite les ouvertures cinématiques comme dans ‘Machine Kult’ et si on n’apprécie pas les gros tatoués et la bière à 10°, il vaut mieux s’abstenir.

Je n’aurai peut-être pas accroché avec Afterworld sans avoir découvert leur précédent album, alors si vous avez un doute, commencez par  Planet Chaos et continuez avec Afterworld. Vous pourriez prendre goût à leur musique.

Hypno5e – Sheol

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Un samedi après-midi ensoleillé, alors que le groupe français Hypno5e allait se produire à la Laiterie, j’ai téléchargé leur dernier album Sheol avant d’aller au concert, histoire de mieux connaître leur musique.

Je dois une fois encore, la découverte de ce quatuor à Stéphane Gallay qui avait parlé à plusieurs reprises de leurs albums et écrit un live report sur leur passage à Genève. J’avoue que comme lui, je n’étais pas à 100% convaincu par leur musique jusqu’à Sheol, mais un concert de post metal atmosphérique près de la maison, cela ne se refuse pas.

J’ai fait tourner Sheol à plusieurs reprises dans le salon et me suis dit que finalement, la soirée pourrait être plus intéressante que prévue.

Sheol est un album six titres d’un peu plus d’une heure avec trois morceaux de plus douze minutes où se mélangent metal, post-rock, instruments à cordes, extraits audios, growl et chant clair. Un savant mélange de genres et de langues puisque vous pouvez y entendre du français, de l’anglais ainsi que de l’espagnol dans les textes.

Hypno5e joue de contrastes avec leur musique, de l’éthéré au gros poutrage se succèdent comme le chant clair et le growl. Une écriture qui me fait songer parfois aux jeunes années de Haken.

Pour vous donner une petite idée, le titre ‘Sheol’ se joue à la mandoline sur un poème de César Vallejo déclamé en espagnol et se poursuit par une charge de growl et du chant clair mélancolique avant de donner dans le djent post-rock.

Vous me suivez ?

Tant mieux, parce que ‘Tauca’ ressemble à s’y méprendre à du Genesis avec sa guitare acoustique et son chant à la manière d’anasazi. Et puis, il y a des morceaux qui soufflent le chaud et le froid comme ‘The Dreamer and his dream’ qui alterne chant délicat et growl dévastateur. En plus de tous ces mélanges de genres, Hypno5e n’est pas avare de sonorités, instruments classiques, bruitage, extraits de film comme celui des ‘Enfants du Paradis’ ou de poèmes avec ‘Heces’.

Sheol va au-delà du simple album de post-metal. C’est une exploration sonore d’une infinie richesse, cinématique, violente et poétique.

A ma propre surprise, je suis tombé amoureux de cet album et il rentre de ce pas dans mon top 2023. N’hésitez pas à les écouter. Leur discographie est à découvrir sur Bandcamp sans modération, et en live, c’est vraiment excellent.

Klone – Meanwhile

Ce n’est pas parce que je ne suis pas allé les écouter au Noumatrouff à Mulhouse que j’allais faire l’impasse sur Meanwhile du groupe Klone. De toute manière, j’ai déjà écouté en live à La Laiterie ainsi qu’à la Maison Bleue à Strasbourg nos amis français qui signent aujourd’hui chez Kscope.

Comment décrire Klone à une personne qui ne les connaîtrait pas encore ? Il s’agit d’une formation metal alternative née en 1995 et qui, depuis Here Comes The Sun en 2015, a pris un virage plus mélodique, laissant derrière eux le growl.

Meanwhile, sorti cette année, est le digne successeur Du Grand Voyage. Des morceaux de quatre à six minutes pour un peu moins d’une heure sur lesquels s’invite beaucoup le saxophone. Un album à guitares dominé par le chant de Yann, une voix qui prend aux tripes, tout particulièrement en live.

Ceci dit, cette voix est également le talon d’Achilles du groupe, car Yann module assez peu ses cordes vocales. En gros il fonctionne sur deux modes, mélancolique papier de verre et colérique granuleux. Cela donne à leurs albums une fausse impression d’uniformité à laquelle le dernier opus n’échappe pas.

Deux morceaux se dégagent toutefois de l’ensemble : ‘The Unknown’ et le titre album ‘Meanwhile’, peut-être parce que le saxophone de Matthieu y est plus présent.

Meanwhile est un concept album qui nous livre des réflexions sur la société actuelle, présentant les plus belles comme les pires facettes du monde dans lequel nous vivons. Il nous appelle même à la désobéissance.

La superbe pochette signée Umut Recber représente un ciel tourmenté comme la musique de Klone, un nuage sombre en forme d’ours menaçant, la gueule grande ouverte, tous crocs dehors.

Leur musique a toujours un parfum américana western comme dans ‘Serenity’. Un son de guitare traînant propre aux grands espaces, cette voix assoiffée qui hurle dans le désert et une rythmique presque déconstruite par moment avec ses accélérations imprévisibles que l’on entend dans ‘Elusive’.

Meanwhile passe par des périodes plus apaisées comme dans ‘Apnea’ mais d’autres morceaux hésitent entre un couplet tranquille et un refrain tourmenté à la manière de ‘Night And Day’.

Après bien des écoutes, Meanwhile s’est enfin révélé, car il est vrai que son écoute n’est pas des plus immédiate et j’ai tendance à m’y égarer. C’est finalement ‘Elusive’ qui s’est détaché, un titre à l’écriture particulièrement originale lorsque l’on sait prendre le temps de l’écouter avec, entre autres, son introduction au saxophone.

Va-t-il rentrer dans mon top 2023 ? Il est trop tôt pour l’affirmer. Ce qui est certain, c’est qu’il mérite la découverte, en plus, il est sur Bandcamp.

Carcariass – Planet Chaos

Une fois encore, je dois la découverte de Carcariass à Stéphane Gallay et ses chroniques musicales. Il était tombé sur le groupe lors d’un concert à l’Usine et avait ensuite fait la retape de leur album Planet Chaos.

Carcariass est un quatuor franc-comtois de death metal progressif qui existe depuis 2009 devenu quintet depuis peu et qui vient de sortir leur nouvel album Afterworld le 3 mars dernier. On y reviendra.

Mais comme Stéphane, je vais d’abord vous parler de Planet Chaos sorti en 2019. Pour quelle raison ? Tout simplement parce que cet album est une tuerie.

Le projet est porté par Pascal Languetin qui compose et joue des guitares heavy et des claviers progressifs. Il y a également de la double pédale frétillante en la personne de Bertrand Simonin assis sur le tabouret et une basse bien présente tenue par Raphael Couturier.

Malgré un artwork assez gore, Planet Chaos se révèle être un concept album futuriste plus proche du metal progressif que du death. Ok, le chanteur Jérôme Thomas use et abuse de growl caverneux mais sur les treize morceaux que comporte le disque, il y a de nombreux instrumentaux.

Écouter Carcariass, c’est un peu comme plonger dans un album de Ayreon musclé qui se serait concentré sur les guitares. Vous voyez le genre ? Les morceaux vont de trois à huit minutes pour le plus long, offrant une heure neuf d’écoute. Alors installez-vous confortablement.

Après avoir saccagé leur planète, les humains s’exilent vers un autre monde et comme l’échec se résumerait à l’extinction de la race, l’espèce est transformée génétiquement pour réussir coûte que coûte.

Evidemment cela se passe très mal comme en témoigne le titre ‘Letter From The Trenches’, inspiré par des lettres de soldats de la première guerre mondiale.

Carcariass arrive, malgré un métal musclé, à rendre très mélodique cette heure science-fictionnesque, sans doute grace aux pauses instrumentales, aux claviers et à des refrains très bien fichus comme dans ‘Psycotic Starship’. 

Certes Carcariass n’y va pas avec le dos d’une cuillère. Pour la musique méditative, vous attendrez la prochaine chronique. Le growl n’arrange rien à l’affaire et l’abondance de guitares et de claviers ne calme pas vraiment le jeu. Il s’agit pourtant d’un death metal très mélodique (oui je sais, il y a une petite contradiction dans la phrase). L’écriture très progressive de Planet Chaos pourrait séduire plus d’un baba cool maqué à une métalleuse.

Planet Chaos s’achève par un morceau instrumental épique de presque neuf minutes. Une pièce magistrale, parfaitement maîtrisée, riche en rebondissements, qui devrait vous en boucher un coin, même si vous êtes un vieux con blasé comme moi.

Si Carcariass n’est pas un des grands noms de la scène metal française, ils font preuve d’un évident savoir faire dans le death metal progressif avec Planet Chaos et si leur nouvel album Afterworld est plus direct, il prouve par sa maîtrise que Planet Chaos n’était pas juste un miracle isolé dans leur carrière. D’ailleurs on devrait y revenir bientôt. En attendant, vous pouvez les écouter sur Bandcamp.

Plus 33 – Open Window

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Lors du concert de Out5ide le vendredi 13 janvier, Philippe Rau, guitariste du groupe, m’a parlé du projet Plus 33 qui prépare un second album sur lequel il joue. Un album de rock progressif instrumental quatre titres, tout ce qu’il fallait pour titiller ma curiosité.

Alors je suis allé écouter leur premier effort, Open Window, sorti en 2020 et disponible sur Bandcamp.

Plus 33 est le projet du claviériste Didier Grillot accompagné ici de Lloyd Wright à la guitare, Paul Susan à la basse, Dave Wilde au saxophone et flûte et Adam Sinclair à la batterie. Didier fut le claviériste du groupe Outside jusque Freedom en 2002. C’est donc naturellement que de retour en France, il s’est tourné vers Philippe pour jouer les guitares sur le prochain album.

Mais parlons de Open Window en attendant le prochain album. Un disque cinq titres d’un peu moins d’une heure, cent pour cent instrumental qui décline les quatre éléments en musique plus un épilogue. Côté style, il s’agit d’un prog instrumental atmosphérique parfois jazzy dominé par les claviers où pointe parfois du piano classique comme dans le troisième mouvement de ‘Water’ et dans ‘Epilogue’.

‘Water’ s’ouvre sur un mouvement jazzy contemplatif et se poursuit sur un chant de baleines à la guitare rapidement remplacé par le saxophone, le piano et la flûte traversière. Toujours liquide, la musique se fait impressionniste au piano, dévoilant tout le talent de Didier Grillot sur cet instrument. 

Le quatrième mouvement est quant à lui nettement plus dans la veine du rock progressif symphonique avec force de claviers et guitare. Du prog seventies avec quelques accents Road 66 à la guitare. Des eaux plus tumultueuses on va dire. Puis ‘Contemplation’ nous offre une accalmie liquide, une plongée sous la surface à la manière du Grand Bleu.

L’album nous ramène ensuite sur la terre ferme avec le premier des trois chapitres de ‘Earth’. Un retour à la fusion sur du piano électrique, de la batterie, de la basse, de la guitare, un saxophone dans tous ses états et des claviers pour terminer. La ‘Douce Ivresse’ se joue à la flûte traversière et aux nappes de claviers, un je ne sais quoi de l’Heptade d’Harmonium, juste divin. Le troisième mouvement, ‘You, Us, Them’, se pare de guitare acoustique, de flûte, de piano et de notes graves de synthés dans la continuité de la piste précédente, mais cette fois de nuit.

C’est avec le feu que se poursuit Open Window, une première pièce progressive un peu orientaliste où claviers et guitares mènent la danse. Le second et dernier mouvement du feu est rock expérimental et psyché, un pur bonheur !

Le quatrième et dernier élément est l’air en deux mouvements. Le premier est planant et très cinématique, tout aux claviers de Didier façon Vangelis et le second, très cool également est plus dans un mood hawaïen.

Open Window s’achève par un épilogue de plus de cinq minutes qui revient à la musique impressionniste pour finir façon piano bar.

L’album contient de très beaux passages et d’autres plus classiques. Un instrumental varié entre jazz, prog, classique et atmosphérique joué par des musiciens talentueux qui s’écoute et se réécoute avec bonheur. Vous pouvez le découvrir sur Bandcamp.

The Dali Thundering Project – All Mighty Men – Drifting Through a Prosthetic Era

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Avertissement : si vous n’aimez pas le slam, si vous vomissez le djent, si l’indus vous donne de l’urticaire, si le growl vous fait gerber, alors passez votre chemin. Aujourd’hui ça va faire mal.

Luc, le plus ancien et le plus jeune des chroniqueurs de Neoprog – cherchez l’erreur – m’a recommandé dernièrement l’album Savages du groupe de metalcore français The Dali Thundering Concept. Comme dit justement, Luc est jeune, je pourrais être son père. 

D’ailleurs, Luc ! Je suis ton père…

Il est plein de fougue et chroniquait les promotions les plus improbables de Neoprog avec une plume acérée. J’ai essayé Savages, mais contrairement à Luc, je n’ai jamais été vraiment fougueux et ma jeunesse est loin derrière mes rhumatismes. Savages m’a semblé intéressant mais clairement trop sauvage pour mes chastes oreilles.

Cela ne m’a pas découragé pour autant, car j’adore le djent. Un soir, j’ai écouté le dernier album du groupe All Mighty, Men – Drifting Through a Prosthetic Era sorti en janvier 2022, un disque dix titres pour seulement trente-six minutes. 

L’écoute du premier morceau a suffi à me convaincre, j’ai commandé le CD, en priant pour que le reste soit du même tonneau. En réalité, la suite est encore meilleure.

Le groupe est un quatuor français qui mélange allègrement sur dix pistes djent, metalcore, slam, néo classique, électro, growl tout en parlant d’écologie en anglais. Autant dire que ça pique, surtout pour un vieux schnock comme moi. Ca pique oui, mais c’est juste génial.

La pochette représentant un visage brisé au milieu tenu par deux mains sculptées dans le plâtre a immédiatement attiré mon attention, une superbe accroche comme le morceau d’ouverture. L’album est un concept sur l’humanité, le futur et l’écologie : “God is dead, long live man, all mighty men.”.

Quatre instrumentaux aèrent le growl et le slam torturé. Le disque existe d’ailleurs également en édition instrumentale pour ceux qui n’aiment pas le chant crié. 

‘God Is Dead’, qui m’a donné envie de plonger, dans l’album explore l’électro cinématique sur un voix vocodée, virant ensuite au djent symphonique grandiloquent sur des orgues d’église avec, pour finir, des chœurs hurlés. ‘Styx’ donne dans le néo-classique au piano et violon un peu tzigane, une accalmie salutaire après le violent ‘Lost In Transaction’. ‘Serenading Silence’ propose deux minutes trente-neuf secondes de Plini avec une guitare lumineuse et des petites notes claires métronomiques. Le très court ‘Alone’ joue du cinématique à la Vangelis, des accords sombres qui sonnent dans l’immensité noire et qui vont crescendo pour ouvrir le djent de ‘Enter The Limbo’.

Et puis il y a des surprises comme le ‘Long Live Man’ qui use de slam avant de se déchirer les cordes vocales sur du métal prog djent symphonique. C’est violent, mais quelle claque ! Que dire de ‘The Sea Starts Here’ aux accents orientaux où un growl carrément caverneux, limite goret, écrase un djent metalcore avant de revenir à un rap de souk. N’oublions pas le dernier morceau, ‘Candid Monster’ au chant clair sublime, slam et musique cinématique qui conclut ces trente-six minutes spectaculaires en douceur, enfin, presque.

Nous serions encore en 2022, je vous dirais que je viens de trouver mon album de l’année, parce sincèrement, All Mighty Men – Drifting Through a Prosthetic Era est juste extraordinaire. Je ne peux que vous recommander The Dali Thundering Concept. Il est sur Bandcamp, en version instrumentale également et vous trouverez aussi Savages dans lequel je vais me replonger avec plus de sérieux.

Lazuli – Onze

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Voici ONZE, le onzième album de Lazuli écrit pendant le COVID-19, vous savez cette mauvaise grippe qui dure et perdure et qui a rendu la moitié de la population mondiale à moitié dingue.

Deux vinyles glissés dans une double pochette émeraude ornée de l’abeille qui rôde abritent onze morceaux auxquels Lazuli ne nous avait pas forcément préparé. 

Si les musiciens restent fidèles au poste et que les mots sont toujours signés par Dominique, quelque chose à changé. La préface, au début du livret, éclaire assez bien sur l’état d’esprit qui a donné naissance à cet album, ‘une mélancolie, un spleen, une grisaille’ pour emprunter les mots de Domi.

Les paroles de ce onzième album véhiculent beaucoup de la dépression de ces mois confinés, oubliant presque les coups de gueule d’une époque pas si lointaine même si ‘La bétaillère‘ n’y va pas avec le dos de la cuillère. La musique, elle, explore de nouveaux horizons plus symphoniques et même pop rock, revenant parfois à des épures acoustique dans le style de ‘Les mots désuets’. Arnaud apporte dans son bagage de nouveaux sons de guitare et certains arrangements rapprochent Lazuli d’un Marillion francophone comme dans ‘Pleureur sous la pluie’.

Ma première impression, passée la frénésie du déballage, est assez mitigée je l’avoue. ONZE se révèle déstabilisant, très différent du fabuleux Dieter Böhm.

Il y a des titres qui font mouche dès la première écoute comme le fabuleux ‘Parlons du temps’ ou encore ‘Sillonner des océans de vinyles’ et ‘Le grand vide’. D’autres sont nettement plus déstabilisants. Je pense à ‘Égoïne’ aux influences trop americana à mon goût pour Lazuli et ‘La bétaillère’ un chouïa too much dans ses arrangements grandiloquents.

Et puis il y a des morceaux qui me laissent insatisfait, ‘Triste Carnaval’ au double récit obscur et au final instrumental pas très convainquant et ‘Pleureur sous la pluie’ qui possède une construction assez improbable et au solo de guitare qui en fait vraiment trop. ‘Les mots désuets’ réduit à une guitare et le chant aurait à la rigueur sa place dans un album acoustique, même si placé avant le bruyant ‘La bétaillère’, nous évite l’indigestion sonore.

Je suis fan de Lazuli depuis la découverte de 4603 Battements il y douze ans. Hélas avec ONZE, je ne retrouve pas le groupe que j’aime tant. L’album s’écoute très bien, certains textes font mouche, mais j’étais habitué à mieux. 

Alors je sais que vous allez me tomber à bras raccourcis dessus, d’ailleurs j’ai hésité à publier cette chronique, en partie par amitié pour les membres de Lazuli que j’adore et pour les coups que je vais me prendre, mais ONZE, le nouveau Lazuli me laisse de marbre. Cela ne m’empêchera pas d’aller les écouter Chez Paulette le 3 juin prochain, car en live, Lazuli c’est toujours magique.