La réforme

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Imaginez que vous ayez du bazar dans votre grenier. Imaginez que tout ce fatras soit référencé avec des étiquettes dans une belle application Microsoft. Imaginez encore qu’il vous suffise de quelques opérations pour obtenir une belle liste de ce dont que vous voulez vous débarrasser. Il ne vous reste plus qu’à monter au grenier récupérer les objets listés et de les emmener à la déchèterie. Cool non ?

Dans l’administration, nous n’avons pas de grenier mais des caves et des garages, bourrés à craquer de vieux trucs bons pour la casse. Nous avons aussi un logiciel et des codes barres pour référencer tout ce que nous avons acheté. 

Donc en théorie, il suffit de scanner les codes barres pour établir une liste de choses à envoyer à la déchèterie. Sauf qu’avant de jeter, il faut demander la permission à la direction, avertir l’agent comptable puis trier ce qui va être recyclé, cédé, vendu et jeté. Normal, c’est l’argent du contribuable tout de même.

Vous me direz, « facile avec ta liste ». Oui mais non. On n’a pas le droit de faire comme ça. Si on scanne les codes barres dans le beau logiciel, on décide de jeter avant d’avoir eu le droit de jeter. Et ça c’est très mal, même si au final, la direction signe ce qu’on lui donne à signer sans sourciller, ça s’appelle la confiance.

Donc pour jeter, il faut d’abord lister. Avec l’ordinateur portable et Calc de LibreOffice, nous allons dans les garages et caves, inventorier les objets cassés, retrouver leur code barre à huit chiffre et le recopier dans le tableur.

Une fois cette première étape achevée, nous allons dans notre belle application rechercher le code barre à huit digits et recopier les informations relatives à l’objet dans le tableur : date d’achat, code immobilisation, code comptable, désignation, valeur résiduelle.

Certains de ces biens sont introuvables dans l’application, le plus souvent parce que l’entité qui les a acheté n’est pas la nôtre, en gros c’est un cadeau d’un autre centre. Dans ce cas là, il faut rechercher les informations sur un autre outil puis demander l’autorisation à l’acheteur de détruire le machin cassé. Pour ces objets, je n’ai pas encore compris qui devait produire le document de demande de destruction et qui devait le signer. Pour l’instant j’ai reçu plusieurs réponses contradictoires. Mais passons.

Une fois le tableur complété, il faut l’imprimer en PDF avec un numéro unique, ajouter un blabla qui n’apporte rien au débat, et le faire signer par plein de personnes qui s’en moquent comme de leur première chaussette.

Voilà. Nous avons alors ce que l’on appelle un procès verbal de réforme. Je ne c’est pas où se trouve le verbal là dedans sorti de mes jurons en l’établissant.

Une fois qu’il est signé, nous avons le droit d’aller dans l’application pour signaler que ces trucs cassés sont cassés et que nous allons les jeter à la poubelle. On reprend le PV de réforme, on copie le code de huit chiffres dans l’application, on saisit la date du jour, le responsable, l’état de l’objet (cassé) et on le sort de l’inventaire. Valider, voulez-vous le sortir ?, Oui, voulez-vous imprimer le bien sorti ?, non, sortie effectuée, Ok.

Après deux-cent opérations de ce genre, vous devenez maboule. Une lampe de bureau Ikea, une perceuse, un siège en rotin, un écran cathodique, une caisse à outils vide, un PC Pentium, un crayon bic mordillé, une lunette de WC, une 4L essence sans moteur…

C’est maintenant que vous avez le droit de vider les garages et les caves. Oui mais pas de passage à la déchèterie. Le matériel électronique doit être recyclé ou cédé. Enfin… Vous ne pouvez céder que les écrans et les ordinateurs. Le reste, les hubs, les vidéo projecteurs, les imprimantes, c’est défendu. Et vous ne pouvez le céder qu’à des associations qui en on fait la demande. Pour le recyclage, il faut passer par des sociétés spécialisées qui vont établir un listing de ce qu’elles recyclent. Et elles aussi ne prennent pas tout. Au final, cela se termine souvent dans une benne de 30m3 en vrac.

Mais ce n’est pas fini. Une fois les biens sortis de notre application, il faut en envoyer la liste à l’agent comptable afin qu’il réalise la sortie comptable. Car il y a les sorties physiques et les sorties comptable. 

Et c’est là que cela se corse (225 km/h). Car vous imaginez bien, qu’entre le moment où vous allez dans la cave lister les biens et que vous y retournez des semaines plus tard pour tout jeter, quelques erreurs de saisie ont pu se produire dans une liste de deux-cent objets et cinq copier coller par ligne de tableur.

La chasse aux œufs commence alors pour retrouver le four micro-onde, le clavier noir et la chaussette rouge pointure 42. Du coup, des fois on triche un peu, allez savoir pourquoi.

Après avoir épuré notre application de biens inutiles et vidé les garages, il ne reste plus au bon fonctionnaire qu’à coller des codes barres sur les nouvelles gommes, chaises, lampes et unités centrales, les saisir dans l’application adhoc avec toutes les informations qui vont bien puis descendre à la cave empiler les vieux trucs qu’il faudra prochainement jeter à la poubelle.

J’interromps ce billet pour une annonce urgente de l’agent comptable : nous recherchons activement un walkman Sony avec ses écouteurs en mousse, code barre 00000001. Si vous le retrouvez dans votre tiroir merci d’avertir d’urgence l’agence comptable. L’affaire est grave !

On n’a pas de pétrole mais on a des idées

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Au début des années soixante-dix, le gouvernement français prenait en pleine figure la première crise pétrolière. Faute de solution miracle face à l’explosion du baril, il instaurait le changement d’heure en 1973 – qui est d’ailleurs toujours en place à ce jour – et sensibilisait les français aux économies d’énergies avec le fameux slogan « On n’a pas de pétrole mais on a des idées ».

Cinquante ans plus tard, en plein réchauffement climatique, alors que les réacteurs nucléaires doivent être arrêtés et que la crise du gaz russe bat son plein, des slogans vieux d’un demi siècle refont surface. « C’est pas Versailles ici ».

Outre l’électrification du parc automobile, l’administration envisage d’adapter les modèles thermiques pour le bio éthanol. Des recommandations nous engagent à remplacer nos éclairages par des LED, de chauffer à dix-neuf degrés et de climatiser à partir de vingt-six. 

Des chantiers de mise en conformité énergétique sont lancés ainsi que le remplacement de toutes les chaudières au mazout et nous allons privilégier les pompes à chaleur aux autres équipements de chauffage.

Aujourd’hui, l’état s’intéresse de très près à notre résilience aux coupures électriques. Avons-nous des onduleurs, qu’est-ce qui est branché dessus, quelle est leur autonomie, disposons-nous d’un groupe électrogène, combien de temps peut-il fonctionner avec un plein, bref ça craint.

Mon tout nouvel onduleur 75 kVa à dix-milles euros se repose dans son local électrique climatisé. Car ça chauffe les batteries. Chez nous, les coupures ne sont pas acceptables, les gars qui veulent installer la borne électrique l’ont bien compris.

Sauf qu’un soir de fortes chaleurs, en passant devant la porte du local, j’ai entendu un bip bip inquiétant. L’onduleur était en mode by-pass, traduction il ne rendait plus son service normal et à la moindre micro coupure, c’était le black-out assuré.

Le climatiseur étant hors-service, les batteries devenaient trop chaudes et l’onduleur s’était mis en sécurité. Nous avons installé des ventilateurs dans la pièce et un climatiseur d’appoint pour baisser la température du TGTB et tout est  rentré dans l’ordre. Plus de peur que de mal.

Le service de maintenance de la clim est passé le lendemain et a commandé la pièce défectueuse, en l’occurrence la sonde température, notre spécialité en fait, sauf que ce ne sont pas les mêmes. Dommage, car la sonde n’est pas encore arrivée et qu’avec la canicule, les batteries flirtent dangereusement avec les 40 degrés fatals au système. Nous avons installé un second climatiseur d’appoint et nous pompons 4 kVa à l’équipement qui nous garantit 75 kVa, tout ça pour le refroidir…

L’état se prépare à une crise énergétique majeure pour l’automne, que ce soit électrique, gaz et pétrolière. Nous sommes chauffés au gaz et notre onduleur fonctionne sous perfusion. Seul le groupe électrogène se porte bien, mais il fonctionne au diesel, et pour le réchauffement climatique c’est mal. 

J’ai l’impression que la rentrée va être intéressante.

Vacances

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Oui je suis en vacances ce soir et non je ne pars pas. Désolé pour les cambioleurs. L’été je cueille mes tomates, mange mes courgettes, prépare des confitures, bouquine à l’ombre, bricole, procrastine beaucoup et fais quelques promenades à la fraîche. 

Il faut dire que je fuis la foule, les plages bondées, les restaurants où il faut faire la queue, les sites remarquables grouillant de touristes, les boites de nuit à Ibiza et les visites guidées. J’aspire à la solitude et au silence.

Le silence mais en musique et la solitude avec des amis. Samedi on voit des copains, dimanche c’est festival et pour les jours qui suivent improvisation : repeindre les volets, isoler le grenier, apprendre à photographier au flash, développer quelques images, chroniquer Arstidir, Archive ou Oceans of Slumber, qu’est-ce qui vous tente le plus ? 

J’essayerai de trouver du temps pour vous raconter ma journée au festival Rock Your Brain Fest avec entre autres Alex Henry Foster et King Buffalo. Pour l’instant Météo-France annonce 31 degrés et pas de pluie. 

A lundi pour une nouvelle chronique.

Les fossoyeurs

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Jusqu’au 31 décembre 2022, l’état propose l’Indemnité de départ volontaire aux fonctionnaires. Une démission assortie de deux ans de salaire et le droit au chômage.

La mesure était là pour inciter quelques fonctionnaires proches de la retraite à partir plus tôt. Quelques fonctionnaires… Sauf que de nombreux collègues signent pour cet IDV providentiel et que les centres se vident à toute vitesse. La mesure est victime de son succès.

Les services et les centres se vident. Là où vingt-cinq personnes travaillaient encore dans les années quatre-vingt, il n’en reste aujourd’hui que quatre, et encore pas tous les jours. Régulièrement nos sites sont déserts pendant plusieurs journées consécutives et les taches des services sont redéployés en central.

Nous, nous vidons les bureaux, trions les documents, broyons, jetons, classons, réformons le matériel et nous-nous déplaçons de plus en plus souvent pour palier à l’absence du personnel sur place. De toute manière, les rares rescapés ne veulent plus rien faire.

Nous retrouvons dans les bureaux déserts des trombones tordus, du blanco sec, des taille crayons, des rouleaux de scotch vides, des agrafeuses sans agrafes, des gommes en miettes, de vieux téléphones analogiques, des appareils photos argentiques, des rétroprojecteurs, des antiquités de GPS énormes, des archives administratives poussiéreuses non classées, des cartes routières, des cartes postales, des cartes de visites, des fiches de paye, des biscuits moisis, des cadavres d’insectes, des imprimantes à marguerite. L’archéologie de la fonction publique dans toute sa splendeur.

Quelque part, nous sommes les fossoyeurs de ces centres moribonds, ceux qui dispensons la dernière toilette au cadavre avant de l’enfermer dans sa boite. 

J’avoue que c’est assez déprimant. Autour de moi il y a quatre bureaux. Deux seulement sont occupés. Les autres ont été vidés de leurs affaires, nettoyés pour d’éventuels visiteurs qui ne viendront jamais puis fermés à clé. 

Nous serons probablement les derniers dans ces locaux déserts, ceux qui fermeront la porte derrière eux,  définitivement avant de partir. Des vestiges de la grande folie du président François Mitterrand lorsque l’on démoralisait et que l’on recrutait des fonctionnaires à la pelle.

Le jeu des mille bornes

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Dans le cadre de notre politique éco-responsable, nous électrifions notre parc automobile. Nous achetons des Zoe au rayon d’action réel inférieur à 300 km. 

Pour les recharger, nous avons commandé des bornes de recharge rapides deux fois 22 kVA. Avec de telles machines de guerre, une Zoe est chargée à 80% en trois heures ce qui permet d’aller sur un site en véhicule électrique et de repartir le jour même avec sans craindre la panne sèche ou la recharge en cours de route.

Mais pour installer ces bornes, il faut du courant triphasé et un abonnement adapté. Il y a également quelques petits travaux d’infra à prévoir, génie civil et électrique. Une poignée de milliers d’euros.

Cependant, souvent avant d’installer la borne, l’entreprise en charge des travaux, exige une pré-étude réalisée par un cabinet spécialisé. Encore quelques milliers d’euros à prévoir.

Pour alimenter un tel monstre, il faut un abonnement électrique à 72 kVA minimum, en fonction de la consommation du site où vous mettez en place la borne.

Il faut un tarif jaune ou C4, rien de comparable avec votre petit compteur électrique à domicile. Prévoyez des travaux lourds. Vous allez devoir changer la platine du compteur et installer un arrêt d’urgence en limite de propriété. 

Par chance, Enedis se charge de tout, moyennant quelques milliers d’euros.

Ce qu’Enedis ne vous dit pas forcément, c’est qu’il faudra également qu’un électricien pose un coupe circuit entre la platine C4 et le tableau électrique, un coupe circuit qui coûte lui aussi plusieurs milliers d’euros, sans parler de sa pose.

Ce qu’Enedis oublie également parfois, c’est que les câbles électriques qui alimentent la platine devront supporter 400 A et que ceux installés tiennent à peine le quart de l’intensité requise. Cinquante mètres de câbles enterrés à remplacer. Quelques milliers d’euros à ajouter sur la facture.

Le passage à 72 kVA va également mettre en défaut votre sécurité électrique. Les coupes-circuits présents dans le bâtiment seront bons pour être remplacés.

Pour finir, pour installer une borne, il faut une borne électrique, comptez quelques milliers d’euros également pour un modèle double 22 kVA.

Depuis sept mois, nous enchaînons les rendez-vous avec Enedis, Borne Solutions, des électriciens, des cabinets d’études, des réunions avec les services centraux, des déplacements au quatre coins de la France, tout cela pour tenter d’installer des bornes pour nos Zoe qui dorment sur les parkings depuis deux ans.

La première borne pourrait voir le jour au début de l’été. La seconde, peut-être en 2023, si le projet n’est pas purement et simplement abandonné. Dans la plupart des sites, nous allons renoncer aux bornes 22 kVA pour des 3.5 kVA, c’est à dire une grosse prise électrique qui charge une voiture en plus de huit heures.

En quelques mois la facture initiale a triplé, à croire que nous construisons un EPR. Et le plus drôle dans l’affaire, c’est que le ministère nous interdit d’acheter de nouveaux véhicules thermiques. Alors les Zoe patientent sagement, garées les unes à côté des autres, branchées pendant douze heures sur une prise électrique domestique et personne n’ose les conduire.

En attendant, nous prolongeons tant bien que mal la vie de vielles Clio diésel qui n’auront bientôt plus le droit de circuler, ZFE oblige. Espérons que d’ici là nous ayons des bornes ou des véhicules électriques à plus grand rayon d’action.

Je n’ai rien contre électrifier notre parc automobile, même si je me demande vraiment si ces véhicules sont si vertueux écologiquement parlant. Donnons-nous au moins les moyens de le faire correctement, achetons des voitures adaptées à nos besoins, trouvons des solutions raisonnables pour les recharges ou alors patientons encore un peu, en attendant que la technologie soit mature. Pour l’instant, nous perdons beaucoup de temps et nous gaspillons de l’argent pour rien.

Connecté

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Depuis le début de l’année je prends souvent le train pour le travail, visitant nos antennes locales dispersées dans le quart nord-est de la France.

Pour ces déplacements, nous faisons appel à une agence de voyage sensée nous obtenir des billets au meilleur prix. Un conseil, évitez.

Un des défauts de ces billets, sans même parler du prix, c’est qu’ils ne sont pas compatibles avec la fameuse application tant décriée SNCF Connect. Si vous renseignez le code de réservation et votre nom dans Mes billets, vous ne retrouvez pas le voyage en question. Dommage pour la dématérialisation, il faut imprimer sa réservation.

Vous savez sans doute, si vous voyagez un tant soit peu, que pour prendre les lignes grandes distances, il faut être muni du passe sanitaire qui est scanné à l’embarquement avant la vérification des billets. Là, la SNCF a eu une brillante idée pour une fois, fusionner le QR code du passe sanitaire avec celui du billet. Vous recevez le lien d’un formulaire sur lequel vous renseignez votre réservation et votre nom, et miracle vous voyez apparaître vos billets auxquels vous pouvez ensuite associer le passe sanitaire en le scannant.

Le plus fou, c’est que si SNCF Connect ne fonctionne pas avec nos réservations, ce portail pretavoyager.sncf.com lui sait les gérer. Trop bien ! 

Avant de partir pour Paris j’ai voulu jouer. Sur mon téléphone pro, j’ai cliqué sur le lien pretavoyager.sncf.com, renseigné ma réservation ainsi que mon nom et j’ai vu défiler les billets. J’ai alors scanné le QR Code de mon passe sanitaire et miracle j’ai obtenu un nouveau QR Code que j’ai enregistré dans photos. Plus besoin de billet papier. J’étais trop content.

À la gare de Strasbourg, sur le quai, au moment de l’embarquement, j’ai présenté mon iPhone pro muni de son joli QR Code au contrôle du passe sanitaire . Et là surprise, ça ne fonctionnait pas. « Désolé monsieur, on ne sait pas lire ce QR Code, vous avez votre passe sanitaire s’il vous plaît ? ». J’ai me suis mis sur le côté, pour laisser passer les autres passagers afin de sortir du fond de mon sac mon smartphone perso, éteint pour le voyage, car non, dans le train je n’emmerde pas tout le wagon avec ma vie. Tout ça pour présenter mon passe sanitaire. Heureusement, je n’étais pas à la bourre. « Merci monsieur et encore désolé. ». 

Et comme je suis joueur, au second contrôle, celui des billets cette fois, deux mètres plus loin, j’ai présenté à nouveau mon QR Code magique. Et là, là c’est passé, le contrôleur a même pu m’indiquer où était mon wagon et ma place, trop fort !

Une fois dans le train, nous avons eu un nouveau contrôle de passe sanitaire et des billets, des fois que. Et une seconde fois, le QR Code magique a fonctionné. Ils sont trop forts à la SNCF.

Pour résumer : ma réservation ne fonctionne pas sur SNCF Connect m’obligeant à imprimer les billets, mais fonctionne sur http://pretavoyager.sncf.com. Mon QR Code tout en un n’est pas validé au contrôle sanitaire mais passe auprès d’un contrôleur qui ne dispose pas de même terminal. 

Cela s’appelle la simplification et la dématérialisation administrative.

Black Out

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Un matin à 7h00, en arrivant au travail à vélo, j’ai découvert une petite lumière rouge clignotante au-dessus de la porte d’un local. 

En garant mon deux roues dans le parc à vélo, je me suis dit qu’il faudrait que je jette un oeil à ce truc après mon café. Maid arrivé devant la porte du bâtiment, un mot écrit à la va vite invitait tous les agents à rentrer chez eux pour télétravailler. 

J’avoue que ça a piqué ma curiosité. Je n’ai pas suivi l’injonction et suis rentré dans les locaux.  Après tout je suis responsable de la logistique du site. 

Il n’y avait pas de lumière dans les couloirs déserts et le chauffage semblait éteint. J’avais l’impression de visiter un vaisseau spatial fantôme ou d’être revenu au premier confinement. Poutine avait attaqué ? 

Surprise, le directeur adjoint était déjà sur le pont, d’ailleurs nous étions seuls à bord du navire en perdition. Il me résuma sa nuit en quelques mots. Notre onduleur avait cramé, les pompiers étaient intervenus et le bâtiment n’avait plus du courant. Il avait passé sa nuit en coup de téléphone pour gérer la crise et m’avait laissé in message sur mon portable professionnel sagement rangé dans le bureau en mode avion.

Chez nous, qui travaillons vingt-quatre heures sur vingt-quatre sept jours sur sept et qui ne pouvons tolérer aucune coupure de courant, nous sommes équipés d’un groupe électrogène doublé un très gros onduleur afin d’être protégés. En cas de coupure, l’onduleur délivre le courant accumulé dans ses batteries et déclenche la mise en route du groupe électrogène qui prend ensuite la relève, nous promettant cinquante heures d’autonomie sans alimentation secteur EDF. 

Oui mais. Si l’onduleur crame, vu que tout passe par lui, nous n’avons plus rien.

La lumière rouge devant la porte du TGBT s’expliquait soudain. Le TGBT est le local où se situe le tableau général basse tension et l’onduleur. Un machin plein de disjoncteurs dont il faut s’approcher prudemment. Le détecteur de fumée s’était déclenché dans la pièce et l’alarme n’était toujours pas coupée.

Maintenant, il s’agissait de remettre en marche le courant. Oui mais comment ? Le triphasé arrive directement sur l’onduleur avant de desservir le bâtiment, et l’onduleur sentait furieusement le brûlé. Pas question de relancer le disjoncteur général sans quelques précautions élémentaires. On a qu’une vie et elle est courte. Encore que depuis quelques jours, on peut prendre plus de risques avec les russes qui tirent sur les centrales nucléaires.

J’ai passé une heure au téléphone à essayer de contacter des électriciens. Soit ils dormaient encore (nous ouvrons à 9h), soit il n’était pas disponibles (je suis sur un chantier en Ukraine), soit le problème dépassait leurs compétences (vous savez nous on s’occupe d’installations domestiques). Après une heure d’efforts, j’essaye la société en charge de la maintenance de l’onduleur. Pourquoi n’y avais-je pas pensé avant me direz-vous ? Bon. Après plusieurs tentatives et quelques redirections, je tombe sur le technicien miracle capable de nous donner la procédure de bypass de l’onduleur, celle qui permettra d’alimenter le bâtiment sans passer par la machine infernale qui sent le cramé.

Vers 9h30 le courant est relancé pour ce qui est de l’éclairage et du chauffage. Je peux enfin boire mon premier café de la journée. Il était temps.

Pour l’informatique, tout a disjoncté et c’est étape par étape que les systèmes peuvent être redémarré, modems, routeurs, switchs, serveurs, ordinateurs. A part quelques équipements capricieux et switchs hors services, nous nous en sortions sans trop de casse.

Pendant vingt-quatre heures, notre activité pour le grand quart nord-est de la France a été totalement paralysée. Et tant que nous n’aurons pas changé l’onduleur, nous serons à la merci d’une surtension ou d’une coupure qui pourraient provoquer d’autres dégâts.

Tout cela aurait pu être évité bien sûr. L’onduleur aurait pu être remplacé en novembre, nous avions le budget et les devis comme le feu vert technique. Mais pour l’installer, il fallait procéder impérativement à une coupure électrique de quelques heures, le temps de tout arrêter proprement, de changer l’onduleur et de tout relancer étape par étape. Hélas, mille fois hélas, les services opérationnels avaient mis leur véto à cette opération. Pas de coupure avant mi avril, fin de la période hivernale.

Finalement ils auront deux coupures avant la date butoir. Le bon côté c’est que maintenant nous sommes rodés à l’opération.

Le standardiste

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Dans mon travail, j’ai régulièrement à gérer les appels entrants de Météo-France en plus de  traiter la logistique des sites, le courrier, les achats et les contrats pour dix centres. Je reçois des appels venus de l’interphone de la porte d’entrée au standard des différents sites sous notre responsabilité sans parler des fournisseurs et entreprises avec qui nous travaillons.

Voici quelques morceaux choisis de ces appels improbables :

Bonjour, du lambris est tombé sur ma tête ce matin. Ça doit être un tremblement de terre. Vous avez enregistré une secousse sismique à Montbéliard ce matin ?

Bonjour, il y a des avions qui diffusent des produits dans l’atmosphère, je vois leurs trainées dans le ciel. Ce sont des nanoparticules ?

Bonjour, je vous appelle pour une enquête judiciaire. Nous voulions savoir si le sol était suffisamment glissant la nuit du ../.. pour permettre de trainer un corps de quatre-vingt kilos sur une dizaine de mètres ?

Bonjour, c’est le facteur ! C’est pour un recommandé.

Bonjour… heu voilà, c’est la mairie qui m’envoie vers vous parce que mon assurance m’a demandé de prouver que le vent avait soufflé fort hier soir. Désolé de vous déranger mais, enfin, c’est que mon toit s’est envolé.

Bonjour, je me marie dans six mois et je voulais savoir s’il pleuvra entre 16h et 20h ce jour là, on voudrait installer des tonnelles dans le jardin.

Bonjour, c’est l’plombier. Qui s’est ? C’est l’plombier.

Bonjour. Dites, votre réchauffement climatique c’est des conneries. Vous avez vu comme ça caille se matin.

Bonjour, je suis élève de troisième et je voudrais faire un stage en entreprise chez vous, de préférence à partir de demain matin.

Bonjour, je me présente, M. Machin de la société xxx, nous vendons des thermomètres d’extérieur qui donnent aussi la météo. Est-ce que je peux passer vous présenter notre gamme de produits.

Salut, c’est Marcel, elle est où Ginette ?

Bonjour, ma maison est fissurée depuis le tremblement de terre d’hier. C’est à vous qu’il faut s’adresser pour les réparations ?

Bonjour, vous avez regardé dehors, il y a un magnifique arc-en-ciel. C’est beau !

Bonjour, c’est monsieur Truc. Monsieur Truc j’vous dis ! J’appelle pour votre station. Oui la station météo ! Laquelle ? Ben la votre. Où quelle est ? Ben à Rennes bon dieu ! Comment ça c’est pas chez vous ? J’suis où alors là ? À Strasbourg ? Ben merde alors !

Bonjour, je vous appelle pour un projet d’étude sur la spatialisation des vitesses de vents à cinquante mètres via une méthode similaire au krigeage avec une maille de deux-cent mètres intégrant le relief avec un modèle numérique de terrain d’une résolution du kilomètre. Pourriez-vous me communiquer le biais moyen de la mesure de vos capteurs de vent sur la région Grand-Est depuis dix années ?

Bonjour, ça va durer longtemps ce temps pourrit ? Nan parce que y en a marre de ce temps de merde, faites quelque chose bordel ! Feignants de fonctionnaires !

Bonjour, c’est le directeur. C’est quoi déjà le code de la porte ?

Alors non, Météo-France ne mesure pas les secousses sismiques. Les prévisions, ne vont pas au-delà de quinze jours. Ne confondez climat et temps qu’il fait. Les trainées dans le ciel derrière les avions sont des cristaux de glace, pas des nanoparticules. Nous avons déjà spatialisé les vents sur toute la France en intégrant le relief. Oui un arc-en-ciel c’est beau, mais ce n’est pas la peine de nous narguer avec ça quand nous sommes dans la brouillasse depuis trois jours. Pour les attestations d’intempéries, allez sur meteofrance.com. Et oui, c’est payant. Enfin non, Ginette ne travaille définitivement pas chez nous !

The Green Lantern

Alors oui, j’ai encore changé le visuel des Chroniques en Images au début de l’année. Et oui, quelqu’un à râlé, il faut dire que ce n’est pas très joli (de râler bien sûr). Mais croyez-le où non, ce n’est pas de ma faute, mais bien à cause de toutes ces personnes non vaccinées contre la COVID-19.

Ben oui, avec les nouvelle mesures sanitaires, je dois télé travailler de temps en temps. Et comme je l’ai expliqué mercredi, le télétravail implique une certaine organisation. Du coup, le salon est devenu un bureau et le transformer en studio de youtubeur chaque semaine impliquerait beaucoup de modifications. Alors je me suis installé devant l’écran du vidéo-projecteur, du moins pour deux chroniques, le temps de trouver une autre solution.

La nouvelle solution s’appelle l’écran vert, une technique du cinéma pour filmer dans un décors virtuel. Rien de très compliqué en fait. Les acteurs jouent devant un mur bleu ou vert et au montage vidéo, la couleur est remplacée par une image, une modélisation 3D ou une autre vidéo.

Mais pour se faire j’avais besoin d’un écran vert ou bleu et d’un support pour faire tenir tout le bazar. Par chance, cela se trouve assez facilement sur Internet à petit prix. J’ai trouvé un cadre avec trois écrans (vert, noir et blanc) ainsi que des pinces de fixation pour une cinquantaine d’euros. Certes, encore un achat de plus après les projecteurs, le micro et le prompteur, mais cela reste raisonnable vu l’audience des Chroniques en Images… Heu non en fait.

Peu importe. Le hic, c’est que cela prend beaucoup de place et installer l’écran demande un certain temps. Déjà que la mise en place du prompteur et des projecteurs m’occupaient une bonne demi heure, avec l’écran vert, il me faut maintenant près d’une heure pour mettre en place l’enregistrement.

Du coup, je me suis installé dans la chambre de mon petit dernier qui est parti étudier à l’autre bout de la France et qui ne revient que deux fois par an.

iMovie, le logiciel qui me sert au montage vidéo, n’est pas franchement armé pour la gestion de l’écran vert même s’ils expliquent comment procéder. Une chronique de quatre minutes me prend maintenant une bonne heure de post traitement pour un résultat, disons hasardeux. Et c’est mon ami Cris Luna qui en aura fait les frais, le pauvre, j’espère qu’il ne m’en voudra pas trop, mais je voulais parler très vite de son album The Musical War que j’ai adoré.

Idéalement il ne faut pas de plis sur l’écran, mais je ne suis pas doué pour le repassage et une fois que la toile est bien tendue en haut, c’est une toute autre paire de manches pour qu’elle le soit en bas, surtout avec trois pinces. Alors il existe d’autre solutions que mon machin pas cher comme le Elgato Green Screen ou le un super écran chez Manfrotto mais ça coûte un peu cher quand même.

Maintenant, je mets en fond d’image la pochette de l’album, une photo de musicien, un paysage, bref ce que je veux et je me pose devant, racontant mes inepties pour une dizaine de curieux. C’est vachement fun à faire, je m’éclate ! J’ai l’impression que c’est un peu mieux que la version écran blanc, on va voir vos réactions.

Mais dès le premier jours j’avais déjà 31 vues avec la chronique de Cris Luna, ce qui est un record pour mes chroniques en images. Bon ceci dit j’ai comme l’impression que Chris a partagé la vidéo.

Les enfants de la télé

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Dans un coin du salon, j’ai installé une table ronde bancale. Dessus j’ai posé un écran plat, un clavier, une souris, une station d’accueil, plein de câbles, un smartphone et une calculette. 

L’ordinateur portable branché à la station d’accueil démarre mais avant de m’identifier, je passe en mode avion, sinon j’en ai pour un quart d’heure d’attente, le temps que je m’identifie sur les serveurs du travail. La calculette permet d’établir une connexion VPN sécurisée, et je peux alors pointer puis consulter ma messagerie. C’est l’heure de boire un café serré avant de me plonger dans les problèmes quotidiens insolubles.

Je travaille sur une copie de fichiers synchronisés depuis un serveur. Quand je reviens en présentiel, Windows les met à jour en gérant théoriquement les conflits de versions. En pratique c’est le bazar le plus total. 

Par chance les applications principales que j’utilise sont accessibles via le réseau en VPN, bon à petite vitesse et sur un seul écran mais c’est mieux que rien. 

Tous les appels du standard arrivent sur mon smartphone, même l’interphone de la porte d’entrée. Quand quelqu’un sonne à la porte du centre, à trois kilomètres de chez moi, je ne peux pas grand chose pour lui. 

Lorsque qu’il y a un problème à résoudre, je lance une conférence à deux ou trois, et c’est toujours à cet instant que le téléphone sonne. 

Il s’agit généralement d’une personne mécontente du temps qu’il fait. 

Nombre d’agents avec qui je dois travailler ont oublié de basculer leur fixe sur le numéro mobile et faute d’annuaire adapté, ils deviennent injoignables par téléphone et malheureusement aussi par mail. Le télétravail rend invisible, indisponible aussi.

La machine fonctionne au ralenti. Les documents papier attendent mon passage trois fois par semaine pour être gérés. Courrier, factures, devis, contraventions, formulaires administratifs, car si nous travaillons en dématérialisé le plus souvent, certains font de la résistance ou ne maîtrisent pas la signature électronique.

Tout prend du retard. Certains procrastinent. D’autres qui s’entassaient sans masque dans les bureaux réclament des mesures sanitaires plus strictes que celles misent en place. Les gens ont peur, en ont assez.

Les Mardi et Vendredi, je reste en robe de chambre jusqu’à point d’heure, traitant les problèmes à distance, chattant avec mes collègues, rageant de ne pouvoir accéder à certains documents. 

Les autres jours, j’emporte dans le sac à dos l’ordinateur portable pour rejoindre mon bureau et ses maquettes de fusées. Des couloirs désertés sans pause café, blagues débiles, où on gère au mieux la crise faute d’avancer. Ces jours là, je scanne tous les documents à fournir aux services administratifs et prie pour qu’il ne soient pas trop lourd pour nos outils informatiques.

Les factures de chauffage et d’électricité vont grimper en flèche et ma productivité s’effondrer. Mes collègues me manquent déjà. Pour l’instant ce n’est que pour trois semaines, mais souvenez-vous en 2020, ça ne devait durer qu’un mois…