Le talon d’Achille

Deux semaines de vacances à la maison en septembre. Le bonheur ! La saison idéale pour des promenades dans les Vosges, le jardinage, la photographie et la lecture sur un transat.

Je suis ce que l’on appelle vulgairement un pantouflard, quelqu’un qui aime sa maison, son jardin et les promenades dans la région.

Peu avant de profiter de ces congés mérités, je traînais un peu la patte, une douleur sourde dans le talon, rien de grave, sans doute de la fatigue. Mon hernie discale était également de la fête comme un truc coincé à l’épaule. Rien qu’un bon repos ne saurait réparer.

Le premier lundi des vacances, je pris la route du Parc de Sainte-Croix pour saluer les loups, les ours et les ratons laveurs. Mon traditionnel safari photo de la fin de l’été. Trois heures de route, six heures de marche, six kilos de matériel photo sur le dos, autant dire que je suis revenu cassé en deux, mais heureux. Ceci dit, une petite douleur irradiait du talon jusque mes orteils et mon dos était en compote. Du coup le mardi, j’ai zombifié.

Mercredi, pluie. J’ai acheté quelques albums sur Bandcamp et en ai écouté beaucoup d’autres. Jeudi, pluie, musique. Après un été de sécheresse, il fallait que le ciel me tombe sur la tête pendant les vacances. Du coup, le jardin c’est brutalement transformé en jungle.

Vendredi, débrousaillage, tonte, désherbage, jardinage et passages aux déchets verts. Une écharde d’un bon centimètre s’est plantée dans mon pouce gauche. L’opération pince à épiler a été un pur régal et je crois qu’un petit bout est resté coincé sous la peau, histoire de me rappeler de porter des gants plus épais la prochaine fois.

Lundi, je suis reparti dans les Vosges, à la cascade du Nideck en traînant un peu la patte ce qui ne m’a pas empêché de prolonger la marche. Mardi j’ai fait une nouvelle promenade plus longue encore, du côté de l’étang de Hanau, et mercredi je suis allé voir le médecin, car même la nuit, mon talon me lançait. Verdict, un truc au nom imprononçable de la famille des tendinites, le genre de chose qui met du temps à guérir à condition de rester au repos total.

Mercredi soir, c’était soirée Star Wars, trois épisodes de la nouvelle série Andor à déguster au calme. Enfin en théorie, car à table, après avoir avalé un anti inflammatoire pour le talon, avec pour effet secondaire d’affaiblir la coagulation du sang, je me suis planté un couteau très pointu dans la paume de la main gauche. Planté oui, et profondément vous voyez. Alors ça s’est mis à pisser rouge.

Un dénoyautage d’avocat bien mûr qui s’achève aux urgences. Trois points de suture plus tard me voilà avec un énorme pansement à garder pendant trois semaines, le genre de truc qui vous empêche de conduire, de tenir un appareil photo, de taper au clavier, sauf d’une main, de découper un avocat en deux et d’en extraire le noyau. Ceci dit, pour cette dernière activité, ça n’est peut-être pas plus mal…

Le jeudi, ce furent des visites au pharmacien qui m’avait vu la veille, à l’infirmière pour programmer ses prochains passages à la maison pour changer le pansement, au radiologue hilare de photographier mon pied alors que ma main est bandée, à l’autre radiologue pour l’échographie, amusé de retrouver ma bosse sur le gros orteil et pour finir au médecin étonnée de me revoir si vite. Un tout nouveau programme de vacances qui vont se prolonger, en survêtement et sandales, parce que les ceintures, les boutons et les lacets, c’est devenu trop compliqué pour l’instant. Quelqu’un peut me couper la viande ? S’il vous plait…

Le plan Marshall

Image

Les factures d’énergie explosent et si nous ne sommes pas à la rue, cela pourrait ne pas durer éternellement au train où vont les choses.

L’objectif est donc de réduire la consommation de notre foyer et notre bilan carbone.

Pour ce qui est de la voiture, nous roulons peu, pas besoin de faire la queue devant les stations Total pour remplir le réservoir. Nous allons au travail à vélo. Pour les longues distances nous privilégions le train. Reste la promenade du week-end et les vacances dans la région où nous roulons un peu plus. Nous pourrions faire plus de promenades à vélo, prendre le train, mais il faut avouer que monter dans les Vosges à bicyclette demande une forme physique que nous n’avons jamais eu.

Le gaz lui, est un problème majeur. Nous vivons dans une passoire thermique difficilement isolable sauf en cassant tout pour la reconstruire enduite. 

La solution qui s’impose naturellement est de chauffer moins, ce que nous faisons avec un thermostat à 17 degrés lorsque nous sommes chez nous, 15 lorsque la maison est vide et durant la nuit. Difficile de faire moins ou alors il faudra dormir dans la même pièce que les animaux.

L’eau chaude sanitaire provient également de cette chaudière. Là c’est plus facile. Il suffit de raccourcir la durée des douches et de n’en prendre au maximum qu’une par jour. En plus d’économiser le gaz, cela préserve les ressources en eau de la planète. Il est même possible de remplacer une douche par une toilette de chat. Ne pas en abuser tout de même, car un chat ça pue.

Pour l’électricité, tous les appareils qui possèdent un mode veille sont sur des interrupteurs mécaniques et éteints lorsque nous n’en avons pas besoin. Deux exceptions à cette règle toutefois, la box Internet et l’Apple TV qui n’ont pas vraiment été conçues pour des arrêts prolongés, mais je vais y réfléchir.

Après quels sont les appareils électriques énergivores ? Fer à repasser, micro onde, plaques, four, éclairages halogènes, radiateurs électriques, sèche linge, réfrigérateur…

Nous allons essayer de ne plus utiliser le sèche linge sauf absolue nécessité, nous allons dégivrer plus souvent le congélateur, et regrouper les lessives. 

Nous n’avons pas de radiateur électrique hormis un poêle en céramique d’appoint lorsqu’il fait moins 15 dehors ce qui devrait arriver de moins en moins fréquemment. Il nous reste deux lampes halogènes. J’ai bien acheté des ampoules LED pour les remplacer mais ça ne fonctionne pas. Il faudrait changer les luminaires ce qui, rapport au bilan carbone, est très discutable. On va donc éviter de les allumer. 

Difficile de se passer du four et des plaques pour cuisiner à moins de manger cru et froid. Je ne suis pas prêt à cette extrémité même si j’adore les sashimis. Le micro onde peut dégager en faisant quelques efforts. Le fer à repasser aussi. Je ne suis pas très regardant sur ma tenue vestimentaire même si arriver tout fripé au travail peut faire désordre.

Le problème de l’éclairage se résout en n’éclairant que les pièces où nous sommes et en utilisant des LED autant que faire se peu.

Restent la télévision, le vidéo-projecteur, la chaîne, les téléphones et les ordinateurs. Ils consomment aussi, mais un peu moins. Une utilisation modérée et réfléchie permet de limiter la casse. Le Mac n’est allumé qu’en cas d’utilisation comme la chaîne et le vidéo-projecteur. En passant moins de temps devant les écrans et plus dans les livres, nous pourrions réduire notre facture énergétique comme notre bilan carbone. Mais soyons honnête aussi, nous sommes d’incorrigibles geeks.

L’étape suivante consiste à acheter moins, et là le chantier est de taille.

Rien que le poste la musique est un réel problème. Pour ma défense, j’achète de plus en plus de musique dématérialisée (pas en streaming) mais cela me fruste beaucoup. De temps en temps je fonce chez le disquaire faire une orgie de vinyles. Et ça c’est très mal.

Le danger en diminuant le temps d’écran c’est de surpeupler la planète ou de lire trop de bouquins. Et les livres, à moins de les emprunter, il faut les acheter. Même si je leur offre une seconde vie après les avoir dévoré, j’en conserve quand même quelques uns. Idéalement il faudrait que je reprenne un abonnement à la médiathèque mais que deviendrait mon libraire ?

Je ne parle pas de la photo, ça on y touche pas.

Le briques Lego c’est plus problématique. J’adore construire et chaque nouveau set de la marque me fait saliver. Ce genre de loisir est totalement immature, polluant (c’est du plastique après tout) et prend beaucoup beaucoup de place. Pour l’instant le compromis trouvé avec moi-même consiste à recycler mes briques et à n’acheter que de la seconde main. Enfin presque.

Pour l’alimentation, la viande rouge sort peu à peu de nos menus mais pas les protéines animales. Nous mangeons plus d’œufs et de fromage, moins de produits transformés si on oublie les bonbons Haribo. Car comme pour la photo, il faut savoir aussi se faire plaisir parfois.

Le jardin nous fournit pommes de terres, poireaux, tomates, navets, haricots, carottes, potirons, poires, raisins, courgettes, salades en petite quantité à cause de la sécheresse, mais c’est déjà ça, et pendant que je jardine, je ne suis pas devant un écran comme maintenant.

Une autre source d’économie non négligeable serait de virer les deux Tanguy qui squattent la maison. Bon là c’est un peu mission impossible pour l’instant. Mais ils finiront bien par se lasser de vivre avec deux vieux radins à 17 degrés et sans wifi en mangeant des pommes de terre.

Au travail, le temps est également aux économies. Nous devons effectuer moins de déplacements (là je rigole très fort), éviter de prendre l’avion (cette année aucun vol à mon actif), baisser le chauffage et la climatisation à respectivement 19 et 26 degrés (19 c’est deux degrés de plus qu’à la maison autant dire le luxe), éteindre autant que faire ce peut les ordinateurs et les écrans (no problemo, surtout pendant ma sieste), rouler en voiture électrique (là clairement ça se complique) et trier nos déchets (va falloir en éduquer certains).

Malgré tout ces efforts consentis, il y a deux choses auxquelles je ne renoncerai pour rien au monde : mes ballades en jet ski autour du fort de Brégançon et mes aller-retour Paris/Nantes en jet privé. C’est vrai quoi, faut pas se foutre du monde non plus.

Un petit pas pour l’homme

Image

Au moment où l’on se prépare à retourner sur la Lune avec la mission Artemis I et le SLS, certaines voix s’élèvent pour affirmer une fois encore que nous n’y sommes jamais allé en 1969. Même Thomas Pesquet s’en ai ému sur les réseaux sociaux. Un garçon si calme et modéré d’ordinaire.

Mais pourquoi nier aujourd’hui l’existence de ces missions spatiales ? Quel est l’intérêt des personnes qui répandent ces rumeurs ? 

Bon il y a les crétins conspirationnistes, ceux qui étaient persuadés que la COVID-19 n’était qu’une vaste manipulation du pouvoir mondial jusqu’au jour où il sont tombés malades. Des crétins donc.

Il y a les fanatiques religieux qui croient encore que la Terre est plate. Ceux-là n’ont qu’à faire le tour du monde à pied en ligne droite pour comprendre, surtout s’ils ne savent pas nager.

Il y a également des personnes, souvent celles qui alimentent ces polémiques ridicules, suffisamment intelligentes pour distiller des contres vérités dans l’information et semer les germes du doute, et qui dépensent beaucoup d’argent et d’énergie à noyer les imbéciles dans leurs mensonges.

Ceux qui tombent dans le piège possèdent souvent le même profil contestataire, critiquant en vrac le pouvoir, la science, prônant des médecines parallèles hasardeuses, voyant des soucoupes volantes dans le ciel, mais ne vivant pas forcément dans des yourtes pour autant en élevant des chèvres. Des personnes électro sensibles surfant sur Internet avec leur téléphone portable.

« Parce que les gouvernements mentent trop, tout le temps. Les gens sont bien obligés de trouver des réponses par eux même et parfois ils se gourrent, ou pas. Les pôles n’ont pas fondu, le covid n’est pas la peste, ya toujours de l’ozone, et on a les pieds au sec. Faut plus mentir »

Quel intérêt ont ces gens à décrédibiliser la science ? Provoquer une révolution planétaire contre le capitalisme et les tyrans ? 

Je ne cautionne pas forcément la course à l’espace même si elle nourrit mes rêves, et je désapprouve le tourisme spatial faute de pouvoir m’offrir un billet. 

Je constate jusque que sans le spatial nous n’aurions pas de satellites et sans satellite nous serions aveugles, sourds et muets. Sans l’exploration spatiale, nous penserions encore être le centre du monde et nous redouterions peut-être l’attaque des petits hommes verts.

Je ne suis pas de ceux qui érigent la science en religion, d’ailleurs je me méfie de toutes les dogmes et religions. Je pense par contre que la compréhension de ce qui nous entoure éloigne de nous l’obscurantisme.

Est-il nécessaire d’aller sur la Lune ou sur Mars ? Je n’en sais rien. Christophe Colomb avait-il raison de partir vers le couchant ? Je n’ai pas la réponse non plus. Ce qui est certain, c’est qu’il est bien arrivé aux Bahamas, et ça personne ne le conteste aujourd’hui. Alors pourquoi s’acharne-ton à nier le succès des missions Apollo ?

C’est vrai que le lancement de la mission Artemis I a nettement baissé mon habituelle productivité. Lundi après-midi, je suis resté scotché à la chaîne de la NASA de 13h à 16h au lieu de travailler et samedi, tout en concevant un SLS en Lego sur le mac avec le logiciel Studio, je suivais un nouveau report du lancement en direct. 

Si la NASA n’est pas foutue de lancer un SLS avec une capsule Orion vide en 2022, comment aurait-elle pu envoyer deux astronautes sur le sol lunaire en 1969. Sérieusement ?

Je vous laisse, j’ai des Lego à commander. Rendez-vous le fin septembre pour une nouvelle tentative.

La réforme

Image

Imaginez que vous ayez du bazar dans votre grenier. Imaginez que tout ce fatras soit référencé avec des étiquettes dans une belle application Microsoft. Imaginez encore qu’il vous suffise de quelques opérations pour obtenir une belle liste de ce dont que vous voulez vous débarrasser. Il ne vous reste plus qu’à monter au grenier récupérer les objets listés et de les emmener à la déchèterie. Cool non ?

Dans l’administration, nous n’avons pas de grenier mais des caves et des garages, bourrés à craquer de vieux trucs bons pour la casse. Nous avons aussi un logiciel et des codes barres pour référencer tout ce que nous avons acheté. 

Donc en théorie, il suffit de scanner les codes barres pour établir une liste de choses à envoyer à la déchèterie. Sauf qu’avant de jeter, il faut demander la permission à la direction, avertir l’agent comptable puis trier ce qui va être recyclé, cédé, vendu et jeté. Normal, c’est l’argent du contribuable tout de même.

Vous me direz, « facile avec ta liste ». Oui mais non. On n’a pas le droit de faire comme ça. Si on scanne les codes barres dans le beau logiciel, on décide de jeter avant d’avoir eu le droit de jeter. Et ça c’est très mal, même si au final, la direction signe ce qu’on lui donne à signer sans sourciller, ça s’appelle la confiance.

Donc pour jeter, il faut d’abord lister. Avec l’ordinateur portable et Calc de LibreOffice, nous allons dans les garages et caves, inventorier les objets cassés, retrouver leur code barre à huit chiffre et le recopier dans le tableur.

Une fois cette première étape achevée, nous allons dans notre belle application rechercher le code barre à huit digits et recopier les informations relatives à l’objet dans le tableur : date d’achat, code immobilisation, code comptable, désignation, valeur résiduelle.

Certains de ces biens sont introuvables dans l’application, le plus souvent parce que l’entité qui les a acheté n’est pas la nôtre, en gros c’est un cadeau d’un autre centre. Dans ce cas là, il faut rechercher les informations sur un autre outil puis demander l’autorisation à l’acheteur de détruire le machin cassé. Pour ces objets, je n’ai pas encore compris qui devait produire le document de demande de destruction et qui devait le signer. Pour l’instant j’ai reçu plusieurs réponses contradictoires. Mais passons.

Une fois le tableur complété, il faut l’imprimer en PDF avec un numéro unique, ajouter un blabla qui n’apporte rien au débat, et le faire signer par plein de personnes qui s’en moquent comme de leur première chaussette.

Voilà. Nous avons alors ce que l’on appelle un procès verbal de réforme. Je ne c’est pas où se trouve le verbal là dedans sorti de mes jurons en l’établissant.

Une fois qu’il est signé, nous avons le droit d’aller dans l’application pour signaler que ces trucs cassés sont cassés et que nous allons les jeter à la poubelle. On reprend le PV de réforme, on copie le code de huit chiffres dans l’application, on saisit la date du jour, le responsable, l’état de l’objet (cassé) et on le sort de l’inventaire. Valider, voulez-vous le sortir ?, Oui, voulez-vous imprimer le bien sorti ?, non, sortie effectuée, Ok.

Après deux-cent opérations de ce genre, vous devenez maboule. Une lampe de bureau Ikea, une perceuse, un siège en rotin, un écran cathodique, une caisse à outils vide, un PC Pentium, un crayon bic mordillé, une lunette de WC, une 4L essence sans moteur…

C’est maintenant que vous avez le droit de vider les garages et les caves. Oui mais pas de passage à la déchèterie. Le matériel électronique doit être recyclé ou cédé. Enfin… Vous ne pouvez céder que les écrans et les ordinateurs. Le reste, les hubs, les vidéo projecteurs, les imprimantes, c’est défendu. Et vous ne pouvez le céder qu’à des associations qui en on fait la demande. Pour le recyclage, il faut passer par des sociétés spécialisées qui vont établir un listing de ce qu’elles recyclent. Et elles aussi ne prennent pas tout. Au final, cela se termine souvent dans une benne de 30m3 en vrac.

Mais ce n’est pas fini. Une fois les biens sortis de notre application, il faut en envoyer la liste à l’agent comptable afin qu’il réalise la sortie comptable. Car il y a les sorties physiques et les sorties comptable. 

Et c’est là que cela se corse (225 km/h). Car vous imaginez bien, qu’entre le moment où vous allez dans la cave lister les biens et que vous y retournez des semaines plus tard pour tout jeter, quelques erreurs de saisie ont pu se produire dans une liste de deux-cent objets et cinq copier coller par ligne de tableur.

La chasse aux œufs commence alors pour retrouver le four micro-onde, le clavier noir et la chaussette rouge pointure 42. Du coup, des fois on triche un peu, allez savoir pourquoi.

Après avoir épuré notre application de biens inutiles et vidé les garages, il ne reste plus au bon fonctionnaire qu’à coller des codes barres sur les nouvelles gommes, chaises, lampes et unités centrales, les saisir dans l’application adhoc avec toutes les informations qui vont bien puis descendre à la cave empiler les vieux trucs qu’il faudra prochainement jeter à la poubelle.

J’interromps ce billet pour une annonce urgente de l’agent comptable : nous recherchons activement un walkman Sony avec ses écouteurs en mousse, code barre 00000001. Si vous le retrouvez dans votre tiroir merci d’avertir d’urgence l’agence comptable. L’affaire est grave !

Likez moi

Image

J’adore lorsque Flickr m’envoie plein de notifications pour certaines photographies. À peine postée, les vues grimpent en flèche, les favoris s’accumulent et les commentaires fusent. Pendant quelques heures j’ai l’impression d’avoir touché à la célébrité du bout de l’objectif.

J’adore lorsqu’une chronique en images décole, comprenez qu’elle dépasse les quinze vues, reçoit deux commentaires et trois like. Je me dis alors que je vais pouvoir enfin monétiser mes contenus YouTube.

J’adore lorsqu’un article du blog fait le buzz, d’ailleurs j’en écris certains juste pour cela. Les commentaires tombent, les partages se succèdent, les vues grimpent en flèche et l’article inonde la toile de sa bonne parole.

Quelques unes de mes photographies atteignent parfois les deux cent favoris et quelques milliers de vues. Ce n’est pas cela qui fera de moi un photographe professionnel pour autant. Je suis loin du compte.

Une de me chroniques a dépassé les six cent vues, mais ça ne compte pas, c’était celle de Marillion. Les plus regardées approche la centaine, ce n’est pas si mal mais cela ne justifie pas le temps passé. Mais comme je suis nul à l’écran…

Quelques articles du blog tirent leur épingle du jeu, mais ils sont rares. Il faut dire que j’écris tout ce qui me passe par la tête sans vraiment penser à ceux qui pourraient me lire. Ce blog, c’est ma thérapie à trente euros par an, le prix de l’hébergement du site WordPress.

Mon égo misérable se contente de ces quelques reconnaissances injustifiées pour exister. Mais des fois, j’avoue, ce relatif succès a le dont de m’énerver.

Par exemple la chronique de Marillion, pourquoi a-t-elle fait le buzz (en comparaison des autres bien entendu) ? La chronique n’était ni meilleure ni pire, juste que je parlais de Marillion. Les fans, nombreux sur Internet, se dint déchaîné.

Pour les photos, c’est un peu la même chose. Des fois un cliché s’envole alors que je ne lui trouve rien de plus que les autres. A croire que j’ai fondamentalement pas de goût.

Mais qu’importe. J’aime les like, les coeurs, les vues, les commentaires, alors allez-y, donnez moi l’illusion, ne serait-ce que quelques minutes, d’avoir du talent, d’être populaire, de faire le buzz, j’adore ça.

On n’a pas de pétrole mais on a des idées

Image

Au début des années soixante-dix, le gouvernement français prenait en pleine figure la première crise pétrolière. Faute de solution miracle face à l’explosion du baril, il instaurait le changement d’heure en 1973 – qui est d’ailleurs toujours en place à ce jour – et sensibilisait les français aux économies d’énergies avec le fameux slogan « On n’a pas de pétrole mais on a des idées ».

Cinquante ans plus tard, en plein réchauffement climatique, alors que les réacteurs nucléaires doivent être arrêtés et que la crise du gaz russe bat son plein, des slogans vieux d’un demi siècle refont surface. « C’est pas Versailles ici ».

Outre l’électrification du parc automobile, l’administration envisage d’adapter les modèles thermiques pour le bio éthanol. Des recommandations nous engagent à remplacer nos éclairages par des LED, de chauffer à dix-neuf degrés et de climatiser à partir de vingt-six. 

Des chantiers de mise en conformité énergétique sont lancés ainsi que le remplacement de toutes les chaudières au mazout et nous allons privilégier les pompes à chaleur aux autres équipements de chauffage.

Aujourd’hui, l’état s’intéresse de très près à notre résilience aux coupures électriques. Avons-nous des onduleurs, qu’est-ce qui est branché dessus, quelle est leur autonomie, disposons-nous d’un groupe électrogène, combien de temps peut-il fonctionner avec un plein, bref ça craint.

Mon tout nouvel onduleur 75 kVa à dix-milles euros se repose dans son local électrique climatisé. Car ça chauffe les batteries. Chez nous, les coupures ne sont pas acceptables, les gars qui veulent installer la borne électrique l’ont bien compris.

Sauf qu’un soir de fortes chaleurs, en passant devant la porte du local, j’ai entendu un bip bip inquiétant. L’onduleur était en mode by-pass, traduction il ne rendait plus son service normal et à la moindre micro coupure, c’était le black-out assuré.

Le climatiseur étant hors-service, les batteries devenaient trop chaudes et l’onduleur s’était mis en sécurité. Nous avons installé des ventilateurs dans la pièce et un climatiseur d’appoint pour baisser la température du TGTB et tout est  rentré dans l’ordre. Plus de peur que de mal.

Le service de maintenance de la clim est passé le lendemain et a commandé la pièce défectueuse, en l’occurrence la sonde température, notre spécialité en fait, sauf que ce ne sont pas les mêmes. Dommage, car la sonde n’est pas encore arrivée et qu’avec la canicule, les batteries flirtent dangereusement avec les 40 degrés fatals au système. Nous avons installé un second climatiseur d’appoint et nous pompons 4 kVa à l’équipement qui nous garantit 75 kVa, tout ça pour le refroidir…

L’état se prépare à une crise énergétique majeure pour l’automne, que ce soit électrique, gaz et pétrolière. Nous sommes chauffés au gaz et notre onduleur fonctionne sous perfusion. Seul le groupe électrogène se porte bien, mais il fonctionne au diesel, et pour le réchauffement climatique c’est mal. 

J’ai l’impression que la rentrée va être intéressante.

Vacances

Image

Oui je suis en vacances ce soir et non je ne pars pas. Désolé pour les cambioleurs. L’été je cueille mes tomates, mange mes courgettes, prépare des confitures, bouquine à l’ombre, bricole, procrastine beaucoup et fais quelques promenades à la fraîche. 

Il faut dire que je fuis la foule, les plages bondées, les restaurants où il faut faire la queue, les sites remarquables grouillant de touristes, les boites de nuit à Ibiza et les visites guidées. J’aspire à la solitude et au silence.

Le silence mais en musique et la solitude avec des amis. Samedi on voit des copains, dimanche c’est festival et pour les jours qui suivent improvisation : repeindre les volets, isoler le grenier, apprendre à photographier au flash, développer quelques images, chroniquer Arstidir, Archive ou Oceans of Slumber, qu’est-ce qui vous tente le plus ? 

J’essayerai de trouver du temps pour vous raconter ma journée au festival Rock Your Brain Fest avec entre autres Alex Henry Foster et King Buffalo. Pour l’instant Météo-France annonce 31 degrés et pas de pluie. 

A lundi pour une nouvelle chronique.

Quarante-deux

Image

La réponse à toutes les questions de l’univers est 42. 

J’avoue que je me suis longtemps demandé pourquoi. J’ai lu comme tous les geeks H2G2 ou Le Guide du Routard Galactique renommé depuis pour de mauvaises raisons, le premier succès de la carrière de Douglas Adams. Je n’avais pas vraiment compris ce 42, mais ça m’avait faut rire.

Aujourd’hui je connais la réponse. C’était si simple. Au début du roman de Douglas Adams, la Terre est purement et simplement annihilée pour faire place à une autoroute spatiale.

C’est ce qui va se produire lundi prochain. L’Alsace sera détruite, pas par des aliens, mais par la faute à la connerie humaine. 

Lundi prochain, les modèles météorologiques prévoient 42 degrés Celsius à Strasbourg. La fin du monde pour un petit gars né sur la côte nord de la Bretagne, dont le métabolisme est entraîné à respirer entre 10 et 25 degrés.

La faute à qui ? Au réchauffement climatique bien sûr ! 

Après une caniculette en juin, on attaque les choses sérieuses en juillet. Vous n’avez pas l’impression que cela arrive de plus en plus souvent ? Ceci dit, cela fait un petit moment que l’on en parle du réchauffement climatique mais j’ai l’impression que personne ne veut y croire vraiment.

Je ne parle même pas des politiques qui font à peine semblant de décider des demi-mesures, je parle de vous, amis lecteurs, qui ne voulez pas prendre conscience du problème. 

Vous pensez être trop vieux pour en subir les conséquences ? Vous pensez que vos enfants règleront le problème ? Vous prendrez de bonnes résolutions après vos vacances à New-York ? Vous pensez que c’est aux autres de donner l’exemple ? Vous-vous en foutez ?

Ok, je l’avoue. Ce n’est pas parce que vous ne prendrez plus l’avion, que vous changerez votre chaudière au mazout par une pompe à chaleur, que vous roulerez en voiture électrique et que vous mangerez du tofu à la place du bœuf que l’on évitera le pic de chaleur lundi prochain. Ça ne marche pas comme ça. Par contre, si tout le monde fait un gros effort, gouvernement compris, on a peut-être une chance d’éviter le pire vers le milieu du siècle.

Le silence

Un samedi matin, mes yeux se sont ouverts naturellement. Il était sept heures passées. Plus de trois mille six cent secondes après mon réveil habituel. 

Aucun bruit ne m’avait tiré d’un sommeil profond, tout était calme. Dehors, le chien n’avait pas encore aboyé et notre voisine n’avait pas hurlé de sa voix rauque sur sa fille. 

La veille, ils n’avaient pourtant pas éclusé des bières sur leur terrasse jusqu’à trois heures du matin. D’ailleurs hier soir, je ne les avaient pas entendu parler dans cette belle langue des pays de l’est.

Leur voiture n’était pas garée sur le parking. La fenêtre de leur chambre semblait fermée. Le jacuzzi gonflable gisait telle une mue, accroché au grillage. Tout leur jardin goudronné de dix mètres carrés était rangé.

Nos voisins venaient de partir en vacances avec le chien, la fille, la mère, le père et leurs téléphones portables !

Ce ne sont pas nos seuls voisins directs, loin de là, mais lorsqu’ils sont absents, le temps semble soudain s’arrêter. Il n’y a plus de vacarme, de cris, d’aboiements, de sonneries de téléphone, de bruit de canettes de bière sous pression que l’on ouvre nerveusement. Pour moi, ce sont de vrais vacances.

J’avais oublié ce proverbe : « le silence est d’or ». L’interprétation que j’en fait ici est quelque peu détournée mais qu’importe. Pour moi, le silence n’a pas de prix. C’est une denrée rare et pourtant facile à obtenir. Il suffit de cesser de faire du bruit.

Le lendemain midi, un autre voisin généralement très tranquille, a installé deux tonnelles sur le parking, deux tables et quatre bancs. La sono en sourdine, ses invités sont arrivés pour l’apéritif puis le repas d’anniversaire d’un de leurs enfants. Après quelques verres, les parents sont devenus nettement plus bruyants que les enfants déchaînés et le volume de la musique a logiquement suivi la courbe des décibels.

Le week-end aurait pu être parfait, paisible et calme sans le chien, la bière, les téléphones et les gueulantes. 

Pas de chance, nous avions droit à une réunion de famille sous nos fenêtres. Il faisait trente degrés à l’ombre. J’ai fermé les fenêtres pour nous isoler de la fête, fait une sieste côté route devenu brutalement très calme en comparaison.

Le lundi matin, le chien, la fille, la mère, le père et les téléphones potables étaient de retour. Ils n’étaient pas partis en vacances, ou alors juste pour le week-end. A croire qu’ils s’étaient éclipsés pour laisser la fête battre son plein et qu’ils revenaient après la bataille. 

Les fossoyeurs

Image

Jusqu’au 31 décembre 2022, l’état propose l’Indemnité de départ volontaire aux fonctionnaires. Une démission assortie de deux ans de salaire et le droit au chômage.

La mesure était là pour inciter quelques fonctionnaires proches de la retraite à partir plus tôt. Quelques fonctionnaires… Sauf que de nombreux collègues signent pour cet IDV providentiel et que les centres se vident à toute vitesse. La mesure est victime de son succès.

Les services et les centres se vident. Là où vingt-cinq personnes travaillaient encore dans les années quatre-vingt, il n’en reste aujourd’hui que quatre, et encore pas tous les jours. Régulièrement nos sites sont déserts pendant plusieurs journées consécutives et les taches des services sont redéployés en central.

Nous, nous vidons les bureaux, trions les documents, broyons, jetons, classons, réformons le matériel et nous-nous déplaçons de plus en plus souvent pour palier à l’absence du personnel sur place. De toute manière, les rares rescapés ne veulent plus rien faire.

Nous retrouvons dans les bureaux déserts des trombones tordus, du blanco sec, des taille crayons, des rouleaux de scotch vides, des agrafeuses sans agrafes, des gommes en miettes, de vieux téléphones analogiques, des appareils photos argentiques, des rétroprojecteurs, des antiquités de GPS énormes, des archives administratives poussiéreuses non classées, des cartes routières, des cartes postales, des cartes de visites, des fiches de paye, des biscuits moisis, des cadavres d’insectes, des imprimantes à marguerite. L’archéologie de la fonction publique dans toute sa splendeur.

Quelque part, nous sommes les fossoyeurs de ces centres moribonds, ceux qui dispensons la dernière toilette au cadavre avant de l’enfermer dans sa boite. 

J’avoue que c’est assez déprimant. Autour de moi il y a quatre bureaux. Deux seulement sont occupés. Les autres ont été vidés de leurs affaires, nettoyés pour d’éventuels visiteurs qui ne viendront jamais puis fermés à clé. 

Nous serons probablement les derniers dans ces locaux déserts, ceux qui fermeront la porte derrière eux,  définitivement avant de partir. Des vestiges de la grande folie du président François Mitterrand lorsque l’on démoralisait et que l’on recrutait des fonctionnaires à la pelle.